NA : Hello, avant de commencer à lire ce chapitre, je vous encourage tous FORTEMENT à relire le chapitre 18 à partir de la transformation d'Ymir car j'ai ajouté une scène en modifiant un évènement qui change beaucoup de choses pour la suite. Ne vous plaignez pas de ne pas comprendre si vous ne suivez pas mon conseil, en espérant que ce nouveau chapitre vous plaise !

Chapitre XIX : Des Soldats et des Guerriers

Peu de temps après la fin de la Bataille du Château d'Utgard, les éclaireurs avaient prit la décision de se retrancher sur le Mur Rose afin d'éviter une éventuelle attaque surprise de titan. Et tandis que les jeunes recrues et vétérans s'affairaient à hisser leurs blessés et leurs ressources sur le sommet du rempart, Historia plaidait la cause d'Ymir auprès d'Hanji et Nanaba, avec Amos à ses côtés. Le noble avait cependant maintenu le silence depuis le début de cette conversation, il fixait le métamorphe Bestial avec méfiance et surveillait Reiner et Bertholdt du coin de l'oeil. Conformément à ses instructions, Eren et Mikasa s'étaient placés juste à côté des deux traitres et leur faisaient la conversation comme si de rien n'était. Mais ils étaient tous deux prêts à intervenir si les choses dérapaient.

— Vous devez me croire ! Je vous assure que c'est la vérité ! Ymir s'est transformée afin de nous protéger des titans ! Elle a risqué sa vie pour nous sans hésitation, c'est bien la preuve qu'elle est des nôtres ! Je ne cherche en rien à excuser sa décision inacceptable de nous avoir caché jusqu'à maintenant des informations aussi cruciales. Je pense qu'elle devait craindre pour sa sécurité, mais je suis convaincue qu'elle a changé ! Ymir est de notre côté ! Du côté de l'Humanité !

— « Ne mélange pas tout, » songea Amos en regardant le corps fumant de sa belle-soeur. « Elle est de notre côté à toi et à moi, mais elle n'est certainement pas du côté de l'Humanité. »

— Si je puis me permettre, intervint Nanaba d'une voix fatiguée, nous ne nous en serions jamais sortis sans son intervention.

Elle jeta un regard en direction de Gelgar qui avait perdu connaissance, et revint vers la petite blonde.

— Certes, ajouta-t-elle sans réussir à faire preuve de la fermeté souhaitée, j'aurais préféré qu'elle se transforme plus tôt. Ainsi Lynne et Henning auraient peut-être survécu, cependant nous maitrisions la situation avant l'arrivée du Bestial. C'est au moment où tout est parti en vrille qu'elle est intervenue, elle aurait pu s'enfuir, mais elle est restée pour se battre. Je pense que le bénéfice du doute serait la moindre des choses.

Hanji acquiesça, signifiant qu'elle prenait son avis en compte. Puis elle observa le corps démembré et fumant du métamorphe responsable de l'attaque, alors que celui-ci était surveillé par trois éclaireurs aux aguets.

— Alors c'est lui la cause de tous nos malheurs depuis hier ?

— Oui, confirma Historia, il semblait contrôler les titans pour les faire agir stratégiquement et ils nous a envoyé des rochers à la figure depuis le sommet du mur. Mais il ne semble pas fait pour le corps à corps, ses réactions étaient lentes et imprécises.

Les yeux d'Amos et de la scientifique brillèrent d'une lueur d'intérêt, ils en étaient arrivé à la même théorie.

Hanji était restée impassible durant l'intégralité du plaidoyer de la petite blonde, elle jeta un coup d'oeil au noble pensif.

— Qu'est-ce que tu en penses ? Tu n'as pas l'air autant en rogne que je l'aurais imaginé. Ça ne t'énerve pas qu'elle t'ai caché des informations aussi cruciales ?

— Pas tant que ça, répondit simplement le grand blond à la surprise de la scientifique, elle m'a subtilement mit sur la voie, c'est grâce à ça que j'ai pu déterminer autant de trucs. En particulier le pouvoir du sang royal.

Il avait prononcé cette dernière phrase à mi-voix pour éviter d'être entendu par d'autres, Nanaba et Historia froncèrent les sourcils.

— Ça et le fait qu'elle se soit transformée pour protéger ma soeur suffisent à me convaincre de deux trucs la concernant : jusqu'à présent, elle était en quelque sorte neutre dans ce conflit, mais les choses ont changé pour elle depuis qu'elle nous a rencontré.

Il échangea un bref regard avec la petite blonde, avant de poursuivre :

— Je préfère être clair tout de suite : si vous vous en prenez à elle, vous me trouverez sur votre chemin.

Hanji haussa simplement un sourcil face à cette déclaration, mais intérieurement, elle prenait cet avertissement très au sérieux. Erwin l'avait prévenu de ne surtout pas prendre la coopération d'Amos pour acquise. Et avec ce qu'elle venait d'apprendre concernant les propriétés du sang royal, elle ne pouvait se permettre d'entrer en conflit avec les deux descendants qu'elle avait dans ses rangs. D'autant que cela pouvait permettre au Bataillon d'obtenir une nouvelle métamorphe.

— Je vois, répondit-elle impassible, je souhaite bien sûr créer une relation de camaraderie avec elle. Peu importe ce qu'elle a fait ni pourquoi, les informations qu'elle détient sont capitales pour l'Humanité, je veux qu'on s'entende.

En entendant cela, Historia laissa échapper un discret soupir de soulagement, tandis qu'Amos hocha sobrement la tête. Nanaba ne semblait pas satisfaite mais elle ne fit pas connaître son opinion.

— Donc, reprit la scientifique à l'adresse de la petite blonde, ton vrai nom est Historia Hannibal, c'est ça ?

— Oui, acquiesça cette dernière, mais n'utilisez pas ce nom en publique s'il vous plait. Notre grand-père n'apprécierait pas.

— Je comprends, c'est un plaisir de te rencontrer.

— De même, répondit la jeune fille en souriant.

Hanji jeta un coup d'oeil vers Ymir, elle s'apprêtait à aller prendre de ses nouvelles lorsqu'Amos reprit la parole :

— Dites, pourquoi est-ce que vous avez tiqué sur le nom d'Ymir à Ehrmrich ?

Comme la scientifique hésita, le noble ajouta avec exaspération :

— Ne soyez pas pingre, je vous ai donné tous les fruits de mes réflexions, je suis même allé jusqu'à révéler des informations personnelles que j'aurais préféré garder pour moi. J'attends le minimum en retour.

C'était officiel, Hanji n'était pas du tout à l'aise en présence d'Hannibal. Celui-ci agissait en subordonné et en camarade la plupart du temps, mais il n'hésitait pas à rappeler par l'intimidation ce dont il était capable si jamais elle abusait de son grade, grade qui ne signifiait pas grand chose pour lui. Cela donnait à la scientifique la sensation de manipuler un canon surpuissant, qui pouvait lui exploser à la figure à tout instant.

Aussi, elle fit un bref résumé des notes recueillies par Isle Langnar, la malheureuse éclaireuse de la 34ème expédition qui avait entendu un titan parler. Titan qui avait prononcé les mots : « Lady Ymir », et qui s'était prosterné devant sa propre qui, selon le portrait du dossier, ressemblait comme deux gouttes d'eau à leur nouvelle métamorphe.

Historia et Amos haussèrent les sourcils de surprise, avant de se tourner vers la troisième membre de leur famille.

— Chef d'escouade ! appela soudainement Moblit avec une terreur maitrisée. Il se réveille !

En effet, le métamorphe barbu émit un grognement de douleur et tenta de se redresser pour s'asseoir, avant d'écarquiller les yeux en réalisant que ses bras avaient été tranchés.

Pris de panique, il parcouru son entourage du regard, et compris en apercevant les mines furieuses et terrifiées des éclaireurs qu'il avait été capturé. Il tenta de chercher subtilement Reiner et Bertholdt, mais il fut brutalement saisit par la barbe.

— Bien le bonjour, salua Amos en forçant le bestial à le regarder dans ses yeux possédés par la prédation. Je vais te faire la version courte : tous tes titans sont morts et tu t'es fait botter le train par une ado de quinze ans d'un mètre quarante-cinq. Tu es démembré, donc tu ne peux pas te transformer. Je te conseille donc de ne rien tenter, auquel cas je me ferai un plaisir de te trancher ton troisième bras pour t'apprendre à te tenir tranquille.

En entendant cela, le barbu se mit à trembler de terreur, il dût faire un effort surhumain pour ne pas complètement perdre son sang-froid.

— Bien, reprit le noble satisfait par sa réaction, je m'appelle Amos Hannibal, et je suis ra-vi de te rencontrer.

Le bestial recula légèrement son visage devant la monstruosité qui brillait dans les yeux verts émeraudes de son interrogateur, celui-ci poursuivit :

— Comment tu t'appelles ? Je doute sincèrement que ce soit une information cruciale.

Le barbu déglutit, avant de répondre :

— Sieg…

— Sieg, hein ? répéta-t-il avant de demander tout bas : serais-tu de sang royal, Sieg ?

À ces mots, le Bestial écarquilla les yeux d'horreur, ce qui constituait un aveu éloquent pour le noble qui s'autorisa un sourire.

— Voilà qui nous offre un début d'explication quant à ta faculté de contrôler les titans, nota-t-il satisfait. Du coup, je me demande si tu peux contrôler tous les types de titans ou seulement ceux qui répondent à certains critères.

Cette fois, Sieg était, à proprement parlé, effaré par les déductions de son interrogateur. Il ignorait qu'Amos savait pour les colossaux dans les murs, et qu'il avait comprit que si le Bestial avait été capable de contrôler tous les types de titans, ce seraient eux qu'il aurait contrôlé. Cependant, le noble avait besoin de déterminer comment son prisonnier avait accompli la prouesse de contrôler les normaux.

— À ta place je répondrais, prévint-il avec impatience, auquel cas nous ferons simplement une expérience qui consistera à te déposer près d'un titan que nous aurons capturé, et d'attendre de voir si celui-ci te dévore.

La panique s'accentua soudainement dans le regard du barbu, ce dernier était terrorisé par la légèreté d'Amos.

— Non, lâcha-t-il en conservant son sang-froid malgré tout, tu n'en feras rien. Tu as besoin de moi vivant pour m'interroger.

