À LIRE !

NA : Bonjour à tous o/, tout d'abord, une petite annonce : le chapitre 1 a été réécrit, je vous encourage donc à le relire et à me dire ce que vous en pensez ;)

Ensuite, la dernière scène de ce chapitre et une grande partie du prochain contiennent des éléments de l'histoire qui n'ont pas encore été dévoilés dans la série, donc si vous ne regardez que l'animé, vous serez spoilé sur certains points. Désolé.

Encore une fois, je le redis, mais c'est parfois éprouvant d'écrire autant en si peu de temps, et vos commentaires m'aident à garder ma motivation ;) De plus, si vous notez des incohérences ou si des éléments vous dérangent n'hésitez pas à m'en informer, cela pourrait très bien me permettre d'améliorer cette histoire, et je veux pondre la meilleure fanfiction possible.

Sur ce, je vous souhaite une bonne lecture ;)

Chapitre XXI : Dans le Coeur de Mikasa

(849)

La lueur de la pleine Lune éclairait de tout son éclat le camp d'entrainement du 104ème corps de cadet, où l'écrasante majorité desdits cadets étaient profondément endormis après leur éreintante journée d'entrainement quotidienne. Seuls deux d'entre eux étaient encore éveillés, les deux dont les corps endoloris et couverts d'ecchymoses étaient plantés en position de combat l'un face à l'autre au milieu d'une clairière. Amos et Mikasa avaient tous deux la respiration lourde et les articulations flagellantes. Le nez du grand blond était cassé, trois de ses côtes étaient fêlées, son genou gauche le faisait atrocement souffrir et ses yeux pleuraient des larmes sanglantes résultant d'une activité cérébrale trop intense. De son côté, l'orientale avait une plaie profonde à l'arcade sourcilière gauche, ses articulations semblaient crisser comme des mécanismes rouillés, sa lèvre inférieure était fendue et une seule de ses côtes était fêlée.

Les deux adolescents se tournèrent autour en s'invectivant du regard, la prédation d'émeraude s'entrechoqua avec la détermination de jais, leurs poings égratignés étaient levés avec l'intention d'en découdre.

Ce fut Mikasa qui repartit à l'assaut la première, profitant du genou blessé de son adversaire, elle déclencha une avalanche de coups qu'Amos ne parvint pas entièrement à parer, il reçut deux attaques, l'une à l'épaule et l'autre dans la mâchoire. L'orientale voulut profiter du fait qu'il titubait vers l'arrière pour en finir, mais à sa grande surprise, Nox prit appuie sur sa bonne jambe pour se projeter sur elle et l'enfermer dans une prise. Amos tomba sur le dos avec la tête de Mikasa coincée sous son aisselle, et tordit son bras gauche avec une telle violence qu'il irradiait le corps de la métisse d'une douleur abominable. Elle tenta de se débattre, de faire appel à sa force herculéenne pour se dégager. Malheureusement, le grand blond avait considérablement affaibli ses muscles et ses articulations au cours de leur duel, et dans cette position, c'était lui qui avait l'avantage de bénéficier de la force de ses deux bras. Cela ne voulait pas dire pour autant que la tâche était accomplie, car malgré le fait qu'elle soit affaiblie, Mikasa était encore forte comme un taureau. Et elle manqua de bien peu de réussir à briser la position de faiblesse dans laquelle son rival l'avait enfermée, mais ce dernier tira de toutes ses forces pour la maintenir en place et accentuer sa torture. Il aurait même pu lui casser le bras si la jeune fille n'avait pas accepté sa défaite en tapant sur le sol.

Lorsqu'il la relâcha elle roula sur elle même pour exposer son visage à l'air libre, adossant sans s'en rendre compte, l'arrière de son crâne sur la poitrine du grand blond. Elle se saisit de son bras gauche endolori et s'employa à calmer sa souffrance tout en reprenant son souffle.

Amos n'était pas vraiment dans un meilleur jour, outre ses blessures, son cerveau semblait palpiter au rythme de son coeur tandis que du sang continuait de couler de son nez cassé et de ses yeux rougis.

— Putain… marmonna-t-il avant d'essuyer une quinte de toux, putain…
Il cracha un filet de bave rouge à quelques mètres, avant de revenir vers l'orientale au visage froissé par la douleur.

— D'accord… c'était la dernière fois qu'on faisait un truc pareil… on est allé beaucoup trop loin… est-ce que ça va ?

Mikasa serra les dents, descella ses paupières et lui offrit un regard désolé.

— Excuse-moi, lâcha-t-elle en haletant, je voulais m'améliorer mais… je ne voulais… qu'on finisse comme ça.

— Moi aussi je suis désolé… j'y suis pas vraiment allé… de main morte…

Avec la perte de l'adrénaline, les deux adolescents sentirent passer tous les dommages qu'ils s'étaient infligés et maudirent chacun leur propre personne pour avoir été aussi stupide.

— Il faut qu'on retourne au dortoir, bredouilla la jeune fille en tentant vainement de se redresser.

Malheureusement, ses articulations endommagées lui firent défaut, elle retomba la tête la première sur l'une des côtes fêlées du grand blond qui haleta de douleur.

— Je suis désolée ! s'écria-t-elle en réalisant ce qu'elle avait fait. Je… je ne voulais pas…

— C'est bon, c'est bon, apaisa Amos en tentant de se redresser à son tour… sans plus de réussite.

— Putain… grogna-t-il en laissant retomber sa tête contre l'herbe, hé bah… on a l'air fin.

La métisse aurait souri si elle ne se sentait pas aussi coupable, elle baissa les yeux avec honte.

— Je suis dés…

— Arrête d'être désolée, manqua de réprimander Nox, cette situation est la conséquence de nos erreurs mutuelles, personne n'est plus à blâmer que l'autre.

— Ce n'est pas ça, souffla l'orientale qui avait toujours l'arrière du crâne sur sa poitrine, c'est… je sais que tu ne veux pas être touché.

À ces mots, Amos écarquilla légèrement les yeux de surprise et croisa le regard de la jeune fille pendant un bref instant, il finit par pousser un profond soupir.

— Ça va… je ne t'en veux pas… et ça ne me gêne pas tant que ça.

Apparement il n'y avait rien qu'il puisse dire qui ferai baisser la culpabilité de la Ackerman, aussi il décida de ne plus insister, et d'analyser leur situation plutôt délicate.

— Si aucun d'entre nous ne peut se lever… il va falloir se résoudre à passer la nuit comme ça… jusqu'à ce que quelqu'un vienne nous aider.

Mikasa abaissa le regard avec résignation.

— D'accord.

Pendant un peu plus de dix minutes, ils n'échangèrent plus aucune parole, seule les différents bruits des insectes nocturnes vinrent perturber le silence gênant dans lequel les deux cadets s'étaient enfermés. Ce ne fut qu'au moment où le vent se leva et que la métisse frissonna, qu'Amos reprit la parole :

— Tu as froid ?

Bien qu'un peu embarrassée, Mikasa hocha doucement la tête. Elle avait rangé son écharpe dans sa poche intérieure avant le début du combat pour ne pas l'abimer, et avec sa veste ouverte, il était difficile pour elle de nier l'évidence.

C'est là que Nox fit quelque chose qui la prit de court. Lentement, et malgré ses côtes fêlées et se muscles douloureux, il se déplaça légèrement pour être en mesure de refermer ses bras autour de la jeune fille, en prenant bien soin de ne pas effleurer sa poitrine.

Mikasa en fut si surprise, qu'elle effectua à son tour un effort afin de se retourner. Une fois sa joue contre le torse de son camarade et les bras de ce dernier refermés sur son dos, elle le regarda dans les yeux, celui-ci n'était pas en train de rougir et ne semblait pas particulièrement gêné, il était… juste soucieux.

Toujours estomaquée par son geste, l'orientale mit un temps avant de retrouver l'usage de la parole :

— Tu n'as pas besoin de faire ça, voulut-elle rassurer.

Mais Amos ne l'entendait pas de cette oreille.

— C'est ma faute si tu ne peux pas bouger, répondit-il, je ne veux pas non plus que tu attrapes la crève à cause de moi.

Un léger rougissement -heureusement masqué par l'obscurité de la nuit- colora les joues de la métisse.

— Amos… tu…

— Mikasa… soupira-t-il d'un ton las, tu importes, tu le sais ça ? Tu importes, alors arrête d'essayer d'ignorer ce que tu ressens.

Cette fois-ci le rougissement ne fut pas léger, et la jeune fille écarquilla les yeux de surprise. Sa surprise ne fit qu'augmenter lorsqu'elle réalisa à qu'elle point elle était transportée de joie d'entendre ces mots.

— Si tu ne veux pas prendre soin de toi, c'est ton affaire, continua le jeune homme. Mais j'ai bien l'intention de m'occuper de toi jusqu'à ce qu'on soit tiré de cette situation, et si tu veux m'en empêcher, tu n'as qu'à te lever pour rejoindre ton dortoir.

La métisse le fixa pendant un petit moment, sans savoir quoi dire ni quoi faire, avant que la fatigue n'eut raison d'elle et ne la contraigne à finalement reposer sa tête sur le torse de Nox.

— Merci Amos.

— Avec plaisir.

Ils se regardèrent dans les yeux pendant de longues secondes, avant que leurs paupières ne se ferment simultanément

(-)(-)(-)

— « Tu es la première personne, en trois ans, à avoir prit soin de moi. »

(-)(-)(-)

— Oh merde…

Ce fut la voix de Reiner qui réveilla les deux adolescents. Les blessures de ces-derniers étaient encore plus douloureuses que la veille, mais ça ne les avait pas empêché de correctement dormir. Hélas, ils étaient à présent entourés par tous leurs camarades et amis de la 104ème, exposant ainsi leurs corps meurtries et le sang séché sur leurs visages.

