Chapitre XVIII : Historia et Ymir Hannibal

Au sein du Mur Sina, les terres de la famille Hannibal s'étendaient à l'Ouest de Mitras jusqu'au district de Yarckell. Et au milieu de cette large propriété, à quelques kilomètres du village le plus proche, se dressait une petite ferme pittoresque. Composée de quelques champs pas bien larges où broutaient des vaches et des moutons, elle disposait également d'une chaumière qui avait l'air relativement solide de l'extérieure, où un long filet de fumée blanche s'échappait de la cheminée. La petite fille blonde de neuf ans qui y logeait, s'était enfermée dans sa chambre dès la fin de son petit-déjeuner, assise à son bureau avec un crayon dans la bouche, elle s'efforçait tant bien que mal de résoudre les problèmes complexes que lui présentaient son manuel d'économie.

Quelqu'un frappa à la porte, mais elle ne l'entendit pas, pas plus qu'elle n'entendit la personne entrer, son exercice accaparait toute son attention.

— Historia ? murmura une douce voix féminine.

Pas de réponse.

— Historia ? répéta la visiteuse en posant une main sur son épaule.

La petite blonde sursauta en sentant le contact et tourna vivement la tête pour découvrir sa mère adoptive.

— Kaa-san ! s'exclama-t-elle en écartant les mèches blondes qui étaient tombées devant ses yeux. Depuis quand es-tu là ?

— Je viens d'arriver, rassura Nanami Nakamura avec un sourire, cela fait des heures que tu étudies. Ne penses-tu pas qu'il est temps pour toi de faire une pause ?

À ces mots, la petite fille secoua vivement la tête.

— Je dois d'abord finir cet exercice, dit-elle avec fermeté, après j'irai m'entrainer.

L'orientale s'apprêtait à insister, lorsqu'elle remarqua l'exercice en question, elle fronça les sourcils.

— Historia, c'est un manuel très avancé. Il est fait pour les étudiants des universités de Sina.

— Amos l'a terminé en trois jours, s'entêta la bâtarde en s'efforçant de se reconcentrer.

Nanami écarquilla légèrement les yeux à la mention de son fils disparu, un voile de tristesse mêlé d'inquiétude se posa sur son visage.

— Historia…

— Ça va aller, je finis et ensuite je pars m'entrainer.

— Historia…

— Et puis j'irai lire un livre sur les échecs, je n'ai pas assez d'ouvertures dans mon arsenal, il faut aussi que je…

— Historia Hannibal !

La petite blonde se figea sur place et releva la tête, il était très rare que sa mère adoptive donne de la voix, mais elle ne le faisait jamais sans une bonne raison.

Les traits sur le visage de la trentenaire s'adoucirent, elle prit le crayon de la bouche de la jeune fille, le cala dans le manuel pour marquer la page et referma l'ouvrage.

— Historia, reprit-elle avec tendresse, tu en fais trop et tu te fais beaucoup de mal. Ton frère ne voudrait pas te voir comme ça.

Pendant une seconde qui parut durer une éternité, la petite blonde maintint une expression parfaitement impassible. Puis une larme coula le long de sa joue, suivit de peu par une seconde, enfin, elle éclata en sanglots et se jeta dans les bras de sa mère.

Elle pleura, encore et encore, sur l'épaule de l'orientale qui lui caressa tendrement le dos en retenant ses propres pleurs.

Nanami faisait son possible pour rester forte durant cette période atroce, mais en tant que mère, elle était incapable de totalement ravaler l'anxiété de ne pas savoir où était son petit garçon, ni même de savoir s'il était encore en vie. Elle poussa un profond soupir pour évacuer une partie de son stress, et attendit patiemment que la petite blonde finisse de pleurer.

— J…je… bredouilla cette dernière entre ses sanglots, j'ai si peur… Je… Je veux le revoir… Il me manque tellement…

Nanami sentit son coeur se serrer, mais elle parvint à contenir ses émotions.

— Historia, reprit-elle une fois que celle-ci réussit à se calmer un peu, tu sais pourquoi Amos voulait que je te rencontre ?

La petite fille secoua sa tête larmoyant, sa mère adoptive lui sourit avec tendresse.

— Il voulait que je te rencontre parce qu'il t'aimait tellement qu'il voulait que tu sois plus que sa cousine, dit l'orientale en essuyant les larmes de la bâtarde, et pour ça, il espérait que je finirai par t'aimer autant que je l'aime lui. Et il avait raison.

Historia tremblait de tout son être tandis qu'une authentique cascade coulait le long de ses joues, joues sur lesquelles Nanami posa ses mains.

— Tu es l'âme la plus gentille que j'ai jamais rencontré, la petite soeur qu'Amos a toujours voulu, la fille que j'ai toujours rêvé d'avoir, et je suis si heureuse qu'une petite fille comme toi ai voulu de moi comme maman.

Cette fois c'en fut beaucoup trop pour le petit coeur d'Historia, elle se jeta dans les bras de sa mère et la serra aussi fort que possible de peur qu'elle ne disparaisse. Nanami lui rendit son étreinte, et lui murmura à l'oreille :

— Ton frère t'aime avec tout ce qu'il a, il sacrifierai tout pour toi. Alors ne te fais pas du mal parce que tu veux lui ressembler ou le rendre fier. C'est probablement l'une des dernières choses qu'il veut. S'il t'a tant appris, ce n'est pas parce qu'il veut que tu deviennes comme lui, les connaissances ne sont que des armes qui te permettront de forger ta vie. Et c'est ça qu'il veut Historia, il veut te voir voler de tes propres ailes. Il veut te voir marcher à ses côtés, pas dissimulée dans son ombre.

La petite blonde écouta très attentivement chacune des paroles de sa mère, buvant sans retenue tout l'amour que celle-ci lui offrait. Ce ne fut que dix minutes plus tard qu'elle parvint finalement à sécher ses larmes et à libérer l'orientale de son étreinte. Cette dernière lui tendit un mouchoir dans lequel elle se moucha.

— Mais… commença-t-elle en sentant son anxiété revenir, qu'est-ce que je peux faire ? Et si il… ?

— Historia, coupa Nanami en la regardant droit dans les yeux, est-ce que tu as confiance en ton frère ?

Elle acquiesça vivement sans hésiter une seule seconde.

— Alors fais-lui confiance pour revenir, conclu l'orientale. Amos ne disparaitra pas aussi facilement, il reviendra. J'en suis certaine, même si j'ai aussi peur que toi, j'ai foi en lui.

La petite blonde hésita, avant de hocher timidement la tête.

— Et pendant que nous l'attendons, reprit Nanami, je vais moi aussi, te donner des armes pour t'aider à forger ta vie.

Historia fronça les sourcils avec curiosité.

— Quelles armes ?

L'orientale esquissa un sourire joueur et prit sa fille par la main.

— Des armes de Nakamura.

C'est alors qu'une autre personne entra dans la pièce, mais pour une raison obscure, Historia était incapable de voir son visage.

En revanche, elle se souvint parfaitement de la joie qu'elle avait ressentit en l'apercevant.

(-)(-)(-)

— Hé, Hiss ? murmura une voix à son oreille en lui secouant l'épaule pour la réveiller.

Historia sentit son coeur se fendre en réalisant que ce n'était qu'un rêve, elle descella ses paupières pour réaliser qu'elle était assise dans le hall du château Utgard, laissa échapper un soupir mélancolique et se tourna vers sa petite amie.

— Oui ?

— Tu pleurais dans ton sommeil, l'informa Ymir en conservant sa voix basse pour éviter d'être entendue par les autres. Tu faisais un cauchemar ?

— Non, répondit la petite blond en essuyant ses larmes, je rêvais d'un beau moment avec ma mère.

La grande fille fronça les sourcils

— Celle que tu essayes d'imiter ?

Historia se figea sur place.

— Je n'essaye pas…

— Si, coupa Ymir d'un ton qui ne laissait nulle place au débat, ton personnage d'ange rempli d'amour tu l'as inspiré d'elle, pas vrai ?

La petite blonde foudroya instantanément sa petite amie du regard, celle-ci comprit immédiatement qu'elle était allée trop loin.

— Excuse-moi… voulut-elle se rattraper.

Mais Historia secoua la tête avec regrets.

— Non… tu as raison, je l'imite. Je veux être comme elle… C'est mon héroïne.

Il s'écoula un court moment de silence pesant, avant qu'Ymir ne penche sa tête sur le côté avec curiosité.

— Tu ne m'as jamais vraiment parlé d'elle.

Le regard de la bâtarde brilla d'une lueur mélancolique, elle enlaça ses genoux.

— Penser à elle me rend un peu triste. C'était vraiment la meilleure maman que j'aurais pu demander.

La fille aux tâches de rousseur sentit un pincement au coeur en pensant à la femme qui avait été sa mère. Une fois de plus, elle se demanda qui elle avait pu être et si elle en avait eu quelque chose à faire d'elle.

— J'aurais aimé la rencontrer, avoua-t-elle.

La petite blonde la gratifia d'un sourire amusé.

— Elle aurait été pire qu'Amos.

— Ah, fit-elle en se souvenant de la « discussion du grand frère », j'aurais quand même aimé la rencontrer.

Historia ne répondit pas, et posa sa tête sur son épaule tandis que sa petite amie lui caressait les cheveux, tout en gratifiant les regards jaloux de Reiner et Connie d'un sourire narquois.

Les escouades de reconnaissance avaient élus domicile dans la forteresse abandonnée il y a maintenant trois heures, et comme prévu, les ruines d'un ancien château n'avaient que de confort à offrir. Le sol était froid et poussiéreux, il flottait dans l'air une odeur nauséabonde de moisissure. Les éclaireurs avaient allumés un feu dans le hall pour se maintenir au chaud, et s'étaient dégotés des draps afin d'éviter d'avoir à dormir dans la saleté. Historia avait dû s'assoupir alors qu'elle faisait une pause.

— Quelqu'un est passé par là il n'y a pas si longtemps, fit remarquer Henning après avoir jeté un rapide coup d'œil autour de lui.

— Si près du Mur ? s'étonna Nanaba.

— Des bandits l'ont probablement utilisé comme cachette, suggéra Lynne.

