Chapitre XXII : Les Blessures du Passé

(Une demi-heure plus tôt)

— « Hé bah je suis pas dans la merde, » commenta intérieurement Ymir en constatant le réveil du Titan Bestial.

La régénération de celui-ci avait déjà fait repousser ses membres jusqu'au poignets et aux chevilles. Encore vingt minutes et il sera complètement remis. Ce qui signifiait que même si les éclaireurs venaient les chercher, ils seraient confrontés au Cuirassé et au Bestial sans pouvoir compter sur l'aide d'Eren ou la sienne. Elle n'était pas très optimiste.

Et le sujet de la conversation qu'ils étaient en train d'avoir ne lui plaisait guère.

— Donc… reprit Sieg. Le Roi actuel n'est qu'un Roi de façade.

— C'est cela, confirma Reiner, le pouvoir est entre les mains de la famille Hannibal.

— Je vois… dit le binoclard en se remémorant la prédation dans le regard d'émeraude d'un certain noble. Et vous soupçonnez Amos Hannibal d'être le détenteur de l'Originel ?

À cela, les deux traitres échangèrent un regard hésitant.

— Hé bien… commença le blond. C'est un peu confus. Nous savons, grâce au travail d'investigation d'Annie, que les Reiss étaient la véritable famille Royale et nous savons que la mère d'Amos était une Reiss. Amos a une petite soeur du nom de Christa Lenz, c'est la petite… enfin c'est la soldate qui vous a fait tomber du Mur.

Sieg grimaça en se souvenant de son humiliante défaite, et creusa sa mémoire pour se rappeler le visage de son assaillante.

— Elle ? Je vois… Donc il n'y a que ces deux-là que vous êtes parvenus à identifier comme des descendants de la famille royale ?

Reiner acquiesça fermement.

— De plus, Amos nous a admit, à Bertholdt et à moi, qu'il était le Roi… mais…

— Il a fait ça ? s'étonna Ymir en prenant la parole pour la première fois. Vous vous êtes pas dit qu'il était en train de se payer vos têtes.

— C'est une possibilité, grinça le Cuirassé en la foudroyant du regard, mais encore une fois, la situation est confuse. Cependant…

Il plissa les yeux en direction de la main de la détentrice du Mâchoire.

— … Jolie bague, commenta-t-il en apercevant la chauve-souris gravée dessus, tu sais quelque chose qu'on ne sait pas, peut-être ?

Ymir grimaça de colère et leva son majeur en direction de son interrogateur.

— Va te faire mettre, Reiner ! balança-t-elle avec tout son mordant. Tu peux toujours courir pour que je te dise quoique ce soit !

Le guerrier serra le poing et s'apprêta à répliquer, mais Sieg le retint d'un geste.

— Il est inutile d'en venir aux noms d'oiseaux, dit-il d'une voix apaisante en se tournant vers la jeune femme aux tâches de rousseur.

Ymir haussa un sourcil de mépris, mais n'ajouta rien. Le Bestial poussa un profond soupir las et revint vers ses subordonnés.

— Comme vous le dites, la situation me parait extrêmement confuse. Il n'est pas dit que nous fassions fausse-route sur toute la ligne, et que l'Axe soit en réalité bien cachée au sein du Mur Sina. Dans tous les cas, il nous faut les Hannibal vivants pour les interroger.

Il réprima un frisson en songeant à la prédation et poursuivi :

— N'écartons pas non plus le fait qu'Eren ici présent, pourrait très bien être l'Originel sans le savoir. Comment les Hannibal ont-ils réagit lorsque son pouvoir de titan a été découvert ?

Reiner et Bertholdt échangèrent un nouveau regard, et encore une fois, le blond prit la parole :

— Il a été jugé pour déterminer s'il était une menace ou un atout. Néanmoins, selon le témoignage d'un de nos ca… enfin… d'un des cadets, Peter Hannibal, le Premier Ministre, convoitait Eren avec une avidité féroce. Ce n'est que grâce à l'intervention d'Amos qu'Eren a pu lui échapper.

— Je vois… songea Sieg en posant son moignon fumant sous son menton. Ce garçon m'intrigue beaucoup, mais il est également très dangereux.

Reiner et Bertholdt confirmèrent ses craintes en acquiesçant, les tentatives de meurtre du noble étaient encore très fraiches dans leurs esprits.

De son côté, le cerveau du Bestial tournait à plein régime.

— « Il y a un moyen de vérifier s'il est bien l'Axe… mais selon Monsieur Xavier… le détenteur de l'Originel aura les pleins pouvoirs si nous venions à l'activer… Cependant, Eren ignorait qu'il avait un pouvoir de titan il y a encore un mois, il n'a donc sans doute pas conscience de son plein potentiel. C'est surement faisable, mais je vais avoir besoin de l'aide de Reiner. »

Un grognement sourd vint résonner jusqu'aux oreilles de Sieg, l'interrompant dans ses réflexions. Eren grogna à nouveau et se redressa lentement, son regard trahissait sa confusion.

— Salut Eren, lança Reiner depuis sa branche, bien dormi ?

Jaeger écarquilla les yeux en l'apercevant et balaya les environs du regard, il aperçut Bertholdt, Sieg, et remarqua qu'Ymir était sur la même branche que lui.

Il voulut se frapper le front, mais réalisa qu'il n'avait plus que des moignons fumants à la place des bras.

— Qu'est-ce que…?

— Ma faute, commenta le Cuirassé, désolé, mais j'étais tellement pressé que quand je t'ai arraché de ta nuque, je t'ai sectionné les bras.

Cette information arracha une grimace enragée de la part de Jaeger, il prit une très grande inspiration et expira à travers ses dents. Les traits de son visages étaient froissés comme du papier et dur comme de la pierre.

— Putain… jura-t-il avant de scanner davantage les environs.

Il remarqua alors qu'il était cerné de toutes parts par au moins une bonne douzaine de titans. Il y en avait cinq en bas, et au moins six cachés derrière les arbres de la forêt dans laquelle les traitres l'avaient conduit. Il savait, grâce aux expériences menées par Hanji, qu'il était incapable de se transformer tant que ses membres étaient sectionnés. Lorsqu'il réalisa qu'il n'y avait rien qu'il puisse faire à l'heure actuelle, et qu'Ymir était dans le même état que lui, il poussa un cri de rage frustré et se laissa tomber sur les fesses.

— Bordel de merde ! jura-t-il de plus belle avant de foudroyer Reiner du regard.

Celui-ci frissonna, mais maintint une posture solide.

Eren ravala sa colère et se tourna vers la seule ici qui n'était pas une traitresse.

— Hé Ymir ? Qu'est-ce que j'ai loupé ?

Sa seule réponse fut des yeux de merlans frits.

— Pourquoi tu me regardes comme ça ? demanda-t-il surpris.

— « Whoa ! » songea-t-elle impressionnée. « Il a analysé son environnement, localisé tous les titans qui nous entouraient, et quand il a comprit qu'il était dans une position délicate et qu'il n'y avait rien qu'il puisse faire, il a ravalé sa colère pour rester concentrer. Amos est un putain de sorcier ! »

— Ymir ?! gronda-t-il d'impatience.

— Désolée, répondit-elle en secouant la tête pour se reprendre, ils étaient en train de causer de la meilleure façon de capturer Amos et Christa.

— De… Pourquoi ?

— Ils savent pour leur sang royal.

À ces mots, Eren se raidit, et jura de nouveau :

— Merde…

— Tu savais ? s'étonna Reiner depuis sa branche. Je suis surpris, je ne pensais pas qu'il t'en parlerai. Ymir, elle-même, ne savait pas.

La concernée foudroya le Cuirassé du regard, néanmoins, il était évident pour tous qu'elle était blessée qu'Eren sache et pas elle.

— On ne l'a appris qu'hier soir, quand…

Soudain, Jaeger réalisa ce qu'il était en train de faire et se mordit la langue.

— « Quel abruti ! Pourquoi je leur balance des informations comme ça ?! Historia et Amos s'expliqueront d'eux-mêmes avec Ymir dès que ce sera terminé, j'ai pas à la réconforter ! »

— Qu'hier soir ? reprit Reiner en haussant un sourcil. Ça en dit long sur la confiance qu'il place en vous.

Eren grimaça de mécontentement, mais au fond de lui, il savait ce qui était en train de se produire.

— « Ce connard essaye de nous manipuler ! Je vais lui montrer ce que je sais faire ! »

Sur ces pensées, le natif de Shinganshina reprit une grande inspiration pour se calmer, et fit fonctionner ses méninges.

— « Ok… calme-toi… souviens-toi… d'abord il faut l'amener sur un terrain plus favorable. Il en sait plus que moi, donc ça sert à rien d'essayer de lui refiler de fausses infos… Il faut que j'essaye de lui niquer la tête… »

— Qu'est-ce que t'en sais ? répliqua-t-il d'une voix qui manquait de conviction. C'est pas un traitre, lui !

Reiner leva les yeux au ciel.

— T'es vraiment naïf, Eren. Tu as bien vu la façon dont il a tenté de nous manipuler, qu'est-ce qui te fait croire qu'il n'a jamais essayé de faire ça avec toi ? Avec Mikasa ou Armin ? T'es vraiment prêt à gober tout ce qu'il dit sans réfléchir ?

— « Je te tiens ! »

— Au moins autant de fois que t'as gobé le chibre de Bertholdt ! Je te laisse compter du coup !

À ces mots, Reiner écarquilla les yeux et bredouilla des paroles inintelligibles, de son côté Hoover frissonna de dégoût.

— « Ok… maintenant rebondir sur ce que j'ai dit… Je sais ! »

— Quoi ?! Ça fait trop de chiffres pour ta petite tête ?! Alors ça doit dépasser les 250 000 !

— « Ouch ! » songea Ymir effarée. « Joli coup. »

Cette fois le Cuirassé se figea dans une grimace d'effroi tandis que le Colossal palissait d'horreur.

— Reiner, appela le Bestial en levant son bras pour le calmer, inutile d'insister. Tu ne tireras rien de lui comme ça.

Braun serra le poing avec frustration mais obéit à son supérieur. De son côté, Ymir remarqua que la paume de la main de ce dernier s'était reformée, ce qui signifiait qu'il était presque apte au combat.

— Hé Reiner ? lança la jeune femme depuis sa branche. Tu m'avais dit que tu nous expliquerais ce que t'allais faire de nous dès qu'Eren sera réveillé. Vas-y, mets-toi à table.

Le concerné grimaça dans sa direction.

— On vous emmène chez nous, bien que je me doute que vous ne rendrez pas les choses faciles, je tiens à vous rappeler que nous sommes encerclés par des titans. Nous pourrions nous battre, mais si on finit tous épuisés, on finira tous dans leurs mâchoires. Donc, on doit se tenir tranquille jusqu'à ce que la nuit tombe pour que les titans cessent de bouger. Vous pouvez tenter de vous échapper si vous voulez, mais on vous arrêtera et vous n'êtes pas en mesure de vous transformer à l'heure actuelle. Donc on attend.

À ces mots, Eren observa le Soleil.

— « Jusqu'à ce que la nuit tombe ? Ça nous laisse du temps… ça laisse du temps au Bataillon… »

— Pourquoi attendre ? demanda Ymir. Pourquoi tu n'es pas resté sous ta forme de Cuirassé pour atteindre Shinganshina ? T'as besoin de faire une pause ?

— Utilise ton imagination, fut sa seule réponse.

— « Oui, il a besoin de se reposer, » réalisa Eren, « il s'est transformé trois fois et je lui en ai mis plein la gueule. Il n'a pas dû avoir assez de force pour atteindre Shinganshina.

Le regard de Jaeger se perdit vers l'horizon, il serra les dents.

— « Armin et Amos ont dû comprendre que Reiner avait besoin de se reposer. Ce qui signifie qu'ils ont probablement dû déduire où on était. Donc… Le Bataillon pourrait très bien réussir à nous rattraper avant la nuit si le Major se grouille… Mais est-ce qu'ils arriveront à se débarrasser de Reiner et du Bestial sans mon aide où celle du Capitaine Levi ? Putain ! Tout ça c'est parce que je me suis laissé capturer ! »

Eren secoua la tête, et reprit ses réflexions.

— « Non… Je ne dois pas m'apitoyer sur mon sort… je dois trouver des solutions… Reiner ne nous laissera pas récupérer entièrement… il nous maîtrisera avant qu'on en ait l'opportunité. Ils pourraient très bien nous retrancher les membres pour s'assurer qu'on ne se débatte pas… Merde… qu'est-ce que je peux faire ? Je peux essayer de récolter des informations… mais… »

Son regard se posa sur les traitres qui le dévisagèrent, avant de croiser celui du Bestial qui semblait très intéressé par lui, ce qui dérangea le Rebelle.

— « Ce type… c'est le Bestial… il me fout les jetons, qu'est-ce qu'il a à me regarder comme ça ? »

Encore une fois, il secoua la tête.

— « Reste concentré ! » gronda-t-il contre lui-même. « Je ne sais rien de ce connard barbu, donc je vais devoir improviser s'il ouvre sa gueule. Mais je dois rester concentré sur Reiner, c'est lui qui a des faiblesses psychologiques… Comment faire ? Et surtout, comment faire sans leur révéler trop d'informations…? »

Eren tâcha de maitriser sa respiration, et tenta de se remémorer la façon dont Amos avait manipulé les guerriers sur le Mur Rose.

— Dis-voir Reiner, reprit le noble, y'a un truc que j'aimerai comprendre… Pourquoi vous ?

— Hein ? fit le traitre confus.

— Pourquoi vous ? Vous aviez onze ans quand vous avez attaqué l'Humanité. Pourquoi des enfants ont-ils été forcé de commettre un génocide ?

—« C'étaient des gosses ! » réalisa-t-il. « Je peux surement miser sur ça pour leur tirer les vers du nez… Faut que je le mette en colère… Réfléchis… »

— Oï, Reiner ?! Berhtoldt ?! lança-t-il soudainement à la surprise de ceux-ci.

— Qu'est-ce que tu veux ? grinça le blond.

— C'est comment chez vous ?

Les traitres froncèrent les sourcils.

— Tu crois vraiment qu'on va te répondre ? grinça Braun.

— J'aimerai comprendre, continua Jaeger en l'ignorant, j'aimerai comprendre quelle genre de société transforme des enfants en meurtriers génocidaires !

À ces mots, le Colossal et le Cuirassé se paralysèrent sur place, la culpabilité était plus que visible dans leurs regards.

— Est-ce que vos parents savent ce que vous faites au moins ?

Les traits sur les visages des deux traitres se firent plus profonds, ils étaient incapables de prononcer le moindre tant ils étaient possédés par l'effroi.

— Me dites pas qu'ils vous ont encouragés à devenir les connards que vous êtes ? continua Jaeger en sentant qu'il avançait dans la bonne direction.

— Ta gueule ! aboya Reiner furieux.

De son côté, son tortionnaire était satisfait de sa performance.

— « Je le tiens, maintenant il faut que je creuse… »

— J'espère qu'ils sont fiers de vous ! aboya-t-il en retour. Mais c'est bizarre, vous avez pas l'air très fiers de vous !

— Je t'ai dit de la boucler !

— J'imagine que vous avez compris que vous avez fait de la merde ! Je vois votre culpabilité d'ici !

— Eren ! Si tu fermes pas ta gueule…!

— La dernière fois que je t'ai vu faire le fier, c'était pendant nos classes ! Du matin au soir, t'arrêtais pas de bomber le torse ! Toi aussi Bertholdt ! Je t'ai pas vu sourire depuis tout à l'heure ! Pourtant tu devrais être content ! Tu rentres chez toi !

À ces mots, Hoover tourna une tête furieuse dans sa direction, exposant ses larmes par la même occasion.

— Laissez-moi deviner ! continua Eren en prenant un malin plaisir à torturer ses anciens compagnons. Vous avez adoré ces trois années au moins autant que moi ! Vous adoriez être des soldats !

Il se concentra sur Reiner qui semblait sur le point d'imploser.

— C'est pour ça que ta personnalité s'est séparée ! Pas vrai ?! T'adorais tellement être un soldat que tu voulais oublier le connard que tu étais réellement !

— TA GUEULE ! hurla le Cuirassé en activant son équipement TDM pour filer sur la branche d'Eren.

— Reiner ! Non ! appela Bertholdt paniqué. Attends !

— Reiner ! appela Sieg avec autorité. Reviens ici !

Mais le concerné ne les écouta pas, il n'écoutait que sa douleur et la rage que celle-ci lui causait.

Il atterrit sur la branche, et fila droit vers Jaeger… qui l'accueillit en le taclant en plein dans le genou.

Braun poussa un cri de douleur en entendant ses ligaments croisés se briser, il perdit l'équilibre et tomba dans le vide, où des mains et des mâchoires géantes l'attendaient.

— Reiner ! hurla Bertholdt horrifié.

Le Cuirassé réagit juste à temps, il réactiva son équipement et accrocha ses grappins au tronc de l'arbre pour stopper sa chute. Aussitôt, les titans cachés derrière les arbres sortirent de leur cachette pour se précipiter sur lui, de même, le quinze mètres allongé sur le sol se redressa et tenta de l'attraper.