— Salut les gars, marmonna Amos qui avait toujours une migraine atroce, je vous la fais courte : on a merdé, on le sait. On a voulu tester nos limites… et on est tous les deux allés beaucoup trop loin… Vous voulez bien nous porter jusqu'à l'infirmerie, s'il vous plait ?

Les regards consternés et furieux qu'ils récoltèrent leurs firent baisser la tête, néanmoins, Reiner et Bertholdt se dévouèrent pour les hisser sur leurs épaules et aller les confier au bon soin de l'infirmière. Sur le chemin, ils durent essuyer de nombreuses réprimandes de la part de ceux qu'ils réprimandaient habituellement. Étonnamment, ce furent Eren et Christa qui leur passèrent le plus gros savon. Principalement parce qu'ils craignaient que leur combat était le fruit d'une dispute et/ou d'une haine réciproque. Il fallut beaucoup de mots pour les rassurer et de nombreuses promesses de ne pas recommencer de la part des deux meilleurs cadets du corps pour réussir à les calmer.

Cependant… le savon de Shadis fut beaucoup plus difficile à encaisser.

L'instructeur avait attendu que l'infirmière ait fini de les rafistoler autant que possible avant de leur offrir un authentique chien de sa chienne. Il frappa tous les points les plus sensibles, la déception de voir ses deux meilleurs éléments faire preuve d'autant d'imprudence, et la bêtise de ne pas avoir été supervisé par ne serait-ce qu'un seul de leur camarade, -ce qui les avait conduit à passer la nuit à la belle étoile et laisser ainsi courir le risque grandissant d'une infection de leurs blessures-, l'inquiétude qu'ils avaient causés à leurs camarades, la dangerosité de la violence avec laquelle ils s'étaient affrontés, qui aurait pu conduire à une blessure grave qui n'aurait pas pu être traitée à temps, ou dans le pire des cas, à la mort de l'un d'entre eux.

Allongés dans leurs lits, Amos et Mikasa gardèrent la tête basse durant l'intégralité de ce sermon, la culpabilité de l'un envers l'autre grandissait à chaque fois que Shadis martelait l'un de ces points qu'ils n'avaient pas prit en compte. Ce dernier acheva par déclarer qu'ils seraient tous les deux très sévèrement punis dès qu'ils seraient remis sur pieds, et que la seule raison pour laquelle ils n'étaient pas immédiatement renvoyés du camp était leurs compétences en tant que soldat. Compétences qui avaient prit un sacré coup avec leur bêtise.

Ils restèrent à l'infirmerie ensemble pendant plusieurs jours… Avec eux-mêmes pour seule compagnie.

Leurs conversations étaient brèves pour la plupart, mais toujours relativement intéressantes. Ils parlèrent de tout et de rien, de leurs camarades comme d'eux-mêmes. Reiner apporta à Amos certains livres, dont un sur la culture orientale qu'il prêta à Mikasa pour le plus grand bonheur de cette dernière.

La métisse sortit de l'infirmerie quatre jours avant le grand blond, et dû donc commencer leur punition sans lui. Inutile de dire qu'elle n'apprécia pas particulièrement cette période, car elle se surprit à manquer les conversations plus ou moins banales qu'elle avait eu avec son camarade blessé, et ne parvenait pas à apprécier la solitude et le silence dans lesquelles elle était isolée chaque fois qu'elle effectuait ses corvées supplémentaires.

Ce ne fut que lorsqu'Amos la rejoignit qu'elle retrouva un petit sourire sous son écharpe. Leur punition dura deux bons mois, deux mois dont elle gardait de bons souvenirs.

(-)(-)(-)

— « Tu préfères prendre soin des autres plutôt que de toi-même. »

(-)(-)(-)

Leur corvée du jour consistait à décharger les dizaines de caisses des chariots de ravitaillement pour les ranger dans l'entrepôt du régiment. Pour ne rien faciliter, Shadis leur avait interdit de rapprocher les véhicules du bâtiment, ce qui les contraignit à faire de longs voyages. Amos retroussa ses manches, prit l'une des caisses sous son bras gauche et hissa une autre sur son épaule droite, avant de partir en direction de l'entrepôt. Cependant… Mikasa le dépassa relativement rapidement avec cinq caisses posées en équilibre l'une sur l'autre. La première fois, il ne dit rien. Elle était une Ackerman, pas lui, il était donc logique qu'elle soit plus forte. La seconde fois il fronça les sourcils, il y avait quelque chose de bizarre… hélas il ne parvenait pas à mettre son doigt dessus. Au troisième voyage, il comprit ce qu'il se passait et manqua de grogner d'exaspération. Mikasa accélérait volontairement pour le dépasser, et maintenait ensuite l'allure pour le narguer.

— Tu t'amuses bien, j'espère ? grinça-t-il vexé.

La métisse lui jeta un regard neutre.

— Je ne vois pas de quoi tu parles, dit-elle d'une voix impassible.

— Tiens donc ?

Amos haussa un sourcil, avant d'effectuer un petit croche-patte à la jeune fille qui trébucha sur plusieurs mètres et manqua de se vautrer avec ses caisses. Elle finit cependant par se reprendre et fustigea le grand blond du regard.

— Fais attention, il y a des cailloux partout sur le chemin, dit-il d'une voix monocorde.

L'orientale ne répondit pas, elle continua d'avancer tout en restant à une distance raisonnable de son camarade pour éviter qu'il ne réitère l'opération, attendit qu'ils aient atteint l'entrepôt et lui colla un balayage aussi souple que gracieuse dès qu'il eut rangé ses caisses, le faisant ainsi lourdement chuter sur le dos.

Amos grogna en entrant en contact avec le sol, et grimaça en direction de la jeune fille.

— Fais attention, dit-elle d'un ton similaire au sien, il y a des feuilles qui trainent par-ci par-là.

Le grand blond haussa un sourcil amusé, signifiant qu'il relevait le défi.

Ils passèrent le restant de leur corvée à essayer de se jouer les pires tours possibles, sans pour autant mettre en péril leur santé ou leur cargaison. Pour une fois depuis très longtemps, ils eurent le sentiment d'être véritablement des enfants.

(-)(-)(-)

— « Tu n'as jamais eu l'opportunité d'être un enfant. »

(-)(-)(-)

Leur corvée du jour consistait à nettoyer le dortoir et les cuisines du sol au plafond… et c'était justement ce dernier qui posait problème.

En effet le plafond du réfectoire était beaucoup trop haut pour être atteint, et ce malgré les plumeaux de bonnes tailles qui leur avaient été attribués.

— Grimpe sur mes épaules, décida Amos en posant un genou à terre, tu devrais arriver à atteindre le plafond.

Mikasa fronça légèrement les sourcils

— Pourquoi est-ce que tu ne grimperais pas sur les miennes ? Je suis plus forte que toi.

Nox la contempla pendant une seconde, cherchant à déterminer si elle était sérieuse ou si elle se payait sa tête. Après avoir compris qu'elle était parfaitement sérieuse, il poussa un petit soupir gêné.

— J'aurais l'air ridicule si je grimpais sur tes épaules, avoua-t-il en détournant le regard avec embarras, est-ce que tu peux, s'il te plait, grimper sur les miennes ?

L'orientale le fixa un court instant, avant de laisser échapper un petit gloussement face à sa mine embarrassée, elle se décida finalement à grimper sur ses épaules.

(-)(-)(-)

— « Tu te soucis beaucoup trop des apparences, car tu t'en sers pour te cacher. »

(-)(-)(-)

Après avoir entièrement nettoyé les salles de bains, Mikasa laissa Amos seul afin que celui-ci prenne une douche avant de rejoindre leurs camarades pour diner. Cependant, elle dut revenir sur ses pas lorsqu'elle se rendit compte qu'elle avait oublié sa veste. Mais lorsqu'elle rentra de nouveau dans la pièce, ce qu'elle vit la stupéfia.

Nox contemplait son visage dans le miroir… en utilisant ce regard.

Mikasa n'avait jamais réussi à comprendre ce que ce regard signifiait, ce qu'Amos ressentait lorsqu'il brillait dans ses yeux. Ses pupilles se faisaient plus profondes, les losanges dorées de ses iris d'émeraude se faisaient plus luisants, mais ce qui changeait véritablement, c'était son aura.

Elle suintait la haine et la soif de sang.

Alors si c'était lui-même qu'il regardait… cela signifiait-il…?

(-)(-)(-)

— « Pourquoi est-ce que tu te hais ? »

(-)(-)(-)

(848)

Un soir, alors qu'elle sortait tout juste des douches communes, Mikasa remarqua Amos, installé sur la rambarde du porche du dortoir des garçons avec un livre dans ses mains. Comme elle était toujours intriguée par les paroles du grand blond après leur premier combat, elle vint à sa rencontre pour lui demander quelques explications. Si au départ, son attitude nonchalante l'agaça fortement, elle lui fut très reconnaissante pour les réponses qu'il lui fournit. Cela lui avait permit d'en apprendre plus sur elle-même, plus sur le comportement d'Eren et les raisons pour lesquelles il n'aimait pas qu'elle veille sur lui. Et surprenamment, Amos lui offrit même un très beau compliment sur la personne qu'elle était, et non pas sur ses talents au combat. Le premier qu'elle eut jamais reçu depuis que Carla avait mit en avant son dévouement envers les autres :

— C'est un truc que j'ai toujours admiré chez toi. Tout ce que tu fais, tu le fais par amour.

Elle sentit ses joues bruler et baissa la tête pour mieux se cacher. Mais au fond, cela lui faisait si plaisir d'entendre que quelqu'un avait compris cela, et l'admirait pour ça.