— Un panneau sur le chemin disait " Ruines du château d'Utgard ", ajouta Nanaba. Je ne savais pas qu'il y avait un spectacle historique par ici.

— La famille Utgard était une ancienne famille noble, expliqua soudainement Historia depuis l'épaule d'Ymir. Malheureusement pour eux, ils ont eu la mauvaise idée d'essayer de faire assassiner Peter Hannibal suite à un différend commercial qui leur coûterait une grande partie de leur fortune.

La petite blonde leva les yeux au plafond pour balayer les ruines du regard, avant de soupirer :

— Vous voyez le résultat.

Bertholdt frémit légèrement en entendant cette histoire, une réaction qui n'échappa pas à Ymir.

— Hé bah, lâcha Henning impressionné, je sais pas si je dois être rassuré ou inquiété d'avoir son petit-fils dans nos rangs.

À cela, Historia roula des yeux exaspérés.

— Si vous ne le cherchez pas vous n'avez aucune raison de vous inquiéter.

Lynne et Nanaba froncèrent les sourcils, l'adolescente soutint leurs regards avec des yeux bleus saphir défiant.

C'est à ce moment que Gelgar entra dans la zone avec une bouteille verte en main.

— Hé, appela-t-il en attirant toute l'attention vers lui, regardez sur quoi je viens de tomber.

— Tu déconnes là, Gelgar ? grogna sa camarade aux cheveux châtains. Me dit pas que c'est de l'alcool.

— Si, répondit-il en plissant les yeux. Enfin je crois, j'arrive pas à lire l'étiquette.

— Tu ne vas quand même pas picoler maintenant, gronda Lynne outrée.

— Bien sûr que non ! se défendit l'alcoolique. Je vais le garder pour plus tard.

Henning gloussa face à la scène entre ses deux camarades.

— Vous savez, avoir accès à de la contrebande haut de gamme fera de cette nuit l'une des meilleures que j'ai passé sur le terrain.

Cette phrase rappela à Historia les affaires de son frère.

— Attention, averti Nanaba en riant. Tu parles comme un hors-la-loi.

Gelgar prit un temps pour ranger sa bouteille, avant de se tourner vers les cadets.

— Reposez-vous autant que possible, dit-il avec autorité il ne devrait pas y avoir de Titans qui rodent à cette heure de la nuit, mais on montera quand même la garde à tour de rôle. Soyez prêt à partir quatre heures avant l'aube pour recommencer à chercher la brèche.

— Et s'il n'y avait pas de brèche ?

La question d'Historia causa un silence de cathédrale, durant lequel tous les regards se tournèrent vers elle.

— On a passé le mur au crible fin, développa-t-elle d'une voix pensive, et on a croisé aucun titan quand il faisait encore jour à part ceux qui ont attaqué la caserne. Donc… soit ils sont passés par-dessus Rose avec l'aide d'un autre Titan comme le Colossal… Soit…

C'est alors qu'un éclair de réalisation traversa son regard.

— Comment apparaissent les titans ? demanda-t-elle.

C'était bien évidement une question réthorique, mais les vétérans échangèrent néanmoins des regards interrogateurs.

— Ce que je veux dire, reprit la petite blonde, c'est que les livres d'histoire nous disent qu'ils sont apparus il y a un siècle, mais ils ne disent jamais comment. Et s'ils étaient apparus d'eux-mêmes derrière les m… ? Non… sinon ils l'auraient fait bien avant… Et si… quelque chose les avaient fait apparaitre ? Ou… Quelqu'un ?

Reiner et Bertholdt écarquillèrent les yeux d'horreur en entendant la réflexion poussée de la jeune fille. Ymir les remarqua et intervint dans la seconde :

— Christa, tu réfléchis trop, dit-elle d'un ton las, tu crois pas que si quelqu'un avait le pouvoir de faire apparaitre des titans il serait le Roi du Monde à l'heure actuelle ?

La petite blonde fronça les sourcils.

— Tout le monde n'a pas envie d'être Roi, contra-t-elle.

En un éclair de seconde, Reiner oublia son horreur pour se focaliser sur ces dernières paroles.

— Qu'est-ce que tu veux dire par là ? demanda-t-il d'une voix naïve.

— Ok c'est bon, ça suffit, interrompit Nanaba avant de se tourner vers la bâtarde, tu as une bonne tête sur tes épaules, mais nous n'avons pas assez d'information pour déduire quoique ce soit pour le moment. Alors autant éviter de se plonger dans des réflexions qui pourraient nous induire en erreur.

Historia sembla vexée, mais ne fit aucun commentaire. Rassuré, Bertholdt prit un temps pour se calmer.

— C'est pour ça que demain, on repart à la pêche aux infos, ajouta Gelgar en montant les escaliers qui menaient au toit. En attendant, reposez-vous.

La petite blonde était légèrement frustrée, mais se contenta de pousser un soupir pour cette fois.

Ymir choisit alors de détourner l'attention en changeant de sujet, elle jeta un coup d'œil au cadet au crâne rasé.

— Hé Connie, et ton village ?

— Totalement détruit, répondit-il. Il ne reste qu'un tas de gravas.

La grande fille laissa échapper un soupir triste, ce qui était inhabituel pour elle.

— Je suis… je suis désolée.

— Mais personne n'a été dévoré, rassura Connie. On aurait dit qu'ils étaient tous partis, donc il y a peut-être une lueur d'espoir.

Ymir haussa un sourcil confus.

— Tu viens de dire qu'il avait été détruit.

— Hé bien, les maisons et les plantations l'étaient, mais les gens eux-mêmes ont dû tous s'échapper. C'est sûr, après tout il n'y avait pas une trace de sang. Pas même une goutte. C'est la seule explication possible.

Il se tourna pour faire face au sol en songeant aux ruines de son village.

— Mais… il y a quelque chose que je ne peux pas sortir de ma tête. Il y avait un Titan sur notre maison qui était juste allongé là à me regarder. Il ne pouvait pas bouger tout seul. Mais j'ai juste… j'ai… Je ne sais pas pourquoi, mais il m'a rappelé ma mère. Est-ce que je suis fou ?

À cela, Historia écarquilla les yeux de réalisation tandis qu'Ymir se crispa de terreur.

— Connie, interrompit Reiner irrité. Qu'est-ce que je t'ai dit ? C'était ton imagination…

— Pauvre andouille ! balança soudainement la grande fille en éclatant d'un rire tonitruant. Tu crois quoi ? Que ta mère c'est un putain de titan ? Bah alors pourquoi t'es un nabot ?

Connie s'était paralysé en entendant ces paroles, mais Ymir ne s'arrêta pas en si bon chemin, et fut prise d'une nouvelle crise d'hilarité.

— Putain je savais que t'étais con comme une brique, mais là tu pulvérises un record !

Le natif de Ragako serra les dents de colère, et détourna le regard.

— C'est ça, marres-toi, grogna-t-il par-dessus son rire. Je suppose que je l'ai pas volé…

— T'arrête pas là, suggéra Ymir en se bidonnant de plus belle. Si ta maman est un Titan, il est logique de supposer que ton vieux papa en soit un aussi. Du coup, je me demande comment ils ont… ?

— C'est bon, j'ai compris, cria Connie avec colère. Boucle-là !

— Mettez-là tous les deux en sourdine ! ordonna Nanaba d'une voix ferme. C'est pas le moment pour vos conneries. Tout le monde au lit, tout de suite !

Silencieusement, les cadets prirent leurs draps et tentèrent de s'endormir avec leurs soucis. Mais Connie n'y parvint pas. Bien qu'Ymir ait souligné à quel point l'idée que sa mère soit un Titan était ridicule, il ne pouvait pas laisser passer cela, peu importe à quel point il essayait. Il croyait honnêtement avoir entendu le Titan lui parler, et ce, même si Reiner ne l'avait pas entendu. Pourtant, le natif de Ragako était rongé par cette incertitude. Il ne pu s'empêcher de se demander si le Titan et sa mère n'étaient qu'une seule et même personne… et si c'était le cas… comment était-ce possible ?

De son côté, Ymir laissa discrètement échapper un soupir de soulagement.

— « Oh putain, c'est vraiment pas passé loin, » songea-t-elle, « il faut absolument que je les maintienne occupés… sinon… »

Elle grimaça contre son drap.

—« Je ne peux pas battre Reiner et Bertholdt. Il faudra que je chope Historia et Connie et que je me tire. Je… »

Une terreur sourde s'empara de son être, elle serra les poings.

— « Quelle conne je suis… putain… J'aurais dû leur dire… »

Sa tête lui joua un sale tour : le souvenir d'Amos se jetant sur Mikasa pour encaisser le coup de la Femelle à sa place s'imposa dans son esprit. Elle sentit son coeur battre la chamade.

— « J'aurais dû leur dire… » se répéta-t-elle avant de plonger la main dans sa poche pour se saisir de sa bague. « Je suis vraiment une idiote. »

De son côté, Historia poursuivait silencieusement sa réflexion. Celle-ci l'effrayait à mesure qu'elle avançait.

— « Si… si j'ai raison… alors le village de Connie… »

Elle secoua la tête et continua de réfléchir.

— « Ymir et Reiner ont dû comprendre eux aussi, c'est pour ça qu'ils ont essayé de détourner son attention. Mais… Reiner et Bertholdt sont très bizarres… »

Elle frissonna en réalisant le potentiel guêpier dans lequel elle était fourrée, elle serra les dents et posa une main sur sa manche.

— « S'ils font partis des traitres qui nous ont infiltré… alors je suis partie pour ne pas dormir. Je dois être sur mes gardes au cas où ils tenteraient quelque chose. Mais je dois rester naturelle et les empêcher de se méfier.»

(-) (-) (-)

Ymir se retourna sur son drap une bonne cinquantaine de fois, avant de comprendre qu'elle ne réussirait pas à dormir. Sentant son estomac gargouiller, elle se leva discrètement et se faufila dans la pièce où les vétérans avaient entreposés les vivres qu'ils avaient trouvé. Elle ouvrit une caisse et fouina à l'intérieur en quête de nourriture.

— Ymir, qu'est-ce que tu fais ? demanda Reiner en entrant derrière elle.