Sieg nota avec satisfaction la légère grimace du noble, cependant, celui-ci haussa les épaules.

— Pas faux, concéda-t-il, mais ta réaction me laisse à penser que ta faculté de contrôle n'est pas liée à un type de titan particulier comme je le supposais. La condition est donc différente, mais nécessaire. Et puis si tu ne parles pas, il faudra bien que je trouve un autre moyen d'obtenir des informations sûres. De plus, je serai contraint de prendre rapidement une décision pour éviter que tu ne m'échappes. N'espère donc pas pouvoir t'enfuir en jouant la montre.

Le Bestial grinça des dents, il n'avait rien à répondre à cela. Son seul espoir était une intervention immédiate et salutaire de Reiner et Bertholdt.

Cependant, il était vraiment choqué par l'intellect diabolique du noble. Ce dernier menait la danse d'une main de maitre et parvenait à extirper une information viable en se fiant uniquement à ses réactions faciales.

— « Qu'est-ce que c'est que ce psychopathe ?! » manqua-t-il de hurler avec frustration. « Il est beaucoup trop intelligent, froid et sadique pour être ordinaire, et il sait pour le sang royal ! Qui est-il ?! »

— Bien, conclut le noble en frappant ses mains, j'aimerai poursuivre cet interrogatoire mais j'ai encore du pain sur la planche. Sur ce…

Il saisit Sieg par les cheveux, et lui colla un coup de genou dans la tempe qui le renvoya au pays des songes. Derrière lui, Bertholdt était tellement dépassé par les évènements qu'il ignorait ce qu'il devait faire. Il brûlait d'envie de se transformer, mais si Reiner ne le suivait pas il risquait de le tuer avec sa déflagration.

Amos et Hanji discutèrent quelques instants des nouvelles informations qu'ils avaient obtenus, avant que la scientifique n'aille prendre des nouvelles d'Ymir auprès de ses subordonnés. À la vue de sa belle-soeur Hannibal se mit à réfléchir à l'histoire d'Isle Langnar, et à la façon dont le titan qui l'avait dévoré l'avait appelé…

— « Lady Ymir, » songea-t-il en se concentrant, « ce n'est pas la première fois que j'entends ça. »

La seconde suivante, il était de retour dans sa bibliothèque mentale et parcourait ses rayons.

— « Qu'est-ce que… ? » s'étonna-t-il en fronçant les sourcils, « habituellement, je retrouve très facilement un souvenir lorsque j'ai une idée de ce que je cherche. Pourquoi est-ce qu'il ne me vient pas instinctivement ? Est-il si vieux pour qu'il remonte à ma plus tendre enfance pour que ma mémoire ne l'ai pas complètement enregistré ? »

Il se concentra davantage et força ses méninges à tourner… mais il était toujours bredouille. Une frustration encore inconnue jusqu'à ce jour vint lui ronger la cervelle.

— « Ce n'est pas normal, » réalisa-t-il en continuant de parcourir ses rayons, « ma mémoire ne m'a jamais fait défaut. Je suis certain que… »

C'est alors qu'il heurta une barrière invisible et tomba sur les fesses, ce choc fut traduit dans le monde réel par une migraine abominable qui lui vrilla subitement le crâne, et il fut forcé de poser une main sur son front pour l'atténuer.

— « Ouch ! C'était quoi… ça…? »

Hannibal était si choqué par ce qu'il voyait dans sa tête qu'il écarquilla ses vrais yeux à la vue de tous. Là, dans sa propre bibliothèque mentale, il y avait toute une étagère qui… lui était interdit d'accès ! Elle était protégée… Non… Elle était barricadée derrière un espèce de champs de force invisible ! C'était ridicule, c'était inconcevable, c'était impossible… Et pourtant c'était bien réel. Il y avait tout une portion de sa propre mémoire qui lui était inaccessible.

Amos… Amos n'arrivait pas à y croire, c'était absolument délirant. C'était sa tête, sa putain de tête ! Et la seule explication qui lui venait à l'esprit, c'était que quelqu'un avait joué avec. Une explication qui ne lui paraissait plus si farfelue depuis qu'il avait entendu la voix d'Eren résonner dans son crâne.

— « Qu'est-ce que c'est que ce délire ?! » rugit-il si fort qu'il aurait fait trembler le Mur Rose tout entier s'il avait hurlé à voix haute. « Comment est-ce qu'une telle chose…?! Est-ce que c'est une autre capacité d'un Titan de sang royal ?! PUTAIN ! Qui a osé jouer avec mon cerveau ?! »

Il interrompit soudainement son tourbillon de pensées, et se mit à réfléchir à toute vitesse.

— « Je suis à présent certains que les livres d'histoire sont tous mensongers, et je sais que tous ceux qui cherchent à découvrir la vérité ou même qui se limitent à semer le doute sont massacrés par les Brigades Centrales. Le fait que les informations sur le titan royal et nos ennemis de l'extérieur ne soient connues que de la noblesse… C'est comme ça… C'est comme ça qu'un tel secret a pu être préservé… Le titan de sang royal n'influence pas seulement les titans… Il influence également les humains… Serait-il possible que je savais tout ? Et qu'il ait effacé ma mémoire et celle de…? »

— Amos ?

L'interruption brutale de ses réflexions fit sursauter le noble, un sursaut qui provoqua à son tour le sursaut de celui qui l'avait interrompu… Qui n'était autre qu'Eren…

Pendant une seconde abominable, Amos fixa le métamorphe avec une prédation qui avait crevé son plafond, tellement pure et puissante que la psychopathie menaçait grandement de prendre le dessus.

Le mouvement de recul horrifié du natif de Shiganshina fit cependant sortir le grand blond de sa transe, il expira bruyamment pour se calmer et plongea sa tête dans sa main.

— Excuse-moi, bredouilla-t-il en s'efforçant de ravaler la prédation, j'étais au milieu d'une séance de réflexion intense qui m'a… un peu dépassé.

— Oh, fit Eren d'un air penaud, euh… je suis désolé de t'avoir interrompu…

Hannibal balaya ses excuses d'un geste.

— T'inquiètes pas, à vrai dire merci, je commençais à perdre le fil.

Jaeger haussa les sourcils de stupeur, Amos avait toujours été un pilier inamovible et une force inarrêtable à ses yeux. Le voir dans un tel état, surtout après l'avoir vu étrangler le pasteur à Ehrmrich, le préoccupait beaucoup.

— Est-ce que ça va aller ?

— Oui, rassura le noble, j'ai connu bien pire.

Il s'écoula un bref moment de silence, avant qu'Hannibal ne reprenne :

— Qu'est-ce que tu voulais me dire ?

— Ah ! fit le métamorphe en se souvenant subitement de la raison pour laquelle il avait interrompu les réflexions du grand blond.

Il jeta nerveusement des coups d'oeil à droite et à gauche afin de s'assurer de ne pas être épié, comme s'il allait révéler un lourd secret, -ce qui était très drôle du point de vue d'Amos-, avant de finalement demander :

— Pourquoi est-ce que tu me fais confiance ?

— Hein ?

— Je veux dire, reprit Eren un peu embarrassé, tout le monde doute plus ou moins de moi, Mikasa est toujours obligée de s'assurer que je vais bien, les autres comptent sur moi à cause de mon pouvoir mais au fond… Ils ne se fient pas vraiment à moi… le capitaine lui-même ne me fait pas vraiment confiance… Pourquoi est-ce que toi tu me fais confiance ?

Amos était… assez surpris. Pas par le fait que les gens avaient du mal à croire en Eren, mais par le regard de celui-ci.

Il lui avait suffit d'un coup d'oeil pour comprendre que Jaeger attachait une grande importance à son opinion, ce qui était assez gratifiant, mais qui pouvait se révéler être un problème.

En effet, le noble de Mitras attendait du natif de Shiganshina que celui-ci devienne suffisamment confiant pour cesser de tant se préoccuper des avis des autres, mais visiblement, ce n'était pas pour tout de suite. Il avait besoin de continuer de grandir, et pour cela, Amos avait besoin de passer un peu plus de temps avec lui. Néanmoins cela devra attendre.

— Pour deux raisons, répondit-il en levant autant de doigts, la première c'est que tu es quelqu'un de simple.

Eren fronça les sourcils d'incompréhension.

— Qu'est-ce que tu veux dire par là ?

— Tu es très honnête, développa le noble, tu ne caches pas tes émotions, parfois tu les laisses parler pour toi, tu ne mens pas ou n'essayes pas de te cacher derrière un masque. Pour quelqu'un comme moi qui a grandi dans un milieu rempli de traitres et de menteurs, tu es un vent de fraicheur. Nos supérieurs croient que ton caractère émotif te rend imprévisible. Mais de mon point de vue, tu es la personne la plus prévisible que je connaisse. Tes actions et décisions sont relativement simples à anticiper.

Le froncement de sourcils du métamorphe s'accentua.

— Je sais pas comment le prendre, avoua-t-il.

— La deuxième raison pour laquelle j'ai confiance en toi, continua Hannibal en l'ignorant, c'est ta détermination. En effet, peu importe les difficultés que tu te manges, tu te relèves, tu apprends et tu t'améliores. Et c'est là le point le plus intéressant à mes yeux. Je sais qu'en t'enseignant ce que tu as besoin de savoir, et en t'aidant à réfléchir et à grandir, tu seras parfaitement capable de surmonter n'importe quel obstacle que le Monde te balancera à la gueule, et tu réaliseras de grandes choses. Comme la première victoire de l'Humanité à Trost. Comme tes combats contre la Femelle. Je sais que tu en es capable car tu l'as déjà prouvé, et parce que je sais que quand tu dis que tu vas faire quelque chose, tu mettras tout en oeuvre pour le faire. Mais comme tout le monde, tu as besoin d'apprendre avant d'agir.

Il haussa les épaules, avant de poursuivre :

— Ça fait trois ans que je te connais, j'aurais dû t'aider à gérer ta colère contre les titans il y a un bail. Pourtant je ne l'ai fait que le mois dernier, si j'avais agi plus tôt tu ne te serais peut-être pas fait bouffer à Trost. Mais j'ai rien fait, alors que ça n'avait rien de bien complexe, il fallait juste que tu réalises que les titans ne méritaient pas toute ton attention, et qu'il y avait des choses bien plus importantes dans ta vie que la vengeance. Je n'ai eu besoin de te le dire qu'une fois, le reste tu l'as fait toi-même. Tu as fourni les efforts et la réflexion nécessaires pour réussir à voir au delà. Et c'est pour ça que j'ai confiance en toi. Parce que tu es honnête, parce que tu es déterminé, et parce que tu es capable de te remettre en question pour avancer.