— Qu'est-ce que tu veux dire ? demanda-t-elle gênée.

— Tu sais très bien ce que je veux dire, sourit le grand blond.

Ce sourire qui choqua l'orientale comme jamais auparavant.

À cette époque, elle connaissait Amos depuis presqu'un an, et elle l'avait vu sourire à de nombreuses reprises. Mais jamais comme ça.

Ce sourire-ci fut si particulier, il y avait tant d'affection et de sincérité qui s'en dégageaient que la jeune fille en fut presque hypnotisée. Elle réalisa… elle réalisa qu'elle n'avait jamais vu le grand blond exposer de si belles émotions auparavant. Que jusque-là, tous ses sourires et ces moments d'affection avaient cruellement manqué de chaleur. C'était comme si elle le voyait pour la première fois.

— Tu protèges Eren et Armin parce que tu les aimes, tu t'entraines pour mieux les protéger parce que tu les aimes, tu tiens à ta promesse parce que tu aimais la mère d'Eren, tu es devenue soldat par amour, tu te bats par amour. Bref, tout ce que tu fais, tu le fais par amour.

Cette façon qu'il avait de louer ce pourquoi elle vivait et comment elle vivait, l'avait profondément réconfortée. Contrairement à ce que beaucoup de gens semblaient penser d'elle, elle n'était pas faite de métal. Faire autant d'efforts était loin d'être aussi facile, elle devait constamment prendre sur elle afin de s'assurer qu'Eren et Armin allaient bien, elle repoussait constamment ses limites pour devenir la soldate la plus performante possible, afin d'être en mesure de veiller sur sa famille lorsqu'ils rejoindront le Bataillon. Elle ravalait constamment ses sentiments pour éviter de faire une erreur grossière, constamment ravaler son inquiétude et sa détresse quant aux choix de carrière douteux de ses amis. Tout ceci était très dur à encaisser. Entendre quelqu'un comme Amos, qui était meilleur qu'elle dans de nombreux domaines et admiré par l'écrasante majorité de leurs camarades, louer tous ses efforts… lui donnait le sentiment qu'elle prenait le bon chemin. Et elle en rougit si furieusement qu'elle fut obligée de se tourner pour cacher son visage écarlate, Amos gloussa doucement en la voyant.

— Tu sais, reprit-il en reportant son regard vers l'horizon, si un jour tu as des enfants, ils auront une chance incroyable de t'avoir comme mère.

La mélancolie avec laquelle ces paroles furent prononcées captiva son attention avant que son imagination ne parte trop loin. Et lorsqu'elle revint vers lui, elle n'en crut pas ses yeux.

Il avait l'ait triste… si triste… elle n'aurait jamais cru qu'elle le verrait un jour comme ça. Amos avait toujours été un pilier inamovible qui semblait toujours savoir quoi faire ou quoi dire… sa confiance en lui et en ses compétences avait toujours inspiré leurs camarades. Le voir ainsi… si frêle et vulnérable… si… humain.

— Ne veux-tu pas fonder une famille, toi aussi ?

Il se tourna vers elle, le regard emplie d'un chagrin qui la frappa en plein coeur.

— C'est ce que je désire le plus au Monde, avoua-t-il, mais je serai un pitoyable père.

Mikasa n'en crut pas un mot, tout ce qu'elle avait vu indiquait l'extrême opposé. Amos avait tant d'affection et de chaleur à donner, tant de choses à enseigner. Il était fort et protecteur, sage et intelligent. Il avait toutes les qualités pour faire un excellent père, le simple fait qu'il craignait d'échouer montrait à quel point il se donnerai corps et âme pour ses enfants.

Lentement, elle s'approcha du grand blond, puis elle hésita une seconde… elle savait qu'il avait horreur qu'on le touche, mais elle sentait néanmoins qu'il avait besoin d'un contact réconfortant… aussi, elle se décida à délicatement poser sa main sur son épaule.

— Je ne suis pas d'accord, dit-elle avec un sourire timide et toute la tendresse qu'elle fut capable de lui offrir, je pense au contraire que tu seras exceptionnel.

Il la regarda, les yeux écarquillés de surprise et d'émerveillement, et les joues rouges.

Elle avait adoré tout ce qu'elle avait vu, toutes ces émotions qu'il avait véhiculé, ces faiblesses qu'il avait montré, cette chaleur réconfortante qu'il lui avait donné, son sourire plein d'affection, ses yeux d'émeraude qui luisaient d'émerveillement.

Et maintenant… elle le regardait rougir… et pour la première fois depuis presqu'un an… Mikasa remarqua à quel point il était beau.

— Merci… murmura Amos en détournant le regard, c'était une drôle de demande en mariage.

À ces mots, l'orientale sentit ses propres joues brûler d'embarras, et sans même réaliser ce qu'elle faisait, elle lui colla un soufflet à l'arrière du crâne qui le fit basculer de la rambarde.

Lorsqu'elle reprit ses esprits, elle écarquilla les yeux de regret en le regardant s'étaler dans l'herbe. Soucieuse à l'idée d'avoir gâché ce moment, elle tenta immédiatement de s'excuser.

Mais Amos la prit de court en éclatant de rire.

Ce n'était pas un rire bref et mesuré comme à son habitude, non, c'était un rire puissant et soulageant, comme s'il expulsait des choses qu'il avait gardé enfouies beaucoup trop longtemps.

Mikasa écarquilla les yeux de stupéfaction.

Même dans ses rêves, elle n'aurait jamais pu imaginer Nox ainsi. Il avait l'air si vivant, si soulagé… si heureux.

Pourquoi est-ce qu'il n'était pas toujours comme cela ? Pourquoi est-ce qu'il se cachait ? Qu'est-ce qu'il cachait ?

Une fois sa crise d'hilarité terminée, Amos essuya les quelques larmes qui avaient perlées le long de ses yeux, et croisa le regard de la métisse qui s'empressa de remonter son écharpe sur son nez.

— Désolé pour la blague, lâcha-t-il sans s'arrêter de sourire, je sais pas ce qui m'a pris.

— Non, répondit-elle trop vite, c'est moi qui suis désolée… Je n'aurais pas dû te frapper…

— Ce n'est rien, rassura Amos en se frottant la tête, je ne l'ai pas volé.

Il se pencha pour ramasser son livre, s'étira sans s'arrêter de sourire, et reprit :

— Ça m'a fait plaisir de te parler, avoua-t-il.

Ce qui arracha un nouveau rougissement à l'orientale.

— Je t'en prie, répondit-elle en s'efforçant de prendre un ton impassible, merci pour tes réponses… elles m'ont beaucoup aidé…

Amos releva la tête et élargit légèrement son sourire, la jeune fille sentit son rythme cardiaque s'accélérer.

— Avec plaisir, dit-il avant de tourner les talons et de prendre la direction du réfectoire, bonne soirée, Mikasa.

— Bonne… soirée, bredouilla-t-elle en abaissant son écharpe.

Elle le regarda partir pendant quelques secondes, ses sourcils étaient froncés d'interrogation.

— « Il n'a pas essayé de lire mon visage ou d'analyser mes paroles, » réalisa-t-elle sans le quitter des yeux, « il… est-ce qu'il… est-ce qu'il a au moins remarqué qu'il ne l'avait pas fait ? »

Mikasa resta debout sur le porche pendant plusieurs minutes, à essayer de comprendre… de comprendre pourquoi Amos se cachait derrière un masque de logique et de pragmatisme quand il avait tant à offrir.

Cette question lui tarauda tant l'esprit qu'elle passa une grande partie des semaines qui suivirent a subtilement observer le grand blond lors de leur entrainement, et elle fut surprise par ce qu'elle vit.

Nox… avait changé. Pas dans son comportement, mais dans sa façon d'être. Il y avait beaucoup plus de chaleur et de sincérité dans ses paroles et dans ses actes, bien plus qu'elle n'en avait vu jusqu'à présent… À vrai dire… elle n'avait même pas remarqué ces manques auparavant. Mais maintenant qu'elle l'avait vu, qu'elle l'avait vraiment vu. C'était tellement flagrant qu'elle manqua de se traiter d'idiote.

Cependant, ce ne fut pas la seule chose qu'elle réalisa.

En effet, lorsqu'Amos était seul ou lorsqu'il réfléchissait, elle remarqua une intense tristesse dans ses yeux d'émeraude. Un chagrin tel, qu'elle avait bien failli aller lui parler pour qu'il lui dise ce qui le mettait dans cet état. Mais le simple fait qu'elle n'était pas la personne dont il était le plus proche l'avait toujours rebuté… qui était-elle pour lui demander de lui ouvrir son coeur ?

(-)(-)(-)

— « Tu souffres tellement… j'aimerai tant que tu me laisses t'aider… »

(-)(-)(-)

(Deux semaines avant la 57ème expédition extra-muros)

Mikasa était tellement furieuse.

Quand Amos lui avait dit qu'il allait s'occuper de Lord Syral avant le procès d'Eren, elle s'était attendu à ce qu'il fasse des courbettes ou qu'il lui verse un très gros pot-de-vin.

Mais quand elle avait entendu qu'il s'était prostitué auprès de la fille de ce gros porc, elle était entrée dans une colère si noire qu'elle avait failli en perdre la raison.

Comment ? Comment est-ce qu'il a pu faire quelque chose d'aussi ignoble ? Et cette garce ! Elle avait l'air si fière d'elle durant le procès ! Elle avait abusé d'Amos en se servant Eren ! Cette sale truie l'avait regardé avec tant de luxure que le simple souvenir de son visage donnait des nausées à Mikasa.

Et le pire dans cette histoire, c'était qu'Amos n'avait absolument aucun regret.