Mué par la terreur, Reiner parvint à remonter juste avant qu'une main géante ne passe à l'endroit où il avait été une seconde plus tôt. Le guerrier n'osa même pas regarder en bas, il reprit de la hauteur aussi vite que possible pour rester hors de porté des monstres qui convoitaient sa chair. Lorsqu'enfin, il parvint à regagner la branche sur laquelle l'attendait son supérieur mécontent, il s'écroula sur celle-ci en tenant son genou fumant.

— Merde… raté… commenta Eren en grinçant des dents.

— Imbécile ! réprimanda Sieg furieux à l'attention de son subordonné. Tu l'as laissé entrer dans ta tête et te manipuler ! Tu es un guerrier ! Contrôle tes émotions !

Reiner ne put que baisser les yeux pour encaisser le sermon du Bestial, il fit son possible pour ravaler les larmes causées par les plaies sur son coeur.

— Mes excuses, Général, dit-il en s'efforçant de reprendre sa voix ferme, cela ne se reproduira plus.

Sur ces mots, il foudroya Jaeger du regard qui lui répondit par un sourire défiant et dément. Comme s'il le mettait au défi de s'approcher une fois encore. »

— « Si seulement j'avais encore mes bras, » gronda intérieurement ce dernier. « Je lui aurai brisé le poignet et là il aurait vraiment été foutu ! Non, je ne dois pas penser comme ça. Reiner est affaibli et fragile. Ça comptera à l'avenir… je pourrai continuer… mais avec le Bestial sur ses gardes ça risque d'être plus compliqué. Peut-être que je peux trouver le moyen de l'avoir lui aussi… mais je ne sais rien de lui… et il a l'air d'avoir de l'expérience dans le domaine… Il faut que je sois prudent. »

De son côté, Ymir était époustouflée par la performance d'Eren. Malgré le fait qu'il soit leur prisonnier, il avait faillit réussir à tuer Reiner en jouant avec ses sentiments. Mieux encore, il avait réussi à conserver son sang-froid tout en faisant en sorte que le Cuirassé perde le sien. Si elle était honnête avec elle-même, elle n'aurait jamais cru voir ça un jour.

— « Ok… Là, Amos s'est vraiment surpassé. »

Du côté de Sieg, celui-ci observait son petit frère présumé avec une telle tristesse qu'il perturba le Rebelle.

— « Je vois que ton père t'as bien enseigné l'art de la manipulation, » pensa-t-il avec chagrin, « j'imagine que c'est aussi lui qui t'as appris à être aussi insensible aux souffrances d'autrui… Eren… Qu'est-ce qu'il t'a fait ? »

— « Putain, pourquoi est-ce que ce connard me regarde comme ça ? » songea le concerné mal à l'aise.

— Reiner ? Bertholdt ?

Les deux traitres s'efforcèrent de sortir de la spirale infernale dans laquelle Jaeger les avait jeté, pour se concentrer sur les paroles de leur supérieur.

— Oui, général ?

— Que pouvez-vous me dire sur lui ?

Ils échangèrent un regard, avant de regarder Eren qui les foudroya avec toute sa haine.

Braun déglutit et reprit :

— Il n'a pas toujours été comme ça, lâcha-t-il sans quitter l'Assaillant des yeux. Avant c'était une tête brulée qui ne pensait qu'à exterminer les titans. Lors de sa première véritable bataille, il a causé la mort de l'intégralité de son escouade en perdant le contrôle de ses émotions. Il a même fini avalé par un titan, et serait mort sans son pouvoir.

Eren grimaça de fureur et de honte au souvenir de son échec le plus retentissant à ce jour. Ses amis avaient tous compté sur lui, et il les avait mené à la mort.

— Vraiment ? s'étonna Sieg. Qu'est-ce qui a changé dans ce cas ?

— Nous… ne savons pas vraiment, admit Bertholdt. Il a passé un mois seul avec l'escouade d'élite du Bataillon d'exploration… Peut-être…

— Il a passé un mois avec Amos ! réalisa soudainement Reiner comme si c'était l'évidence même avant d'incendier Eren du regard.

Ce dernier le soutint avec toute sa rage.

Sieg frissonna en repensant à la prédation dans les yeux verts émeraude du noble, il fixa son petit frère avec inquiétude.

— « Lui ? » songea-t-il alors que le sourire dément d'Hannibal envahissait son esprit. « Alors ce n'était pas Grisha, mais ce malade mental ? Non…! Je dois l'aider ! Je… Eren… »

Le Bestial secoua la tête, et se tourna vers l'Assaillant, le regard emplit d'une compassion qui perturba ce dernier.

— Dis-moi Eren, dit le barbu d'une voix douce, qu'est-ce que ce psychopathe t'as fait ?

À ces mots, Jaeger le fusilla du regard avec toute sa colère, il ouvrit sa bouche pour l'invectiver mais se mordit la langue.

Si cette réaction surpris Sieg, il ne le montra pas.

— Je suis sûr que tu sais de quoi je parle, tu l'as vu toi aussi, n'est-ce pas ? Cette démence dans son regard… Une personne comme lui n'a aucun ami, juste des outils qu'il jette une fois que ceux-ci ont cessé de lui être utile…

Ymir grinça des dents et serra le seul poing qu'elle avait, de son côté Eren craqua :

— Va te faire enculer ! aboya-t-il avec fureur. Qui es-tu pour oser le juger ?! Je sais très bien ce qu'il est ! Et je ne laisserai pas une salope de ton espèce continuer de l'insulter !

Pour Jaeger, entendre quelqu'un qui ne connaissait pas Amos l'insulter, revenait à insulter le Bataillon sans réaliser tout ce qu'il faisait pour l'Humanité. Il défendrait son ami avec férocité chaque fois que quelqu'un lui cracherait dans le dos.

Ymir secoua la tête avec amusement devant la tentative maladroite du binoclard et la bravade du natif de Shinganshina.

— « Quel débile, Eren admire Amos pour tout ce qu'il a fait pour lui. Il faudra beaucoup plus que ça pour le retourner contre lui. »

Sieg sembla réaliser ce fait indéniable, néanmoins, il le comprit d'une autre manière.

— « Je vois… ses griffes sont si profondément ancrées en toi que tu n'es pas capable de réaliser le monstre qu'il est… J'ai besoin de plus de temps. J'ai besoin de te montrer quel genre de personne sont les gens comme lui et Grisha. Des menteurs et des manipulateurs qui n'ont que leur propre intérêt à coeur. »

Eren était si furieux contre le Bestial qu'il lui fallut plusieurs secondes pour réussir à se calmer, il secoua la tête pour remettre ses esprits en place, et incendia le barbu d'un regard défiant.

C'est là que la ressemblance physique de l'ennemi avec son paternel frappa le métamorphe qui écarquilla les yeux de surprise.

— « Qu'est-ce que… Qu'est-ce que c'est que ce délire ? »

— Alors tu as remarqué, lâcha Sieg d'une voix apaisante.

Eren se garda bien de répondre.

— Remarquer quoi ? demanda Ymir en observant les yeux écarquillés du Rebelle.

Jaeger se mordit la langue, et réalisa qu'il avait une alliée avec qui il pouvait s'entretenir en privé. Il se leva, et marcha dans sa direction sous le regard curieux de cette dernière.

— Hé ! lança Reiner depuis sa branche. Pas de messes-basses !

— Tu vas faire quoi ?! répliqua Eren. Viens ! Je t'attends ! Tu peux toujours essayer de me maitriser si ça te chante, mais tu vas faire quoi si j'arrive à nous projeter tous les deux en bas ?! Tu crois que j'hésiterai ?! Je préfère y rester que de te laisser m'emporter !

Une fois de plus, tout ce que Braun pu faire c'est grincer des dents. Satisfait, Eren vint s'asseoir aux côtés d'Ymir.

— Quoi de neuf ? salua la jeune femme aux tâches de rousseur.

Le Rebelle répondit par une grimace mécontente.

— T'as l'air de bien prendre la situation, grommela-t-il en constatant son sourire léger.

Elle haussa les épaules et renâcla en guise de réponse.

— Tout le monde ne s'excite pas comme tu le fais, dit-elle avant de reprendre tout de suite pour éviter un sermon de Jaeger, qu'est-ce que t'as remarqué ?

Eren grinça des dents et porta son regard sur le Bestial qui continuait de l'observer avec compassion.

— Ce type… c'est le portrait craché de mon père…

À ces mots, la grande fille haussa les sourcils, et observa le barbu à son tour.

— Hé ?! lui lança-t-elle. C'est quoi ton nom ?

— Sieg, répondit-il calmement, mon nom de famille ne vous regarde pas.

Cela ne fit que renforcer la croyance des deux métamorphes dans leur théorie, ce qui semblait être ce que le Bestial recherchait.

— Eren ? murmura le Mâchoire avec méfiance. Il avait quel âge ton paternel ?

— Trente-neuf ans, répondit-il sans quitter le binoclard des yeux.

Ymir fit un rapide calcul.

— Ce type a l'air d'en avoir une vingtaine, et si ton père venait de chez eux… ouais… il est possible qu'il soit ton frère.

Un frisson parcourut la colonne vertébrale du Rebelle, il fixa le Bestial avec davantage de curiosité que de colère. Ce qui ne plut guère à la grande fille qui se chargea de le rappeler à l'ordre.

— Au cas où tu ne le saurais pas, ce type a éradiqué le village de Connie et causé la mort de la moitié de l'escouade Mike. Donc, méfiance.

À ces mots, la colère et la méfiance revinrent dans le regard du natif de Shinganshina au triple galop.

— Putain… grogna-t-il frustré. Putain… pourquoi est-ce que mon père ne nous a jamais rien dit ?

— Me demande pas ça comme si j'avais une réponse, maugréa la jeune femme.

Eren lui jeta un regard vexé, et c'est là qu'il réalisa que sa camarade en savait surement beaucoup plus qu'elle ne laissait paraitre.

— Tu supposes que mon père vient de chez eux, et toi ? Tu viens d'où ?

La fille aux tâches de rousseur grimaça devant son ton agressif.

— Calme-toi, tu veux ? Moi aussi, j'ai mes propres problèmes.

Ces mots manquèrent de faire exploser le natif de Shinganshina qui dut faire un effort surhumain pour garder son sang-froid.

— Putain… expira-t-il dans un râle. Ymir… Dis-moi ce que tu sais… s'il te plait…

Il avait prononcé ces derniers mots avec beaucoup de maitrise de soi, ce qui impressionna le Mâchoire.

— Wow, siffla-t-elle admirative, Amos a même réussi à t'enseigner la politesse.

Comme Jaeger était à deux doigts de craquer, elle ajouta d'une voix désolée :

— Ok, ok, j'avoue que je cherche la petite bête là, dit-elle en réprimant un éclat de rire. Si tu veux tout savoir, je viens du même pays qu'eux. Mais je suis pas venu ici de mon plein gré, et j'ai pas non plus demandé à devenir un titan. En fait… c'est grâce à eux si j'en suis devenu un, même si c'était pas du tout leur intention.

— T'es au courant que je pige rien de ce que tu racontes ? gronda Eren avec impatience.

Ymir croisa son regard quelques secondes, avant de soupirer :

— Désolée, mais je ne veux pas raconter mon histoire à qui que ce soit d'autre qu'Historia et Amos. En revanche, y'a un truc qu'il faut que tu saches.

Elle effectua un mouvement de tête dans la direction des guerriers, Reiner fronça les sourcils en l'apercevant.

— Y'a pas qu'eux qui nous veulent du mal, en fait, c'est plutôt…

— Ymir ! l'interrompit Braun d'une voix puissante. Tu crois vraiment qu'il y a le moindre avenir pour ce Monde ? Si t'en sais autant sur nous, alors tu dois bien réaliser que ce Monde est foutu, et qu'il n'y a rien que toi, Eren ou Amos puissiez faire pour empêcher ça ! Pense à ce que tu veux faire ! Tu as l'opportunité pour toi de rejoindre notre camp !

À ces mots, Ymir regarda le Cuirassé comme si une seconde tête venait de lui pousser, elle rejeta sa propre tête en arrière et éclata de rire.

— La bonne blague ! Tu crois vraiment que j'vais te faire confiance ?! Tu rêves mon grand ! D'ailleurs, pourquoi est-ce que toi tu me ferais confiance ?! Hein ?!

— Parce que je sais que tout ce qui t'importes, c'est de protéger Christa !

À cela, la grande fille écarquilla les yeux tandis que le visage de son amante s'imposait dans son esprit. Elle grinça des dents, Reiner avait touché un point très sensible.

Sieg remarqua le changement d'expression sur le visage du Mâchoire, et saisit cette opportunité.

— Ce que Reiner dit est vrai, ajouta-t-il en acquiesçant. Une descendante de la famille royale sera très bien accueillie chez nous. Si c'est également votre terre de naissance, vous devriez savoir comment sont traités les nobles.

Ymir déglutit, oui elle savait, il n'y avait qu'une seule autre famille noble dans sa terre natale… était-il possible que…? Que Christa ait droit au même traitement ? Ce n'était pas parfait… mais c'était mieux que de rester ici à attendre l'apocalypse.

Elle serra les dents et releva la tête, le regard empli d'une détermination de fer.

— On prend Amos avec nous.

Eren n'en crut pas ses oreilles.

— Espèce de…!

— Ta gueule ! répliqua la grande fille. Les adultes parlent !

Cependant, Reiner, Bertholdt et Sieg semblèrent moins sereins concernant le cas du grand blond qu'ils ne l'étaient pour celui de sa soeur.

— Vous voulez ma coopération et celle de Christa ?! Alors va falloir faire avec lui ! Je me charge de le contenir s'il vous fait si peur ! Mais c'est soit ça, soit vous pouvez aller vous faire mettre ! Je ne quitterai pas cette île sans toute ma famille ! J'ai été claire ?!

Les trois guerriers ne répondirent pas, au lieu de cela, ils se concertèrent du regard. Sieg réfléchit quelques instants en se grattant la barbe.

Amos Hannibal était très dangereux, il lui avait suffit d'un regard pour le comprendre. Et s'il répugnait à l'emmener avec lui, il ne pouvait pas ne pas tenter l'opération avec Reiner et Bertholdt à ses côtés. Ceux-ci effectueraient un rapport à leur supérieur qui pourrait éveiller des soupçons s'il n'était pas prudent.

De plus… Il n'avait pas vraiment besoin d'Amos et de Christa, il n'avait besoin que de leur sang royal. S'il réussissait à se servir d'Ymir pour les emmener jusqu'au bateau et les confier à Magath… oui… c'était faisable. Après cela, ils deviendraient inoffensifs. Les autorités feront ce qu'ils feront pour obtenir le pouvoir du sang royal et de l'Originel. Ce qui aura pour conséquences de les éloigner suffisamment de lui pour qu'il puisse accomplir sa tâche. Et ainsi, cela empêchera les descendants de cette lignée maudite de se mettre en travers de ses plans. Il était si proche de réussir, il ne pouvait pas se permettre qu'un ou une autre se dresse sur son chemin.

— Très bien, lâcha-t-il finalement, en échange de ta coopération nous emmèneront et accueilleront ces deux descendants des Fritz chez nous. En revanche, nous ne garantirons rien te concernant.

Le soulagement qui apparut sur le visage de la jeune fille couvrit la fatalité qu'elle ressentit au moment d'évoquer son futur. Si tel était son destin, si cela pouvait lui permettre de protéger les deux seules personnes à qui elle tenait plus que tout au Monde, alors ainsi soit-il.

Par contre, Eren était de plus en plus furieux.

— Espèce de garce ! Tu crois sincèrement que c'est ce qu'ils veulent ?! Comment tu peux leur faire ça ?!

— Va te faire foutre ! rugit Ymir alors que des larmes coulaient le long de ses joues. Tu crois que je sais pas ça ?! Tu crois que je sais pas qu'ils vont me haïr pour ça ?! Bah laisse-moi te dire un truc, Jaeger : j'en ai rien à cirer ! J'ai pas grand chose dans ce Monde de merde, j'ai que ces deux-là ! Ils sont la seule famille que j'ai jamais eu et la seule que j'aurais jamais ! Et comme Reiner l'a dit, il y a aucun avenir pour ce Monde ! Je refuse de voir Historia et Amos pourrirent ici avec le reste ! Alors même si je dois y rester ! Même s'ils doivent me détester ! Je les sauverai ! L'Humanité peut aller se faire mettre !

La tirade d'Ymir rebuta Eren qui effectua un léger mouvement de recul. C'est là, qu'il réalisa qu'il était seul, entouré uniquement par des ennemis. La grande fille aux tâches de rousseur avait fait son choix, il n'y avait plus de retour en arrière possible.

S'il avait des poings, il les aurait serrés jusqu'à s'entailler les paumes tant il était frustré. Lors de son combat contre Reiner, il avait eu l'espoir de récupérer tous leurs pouvoirs de titans de leur côté, et maintenant, la situation était tellement désespérée qu'Ymir s'était rangée du côté ennemi et était prête à kidnapper Amos et Historia.