Eren s'était figé sur place tant il était émerveillé par les explications de son ami, ça lui faisait incroyablement chaud au coeur de voir que quelqu'un qu'il admirait était capable de vanter ses qualités, et était prêt à l'aider pour s'améliorer. Sa confiance en lui avait retrouvé tout son éclat, il se sentait capable de déplacer des montagnes simplement grâce au fait que le noble croyait en lui.

Amos posa alors une main sur son épaule, et ajouta :

— On ne passe pas sa vie à se trouver, Eren, on la passe à se construire. Tu n'as pas fini de t'améliorer, tout comme je n'ai pas fini de m'améliorer. Alors ne t'arrête pas de grandir, mais n'essaye pas de trop changer, ou tu pourrais finir par te perdre.

— « C'est assez étrange, » songea le noble tandis qu'il gratifiait le métamorphe d'un sourire encourageant, « mon instinct me hurle de le tuer sans tarder, mais ma raison m'en empêche… Est-ce réellement mon instinct ? J'ai entendu sa voix dans ma tête, et je sais que quelqu'un m'a effacé la mémoire. Les chances pour qu'il soit le titan de sang royal sont très faibles. Mais s'il l'était véritablement, alors cela signifierait peut-être que ce n'est pas mon instinct qui me ronge, mais le sang royal qui coule dans mes veines. À méditer plus tard. »

— Merci Amos, répondit le métamorphe en serrant les poings, j'avais besoin d'entendre ça.

— Quand tu veux, dit le grand blond.

C'est là qu'un autre blond attira son attention, et lui fit immédiatement récupérer son sérieux. Eren le remarqua et fit de même.

— Ça va Reiner ? lança le noble en s'approchant avec son ami à sa suite.

— Franchement non, répondit le blessé en serrant son bras écharpé, un titan m'a croqué… putain… quelle frayeur… j'ai vraiment cru que j'allais y rester…

Mentalement, Amos siffla d'admiration.

— « Hé bah… quel acteur… j'ai rarement vu une aussi belle performance de toute ma vie… Et j'ai grandi à Sina. »

Eren se disait la même chose tandis qu'il allait aider Armin à se hisser sur le Mur.

— Tu sais, ça peut aussi arriver à quelqu'un d'aussi fort que toi.

— De quelle force tu parles ?! s'exclama le traitre avec une frustration des plus authentiques. C'est déjà la deuxième fois que je frôle la mort ! Pas vrai, Armin ?

— Hein ?

— J'ai failli me faire écraser par le poing d'un certain titan, tu te souviens ?

— « Il est vraiment bon, putain. »

— Ah ! fit le petit blond en repensant à la fois où Annie avait attrapé son complice, pour qu'il lui transmette la position d'Eren. Oui… cette fois-là.

Mais Reiner ne l'écoutait plus, il était déjà reparti dans ses lamentations.

— J'ai choisi de devenir soldat… mais je ne m'attendais pas à ça… à ce rythme je ne vais pas faire de vieux os… Ce boulot de merde est beaucoup plus éprouvant mentalement que physiquement…

— Hé ! fit Amos en claquant des doigts devant son visage, le faisant sursauter. Calmes-toi, tu veux ? Tu es blessé, exténué, et probablement en état de choc. Ce qui veut dire qu'on ne te demandera pas plus que tu n'en as déjà fait. Repose-toi pendant qu'on va colmater la brèche.

L'espace d'un instant, Reiner parut soulagé à l'idée de faire une pause bien méritée, mais il secoua la tête, et reprit son air de soldat déterminé.

— Non… merci, je ne vais pas rester là à rien faire pendant que vous allez risquer vos peaux. T'as raison… j'ai assez perdu de temps en jérémiades.

Si la performance de Reiner était toujours aussi impressionnante aux yeux d'Hannibal, le regard nerveux de Bertholdt ne lui échappa pas.

— « Aussi anxieux qu'à son habitude… en revanche, il a l'air de se faire souci pour son complice… Pourquoi ? La blessure à son bras guérira grâce à sa régénération… »

— Franchement, Reiner, intervint Eren, tu devrais suivre le conseil d'Amos et te reposer. Sinon t'es pas près de rentrer chez toi un jour.

À ces mots, le visage du guerrier fut comme frappé par un éclair de réalisation, il avait l'expression hagarde et la bouche béate, ce qui allait à l'encontre même de la figure déterminée de soldat qu'il avait affiché il y a encore seulement quelques secondes.

— « Qu'est-ce que…? »

Bertholdt le remarqua aussi, et sembla reprendre quelques couleurs.

— Mais oui, Reiner ! s'exclama-t-il avec un enthousiasme modéré. Rentrons chez nous ! On s'est donné du mal, mais le plus dur est fait, non ?

Ledit Reiner qui semblait si perdu il y a encore quelques secondes se mit à sourire de soulagement, comme s'il voyait enfin la lumière au bout de son interminable tunnel.

Aucun des deux traitres n'avaient remarqué le regard d'Amos possédé par la prédation, leur instinct de survie était en train de leur faire cruellement défaut.

— « Je vois… Reiner a un trouble de la personnalité… Ça explique sa performance remarquable, ça n'avait rien d'une performance. Il était persuadé d'être de notre côté. Parler de son foyer lui a rappelé d'où il venait et qui il était. Voilà pourquoi Bertholdt était si nerveux. Je vois… s'il est si perturbé, je peux sans doute tirer profit de sa situation. »

— Amos ?

Le noble calma la prédation de son regard, mais la garda néanmoins éveillée. Il se tourna vers sa petite soeur.

— Qu'est-ce qu'il y a ?

— Il faut que je te parle, dit la petite blonde avec fermeté, tout de suite si possible.

Le grand blond haussa un sourcil intrigué.

— Est-ce que c'est de l'ordre du privé ou du militaire ?

— Militaire.

— D'accord, dit-il avant de se tourner vers Reiner et Bertholdt, ça va aller vous deux ?

— Ou-oui, rassura le plus grand en s'agenouillant auprès de son complice, je m'occupe de lui.

— Bien, Eren ? Armin ? Venez avec nous.

Si les deux natifs de Shiganshina étaient surpris, ils ne le montrèrent pas et obéirent sur le champ. Historia, elle, sembla surprise, mais ne fit aucun commentaire.

Une fois qu'ils furent suffisamment isolés, Mikasa vint se joindre à eux de son propre chef, Amos accueillit sa présence d'un signe de tête.

— Garde un oeil sur eux pendant qu'on cause, dit le noble à l'orientale, averti nous subtilement s'ils arrivent, il ne faut pas qu'ils nous entendent.

Elle acquiesça avec fermeté et se mit à observer discrètement les deux traitres. Pendant ce temps, Historia reprit la parole :

— Je ne crois pas qu'il y ait de brèche dans le Mur, je crois que c'est le Titan Bestial qui a fait apparaitre tous ces titans.

Les yeux d'Eren et d'Armin s'écarquillèrent de stupeur, Amos et Mikasa restèrent impassibles.

— Qu'est-ce qui te fait penser ça ?

— Il a escaladé le Mur pour essayer de s'enfuir, pourquoi aurait-il fait cela s'il y avait une brèche ? Et puis surtout, il semblait contrôler les titans par son cri, il rugissait pour les exciter et les a lancé sur nous par salves. En pleine nuit qui plus est. Il a également modifié les comportements des premiers titans qui nous ont attaqué, ils se sont tous mis à courir comme des déviants alors qu'ils semblaient normaux jusque là. Il y a aussi le fait qu'il a tué nos chevaux pour éviter qu'on ne s'enfuit, alors que s'il y avait effectivement eu une brèche, la zone aurait tellement grouillé de titans qu'il aurait été impossible pour nous de nous enfuir… D'ailleurs, il n'y a aucun titan ici, alors que s'il y avait eu une brèche, il y en aurait partout. Mais je crois qu'on les a tous éliminés.

Armin enregistra toutes les informations fournies par la petite blonde et se mit aussitôt à cogiter, Eren jeta un coup d'oeil impressionné à leur informatrice tandis que Mikasa restait sur ses gardes. Un large sourire vint éclairer le visage d'Amos.

— Beau travail, complimenta-t-il.

Sa petite soeur rougit de satisfaction.

— Attendez, dit alors Eren en s'efforçant de maitriser ses émotions. S'il pouvait contrôler les titans… Serait-il… ?

— Non, balaya Hannibal, sinon il nous aurait envoyé les colossaux à la figure.

— Ah ! Oui, tu as raison.

— Les quoi ? fit Historia intriguée.

— Je t'expliquerai plus tard, répondit son grand frère avant de reprendre une expression sérieuse, dis-moi… quelles ont été les réactions de Reiner et Bertholdt lorsque vous avez aperçu le Bestial ?

Cette fois, elle se gratta nerveusement la joue.

— Je t'avoue que j'étais trop préoccupée par lui pour avoir fait attention, dit-elle avant de se reprendre soudainement, par contre… Je…

— Vas-y, encouragea Amos.

— Hé bien… quand Ymir s'est transformée… je crois avoir entendu Reiner dire : « C'était elle ce jour-là. » Mais je ne suis pas sûre.

Un silence de cathédrale s'abattit sur le petit groupe, le noble caressa pensivement son menton, puis il choisit de prendre l'initiative avant que quelqu'un n'ait l'idée de poser une question :

— Écoutez-moi tous très attentivement, et ne m'interrompez pas, ordonna-t-il à mi-voix. Il est désormais évident que Reiner et Bertholdt sont des traitres.

Historia voulut réfuter cette hypothèse en faisant une remarque concernant le moment où le blond avait sauvé Connie, mais elle choisit de suivre les instructions de son frère.

— Reiner semble avoir un trouble de la personnalité, expliqua-t-il sous les regards choqués de ses camarades. On dirait qu'il oublie parfois qui il est et d'où il vient, et il est persuadé d'être un soldat des Murs. Malheureusement, impossible d'en tirer profit à l'heure actuelle, parler de son foyer lui a rappeler qui il était, soyez donc d'autant plus sur vos gardes.