— J'ai la dalle, répliqua-t-elle en souriant tout en restant intérieurement sur ses gardes. Et toi, qu'est-ce que tu fais là ? Tu veux de la compagnie ? Le prends pas mal, mais je ne pensais pas que tu aimais les filles.

— Vraiment ? répliqua-t-il en refusant de la laisser l'atteindre. Eh bien, puisque nous sommes sur le sujet, je ne pensais pas que tu aimais les garçons.

Ymir leva les yeux au ciel et continua de fouiller sa caisse.

— Y'a qu'un seul garçon que j'aime bien, c'est Amos. Les autres je les emmerde.

— Tu l'aimes bien parce que tu veux te taper sa soeur, ou tu l'aimes bien parce qu'il est riche ?

Un silence de cathédrale s'abattit dans la pièce, la grande fille se figea une seule seconde, avant que la furie ne s'empare de son visage et qu'un souvenir n'envahisse sa tête.

— « Bienvenue dans la famille, Ymir Hannibal. »

Lentement, Ymir Hannibal se redressa, puis elle fit volte-face et colla un coup de pied dévastateur dans l'entrejambe de Reiner qui tomba à genoux en plaquant ses mains sur ses parties génitales.

— Redis une saloperie pareille, espèce de parasite sur pattes, et je te balance dans la gueule d'un titan.

Braun laissa échapper un gargouillement de douleur, avant d'incendier la grande fille du regard. Cette dernière le toisa d'un sourire moqueur.

— Ah, reprit-elle en s'agenouillant à sa hauteur, un dernier truc : si tu t'approches de Christa, je te castre et je laisse Amos s'occuper du reste. Pigé ?

Reiner grinça des dents, mais ne répondit pas. Ymir se satisfit de son silence et retourna à sa caisse. Inconsciemment, elle tâta sa poche.

Lentement, le blond se redressa et grimaça face à la douleur persistante.

— C'est quoi ton putain de problème ? grogna-t-il outré par son comportement.

— Je suis possessive, répliqua la grande fille, j'ai pas grand chose dans la vie, mais c'est bien plus que ce que j'ai jamais voulu. Donc… ce que j'ai je le garde. Et si tu t'en approches, je te fume.

Reiner haussa un sourcil circonspect, ne sachant comment prendre sa déclaration.

Il ferma alors la porte de la pièce, inspira pour soulager la douleur de ses testicules, et demanda :

— Écoute, pour ce qui s'est passé plus tôt avec Connie, est-ce que tu le taquines pour lui changer les idées ? Ce serait bien si tu pouvais continuer comme ça. Moins il s'attarde sur sa famille en ce moment, mieux c'est.

— J'te jure, répliqua Ymir agacée, qu'est-ce que tu racontes comme connerie ?

Sur ces mots, elle sentit du bout des doigts un objet métallique qui avait la forme adéquate pour faire son bonheur éphémère.

— Jackpot, se réjouit-elle en tirant une boite de conserve du fatras de matériel. Ah merde, c'est du hareng…

Le réflexe de survie fit son effet, elle se mordit la langue… bien trop tard pour avoir un quelconque impact.

— Du hareng ? s'exclama Reiner. C'est bon pour nous ça, ça fait des mois que je n'ai pas mangé de viande. Je peux voir ?

— « Qu'est-ce que je suis conne ! »

— Fais-toi plaisir, dit-elle en lui tendant la boite.

Une fois ceci fait, elle maintint sa main droite étonnamment près de sa bouche.

— J'ai du mal à croire qu'il y ait de la nourriture en conserve ici, commenta-t-il… juste avant que ses yeux ne s'écarquillent en lisant l'étiquette. Qu'est-ce que… ? Cet alphabet c'est…

Il se mordit la langue, et reprit :

— Qu'est-ce que c'est ? Je ne peux pas en lire un mot. Comment sais-tu qu'il est écrit « hareng » ?

Ymir se figea durant un court instant, et foudroya Reiner du regard alors que son pouce était dangereusement proche de sa bouche.

Le blond mit moins de trois secondes à comprendre.

— C'est dans une autre langue… Ymir… comment peux-tu… ?

La grande fille sentit son coeur battre à toute allure, elle serra des dents, rongée par l'anxiété.

— « Putain… si je me transforme maintenant je me bloquerai toute seule dans cette pièce… fait chier ! Je dois… »

— Réveillez-vous ! cria soudainement Lynne. Venez tous sur le toit, vite !

Reiner et Ymir échangèrent un dernier regard, avant de suivre les ordres.

Rapidement, les cadets et les trois autres éclaireurs montèrent les escaliers en quatrième vitesse. Une fois qu'ils atteignirent le sommet de la tour, ils furent accueillis par une vue aussi abominable qu'irréelle

Quatorze Titans de différentes tailles avaient encerclé le château, le sol tremblant sous leurs pas fit comprendre aux éclaireurs qu'ils n'étaient pas en train de subir une hallucination collective. Les géants semblaient tourner autour de la tour tels des rapaces autour d'une carcasse.

— Je ne pouvais pas les voir dans le noir, expliqua Lynne d'une voix rongée par la nervosité, mais avec le clair de lune…

— Comment peuvent-ils bouger ? demanda Gelgar, horrifié comme les autres. Cela ne devrait pas être possible ! Le soleil s'est couché il y a des heures !

— Ils ne sont pas ordinaires, comprit Historia en serrant les poings, on aurait dû les repérer pendant notre mission de reconnaissance. C'est à croire qu'ils ont expressément attendu la nuit.

C'est alors que Connie écarquilla les yeux d'horreur en remarquant une anomalie dans les rangs des titans, il pointa un doigt tremblant dans sa direction.

— Euh, les gars, qu'est-ce que c'est que ça ?

Toutes les paires yeux se tournèrent dans la direction pointée par le natif de Ragako, et s'écarquillèrent en découvrant ce qu'il avait vu : un Titan de dix-sept mètres, couvert de fourrure, semblable à un genre de macaque, qui marchait paisiblement en direction du Mur Maria. Non sans avoir jeté un regard de pitié en direction des éclaireurs.

Un éclair de réalisation traversa le regard d'Historia, elle frappa alors son poing dans sa paume.

— « C'est un métamorphe ! Et les titans ne l'attaquent pas ! J'avais vu juste ! C'est à cause de lui qu'il y a des titans derrière les murs ! »

Son attention fut tellement accaparée par la créature couverte de fourrure, qu'elle ne remarqua pas les expressions émerveillées de Reiner et Bertholdt derrière elle. En revanche, elles n'échappèrent pas à Connie et Ymir.

Ils étaient tellement distraits par le Titan Bestial qu'ils ne remarquèrent pas le treize mètres qui percuta la tour à pleine vitesse, la violente secousse qui en résultat les ramena rapidement à la réalité, et chacun comprit que si les Titans combinaient leurs efforts, le bâtiment s'effondrerait et ils mourraient tous.

— Hé, hé, recule bordel ! cria Gelgar avec colère et peur. Monte pas tu m'entends ! Tu n'as rien de mieux à faire ? Va faire chier quelqu'un d'autre ! Je devrais être en train de picoler à cette heure, bande de connards !

Furieux, il dégaina ses épées et se dressa sur le bord de la tour.

— La bleusaille ! Restez où vous êtes ! commanda Nanaba tandis qu'elle et les autres et se camarades rejoignirent Gelgar. On sort les armes et on passe en manoeuvre tridimensionnelle

La blonde se tourna alors vers ses cibles et cria à pleins poumons :

— À l'attaque !

Avec un cri de guerre, les quatre éclaireurs plongèrent depuis le sommet de la tour, prêts à massacrer leurs ennemis.

Gelgar se dirigea droit sur le treize mètres qui tentait de renverser la tour avec sa tête. Voyant ce qu'il croyait être une proie facile, il tendit la main vers lui.

— Tu crois pouvoir m'attraper gros tas ?! railla-t-il en lui tranchant tous les doigts.

Nanaba suivi rapidement en visant la nuque et abattit la créature, dont le corps sans vie tomba sur trois petits Titans qui tentaient de pénétrer à l'intérieur de la tour.

Si l'on se fiait au ton de Gelgar, il savourait ce moment alors qu'il remplaçait ses lames ensanglantées par de nouvelles.

— Hé regardez ça ! Il est tombé sur les nabots ! Merci ducon !

— Parce que tu crois que t'es bien placé pour parler ? gronda Nanaba agacée par ses singeries. Il n'y a pas de raison d'être aussi téméraire, t'aurais pu esquiver au lieu d'émousser tes lames.

— C'est pas mon style, déclara l'alcoolique. Et considère qu'on l'a tué à deux pour le livre de compte !

À cela elle s'autorisa un sourire narquois.

— Hé bah, quel homme, je vais y réfléchir.

En bas, l'un des petits Titans essaya de s'extirper du cadavre géant en rampant, mais Lynne atterrie directement sur sa tête et lui découpa la nuque. Elle leva les yeux de sa proie pour constater avec frustration que la porte de la tour avait été défoncée.

Rapidement, elle s'agrippa à l'endroit où se trouvaient Nanaba et Gelgar pour les informer de la nouvelle.

— La porte a été enfoncée.

Sans attendre de réponse, elle se dirigea vers le sommet où se trouvaient les recrues.

— Les Titans sont dans le château. Descendez et improvisez une sorte de barricade. Soyez prudents ! Revenez ici en dernier recours ! Exécution !

— Compris ! répondirent les anciens cadets en se précipitant dans les escaliers.

Reiner prit les devants, il se saisit d'une torche sur son chemin et accéléra devant tout le monde.

— Je vais voir jusqu'où ils sont entrés. Trouvez quelque chose pour barricader l'entrée, n'importe quoi qui ne soit pas cloué !

— Reiner, attend, protesta Historia.

Trop tard, le blond avait déjà disparu derrière la première porte.

— Reiner ! appela Bertholdt en dépassant les autres. Attends nous ! Attends !

— J'te jure, se plaignit Connie, Pourquoi est-ce qu'il doit toujours foncer dans les pires traquenards ?! Quel casse-cou.

— Je sais, acquiesça le plus grand, c'est son pire défaut.