On avait usé et abusé de lui… et il l'avait accepté ! Comme ça ! Comme s'il ne s'était rien passé !

Elle l'avait trouvé derrière le Quartier Général des éclaireurs, à fumer avec son air nonchalant sans se préoccuper de la souffrance qu'il s'était volontairement infligé. Elle s'était plantée face à lui, dans l'espoir qu'enfin, il lui dise ce qu'il avait sur le coeur, mais sa seule réaction fut de lui demander de le laisser tranquille.

Cela avait été la goutte d'eau qui avait fait déborder le vase, elle l'avait giflé avec toute la frustration qu'elle avait accumulé chaque fois qu'elle l'avait vu souffrir. Puis ils s'étaient battus, et pour sa plus grande détresse, Amos l'avait emporté en la frappant dans la poitrine et en posant un couteau contre sa gorge.

Elle en avait été si horrifiée qu'elle avait fondu en larmes.

Et lorsqu'ils parlèrent de ce qu'il s'était fait, il avait énoncé des arguments logiques et irréfutables en s'appuyant sur le fait que cela avait été nécessaire pour garantir sa survie et celle d'Eren.

Mais Mikasa avait compris cette partie, ce n'était pas ça qu'elle lui reprochait.

Elle aurait tellement voulu qu'il lui dise ce qu'il ressentait, qu'il lui parle des sentiments atroces qui le rongeaient, qu'il promette de ne pas refaire une chose pareille, qu'il promette de prendre soin de lui… ou au moins qu'il la laisse le faire pour lui.

Mais non… une fois encore, Amos s'était caché derrière un masque de logique et de pragmatisme imperturbables… et avait laissé Mikasa seule avec son désarroi. Si seulement… il avait accepté qu'elle s'occupe de lui…

(-)(-)(-)

— « Pourquoi est-ce que tu ne veux pas prendre soin de toi ? »

(-)(-)(-)

(Le lendemain de l'expédition)

Ce soir-là, une fois de plus, Mikasa ne parvint pas à trouver le sommeil. Elle se tournait et se retournait dans son lit sans réussir à tomber dans les bras de Morphée. Les mots qu'Amos avaient prononcés la hantaient, ils se répercutaient dans sa tête comme un écho assourdissant et moqueur.

— « Je ne veux pas que tu fasses ça pour moi, » avait-il dit.

Pourquoi ?

Il avait tant fait pour elle ! Il l'avait protégé tant de fois !

Le sermon qu'il lui avait fait après l'attaque des trafiquants de chair humaine lui revint en mémoire, puis le coup de boule qu'il lui avait donné à Trost, et enfin, son « sacrifice » dans la forêt des arbres géants.

Mikasa lui était tellement reconnaissante pour tout ce qu'il avait fait. Elle voulait tellement pouvoir lui rendre la pareille…

Elle ne devait pas mourir pour ça, elle devait protéger Eren et Armin.

Mais… elle refusait aussi de perdre Amos ! Elle ne pouvait pas… elle avait tant à faire… tant à lui dire…

Elle aimerait tant qu'il consacre un peu de l'énergie qu'il dépensait constamment, à s'occuper de sa santé.

(-)(-)(-)

— « Tu es toujours là… pour moi… mais jamais pour toi-même. »

(-)(-)(-)

( Deux jours avant l'attaque de Stohess)

Lorsqu'Amos avait accepté de se confier à Mikasa pour la première fois après leur confrontation dans l'écurie, celle-ci ne savait pas exactement à quoi s'attendre… Même si secrètement, elle était très heureuse qu'il ait enfin cédé.

Sa joie fut cependant de courte durée, car après qu'ils se soient assis sur le lit du jeune homme, Hannibal lui révéla la honte qu'il avait dissimulé durant ces deux dernières années.

Il les avait tous manipulé, tous.

Eren, Armin, Reiner, Jean, Connie, Sasha, Bertholdt et elle.

Il les avait tous disséqué un par un pour découvrir leurs forces et leurs faiblesses, déterminant ainsi comment les approcher et comment s'assurer leurs amitiés et loyautés.

Il lui avoua qu'il n'avait aidé Eren à passer le test d'aptitude que dans le seul et unique but d'attirer son attention, car il convoitait sa force de Ackerman. Ce qui lui brisa le coeur. Son égoïsme fut le principal moteur de tout ce qu'il avait réalisé pendant presqu'un an, toute cette admiration qu'il avait suscité avait reposé exclusivement sur un mensonge.

Et lorsqu'il eut finit de confesser ses pêchés, il avait les larmes aux yeux et le regard bas, car il craignait la réaction de l'orientale.

Mais celle-ci n'était pas en colère contre lui, car elle avait déjà reçu un début d'explication de la part de Christa.

Selon elle, Amos avait disparu pendant une année entière, et lorsqu'il était revenu, il n'était plus le même. Elle l'avait décri comme violent et pragmatique, et Mikasa supposa correctement que la manipulation constante s'était ajoutée à son mode opératoire après cette mystérieuse expérience. Ce n'était qu'après la chute de Maria et la mort de sa mère qu'il avait définitivement sombré, et qu'il était devenu la personne dont il regrettait désespérément les actions.

Mais toujours selon Christa, grâce à l'influence de leurs amis, il avait changé, et Mikasa était parfaitement en mesure de le voir. Elle le voyait depuis le porche.

Amos était devenu beaucoup plus chaleureux et sincère, son affection était réelle, tout était devenu vrai.

Et c'est pourquoi, malgré les larmes qu'elle avait versée et la douleur que lui avait infligé ses aveux, elle posa délicatement sa main sur celle du noble, et lui murmura avec toute sa sincérité :

— Je te pardonne.

Hannibal écarquilla ses yeux d'émeraude à s'en éclater la rétine et la regarda comme s'il était un ange miséricordieux.

Elle se contenta de lui sourire, à travers ses larmes et ses yeux rouges, elle lui offrit tout le soutien qu'elle fut capable de conjurer, espérant de tout coeur qu'il accepte de se pardonner à son tour.

Amos se mit à faire une crise d'hyperventilation sans quitter les iris de jais de l'orientale, celle-ci le prit dans ses bras et le serra contre elle.

— Tu ne devrais pas, lâcha-t-il les sourcils froncés d'incompréhension, tu ne devrais vraiment pas. Je ne mérite pas ça…

Un éclair de réalisation traversa la jeune fille, et son sourire s'étira légèrement.

— C'est ça que tu voulais réellement me dire, quand tu disais que tu ne méritais pas mon pardon, comprit-elle en se remémorant leur discussion dans la caserne de Trost, n'est-ce pas ?

Un très bref gloussement s'échappa des lèvres du grand blond, suivit par un profond soupir.

— Oui… c'était ça.

Mikasa posa sa tête sur son épaule et resserra son étreinte, elle en profita pour écouter attentivement son poux, et sourit de plus belle en le sentant ralentir.

— Si, répondit-elle en se remémorant tout ce qu'il avait fait ces deux dernières années, tu le mérites.

Elle sentit les muscles du jeune homme se détendre considérablement après cela, comme s'il relâchait enfin une partie de la pression qui avait si longtemps pesé sur son coeur.

— Ce n'était pas ta faute, reprit-elle une fois qu'elle l'eut relâché, tu n'étais plus toi-même.

Ce fut bref, mais la métisse aperçut une lueur terrorisée dans le regard du noble, celui-ci tourna sa tête sur le côté.

— Ce n'est pas une excuse, maugréa-t-il, juste une circonstance…

Mikasa hésita un court instant, puis elle posa un doigt sur le côté de son menton pour le pousser à revenir vers elle.

— Amos… qu'est-ce qui t'ai arrivé l'année où tu as disparu ?

Cette fois, Hannibal se paralysa sur place, et l'orientale cru voir une série de souvenirs atroces défiler dans ses yeux.

Elle tenta de le rassurer en posant sa main sur la sienne, mais il se déroba à son emprise dans un mouvement violent qui semblait être le fruit d'un pur réflexe de survie.

— Amos…

— Je ne te le dirai jamais, dit-il d'un ton tranchant et intransigeant, ni à toi, ni à qui que ce soit. Personne ne doit savoir ça.

Mikasa écarquilla les yeux en voyant toute la terreur qui s'était imprégnée sur son visage, elle voulut se rapprocher de lui mais il effectua un mouvement de recul.

— Arrête, siffla-t-il en la fixant d'un regard dur, ne me demande plus jamais ça.

C'est là… c'est là que la jeune fille réalisa qu'elle avait trouvé le noeud du problème.

Toute cette peur… c'était ça qui l'avait changé en menteur-manipulateur, c'était ça qui avait provoqué sa paranoïa et qui le poussait à se cacher chaque fois que quelqu'un s'approchait. De même que toute la souffrance et la tristesse qu'elle avait vu chez lui ces deux dernières années. Tout ça venait de là.

Elle ouvrit la bouche pour insister, avant de réaliser que les yeux du jeune homme n'étaient plus sur elle.

Quelque chose avait provoqué l'effroi et la fureur dans le regard d'Amos, quelque chose qui semblait derrière elle.

Alarmée par son instinct de survie, la métisse fit volte-face… mais ne vit personne. Cependant, elle ne put se débarrasser du sentiment atroce qui l'avait saisit aux tripes, comme si une présence invisible la menaçait… Non… c'était Amos qui était menacé !

Ce dernier poussa un profond soupir et plongea sa tête dans sa main.

— Mikasa… tu veux bien me laisser seul un moment s'il te plait ?

La jeune fille revint vers lui, les sourcils froncés.

— Pas avant que tu m'ai dis ce qu'il t'ai arrivé.

— Ça ne fonctionnera pas, tonna le noble avec fermeté avant de s'adoucir avec fatigue, écoute… j'en ai assez dit pour une soirée… et mon dos me torture.