— Bertholdt nous regarde, annonça Mikasa en conservant sa mine impassible.

Tout le monde à part Amos se crispa légèrement.

— Est-ce qu'il s'approche ? demanda ce dernier.

— Non.

— Bien, continuons et évitons d'éveiller leurs suspicions.

Sur ces mots, il sortit une cigarette de sa poche, se la vissa sur les lèvres, et l'alluma sous les regards consternés de ses camarades.

— Qu'est-ce que tu fous ? grogna Eren en balayant la fumée de son visage.

— Je garde l'air naturel, répliqua le noble avec un sourire fumant.

En apercevant le nuage gris et les expressions dégoûtées des autres membres du groupe, Bertholdt commit l'erreur de se relaxer, et revint vers Reiner.

Une fois que Mikasa eut tôt fait de transmettre cette information à Amos, ce dernier reprit avec sérieux :

— Il semblerait que Reiner et Bertholdt ignoraient qu'Ymir était une métamorphe, mais savaient à quoi ressemblaient son titan, en revanche, elle, elle sait très bien qui ils sont.

Armin et Historia n'en crurent pas leurs oreilles.

— Qu'est-ce qui te fait dire ça ? demanda le petit blond.

Amos tira sur sa cigarette, et répondit :

— Peu de temps après qu'on ait rejoint le Bataillon, Ymir m'a avertit en plaisantant sur la fascination qu'avait Reiner par rapport au fait que j'étais le cousin du Roi.

À ces mots, Arlet enchaîna très rapidement :

— Elle ne savait pas seulement qui ils étaient, comprit-il, elle savait également ce qu'ils recherchaient.

— Exactement, approuva Hannibal, le simple fait qu'elle m'ait mise en garde suffit à me prouver sa bonne foi. Mais cela signifie également qu'elle en sait beaucoup trop pour que Reiner et Bertholdt ne se permettent de lui laisser l'opportunité de nous parler. Et avec le Bestial en notre possession, ils ne peuvent pas attendre.

Ces mots ne tombèrent pas dans l'oreille d'un sourd, Armin écarquilla les yeux.

— Ils vont passer à l'action, comprit-il nerveusement, dans très peu de temps.

— Duuuuuuu caaaaaalme, ordonna Hannibal d'une voix basse mais ferme afin d'éviter des réactions trop suspicieuses. À l'heure actuelle, c'est nous qui avons l'avantage. Écoutez-moi très attentivement. Historia ? Quand nous aurons finit de parler, tu iras enfiler récupérer du gaz et tu resteras aux côtés d'Ymir. Éloigne-là si tu le peux. Mais sois discrète, il ne faut pas qu'ils te remarquent.

La petite blonde hocha une tête déterminée.

— Armin ? Va prévenir Hanji et son escouade. Qu'ils soient sur le qui-vive et qu'ils éloignent le Bestial.

— Compris.

— Mikasa ? Toi et moi on reste aux côtés d'Eren et on ne le lâche pas d'une semelle. S'il le faut, il faudra qu'on tue Reiner et Bertholdt nous-même au moment où ils attaqueront. Vise impérativement la tête, le coeur n'est pas une option.

L'orientale acquiesça fermement, pleinement satisfaite par les instructions du grand blond.

— Eren ? Quand Mikasa et moi passerons à l'action il faudra que tu recules, si on se foire ce sera à toi de déglinguer le Cuirassé. D'après les rapports de l'attaque de Shiganshina, les obus de la Garnison n'ont pas percé son armure. Nos lames seront donc inefficaces, et à moins qu'il n'ouvre la bouche, je ne pourrai pas lui envoyer une grenade. Si on en arrive là, tu devras l'affronter tout seul.

Beaucoup aurait écarquillé les yeux de terreur à cette perspective, Mikasa elle-même ne semblait pas du tout apprécier cette idée, mais Eren n'était pas comme tout le monde. Et ses yeux brillaient d'une détermination imperturbable qui fit sourire le noble.

— Oublie les coups de poings, conseilla-t-il, privilégie la lutte et les prises de contact.

— Ça marche, répondit le métamorphe gonflé à bloc.

— Bien, chacun sait ce qu'il a à faire, dispersion.

Armin et Historia acquiescèrent avant de s'en aller exécuter les ordres du grand blond, ce dernier jeta sa cigarette et fit craquer sa nuque.

— Calme et concentré, dit-il à l'adresse de Mikasa et Eren, attendons doucement notre ouverture.

Les deux natifs de Shiganshina hochèrent la tête à leur tour, juste au moment où les unités de reconnaissance de la Garnison vinrent les rejoindre pour faire leur rapport. Et le rapport était le suivant : il n'y avait aucune brèche, comme Amos l'avait anticipé.

Cependant, cela soulevait une autre question : d'où étaient venus les titans ? Le noble doutait qu'ils soient apparus à partir de rien, la matière ne disparait ou n'apparait pas, elle change simplement de forme.

La raison majeure de leur présence ici n'ayant au final jamais existé, Hanji ordonna à tous les éclaireurs de remballer le matériel afin de retourner à Ehrmrich. Mais elle, comme son escouade et la nouvelle escouade Levi, n'avaient pas abaissé leur garde pour autant. Conformément aux instructions de son frère, Historia avait rechargé ses réserves de gaz et récupérer de nouvelles lames pour participer sereinement à l'évacuation d'Ymir. Armin avait prit la décision de rester aux côtés de Connie, qui était le seul à ne pas avoir de matériel TDM, et qui serait donc le plus vulnérable en cas d'attaque.

Attaque qui n'allait probablement plus tarder.

— Amos ? Eren ? lança Reiner avec Bertholdt à sa suite. Vous avez deux minutes ? Il faut qu'on vous parle.

Le noble dut reconnaitre que son ami métamorphe savait garder une figure impassible, et ce, alors que le moment fatidique approchait.

— Bien sûr, répondit-il naturellement en les suivant sans rechigner.

Bien qu'il était intérieurement un peu surpris, Eren choisit de faire de même. Mikasa fit mine de s'éloigner, mais profita d'une manoeuvre discrète d'Amos pour se glisser derrière les deux traitres dès que ceux-ci eurent le dos tourné.

— Il y a cinq ans, commença Reiner, nous avons brisé le Mur Maria et lancé l'assaut contre l'Humanité.

Aucun des deux jeunes éclaireurs ne parvint à empêcher leurs yeux de s'écarquiller d'incompréhension.

— « Est-ce qu'il vient de… » songea Eren qui n'en croyait pas ses oreilles.

— « Oh putain, » pensa Amos, « il est vraiment atteint… et son compère est tellement choqué et dépassé par les évènements qu'il ne pense même pas à agir… excellent. »

— Je suis le Titan Cuirassé, continua le blond qui ne semblait pas vraiment mesurer l'ampleur de ses paroles, et Bertholdt est le Colossal.

Jaeger et Hannibal échangèrent un regard incrédule, Hoover semblait sur le point de s'évanouir.

— Qu'est-ce que tu racontes ? demanda le natif de Shinganshina confus.

Le noble n'ajouta rien, ce fut le Colossal nouvellement révélé qui prit la parole. Celui-ci attrapa son complice par le bras, l'air complètement paniqué.

— Reiner ! Qu'est-ce qui te prend ? Pourquoi est-ce que tu leur dis ?

Mais ledit Reiner l'ignora, et poursuivit :

— Notre objectif était tout simplement d'éradiquer l'Humanité. Mais maintenant ce n'est plus nécessaire, car si vous choisissez de venir avec nous, nous n'aurons plus besoin d'attaquer les murs. Vous comprenez ?

— Pas vraiment, non, répondit calmement Amos avec un sang-froid presque surhumain aux yeux de son ami. Enfin, pour Eren je comprends pourquoi tu veux l'emmener, mais moi ? Pourquoi est-ce que tu veux que je vienne avec vous ?

— Parce que tu es le vrai Roi des Murs, répondit le Cuirassé comme si c'était l'évidence même.

À ces mots, le noble haussa les sourcils de surprise, comment pouvait-il penser cela ?

Même Bertholdt parut surpris, il se mit à le fixer avec une fascination mêlée de soulagement.

— Tiens donc, fit le grand blond en croisant les bras, qu'est-ce qui te fait dire ça ?

— Christa a dit que « tout le monde ne voulait pas être Roi. » J'imagine que c'est de toi dont elle parlait, pas vrai ?

Pour la première fois depuis le début de cette étrange conversation, Amos laissa transparaitre une émotion : la lassitude.

— « Sérieusement ? C'est à cause d'un truc aussi banal qu'il pense que je suis le Roi ? Il ne sait même pas que je suis de sang royal, il n'a aucune réelle information. Il avance à l'aveugle… Il ne sait pas si je suis le Roi, il veut que je sois le Roi. Il va tout miser sur ça. »

Un éclair de réalisation traversa le regard de Bertholdt, il ouvrit la bouche avec béatitude. Hannibal se frotta les sourcils avec le pouce et l'index.

— La pauvre, soupira-t-il, elle va tellement s'en vouloir.

— Ce n'est pas sa faute, voulut rassurer Reiner, elle ne savait pas.

Au loin, Hanji et son escouade observaient discrètement la conversation entre les anciens cadets de la 104ème, tout en faisant mine de plier bagage.

— Chef ? demanda Moblit nerveux. Ne devrions-nous pas… ?

— Non, répondit automatiquement la scientifique d'un ton sec, si nous agissons, nous pourrions ruiner leur effet de surprise.

— C'est vrai, renchérit Armin alors que ses mains tremblaient, Reiner et Bertholdt sont désarmés et n'ont toujours pas remarqué Mikasa derrière eux. Amos et Eren ont l'avantage. Laissons-les leur tirer les vers du nez.

Moblit ne semblait pas rassuré pour autant, mais il n'ajouta rien d'autre.

Eren et Mikasa sentaient la pression peser sur leurs épaules, heureusement, le calme olympien de leur supérieur de l'escouade Levi les aidaient à maitriser leurs propres émotions.

— « La vache, » songea Jaeger alors qu'il sentait son coeur palpiter d'anxiété, « Amos est terrifiant, comment il arrive a rester aussi calme, putain ?! »

— Dis-voir Reiner, reprit le noble, y'a un truc que j'aimerai comprendre… Pourquoi vous ?