Prudemment, Reiner franchit une autre porte et s'assura qu'il n'y avait pas de Titans dans cette partie du château. Il remarqua alors que la porte suivante au bout de l'escalier était toujours fermée, ce qui signifiait qu'ils devaient être de l'autre côté. Cependant, il savait que cela ne les empêcherait pas d'entrer longtemps, il était donc préférable de voir à quelle distance ils étaient. Il souleva la barricade et ouvrit lentement la porte, jetant un coup d'œil.

Son cœur s'arrêta de battre quand il a vit un Titan de trois mètres le regarder droit dans les yeux en affichant un sourire affamé. Pris de panique, Reiner recula et claqua la porte, s'assurant que la barricade était remise en place. Lâchant la torche, il utilisa son poids comme obstacle supplémentaire pour empêcher le Titan d'entrer, et ce bien qu'il savait que ce n'était qu'une solution temporaire. La porte était moisie et vieille, elle durerait au plus une bonne minute.

— Ils sont dans la tour ! cria-t-il. Descendez ici pour m'aider !

À la seconde suivante, le bras gauche du titan traversa le bois pourri et fondit sur son visage.

— « Non ! » manqua-t-il de hurler. « Est-ce que c'est vraiment ici… ici que je vais mourir ?

Soudain, un souvenir douloureux s'imposa dans son esprit, et tout d'un coup, il n'était plus dans la tour. Il était dans une plaine alors qu'un Titan tendait sa main vers lui pour le dévorer, mais son ami Marcel l'avait écarté au dernier moment, se sacrifiant ainsi pour le sauver. Paralysé, Reiner et Bertholdt regardèrent impuissant leur ami leur crier de courir alors que le monstre ouvrait la bouche et le bouffa sans aucune pitié.

— « Non ! » réalisa Reiner en plongeant hors de porté de l'énorme main. « Pas encore, je refuse de mourir ici ! Je vais rentrer chez moi ! »

— Reiner ! cria Bertholdt en empalant la tête du titan avec une fourche, lui crevant les yeux au passage.

Rapidement, le blond se releva et aida son ami à repousser le Titan.

— Reiner ! Parle-moi ! Tu vas bien ? demanda ce dernier au bord de la panique.

— Oui, rassura-t-il déterminé. Écoute-moi, Bertholdt, on va rentrer chez nous. Ce n'est pas comme ici qu'on y restera !

Le plus grand hocha vivement la tête.

— Ouais, je sais ! On rentrera !

— Les gars, dégagez le passage ! Ymir cria du haut des escaliers.

Ils l'ont tournèrent la tête pour voir Christa et Connie debout derrière un canon qu'ils avaient poussé vers la porte.

— Où est-ce que vous avez trouvé ce…, commença Reiner avant de secouer la tête. Vous avez de la poudre et des obus ?!

— Ouais, on a aussi du poulet rôti, railla la grande fille en guise de réponse. Dégagez de la route qu'on lui envoi le canon directement sur la gueule !

Elle, Historia et Connie commencèrent alors à pousser l'antiquité de toutes leurs forces, faisant glisser ses vieilles roues sur les côtés des escaliers, faisant ainsi dévaler la vieille arme jusqu'au titan. Reiner et Bertholdt furent mués par leurs instincts de survie et se jetèrent sur le côté pour éviter d'être emporté par l'impact. Le canon percuta la porte et monstre qui avait toujours une fourche planté dans la tête, envoyant se dernier dévaler les escaliers et percuter les autres titans qui tentaient de monter.

Malheureusement pour les éclaireurs, deux autres petits gabarits parvinrent à éviter d'être emportés, et passèrent la porte pour se jeter sur Reiner et Bertholdt qui étaient toujours au sol.

C'est alors qu'une grenade ricocha sur le sol avant d'arriver dans la figure du titan qui tentait d'attraper le blond, et lui explosa à la face, dégageant un nuage de fumée qui cacha les deux éclaireurs vulnérables.

— Reiner ! Bertholdt ! hurla Historia en dévalant les marches. Dégagez de là ! Je m'occupe d'eux !

À ces mots, Ymir écarquilla les yeux d'horreur.

— Non attends ! Christa… !

La petite blonde l'ignora et actionna les mécanismes de ses manches. Aussitôt, des séries de lames crochues et tranchantes jaillirent sur les côtés de ses avants-bras, déchirant ses manches au passage. Elles furent accompagnées par deux autres lames semblables à des épées courtes, qui étaient fixées sur les sommets de ses poignets telles de longues griffes.

La bâtarde Hannibal ne perdit pas une seule seconde, elle profita du fait qu'un des titans s'était extirpé du nuage de fumée pour lui trancher les yeux d'un mouvement souple et précis. Elle ignora alors son cri de douleur pour se concentrer sur le second qui se précipitait sur elle, elle lui transperça la gorge avec ses deux lames et poussa pour atteindre son point faible.

Une fois son agresseur mort, elle fit volte-face pour trancher la tête du titan qu'elle avait aveuglé d'un revers de bras. Tête qui tomba devant Reiner et Bertholdt qui se redressèrent instantanément pour déguerpir.

Un autre titan passa alors la porte, et Historia en aperçut deux autres par-dessus son épaule. Consciente qu'elle devant en finir le plus rapidement possible, elle attendit que le trois mètres le plus proche se jette sur elle, pour prendre appui sur les marches et sauter par-dessus la créature. Là, elle n'attendit même pas d'être retombée sur ses pieds pour actionner un nouveau mécanisme, faisant ainsi jaillir un kunaï-chaîne depuis sa manche, l'arme s'enroula autour de la gorge du titan qui s'était entretemps mangé l'escalier.

Devant les mines ébahies de ses camarades, la petite blonde sauta sur les épaules de sa proie, lui trancha les mains et les yeux, lui colla un coup de pied dans l'oreille pour la désorienter, et se servi de l'appuie de ses pieds et de la force de son bras pour tirer autant que possible.

— Allez ! Hue ! Cocotte ! déclara Historia en dirigeant sa victime démembrée, aveuglée et terrifiée vers ses congénères.

Possédé par la peur et la panique, le titan monté par la Hannibal se précipita sans réfléchir dans la seule direction que cette dernière l'autorisait à emprunter. La petite blonde sauta au dernier moment de sa monture improvisée, desserra sa chaine qu'elle rembobina, et trancha l'arrière du genou du titan qui trébucha sur ses congénères et les emporta dans sa chute. Les trois monstres dévalèrent les escaliers en roulant comme des balles et s'étalèrent sur le sol de l'étage inférieure.

Historia ne s'arrêta pas en si bon chemin, elle releva sa robe pour s'emparer de la grenade attachée à sa cheville, la dégoupilla et la balança au milieu du tas de titans qui peinaient à se relever.

Une explosion meurtrière vint secouer les murs de la forteresse, et les éclaireurs qui voltigeaient en se servant de la tour écarquillèrent les yeux en l'entendant.

Satisfaite, Historia rétracta ses lames et rejeta ses cheveux en arrière.

— « Merci Kaa-san, merci Amos, » sourit-elle avant de se tourner vers ses camarades.

Ceux-ci la fixaient avec un air aussi émerveillé que béat, ils avaient tous la bouche ouverte avec admiration.

— Je sais que je devrais pas dire ça, lâcha Ymir en se grattant la joue pour réprimer son rougissement, mais putain, qu'est-ce que c'était sexy.

La petite blonde se paralysa sur place et s'empourpra à son tour, avant de réprimer l'esquisse d'un sourire et de secouer la tête.

— Allez ! dit-elle en prenant le commandement et en s'engageant dans l'escalier. On remonte à l'étage supérieur pour barricader la porte.

Personne n'eut l'idée de contester son autorité nouvel, ils commencèrent à la suivre, sans réaliser qu'un titan à qui il manquait un bras était parvenu à se relever, et franchissait la porte pour se précipiter sur le plus petit garçon de la bande.

Ce dernier se retourna pour constater avec horreur, l'immense mâchoire qui s'apprêtait à lui croquer la tête.

Reiner réagit instinctivement, il poussa Connie à l'écart tout en repoussant le visage du Titan de côté. Cependant, le monstre parvint à ignorer sa main et lui mordit le bras, lui arrachant un cri de douleur.

— Reiner, non ! hurla Historia en déployant à nouveau ses lames.

Mais le blond n'avait pas dit son dernier mot, en utilisant toute la force de ses jambes, il passa un bras entre les cuisses du titan et le souleva dans les airs sous les regards éberlués de ses camarades et celui horrifié de Bertholdt. Résigné, il commença à monter les escaliers vers l'une des fenêtres.

— Putain… qu'est-ce que tu fais ? demanda Connie sous le choc. Attends ! Tu vas quand même pas sauter par la fenêtre avec ?!

— Y'a pas d'autres solutions ! cria Reiner en posant un genou sur le bord.

— Non, attend ! rattrapa le chauve en plantant son couteau dans la joue du Titan. Si je lui sectionne les muscles de la mâchoire… il devrait lâcher !

Joignant le geste à la parole, Connie parvint à libérer Reiner qui l'écarta du passage. Ymir mit un terme à cette bataille en gratifiant le monstre d'un coup de pied dans le menton qui le fit basculer dans le vide.

Profitant de ce bref répit, les recrues remontèrent à l'étage supérieur pour barricader la porte avec des poteaux.

Pendant ce temps, Historia s'occupa de la blessure de Reiner. Après s'être emparée de la bouteille d'alcool dégotée par Gelgar, elle usa du liquide pour désinfecter sa plaie.

— « Je me suis trompée, » songea-t-elle en ravalant son sentiment de honte, « Reiner ne peut pas être un traitre, pas après ce qu'il vient de faire. »

Ce dernier grogna de douleur suite au contact de l'alcool sur sa chair à vif.

— Désolé, dit la petite blonde avec tristesse. Ton os est très probablement fracturé.

— Bien sûr, grogna le blond en serrant les dents. C'est bien ma veine ça.

— Je vais te faire une attelle, dit-elle en déchirant sa jupe sous le regard estomaqué de Reiner qui ne parvint pas à regarder autre chose que ses jambes.

— Le tissu est sale, commenta-t-elle en s'agenouillant à côté de lui pour le panser, Je n'ai pas pu le nettoyer depuis une éternité. Je suis désolée.

— Non… merci beaucoup… bredouilla le blond. « Il faut que je l'épouse. »

Voyant la scène d'un mauvais oeil, Ymir décida d'intervenir.