— Putain… lâcha-t-il effaré. Putain…

Vaincu et encerclé, Jaeger se laissa tomber sur sa branche et fixa Sieg avec une colère froide.

— « Espèce d'enfoiré ! » songea-t-il. « Tout ça c'est de ta faute ! »

Ce dernier observa la fin de la régénération de ses doigts, et poussa un profond soupir une fois la vapeur dissipée.

— Enfin, dit-il en étirant ses membres fraichement repoussés, maintenant il est temps de vérifier quelque chose.

Sur ces mots, il se redressa, et se tourna vers ses subordonnés qui le saluèrent en dressant leur main droite devant leur front. Un geste qui rappela le poing sur le coeur à Eren.

— Maitrisez le jeune Jaeger et amenez moi près de lui, ordonna-t-il calmement, il y a quelque chose que je dois vérifier.

S'ils étaient étonnés par sa requête, les deux traitres ne le montrèrent pas et se contentèrent d'obéir. Reiner s'envola de nouveau vers la branche où leurs prisonniers étaient assis, mais s'appliqua à atterrir suffisamment loin d'Eren pour éviter une autre attaque surprise. De son côté, Bertholdt laissa Sieg s'accrocher à lui, et l'amena près de Braun.

Une fois leur supérieur à bon port, les deux guerriers s'approchèrent de Jaeger avec la ferme intention de le maitriser. Ce dernier comprit immédiatement leurs intentions, il se leva prestement pour leur faire face.

Ces assaillants fondirent sur lui en usant de leur gabarit supérieur pour essayer de le plaquer, mais Jaeger les esquiva avec la souplesse d'un chat et colla un violent coup de pied dans les noix de Bertholdt qui s'écroula sur la branche pliée en deux. Reiner profita cependant de cette ouverture pour se jeter sur Eren et l'enfermer dans une prise que le natif de Shinganshina ne connaissait pas. Il se débattit comme un beau diable en tentant de briser la clef, mais son absence de main couplée à la force supérieure de Reiner rendirent sa tâche infaisable.

— Ordure ! rugit-il furieux en lui collant des coups de coudes dans l'estomac. Lâche-moi !

Malheureusement pour le Rebelle, Bertholdt s'était relevé, et aida son compère à immobiliser Eren sous le regard désolé d'Ymir.

— Lâchez-moi ! aboya ce dernier en essayant toujours de se libérer. Je vais arracher vos putains de têtes !

Une fois qu'il était certain que ses subordonnés maitrisaient pleinement son petit frère, Sieg s'approcha calmement et tendit sa main vers lui.

— Ne me touche pas ! rugit Eren en essayant de mouvoir sa tête hors de portée du barbu. Ne me touche pas, tu m'entends !

— Tout va bien, rassura Sieg étrangement mélancolique, je vais simplement vérifier quelque chose. Et si j'ai vu juste, alors je pourrai te montrer qui sont les personnes qui te manipulent dans l'ombre.

Jaeger ne crut pas un mot qui sortait de la bouche du Bestial, et tenta de lui mordre les doigts. Mais celui-ci esquiva l'attaque et plaqua sa main sur son front. Aussitôt, des étincelles s'échappèrent des pores de la peau de chacun des frères et entrèrent en contact. Eren écarquilla les yeux à s'en éclater la rétine pendant une seconde entière, avant de sentir ses paupières s'alourdir peu à peu, puis il sombra dans l'inconscience.

(-)(-)(-)

Lorsqu'Eren revint à lui, il n'en crut pas ses yeux.

Il était à genoux dans ce qui semblait être l'un des champs de neige sablonneux dont parlait le livre d'Armin. Le ciel bleu nuit était envahi par les branches d'un arbre de lumière gigantesque qui se dressait devant lui. Transcendé par cette vision digne d'un beau rêve, il oublia pendant un instant tous ses soucis pour admirer la beauté de l'endroit.

Mais une voix qui commençait sérieusement à lui taper sur le système le sortit de sa transe.

— Alors tu étais bien l'Originel, murmura Sieg soulagé en se hissant à sa hauteur, voilà qui facilite tout.

Eren se tourna vers son frère présumé et le foudroya du regard, ce dernier leva une main pour l'apaiser.

— Je t'en pris, Eren. Il n'y a nul besoin d'avoir recourt à davantage de violence. La guerre est terminée, grâce au pouvoir de l'Originel, les tueries peuvent désormais s'arrêter.

Bien que très intrigué par les paroles du Bestial, le Rebelle resta sur ses gardes et ne cessa d'invectiver le barbu de ses yeux verts violents. Il caressa l'idée de lui coller un crochet, mais comme il ignorait ce qui était en train de se produire, il choisit de jouer la carte de la prudence. Sieg le remarqua et poussa un profond soupir.

— Je comprends ta méfiance, nous ne sommes pas parti du bon pied toi et moi. Alors reprenons depuis le début si tu le veux bien.

Il tendit sa main en direction du natif de Shinganshina, ce dernier ne leva même pas un cil.

— Je me nomme Sieg Jaeger, dit-il de sa voix calme, et comme tu l'as sans doute plus ou moins comprit, je suis ton demi-frère.

Eren écarquilla les yeux lorsque sa théorie fut soudainement confirmée, il abaissa les yeux vers la main de son aîné mais refusa de la serrer pour autant.

Le binoclard poussa un nouveau soupir et rangea sa main.

— Je conçois que tu sois toujours méfiant, mais j'ai bien l'intention de te prouver que je suis de ton côté. Heureusement pour nous, grâce au pouvoir de l'Originel, nous avons tout notre temps.

— L'Originel ? répéta Jaeger. Tu veux dire, le Titan de Sang Royal ?

— Oui, répondit Sieg, le Titan Originel, le Dieu des Titans, celui qui a tout commencé. C'est le Titan que tu détiens Eren, le plus puissant de tous.

Celui-ci écarquilla les yeux devant l'ampleur de cette révélation, était-il vraiment si puissant ? Cela voulait-il dire… qu'il pouvait commander les Colossaux dans les Murs ? S'il y arrivait, il pourra enfin se débarrasser de tous les titans ! Il pourra forcer la nation d'où viennent les guerriers à payer pour leurs crimes ! Il pourra explorer le Monde Extérieur ! Il pourra enfin être libre !

— Cependant, nuança le Bestial, contrairement à ce que j'avais prévu, il semblerait que ce soit moi qui ait le contrôle.

La joie dans le coeur d'Eren s'évapora aussi vite qu'elle était apparue, comme si son aîné l'avait transpercé d'un coup de poignard. Sa première réaction fut d'haleter d'horreur, puis les traits de son visage se froissèrent en une grimace furieuse.

— Pourquoi est-ce que je devrai te croire ?! rugit-il enragé par cette injustice. C'est mon pouvoir ! Pourquoi est-ce que c'est toi qui en aurait le contrôle ?!

Sieg ignora sa colère pour lever son bras et pointer quelque chose derrière le natif de Shinganshina. Celui-ci se retourna et fronça les sourcils.

Devant eux se tenait une petite fille qui ne semblait pas avoir plus de six ans, la tunique sale dont elle était vêtue, rappela à Eren les habits dont étaient vêtus les personnages des contes illustrés, que lui avait lu sa mère lorsqu'il était petit. Le regard de l'enfant était caché par la frange anormalement longue de ses cheveux.

— Qui est-ce ? demanda-t-il.

— C'est la grande ancêtre, le premier titan de toute l'histoire, la fondatrice de la lignée Royale, Ymir Fritz.

Eren regarda Sieg un instant avant de revenir vers la petite fille. Des milliers de questions se bousculaient dans sa tête. Cette gamine était le premier titan ? Comment ? Pourquoi a-t-elle fait apparaitre les titans ? Quelle est son histoire ? Qu'est-ce qui se passe au nom du ciel et de la terre ?!

— Hélas, reprit le Bestial, Ymir est, et n'a toujours été qu'une esclave. La fidèle servante de la famille Royale. Et c'est pour cette raison qu'elle m'obéit à moi, et qu'elle ne t'obéira jamais.

Jaeger ne mit qu'une seconde à faire la connexion.

— Tu es de sang royal.

Sieg acquiesça doucement.

— Je tiens cela de ma mère, murmura-t-il avec mélancolie, Grisha la séduite et fécondée dans le seul et unique but de me concevoir… afin que j'accomplisse sa volonté. Comme le Roi Fritz avec Ymir.

Eren n'en crut pas ses oreilles.

— Qu'est-ce que tu racontes ?! Papa n'aurait jamais fait une chose pareille !

— Et pourtant, contra le barbu toujours aussi calme et mélancolique, c'est exactement ce qu'il a fait. Avec moi d'abord, et toi ensuite.

Le Rebelle s'obstina à secouer la tête, il ne pouvait croire une chose pareille.

— Conneries ! Je ne te crois pas !

— Tu ne me crois pas ? Ou tu refuses de me croire ?

— Les deux ! rugit Eren furieux. C'est n'importe quoi ! C'est un ramassis de saloperies !

— Hé bien, soupira Sieg en joignant ses mains sous son menton, fort heureusement pour nous, nous avons le pouvoir de vérifier qui a raison. Et ainsi, de confirmer qui était réellement Grisha Jaeger.

Cette révélation-ci laissa son petit frère dubitatif.

— Qu'est-ce que tu veux dire par là ?

Sieg tendit sa main vers l'arbre de lumière qui se dressait devant eux.

— L'Axe, Eren, l'Axe nous relit tous. Tous les membres de notre peuple sont liés par cet incroyable pouvoir, et grâce à ce pouvoir, nous allons explorer les souvenirs de Grisha.

— Ses… souvenirs… murmura le Rebelle curieux.

— Je suis certain que cela t'intéresse, continua Sieg avant de se tourner vers Ymir, tu as grandi dans tant de mensonges… que dirais-tu de gouter à la vérité pour une fois ?

Eren sentit ses forces et sa résolution l'abandonner, il était incapable de savoir ce qu'il devait faire. Il allait voir les souvenirs de son père ? Il allait enfin connaitre la vérité ? Mais voulait-il seulement la connaitre ? Il ne savait plus quoi penser…

Sieg remarqua son indécision et posa une main réconfortante sur l'épaule de son petit frère qui releva la tête.

— Ne t'inquiètes pas, sourit-il, je ne te ferai aucun mal. Tu es la seule famille que j'ai, et j'ai bien l'intention de te sauver de l'influence de notre géniteur. Je te le promets, Eren, je te libérerai.

Le Rebelle déglutit et se flanqua deux gifles à la surprise du Bestial.

— « Reste concentré… » s'ordonna-t-il en ravalant son anxiété. « Je ne dois pas avaler tout ce qu'il me sert… Si c'est lui qui a le contrôle… alors il va probablement me montrer les souvenirs qui l'arrangent… Il faut que je joue son jeu en restant méfiant… Et que je trouve le moyen de lui retirer le contrôle… Oui ! Il doit y avoir un moyen ! J'espère… »

— D'accord, maugréa-t-il en s'efforçant de maitriser son rythme cardiaque, regardons les souvenirs de Papa.

Sieg fut tenté de lui dire qu'il ne l'appellera probablement plus ainsi lorsqu'il aura prit conscience de ses pêchés. Mais choisit de garder sa langue dans sa poche pour le moment.

— Ymir, dit-il d'une voix autoritaire à la petite fille, montre-nous les souvenirs de Grisha Jaeger !

Un éclat de lumière surgit de l'arbre et éblouit les deux frères, lorsqu'Eren rouvrit les yeux, il était dans une espèce de parcours du combattant boueux qui lui rappela ses classes. Il remarqua alors la myriade de gamins en uniforme, portant des sac à dos et armés de fusils de bois, surgirent d'une tranchée en courant pour se diriger vers le prochain obstacle. Eren tenta d'esquiver ceux qui lui fonçaient dessus, mais s'arrêta lorsqu'il réalisa qu'eux, comme la pluie qui tombait, lui passait au travers.

— Souviens-toi que nous sommes dans un souvenir, rappela Sieg en apparaissant à ses côtés, nous ne sommes pas réellement là, nous ne sommes que des spectateurs.

— Quel est cet endroit ? demanda Jaeger en regardant les gosses déterminés user de toutes leurs forces pour rester devant.

— L'école des guerriers, expliqua le Bestial, l'endroit par lequel Reiner, Bertholdt et moi-même sommes passés pour devenir des métamorphes.

Eren écarquilla les yeux, et bien davantage lorsqu'il réalisa que les gamins n'avaient pas plus de huit ou neuf ans. Il était effaré par leur jeunesse.

C'est là que les paroles d'Amos sur les enfants soldats lui revinrent en mémoire, et il grimaça en réalisant que tous ces enfants étaient conditionnés à servir leurs maitres dès le plus jeune âge.

— Ce n'est rien de plus que du dressage, gronda-t-il écoeuré, ces gosses… ce sont des chiens dressés pour satisfaire ceux qui usent et abusent d'eux.

— Tu ne m'entendras pas te contredire, soupira Sieg avec regret.

Cet aveu surprit le natif de Shinganshina, son frère était-il libre de l'endoctrinement de l'ennemi ?

— Je vois sur ton visage que tu es étonné, commenta le barbu, non Eren, je ne suis pas sous l'emprise d'un quelconque lavage de cerveau. Je suis parfaitement conscient de mes actes.

Jaeger soupira. De soulagement ou de déception ? Lui-même n'était pas sûr.

C'est là qu'il aperçut un petit garçon aux cheveux blonds émerger de la tranchée, à bout de souffle et le visage couvert de sueur. Il fronça les sourcils.

— Est-ce que c'est…?

— Oui, confirma Sieg, c'est bien moi.

Eren jeta un coup d'oeil derrière lui, et réalisa que dire que son frère était à la traine aurait été un euphémisme. Les autres enfants avaient déjà tous fini l'exercice suivant.

— Pas très glorieux, hein ? commenta le barbu dans un soupir.

— Je ne comprends pas… Comment est-ce que tu es devenu un métamorphe si tu étais si faible ?

— Je n'étais pas faible, corrigea son ainé, je n'étais juste pas très motivé.

Sur ces mots, il pointa le grillage qui délimitait le terrain du doigt pour qu'Eren comprenne ce qu'il entendait par là. Ce que le Rebelle vit le figea sur place.

Il aperçut son père, désespérément accroché à la barricade de fer, le regard emplie d'une déception innommable à l'égard de Sieg. Une expression qu'il n'avait jamais vu sur le visage de son géniteur.

À ses côtés, il y avait une femme aux cheveux blonds, qui, contrairement à Grisha, semblait sincèrement inquiète pour le petit garçon. Eren en conclu donc qu'il s'agissait de sa belle-mère. Et pour une raison qu'il ignora, une larme coula le long de sa joue lorsqu'il aperçut son visage.

Le décor changea si brusquement que Jaeger faillit perdre l'équilibre, il était désormais dans un salon relativement ordinaire, où son père et des hommes qu'il ne connaissait pas se plaignaient vivement de l'incompétence de Sieg. Eren était si choqué d'entendre son paternel dénigré à ce point sa progéniture qu'il fut tenté de lui coller un coup de poing, mais il se rappela qu'il était dans un souvenir et se retint au dernier moment.

Sa démarche n'échappa cependant pas à son ainé qui le gratifia d'un sourire reconnaissant.

— Comme tu peux le voir, Grisha n'attendait qu'une chose de moi : que je devienne le fer de lance de la révolution qu'il voulait mener contre nos oppresseurs. Pour cela, il voulait faire de moi un métamorphe afin que j'use de mon sang royal pour servir ses desseins. C'est la raison pour laquelle il a épousé ma mère, la raison pour laquelle il m'a conçu. Cet homme s'est servi de sa propre famille pour assouvir ses désirs égoïstes. Voilà quel homme était notre géniteur.

Eren n'en crut pas ses yeux… cet homme, cette ordure n'était pas son père. Son père avait toujours été ouvert d'esprit, il l'avait toujours encouragé à poursuivre ses rêves. Peut-être s'entêtait-il stupidement, mais il refusait toujours d'y croire.

— Papa… Papa n'a jamais agit comme ça avec moi. Je… ce connard n'est pas mon père.

— En es-tu bien sûr ? demanda Sieg perplexe. Il y a un moyen simple de le vérifier.

Eren prit une grande inspiration pour s'armer de courage, son Monde était en train de s'écrouler, mais lui devait tenir bon. Il devait connaitre la vérité.

— Je suis prêt, dit-il en voulant paraitre confiant.

Mais quiconque le connaissait aurait pu dire qu'il était effrayé.

Son frère acquiesça doucement, et le décor changea une seconde fois.

(-)(-)(-)

— Papa ! Arrête ! Qu'est-ce que tu fais ?!

— Eren ! réprimanda Grisha. Arrête de te débattre et donne-moi ton bras !

Une nouvelle fois, Jaeger écarquilla les yeux et scruta les alentours. Ils étaient dans une forêt, une forêt qu'il crut reconnaitre. Puis il se vit lui, à l'âge de dix ans, luttant contre l'emprise de son père qui était armé d'une seringue.

— Non ! refusa le Eren de dix ans. La mort de Maman t'a rendu complètement fou ! Arrête !