— Hein ? fit le traitre confus.

— Pourquoi vous ? Vous aviez onze ans quand vous avez attaqué l'Humanité. Pourquoi des enfants ont-ils été forcé de commettre un génocide ?

Les guerriers se raidirent immédiatement, et à la surprise d'Eren, baissèrent la tête avec honte.

— Pour… commença le blond, pour racheter la faute de nos ancêtres.

Jaeger, Ackerman et Hannibal froncèrent les sourcils simultanément.

— Vos ancêtres ? répéta Eren confus.

— Non, corrigea Braun, nos ancêtres, à nous tous… sauf Mikasa…

Cette fois, Bertholdt n'y tint plus, il attrapa son compagnon par l'épaule et se mit à le secouer.

— Arrête Reiner ! s'écria-t-il au bord de la crise de nerf. Tu leur en dis beaucoup trop !

Un éclair de réalisation traversa les yeux du Cuirassé, les traits de son visage formèrent aussitôt un masque d'effroi.

Derrière eux, l'orientale était à deux doigts de dégainer son épée, devant eux, Eren serra instinctivement son poing et s'apprêtait à l'approcher de sa mâchoire.

— Duuuu caaaalme, souffla alors Amos d'une voix douce et envoutante qui surprit tout le monde, tout va bien, vous êtes hors de danger maintenant.

À ces mots, les quatre autres anciens cadets de la 104ème écarquillèrent les yeux d'incompréhension. Reiner et Bertholdt fixèrent le noble avec un regard hagard.

— Q-q-quoi ? osa demander le plus grand.

— Vous êtes en sécurité, continua le grand blond sans changer de voix, c'est terminé. Vous ne vouliez pas faire ce que vous avez fait, et n'êtes en rien responsables. Vos pêchés sont pardonnés.

Les deux traitres se mirent à balbutier des paroles aussi inintelligibles que confuses, les larmes leurs montèrent aux yeux.

— C-c-comment cela pourrait-il êt-être terminé ? bredouilla Reiner.

— Je suis votre Roi, répondit simplement Amos en leur tendant la main, et en tant que tel, je me dois de prendre soin de mes sujets, de tous mes sujets.

Ces paroles-ci… les laissèrent sans voix.

L'émerveillement dans leurs regards était si intense qu'ils se mirent à fixer Hannibal comme s'ils étaient en présence d'un authentique Dieu. Un Dieu miséricordieux, qui avait le pouvoir de leur accorder le pardon pour tous les actes abominables qu'ils avaient commis. Ils haletèrent de soulagement en approchant leurs propres mains tremblantes de celle du noble, prêts à lui confier leurs sorts à tout jamais.

Mais à la dernière seconde, Reiner rétracta son bras, et son visage afficha une expression aussi horrifiée que sinistre.

— C'est trop tard ! lâcha-t-il d'une voix sombre, qui fit comprendre à tous qu'il était écrasé par la culpabilité. Je ne sais plus distinguer le bien du mal ! Tout ce que je sais, c'est que je suis responsable de toutes mes actions, et que… rien… ni personne… ne pourra jamais effacer mes fautes…

Il releva la tête, et foudroya Amos et Eren d'un regard déterminé tout en retirant son bandage, exposant ainsi son bras fumant à la vue de tous.

— Je suis un guerrier, déclara-t-il fatalement, et en tant que tel… je dois assumer mes actes jusqu'au bout.

— D'accord, répondit simplement Hannibal tandis que Jaeger se tenait prêt, assume celui-là.

En un millième de seconde, le noble déploya la lame cachée sur le dos de son avant-bras, et lui trancha presqu'entièrement le cou. Bertholdt écarquilla les yeux d'horreur, avant que Mikasa ne lui fende la cervelle d'un coup d'épée. Braun s'écroula immédiatement au sol, Hoover, lui, tituba au hasard avec l'arme de l'orientale dans la tête, avant de tomber à son tour.

Un silence de cathédrale s'abattit dans les rangs du Bataillon qui avaient assistés à la scène, silence qui fut brisé par la voix d'Hanji :

— Que tout le monde se calme ! ordonna-t-elle fermement en voyant certains des éclaireurs dégainer leurs armes, croyant, à tord, qu'Amos et Mikasa étaient les vrais traitres de l'histoire. Ces deux-là étaient des infiltrés ! C'est pour ça qu'il a fallu les tuer !

À ces mots, tous se relaxèrent partiellement, tous… sauf un :

— Ils étaient quoi ?! lâcha Connie effaré en regardant les cadavres de ceux avec qui il venait de survivre à la pire épreuve de sa vie. C'est une blague ?! Vous… !

Le regard qu'il adressa aux deux meurtriers mit l'orientale très mal à l'aise, le noble, lui, ne semblait même pas l'avoir entendu.

— Vous… vous les avez buté ?! Comme ça ! Sans aucun remord ?! Quel genre de… !

— Connie ! cria Historia en abandonnant Ymir pour lui attraper le bras. Calme-toi !

— Que je me calme ! s'époumona le natif de Ragako. Reiner m'a sauvé la vie ! Et ce connard…!

La gifle de la petite blonde mit un terme à ses hurlements, le cadet au crâne rasé se figea sur place en sentant la brulure sur sa joue. Son regard était vitreux et ses membres tremblants. La jeune Hannibal le pris alors dans ses bras.

— C'est fini, lui murmura-t-elle alors que Connie commençait à pleurer sur son épaule. C'est terminé.

Aucune réponse ne fit écho à ces paroles, juste des sanglots.

Sasha n'en menait pas large non plus, elle fixait les corps de ceux qu'elle avait appelé ses amis avec horreur.

— Ils étaient des traitres ? bredouilla-t-elle sous le choc. Reiner et Bertholdt… étaient des traitres… ?

De son côté, Eren haleta bruyamment, et tomba à genoux les mains plaquées sur le coeur.

— Nom de Dieu ! hurla-t-il à l'adresse du grand blond pour évacuer tout son stress. J'ai failli faire une crise cardiaque !

Amos ne répondit pas, il frissonna et grimaça d'un écoeurement si intense que Jaeger crut qu'il allait vomir.

— « J'ai parlé comme cette salope… » songea-t-il avec tout le dégoût du Monde, « c'était dégueulasse… »

Refusant de se laisser de nouveau empêtrer dans un tourbillon d'émotions incontrôlables, le noble secoua la tête pour réprimer ses arrières-pensées, et se concentra sur ce qu'il venait d'apprendre. Le temps ralenti autour de lui alors qu'il se plongeait dans ses réflexions.

Méthodiquement, il réarrangea toutes les informations que Reiner lui avait révélé et les décortiqua l'une après l'autre.

— « Racheter les péchés de nos ancêtres… à part ceux de Mikasa… Pourquoi « à part Mikasa » ? »

Un coup d'oeil à l'orientale fit venir la réponse d'elle-même.

— « Elle est orientale, pas nous. Enfin… elle est métisse, mais ça, ces deux cons n'étaient visiblement pas capable de le comprendre… Donc… C'est une histoire de race… ? Reiner et Bertholdt seraient… enfin… étaient… nos congénères… des genres d'esclaves endoctrinés… au service d'un autre peuple qui nous exècre ? Mais nous exècre pour quoi ? Qu'est-ce que nos ancêtres ont pu faire ? »

Il fronça les sourcils.

— « Une minute, ça n'a pas de sens, pourquoi des esclaves auraient-ils un tel pouvoir ? Pourquoi confier de tels pouvoir à des enfants esclaves, alors qu'ils doivent bien avoir des soldats adultes loyaux à leur service ? Grâce aux témoignages de Mikasa et d'Armin, nous avons pu écarter la possibilité qu'Eren avait eu son pouvoir depuis toujours. Puisqu'il n'arrêtait pas de se battre et de se blesser quand il était petit… Donc son pouvoir lui a été transmis… comment ? Ça, je n'ai aucun moyen de le savoir pour l'instant… Mais je reviens à ma question initiale : pourquoi des enfants esclaves d'une race qu'ils exècrent et pas des adultes loyaux de leur race… ? Ce qui me taraude le plus, c'est la raison qui peut bien les pousser à confier un tel pouvoir à des gens qui pourraient très bien se rebeller contre eux… À moins que…! »

Soudainement, le temps reprit son cours et Amos écrasa son poing dans la paume de son autre main.

— Eurêka ! déclara-t-il en faisant sursauter Eren et Mikasa. Ça explique tout ! Ça s'emboite parfaitement !

En l'entendant, Armin et Hanji s'empressèrent de venir aux nouvelles afin d'entendre ses dernières découvertes, mais il n'attendit pas qu'ils arrivent pour baragouiner à voix haute :

— Nous sommes les seuls capables de devenir des métamorphes, c'est pour ça qu'ils utilisent des enfants.

Son regard se posa sur les cadavres de Reiner et Bertholdt.

— Ils sont plus faciles à endoctriner ou à intimider en menaçant les familles… Ça ne peut être que ça…

C'est là… c'est là qu'il écarquilla les yeux d'une frustration consternée.

Les corps des deux traitres ne saignaient plus, de la vapeur s'échappaient de leurs blessures dont les guérisons avaient bien avancé… et Bertholdt avait rouvert les yeux.

— Dégagez de là ! hurla le noble en attrapant Eren et Mikasa par le col pour les entrainer loin du cataclysme qui allait suivre.

Il parcourut moins de cinq mètres avant que l'Enfer ne se déchaine dans son dos. Deux éclairs descendirent du ciel et frappèrent le sommet du Mur Rose, déclenchant une bourrasque inarrêtable qui balaya les éclaireurs les uns après les autres. Amos, Eren et Mikasa valdinguèrent dans les airs sur presque une cinquantaine de mètres, avant que le noble et l'orientale ne reprennent le contrôle de leur trajectoire en s'agrippant au Mur. Chacun saisit alors un bras de Jaeger pour l'empêcher de les dépasser, et lutta contre les vents violents.

— Je te jure, gronda Hannibal pour lui-même alors que les Titans Colossal et Cuirassé émergeaient de la déflagration provoquée par leurs transformations, ces salopards sont pires que des cafards !