— Tu sais, Christa, dit Ymir. Je… euh… je me suis un peu égratigné le doigt.

Connie leva les yeux au plafond.

— T'as qu'à cracher dessus, dit-il exaspéré.

Mais Historia adressa un sourire à sa petite amie, elle se leva une fois l'attelle terminée et vint embrasser l'index de la grande fille sous les regards jaloux des garçons.

— Ça va mieux ? demanda-t-elle d'un ton taquin.

— Beaucoup mieux, bredouilla Ymir en tournant la tête pour cacher son rougissement.

Connie soupira pour calmer sa jalousie, et se tourna vers Reiner.

— Désolé pour tout ça, mec. On dirait que tu dois toujours me sauver les miches. Toi et tous les autres. Même Amos s'est mis en danger pour moi une fois. Je te dois beaucoup.

— Non, non, t'inquiètes, assura Reiner. Nous nous soutenons mutuellement. C'est ce que font les soldats.

— Je sais pas… Je doute que je puisse jamais être aussi courageux, admit la recrue au crâne rasée avant de se tourner vers Bertholdt. Hé ? Il a toujours été comme ça ?

— Non, répondit ce dernier. Il a changé. Autrefois, Reiner était un guerrier.

— Un guerrier ? demanda le blond confus. Je ne suis pas sûr de comprendre…

— Quoi qu'il en soit, interrompit Ymir en parvenant enfin à ravaler son rougissement, cherchons des trucs pour nous défendre utiliser. Si je dois mourir, je préfère ne pas le faire parce qu'on a été trop cons pour pas tout tenter.

Elle jeta un coup d'œil par la fenêtre.

— Oh la vache.

La majorité des Titans gisaient sur le sol morts et seuls quelques-uns sont restés.

— Putain, siffla-t-elle admirative, sacré Bataillon, ces soldats sont d'un tout autre niveau.

(-)(-)(-)

Les dents serrées, Nanaba plongea entre les jambes d'un Titan et trancha son talon d'Achille. Gelgar le termina rapidement avant que les deux ne retournent s'agripper au côté de la tour. La bataille n'avait duré qu'une demi-heure, leurs lames s'épuisaient et leurs réservoirs étaient à moitié vides. Pourtant, une lueur d'espoir apparaissait enfin.

— C'est fini pour les gros, annonça Gelgar en haletant.

— C'est une bonne chose que nous ayons cette tour, déclara Nanaba tout aussi fatiguée. Elle est idéale pour nos manoeuvres.

— Sans blague, renchérit l'alcoolique, on devrait pouvoir s'en tirer si ça continu comme ça.

— Je vais voir où en sont les recrues, annonça Lynne une fois qu'elle et Henning les avaient rejoints.

Soudain, ils entendirent un sifflement menaçant qui se faisait dangereusement proche au fil des secondes.

— Putain, c'est quoi ce bruit ? lâcha Gelgar inquiet.

La seconde suivante, un rocher de bonne taille s'écrasa dans l'écurie dans un fracas assourdissant, abattant toutes leurs monture au passage.

— Les chevaux ! s'exclama Nanaba sous le choc.

L'impact fut presque immédiatement suivit par un bruit de projectile similaire.

— Encore ! déclara Lynne paniquée.

— D'où ça vient ? demanda Henning en jetant des coups d'oeil frénétiques autour de lui.

Trop tard, un autre rocher vint heurter la tour. Nanaba et Gelgar levèrent les yeux pour voir les corps sans vie de leurs camarades s'envoler.

— Lynne ! Henning ! cria la blonde en s'envolant pour rattraper les cadavres

Alertés par la force de l'impact, les recrues déboulèrent sur le toit pour constater les dégâts.

— Oh merde ! jura Ymir.

— Ils sont morts sur le coup, déclara Gelgar.

Aussitôt Connie serra les poings et se précipita vers le bord du toit.

— C'est lui qui a fait ça, déclara-t-il. Celui qui s'est précipité vers le Mur, ce fils de pute de…

Il n'eut pas le temps de terminer sa phrase, qu'il aperçut une nouvelle horde de Titans qui se précipitait vers eux.

— Titans en approches, cria-t-il paniqué, pratiquement le double de la première vague !

— Tu déconnes lâcha Gelgar exaspéré.

— Putain, jura Nanaba, c'est trop bien organisé. Leur timing est trop parfait, ils répondent à une stratégie.

Elle serra les poings avec colère et se tourna vers le Bestial qui hurlait depuis le sommet du Mur Rose.

— Ils se sont bien payés nos têtes.

Le rugissement était semblable à un authentique de cri de guerre, mais aux oreilles des éclaireurs, il ressemblait davantage à une raillerie de mépris. Les Titans recommencèrent alors à attaquer la tour.

Historia fixa l'énorme singe avec colère, avant de s'emparer du matériel TDM de Lynne et de commencer à l'enfiler.

— Qu'est-ce que tu fais ?! s'écria Connie sous le choc en la voyant s'armer.

— Je vais me battre, déclara la petite blonde avec détermination, on a plus le choix. Notre seul espoir est de survivre aussi longtemps que possible jusqu'à l'arrivée des renforts. Si on tient jusque là, on s'en tirera.

— C'est un bien maigre espoir, commenta Nanaba bien qu'impressionnée par le sang-froid de la jeune fille, vu la situation, ils ne savent probablement pas qu'on a des problèmes.

— C'est mal connaitre Amos, répliqua la petite blonde en vérifiant les réserves de gaz mi-pleines de l'éclaireuse décédée. Il viendra, j'en suis certaine.

— On verra bien je suppose, répondit la jeune femme en se dressant sur le bord de la tour. Prêt à y retourner, Gelgar ?

— Pas comme si on avait le choix, répliqua l'alcoolique avec déprime.

La seconde suivante, les deux éclaireurs étaient repartis à la bataille, Historia finit de s'attacher l'équipement de Lynne et s'apprêtait à les suivre, mais Ymir la saisit par les épaules et la força à la regarder.

— Nom de Dieu His… Christa ! Arrête !

La petite blonde fut surprise par la force avec laquelle la fille qu'elle aimait la tenait, mais elle conserva toute sa détermination et son sang-froid.

— Arrête ? Arrête quoi ?

Ymir se mordit la langue, mais choisit de déballer son sac.

— Arrête de vivre pour les autres, gronda-t-elle impuissante, arrête d'imiter Amos ou ta mère ou je ne sais qui. Même lui ne veut pas ça pour toi. Tu vas te faire tuer pour rien…

Pendant un très court instant, la bâtarde fut prise d'une colère sans nom, avant de réaliser que sa petite amie s'inquiétait simplement pour elle. Un sourire se dessina alors sur son visage.

— Ymir… Je sais que j'ai du chemin à faire, admit-elle, mais je ne fais pas ça parce que c'est ce que ferait Amos, je n'imite personne. J'ai simplement foi en mon frère. Je sais qu'il est en chemin. Je dois juste gagner autant de temps que possible.

La grande fille la regarda comme si une deuxième tête venait de lui pousser, à la surprise générale, elle trembla de tout son être.

— Pourquoi ? murmura-t-elle incrédule. Pourquoi est-ce que tu prends un tel risque ?

— Parce que nous sommes une famille, répondit-elle en se souvenant des paroles de sa mère, et en tant que telle on doit se faire confiance. Alors s'il te plait, fais-moi confiance, fais-lui confiance, on va y arriver.

Ymir ne répondit pas, elle sentait son corps trembler et son coeur battre à toute vitesse. La honte qu'elle ressentait était en train de lui ronger les entrailles.

— Hé Connie ? lâcha-t-elle alors qu'un titan venait de s'écraser contre la tour de soutien. Passe-moi ton couteau.

— Hein ? Pourquoi faire ?

— T'occupes.

Elle s'empara de la lame et remercia son camarade en lui tapant affectueusement la tête, vexé, ce dernier dégagea sa main.

— Tu vas faire quoi avec ça ? demanda-t-il un peu circonspect.

— Je vais me battre, répondit-elle en tâchant de maitriser sa peur.

À ces mots, Reiner et Bertholdt se crispèrent.

— Ymir… appela le blond. Qu'est-ce que t'as l'intention de faire ?

— Un truc que j'aurais dû faire y'a un bail, avoua-t-elle en regardant la lame, maintenant Amos ne me pardonnera probablement jamais.

Historia fixa sa petite amie avec incompréhension, elle ne comprenait pas ce qu'elle entendait par là.

La grande fille sortit alors sa bague de sa poche et l'enfila à son doigt.

Un immense sourire de fierté se dessina sur son visage, quoiqu'il fut quelque peu gâché par le stress et la tristesse qu'elle ressentait.

— Ymir ? appela la bâtarde

Mais cette dernière ne répondit pas, elle attrapa sa petite amie par le col et l'embrassa fougueusement devant les garçons qui ouvrirent des bouches béates.

— Historia, reprit la grande fille une fois qu'elle l'eut relâché, écoute-moi… Je suis désolée… désolée de ne pas en avoir parlé plus tôt. Si je l'avais fait, Amos n'aurait peut-être pas été blessé…

Déboussolée, la bâtarde tenta de répondre mais sa petite amie la coupa.

— Écoute-moi, insista-t-elle, je n'ai aucun droit de te dire comment vivre ta vie, aussi vois ça comme un genre de souhait de ma part… arrête de vivre dans l'ombre de ton frère, arrête de vivre en la mémoire de ta mère. Sois reconnaissante et aime-les, mais ne vit pas pour eux. Historia… vu que c'est probablement ma dernière heure… je veux que tu saches… je veux que tu vives une vie dont tu puisses être fier.

La petite blonde était tellement confuse qu'elle ne se préoccupa pas du fait que la grande fille l'avait appelé par son vrai prénom devant leurs camarades.

Ymir prit quelques pas d'élans, et lui sourit une dernière fois.

— Je t'aime… Historia…

Puis, sous les regards horrifiés de tous les éclaireurs présents, elle se mit à courir vers le bord du toit dont elle sauta sans un seul regard en arrière.

— Ymir ! cria sa petite amie en courant vainement pour la rattraper, attends !