— Tiens donc, commenta Sieg aux côtés du Eren de quinze ans.

Il se tourna vers son petit-frère.

— Dis-moi Eren, sais-tu comment on transmet un pouvoir de métamorphe ?

Comme le concerné resta interdit, il poursuivit :

— D'abord, il est nécessaire d'injecter un échantillon de liquide cérébro-spinal de titan. Celui d'un métamorphe peut très bien faire l'affaire, mais celui d'un titan ordinaire a l'avantage de déclencher une transformation immédiate.

— Eren ! reprit Grisha les larmes aux yeux. Souviens-toi ! Tu dois atteindre la cave ! Tu y trouveras toutes tes réponses ! Sers-toi de ce pouvoir pour l'atteindre ! N'oublie pas ! Si tu veux protéger Armin et Mikasa, tu dois maitriser ce pouvoir !

Sur ces mots, et sous le regard horrifié de son fils, le docteur planta la seringue dans le bras de celui-ci et injecta l'intégralité du liquide.

— Une transformation en quoi ? bredouilla l'adolescent qui n'osait y croire.

— Une transformation en titan.

Aussitôt, le petit garçon fut prit de convulsions, il effectua deux pas en arrière avant qu'un éclair ne jaillisse de son corps. Ne laissant derrière lui qu'un titan de quatre mètres à la bouche déformée qui fondit immédiatement sur le médecin.

— Non ! hurla le Eren de quinze ans face à l'abominable scène.

Sieg continua de s'exprimer calmement.

— Ensuite, le titan doit ingérer le liquide cérébro-spinale du métamorphe. En dévorant sa tête ou directement sa colonne vertébrale.

Sur ces mots, le petit titan s'empara du médecin en larmes, l'enfonça dans sa bouche et croqua son crâne dans un craquement aussi sinistre qu'écoeurant. Eren poussa un cri d'horreur, Sieg vint le tenir par les épaules.

— C'est ainsi que Grisha t'a manipulé, Eren, murmura-t-il avec mélancolie, en te forçant à hériter de son pouvoir pour que tu puisses poursuivre son oeuvre. Depuis ce jour, ses souvenirs t'influencent et continuent de t'influencer sans que tu t'en rendes compte. Mais je suis là maintenant, et je vais t'aider à surmonter cela.

Le Rebelle ne l'entendit pas, ses yeux emplis de larmes étaient pleinement concentrés sur sa propre renaissance. Le Eren de dix ans se reforma hors de la nuque de son titan de quatre mètres, tituba au hasard l'air désorienté, avant de tomber à genoux devant le cadavre de son géniteur dont il ramassa les lunettes.

— P-pa-Papa… ? murmura-t-il horrifié.

L'adolescent imita sa jeune version et tomba également à genoux, la raison noyée dans ses larmes. Sieg lui caressa tendrement le dos.

Eren bredouilla des paroles inintelligibles, avant de finalement trouver le courage de poser la question qu'il redoutait de tout son être :

— E-est-ce que… Est-ce que tous les titans sont des humains ?

— Oui, répondit le Bestial sans prendre de gants, tous sans exceptions.

En entendant cette confirmation, Jaeger sentit ses émotions se bousculer dans sa tête et irradier son corps tout entier. Pris de nausées, il se cambra en avant mais ne vomi rien. Il avait fermé ses yeux noyés de larmes, dans l'espoir que tout ceci n'était qu'un mauvais rêve duquel il se réveillerait bientôt. Mais c'était peine perdu. Tout était vrai, toute la colère qu'il avait accumulé toutes ses années n'avait jamais eu le moindre sens. Toute sa vie n'était qu'un immense mensonge.

— Il y a une dernière chose que je souhaite te montrer, dit le barbu d'une voix douce, ensuite ce sera terminée et je mettrai un terme à nos souffrances.

Mais Eren ne répondit pas, trop choqué par ce qu'il avait vu. Aussi, son aîné décida de poursuivre sans son accord.

(-)(-)(-)

— Papa ! fit la voix d'un enfant de dix ans. Où est-ce que tu vas ? Encore à l'Intérieur ?

— Eren ! réprimanda une voix féminine qu'il n'avait pas entendu depuis cinq ans. Ne prends pas cet air agacé ! Ton père a beaucoup de travail !

Le Rebelle releva instantanément les yeux lorsqu'il reconnut la personne à qui appartenait cette voix. C'était sa mère ! Il était revenu à la maison !

— Je suis navré, soupira Grisha en posant son chapeau sur sa tête, le Premier Ministre m'a convoqué en personne. Je ne peux pas simplement lui dire non…

— Le Premier Ministre, commenta Sieg avec dédain, il semblerait que tu n'ai pas perdu la main, Grisha. User de ton talent de médecin pour infiltrer les hautes-sphères en risquant la sécurité de ta famille par la même occasion. J'imagine que c'est ainsi que tu as pu déterminer qui était le détenteur de l'Originel et le lui voler.

Eren déglutit, il voulait contredire son ainé, mais le souvenir de sa transformation était encore frais dans son esprit. Jusqu'à présent, tout ce qu'ils avaient vu était allé dans le sens du Bestial, et Jaeger avait le sentiment que cela allait continuer. Il ne savait plus quoi penser ou quoi faire.

— « R-reste concentré, » s'efforça-t-il de penser.

Mais il ne savait pas sur quoi se concentrer, il n'avait plus aucune source de motivation, sa volonté de fer s'était brisée. Il était complètement perdu. Seul le manque de choix le poussa à suivre son aîné, mais s'il avait été livré à lui-même, il aurait très bien pu choisir de s'écrouler au milieu du souvenir de son foyer. Afin de ne plus jamais quitter le maigre réconfort que celui-ci lui apportait, et ce, malgré le fait que cette vie ne pouvait très bien être qu'un mensonge de son père.

Les deux frères suivirent leur géniteur jusqu'à l'Ouest de Sina, au milieu d'une grande plaine et au bord d'un lac, où se dressait le château le plus incroyable qu'Eren eut jamais vu. Bien plus grand que le QG du Bataillon qu'il habitait depuis plus d'un mois.

Grisha arrêta sa carriole devant la herse de la forteresse, et, à la surprise de son plus jeune fils, se présenta face à deux soldats qui arboraient une chauve-souris noire au lieu de la licorne verte des Brigades spéciales.

— Ce sont les Brigades Hannibal, réalisa Eren avant de lever les yeux pour observer l'immense château.

— Bien, commenta Sieg, ton ami est le prochain sur ma liste.

Jaeger grinça des dents, mais ne répondit pas. Après ce qu'il avait vu… il craignait ses prochaines découvertes. Et dire qu'il aurait tout donné pour obtenir ne serait-ce qu'une parcelle de cette vérité.

Ils parcoururent de longs et luxueux couloirs décorés de tapisseries et de peintures, Grisha semblait incroyablement nerveux, il tenait sa serviette serrée contre lui tandis que des gouttes de sueur perlaient sur son front.

— Quelle impressionnante demeure, nota le Bestial en observant les alentours, ton ami doit être très riche et puissant.

Eren grimaça, il n'avait jamais aimé le luxe et l'opulence des nobles, mais Amos était bien plus qu'un noble ou un gosse de riche à ses yeux. Il était son camarade, son frère d'arme, son mentor, son ami… mais qu'est-ce qu'il était d'autre qu'il n'avait jamais réalisé ?

C'est là que le Rebelle aperçut les iris de saphir de Peter Hannibal et réprima un frisson d'angoisse.

Le Premier Ministre n'avait pas changé entre ce jour et celui de son procès, il se tenait droit comme un I et semblait mépriser du regard tous ceux qu'il croisait. Grisha déglutit lorsque ses yeux se posèrent sur lui, il retira son chapeau et s'inclina prestement.

— Excellence, c'est un honneur pour moi que de…

— J'ai bien conscience que c'est un immense honneur pour vous que d'être en ma présence, trancha le sexagénaire de sa voix froide, et si vous voulez que cela reste un honneur, vous ferez parfaitement votre travail.

Eren serra le poing face à la grossièreté du Premier Ministre, ce vieillard était tellement imbu de lui-même qu'il se permettait de rabaisser tous ceux qui l'entouraient. Il se demanda s'il serait toujours aussi arrogant s'il venait à faire face à un titan de quinze mètres.

— Cela va de soi, répondit Grisha en conservant sa tête basse, quel est le problème ?

— Vous verrez lorsque vous rencontrerez votre patient, informa Lord Peter avant de tourner les talons pour s'enfoncer dans le couloir, il a attrapé une maladie qu'aucun médecin de Sina n'est parvenu à identifier. Étrangement, l'un d'entre eux a évoqué vos talents et m'a recommandé à vous. Dites-moi Docteur, si vous êtes aussi doué qu'on me l'a vanté, pourquoi vivez-vous à Shinganshina et non à Mitras ?

Eren fronça les sourcils face à cette question. C'était vrai, son père était un médecin renommé au sein même de l'Intérieur, ce qui signifiait qu'il avait probablement eu de nombreuses opportunités de déménager avec sa famille derrière le Mur Sina. S'il était au courant pour la menace extérieure, pourquoi diable les avait-il laissé en première ligne ?

— Hé bien, bredouilla le médecin mal à l'aise, ce n'est pas faute d'avoir essayé. Mais Shinganshina est le district de naissance de mon épouse, et celle-ci refuse catégoriquement de le quitter malgré mon insistance, encore moins pour l'Intérieur.

— Quel joli mensonge, commenta Sieg avec dédain, blâmer ta femme pour cacher ta lâcheté. Voilà qui est bien digne de toi.

Étrangement, Peter Hannibal s'arrêta pour fixer le médecin. Eren nota que le regard de saphir s'adoucit très légèrement une fois qu'il eut minutieusement scruté le visage de son père.

— Vous devriez trouver un moyen de la convaincre dans ce cas, dit-il avant de reprendre sa route, Shinganshina n'a rien de sûr.

— Je… Je vais essayer de nouveau, assura Grisha surpris.

Sieg fronça les sourcils, incapable de comprendre ce qu'il venait de se produire. Mais Eren, qui connaissait Amos depuis trois ans, le réalisa presqu'immédiatement :

— « Papa n'a pas mentit ! C'est pour ça que ce vieux connard n'a pas insisté ! S'il l'avait fait… »

Jaeger frémit légèrement en se souvenant de toutes les fois où Amos avait disséqué ceux qui essayaient de lui cacher la vérité, le fait qu'il n'ait pas assisté à ce procédé aujourd'hui finit de le convaincre que son père n'avait proféré aucun mensonge.

— « Sieg ne l'a pas vu, » continua-t-il de réaliser alors qu'une lueur d'espoir parue dans son océan de ténèbres, « il a directement sauté sur une conclusion qui l'arrangeait et est passé à autre chose. Et ce n'est surement pas la première fois qu'il fait ça ! Donc… il peut très bien avoir tort sur un paquet de trucs ! »

— Eren ? appela son frère depuis le bout du couloir. Dépêche-toi.

Le cadet rejoignit l'ainé en s'efforçant de contenir ses émotions, de nouvelles questions apparurent dans son esprit maintenant que le doute s'y était installé. Si Sieg avait tort concernant leur père, alors pourquoi ce dernier l'avait-il transformé en titan ? Pourquoi n'a-t-il pas raconté tout ce qu'il savait au Major Erwin ? À quoi avait-il pensé ?

Ils s'arrêtèrent finalement devant une porte étonnamment plus épaisse que les autres, le Premier Ministre ne toqua même pas, l'un de ses brigadiers le fit pour lui.

— Amos ? appela Peter Hannibal à la surprise d'Eren. Ton médecin est arrivé.

Pas de réponses, le maitre des lieux fit alors signe à l'un de ses hommes de déverrouiller la porte.

— « Amos a rencontré Papa ?! » songea le Rebelle stupéfait. « Mais alors pourquoi…? Ah… c'est vrai… il ne pouvait pas savoir que c'était mon père. »

Tandis que le brigadier s'affairait à ouvrir les trois verrous, Grisha promena discrètement son regard autour de lui, et aperçut quelque chose qui fit tourner les têtes de ses fils.

Une grande et belle jeune femme aux longs cheveux noirs se tenait debout au milieu du couloir, celle-ci ne devait pas avoir plus de dix-sept ans et observait intensément le docteur de ses étranges iris violettes. Ce dernier écarquilla les yeux en l'apercevant et s'empressa de revenir vers la porte. Mais Eren et Sieg continuèrent de la regarder avec curiosité.

— Qui est cette jeune demoiselle ? demanda l'ainé au cadet.

— Je… je ne sais pas… bredouilla ce dernier, hypnotisé par sa beauté presque surnaturelle.

C'est alors que la demoiselle en question s'avança dans leur direction, et, à la stupéfaction des deux frères, concentra son regard byzantium sur le plus jeune d'entre eux.

Celui-ci se retourna en croyant que l'objet de son intérêt était derrière lui, mais lorsqu'il revint vers elle, elle le toisait de toute sa hauteur à à peine quelques centimètres de lui.

— Que fais-tu ? demanda Peter Hannibal en faisant tonner sa voix avec autorité.

Autorité qui fut immédiatement dénigrée par la jeune femme, elle leva un doigt dans sa direction pour lui intimer le silence sous le regard choqué du médecin.

Eren voulut reculer, mais elle le saisit par l'épaule sous la figure estomaquée du Bestial.

— C'est l'Originel de l'époque ! comprit ce dernier avec horreur en se précipitant pour venir en aide à son cadet. Ne la laisse pas te… !

Mais alors qu'il allait rompre le contact entre les deux détenteurs de l'Axe, le descendant de la famille Royale se retrouva figé dans le temps. L'expression sur son visage paralysée dans la panique, cette même panique qui commença à monter dans les entrailles d'Eren. Il regarda autour de lui, et découvrit avec stupéfaction que toutes les autres personnes présentes dans le couloir s'étaient également figées.

C'est là que le visage de la belle jeune femme s'adoucit considérablement, ses intenses pupilles violettes laissèrent peu à peu place à de magnifiques iris de saphir similaires à celles du Premier Ministre. Elle gratifia le Rebelle d'un sourire éblouissant qui le fit rougir, et posa délicatement ses mains sur ses joues.

— Oh, murmura-t-elle attendrit, ils se sont fait tant d'amis ! Ils ont même trouvé des amoureuses ! Oh… Je suis tellement heureuse…

Eren était très mal à l'aise. Qu'est-ce qu'elle racontait ? De qui parlait-elle ? Qu'est-ce qu'elle lui faisait ?

Le visage de la jeune femme s'assombrit subitement, un voile de tristesse passa dans son regard.

— Ils vont tellement souffrir… chuchota-t-elle comme s'il s'agissait d'un lourd secret. Mais ils deviendront si forts… Je suis si fière… comme j'aurais aimé être là…

Elle secoua la tête, et gratifia le natif de Shinganshina d'un sourire mi-désolé mi-embarrassé qui le gêna de plus belle.

— Excuse-moi Eren, dit-elle sincèrement confuse, je voulais juste utiliser ton pouvoir pour voir l'avenir des gens qui me sont chers.

Le concerné haussa les sourcils de surprise.

— Qu'est-ce que…? Vous m'entendez ?

— Oui.

Pour la énième fois aujourd'hui, une tempête de questions lui balaya la cervelle. Et pour la énième fois, il s'efforça de rester concentré.

— Alors… euh… bredouilla-t-il gêné, vous voulez bien retirer vos mains de mon visage ?

La jeune femme afficha un sourire embarrassé.

— J'aimerai bien, mais si je romps le contact avec toi, notre conversation ne sera plus privée.

D'un mouvement de tête, elle pointa toutes les personnes figées dans le couloir, y comprit Sieg.

Eren les regarda un instant, avant de s'apprêter à poser toutes les questions qui lui taraudaient l'esprit, mais le regard soudainement sévère de son interlocutrice le prit de court.

— Écoute-moi s'il te plait, nous n'avons pas beaucoup de temps. Grâce à toi, j'ai pu surmonter le pacte de non-agression, mais si nous gardons contact trop longtemps il pourrait très bien t'infecter. Et ça, je ne peux pas le permettre.

— De quoi vous par…?

— Tais-toi et écoute-moi ! aboya-t-elle au bord de l'hystérie, faisant sursauter le Rebelle.

Elle prit une seconde pour se calmer, et reprit en haletant légèrement.

— Je suis désolée, mais nous n'avons que très peu de temps, l'informa-t-elle d'un ton suppliant. J'ai besoin que tu m'écoutes…

Jaeger déglutit difficilement avant d'hocher lentement la tête, au grand soulagement de la jeune femme.

— Tout d'abord… commença-t-elle avant d'enchaîner d'un ton frénétique : il faut que tu saches qu'il est impératif que tu conserves le pouvoir de l'Axe ! Tu m'entends Eren ? Ne laisse personne te le prendre, même si tu venais à penser qu'un autre serait un meilleur choix ! Il faut que ce soit toi qui l'ai ! Il est IMPÉRATIF que ce soit toi qui l'ai !