Lesdits cafards se tenaient tous les deux la tête, sans doute pour soulager la quelconque douleur crânienne qui devait les posséder et constater qu'ils étaient encore en vie malgré les blessures mortelles qu'ils avaient reçus.

Les autres éclaireurs n'en menaient pas large eux non plus, les transformations soudaines les avaient complètement prit par surprise alors qu'ils avaient commit l'erreur de baisser leur garde.

N'ayant aucun équipement tridimensionnel sur lui, Connie fut emporté par la bourrasque. Heureusement pour lui, Historia et Armin le rattrapèrent.

Le Cuirassé releva alors la tête, et foudroya un certain blond d'un regard assassin.

— Woups, lâcha Amos, je crois qu'il m'en veut.

Comme pour confirmer ses craintes, Reiner se mit en position et se lança dans une course effrénée droit vers les trois éclaireurs suspendus dans les airs.

En voyant cela, les traits du visage d'Eren se froissèrent en une grimace furieuse et déterminée.

— Balancez-moi sur lui ! cria-t-il à ses compères.

— Eren ! s'exclama Mikasa horrifiée. C'est trop dang…

— D'accord ! coupa Amos avant de relâcher une très puissante poussée de gaz qui les propulsa à contre courant.

Une fois le point de résistance atteint, Hannibal usa de toute sa force pour jeter Jaeger sur le Cuirassé, Ackerman n'eut d'autre choix que d'accompagner le mouvement pour éviter de perturber leur manoeuvre.

Alors qu'il s'approchait de sa cible, le natif de Shinganshina sentit la rage s'emparer de lui.

— « Reiner ! Bertholdt ! »

Il se mordit la main si fort qu'il sectionna plusieurs de ses tendons.

— Espèces de putains de traiiiiiiitres !

Le Titan Rebelle se forma en un éclair autour de son propriétaire, déclenchant une nouvelle bourrasque qui fit reculer Amos et Mikasa.

Eren percuta Reiner d'un coup d'épaule dans le buste, et le souleva du Mur pour le faire basculer dans le vide. Rebelle et Cuirassé tombèrent du haut de Rose et allèrent s'écraser au pied du rempart. Heureusement pour eux, Braun était parvenu à planter ses griffes dans la paroi pour ralentir suffisamment leur chute et empêcher un contrecoup trop important sur leur corps humain respectif.

— « Bien, » songea Amos en rectifiant sa trajectoire, « laissons Eren gérer. »

Il n'eut pas le temps de continuer qu'il vit l'énorme main du Colossal se diriger vers lui, il haussa un sourcil peu impressionné face à la lenteur de la créature et contourna son bras.

Tandis qu'il voltigeait autour de son immense adversaire, il nota que Bertholdt ne s'était pas entièrement transformé. En effet, seule la partie supérieure de son corps s'était formée, l'inférieure n'était composée que d'une très longue colonne vertébrale, dont les côtes s'étaient plantées dans le Mur afin de le stabiliser. Mais en contrepartie, ça le rendait immuable.

— « Il a dû procéder ainsi pour éviter de réveiller les colossaux dans le Mur, » théorisa le noble, « ce qui confirme le fait qu'ils sont au courant. »

Cependant, alors qu'il s'apprêtait à contourner l'imposante carrure du Colossal pour s'en prendre à sa nuque, il remarqua que celui-ci avait rétracter ses bras. Et Hannibal écarquilla les yeux lorsqu'il repéra Ymir dans son immense main.

— « Qu'est-ce que… ?! Où est Historia ?! »

Il n'eut pas le temps de jeter un regard en arrière que Bertholdt approcha ses proies de son visage, permettant ainsi au grand blond de distinguer avec colère qu'il avait également attrapé Sieg, ainsi qu'une autre personne dont seules les jambes étaient visibles.

Un frisson d'effroi lui traversa l'échine alors qu'il craignait que sa petite soeur n'ait été attrapée elle aussi, mais lorsque le Colossal jeta ses prises dans sa bouche, il constata avec soulagement qu'il s'agissait d'un éclaireur qu'il ne connaissait pas.

— « Il ne les a pas mâché, » remarqua-t-il en poursuivant sa manoeuvre, « évidemment il veut épargner son allié, mais s'il avait voulu tuer Ymir il l'aurait écrasé. Donc il la veut vivante, tout comme il veut Eren vivant. Ce qui veut dire que le pouvoir de métamorphe ne peut pas se transmettre si le sujet est décédé. »

Laissant sa prédation le posséder, le noble passa par-dessus l'épaule du Colossal qui le suivit des yeux, et se précipita vers sa nuque.

Cependant, il fut aussitôt repoussé par une authentique déflagration de vapeur qui recouvrit l'intégralité du titan. La bourrasque fut si violente qu'Amos fut envoyé valdinguer dans les airs alors que la température grimpait dangereusement.

— Attends un peu, espèce de parasite ! rugit-il alors qu'une série de calculs complexes défilait devant ses yeux.

Il se stabilisa temporairement en s'accrochant au crâne du monstre, pointa ses bras vers la nuque et tira deux volées de balles en ultracier qui fendirent l'ouragan pour transpercer la chair du Colossal.

Aussitôt, la déflagration de vapeur s'arrêta brusquement, le bourreau de Shiganshina laissa échapper un hurlement de douleur et se mit gesticuler frénétiquement.

L'interruption brutale de son système de défense offrit à Hanji une ouverture dont elle entendait bien profiter.

— À toutes les unités ! En position de combat ! Éliminer le Titan Colossal ! Tous à l'assaut !

À son appel, les éclaireurs voltigèrent tous vers le pire ennemi de l'Humanité en traversant les restes de son bouclier fumeux. Bien décidé à se débarrasser de cette gigantesque menace.

Amos atterrit derrière Bertholdt en dérapant sur le sommet du Mur, déshydraté par la vapeur, il s'empara de son outre pour y boire quelques gorgées et versa le reste sur sa tête. L'eau ruissela sur son visage et colla ses mèches blondes sur son front.

— « Malgré sa bourrasque et la distance à laquelle j'étais, j'ai réussi à transpercer sa chair avec mes balles, » nota-t-il pensivement, « ce qui signifie que la chair de sa nuque est moins épaisse qu'il n'y parait. »

C'est là qu'il remarqua que le géant avait cessé de s'exciter de douleur, et que les éclaireurs encerclaient désormais sa nuque.

— Reculez ! aboya-t-il aussi fort qu'il put. Il va recommencer !

Trop tard, voyant le danger arriver vers lui, le Colossal maitrisa sa souffrance et déploya un nouveau bouclier de vapeur qui repoussa l'assaut. Les membres du Bataillon valdinguèrent dans les airs mais parvinrent tous à rectifier leur trajectoire pour éviter des blessures plus graves que de simples brûlures.

Agacé, Hannibal contourna Bertholdt en passant par le côté du Mur et vint se poser aux côtés d'Armin. Ce dernier ne perdit pas une minute pour lui faire son rapport :

— Impossible de l'attaquer ! Qu'est-ce qu'on doit faire ?

Amos grimaça en contemplant l'immense corps fumant.

— Il n'a effectué qu'une métamorphose partielle, grogna-t-il mécontent, et son titan est trop différent des autres pour avoir une quelconque idée de ce dont il est capable. Qui sait pendant combien de temps il pourra poursuivre ce manège… ?

Sentant son coeur battre à toute vitesse, Armin déglutit et s'efforça de faire travailler ses méninges.

Les deux blonds observèrent Bertholdt pendant une bonne dizaine de secondes, avant que le plus petit n'écarquille les yeux de réalisation.

— Attends… Les titans ont le corps si chaud que leur chair et leur sang s'évaporent au contact de l'air… ce qui veut dire…

Amos écarquilla les yeux à son tour et contempla son subordonné d'un regard admiratif.

— Bien vu, complimenta-t-il, la vapeur n'est que le résultat de la disparition de la chair et du sang. En suivant ce raisonnement il est logique de penser qu'une telle protection n'est pas gratuite, Bertholdt doit forcément consommer sa chair pour la maintenir en place.

— Donc…, reprit Armin, il est tout à fait possible de l'avoir à l'usure.

Hanji, qui avait écouté les réflexions des deux blonds, se tourna vers ses unités.

— Surveillez le Colossal de tous les côtés ! N'attaquez que lorsque sa défense aura faiblit ! Exécution !

— Reçu !

— Historia ! appela Amos en repérant sa petite soeur. Va avec eux ! Bertholdt n'a pas mâché Ymir, ce qui veut dire qu'il la veut vivante.

En entendant cela, le regard de la petite blonde troqua instantanément le choc pour la détermination et elle s'envola aux côtés des vétérans.

— Sasha ?! Emmène Connie à l'écart, il n'a pas d'équ…

Le bruit d'un coup sec suivit d'un craquement hideux interrompirent ses directives.

— EREN ! s'écria Mikasa depuis le côté du Mur.

Le grand blond jeta un coup d'oeil vers le bas et vit le Titan Rebelle à la mâchoire fracturée s'élever dans les airs pour retomber deux centaines de mètres plus loin.

— « Merde, » comprit le noble en voyant le Cuirassé s'avancer vers sa cible, « la chute a été plus rude pour Eren que pour Reiner. Ce connard a récupérer bien plus vite et a ainsi pu frapper le premier. »

Son regard se posa sur Jaeger qui gisait sur le sol, la régénération de ce dernier travaillait à plein régime, et devrait être pratiquement terminée lorsque le traitre l'atteindrait.

— « Ça ne va pas être facile… Reiner nous a surement caché son véritable niveau de combattant lors de nos classes. Cependant… »

À la surprise d'Armin qui commençait à paniquer, un sourire vint éclairer le visage d'Hannibal.

— « En un contre un, Eren est bien plus redoutable qu'il n'y parait, et s'il ne se laisse pas perturber par ses émotions comme je doute qu'il le fasse, il aura toutes ses chances de gagner. »

(-)(-)(-)

Sonné par sa chute du mur et le coup que lui avait porté Reiner, Eren avait le regard vitreux et les oreilles qui sifflaient. Pourtant, ses idées étaient encore claires, et sa colère des plus authentiques.

— « Fils de pute…! » vociféra-t-il intérieurement depuis la nuque de son Titan, « espèce de salopard ! »

Au loin, il entendit les pas du Cuirassé se rapprocher de lui, ce qui décupla sa rage.