Mais Ymir n'attendit pas, elle n'attendait plus, elle avait beaucoup trop attendu, et alors qu'elle tombait droit dans les mâchoires géantes, elle s'entailla la main, un éclat de détermination s'empara alors de ses yeux, et alors que des éclairs jaillirent autour de son corps, l'un des souvenirs les plus importants de sa vie lui revint en mémoire. Le temps se ralenti et une série d'images défila dans sa tête à mesure qu'elle tombait, comme si elle voyait sa vie défiler devant ses yeux alors qu'elle chutait vers une mort certaine.

—« Tu sais Historia, » se dit-elle alors qu'elle chutait, « j'ai longtemps pensé que je n'aurais jamais dû voir le jour. Le simple fait d'exister me valait la haine du monde entier, alors j'ai choisi de mourir pour le plus grand nombre, pour que ma vie ait un sens. Mais au dernier moment, j'ai fait un voeu. Si je venais à renaître dans ce monde, je ne vivrai que pour ma propre personne…

Intérieurement, elle éclata alors d'un rire amère, et une larme coula le long de sa joue.

— « Mais… Même dans mes rêves les plus fous… Je n'aurais jamais imaginé que je vous rencontrerai, Amos et toi. »

Les souvenirs jaillirent dans son esprit aussi violemment que les éclairs autour de son corps.

Le premier souvenir fut le regard jaloux qu'elle jeta au grand blond depuis l'une des tables du réfectoire, alors qu'Historia et lui jouaient aux échecs. Le second fut la « discussion du grand frère » qu'elle reçut lors d'un des exercices militaires de Shadis. Le troisième fut le moment où Amos avait emprisonné sa tête dans une clef, juste après avoir compris que la grande fille matait sans retenue le corps de sa petite soeur dans les douches. Cette même petite soeur qui luttait de toutes ses forces pour les séparer malgré la colère de son grand frère. Le quatrième fut la première leçon d'art martial que le noble lui donna, le cinquième fut le premier baiser qu'elle partagea avec Historia. Le sixième fut le premier repas qu'ils partagèrent tous ensembles. Le septième fut la fois où elle remarqua les regards tantôt défiants, tantôt tendres, qu'Amos et Mikasa échangeaient par moment. Le huitième fut le câlin qu'ils partagèrent après la remise des diplômes. Le neuvième fut le moment où Amos lui offrit sa bague, suivit de peu par le dixième, sa première, et jusqu'à ce jour, unique nuit avec sa petite amie.

— « Vous… vous avez été salutaires pour moi. Vous m'avez donné ce que j'ai toujours désiré alors que j'avais abandonné depuis longtemps : une place… une VRAIE place dans ce putain de monde. Une place à vos côtés en tant que membre de votre… de notre famille. Ce jour-là, ce jour-là fut le plus beau de toute mon existence. Et le lendemain matin, alors que je te regardais dormir, je me suis fais une nouvelle promesse. Celle de faire tout ce qui était en mon pouvoir pour rester à vos côtés, quitte à mourir à vos côtés ! Pour être digne, digne de ce nom que vous m'avez donné. JE SUIS YMIR HANNIBAL ! »

Le Titan Mâchoire rugit à mesure qu'il se formait, ses longs cheveux noirs se déployèrent autour de son corps, jusqu'à lui donner l'apparence d'une chauve-souris géante qui fondait sur ses proies en déployant ses ailes sous le clair de Lune.

Perché sur le sommet du Mur Rose, le Titan Bestial écarquilla les yeux de stupéfaction.

Marcel… murmura-t-il déçu.

Avant de s'affairer à arracher délicatement un morceau relativement modeste du rempart sur lequel il se tenait.

(Une minute plus tôt)

Nanaba et Gelgar étaient au bout du rouleau, la bataille avait reprit i peine une minute, mais le nombre de titans couplé au fait qu'ils n'étaient plus que deux les avaient forcés à faire des efforts considérables pour protéger la tour. Nanaba vint prendre appui sur le mur pour constater la situation catastrophique dans laquelle ils étaient, Gelgar était un peu plus haut à ses côtés.

— Notre tour tiendra pas bien longtemps, commenta l'alcoolique d'un ton résigné.

— Je n'ai presque plus de gaz, et toi ?

— Plus de gaz et plus de lames, répondit-il en exhibant une épée cassée, ces machins émoussés c'est tout ce qu'il te reste ?

— Oui…

— Putain… On en a buté combien à nous quatre ? On a dû pulvériser le record de l'escouade Levi.

— J'en sais rien, avoua Nanaba, j'ai pas eu le temps de tenir les comptes.

— Je vois… Honnêtement… je pense que je me suis vraiment bien débrouillé… j'aurais juste aimé boire un dernier verre avant la fin.

À ces mots, la blonde examina son camarade, et écarquilla les yeux en découvrant son visage ensanglanté.

— Désolé Nanaba… murmura l'alcoolique, j'ai pris un sale coup sur la tête… Je n'ai plus de forces…

C'est alors qu'un éclair jaune orangé vint illuminer les environs et attira leur attention vers les hauteurs.

Le Titan Mâchoire atterrit sur la tête du premier titan qui tenta de l'attraper, et lui arracha la nuque d'un coup de dent, puis elle se jeta sur le prochain, et réitéra l'opération, avant de passer à sa prochaine victime sous les regards éberlués de Gelgar et Nanaba.

— Oh putain, lâcha l'alcoolique, j'ai besoin d'un verre ! J'ai besoin d'un putain de verre !

— Reprends-toi ! aboya la blonde qui peinait elle aussi à conserver le contrôle de ses émotions.

Malheureusement, elle perdit ledit contrôle lorsqu'elle vit le grappin de son camarade se détacher.

— Gelgar ! hurla-t-elle en plongeant à sa suite.

Grâce à l'ouverture provoquée par la transformation d'Ymir, Nanaba parvint à récupérer son ami et usa de ses dernières ressources de gaz pour rejoindre le sommet de la tour. Elle déposa l'alcoolique au milieu des cadets toujours sidérés par l'apparition du Titan Mâchoire.

Au sommet de la tour, le groupe regardait Ymir, sidéré par ce qui venait de se passer.

— C'est quoi ce bordel, lâcha Connie stupéfait. Ymir est un titan elle aussi ?

Les yeux de Reiner et Bertholdt étaient écarquillés d'horreur.

— C'était… c'était elle ce jour-là, marmonna le blond terrorisé.

— C'est ce titan, murmura le brun tout aussi mortifié.

Soudainement, la tour se mit à trembler, déséquilibrant tout le monde.

— Éloignez-vous du bord ! s'exclama Nanaba en tirant Reiner en arrière. Le bâtiment pourrait tomber à n'importe quelle seconde.

La blonde se frappa le plexus pour calmer les battements erratiques de son coeur et se colla une paire de claques.

Comprenant qu'elle ne pouvait rien faire sans lame ni gaz, rien à part compter sur leur sauveur providentielle… sauveur qui aurait pu révéler ses capacités bien plus tôt.

— Est-ce que vous saviez pour elle ? gronda-t-elle en ayant une pensée pour Lynne et Henning.

— Non, répondit automatiquement Connie. On en avait pas la moindre idée.

Il se tourna vers Historia pour lui demander, avant de constater avec stupéfaction que la petite blonde s'apprêtait à sauter elle aussi.

— Hé attends ! Christa !

— Historia ! trancha cette dernière avec colère avant de se jeter dans le vide. Je m'appelle Historia Hannibal !

La jeune fille planta son grappin dans l'épaule d'un quatorze mètres, avant de se précipiter sur sa nuque pour l'abattre, puis elle vira violemment à gauche pour tuer le douze mètres qui s'apprêtait à fondre sur Ymir. Cette dernière releva la tête en voyant l'immense cadavre tomber à ses pieds, et aperçut sa petite amie.

— Idiote ! rugit la petite blonde en atterrissant sur sa tête. Qu'est-ce que t'essayais de faire là ?! Mourir en héroïne ?! Cesse de faire l'imbécile ! Si tu ne veux pas que je vive pour les autres alors je t'interdis de mourir pour moi ! Tu m'entends ?!

Ymir eut un mal de chien à esquiver les titans tout en écoutant celle qu'elle aimait, celle-ci se propulsa sur un quinze mètres, l'abattit, et continua de hurler :

— On va survivre ! Toi et moi ! Quoiqu'il nous en coûte ! Et quand ce sera terminé, tu peux être certaine que je vais te trainer jusqu'au lit le plus proche ! C'est compris ?!

Cette fois, le Mâchoire fut tellement perturbée par cette déclaration que ses cheveux furent saisis par un titan. Elle lui trancha les tendons d'un coup de griffe et s'attaqua au suivant.

Le Soleil se leva alors sur les ruines du château Utgard où le combat faisait toujours rage, À elles deux, Ymir et Historia s'étaient débarrassées d'une douzaine de titans, mais il en restait encore une bonne quinzaine. Les réserves de gaz de l'une et les réserves d'énergie de l'autre commençaient à s'atténuer, pire encore, les quelques géants restés les plus en retrait s'en prenaient à la tour dans l'espoir d'atteindre les quelques survivants qui avaient trouvés refuge sur le toit.

Historia les remarqua avec inquiétude, et réalisa que le temps leur était compté. En effet, la tour menaçait de s'effondrer, et lorsque ce sera le cas, tous ses amis et supérieurs mourraient. Elle se retourna et pris en compte les quelques Titans qui continuaient de poursuivre Ymir avec une lueur démoniaque et affamée dans les yeux. C'est alors qu'une idée germa dans la petite tête blonde. Un plan incroyablement imprudent, qui avait de grandes chances de tourner à la catastrophe, mais à l'heure actuelle, c'était tout ce qu'ils avaient.

— Ymir ?! Fais tomber la tour !

Le mâchoire la regarda avec stupéfaction, ce qui aurait lui donnait un air si stupide que la Hannibal aurait ri si elles avaient été dans une meilleure situation.

— On peut les sauver, expliqua-t-elle en esquivant une autre main géante. Les Titans te poursuive, et ils te suivront jusqu'à la tour où on pourra les écraser !

Trop dangereux, grogna le Mâchoire.

— Comment ça « trop dangereux » ? gronda Historia en allant s'agripper aux cheveux de sa petite amie. C'est quoi l'alternative ? Nous battre jusqu'à ce qu'on soit à court ?! Fais-moi confiance !