À la mention de sa blessure, la culpabilité de l'orientale refit immédiatement surface. Elle baissa la tête et remonta son écharpe sur son nez.

— Est-ce que… hésita-t-elle avant de reprendre : est-ce que tu peux au moins me dire qui t'as fait ça ?

Une tempête d'émotion passa dans les yeux d'Amos, mais elle fut incapable de les identifier. Une fois encore, le jeune homme jeta un regard effrayé et furieux derrière elle, avant de revenir vers elle.

— Si je te le dis, quitteras-tu la pièce ?

Consciente qu'elle ne pourrait pas faire mieux ce soir, la métisse acquiesça doucement.

— C'était une femme… connue sous le surnom de « Sorcière Noire d'Orvund. »

À cela, l'orientale fronça légèrement les sourcils.

— Merci de me l'avoir dit.

— Je t'en prie, répondit noble qui semblait pressé qu'elle s'en aille, bonne nuit, Mikasa.

— Bonne nuit, Amos.

Sur ces mots, elle prit la direction de la porte, non sans avoir jeté un dernier regard en arrière pour constater à quel point son camarade était épuisé. Puis elle le laissa seul… sans réaliser qu'elle l'abandonnait avec son démon.

(-)(-)(-)

— « Qu'est-ce que ce monstre t'a fait ? »

(-)(-)(-)

(844…?)

Mikasa avait toujours adoré le jour du marché de Shinganshina, c'était bien souvent le seul jour où la famille Jaeger sortait tous ensemble. Grisha étant toujours occupé par son travail et Carla par ses tâches ménagères, il n'y avait que peu d'autres occasions où ils étaient tous réunis. Contrairement à elle, Eren détestait cette journée, principalement parce qu'il était obligé de suivre sa mère partout où elle allait et de porter tout ce qu'elle achetait. Et il rejetait toutes les propositions d'aide de Mikasa, et ce malgré le fait qu'elle insistait régulièrement. Heureusement pour lui, Armin ayant été invité à déjeuner aujourd'hui, il s'était lui aussi joint aux Jaeger pour la journée.

— Et voici vos flétans ! annonça le poissonnier en donnant un volumineux paquet à Carla.

Tandis que son mari payait, cette dernière voulu déposer sa nouvelle acquisition dans le sac déjà bien rempli que portait son fils, mais Mikasa l'attrapa au vol et le chargea dans le sien.

— Hé ! s'exclama Eren vexé. Je peux porter ça !

— Non tu ne peux pas, répondit l'orientale d'une voix neutre en prenant un pot de confiture du sac d'Armin pour le ranger dans le sien.

Agacé, le garçon aux cheveux châtains voulut en rajouter une couche, mais sa mère l'attrapa par la joue.

— Dis merci au lieu de te plaindre, réprimanda-t-elle en le voyant s'énerver pour rien.

— Merci Mikasa… grommela Eren encore plus vexé tandis qu'Armin essayait de le consoler.

— Allons, allons, annonça Grisha avec un sourire rassurant, il n'y a aucune raison de se disputer. Nous nous devons de profiter d'une journée en famille comme celle-ci.

Son fils marmonna quelque chose dans sa barbe, ce qui lui valut une nouvelle réprimande sous le regard embarrassé du Docteur qui ne put qu'accepter le fait qu'il était complètement ignoré.

Le passage chez l'apothicaire pour acheter les plantes nécessaires aux remèdes de Grisha fut de loin le moment préféré d'Armin, car cela leur donnait un prétexte, à lui et à Eren, pour parler du Monde extérieur et des nombreuses espèces de plante qu'il renfermait.

Mikasa n'aimait pas les entendre parler de cela, pour accomplir leur rêve, ils devraient partir, et elle ne voulait pas qu'ils partent. Ils voulaient qu'ils restent avec elle, là où elle pourrait les protéger. Elle voulait que sa famille reste unie, elle ne voulait pas être seule…

Grisha avait dû lire le chagrin dans son regard, car il l'a prit à part lorsqu'ils arrivèrent chez le marchand de légumes.

— Quelque chose ne va pas Mikasa ? Tu as l'air toute triste.

La petite fille de neuf ans releva la tête, et remonta son écharpe sur son nez.

— Ils parlent encore du Monde extérieur, dit-elle en pointant du doigt Eren qui se plaignait de devoir porter un sac de pommes de terre en plus. Pourquoi est-ce qu'ils ne parlent que de ça ?

Un sourire semi triste se dessina sur le visage du Docteur, à son tour, il regarda son fils.

— J'imagine que c'est tout simplement parce que c'est leur rêve.

Leur rêve… Mikasa ne savait pas quoi penser de ça.

— Je veux qu'ils soient heureux, dit-elle avec toute la sincérité du monde, mais est-ce qu'ils ont vraiment besoin de risquer leur vie pour ça ? Je ne veux pas qu'ils meurent…

Grisha poussa un profond soupir, et tapota la tête de sa fille adoptive pour la réconforter.

— Les êtres humains sont des drôles de créatures, tu sais ? La plupart des animaux se contentent de manger, de dormir et de procréer. Mais l'humain n'est pas fait ainsi, l'humain veut que sa vie ait un sens, et c'est pourquoi, parfois, il n'hésite pas à la risquer pour lui donner de la valeur par ce sens.

Mikasa n'était pas contente d'entendre ça.

— Leurs vies ont beaucoup de valeur pour moi, se défendit-elle tristement, je veux seulement qu'ils soient en sécurité…

À cela, Grisha haussa un sourcil.

— Oh ? Tu n'espères rien d'autre de ta vie ?

Elle secoua la tête.

— Je veux juste que ma famille aille bien… c'est tout ce que je veux…

—« Tu as atteint ce que j'appelle la deuxième étape. »

Mikasa écarquilla subitement les yeux, d'où venait cette voix ? Qui avait parlé ?

— Quel noble objectif, sourit tristement Grisha en lui tapotant la tête une fois de plus, beaucoup de gens devraient prendre exemple sur toi.

La petite fille rougit sous son écharpe, mais elle fronça les sourcils d'incompréhension, n'avait-il pas entendu la voix ?

— Mais tu sais, reprit le docteur, peut-être qu'un jour, tu voudras voir ta famille s'agrandir.

Elle écarquilla les yeux de nouveau en entendant cette possibilité, mais elle craignait de la considérer.

— Qu'est-ce que vous complotez tous les deux ? demanda Carla avec Eren et Armin à sa suite.

Grisha sourit à sa femme et posa une main sur la tête de sa fille adoptive.

— Rien du tout, nous parlions juste du rêve de Mikasa.

À cela la petite fille pencha la tête sur le côté.

— « Mon… rêve… ? »

— Alors ça y est ? demanda Eren étrangement soulagé. Tu as un rêve ?

Un peu perdue, la Ackerman secoua la tête de droite à gauche.

— Non… enfin…

Elle n'eut pas le temps d'élaborer que son petit frère adoptif laissa échapper un grognement.

— Sérieusement ? Quand est-ce que tu…

Carla colla un soufflet sur l'arrière du crâne de son fils avant que celui-ci n'aille plus loin.

— Laisse-la tranquille, elle a neuf ans, elle a tout son temps pour trouver un rêve.

Mikasa voulut la contredire, prétendre qu'elle n'avait aucun rêve, qu'il n'y avait rien qu'elle demandait de plus que ce qu'elle n'avait déjà. Mais il y avait un sentiment au fond d'elle qui la retint, un sentiment qui lui disait que c'était faux, qu'il y avait bien quelque chose qu'elle désirait…

Ce sentiment perturba la petite fille durant l'intégralité du trajet du retour. Ce désir… il était si étrange… il n'était pas désagréable… mais il lui faisait un peu peur.

Elle jeta un coup d'oeil derrière elle en direction d'Eren et d'Armin, les deux garçons étaient encore plongés dans une discussion intense sur le Monde extérieur. Les étoiles dans leurs yeux qui découlaient de leur désir d'aller l'explorer semblaient les rendre très heureux, était-ce un désir similaire qui l'habitait actuellement ? Un désir qu'elle était tentée d'assouvir dans le but… d'être heureuse ? N'était-elle pas déjà heureuse d'avoir une famille ? Bien sûr qu'elle l'était ! Mais… mais…

— « Tu as atteint ce que j'appelle la deuxième étape. »

— Non, dit-elle tout haut, je ne l'ai pas atteinte… parce que je veux que tu fasses partie de ma famille.

Le groupe s'arrêta et la regarda avec des yeux amusés et des sourires ravis.

Mikasa était tellement embarrassée qu'elle se cacha derrière son écharpe, elle s'apprêta à écouter les taquineries des siens, lorsqu'un bruit de pas capta son attention et lui fit tourner la tête.

Et c'est là qu'elle le vit, habillé de son uniforme d'éclaireur, s'enfonçant dans la ruelle la plus sombre qu'elle eut jamais vu, et ce, alors que le Soleil brillait dans le ciel.

L'orientale écarquilla les yeux en le reconnaissant, elle effectua un mouvement en avant, mais se retint pour regarder Eren et Armin.

Le premier lui jeta un regard interrogateur.

— Qu'est-ce que tu attends ? Il a besoin de toi.

La petite fille ne savait pas quoi faire, elle sentit son coeur se déchirer en deux.

— Mais… et si jamais vous êtes en danger ? Si quelque chose vous arrivait ? Vous…

— Oh putain ! s'exclama Eren en jetant ses courses au sol. Arrête ! Arrête de gâcher ta vie à surveiller celles des autres ! Ce n'est pas vivre ça ! Ce n'est pas pour ça que je t'ai sauvé ! Tu crois que c'est ce que je veux pour toi ?!