— « Tu étais vraiment un soldat exceptionnel, tu le sais ça ? Reiner ? Tu étais le grand frère de tous nos camarades, tu te souciais plus de nous que de toi… Putain… j'ai toujours su que je serai jamais au niveau d'Amos, alors je voulais au moins devenir aussi fort que toi… espèce d'enfoiré ! Je t'admirais tellement ! »

Sentant ses sens lui revenir et ses doigts se régénérer, le Titan Rebelle rétracta ses jambes jusqu'à ce que ses genoux touchent sa poitrine, et effectua un saut carpé impeccable devant le Cuirassé qui esquissa un mouvement de recul, surpris par la manoeuvre. Depuis le Mur, les éclaireurs ouvrirent des bouches béates, sauf Amos qui souriait de toutes ses dents.

Eren posa sa main gauche sur le sommet de sa tête et agrippa son menton de la droite, dans un craquement hideux, il replaça sa mâchoire inférieure et laissa sa régénération faire son travail.

— « Avoue-le, Reiner, » reprit-il en se mettant en garde, « tu t'es retenu pendant nos classes, pas vrai ? Tu nous a caché ta véritable force pour le cas où on finirait par s'affronter. Du coup tu crois que maintenant que tu révèles ton vrai niveau, j'ai plus aucune chance ? T'as fais une erreur de calcul espèce de gros con ! Tu t'es peut-être retenu pendant trois ans, mais Amos, lui, ne s'est pas du tout retenu pendant un putain de mois ! Et tu ne lui arrives pas à la cheville ! »

Se croyant invulnérable aux attaques de son adversaire, Braun s'avança presque paresseusement en attendant que celui-ci ne l'attaque. Lorsqu'enfin, Eren parti à l'assaut en rugissant, il arma son poing et visa le crâne du Rebelle.

Malheureusement pour lui, Jaeger vit venir le coup à des kilomètres, il le saisit par le poignet, posa une main sur son torse, passa sa jambe derrière ses mollets, et le balaya pour l'envoyer au sol.

— « C'est humiliant de se prendre un o'soto gari, pas vrai ?! » rugit-il avant de tourner sur lui-même pour lui tordre le bras qu'il n'avait pas lâcher, de le tirer sur le côté pour le retourner comme une crêpe, et de poser son pied sur son dos pour tirer de toutes ses forces.

— « J'espère que tu t'es bien amusé Reiner ! » jubila-t-il alors que l'armure autour de l'épaule du traitre commençait à céder. « Parce que c'était la dernière fois de ta vie que tu t'amusais ! »

Là-dessus, les tendons, la chair et l'armure cédèrent, et le Rebelle arracha l'intégralité du bras droit du Cuirassé sous les regards estomaqués des éclaireurs. Eren ne s'arrêta pas là pour autant, désormais armé d'un gourdin sanguinolent, il déchaîna une série de coups dévastateurs sur l'armure de Braun qui se fissura de toutes parts.

Ce dernier eut un mal fou à maitriser sa panique étant donnée les coups de massues qui pleuvaient sur sa caboche, il passa un bras dans son dos pour se saisir de la cheville de son bourreau, mais celui-ci le vit venir, et évita son emprise en bondissant en arrière. Reiner en profita alors pour se redresser, mais il se prit un énième coup de gourdin dans la figure et retomba sur les fesses avec la mâchoire fracturée. Après avoir constaté que son arme improvisé était hors d'usage, le Rebelle la jeta nonchalamment sur le côté. Il s'apprêtait à repartir à l'assaut lorsqu'il entendit le bruit bien distinctif d'un équipement TDM amélioré. Il resta donc en retrait, et laissa son allié aller au bout de ses idées.

Alors que Reiner tentait à nouveau de se relever, il aperçut Amos lui foncer dessus et lui envoyer une grenade explosive à la figure. Le guerrier eut cependant le bon réflexe de dresser sa main entre sa mâchoire cassée, et le projectile ricocha contre ses doigts avant d'exploser. Le souffle fut suffisamment violent pour lui faire rejeter sa tête en arrière, mais il ne causa aucun réel dégât.

— Raté, commenta le noble avant d'aller se jucher sur l'épaule d'Eren.

— Retourne près du Mur là où on pourra t'aider, ordonna-t-il, tu le déglingues au corps à corps, mais il a surement quelques surprises en réserve, s'il appelle des titans il peut très bien retourner la situation en sa faveur.

Jaeger eut tôt fait d'acquiescer qu'un éclair surgit de derrière la carcasse vide de Reiner, dévoilant un nouveau Titan Cuirassé flambant neuf.

— Quel parasite, grinça Amos tandis que le Rebelle courait vers le Mur en grognant son accord.

Une fois revenu à bon port, le grand blond invita Armin et Mikasa à venir les rejoindre afin qu'il puisse écouter ses directives, Hanji s'invita d'elle-même à leur réunion d'escouade.

— Sa cuirasse n'est pas totale, il y'a des failles dans les aisselles, l'intérieur des coudes et l'arrière des genoux. Restez en retrait le temps qu'Eren réussisse à l'immobiliser, ensuite on pourra intervenir pour l'aider et capturer Reiner.

Si les natifs de Shiganshina acquiescèrent avec fermeté, la scientifique avait encore quelques réserves.

— Ne serait-il pas préférable de jouer la montre le plus longtemps possible, en brisant les jambes du Cuirassé pour qu'il se fatigue et ainsi le cueillir ?

Si Armin semblait d'accord avec la binoclarde, Amos secoua simplement la tête.

— Ce n'est pas une mauvaise idée, admit-il, mais si Reiner perd trop de temps il pourrait très bien décider d'appeler des titans pour distraire Eren, récupérer Bertholdt, Sieg et Ymir, et s'enfuir à travers le territoire du Mur Maria. Ils doivent savoir que si on récupère Ymir, on obtient suffisamment d'information pour renverser le cours de cette guerre en transmettant leurs pouvoirs à notre camp. Leur situation est tellement critique qu'ils peuvent se permettre de reporter la capture d'Eren pour se contenter d'Ymir. On a une opportunité en or qu'il est impératif de saisir, sinon elle pourrait bien ne jamais reparaitre.

À ces mots, Armin, Eren, Mikasa et Hanji écarquillèrent les yeux de stupeur en réalisant à quel point ils étaient proches de remporter la victoire la plus décisive de toute leur histoire. Le noble avait raison sur toute la ligne, s'ils gagnaient cette bataille, ils auraient alors le moyen de mettre la main sur les pouvoirs du Bestial, du Cuirassé, de la Femelle, du Colossal, et récupéreraient Ymir dans leurs rangs. L'enjeu était tellement énorme que le petit blond sentit la pression lui faire trembler les mains, à l'inverse, Eren bouillait d'impatience, tandis que le regard de Mikasa était possédé par une détermination sans faille. Hanji remit rapidement ses idées en place et se tourna vers le grand blond.

— On va surveiller Bertholdt en attendant une ouverture ! déclara-t-elle simplement en regardant le Colossal. Reiner est à vous !

— Reçu ! répondit l'escouade Levi en choeur.

Tandis que le Cuirassé s'approchait d'eux, intérieurement, Eren jubilait face à l'ampleur de la victoire qui leur tendait les bras.

— « Enfin ! Enfin on va pouvoir renverser la situation ! Enfin on… ! »

Il écarquilla les yeux en réalisant que ses émotions étaient en train de l'aveugler et grogna de frustration contre lui-même. Le Titan Rebelle prit alors une grande inspiration, et expira bruyamment un nuage de vapeur sous les regards inquiets d'Armin et Mikasa.

— Eren ? appela l'orientale soucieuse.

— Il va bien, rassura Amos, il est simplement en train de maitriser ses émotions.

Le métamorphe le remercia d'un regard, avant de se reconcentrer sur Reiner.

— Armin ? Prend de la hauteur et observe, Mikasa et moi on va ester aux côtés d'Eren pour l'épauler, de là-haut tu pourrais voir des choses qu'on ne verra pas. Il faut que tu sois nos yeux.

Le petit blond hocha la tête et s'exécuta tandis que le noble et l'orientale reportèrent leur atteint sur leur ennemi.

Et c'est là que pour la plus grande surprise de l'escouade Levi, le Cuirassé qui s'était révélé si lent depuis le début de cette bataille démarra en trombe et couru à pleine vitesse en direction du Rebelle.

— Dispersez-vous ! ordonna Amos. Laissez faire Eren !

Ce dernier foudroyait son ennemi d'un regard meurtrier, un sourire dément se dessina sur son visage humain.

— Tu crois que ton armure et ton poids te suffiront pour me démolir en chargeant comme un débile ?! rugit-il en tapant un sprint pour aller à la rencontre du traitre.

En l'espace de deux petites secondes le Rebelle et le Cuirassé parcoururent la courte distance qui les séparaient, mais là où Reiner continuait de charger, Eren s'arrêta au dernier moment en dérapant sur le sol, et attendit que son adversaire arrive à sa hauteur pour effectuer un bond en arrière afin d'amortir l'impact au maximum. Et alors que le traitre percuta l'éclaireur, ce dernier prit appui sur son agresseur en passant un bras derrière sa tête pour emprisonner son cou dans une clef, et planta ses pieds dans le sol afin de le faire basculer en avant. Emporter par son élan, son propre poids et celui de Jaeger, Braun s'écrasa la face la première et traça un long sillon jusqu'au pied du mur avec sa figure blindée.

— « Je vais t'arracher la tête ! » jubila Eren en accentuant la pression sur la nuque du Cuirassé qui se fissura à vue d'oeil.

Reiner n'avait cependant pas dit son dernier mot, il leva son poing droit pour asséner un coup de massue à son adversaire. Il commit cependant l'erreur de tendre au maximum son bras afin d'allonger son rayon d'impact, et exposa l'intérieur de son coude. Une erreur dont Amos profita instantanément, en vidant deux chargeurs dans le point faible du Cuirassé qui poussa un cri de douleur tandis que le noble atterrissait sur son dos.

— « Imbécile, tu as maintenant vingt balles en ultracier logées dans l'articulation. Même avec ta régénération ton bras droit est hors d'usage. »

Perché sur la mi-hauteur du Mur, Armin écarquilla les yeux en découvrant la chair à nue des mollets de Reiner, il cria à pleins poumons :

— Mikasa ! L'arrière de ses jambes est exposé !