Elle s'arrêta pour reprendre son souffle sous le regard confus du Rebelle, et reprit :

— Ensuite… promets-moi que tu n'abandonneras jamais ! Quelque soient les épreuves que tu traverseras, tu devras toujours aller de l'avant ! Promets-le moi…

Cette demande résonna dans le crâne du natif de Shinganshina, et fit instantanément ressurgir le souvenir de sa transformation en Titan, il baissa la tête.

— Je… je ne suis plus sûr de pouvoir continuer à faire ça…

À sa grande surprise, la jeune femme le prit dans ses bras et le serra contre elle. Ce contact inattendu l'empli d'une chaleur réconfortante qui fit fondre une grande partie des soucis qui pesaient sur son crâne. Il poussa un profond soupir de soulagement.

— Eren, murmura-t-elle avec douceur, tu n'es pas seul, tu n'as jamais été seul et tu ne seras jamais seul. Nombreux seront ceux qui t'aideront à avancer, le tout sera de ne jamais baisser les bras, et de les aider lorsque viendront leurs moments de doute. Vous y arriverez… Je le sais… J'ai foi en chacun d'entre vous…

Ces paroles réconfortantes réchauffèrent le coeur blessé du Rebelle, une larme coula le long de sa joue. C'était stupide, il ne connaissait même pas le nom de la jeune femme qui le serrait dans ses bras, mais toutes les belles émotions qui s'échappaient de sa personne l'envahissaient avec une facilité presque déconcertante. Et il n'était pas en état de les repousser.

— S'il te plait, ne perd jamais de vu les gens qui te sont proches, et ne ferme pas ton coeur à ceux qui veulent ton bien. Ce n'est qu'ensemble que vous réussirez à triompher, ensemble et pas autrement. Tu m'as compris ?

Eren hocha lentement la tête, ce qui arracha un sourire à la jeune femme.

— Pour finir… murmura-t-elle sans desserrer son étreinte, ne te sous-estime jamais. Dis-toi que ceux que tu admires et ceux que tu aimes sont parfaitement capables d'avoir des moments de faiblesse similaires aux tiens. Quand ça arrivera, ta présence, ton soutien et ton aide apporteront bien plus que tu ne pourras jamais l'imaginer. Et ils auront besoin de toi plus tôt que tu ne le penses…

À ces mots, le Rebelle rouvrit les yeux et fronça légèrement les sourcils.

— Je… je doute que qui que ce soit ait jamais besoin de ce genre de choses venant de moi, avoua-t-il défaitiste.

À sa grande surprise, la jeune femme desserra son étreinte tout en grommelant :

— Les garçons…

Puis… elle lui flanqua une pichenette sur le front.

— Ouch ! gronda-t-il outré avant de la fusiller du regard… et d'écarquiller les yeux de réalisation.

Ce n'était pas la première fois qu'il encaissait une telle pichenette, Amos lui en avait collé à de nombreuses reprises chaque fois qu'il avait été inattentif ou qu'il s'était mis à râler. La ressemblance familiale entre son interlocutrice et son ami le frappa comme un coup de pied d'Annie.

— Vous… balbutia-t-il sans y croire. Vous êtes…

Un sourire triste se dessina sur le visage de jeune femme, elle posa un index sur ses lèvres.

— Ils ne se souviennent pas de moi, avoua-t-elle avec chagrin à la surprise de son interlocuteur. Ne leur parle pas de moi ou de cette conversation, pas avant qu'ils ne se soient souvenu par eux-mêmes. S'il te plait, Eren…

Le concerné voulut protester, mais elle poussa soudainement un petit cri de douleur et posa une main sur sa tête. L'autre tenait toujours fermement l'épaule du jeune éclaireur.

— Nous n'avons plus de temps, déclara-t-elle avec fatalité.

Elle se redressa, puis elle tourna la tête en direction de la porte, ses yeux de saphir brillèrent d'une tristesse infinie qu'elle plongea dans le regard confus du Rebelle.

— Je suis désolée pour ce que tu t'apprêtes à voir, bredouilla-t-elle au bord des larmes. J'aurais voulu pouvoir t'aider à surmonter cela… Encore une fois… je dois lui déléguer mon devoir… comme je te l'ai délégué… au moins… lui sera là pour toi. Comme tu seras là pour lui...

— De quoi vous parlez ? demanda Eren d'une voix désespérée par les milliers de questions qu'il avait. S'il vous plait, dites-moi au moins…

Mais la jeune femme le relâcha, laissant ainsi le temps reprendre son cours, à l'image de Sieg qui trébucha maladroitement en essayant de saisir un poignet qui n'était plus là.

— Qu'est-ce que…? balbutia-t-il en reprenant son équilibre avant de se tourner vers son petit frère pour le saisir par les épaules. Eren ! Est-ce que tu vas bien ?

Étrangement, le contact de Sieg fut bien moins chaleureux et réconfortant que celui de la jeune femme qui s'enfonçait dans le couloir sans se retourner. À tel point que le Rebelle balaya les mains de son aîné d'un revers.

— Ça va, grinça-t-il frustré par son cruel manque de réponse.

— Frieda ! tonna la voix de Peter Hannibal. Qu'est-ce que tu as fait ?

Jaeger écarquilla immédiatement les yeux, et reporta son attention sur la demoiselle.

— « C'est son nom… Frieda… Frieda Hannibal… »

Cette dernière se retourna en souriant tristement, luttant visiblement contre la couleur violette qui tentait d'envahir de nouveau ses yeux de saphir. Elle effectua un clin d'oeil en direction de Grisha qui haussa les sourcils de surprise, puis elle regarda de nouveau le détenteur actuel de l'Originel.

— À plus tard, « Eren ».

Elle n'avait pas prononcé son nom, celui-ci avait résonné dans sa tête. Sur ce, elle tourna les talons et disparue dans l'obscurité.

Il s'écoula un bref moment de silence, durant lequel le Premier Ministre sembla trembler de mécontentement. Fort heureusement, le bruit du déverrouillage du dernier verrou sortit toutes les personnes présentes de l'incompréhension générale dans laquelle Frieda les avait plongé.

— Cette jeune écervelée s'est imprudemment exposée devant Grisha, comprit Sieg d'un ton désapprobateur, cela lui a permit de l'identifier, et ainsi, de lui dérober l'Originel.

Eren ne mit qu'une seconde à faire le lien.

— Lui dérober… ? Tu veux dire que Papa…?

— …L'a dévorée, compléta le barbu dans un soupir. Oui, ce n'est qu'ainsi qu'il a pu lui prendre son pouvoir.

Jaeger se foudroya instantanément sur place, contrairement à Sieg, il doutait sincèrement qu'elle ait été imprudente.

— « Elle l'a fait exprès, » réalisa-t-il en haletant, « elle voulait que Papa la dévore… elle voulait que j'ai l'Originel… Putain ! Pourquoi ?! Pourquoi moi ?! »

Il n'eut pas le temps de pousser sa réflexion, la voix sévère de Peter Hannibal le sortit de sa transe :

— Amos ? Ton nouveau médecin est là.

Eren tourna immédiatement la tête et, prit d'une impulsion, traversa son père et le Premier Ministre pour pénétrer dans la chambre.

Celle-ci était immense, digne de l'héritier de la famille la plus puissante de l'Humanité avec un lit qui pouvait accueillir six personnes et d'immenses bibliothèques en bois vernis bourrés de livres en tout genre. Le petit Amos était attablé à son bureau, visiblement extrêmement concentré sur ses études, si l'on en jugeait par la frénésie presque symptomatique avec laquelle il couvrait un énième morceau de parchemin, à côté d'un tas de papier déjà bien épais.

— Amos ! tonna Peter Hannibal en le saisissant par l'épaule. Je croyais t'avoir ordonné de me répondre quand je m'adresse à toi.

À la surprise de toutes les personnes présentes, le petit garçon écarta la main de son grand-père d'un violent revers de bras.

— Et moi je croyais vous avoir interdit de me toucher ! rugit-il avec une rage inappropriée pour un enfant de onze ans. Si vous me touchez encore une fois je vous tue ! Vous m'avez compris ?!

Eren n'en crut pas ses oreilles, il ouvrit la bouche d'un air béas et fixa son ami avec inquiétude. Il ne l'avait que très rarement vu se mettre dans une telle colère. Habituellement, c'était lui le colérique de la promo. L'entendre menacer de mort son propre grand-père pour quelque chose d'aussi banale… c'était irréel… et en totale contradiction avec l'adolescent imperturbable qu'il connaissait.

— Charmant ton ami, commenta Sieg d'un ton critique, j'ose à peine imaginer ce qu'il pense réellement de toi s'il se permet une telle violence avec un membre de sa propre famille.

Cette fois, Eren en eut assez des commentaires de son aîné, et il administra un formidable crochet sur la mâchoire de celui-ci qui tomba violemment sur les fesses.

— Ferme ta putain de gueule ! gronda-t-il furieux. Je refuse de t'entendre juger mon ami sans le connaitre !

Pendant un bref instant, le barbu contempla son cadet avec pitié, avant de secouer la tête.

— Maintenant je comprends pourquoi vous êtes amis, dit-il en se redressant, mais très bien, je m'abstiendrai de tout commentaire négatif jusqu'à ce que tu ai compris ton erreur. Tu finiras par la voir par toi-même de toute façon.

Au fond de lui, Eren était persuadé que son frère se trompait sur toute la ligne. Sur ce sujet tout du moins, il refusait de croire, après toutes les années passées avec le noble et sa conversation avec Frieda, que son ami était aussi horrible que le Bestial voulait le lui dépeindre. Cette fois, c'est lui qui allait lui prouver son erreur. Il en était sûr.

Étrangement, si Peter Hannibal était clairement mécontent du comportement de son héritier, il choisit d'ignorer sa menace et se tourna vers Grisha.

— Voici un nouveau médecin, grinça-t-il en contenant sa fureur, montre-lui tes symptômes.

Amos jeta un regard emplie de dédain à l'adresse dudit médecin qui fut décontenancé par le comportement de ce garçon gorgé de colère. Ce dernier renâcla grossièrement, et revint vers son grand-père.

— Laissez-nous seuls, qu'on en finisse, gronda-t-il irrité, j'ai encore beaucoup de travail.

Encore une fois, Peter Hannibal avala l'affront et sortit de la pièce sous les regards impassibles des brigadiers qui le suivirent sans dire un mot. Une fois la porte refermée, il n'y avait plus que Grisha, seul, avec ce gamin dont les yeux d'émeraude étaient envahis par la prédation. Prédation qui terrifiait le médecin.

— Vous avez le regard d'un très mauvais père, commenta le jeune Amos avec mépris.

Le docteur n'en crut pas ses oreilles.

— C-comment…?

— La façon dont vous me regardez, dit-il en affichant un sourire en coin terrifiant, vous voulez m'aider, mais étrangement, ce simple souhait vous ronge de culpabilité. Y'aurait-il un fils que vous n'auriez pas aidé, par pur hasard ?

Ces mots fracassèrent le coeur du médecin qui baissa les yeux, le souvenir de son aîné s'imposa dans son esprit.

De son côté, Eren en était immédiatement venu à la conclusion que son ami souffrait terriblement pour avoir un tel comportement. La violence avec laquelle il s'exprimait et les émotions qu'il expulsait semblaient pointer dans cette direction. Peut-être pensait-il par l'expérience de ses propres crises de colère, peut-être était-ce lui qui s'aveuglait par l'admiration qu'il vouait au grand blond. Mais il n'avait pas d'autre explication en tête.

— Impressionnant, commenta le Bestial sincèrement époustouflé, être capable de déterminer cela en à peine quelques secondes…

— Amos est la personne la plus intelligente que je connaisse, dit le cadet en regardant tristement son ami, il a toujours été capable de lire dans les gens comme dans des livres.

— Et en ayant parfaitement conscience de ce fait, tu ne penses pas qu'il soit capable de s'être joué de toi ?

À cela le Rebelle foudroya le barbu du regard, ce dernier choisit sagement de se taire.

— Mon père avait le même regard, ajouta l'enfant avec dédain, il m'a abandonné lorsque j'avais le plus besoin de lui.

— Je suis désolé, bredouilla Grisha qui ne savait pas quoi dire d'autre.

— Pourquoi ? Vous n'êtes pas lui. C'est plutôt à votre fils que vous devez des excuses.

Le médecin secoua tristement la tête.

— Mon premier fils ne m'adressera probablement plus jamais la parole, et ce, quelque soit mes intentions.

Amos contempla le docteur pendant un instant, avant de demander :

— Et votre puiné ?

Grisha prit une grande inspiration pour se donner du courage, et faire face à ce garçon qui agissait en juge implacable pour ses erreurs passées.

— J'essaie, dit-il avec mélancolie, j'essaie désespérément d'être le meilleur père possible pour lui. Il est ce que j'ai de plus cher au Monde.

À ces mots Sieg écarquilla les yeux de surprise, avant de froncer les sourcils et de grimacer de mépris.

— Quel joli mensonge que celui-là, grinça-t-il en serrant les dents, nous savons tous deux quel genre de personne tu es réellement, Grisha, tu…

— Je vous crois, dit Amos d'une voix impassible à la surprise du barbu, vous avez un meilleur regard quand vous parlez de lui.

Eren relâcha un soupir de soulagement qu'il n'avait pas conscience de retenir, et gratifia son frère confus d'un sourire triomphant. Mais celui-ci secoua tristement la tête.

— Il semblerait que je me sois trompé concernant ton ami…

— Tu penses pas plutôt que c'est toi, qui est tellement ancré dans l'image que tu as de Papa que tu es incapable de concevoir l'idée qu'il a pu changer ? gronda Jaeger qui commençait sérieusement à s'énerver.

Sieg croisa le regard sévère de son cadet, et, pour la première fois, ne le contredit pas. Au lieu de cela, il se reconcentra sur la scène.

— Nous verrons, murmura-t-il.

Mais la pointe de doute dans sa voix n'échappa pas à Eren.

— Bon, soupira Amos en se levant de sa chaise pour déboutonner sa chemise, autant en finir vite tout de suite puisque vous êtes là.

C'est là que tous les Jaeger présents dans la pièce écarquillèrent les yeux d'horreur.

Le petit corps du gamin de onze ans était couvert de cicatrices toutes plus hideuses les unes que les autres. Tout y était, balafres, traces de brûlures, de morsures canines et de fouet, ainsi que blessures par balle. Le reste était indescriptible.

Contrairement à son frère et son père, Eren savait pour la sinistre collection de son ami. Cependant, d'une part, il ne s'attendait pas à ce qu'il les ai déjà, d'autre part, elles avaient l'air bien plus fraiches que la première fois où il les avaient aperçut dans les douches de la caserne. Il frémit rien qu'en imaginant les horreurs que ce petit garçon avait traversées.

— Qu'est-ce que… murmura Sieg horrifié par cette vision irréelle.

— Ne vous préoccupez pas des cicatrices, grinça l'enfant de onze ans à l'adresse du médecin. Vous n'êtes pas là pour ça, vous êtes là pour ça.

Sur ces mots, il pointa ses parties génitales avec son index, permettant ainsi au médecin de découvrir les multiples boutons rouges et l'ulcère qui ornaient celles-ci. Une nouvelle fois, il écarquilla les yeux d'horreur.

— Mais qu'est-ce que…? Comment avez vous attrapé ça ?

— Vous savez ce que c'est, remarqua Amos sincèrement surpris. Bien, dans ce cas vous pouvez me renseigner, je n'ai trouvé nulle mention de cette maladie dans les livres de médecine que j'étudie.

Grisha ne répondit pas, au lieu de cela, il contempla le petit garçon avec incompréhension et pitié, ce qui agaça celui-ci.

— Quoi ? gronda-t-il. Est-ce incurable ?

— Non, rassura le docteur en secouant la tête, j'ai déjà eu des cas similaires… et je peux vous fournir le traitement dès aujourd'hui, c'est juste que… cette maladie… cette maladie est une maladie qui ne s'attrape que par le biais de rapports sexuels.

À ces mots, Amos, Eren et Sieg écarquillèrent tous les yeux d'horreur. Pris d'un excès de folie, le petit garçon saisit le médecin par le col.

— Enlevez-moi ça ! rugit-il aussi horrifié que furieux. Vous m'avez compris ?! Donnez-moi ce putain de traitement ! Et ne me demandez pas comment je l'ai attrapé !

— D'accord, d'accord ! répondit Grisha paniqué. Je vais vous le donner ! Dans un mois il n'y paraitra plus !

— Un mois ?!

— J'ai besoin de vérifier vos autres symptômes et votre santé générale, supplia le médecin en levant les bras en signe de soumission, je vous en prie ! Calmez-vous et laissez-moi vous aider !

Amos foudroya le docteur avec une prédation poussée au maximum, avant de finalement le relâcher pour retourner s'asseoir.

— Faites ce que vous avez à faire, lâcha-t-il résigné alors que l'horreur était toujours présente dans son regard. Mais ne posez aucune question.

Grisha déglutit, avant d'ouvrir sa sacoche pour récupérer son matériel.

De son côté, Sieg renâcla, ce qui fit sursauter son petit frère. En effet, le Rebelle avait été tellement emporté par l'incompréhension et la confusion qu'il en avait presque oublié que le Bestial était à ses côtés.