Encore, encore une fois, Historia ramenait tout à la confiance. Maintenant qu'elle y pensait, Ymir trouvait ce concept un peu idiot, était-ce vraiment parce qu'ils étaient une famille qu'ils devaient se faire tant confiance ? Même Amos ne faisait pas totalement confiance à qui que ce soit. Mais Historia n'était pas Amos, Ymir n'était pas Amos, et s'il y avait bien une personne en qui elle était capable d'accorder sa pleine confiance, c'était bien Historia.

Sa décision prise, Ymir fila droit vers la tour avec sa petite amie sur l'épaule, comme prévu, les Titans la poursuivirent à toutes jambes.

— Accrochez-vous ! hurla la bâtarde Hannibal qui commençait à avoir mal à la gorge. On va faire tomber la tour !

— Hein ? lâcha Connie sous le choc. Elles sont complètement barges !

— Les temps désespérés requièrent des mesures désespérées, déclara Nanaba qui ne voyait pas comment les arrêter de toute façon. Accrochez-vous !

Confus, mais obéissants, les trois garçons s'agrippèrent à ce qu'ils purent, la peur au ventre.

Une fois suffisamment proche, Ymir sauta sur la tour pour s'y accrocher avec ses griffes afin d'arracher les briques.

C'est alors que pour la troisième fois ce soir, un sifflement assourdissant vint résonner aux oreilles des éclaireurs. Muée par son instinct de survie, le Mâchoire effectua un bond en arrière afin d'éviter le projectile qui frôla la tour pour s'écraser quelques centaines de mètres plus loin. Tout en atterrissant sur le crâne d'un Titan qu'elle tua, Ymir réalisa qu'elle se serait faite faucher par la pierre si elle n'avait pas réagit à temps.

— « Bordel… » jura-t-elle désespérée en esquivant la poigne d'un titan de quatorze mètres. « Je vais pas tenir très longtemps ! »

Le Titan Bestial grimaça d'insatisfaction devant son lancé manqué, et s'affaira à récupérer un nouveau projectile. Depuis l'épaule de sa petite amie, Historia foudroya le singe d'un regard furieux.

— « Quelle enflure ! On ne peut pas s'enfuir si on ne se débarrasse pas de lui, » gronda-t-elle intérieurement. « Mais il est beaucoup trop loin pour qu'on l'atteigne et on est à la merci de ses projecti… »

C'est alors qu'une idée complètement folle germa dans son esprit, une idée qu'elle aurait certainement remise en question au même titre que sa santé mentale, si elle en avait eu le temps.

— Ymir ! appela-t-elle déterminée à tenter le diable. Jette-toi sur ce connard !

Le Mâchoire manqua de s'étouffer avec sa propre salive en entendant une énormité pareille, elle esquiva de justesse une autre main géante avant d'aller se réfugier contre la paroi de la tour.

T'es folle, déclara-t-elle sans prendre de gants.

— C'est la seule solution ! s'obstina la petite blonde en se saisissant de la dernière grenade attachée à sa cheville. Soit on ne fait rien et on attend qu'il nous démolisse, soit on s'occupe de lui ici et maintenant ! Ymir ! Fais-moi confiance !

— « ENCORE ?! » manqua d'hurler le Mâchoire aussi terrifiée qu'exaspérée. « Elle est complètement dingue ! À quel moment je peux lui faire confiance pour un truc pareil ?! »

C'est là qu'elle remarqua que le Titan Bestial était parvenu à arracher un nouveau morceau de mur sans trop l'endommager, elle jeta un coup d'oeil en bas pour constater la bonne vingtaine de titans qui la regardait avec gourmandise, et comprit qu'elle n'avait aucune autre solution que celle-ci.

— « Putain ! » jura-t-elle en se hissant jusqu'au sommet de la tour et en ignorant les autres éclaireurs. « La confiance c'est vraiment un truc de con ! »

Sur ces pensées, elle attrapa sa petite amie et arma son lancé.

— Hé ! Wowowowowow ! s'écria Connie estomaqué. Qu'est-ce que vous… ?!

— Ta gueule, Connie ! aboya Historia qui faisait des efforts surhumains pour ravaler sa peur et se préparer à l'impact.

L'estomac noué, Ymir jeta la bâtarde de toutes ses forces en direction du Titan responsable de tous leurs malheurs. Celle-ci fila à travers l'aube la grenade au poing, telle une démone assoiffée de vengeance.

(-)(-)(-)

Le Titan Bestial s'était méticuleusement appliqué à ne pas trop abimer le rempart sur lequel il se tenait afin d'éviter une catastrophe planétaire. Ne constituant ses projectiles que de surplus superflus tout marmonnant dans sa barbe :

Comme c'est décevant… perdre le Mâchoire face à des ignares primitifs…

Sur ces mots, il arma son prochain lancé et visa ledit Mâchoire.

Tant que de telles évènements seront possibles, les fourmis pourront s'élever au niveau des loups et les guerres ne cesseront jamais. Il est temps de ramener l'ordre dans ce monde… en éradiquant de tels procédés de l'équation humaine.

Mais alors qu'il s'apprêtait à abattre Ymir à coup de rocher, il s'arrêta dans son élan en remarquant le petit point blond qui se rapprochait de lui à une vitesse folle. Et manqua de grogner d'exaspération lorsqu'il réalisa qu'il ne s'agissait que d'une éclaireuse de petite taille.

— « Quelle idiote… qu'espères-tu accomplir toute seule face à moi ? Es-tu désespérée au point d'en arriver à tenter un assaut aussi suicidaire ? Ou es-tu suffisamment stupide pour sincèrement croire que tu peux me vaincre à toi toute seule ? Est-ce là ce à quoi toi et tes semblables êtes réduits ? »

Frustré comme jamais, il esquissa un revers de bras machinal pour se débarrasser de la petite blonde comme d'une poussière sur son épaule. Mais cette dernière lui envoya une grenade au visage et esquiva son attaque paresseuse en manoeuvrant par dessus son épaule.

Le projectile explosa dans un liquide gris à la face du Titan Bestial, pour sa plus grande surprise, une douleur dévorante envahie ses globes oculaires.

— « MES YEUX ! » manqua-t-il de hurler de souffrance tandis que le gaz lacrymogène ravageait ses organes de vue. « Qu'est-ce que c'est ça ?! »

Il entendit alors le bruit d'une poussée de gaz passer près de son oreille gauche, et comprit que son bourreau tentait d'atteindre sa nuque, maitrisant sa douleur, le Bestial rigidifia son point faible et tenta de se retourner. Malheureusement pour lui il avait mal calculé son coup. Historia se laissa tomber jusqu'à son pied gauche, avant de s'agripper à son mollet pour lui trancher le talon. L'énorme singe se rendit compte de son erreur bien trop tardivement, il trébucha sur lui-même, et, pour sa plus grande horreur, tomba du Mur la tête la première.

La redoutable créature qui avait causé la mort de plus de la moitié de la meilleure escouade du Bataillon d'Exploration et contrôlé près d'une centaine de titans, s'écrasa la face la première contre le sol du territoire du Mur Rose. L'impact fut si important que l'énergie cinétique se répercuta jusqu'au corps humain du métamorphe, et lui causa un tel traumatisme crânien qu'il perdit instantanément connaissance.

(-)(-)(-)

Les éclaireurs qui avaient assisté à la scène depuis le sommet de leur tour, avaient leur bouche ouverte.

— J'y crois pas… lâcha Bertholdt estomaqué par ce qu'il venait de voir.

Christa Lenz, le petit ange de la 104ème, venait d'envoyer le Titan Bestial au tapis en l'espace d'une poignée de seconde. C'était impossible… c'était un cauchemar… et pourtant… ça avait eu lieu sous ses yeux.

— OH LA VACHE ! lâcha Ymir depuis la nuque du Mâchoire. Putain ! Elle l'a vraiment fait !

Son instinct de survie lui fit cependant prendre conscience que Reiner et Bertholdt avaient également assisté à la scène, et risquaient de vouloir venir en aide à leur supérieur. Prenant les devants, elle s'agrippa sur la tour hors de portée des mains géantes et se mit à en arracher les briques par poignées pour en arroser les titans.

(-)(-)(-)

Historia descendit en piqué vers la nuque de sa victime sans même prendre une seconde pour respirer. L'auto-pétrification du point faible ayant disparu après l'impact, elle avait désormais le champ libre.

Elle effectua un salto avant tout en relâchant son gaz afin de ralentir sa chute, atterrit sur la nuque du Bestial et la charcuta à toutes vitesses pour en arracher le métamorphe. Elle savait grâce à Amos et aux expériences des éclaireurs menées sur Eren qu'il était impossible pour un métamorphe de se transformer si tous leurs membres étaient sectionnés. Elle s'appliqua donc à démembrer proprement sa victime sans même jeté un coup d'oeil à son visage. Une fois sa besogne achevée, elle prit finalement une demi-seconde pour respirer, avant d'apercevoir Ymir en train d'arracher des pans entiers de la tour. Elle jucha donc sa prise sur son épaule, et s'agrippa à des arbres environnants pour retourner auprès de ses camarades.

(-)(-)(-)

Tandis que la tour commençait lentement et dangereusement à s'incliner, les éclaireurs juchés à son sommet commencèrent presque tous à paniquer.

— Hé ! cria Reiner terrifié. Mais c'est qu'elle est vraiment en train de la détruire !

Les cinq éclaireurs se retrouvèrent alors face à face avec la terrifiante figure du Mâchoire qui était grimpé jusqu'à leur niveau.

Vous voulez vivre ? grogna-t-elle d'une voix aussi gutturale que déformée. Accrochez-vous à moi.

Ils n'hésitèrent pas une seule seconde, et se jetèrent dans ses cheveux pour s'y agripper. Gelgar étant soutenu par Nanaba et Bertholdt. Une fois la tour proche du sol, Ymir grimpa sur le côté, et sauta juste avant l'impact. Laissant le bâtiment s'écraser sur la horde de Titans, soulevant un authentique nuage de terre et de poussière tout autour d'eux. Comme prévu, les débris avaient enterré les Titans vivants, les immobilisants pour le moment. Voyant que la voie était libre, Ymir déposa ses passagers sur la terre ferme.