Mikasa écarquilla des yeux choqués.

— Je… je…

Elle ne savait pas quoi dire… elle ne savait pas quoi faire…

Carla s'agenouilla près de sa fille adoptive et posa une main sur son épaule.

— Mikasa, dit-elle avec tout son amour maternelle, ce n'est pas le bonheur des autres qui fera ton bonheur. Quoique tu puisses dire ou penser, quelque soient tes peurs ou tes inquiétudes, tu mérites d'être heureuse, et si tu veux l'être, tu dois saisir ta chance lorsqu'elle se présente. N'oublie pas que nous voulons tous te voir heureuse.

À son tour Armin s'avança, et posa sa main sur son épaule.

— Tu es la personne la plus aimante au Monde, lui dit-il avec tendresse, mais toi aussi, tu mérites d'être aimée.

Mikasa écarquilla les yeux une nouvelle fois, elle sentit son rythme cardiaque et sa respiration s'accélérer, et elle commençait à larmoyer.

Eren se plaça face à elle, abaissa son écharpe pour exposer son visage, et la resserra autour de son cou.

— Si tu veux quelque chose dans la vie, tu dois te battre pour l'obtenir. Tu t'en souviens ? Si tu veux gagner, tu dois te battre. Alors rattrape-le ! Ce sera peut-être difficile, ce sera peut-être douloureux, mais si tu veux y arriver, bats-toi !

L'orientale le fixa avec des yeux ronds pendant quelques instants, avant de se tourner pour voir la silhouette commencer à disparaitre dans l'obscurité. Elle écarquilla les yeux de terreur face à cette perspective et commença à avancer avec hésitation. Puis elle se retourna une dernière fois pour contempler Eren avec inquiétude.

— Et si… et si quelque chose t'arrivait pendant que je ne suis pas là ?

À ces mots, Jaeger rougit d'embarras et détourna le regard.

— Hé bah… je suppose que tu reviendras pour moi… maugréa-t-il avant d'effectuer un mouvement de tête dans la direction de la silhouette. Et il t'aidera… il ne fait que ça de toute façon.

Mikasa le regarda une dernière fois, avant de se mettre à courir vers la ruelle sous les encouragements des siens. Elle laissa tomber son sac de course sans se retourner, et s'engagea dans l'obscurité au sein de laquelle la silhouette était plongée.

— AMOS ! appela-t-elle en accélérant.

Son corps frêle de petite fille de neuf ans se mua soudainement en un corps musclé de soldate de quinze ans, elle courut aussi vite que ses jambes pouvaient la porter, laissant le vent lui gifler le visage et emporter ses larmes de crainte.

— Attends ! Reviens ! cria-t-elle en le voyant s'enfoncer encore plus profondément dans les ténèbres. Laisse-moi t'aider ! S'il te plait ! Ne t'en vas pas ! Amos !

Lorsqu'elle arriva enfin à sa hauteur, elle le captura dans ses bras, et le retint de toutes ses forces malgré ses tentatives de se soustraire à son emprise.

— Je t'en supplie… lui souffla-t-elle en posant sa tête larmoyante contre son dos sanglant. Je t'aime…

Cet aveux le paralysa sur place, Mikasa laissa échapper un soupir de soulagement.

— Amos… s'il te plait… laisse-moi t'aider… s'il te plait…

(-)(-)(-)

— … laisse-moi t'aider…

Lentement, les paupières de Mikasa s'ouvrirent en direction du ciel. La position du Soleil vers l'Ouest indiquait qu'il était déjà midi passé. Elle écarquilla les yeux et laissa échapper un halètement en s'asseyant pour regarder autour d'elle.

Halètement qui réveilla Armin de sa trop courte sieste.

— Mikasa ! s'écria-t-il soulagé.

Elle ne l'entendit pas, au lieu de cela, elle se précipita vers le bord du Mur pour observer le point d'impact de la chute de Bertholdt. Ignorant par la même occasion, les commentaires de son ami concernant l'aggravation de ses blessures. Mais la seule chose qu'elle vit en contrebas fut un cratère, duquel un Titan de cinq mètres la fixait d'un regard goguenard en se prélassant dans la terre fraichement exposée. Le poing serré, elle se tourna vers Armin et le saisit par le col :

— Où est Eren ?! Où est-il ?!

— Attends, calme-toi ! protesta-t-il.

Mais l'orientale n'en fit rien, elle le secoua comme un vieux pruneaux et se répéta :

— Où est-il ?

— Eren et Ymir ont été enlevés, répondit-il tristement. Reiner et Bertholdt ont gagné, et ils ont aussi récupéré le Bestial… C'était il y a environ cinq heures.

Mikasa le fixa d'un regard vide, sous le choc, essayant de reprendre le contrôle de ses émotions et de comprendre la terrible situation.

— Quelqu'un les a poursuivis, n'est-ce pas ? Dis-moi que quelqu'un les a poursuivis…

Le petit blond serra les dents et baissa les yeux.

— Non…

— Pourquoi ?! s'écria-t-elle au bord de l'hystérie.

Armin dû faire des efforts surhumain pour conserver son calme.

— C'est simple : nous n'avons pas les moyens de les poursuivre à l'heure actuelle car nos chevaux sont du mauvais côté du Mur. Il faut qu'on attende l'arrivée du monte-charge.

À ces mots, la colère de l'orientale se changea instantanément en une expression froide et horrifiée. Elle se paralysa sur place… avant qu'une douleur fulgurante ne vienne lui vriller la tête et qu'une voix qu'elle connaissait bien ne vienne résonner à l'intérieur de son crâne.

— « Je ne pourrai jamais… t'offrir la vie que tu mérites… »

À cela, elle écarquilla les yeux de terreur une fois de plus et recroisa le regard inquiet d'Armin.

— Et Amos ? demanda-t-elle faiblement. Est-ce qu'il… ?

— Il va bien, rassura le petit blond, c'est lui qui t'a pansé.

Comme pour vérifier ses dires, la jeune fille passa ses mains sur son visage et réalisa qu'elle n'avait plus son écharpe.

Elle balaya le sommet du mur de ses yeux de jais pour la retrouver et une fois celle-ci localisée, la ramassa pour se l'entourer autour du cou.

— Cinq heures… murmura-t-elle dépitée. Si ça fait aussi longtemps… Est-ce qu'on…?

Elle secoua la tête, elle ne voulait même pas y penser.

— Armin ? Pourquoi est-ce qu'Eren s'éloigne toujours de nous ?

Le concerné haussa légèrement les sourcils et esquissa un sourire triste.

— Hé bien… maintenant que tu le dis… Eren a toujours foncé la tête la première en nous laissant derrière lui… J'imagine qu'il est ainsi fait…

Mikasa laissa échapper un long et profond soupir de frustration, quelques gouttes perlèrent sur les coins de ses yeux.

— Je n'ai jamais voulu grand chose, murmura-t-elle en enlaçant ses genoux contre sa poitrine, je veux juste que ma famille soit en sécurité…

Ses larmes coulèrent le long de ses joues à mesure qu'elle laissait sa tristesse l'envahir, néanmoins elle s'efforça tant bien que mal de contenir ses émotions, pour rester forte, parce que les siens avaient besoin qu'elle soit toujours forte. Elle devait…

C'est alors que quelqu'un s'agenouilla à ses côtés, et, pour sa plus grande surprise, la captura dans ses bras et la serra contre lui.

Bien que prise de court, l'orientale s'apprêtait à repousser cette personne qui envahissait son espace privé, mais la voix apaisante de cette dernière l'arrêta dans son élan.

— Laisse-toi aller, murmura Amos en accentuant son étreinte, n'ai pas peur de tout relâcher, n'ai pas peur d'être faible. Je te tiens, et je ne te lâcherai pas.

Ces paroles réconfortantes résonnèrent dans le crâne de la jeune fille jusqu'à atteindre son coeur, elle releva la tête pour croiser le regard d'émeraude du noble.

Celui-ci rayonnait d'une sérénité et d'une aura protectrice qui abaissèrent immédiatement sa garde. Les quelques larmes qui coulaient le long de ses joues se muèrent peu à peu en d'authentiques petites cascades, la métisse sentit soudainement ses émotions l'assaillirent comme des fauves qui avaient été emprisonnés depuis trop longtemps. À court de force et de volonté pour les retenir, elle se jeta contre la poitrine du grand blond, et ouvrit les vannes.

Sous le regard stupéfait d'Armin, elle pleura toutes les larmes qu'elle avait contenu toutes ces années, laissant la souffrance qu'elle avait enterré jaillir du plus profond de son être pour être évacuée dans la chemise d'Hannibal qui la serra aussi fort que possible. Mikasa hoqueta, gémit et manqua de crier toutes ses peines, tous ses malheurs et toutes ses peurs.

Elle ignora combien de temps cela dura, et si elle était franche avec elle-même, elle s'en moquait éperdument. Les Déesses seules savaient à quel point elle avait attendu cela, à quel point elle avait eu besoin d'une présence aussi réconfortante que celle-ci pour expulser les émotions qu'elle avait enfermé au fond d'elle toutes ces années. Elle pleura jusqu'à ce qu'elle soit à court de larmes, elle s'enferma dans les bras d'Amos jusqu'à ce que ses prisonniers se soient tous échappés, et lorsqu'enfin, elle atteignit sa limite, elle poussa le plus profond soupir de soulagement qu'elle eut jamais poussé.

Elle ne se sépara pas du grand blond pour autant, au contraire, elle lui rendit son étreinte et posa sa tête sur son épaule. Profitant pleinement de sa présence réconfortante pour reprendre des forces.

— Tu avais tort, tu sais ? murmura-t-elle doucement.