— À ton avis, Eren ? Comment ton ami a-t-il attrapé cette maladie ?

Le concerné ne voulait même pas y penser. Son aîné soupira.

— Ce n'est pas ce que tu crois, si ça l'était, c'est son anus qui aurait été couvert de symptômes, pas son pénis.

À ces mots, Jaeger grimaça de dégoût, mais le barbu ne s'arrêta pas de parler pour autant :

— Je pense que je tiens là la preuve que ton ami n'est pas celui que tu crois, il est comme tous les membres de la famille royale avant lui. Noyé et obsédé par son propre plaisir. Initié à ces mêmes plaisirs dès son plus jeune âge.

Cette fois, Eren n'y tint plus, il tenta de nouveau de frapper son aîné. Mais celui-ci le vit venir et l'enferma dans une clef de bras.

— Tu ne me crois pas, commenta-t-il plus consterné qu'autre chose, très bien. Dans ce cas, si nous regardions comment il a attrapé cette maladie, hmm ? Ainsi nous verrons qui a raison.

— Non ! hurla instantanément le Rebelle en tentant de se débattre. Arrête ! Je ne veux pas voir ça !

— Si, tu le verras, trancha Sieg d'un ton intransigeant. Et là tu réaliseras qui sont réellement tes alliés et tes ennemis.

— Arrête ! cria Eren.

Mais ses cris tombèrent dans l'oreille d'un sourd, le décor changea de nouveau.

(-)(-)(-)

Lorsqu'ils arrivèrent à destination, Sieg relâcha Eren qui tenta de se retourner pour le frapper, mais le barbu esquiva son attaque maladroite sans difficultés.

— C'est trop tard, commenta le Bestial en reculant pour éviter un nouveau coup, il ne nous reste plus qu'à découvrir qui est réellement Amos Hannibal.

— Espèce d'enflure ! rugit le Rebelle en armant une nouvelle attaque. Je vais te…

— Sais-tu ce que c'est ! rugit une voix stridente qui paralysa les deux frères dans leur bagarre.

Ils tournèrent la tête pour déterminer où ils avaient atterrit cette fois, c'est ainsi qu'ils découvrirent le théâtre de leur pire cauchemar.

Ils étaient dans la cour d'un immense manoir relativement délabré. L'endroit était éclairé par un grand cercle de torches qui illuminait les multiples figures encapuchonnées présentes autour d'une étrange table de pierre couverte de sang séché, dont Eren aperçut les chaines qui y étaient fixées de manière à retenir les quatre membres d'un être humain.

Et devant cette table, les deux frères virent une grande femme à la longue chevelure blonde et aux traits froissés par la colère. À ses côtés, deux jumelles de dix ans se tenaient droites avec leur menton respectif bien levé. Elles toisaient de leur regard d'émeraude le petit garçon nu qui semblait avoir été trainé jusqu'ici avec la chaine enroulée autour de son cou.

— Ceci…! reprit la grande femme furieuse en exhibant le tube remplie d'un liquide clair. … Est un test de grossesse négatif ! Il semblerait, une fois de plus, que tu ai failli à ton devoir !

Le petit garçon releva la tête, dévoilant, pour la plus grande horreur des frères Jaeger, le visage tuméfié d'un jeune Amos, dont les larmes coulaient le long de ses joues gonflées.

— Je croyais avoir été claire ! Répugnant bâtard ! Tu n'es qu'une erreur de la nature ! Et en tant que telle, tu dois racheter ta faute !

Eren… était tout simplement paralysée par la vision cauchemardesque qu'il avait sous les yeux. Ses forces l'avaient abandonnées, il n'était même plus capable de détourner le regard.

— « Cette femme… est-ce que c'est la sorcière dont parlait le Pasteur ? Mais… je croyais qu'elle était la mère d'Amos… Qu'est-ce que… Qu'est-ce que… Qu'est-ce qui se passe ?! »

— Abreuvez ce piètre étalon et mettez le en place, ordonna la Sorcière Noire d'Orvund aux figures encapuchonnées, il semblerait que je sois de nouveau contrainte de me laisser souiller par cette chose.

— Non ! hurla Amos horrifié alors que les laquais l'avaient saisis par le menton pour le forcer à ouvrir sa mâchoire. Non ! Pitié !

Ses plaintes et ses pleurs furent toutes royalement ignorées, et sa bouche fut ouverte de force pour y verser un liquide rosâtre contre sa volonté.

Le petit garçon de dix ans bu malgré lui une grande quantité d'aphrodisiaque, et essuya une violente quinte de toux une fois son premier supplice achevé. Mais ses bourreaux ne lui laissèrent même pas une seconde de répit, ils le saisirent par chaque membre et l'enchaînèrent à la table de pierre.

— Qu'est-ce qu'ils font ?! lâcha Eren horrifié par la scène.

Sieg ne lui répondit pas, car lui aussi, était paralysé par l'horreur.

Les figures encapuchonnées se mirent alors à chanter ce qui ressemblait à un genre de chant religieux. La sorcière se présenta devant les quelques marches présentent sur le côté de la table, et laissa sa robe glisser le long de sa peau pour dévoiler sa nudité à la Lune.

— Non… murmura le Rebelle en comprenant ce qui était en train de se produire. Non… non, non, NON !

Comme un possédé, il fonça droit sur la femme nue qui avait écarté ses bras afin d'entièrement s'exposer aux regards de ses fidèles. Jaeger tenta de la percuter dans le dos, mais il ne réussit qu'à transpercer l'air et se vautrer lamentablement sur le sol.

Il se redressa les larmes aux yeux, et ne put que regarder, la sorcière lentement grimper les marches jusqu'à se tenir sur la table, toisant ainsi sa propre progéniture de toute sa hauteur.

— Non… gémit Amos en pleurs. Assez… assez… je vous en supplie… Mère…

La seule conséquence à ses supplications fut le coup de pied de la grande femme dans son visage déjà gonflé. Celle-ci se servit alors de la plante de ce même pied pour écraser la figure mouillée du petit garçon.

— Je ne suis pas ta mère, bâtard, siffla-t-elle avec tout le dégoût du Monde. Je suis ta Reine, et en tant que telle, j'exige que l'erreur de la nature que tu es, me rende le sang royal que ta famille de traitres m'a dérobé.

Sur ces mots elle se positionna au niveau de son membre durci de force et descendit lentement son bassin dans sa direction.

— NON ! hurla Eren prit d'une crise de folie. ARRÊTEZ ! LAISSEZ-LE ! NON ! STOP ! QUE ÇA S'ARRÊTE ! JE VEUX QUE ÇA S'ARRÊTE !

Un éclair de lumière envahit soudainement ce théâtre d'horreur, et pour la dernière fois le décor changea.

(-)(-)(-)

Eren était tellement submergé par ses émotions qu'il mit presque dix secondes à se rendre compte qu'il était de retour dans le champ de neige sablonneux. Encore traumatisé par la vision abominable qu'il fut forcé de regarder, il tomba à genoux et fondit en larmes. Jamais, il n'aurait imaginé qu'il verrait une chose aussi abominable que celle qu'il avait vu. C'était pire qu'un cauchemar, c'était pire qu'une bataille. Et Amos avait réellement vécu cela, sa propre mère… combien de fois avait-il dû subir un tel supplice ? Comment… comment pouvait-il encore sourire après cela ? Comment… ? C'était tellement inconcevable à ses yeux.

— Je suis désolé Eren, marmonna la voix pleine de regrets de Sieg, je ne pensais pas…

Le barbu n'eut pas le temps de finir sa phrase que le poing de son petit frère lui brisa le nez, et cette fois, ce dernier ne s'arrêterai pas là.

— Espèce de fumier ! hurla-t-il en se jetant sur lui. Comment as-tu osé ?! Enfoiré ! Je vais te démolir ! Salaud !

Les coups de poing du Rebelle s'abattirent sur la figure du Bestial comme un éboulement. Eren déchaîna absolument toutes les émotions atroces que son aîné l'avait forcé à vivre dans chacune de ses attaques. Mais alors qu'il allait lui fendre le crâne et réduire sa cervelle en bouillie, il fut arrêté dans son élan par des chaînes qui surgirent du sable pour se refermer sur ses poignets. Horrifié par le souvenir encore frais de l'enchaînement d'Amos, Eren se mit à lutter de toutes ses forces en poussant des hurlements hystériques. Mais il ne réussit qu'à s'entailler la chair et à se briser les os. Vaincu par la douleur et à bout de souffle, il tomba à genoux et laissa toutes ses émotions s'exprimer à travers ses larmes et ses cris de détresse.

Tandis que ses blessures guérissaient, Sieg ne put que constater l'ampleur de son erreur et les conséquences qu'elle avait engendré. Ce n'était pas ce qu'il avait voulu, à aucun moment n'avait-il eu l'intention de faire du mal à son petit frère. Il avait juste voulu lui montrer qu'il était de son côté, il avait voulu mettre à nue les manipulations de leur géniteur. Mais jamais il n'aurait imaginé que cela aurait prit une telle tournure.

— Monsieur Xavier avait raison, marmonna-t-il les larmes aux yeux en ramassant ses lunettes brisées par les coups d'Eren, chaque enfant qui a le malheur de naitre Eldien… est condamné à une vie de souffrance. La famille Royale ne fait pas exception à la règle.

Lentement, Eren releva la tête, et incendia son aîné de toute la haine qu'il était capable de conjurer.

— Ferme. Ta. Putain. De. Gueule, siffla-t-il avec toute la froideur du Monde. Je vais te buter… enfoiré…

Sieg contempla l'ampleur de son désastre une nouvelle fois, avant de soupirer ses regrets.

— Je suis tellement désolé… murmura-t-il honteux.

Il prit un temps pour rassembler ses émotions, pendant que son frère pleurait toutes les larmes de son corps, puis il se redressa, le regard déterminé.

— Ymir, tonna-t-il malgré sa douleur, en tant que descendant de la famille Royale, je t'ordonne de stériliser chaque membre de ton peuple !

À ces mots, la petite fille tourna les talons et se dirigea lentement vers l'arbre de lumière. De son côté, le Rebelle regarda son aîné comme s'il était devenu fou.

— Qu'est-ce que tu fais ?! cria-t-il sous le choc. Tu vas nous stériliser ?! Pourquoi ?!

— Eren, murmura Sieg avec mélancolie, c'est, hélas, le seul moyen pour que tout cela cesse. Tu as pu le constater par toi-même… nos enfants ne connaitront que des vies de souffrances et d'horreurs. Nous sommes un peuple maudit dès la naissance. C'est pour cette raison… c'est pour cette raison que nous devons disparaitre, car tant que nous pullulerons sur cette terre, les conflits ne cesseront jamais. Je suis désolé… ce génocide doux est la seule solution.

Jaeger bredouilla des paroles inintelligibles tant il était estomaqué par le raisonnement dément de son aîné.

— Tu es complètement fou ! cria-t-il finalement. Tu nous prives du moindre avenir parce que tu ne veux pas que nos enfants souffrent ?! Qu'est-ce que c'est que cette logique débile ?!

— C'est la seule solution ! contra Sieg en criant à son tour. La seule ! Je suis désolé, Eren. Mais c'est ce qu'il y a de mieux pour notre peuple.

— Non… murmura le Rebelle le regard vide.

Les paroles d'Amos lui revinrent en mémoire :

— Regarder mes enfants grandir dans un monde plus sûr, les voir devenir meilleurs que je ne pourrai jamais l'être, c'est ça mon rêve.

— Non… murmura Jaeger alors que le souvenir du rituel de la sorcière envahit soudainement sa tête.

Il se débattit de plus belle.

— NON ! hurla-t-il. Je ne te laisserai pas anéantir son seul espoir ! Ymir ! Arrête-toi ! Je t'en supplie ! Arrête-toi !

— C'est peine perdue, souffla Sieg, notre grande ancêtre bien aimée n'obéit qu'aux ordres des descendants de la famille Royale. C'est terminé, Eren.

Ces mots résonnèrent dans le crâne du Rebelle qui écarquilla les yeux.

— Tu as raison, murmura-t-il, je ne peux pas l'arrêter.

Il le foudroya du regard.

— Mais quelqu'un d'autre le peut !

Il rejeta sa tête en arrière, et hurla à pleins poumons :

— Amos ! À l'aide ! Amos ! Putain ! À l'aide ! Amos ! J'ai besoin de toi !

À cela Sieg secoua la tête.

— Ça aussi c'est peine perdu, tu n'as aucun pouvoir ici Eren.

— Va te faire foutre ! Amos ! J'ai besoin de toi ici ! AMOS !

Il fit appel à toute sa force mentale pour se concentrer sur son ami noble.

— « Allez ! Concentre-toi ! C'est toi l'Originel, putain ! Allez ! »

— AMOS !

À bout de force, il essuya une quinte de toux et haleta d'épuisement.

— Amos… murmura-t-il. Je… j'ai…

Sieg contempla son petit frère avec tristesse, et poussa un profond soupir plein de regrets.

— Je suis désolé Eren, chuchota-t-il d'une voix douce, quand ce sera terminé, je ferai mon possible pour me racheter…

Il n'eut pas le temps de finir sa phrase qu'un kunaï-chaîne lui transperça le dos, et lui arracha un hurlement de douleur et d'horreur.

Viens par ici ! rugit Amos Hannibal en rembobinant sa chaîne pour attirer sa proie entre ses griffes.

Sieg fut violemment entrainé en arrière jusqu'à son bourreau qui l'accueillit d'un coup de poing en pleine figure si puissant qu'il se cassa la main. L'envoyant immédiatement au pays des songes.

Le noble ne perdit pas une seule seconde, et se précipita vers son camarade enchaîné qui n'avait jamais été aussi heureux de le voir.

— Eren, lâcha-t-il horrifié en voyant l'état misérable dans lequel il était. Qu'est-ce qui se passe ? C'est quoi ce merdier ?

À la vue du visage de son ami, Jaeger revit accidentellement le cauchemar du rituel de la sorcière.

Il dut rassembler le peu de force qui lui restait pour ravaler son horreur et se concentrer sur ce qui importait.

— Ne te préoccupe pas de moi, lâcha-t-il à bout de souffle avant de faire un signe de tête en direction d'Ymir, arrête-là elle !

Hannibal tourna la tête, et aperçut la petite fille dans sa tunique sale en train de se diriger vers l'arbre de lumière.

— Dépêche-toi ! lui hurla Eren. Elle n'écoute que les membres de la famille Royale ! Elle va nous stériliser !

Un coup de tonnerre résonna dans le crâne du noble lorsqu'il entendit ce mot, son pire cauchemar, l'assurance même de sa défaite.

Sans perdre une seconde, Amos dépassa Eren et courut aussi vite que ses jambes pouvaient le porter. Sa panique grandit au fur et à mesure qu'il voyait la petite fille s'approcher de l'arbre, à mesure qu'il voyait son souhait le plus cher s'envoler sous ses yeux impuissants.

— Hey ! cria-t-il. Arrête-toi tu m'entends ?! Je t'ai dis de t'arrêter !

Mais elle ne l'écouta pas et continua inexorablement son avancé, lentement, elle tendit la main en direction du tronc luminescent. Il ne lui restait plus que quelques centimètres à parcourir… lorsqu'Amos referma ses bras autour de son corps frêle et l'arrêta net dans son élan.

C'est alors une étincelle jaillit de la petite fille et vint irradier le cerveau du noble, aussitôt, une série de souvenirs déferla devant ses yeux.

— « Qui a tué les cochons ? »

— « Ymir, tu es libre. »

— « Ymir, mon esclave, tu as bien travaillé. En récompense, je t'offre ma semence. »

— « Que fais-tu Ymir ?! Relève-toi ! Tu es mon esclave ! Tu as encore beaucoup à faire ! Une simple lance ne peut pas te tuer ! »

Amos fut comme foudroyé sur place, et écarquilla ses yeux à s'en éclater la rétine.

Un long moment de silence suivit les multiples souvenirs qu'il avait regardé sans le vouloir, lentement, la petite fille dans ses bras abaissa sa main, et se tourna vers lui.

Ce qu'il vit lui brisa le coeur.

Ymir était en larmes, mais ce n'étaient pas des larmes de tristesse ou de douleur, c'étaient des larmes de désespoir, le désespoir d'obtenir enfin ce qu'elle avait toujours voulu.

La seule chose qu'Amos lut dans son regard fut une question :

— « Est-ce que j'ai bien travaillé ? »

Le noble sentit son coeur se déchirer, ses forces l'abandonner et ses propres larmes couler. Il serra la petite fille contre lui aussi fort qu'il le put, lui donnant sans réfléchir tout ce qu'il était capable donner.

— Oh… Nom de Dieu… tu étais toute seule… tout ce temps… à attendre d'être récompensée… Oh… Bon Dieu…

Prit d'une impulsion paternelle qu'il ne se connaissait pas, Amos déposa un doux baiser plein d'affection sur le front d'Ymir. Cette dernière écarquilla les yeux de surprise face à ce geste inattendu.