— Qu'est-ce qui vient de se passer ? demanda Gelgar toujours sonné.

— Nous venons d'être sauvés par un Titan, répondit Nanaba en essuyant la sueur de son front.

Elle avait sincèrement cru qu'elle allait mourir ici.

— Dites… vous savez où est passé la bouteille que j'avais trouvé ?

À ces mots, la blonde leva les yeux au ciel mais choisit de se taire pour cette fois.

Historia atterrit aux côtés de ses camarades, faisant sursauter Connie au passage.

— Tout le monde va bien ? demanda-t-elle sincèrement inquiète en parcourant ses amis du regard.

— Ça va, rassura Nanaba sans réussir à masquer sa fatigue.

Elle jeta alors un coup d'oeil méprisant à la personne que la petite blonde portait.

— Alors c'est lui le responsable de tous nos malheurs, grinça-t-elle furieuse.

— Oui, répondit la bâtarde en déposant sa prise sur le sol, c'est lui le Titan Bestial.

La vétérante observa minutieusement le visage du bourreau de son escouade. Celui-ci était blond, et ne semblait pas plus vieux qu'elle. Son visage bien taillé et sa barbe soignée en faisait un beau jeune homme qui aurait intéressé plus d'une femme s'il n'était pas un meurtrier de masse.

Tout en maitrisant ses émotions et sa fatigue, Nanaba gratifia la petite blonde d'un sourire reconnaissant.

— Excellent travail, complimenta-t-elle, vraiment… non seulement nous avons survécu à une situation aussi pérenne que désespérée, mais grâce à toi nous sommes parvenus à capturer un ennemi. Tu as tout mon respect.

Historia sentit ses joues rougirent et sa poitrine gonfler de fierté, elle était tellement touchée par les compliments de Nanaba qu'elle ne remarqua pas que Bertholdt avait approché sa main de sa mâchoire.

Le regard d'Hoover croisa alors celui du Mâchoire et il se figea, Ymir frotta ses griffes les unes contre les autres, le mettant ainsi au défi de tenter le diable.

Et ce fut au moment où il allait le faire que Reiner prit la parole :

— Tu as été fantastique Christa, dit-il avec des étoiles pleins les yeux, l'Humanité a beaucoup de chance de t'avoir dans ses rangs.

À ces mots, Bertholdt se paralysa sur place et fixa son camarade avec horreur. Une expression que personne ne remarqua à part Ymir, car tous étaient trop émerveillés par la petite blonde pour prêter attention à lui.

La victoire fut cependant de courte durée pour les éclaireurs, car déjà, les Titans ensevelis parvenaient à s'extraire des débris de la tour.

— Oh, putain ! se plaignit Connie avant de se tourner vers Ymir. Hé, mocheté, le travail n'est pas fini !

Prenant note mentalement de rendre la monnaie de sa pièce au chauve pour cette insulte, le Mâchoire chargea toutes dents dehors. Elle sauta sur le dos d'un Titan dont elle arracha la nuque d'une seule morsure. Malheureusement, elle fut attrapé et clouée au sol par un autre géant. En quelques secondes, le reste des monstres s'extirpa de la mer de débris, et, à la grande horreur de tout le monde, commencèrent à la dévorer. Ymir se débattit de toutes ses forces pour leur échapper, en vain.

— Oh, mon Dieu, murmura Nanaba horrifiée.

— Ymir, non ! cria Historia en essayant de repartir à l'assaut.

Malheureusement pour elle, elle était à court de gaz, mais elle ne laissa pas cela l'arrêter pour autant et se mit à courir dans la direction du carnage.

— Ymir, tu ne peux pas me laisser ! cria-t-elle les yeux en larmes. Pas maintenant ! Ymir !

Elle s'arrêta dans sa course lorsqu'un Titan de cinq mètres apparu de derrière les débris.

La petite blonde se figea, terrorisée par la créature qui avançait son immense main vers elle.

— Non… murmura-t-elle en resserrant son emprise sur ses épées. Pas ici… pas maintenant.

C'est alors qu'une ombre verte fila derrière le monstre et lui trancha la nuque en un éclair, le tuant sur le coup. Le responsable atterrit sur un morceau de débris, sa cape floqué des ailes de la liberté flottait au vent.

— Petite soeur, dit l'éclaireur d'une voix autoritaire, reste en retrait pendant que je fais le ménage.

Historia le reconnut immédiatement, le soulagement qu'elle ressentit lui fit monter les larmes aux yeux.

— Amos !

Une douzaine d'éclaireurs imitèrent le noble, et fondirent sur les titans. Mikasa fut la première à rejoindre le champ de bataille et abattit trois titans de douze à quinze mètres en une seule attaque éclair.

En l'espace de quelques secondes, les ruines furent envahies par le Bataillon qui extermina les monstres en un temps record. Les corps des géants tombèrent les uns après les autres comme des mouches.

— Arrière-garde ! Dispersez-vous et établissez un périmètre de sécurité, ordonna Hanji en chevauchant vers le carnage. Le reste d'entre vous, abattez les titans !

Sans crier gare, l'un des éclaireurs sauta de son cheval et voltigea directement vers un Titan de huit mètres.

Hanji n'en crut pas ses yeux.

— Attends une minute, cria-t-elle exaspérée, toi tu n'es pas censé attaquer !

Mais Eren, borné comme toujours, ne l'écouta pas, et fila droit vers sa cible.

— Crève ! rugit-il en l'abattant avec brio. Ouais ! Je l'ai eu ! Mon tout premier en tant qu'éclaireur !

Son moment de triomphe fut cependant de courte durée, il fut tellement grisé qu'il croisa ses câbles dans un moment d'inattention. Il se serait vautré sur le sol comme un imbécile si Amos ne l'avait pas rattrapé par le col.

— Concentre-toi, espèce d'abruti ! aboya le noble au visage du métamorphe. Ce n'est pas un jeu ! Si tu veux te joindre à l'assaut tu dois agir en soldat !

— C-compris, répondit Jaeger avec embarras.

Les remontrances furent cependant interrompues par les supplications d'Historia.

— Amos ! cria-t-elle. Aide Ymir ! Elle est enfouie sous les titans !

À ces mots, Hannibal écarquilla les yeux, et la prédation s'empara de son regard. Oubliant sa honte, Eren s'agrippa à un onze mètres qui se trouvait sur leur chemin et l'abattit d'une attaque bien mieux maitrisée que la précédente.

— Fonce ! hurla-t-il avec conviction. Je te couvre !

— « C'est mieux, » songea distraitement le noble avant de pousser sur son gaz pour se jeter dans la mêlée.

Le temps ralentit autour de lui, et les calculs défilèrent devant ses yeux.

— « D'abord, pourrir le repas. »

Il envoya un fumigène au milieu de toutes les têtes géantes agglutinées, ces dernières laissèrent échapper des cris semblables à des plaintes tandis que le grand blond filait à travers la fumée.

— « Dégraisser la viande, » songea-t-il avant d'abattre deux titans de neuf et dix mètres d'une manoeuvre chirurgicale.

— « Semer la zizanie. »

Il passa à côté d'un douze mètres et lui trancha l'oeil gauche, désorienté, celui-ci perdit l'équilibre et s'écrasa sur un de ses compères. Deux éclaireurs vinrent les achever tandis qu'ils étaient au sol.

Amos repéra finalement Ymir, et il lui fut très difficile de contenir sa colère et sa stupeur de la voir émerger de la nuque d'un cadavre de titan à moitié mâché.

L'état de la grande fille et le danger dans lequel elle était le poussa cependant à mettre ses émotions de côtés, en effet, elle avait le bras droit et une partie de l'abdomen arraché.

— « Récupérer l'agneau. »

Il détacha sa belle-soeur de son corps titanesque d'un coup d'épée bien placé, et s'extirpa du carnage pour l'amener près d'Historia. La petite blonde se précipita alors vers eux tandis que le Bataillon finissait d'abattre les derniers titans.

— Ymir, pleurnicha la bâtarde en lui prenant la main, Ymir ?

La grande fille laissa échapper un faible grognement et rouvrit les yeux, sous le regard soulagé de sa petite amie. Elle lui adressa un sourire réconfortant, avant de réaliser avec terreur que c'était Amos qui la tenait dans ses bras.

Bien qu'exténuée, elle rassembla tout son courage pour faire face au noble.

Ce dernier était calmement en train d'observer le doigt de sa belle-soeur, doigt qui était toujours orné de la bague de Hannibal qu'il lui avait offerte. Cette vision diminua sa colère, et les yeux verts émeraude traversèrent les yeux marrons foncés.

— Ymir ? demanda-t-il d'une voix impassible. Est-ce que tu es notre ennemie ?

Tout en posant cette question, Amos observait méticuleusement le regard de la métamorphe. Celui-ci était apeuré, honteux et suppliant, mais elle ne le détourna pas pour autant.

Elle secoua lentement la tête, c'était un geste simple, le seul qu'elle était capable de réaliser à ce moment, mais ce fut plus que suffisant pour le grand blond qui fut parfaitement capable de lire la sincérité sur son visage.

Hannibal poussa un profond soupir de lassitude afin d'expulser toute la tension qui lui crispait les muscles, puis, à la grande surprise de la fille aux tâches de rousseur, il la prit dans ses bras et la serra fort contre lui.

Ymir haleta, choquée par le geste du noble, celui-ci resserra son étreinte et maugréa à son oreille :

— Me refait jamais une peur pareille, espèce de titanesque garce

Une vague de soulagement s'empara d'elle, à tel point qu'elle sentit des larmes couler le long de ses joues.

— Je suis désolée… bredouilla-t-elle, je suis désolée…

Historia sourit face à cette touchante scène, et vint, à son tour, enlacer sa petite amie. Celle-ci continua de pleurer de joie et de soulagement, elle était heureuse, heureuse d'être toujours autant aimée.

Debout à côté de ses amis, Armin remarqua alors les bagues que chaque membre du trio portait, il haussa un sourcil de curiosité.

— « J'espère qu'Ymir sera coopérative, » songea-t-il légèrement inquiet, « parce que ça m'étonnerait beaucoup qu'Amos confie son sort à nos supérieurs. »