— À quel sujet ?

La jeune fille remonta son écharpe sur son nez avant de répondre :

— Je n'ai jamais atteint la deuxième étape…

Ces mots arrachèrent un léger rougissement et un petit sourire timide à Hannibal qui posa sa joue contre les cheveux noires de la jeune fille.

De son côté, Armin se gratta la tête avec embarras et la tourna vers l'horizon, il avait le sentiment d'espionner un moment beaucoup trop intime pour ses pauvres petits yeux innocents.

— « Je n'avais jamais remarqué ça, » songea-t-il en se remémorant les regards que la métisse et le noble s'étaient échangés durant leurs classes, « depuis quand est-ce qu'ils ressentent ça l'un pour l'autre ? »

Comprenant qu'il ne valait mieux pas qu'il reste dans les parages, il se leva discrètement et s'en alla rejoindre Hannes. Ce dernier regardait les deux adolescents étroitement enlacés avec une étrange fierté paternelle.

— Vous m'aviez caché ça, fit-il remarquer en voyant Armin arriver.

Ce dernier se frotta la tête, et regarda en arrière.

— Je… ne savais pas… admit-il un peu embarrassé.

Le capitaine de la Garnison haussa les sourcils de surprise, avant de se concentrer sur Amos.

— « Je me demande s'il se souvient de moi. »

— On dirait bien que Mikasa avait besoin de ça, dit-il en avalant une gorgée d'eau, je l'avais jamais vu pleurer comme ça.

— Moi non plus, avoua Armin s'en décrocher son regard, mais je pense qu'ils ont autant besoin l'un que de l'autre.

Cette fois, Hannes sembla sincèrement surpris, il regarda la jeune fille qu'il avait rencontré six années auparavant, soulager sa conscience dans les bras d'un jeune homme de son âge. Un sourire se dessina sur son visage.

— Hé bah… dit-il avec nostalgie. Elle a grandi la petite Mikasa.

Armin ne répondit que par un sourire.

Du côté de l'orientale, celle-ci était parvenue à rassembler ses esprits pour poser la question qu'elle craignait de poser, de peur que la réponse ne soit pas celle qu'elle voulait entendre.

— Amos ? appela-t-elle en s'efforçant de masquer sa crainte. Est-ce qu'il y a un espoir de… de sauver Eren ?

— Oui, répondit le grand blond en lui caressant tendrement le dos, mais ça ne va pas être facile.

À ces mots, l'orientale desserra son étreinte pour le regarder dans les yeux, le suppliant silencieusement de lui en dire davantage.

— Reiner s'est transformé trois fois et transportait deux blessés et deux prisonniers, expliqua-t-il en regardant l'horizon, il n'a donc pas l'énergie nécessaire pour atteindre Shinganshina d'une traite. D'autant plus qu'il est en plein territoire de titan, ceux-ci seront surement attirés par le tintamarre qu'il fait en courant. Il s'est donc, plus que probablement, trouvé un endroit sûr où se reposer en attendant la nuit.

Une lueur d'espoir apparu immédiatement dans le regard de jais de la métisse, une lueur qu'Hannibal s'empressa d'entretenir en sortant sa montre à gousset.

— Il est actuellement une heure quarante deux, nous avons un peu plus de quatre heures pour les rattraper. Le major sera là dans peu de temps avec les montes-charges, et nous partirons en expédition pour récupérer Eren et Ymir. D'ici là, repose-toi. On va avoir besoin de toutes nos forces pour affronter le Cuirassé et le Bestial en plein territoire du Mur Maria, et ce, sans l'aide d'Eren ou du Capitaine Levi.

La supplication dans le regard de Mikasa se mua en détermination dès qu'il eut fini de parler, à son tour, elle se tourna vers l'horizon et serra le poing.

— Merci, lui dit-elle sans détourner ses yeux, j'avais besoin de ça.

— « J'avais besoin de toi, » se surprit-elle à penser.

— Avec plaisir.

Elle se tourna vers lui et adoucit l'expression de son visage, elle se sentait beaucoup mieux, le poids qui pesait constamment sur ses épaules s'était considérablement amoindri.

— Mikasa ?

— Oui ?

Le noble parut hésiter une petite seconde, avant de soupirer et de se lancer :

— Tu veux vraiment savoir ce qu'il m'est arrivé, l'année où j'ai disparu ?

Les yeux de la jeune femme s'écarquillèrent de surprise, elle prit un temps pour rassembler son courage.

— Oui.

— Pourquoi ?

— Parce que je veux t'aider, et tu sais pourquoi je veux t'aider.

Le noble parut décontenancé par la détermination avec laquelle elle s'exprimait, il poussa un nouveau soupir, mais de frustration cette fois.

— Mikasa… si je t'en parle… cela te fera beaucoup de mal.

Comme la métisse allait l'interrompre il leva une main pour qu'elle le laisse parler.

— Ne viens pas me dire que ça n'importe pas, parce que ça m'importe à moi, dit-il d'une voix imperturbable. Je sais que ça aura un gros impact sur toi… et peut-être que quelque part j'ai un peu peur de la façon dont tu me regarderas une fois que tu sauras tout.

Il prit une grande inspiration et continua :

— J'en ai parlé à ma kaa-san, avoua-t-il à la surprise de l'orientale, et j'ai bien vu ce que je lui ai fait en me confiant à elle. Je n'oublierai jamais la façon dont elle m'a regardé… la souffrance que je lui ai infligé… ça n'a fait qu'ajouter de l'huile sur mon feu… et quand elle est morte… Ça m'a convaincu de ne plus en parler à qui que ce soit.

Mikasa resta interdite, elle brulait d'envie de le serrer dans ses bras une fois de plus.

— Mais… je sais aussi que je serai incapable de continuer si je n'en parle pas… Historia et Ymir m'ont fait prendre conscience de cet indéniable fait. À tel point qu'elles m'ont toutes les deux fait promettre de t'en parler.

Cette information-ci fit immédiatement rougir la jeune femme qui se cacha derrière son écharpe. Elle était très touchée que les deux personnes les plus proches d'Amos encouragent celui-ci à se confier à elle.

— Alors je vais te demander ça, une dernière fois… est-ce que tu veux vraiment que je t'en parle ? Sachant ce que tu ressens, sachant ce que cela pourrait t'infliger, sachant que cela pourrait changer beaucoup de choses. Est-ce que c'est vraiment ce que tu veux ?

Pour la première fois, Mikasa réalisa à quel point elle arrivait à bien lire le visage d'Amos. Celui-ci avait plus peur pour elle que pour lui, mais il craignait également ce que ces révélations changeraient. Avait-il peur que cela ait un impact sur les sentiments qu'elle avait pour lui ? Surement. Sous-estimait-elle la portée de ces révélations sur elle ? Plus que probablement.

Mais elle n'allait pas laisser cela l'arrêter, elle n'allait pas l'abandonner, elle n'allait pas reculer.

Les mots d'Eren lui revinrent en mémoire :

— « Ce sera peut-être difficile, ce sera peut-être douloureux, mais si tu veux y arriver, bats-toi ! »

Elle allait se battre, pour son rêve, pour les personnes à qui elle tenait, et pour sa famille.

Elle lui sourit et posa sa main sur la sienne.

— Ce que je veux… n'est atteignable qu'en passant par cette étape… donc oui, je veux que tu m'en parles.

À ces paroles, Amos écarquilla les yeux et la regarda comme si elle l'éblouissait, il fronça les sourcils d'incompréhension, murmura des paroles inintelligibles, et finit par lâcher en fixant ses iris de jais :

— Tu… tu es… comment est-ce que j'ai réussi à vivre treize ans sans te connaitre ?

Désarmée par cette question, la métisse retira prestement sa main pour remonter son écharpe. De son côté Amos réalisa ce qu'il venait de dire et tourna la tête pour cacher son embarras.

— Je suis désolé, bredouilla-t-il gêné.

— C'est pas grave.

— Je ne sais pas ce qu'il m'a prit.

— Je comprends.

Hannibal poussa un profond soupir pour se calmer, et reprit en s'efforçant d'atténuer son rougissement :

— C'est juste que… tu es la fille la plus extraordinaire que j'ai jamais rencontré…

L'orientale sentit ses joues s'empourprer de plus belle.

— … Et je ne vois vraiment pas ce que tu me trouves.

Cette fois, elle fut plus consternée qu'autre chose, elle se tourna vers lui protester mais il leva une main pour l'interrompre.

— Tu comprendras quand je t'aurai raconté.

Cela la fit hésiter, elle ouvrit la bouche, mais les mots moururent sur ses lèvres. Aussi, elle se contenta d'hocher la tête.

Il s'écoula un moment, durant lequel ils restèrent assis l'un à côté de l'autre à observer l'horizon, puis l'orientale reposa sa main sur celle du noble.

— Tu sais que ça va finir par se remarquer ? demanda Amos sans détourner le regard.

— Je m'en contrefiche, répondit-elle impassible, et je pense qu'on s'est déjà fait remarquer de toute façon.

Hannibal n'ajouta rien, mais il mêla ses doigts à ceux de la jeune femme qui sourit.

— J'ai vraiment besoin d'une écharpe, commenta le grand blond dans un soupir.

Ce qui arracha un léger gloussement à la métisse.

Quelques instants plus tard, les deux adolescents aperçurent Hannes et Armin venir dans leur direction. Ils séparèrent aussitôt leurs mains.

— J'espère qu'on vous dérange pas, sourit le capitaine de la Garnison.

Amos tourna la tête tandis que Mikasa gardait son écharpe bien levée.

L'homme d'âge mûre sourit de plus belle, avant de leur tendre des barres énergétiques.

— Faut que vous mangiez un morceau, dit-il en s'efforçant de paraitre serein, on a une longue mission qui nous attend.