Un immense sourire de soulagement se dessina sur le visage de la petite fille qui enlaça à son tour le grand blond, elle fondit dans son étreinte pour se nourrir de ce qu'il lui offrait.

Hannibal ignora combien de temps dura leur moment, et il s'en moquait éperdument, tout ce qui lui importait c'était cette enfant. Cette enfant qui avait attendu pendant presque deux milles ans, que quelqu'un vienne lui donner l'amour qu'elle avait toujours désiré. Il ne la relâcha pas de peur de blesser ses sentiments si fragiles. Il la serrerai contre lui, dans son étreinte protectrice et affectueuse, aussi longtemps que nécessaire, aussi longtemps qu'elle le désirera.

Après un moment qui sembla durer des années, il se détendit en entendant les légers ronflements de la petite fille dans ses bras, et un soupir de soulagement s'échappa de ses lèvres. Par précaution, il préféra l'éloigner de l'arbre de lumière en la portant comme une jeune mariée, puis il la déposa délicatement dans le sable, retira sa veste d'éclaireur, et la couvrit. Après quoi il sortit un mouchoir de sa poche pour sécher ses joues, et sourit en remarquant qu'Ymir s'était elle-même endormie le sourire aux lèvres.

Son attention se reporta alors sur Eren, et son sourire disparut aussitôt. Le Rebelle était toujours enchaîné, à genoux dans le sable, la tête basse et les yeux clos.

Retrouvant tout d'un coup ses forces, Amos se précipita vers lui, et le saisit par les épaules.

Aussitôt, le natif de Shinganshina releva la tête, et poussa un cri d'angoisse.

— Wow, wow, wow ! s'exclama Hannibal en le saisissant par les joues. Eren ! Regarde-moi ! C'est fini ! Eren ! C'est fini ! Regarde-moi !

Le Rebelle fut soudainement pris d'une crise d'hyperventilation qui fut accompagné par une série de convulsions incontrôlables. Ne sachant que faire d'autre, Amos l'emprisonna à son tour dans ses bras.

— Calme-toi. C'est terminé. Eren… Calme-toi. S'il-te-plait. Calme-toi. C'est fini… Eren…

Le concerné mit un temps avant de reprendre le contrôle de sa respiration, et quand, enfin, il parvint à se calmer, il fondit en larmes.

— Je suis désolé, bredouilla-t-il contre sa chemise, je suis tellement désolé… Je ne voulais pas…

— Calme-toi, murmura le noble d'une voix douce, prends ton temps.

Son temps dura plusieurs minutes, minutes durant lesquelles le grand blond surveilla le corps inerte de Sieg et s'assura qu'Ymir était toujours endormie tout en consolant son camarade.

— Eren ? appela-t-il une fois que les sanglots de ce dernier s'étaient peu à peu taris. Qu'est-ce qui s'est passé ? Quel est cet endroit ?

Jaeger porta sa main à son visage pour essuyer ses larmes d'un revers, et réalisa que ses poignets étaient guéris et que ses chaînes avaient disparues. Cela lui offrit un maigre réconfort qu'il accueillit par un léger soupir de soulagement.

Lentement, il se redressa, et s'assit dans le sable avant de se tourner vers Sieg.

— Ce connard est mon demi-frère paternel, dit-il en pointant faiblement un doigt vers lui.

Amos haussa les sourcils, regarda le barbu assommé une demi-seconde et revint vers son camarade qui se pointa lui-même du doigt.

— C'est moi… le titan de sang royal. Sieg l'appelait « l'Axe » ou « l'Originel ».

Cette fois, le noble écarquilla légèrement les yeux.

— Continu… l'encouragea-t-il.

Eren prit une grande inspiration pour se donner du courage, il en avait désespérément besoin.

— Sieg… je sais pas comment il a fait… mais il a activé mon pouvoir et on s'est retrouvé ici. Apparement, comme lui était de sang royal et pas moi… c'est lui qui avait le contrôle. Il… il a voulu me prouver que Papa était un menteur et qu'il me manipulait… Alors il… il nous a fait parcourir ses souvenirs… Amos… Je sais ce que sont les titans…

Il ne fut guère difficile pour le grand blond de comprendre que cela n'avait rien d'une véritable bonne nouvelle étant donné la tête déprimée que tirait son camarade, aussi, il attendit patiemment qu'il continue son histoire.

— J'ai vu mon père… m'injecter dans le bras… je crois que Sieg appelait ça… du « liquide cérébro-spinale de titan ». Et puis je… Je me suis transformé en titan de quatre mètres… et j'ai dévoré mon père… c'est comme ça que je suis devenu un métamorphe.

Eren fut parcouru d'un frisson d'horreur et eut un haut le coeur à la mémoire de ce souvenir-ci, de son côté Amos s'efforça de se maitriser. Mais son cerveau avait déjà tiré une conclusion face à cette révélation.

— « C'est pour ça qu'ils nous dévorent, ils cherchent des métamorphes pour redevenir humains. Ça doit être la seule chose qu'ils sont capables de penser. Mais pourquoi est-ce que son père lui a donné son pouvoir plutôt que de le garder et s'en servir ? »

— Eren… murmura-t-il en posant une main sur son épaule, ce n'était pas ta faute.

— Je sais… bredouilla le natif de Shinganshina. Mais ce n'est pas… fini…

— « Oh non… » comprit l'héritier de la maison Hannibal, « il est dans un tel état de choc… »

Une fois de plus, Jaeger s'arma de courage, néanmoins, des larmes de culpabilité coulèrent.

— Sieg… Sieg voulait aussi me prouver que tu étais un connard… Il… Il nous a montré un de… un de tes souvenirs.

Un frisson d'épouvante traversa l'échine d'Hannibal alors que ses yeux s'écarquillaient d'horreur en réalisant ce que cela pouvait signifier.

— Amos… balbutia Eren traumatisé par tout ce qu'il avait vu. Je… J'ai vu… ce que cette femme t'as fait…

À cet instant précis, le Monde entier s'écroula autour du noble qui n'arrivait pas à croire ce qu'il venait d'entendre. Inconsciemment, il se leva pour effectuer un pas en arrière, mais perdit l'équilibre et retomba sur les fesses. Il ne quitta pas Eren des yeux, ne serait-ce qu'une seule seconde.

— Je suis désolé… sanglota le Rebelle en se repliant sur lui-même, je suis tellement désolé… Je ne voulais pas…

Amos ne l'entendit même pas, il était paralysé par l'horreur de sa propre situation. Eren… il n'avait pas seulement entendu parler ou comprit ce qui lui était arrivé, il l'avait vu. Il avait vu son pire cauchemar.

Lorsqu'il parvint à sortir de sa transe, il vit le natif de Shinganshina recroquevillé sur lui-même à baragouiner des excuses inintelligibles.

Malgré lui, malgré la douleur et l'horreur que lui avait causé cette révélation, il s'approcha de son ami et le prit dans ses bras.

Celui-ci sembla à peine réaliser ce qu'il venait de se produire, il continua de pleurer et de se morfondre sur lui-même.

La façon dont le temps s'écoulait dans ce lieu eut un étrange impact sur Amos. Il eut l'impression que cela faisait déjà des années qu'il était ici, à consoler son ami de son propre cauchemar après avoir soulagé une petite fille. Inconsciemment, il repassa dans son esprit les dizaines d'évènements qui s'étaient récemment produits, essayant de trouver un sens, un ordre, un peu de clairvoyance dans ce bordel qu'il vivait. Et puis… il réalisa que tout cela n'avait aucune importance. Eren était ce qui importait, Eren… qui avait vécu son cauchemar, qui avait besoin de son aide. Il s'occuperait de lui-même plus tard.

— Eren… reprit-il, regarde-moi.

— Je ne peux pas… marmonna le Rebelle avec déprime. Je ne peux pas… je n'ai jamais été assez fort… je…

— Tu crois que moi je le suis ? soupira le noble.

Ces mots piquèrent la curiosité du natif de Shinganshina qui releva la tête, exposant ses yeux bouffis par toutes les larmes qu'il avait pleuré.

— Qu'est-ce que tu racontes ? bredouilla-t-il incrédule. Tu es la personne la plus forte que je connaisse… Ce que tu as vécu… je serai incapable de surmonter… un truc pareil…

Une nouvelle fois, Amos poussa un léger soupir, et s'assit aux côtés de son ami.

— Je n'ai pas surmonté ça, Eren, admit-il tristement, aujourd'hui encore, cette femme me hante. Et pendant des années, au lieu de trouver le moyen d'aller de l'avant, je me suis caché.

Il prit un temps pour s'assurer qu'il avait toute l'attention du Rebelle, et continua :

— J'ai passé un an entre les griffes de cette femme, avoua-t-il pour la plus grande horreur de Jaeger, et j'ai dû sombrer dans la folie pour lui survivre. Folie dont je ne suis jamais véritablement sorti, car, pendant les trois années qui ont suivit. Je me suis réfugié derrière un masque de violence et d'insensibilité pour continuer à aller de l'avant. Mais je ne suis jamais vraiment allé de l'avant, je n'ai fait que stagner.

Il plongea son regard d'émeraude dans la nuit, et poursuivit :

— La vérité, Eren, c'est que j'avais peur. J'étais absolument terrorisé, tous les jours, toutes les nuits, je tremblais d'effroi. J'étais terrifié à l'idée de me retrouver dans une position similaire, une fois de plus. Mais au lieu d'affronter mes peurs, je les ai nourries.

Il croisa les yeux perplexes de son ami.

— J'ai passé deux ans à bâtir un empire financier et criminel pour m'y réfugier, pour protéger Historia d'un cauchemar similaire à celui qui m'habitait. Pour cela… je suis devenu un monstre. J'ai… j'ai causé la mort d'innombrables personnes, criminelles et innocentes, peu m'importait. J'ai torturé, j'ai volé, j'ai détruit, j'ai tué, encore et encore. Parce que chaque fois que je faisais l'une de ces choses, je goûtais à ce pouvoir illusoire, qui m'accordait la liberté factice dont je m'empiffrais comme une drogue, pour fuir ma douleur et mes peurs. J'étais tellement terrorisé et obsédé par tout ça… que j'ai initié Historia à mon monde de souffrances…

Eren resta interdit face à cette révélation.

— Oui, soupira tristement Amos alors que des larmes coulaient le long de ses joues, j'ai transformé ma petite soeur si innocente, en meurtrière. Et le pire dans tout ça c'est que je savais à quel point elle en souffrait, mais je me consolais en me disant que c'était pour son bien… pour lui apprendre à se protéger de ce monde cruel et des monstres qui le peuplaient… la bonne blague… j'essayais juste d'avoir moins peur pour elle… Je n'ai fais ça que pour moi…

Toujours aucun mot venant de Jaeger, c'était tout juste si le noble l'entendait respirer.

— J'étais toujours cette personne lorsque j'ai rejoins la 104ème, continua-t-il d'avouer, au départ, je ne l'ai rejoins que parce que les titans menaçaient l'utopie que j'essayais de bâtir au sein des Murs. Je voulais rejoindre les éclaireurs pour enterrer ma mère, reconquérir Maria et… continuer à nourrir mes peurs. C'était la seule chose qui comptait pour moi, ce sentiment de sécurité à travers la force et le pouvoir était le seul truc qui me permettait de continuer d'avancer. Mon « poison » comme dirait un vieux psychopathe.

— C'est pour ça que tu m'as mis en garde contre ça, murmura Eren en transe, tu savais ce qui risquait de m'arriver et tu m'as tout de suite averti.

— Bin-go, murmura Amos avant de poursuivre, je n'étais pas une meilleure personne durant ma première année de classe. Je vous ai tous manipuler parce que j'avais dans l'intention de tous vous utiliser à des fins différentes pour servir mes plans. Ta ceinture, par exemple, je savais qu'elle avait été sabotée, et je me suis servie de ce fait pour me rapprocher de Mikasa parce que je voulais sa force de Ackerman.

— Tu quoi ?! lâcha Jaeger estomaqué par cette révélation-ci.

— C'est pas la seule saloperie que j'ai commise, continua le noble sans le regarder, j'ai utilisé tout le monde d'une façon ou d'une autre.

Une étincelle de colère germa dans le regard d'Eren, mais son ami ne la remarqua pas.

— Ça a duré un an… une longue année où j'en avais strictement rien à foutre de vous. Vous étiez mes pantins, je vous aurais tous sacrifié sans une once de regret si cela avait servit mes intérêts. Tous sauf Historia…

— Espèce de salopard ! hurla le natif de Shinganshina en se jetant sur lui pour le rouer de coups. Espèce d'ordure ! Comment as-tu osé ?! Comment as-tu osé faire ça ?!

Hannibal ne leva même pas le petit doigt pour l'arrêter, il encaissa sans broncher, la raclée que Jaeger lui colla.

— Connard ! cria ce dernier entre deux coups de poings. Enfoiré ! Comment est-ce que tu as pu faire ça ! Tu étais mon héros ! Tu comptais tellement pour moi ! Je t'admirais tellement ! Enflure ! Ordure… En..culé…

Le passage à tabac ne dura guère longtemps étant donné la fatigue du Rebelle. Celui-ci rétracta son poing alors que d'énièmes larmes coulaient le long de ses joues, à bout de force, il se laissa tomber sur le côté, allongé dans le sable, la respiration lourde.

— Putain… Amos… Pourquoi…? sanglota-t-il. Je t'admirais tellement…

— Je suis désolé, Eren, gargouilla le noble avant de cracher une gerbe de sang dans le sable, sincèrement… je ne voulais pas qu'Armin ou toi m'admiriez pour cette raison.

Il s'écoula un long moment de silence, durant lequel les deux amis restèrent allongés dans les dunes à contempler les étoiles et les branches scintillantes de l'arbre de lumière dans le ciel obscur tout en encaissant leurs douleurs.

— Amos ?

— Oui ?

— Qu'est-ce qui a changé ? demanda Eren avec une pointe d'espoir dans la voix. Tu as dit que tu étais comme ça pendant la première année… mais… et les deux autres ?

Un long et profond soupir s'échappa des lèvres ensanglantées du grand blond, il essuya une larme de joie en repensant à sa discussion avec Mikasa sur le porche du dortoir.

— Quelque chose s'est produit… dit-il comme si lui-même n'arrivait toujours pas à y croire. Et j'ai réalisé… j'ai réalisé à quel point j'étais un connard…

Eren tourna la tête dans sa direction pour observer son visage, l'espoir qui l'habitait continuait de grandir malgré sa peur d'être à nouveau déçu. Il espérait tellement qu'Amos était bien la personne qu'il était si fier d'appeler son ami.

— J'avais tellement honte de moi quand j'ai réalisé tout ce que j'avais fait, que j'ai pensé à me suicider, avoua-t-il à la surprise de Jaeger. Mais je ne pouvais pas laisser Historia toute seule… alors j'ai… j'ai commencé à essayer de me racheter. Armin m'a grillé si tu veux tout savoir, il a bien remarqué que j'étais beaucoup plus sincère dans mon comportement.

— M'étonne pas, maugréa le Rebelle en regardant le ciel de nouveau, moi j'ai rien vu du tout.

— M'étonne pas.

— Connard.

— Je sais.

Silence.

— T'as fait quoi ensuite ?

— J'ai essayé de vous aider… de réellement vous aider, tous. Du mieux que je le pouvais. En vous conseillant ou en travaillant dans l'ombre. J'ai envoyé un médecin renommé chez la mère de Jean qui était malade, j'ai payé pour les frais de scolarité du frère et de la soeur de Connie dans un pensionnat de Sina, j'ai envoyé des dons alimentaires au village de Sasha, et puis j'ai continué de vous aider, Mikasa, Armin et toi, à corriger les quelques problèmes que vous aviez entre vous. J'ai vraiment essayé Eren… J'ai vraiment tout fait pour racheter mes fautes… Et j'ai adoré la personne que je suis devenu après nos classes… c'étaient les trois… enfin… les deux meilleures années de ma vie. Vous comptez tous beaucoup pour moi… crois-le ou non…

Le concerné prit une minute pour réfléchir à tout ça, au fond, il ne détestait pas son ami. Il était même fasciné par tout ce qui était passé par sa tête durant toutes ses années.

— Qu'est-ce que Chris… enfin qu'Historia pense de tout ça ?

— Elle ne m'en veut pas, avoua le jeune homme d'une voix triste en se redressant pour s'asseoir, elle est juste contente que je sois sorti de ma spirale destructrice.

Eren enregistra cette information, elle allait peser dans sa balance.

— À qui d'autre t'as avoué ça ?

— À Mikasa…

Cette fois, Jaeger se redressa d'un coup, époustouflé par ce qu'il venait d'entendre.

— T'es sérieux ?! balança-t-il sous le choc.

— Ouais, lâcha Amos qui ne semblait toujours pas y croire lui-même,

Son discours se fit soudainement plus frénétique :

— Et elle m'a pardonné. En une seconde… J'avais juste fini de confesser mes péchés… qu'elle a posé sa main sur la mienne, et elle m'a pardonné… et… putain, j'aime cette fille !

Sur ces mots, il plongea son visage dans ses mains et lâcha un grognement tandis qu'Eren se débouchait les oreilles pour vérifier s'il avait bien entendu.