L'orientale n'eut pas besoin davantage de précision, elle courut sur la paroi de Rose pour prendre de la vitesse, avant de descendre en piquet sur le creux du genou du Cuirassé et de lui trancher les articulations d'une attaque nette et précise.

Un sourire de satisfaction se dessina sur le visage d'Amos, il se tourna vers le Rebelle.

— Il est tout à toi ! annonça-t-il avant de remonter sur le Mur.

Eren sentit un sentiment d'exaltation lui traverser le corps tel un coup de foudre, il banda ses muscles au maximum et tira de toutes ses forces.

L'armure qui recouvrait la nuque du Cuirassé finit par céder, cette carapace qui avait fait trembler l'Humanité pendant cinq longues années vola en éclats sous les regards emplie d'espoirs des éclaireurs qui voyaient enfin leurs années de service et de souffrance récompensées. Une grande majorité d'entres eux se mirent à encourager Eren à pleins poumons, galvanisant le Rebelle qui redoubla d'efforts.

Voyant sa situation désespérée, Reiner se servit de son bras et de sa jambe restants pour ramper le long du Mur en trainant le Rebelle avec lui, ce qui attisa la méfiance d'Amos.

— Qu'est-ce qu'il fait ? demanda Armin inquiet en se posant aux côtés de son supérieur.

— Il va rejoindre Bertholdt, répondit le noble en regardant la carcasse fumante du Colossal. Il va surement tenter le tout pour le tout en se transformant une troisième fois pour récupérer ses alliés et s'enfuir. S'il réussi à aller suffisamment loin il sait qu'on ne se risquera pas à se lancer à sa poursuite.

Le grand blond réfléchit quatre secondes, avant de reprendre la parole.

— On voit le crâne de Bertholdt, nota-t-il, ce qui veut dire qu'il est pratiquement à court de chair. Va prévenir Hanji et Historia d'une potentielle escalade de Reiner. Je vais tenter de l'intercepter quand il sortira de sa nuque, mais je préfère qu'on couvre nos arrières au cas où.

Arlet acquiesça et grimpa au sommet de Rose tandis qu'Amos activa son équipement pour suivre la progression du Cuirassé.

Sur le chemin, son regard croisa celui de Mikasa en contrebas, il tapota sa propre nuque et pointa ses deux yeux pour indiquer à l'orientale la zone à surveiller. Un message qu'elle reçu cinq sur cinq, elle prit de la hauteur en se hissant au sommet d'un arbre.

La mâchoire de Reiner se dessouda, et il poussa un rugissement qui rappela de biens mauvais souvenirs à Amos. Ce dernier se crispa et releva la tête pour observer les alentours.

— « Il n'y a pas de titans dans la zone, Reiner, on est pile entre Trost et Klorva et tu le sais. Impossible pour toi d'espérer un quelconque chaos pour réussir à t'enfuir, alors pourquoi…? »

Comprenant qu'il devait en finir le plus rapidement possible, Eren redoubla d'effort une fois de plus et déchira partiellement la nuque du Cuirassé en poussa un nouveau rugissement.

Un authentique geyser de sang s'échappa du point faible du bourreau de Maria, Hannibal s'apprêta à plonger dans le tas.

— « J'aurais qu'une seule chance, » songea-t-il alors que le temps ralentissait, « une seule ouverture, je dois réussir l'assaut parfait, ma trajectoire doit… »

Soudain, un hurlement provenant du sommet du Mur l'interrompit brutalement dans ses calculs.

— Amos ! hurla Historia. Haut dessus de toi !

Le noble écarquilla les yeux et voulu se retourner, mais son attention fut happée par un nouvel éclair de métamorphose, et l'apparition d'un troisième corps de Titan Cuirassé depuis l'intérieur même du second.

— « Qu'est-ce que…?! » manquèrent de hurler Eren et Amos avant que l'un ne se mange un pied blindé dans la figure et que l'autre n'esquive une main blindée qui tentait de l'écraser.

Jaeger tenta de se dépêtre du guêpier dans lequel il était fourré, mais il était bloqué par le poids du précédent corps de Reiner couplé au nouveau qui venait de se former.

— « Quel salopard ! » rugit intérieurement Hannibal en esquivant le poing de Braun qui fracassa le Mur. « Il s'est directement transformé à l'intérieur de son titan ! »

— Amos ! hurla à nouveau Historia. Dégage d'ici ! Vite !

À cet avertissement, le grand blond leva les yeux, et les écarquilla d'horreur.

Le corps à moitié consumé du Colossal s'était détaché de Rose, et amorçait désormais une chute qui s'annonçait aussi inarrêtable que dévastatrice. Aussitôt, Reiner recouvrit la tête d'Eren avec son torse et attendit l'inévitable. Amos… ne put que constater sa défaite.

— « Je n'ai pas assez d'élan, » comprit-il résolu en voyant Bertholdt lui tomber dessus, « impossible pour moi d'esquiver à temps… Bien joué… Je vous ai sous-estimé…»

C'est alors qu'il fut percuter de plein fouet par un objet non identifié qui le dégagea in extremis du point d'impact du Colossal.

Hannibal eut tout juste le temps de sentir deux bras puissants se refermer autour de ses côtes, avant qu'une déflagration dévastatrice ne les envoie valdinguer dans les airs, lui et son sauveur.

Bien qu'aveuglé par la bourrasque de vapeur, de chair et de poussière, Amos parvint à réagir juste avant qu'ils ne s'écrasent au sol en reprenant le contrôle de son équipement tridimensionnel. Il vida la moitié de ses réserves de gaz en une longue et surpuissante poussée. Redressant ainsi leur trajectoire pile au moment où il sentit l'herbe frôler ses cheveux. Lui et son sauveur finir par entrer en contact avec le sol, contre lequel ils roulèrent sur une bonne dizaine mètres avant de finalement finir la face contre terre.

L'intensité de la déflagration retomba légèrement après une bonne douzaine de secondes, mais Amos était tellement préoccupé par ses douleurs dorsales qu'il fut obligé de s'injecter une dose de méthanol pour ne serait-ce que desserrer ses paupières.

Il les écarquilla complètement lorsqu'il découvrit le visage de celle qui l'avait sauvé.

Un mince filet de sang coulait depuis le sommet du crâne de Mikasa et traversait sa figure à l'expression soulagée. Amos leva une main tremblante pour écarter les cheveux de l'orientale afin d'examiner sa blessure, heureusement, elle n'avait rien de trop grave.

— Est-ce que ça va ? demanda-t-elle d'une voix faible.

En entendant cela, le noble poussa un profond soupir de tristesse et laissa retomber son bras.

— Pourquoi tu as fais ça ? murmura-t-il, incapable de ravaler son effroi. Pourquoi ?

Pendant un bref instant, la métisse pressa ses lèvres l'une contre l'autre, comme pour empêcher sa réponse de sortir, mais un dernier regard dans ses yeux verts émeraude la fit céder.

— Je crois… que tu sais pourquoi…

Une explosion émotionnelle s'échappa du coeur d'Amos et parcouru son corps tout entier tel un raz-de-marée qui engloutissait tout sur son passage. Le jeune homme haleta à la fois de bonheur, de terreur et d'incompréhension, il ferma le poing et l'écrasa mollement sur l'herbe.

—Putain… lâcha-t-il désespéré, putain… Mikasa… arrête… je t'en supplie… tu perds ton temps…

L'orientale sentit son coeur se fissurer dans sa poitrine, elle voulut dire quelque chose mais le grand blond reprit avant elle :

— Je… je… bredouilla-t-il avant de rassembler son courage pour la regarder dans les yeux, tandis qu'une larme coulait le long de sa joue.

— Je ne pourrai jamais… t'offrir la vie que tu mérites… avoua-t-il finalement avec honte et impuissance.

Mais Mikasa n'entendit pas les émotions avec lesquelles ces mots furent prononcés, elle écarquilla ses yeux de jais et haleta en réalisant ce qu'ils signifiaient.

— C'est pour ça… comprit-elle dans un souffle, tout ça… c'était pour ça que tu te cachais… tu voulais juste… tu voulais juste me protéger…

Elle posa sa main sur son poing qui se desserra à son contact, les joues empourprées et le sourire aux lèvres. Amos baissa les yeux, et soupira sa reddition.

Leur moment fut cependant interrompu par le bruit de chair qui se déchire, et ils écarquillèrent tous deux leurs paupières en apercevant Reiner arracher la nuque du Rebelle.

— NON ! s'exclama la métisse horrifiée. NON ! EREN !

Elle tenta de se relever, mais ses forces lui firent défaut au pire des moments. Vaincue par la fatigue, elle sombra dans l'inconscience. Hannibal tendit sa main pour amortir la chute de sa tête sur le sol, et se reconcentra sur le Cuirassé.
Ce dernier jetait des coups d'oeil frénétiques autour de lui, et le noble se paralysa sur place lorsqu'il comprit pourquoi.

— « Merde ! Il me cherche ! » réalisa-t-il en rassemblant le peu de force qu'il lui restait pour se relever et ramasser Mikasa.

Il se cacha derrière le tronc de l'arbre le plus proche et attendit patiemment que le traitre abandonne sa traque.

— « Fais chier… s'il me trouve il m'emportera et tuera Mikasa pour s'assurer qu'elle ne vienne pas nous chercher. »

Les secondes qui suivirent furent parmi les plus longues de son existence, heureusement pour lui, Reiner ne tarda pas. Il déchira la nuque des restes du Colossal pour en extirper Bertholdt. Celui-ci avait perdu connaissance suite aux répercussions de l'énergie cinétique de sa chute sur sa cervelle. Ceci fait, le guerrier desserra les mâchoires de la carcasse géante pour récupérer Sieg et Ymir. Avant de détaler sans demander son reste à travers le territoire du Mur Maria.

Amos le regarda courir pendant un petit moment, avant de rassembler le peu de force qu'il lui restait, et de se redresser en faisant craquer sa nuque. La prédation dominait son regard d'émeraude autant que la rage possédait ses muscles.

— Bande de salopards, siffla-t-il après avoir regardé le visage peiné et légèrement ensanglanté de Mikasa, ce coup-là, vous me le paierez au centuple.