À la mention de cette mission, l'orientale s'empara de la ration militaire et la dévora avec une voracité digne de Sasha.

— Hé bah, commenta Hannes, en voilà une qui est motivée.

Sur ces mots, Armin et lui jetèrent un coup d'oeil à Amos. Ce dernier leur fit comprendre d'un regard mi-agacé mi-embarrassé, qu'il ne répondrait à aucune question, ce qui leur arracha un sourire à tous les deux.

Cependant, le capitaine de la Garnison reprit la parole au moment où il tendit une barre au noble.

— T'es Amos Hannibal, c'est ça ?

Le concerné haussa un sourcil.

— C'est ça, et vous vous êtes le soldat de la Garnison que j'ai retrouvé dans un caniveau en train de s'étouffer dans son vomi, à peine six jours après la chute de Maria.

À ces mots, Armin et Mikasa écarquillèrent les yeux, et regardèrent Hannes se gratter la tête avec embarras.

— Ouais… maugréa-t-il gêné. Désolé… Je pensais pas que tu te souviendrais de moi…

— Je n'oublie jamais un visage, répondit Hannibal en croquant dans sa ration, vous avez l'air en meilleure forme que la dernière fois que je vous ai vu.

— Ouais, je suppose que je dois te remercier pour ça… Ce coup de pied et ce sermon que tu m'as donné m'ont vraiment remis les idées en place. J'ai jamais pu oublier tes mots… même si j'ai toujours pas compris pourquoi t'étais aussi en colère contre moi.

À cela, Amos poussa un léger soupir et reporta son attention vers l'horizon.

— C'était pas contre vous que j'étais en colère, admit-il en secouant la tête, j'étais furieux contre mon père. Tous ces mots, c'était à lui que je les adressais.

Hannes haussa les sourcils de surprise, il était désormais très curieux d'en entendre davantage, et il n'eut même pas besoin de demander :

— Ma mère est morte quand le Mur Maria est tombé, développa Amos, et la première personne que j'ai blâmé pour sa mort était mon père. S'il avait été encore en vie, elle n'aurait jamais été exilée à Holst. Mais il est mort trois ans auparavant de la façon dont vous avez failli mourrir : en s'étouffant dans son propre vomi après s'être enfilé je ne sais combien de bouteilles.

Le capitaine de la Garnison regarda le noble avec toute la compassion qu'il fut capable de produire, les regards de Mikasa et d'Armin étaient plus inquiets qu'autre chose.

— Donc quand je vous ai vu… et bien… j'ai un peu pété un câble… je suis désolé pour le coup de pied.
— Nah, pas besoin d'être désolé, rassura Hannes. J'y serai resté si tu m'avais pas sortit de ce caniveau, et j'ai plus retouché à une bouteille depuis. Je te dois des remerciements, sans toi, je serai pas là à essayer de racheter mes fautes.

Ce dernier aveu fit tilter les anciens cadets de la 104ème, le capitaine de la Garnison s'assit à leurs côtés et regarda l'horizon.

— Vous savez ? C'est pas le même endroit ou la même époque, mais vous faites toujours la même chose, hein ? Chaque fois qu'Eren se fout dans une merde noire vous partez à sa poursuite.

Ces paroles arrachèrent un gloussement à Armin.

— Les gamins du quartier et les titans ne font pas la même taille.

— Pas faux, reconnut le capitaine avant de se tourner vers Amos, tu t'es joins au club toi aussi ?

— Quel club ?

— Le club pour éviter les ennuis à Eren, précisa-t-il.

— Oh… fit le noble en poussant un profond soupir, on peut dire ça. J'ai essayé de lui apprendre à mieux se débrouiller. Il en a pas l'air, mais c'est un excellent élève. Je regrette simplement de pas avoir eu plus de temps, ou de pas lui en avoir assez consacré pendant nos classes.

Hannes le regarda pendant quelques instants avec des yeux de merlans frits, avant d'éclater d'un grand rire.

— Ah ouais… t'as vraiment rejoins la famille, toi.

Hannibal tourna la tête pour cacher son embarras, fort heureusement, Hannes ne s'attarda pas là-dessus et revint vers l'horizon.

— Le truc, c'est que ce gamin ne sait même pas se battre correctement. Mais même s'il fait face à trois ou cinq mecs plus grands que lui, il chargera tête baissée. Chaque fois que Mikasa ou moi on finit par le retrouver, il est toujours en morceaux.

À ces mots, la concernée baissa la tête, quelques larmes perlèrent sur les coins de ses yeux.

— « Imbécile, » songea Amos en levant les siens au ciel, « pas étonnant que Mikasa soit si inquiète chaque fois qu'il quitte son champ de vision. Il suffit d'un seul mauvais coup pour que tout soit terminé. »

— Mais vous savez, reprit Hannes, je ne l'ai jamais vu gagner une bataille, mais je ne l'ai pas non plus vu se faire battre ou abandonner.

Cette fois, Hannibal haussa les sourcils de surprise.

— « Il n'a jamais gagné un seul combat ? Hé bah, voilà qui explique pas mal de choses, il va falloir rectifier le tir de ce côté. »

— Parfois… il est tellement tenace qu'il me fait peur. Peu importe s'il se fait rétamer à chaque fois, il finit toujours par se relever. C'est le genre de gars qu'il est. Il n'ira jamais au tapis sans se battre. Il résistera tant qu'il lui reste des forces jusqu'à ce que Mikasa ou moi on vienne lui filer un coup de main. C'est comme ça qu'il a toujours été.

Amos avait cessé de réfléchir, il écoutait désormais l'histoire d'Hannes avec beaucoup d'attention, tout en observant l'impact qu'elle avait sur Armin et Mikasa.

— J'adorais le bon vieux temps, Eren vous dirait que ce n'était rien de plus qu'une paix illusoire… Mais moi je serai bien content de redevenir un ivrogne inutile, si jamais ça signifie que je peux récupérer ces jours heureux…

Il se tourna vers Hannibal.

— Je te dois ça… quand tu m'as hurlé d'arrêter d'être lâche et de me concentrer sur ce qui importait vraiment. Ça m'a foutu une gifle que j'ai jamais pu oublier.

Le noble se contenta d'acquiescer calmement.

— Je veux absolument récupérer ce bon vieux temps, lâcha-t-il en serrant le poing, c'est pour ça que je viendrai avec vous. Je peux pas le récupérer si je vous ai pas tous les trois.

Ces mots eurent automatiquement l'effet désiré sur Armin qui dévora sa ration, amusé, Amos tendit le reste de la sienne à Mikasa.

— J'ai déjà mangé, l'informa-t-il alors qu'elle allait protesté, et tu auras besoin de toutes tes forces.

Sur ces paroles, il se leva pour se retourner et sortit son télescope pour observer le nuage de poussière qui venait dans leur direction.

— Pile à l'heure, commenta-t-il en apercevant Erwin dans sa lentille.

Il croisa de nouveau le regard de l'orientale, et l'encouragea à s'empiffrer d'un signe de tête.

Mikasa reprit son expression déterminée, et l'engloutit d'une traite avant de se redresser en craquant ses phalanges.

Un sourire éclaira le visage du noble, il s'étira et déclara :

— Au travail.

C'est alors qu'une douleur fulgurante lui transperça la cervelle et lui arracha un cri souffrance, il tomba à genoux.

— Amos ! s'écria Mikasa en se précipitant à son chevet. Qu'est-ce qui ne va pas ?

Le grand blond ne l'entendit pas, une autre voix résonnait dans sa tête et se répercutait sur chaque paroi de son crâne.

— « Amos ! J'ai besoin de toi ici ! AMOS ! »

— « Eren ! » réalisa le noble avant qu'une nouvelle douleur ne lui vrille les neurones. « C'est quoi ce bordel ! Qu'est-ce que tu fous ?! »

Mais le métamorphe ne sembla pas l'entendre, il continua de hurler son nom :

— « Amos ! Putain ! À l'aide ! Amos ! J'ai besoin de toi ! Elle va nous… »

Vaincu par la souffrance, Hannibal rejeta sa tête en arrière et poussa un nouveau cri de douleur sous le regard horrifié de Mikasa. Puis ses yeux se révulsèrent, ses bras retombèrent le long de son corps, et lui-même tomba dans les bras de l'orientale.

— Amos ? appela cette dernière alors qu'Historia se précipitait dans leur direction. Amos ? Amos ?!

(-)(-)(-)

Lorsque le noble reprit conscience, Eren n'avait pas cessé de l'appeler. Mais au moins, ses cris n'étaient plus en train de se répercuter dans sa tête, ils venaient de derrière lui.

Hannibal posa une main sur son front, et fronça les sourcils en réalisant que celle-ci était couverte de sable. Lentement, il se redressa, se tourna dans la direction d'où venaient les appels à l'aide d'Eren.

Ce qu'il vit lui fit écarquiller les yeux à s'en éclater la rétine.

Il était dans ce qui semblait être un authentique champ de sable fin, duquel un gigantesque arbre de lumière s'était dressé jusqu'au ciel bleu nuit pour l'envahir de ses branches scintillantes.

Jaeger était enchaîné au sol, et bataillait furieusement pour se libérer tout en continuant d'appeler son nom. Le détenteur du Titan Bestial était debout à ses côtés, et semblait essayer de l'apaiser, en vain. Eren l'ignorait, et tirait sur ses chaînes à s'en saigner les poignets pour essayer de rattraper une petite fille qui marchait calmement en direction de l'arbre de lumière.

Amos se frotta les yeux, et les écarquilla une fois de plus lorsqu'il réalisa qu'il ne rêvait pas.

— Qu'est-ce que c'est que ce merdier ?