— Tu… aimes… Mikasa…?

— Oui… admit-il une fois de plus en se redressant. Elle… elle m'a sortit de mes ténèbres…

Un très long moment de silence suivit cette déclaration… Eren ne savait plus quoi penser… Il avait dû encaisser tant de choses aujourd'hui… Et maintenant… il voyait Amos sous un tout autre jour… Malgré toute son intelligence et toutes ses compétences… il était aussi humain que lui… Aussi fragile et instable… Et pourtant, il avançait encore et toujours…

— Tu as dit… tu as dit que tu étais resté prisonnier de cette femme… pendant un an ?

— N'essayes pas de me trouver des excuses.

— C'est pas ce que je fais, grinça Jaeger irrité, j'essaye juste de comprendre… J'ai à peine vu ce qu'elle t'a fait et j'étais déjà par terre en train de chialer… j'ose à peine imaginer ce que t'as dû ressentir…

— Eren…

— Non, ta gueule, laisse-moi réfléchir.

Ça lui faisait très bizarre de parler comme ça au noble, tout comme ça faisait bizarre au noble de l'entendre lui parler ainsi.

Le natif de Shinganshina laissa échapper un profond soupir, il était fatigué… il en avait tellement bavé aujourd'hui… il… il n'avait pas la force d'être en colère contre Amos… et encore moins celle de le haïr… En fait… Il ne voulait même pas l'être ! Il lui devait tant… Il n'était pas capable de le juger… Et d'une certaine façon, il l'admirait toujours autant… La partie avec Mikasa par contre…

— Est-ce que tu l'aimes vraiment ?

Le regard d'émeraude du noble croisa celui du Rebelle.

— Oui, dit-il dans un sourire en coin, vraiment.

— Est-ce qu'elle t'aime aussi ?

— Ça ne devrait pas rentrer en ligne de compte.

— Ta gueule et répond.

— Oui…

Nouveau silence.

— Si tu lui fais le moindre mal, je te bouffe, prévint très sérieusement Eren.

— Je te crois, répondit Amos en le regardant dans les yeux.

Nouveau silence.

— Je te pardonne.

Hannibal n'en crut pas ses oreilles, il écarquilla ses pupilles d'émeraudes. De toutes les personnes à qui il avait fait du tort, il ne s'attendait pas à ce que quelqu'un comme Eren trouve le moyen de lui pardonner.

— T'es… pas obligé de le faire.

— Je veux le faire, corrigea Jaeger en adoucissant son regard, malgré tout ce que t'as pu faire… T'as tout fait pour te racheter… Malgré tout ce que t'as enduré… tu continues d'avancer… Je t'admire toujours autant si tu veux tout savoir… T'es le type le plus fort que j'ai jamais rencontré…

Les compliments de son ami lui allèrent droit au coeur, à tel point qu'il sentit un rougissement monter.

— Et j'ai besoin de ton aide… soupira finalement Jaeger en baissant la tête. …Encore.

Amos soupira à son tour, soulagé et heureux de constater que les choses n'avaient pas réellement changées.

— Je suis là pour ça, sourit-il en posant une main sur son épaule. Qu'est-ce qui te tracasse ?

Eren lâcha un grognement de frustration, et l'interrogea du regard :

— Comment est-ce que t'as réussi à avancer ? Après tout ce que t'as bouffé durant toutes ces années ? Moi je… je sais pas comment avancer, je suis complètement paumé. Je… j'ai pas ce que t'as… Je voulais exterminer les titans, mais au final on dirait bien que ce sont des victimes eux aussi. Je voulais explorer le Monde Extérieur… mais j'ai peur que ce que j'y trouve ne soit pas ce que j'en attends…

Amos laissa un temps s'écouler afin que son ami expulse toute sa frustration, et répondit :

— Eren… Tu prends le problème dans le mauvais sens.

Le métamorphe fronça légèrement les sourcils, signifiant ainsi qu'il souhaitait en savoir davantage.

— La souffrance est normale, expliqua Amos en perdant son regard dans l'horizon. La vie est imprévisible, on ne sait pas de quoi demain sera fait et on a aucun moyen de le savoir. Toi et moi, nous ne sommes pas des êtres humains exceptionnels, tu sais ? Tous les êtres humains ont besoin d'un « poison », un carburant, quelque chose qui les poussent à avancer peu importe les difficultés. La boisson, les enfants, la quête de puissance, le devoir, la reconnaissance, le pouvoir, l'amour, un rêve… Tout le monde a besoin de se gorger de quelque chose, pour encaisser tous les coups que la vie nous donne et continuer à avancer.

Eren était plus que fasciné par cette vision de la vie, il baissa la tête pour réfléchir, pour trouver le poison nécessaire à son avancé. Mais une fois de plus, Amos choisit de l'aider :

— Tu as tout ce qu'il te faut, l'informa-t-il en souriant pour sa plus grande surprise, tu as le devoir d'honorer la mort de ta mère et de tous ceux qui sont décédés pour qu'on en arrive là.

À ces mots, une braise germa dans le regard de Jaeger, une braise qu'Hannibal attisa.

— Tu as le rêve de découvrir la vérité sur ce Monde, et ainsi, de comprendre comment on en est arrivé là, et ce qu'on peut faire pour changer notre destin pour le mieux.

Eren se souvint du livre d'Armin, les lacs de feu, les champs de neige sablonneux, les terres de glace, l'océan… Il avait toujours espéré qu'un jour, il partirai explorer le Monde Extérieur. Pour être libre de la prison qu'étaient les murs. Sa liberté… son plus grand rêve…

Il savait que c'était égoïste, voilà pourquoi il voulait servir l'Humanité autant que possible pour obtenir le droit d'être libre. Aujourd'hui… il n'était plus certain que le Monde Extérieur lui offrirait ce qu'il avait toujours voulu… Et si tel était le cas, il anéantirait tous ses ennemis pour l'obtenir.

— Mais surtout, continua Amos, tu as des gens qui tiennent à toi et à qui tu tiens. Ma mère m'a enseigné que les êtres humains ne devenaient réellement forts que lorsqu'ils avaient des êtres chers à protéger.

Eren se remémora tous les moments qu'il avait passé avec Armin, Mikasa et tous leurs camarades. Toutes leurs disputes, tous leurs rires, tous leurs rêves, leurs joies, leurs peines, ils étaient tous tellement importants pour lui… Son seul regret était de ne s'en être rendu compte que maintenant.

— On continuera de souffrir durant l'intégralité de nos vies, termina Hannibal en soupirant. Encore et encore et encore, on souffrira tous, c'est ce qui nous a forgé, nous forgera ou nous détruira. Il n'y a pas de remèdes miracles ou même de fin heureuse. Il n'y a que les obstacles qui se dresseront sur notre route, et notre volonté de les affronter les uns après les autres. C'est quelque chose que tu as compris très tôt; le seul moyen de l'emporter c'est de se battre.

Jaeger laissa échapper un rire nerveux.

— Je sais pas si j'y arriverai… j'ai peur de me planter.

— Ne te focalise pas sur la peur, conseilla le Conseiller, tu sais ce qu'elle m'a fait quand j'ai fait une fixation sur elle.

Un frisson parcourut l'échine du Rebelle, il acquiesça lentement.

— Et arrête de croire que tu es tout seul dans cette affaire, ajouta Hannibal, on est tous ensemble dans cette galère. On a tant à faire, et comme tu m'as entendu le dire, il est impossible pour qui que ce soit d'y parvenir seul. Tu as besoin de nous autant qu'on a besoin de toi.

Ces paroles rappelèrent au natif de Shinganshina celles de Frieda, et la douce chaleur réconfortante qu'elle lui avait donné ressurgit dans sa poitrine. Il fut tenté de parler d'elle, mais se mordit la langue en se souvenant de sa demande d'anonymat. Néanmoins, il profita pleinement de ce qu'elle lui avait donné, et qu'il avait presque complètement oublié en apercevant le rituel de la sorcière. Cette chaleur, cet espoir… ils étaient enivrants.

— Ça ne va pas être facile, soupira-t-il en retrouvant le sourire.

— La vie est une chienne, commenta Amos en guise de réponse.

Les deux adolescents gloussèrent comme des enfants, et laissèrent une partie de la pression qui pesait sur leurs épaules s'évaporer.

C'est là qu'ils entendirent des pas dans le sable et se retournèrent.

Ymir marchait timidement dans leurs direction, tout en serrant le gilet d'Hannibal contre elle.

Ce dernier sourit à la petite fille, et ouvrit son bras pour l'y accueillir. Transportée de joie, celle-ci se précipita sur lui pour se blottir contre son torse.

— Hé bin, commenta Eren en regardant la petite blonde enfouir sa tête dans la chemise du noble. Mikasa avait raison, tu es un père-né.

— J'adore les enfants, avoua Amos en caressant le cuir chevelue de la Grande Ancêtre.

— Les enfants… répéta Eren avant de se tourner vers le corps inanimé de Sieg. Pourquoi voudrait-il nous en priver ?

À ces mots, la prédation fit son retour dans les yeux du noble, ce dernier incendia le Bestial du regard.

— Tous nous stériliser reviendrait à nous génocider, grinça Amos en serrant Ymir contre lui. On perdrait tout espoir et tout avenir si on était privé de notre capacité reproduction.

— Oui, acquiesça le métamorphe, mais il n'a pas essayé de faire ça pour nous faire du mal… il est persuadé que c'est la seule solution… Je peux pas m'empêcher de penser…

— Eren, coupa Amos d'une voix neutre mais d'un ton ferme, je vais être honnête, je me fiche éperdument de comment il en est arrivé à cette conclusion. Il est beaucoup trop dangereux pour qu'on le laisse en vie.

Le natif de Shinganshina se crispa légèrement, mais poussa un soupir résigné.

— Je sais…

Un petit moment passa, durant lequel ils profitèrent tous d'un silence confortable.

Puis, Jaeger leva les yeux vers le ciel.

— Ça fait combien de temps qu'on est là ? demanda-t-il en fronçant les sourcils. J'ai l'impression que ça fait des années.

— Moi aussi, admit son ami en suivant son regard, je me demande comment on sort d'ici…

À ces mots, la petite blonde resserra son étreinte avec désespoir de peur qu'il ne disparaisse. Amos la remarqua, et poussa un soupir désolé.

— Je suis navré, Ymir… mais il faut qu'on reparte. Tous nos amis comptent sur nous… Et Eren est toujours prisonnier…

— Ah oui, lâcha le natif de Shinganshina presqu'étonné, j'avais pratiquement oublié ça…

— Mais tu sais quoi ? dit-il en lui souriant tendrement. Je vais te faire une promesse.

Sur ces mots, et sous le regard curieux de la petite fille il passa ses mains derrière son cou, et décrocha son pendentif en forme de tigre d'argent à l'oeil d'émeraude.

— Ma mère… ma vraie mère… m'a donné ça il y a bien longtemps. Elle était un ange descendue du ciel, qui irradiait toutes les personnes qu'elle croisait de tout l'amour qu'elle portait… Je te le prête… avec la promesse que je trouverai le moyen de revenir te voir, d'accord ?

Ymir observa curieusement le pendentif, et rougit lorsque le noble le passa autour de son cou. Elle le prit délicatement dans ses mains pour l'admirer et adressa un sourire reconnaissant couvert de larmes à son bienfaiteur. Ce dernier lui répondit en souriant à son tour, et déposa un nouveau baiser sur son front.

— On se verra bientôt, d'accord, Ymir ?

Celle-ci acquiesça doucement, et aussitôt, un éclat de lumière surgit de nulle part et éblouit les deux éclaireurs.

(-)(-)(-)

— Général ! s'écria Reiner en lâchant Eren pour se précipiter vers son supérieur inconscient. Général ! Est-ce que tout va bien ?

Pas de réponses, Braun ramassas son supérieur inerte sur le sol, et constata l'énorme hématome sur le côté de son visage.

— Qu'est-ce qui s'est passé ? questionna Bertholdt qui retenait toujours fermement le Rebelle.

Ce dernier cligna des yeux, et mit quelques secondes à réaliser qu'il était de retour dans la forêt des arbres géants.

— Est-ce que j'ai rêvé ? demanda-t-il tout haut avant que Reiner ne vienne le saisir par le col pour le hisser à sa hauteur.

— Qu'est-ce que tu lui a fais ? gronda-t-il furieux en secouant son prisonnier. Réponds !

La seule réponse qu'il obtint fut un coup de genou dans les parties, Eren avait retrouvé toutes ses forces et son feu intérieur. Maintenant, il était déterminé à lutter. Il tenta de balayer les jambes du Cuirassé, mais se prit un coup de coude à l'arrière du crâne de la part du Colossal.

— « Merde… » songea Jaeger alors qu'il sentit sa conscience s'évaporer. « Je… Je ne l'ai pas prévenu… pour Ymir… »

(-)(-)(-)

— Amos ?

Le noble cligna des yeux et manqua de les écarquiller de surprise en découvrant les visages d'Historia, d'Armin et de Mikasa. Il cligna des paupières à plusieurs reprises pour se réhabituer à la lueur de l'après-midi.

— Tu vas bien ? demanda sa petite soeur inquiète alors qu'il se rasseyait sur le sommet du Mur Rose.

— Ça fait combien de temps que j'ai perdu connaissance ? maugréa-t-il en posant une main sur son front.

— Juste quelques secondes, rassura Mikasa en posant sa main sur son front pour s'assurer qu'il n'avait pas de fièvre.

— Sérieusement ? s'étonna le noble en écarquillant les yeux. J'ai l'impression que ça fait des années…

— Amos ? appela Historia toujours inquiète. Qu'est-ce qu'il t'est arrivé ?

Ce dernier ne répondit pas, il passa sa main sur son cou pour confirmer l'absence de son pendentif.

— Donc ce n'était pas un rêve, marmonna-t-il avant d'apercevoir le leader des éclaireurs en train de discuter avec Moblit.

Pris d'une impulsion, il se libéra soudainement de l'emprise de ses camarades et ignora leurs appels pour foncer vers leur commandant.

— Major Erwin ! appela-t-il en se présentant face à lui sans prendre la peine de le saluer convenablement. On a un énorme problème.

— Je l'ai compris, dit-il d'une voix impassible, Eren a été enlevé…

— Eren est le Titan de sang royal.

Erwin haussa légèrement les sourcils, tandis que ses amis derrière lui le regardaient avec des yeux ronds.

— Et l'ennemi a les moyens d'activer son pouvoir, car le Bestial est un descendant de la famille royale, dit-il d'une voix ferme en essuyant le sang qui coulait de ses narines. Eren a réussi à retarder l'irréparable en m'appelant à l'aide, mais si jamais on ne le récupère pas on sera définitivement foutu.

— Je vois, dit le Major en réalisant rapidement la gravité de la situation, as-tu découvert autre chose ?

— Oh putain oui, répondit le noble en sortant son carnet de cuir bleu, mais comme j'ai pas le temps de donner des explications je vais tout noter et laisser mes découvertes à Hanji.

— Très bien, acquiesça Erwin avant de se tourner vers ses hommes, mettez le monte charge en place le plus rapidement possible ! Le temps joue contre nous !

Tandis que les éclaireurs s'affairaient à obéir, Amos griffonna sur plusieurs pages vierges de son carnet sous les regards estomaqués, inquiets et interrogateurs de ses camarades.

— Écoutez, gronda le noble sans lever les yeux de ses papiers, je sais que vous voulez des réponses, mais j'ai vraiment pas le temps de vous donner plus que ce que j'ai donné au Major. Je vous expliquerai tout à la fin de cette mission, je vous le promet. Pour l'instant, on doit se concentrer sur la récupération d'Eren et d'Ymir. Allez vous préparer, et ne vous inquiétez pas pour moi. Je vais très bien… enfin… mieux que d'habitude.

Il termina ses notes, les confia à Moblit, et fila à son tour se préparer sans même vérifier si ses instructions avaient été suivies.

Toute sa concentration était désormais tournée sur sa mission : récupérer Eren et Ymir, et exterminer le Titan Bestial.

— « Cet enfoiré a osé essayer de me stériliser, » songea-t-il furieux en se remémorant sa course effrénée pour rattraper la Grande Ancêtre. « Je vais massacrer ce salopard ! »

NA : Hello, j'espère que ce long pavé vous a plu. :)

Évidemment, le point le plus important dans ce chapitre est le développement de la relation entre Eren et Amos. Jusque là, Amos était le héros et le mentor d'Eren, un surhomme à ses yeux comme Levi. Maintenant qu'il a confessé ses péchés et qu'il a avoué être amoureux de Mikasa, Eren le voit comme un humain tout à fait ordinaire, du coup, leur relation deviendra plus fraternelle. J'espère que le twist avec Frieda vous a plu, elle est plus importante dans l'histoire qu'elle n'en a l'air. Le prochain chapitre sera entièrement consacré à la course poursuite entre les éclaireurs et les guerriers, lui et le XXIV marqueront la fin de la saison 2 et le début d'une longue pause avant le début réel de l'Histoire à mes yeux ;).

À la prochaine o/