Hello everyone, miss me ? This message is specifically for my International readers, because I can see in the statistics of my story that most of my readers are from the US. I speak English, (but I obviously cannot properly write in English) so feel free to pm me or review my story in English. Reviews are my fuel, I need those to stay motivated ;)
Hello tout le monde, vous ai-je manqué ? Navré de ne pas avoir posté plus tôt (j'ai du taff à la fac aussi), mais pour me faire pardonner, je vous offre ce joli pavé, j'espère qu'il vous plaira.
Chapitre XXIII : Bain de Sang
Les éclaireurs chevauchaient à toutes vitesses en direction de la forêt d'arbres géants, au sein de laquelle ils espéraient retrouver les fugitifs. Contrairement à une expédition ordinaire, qui aurait consisté à éviter les titans, le Bataillon ne prenait pas la peine de faire le moindre détour. Il ne pouvait pas se le permettre. Chaque seconde comptait dans cette course contre la montre.
Les anciens cadets de la 104ème chevauchaient tous ensembles, avec Amos et Mikasa à leurs têtes. Le noble avait insisté auprès du Major pour les avoir sous ses ordres au cours de l'opération, craignant une réaction émotionnelle non-contrôlée de la part de ses amis après la terrible trahison dont ils avaient soufferts.
Ce qui était assez ironique, étant donné que l'orientale et le grand blond étaient tellement possédés par leurs émotions, qu'ils filaient à toute allure sans tenir compte de leur environnement.
— Hé ! héla Jean en s'efforçant de se hisser à leur hauteur. Faites gaffe, vous allez finir par rompre la formation !
Cet avertissement suffit à rappeler Hannibal à l'ordre. Il secoua la tête, consterné par sa propre imprudence, et croisa le regard de Mikasa pour l'inciter à ralentir. Elle obtempéra à contrecoeur.
Un râle d'agacement et de rage résonna soudainement dans la gorge du noble et s'échappa entre ses dents. Râle qui attira l'attention de Kirstein.
— Qu'est-ce qui t'arrive à la fin ?! s'étonna ce dernier. Ça te ressemble pas de te laisser emporter par tes émotions !
Le noble ne répondit pas tout de suite, d'abord, il poussa un long et profond soupir pour se délester de toute sa frustration. Puis il claqua violemment ses joues pour se reconcentrer. Un geste qui surpris toutes les personnes présentes.
— Amos… lança Historia en dépassant Jean. Qu'est-ce qu'il t'arrive ?
— Le Titan Bestial, cracha-t-il avec tout le mépris du monde, voilà ce qu'il m'arrive.
Les anciens cadets échangèrent des regards circonspects.
— De quoi est-ce que tu parles ? demanda Armin.
— On a grandement sous-estimé les capacités du Titan d'Eren, expliqua le grand blond en conservant une expression ferme ! De ce que j'ai pu constater, c'est une créature pratiquement omnipotente, capable d'influencer aussi bien les titans que les humains !
Ces mots écarquillèrent les yeux de toutes les anciennes recrues de la 104ème, même Mikasa sembla effarée par cette révélation.
— Attends une minute… bafouilla Connie. T'es en train de dire qu'Eren est une sorte… de Dieu ?
— Non, répondit Amos en secouant la tête, seul un descendant de la lignée royale a la capacité d'activer ce pouvoir… Et il se trouve que ce salopard de Bestial est un de mes cousins très éloignés.
Armin, Historia et Mikasa réalisèrent immédiatement ce que cela signifiait. Jean dû prendre quelque secondes de réflexion pour en venir à la même conclusion, tandis que Connie et Sasha ne comprenaient toujours pas le rapport entre le sang royal et leur camarade.
— Amos ?! appela Armin sans masquer l'inquiétude dans sa voix. Réponds-nous, qu'est-ce qu'il s'est passé quand tu as perdu connaissance ?!
C'était une question à laquelle le concerné avait refusé de répondre, étant donné l'urgence de la situation et la nécessité de compléter leurs préparatifs le plus tôt possible.
Il resserra ses rênes au point de faire blanchir ses mains, la prédation surgit dans son regard sans crier gare.
— Cette ordure est parvenue à activer le pouvoir d'Eren, révéla-t-il avec un ton gorgé de venin, il l'a plié à sa volonté et… il a tenté de tous nous stériliser. Si Eren n'était pas parvenu à me contacter à travers son pouvoir, pour que j'use de mon sang royal afin de contrer le Bestial… on aurait déjà perdu…
Amos se tourna vers ses camarades, et transperça chacune de leur figure abasourdie de son regard de prédateur.
— Nous stériliser revient à nous génocider, continua-t-il sur le même ton, si on perd Eren, on perd tout. Quoiqu'il se passe, quoiqu'il nous en coûte, il est impératif de le récupérer. Vous m'avez compris ?!
Les jeunes recrues acquiescèrent lentement, mais leurs expressions restèrent les mêmes, les évènements les avaient complètement dépassés. Les enjeux étaient devenus délirants, leurs responsabilités étaient devenues immenses.
Seules Historia et Mikasa étaient parvenues à rester concentrées, ni l'une ni l'autre n'avait perdu son objectif de vue. L'une voulait récupérer Ymir et protéger sa famille, l'autre voulait récupérer Eren. Le reste n'avait pas d'importance…
Pour Amos, ce fut une autre histoire. En effet, une fois ses explications données, il s'était reconcentré sur la route sans parvenir à ravaler sa prédation. Dans son esprit, il n'y avait que lui, Eren, et le Titan Bestial… Sieg… l'infâme déchet qui avait manqué de lui arracher son rêve d'être père. Celui qui avait failli réduire à néant son seul et unique espoir dans sa vie de souffrance.
Son imagination le prit de vitesse avant qu'il n'ait pu ne serait-ce que penser à la contrôler. Il vit le barbu, l'objet de sa fureur, devenir la victime des mille et une tortures qu'il désirait ardemment lui infliger, pour avoir osé tenter d'assassiner les enfants qu'il rêvait d'avoir.
Il lui tardait de mettre la main sur ce parasite, il lui tardait de lui trancher les parties génitales pour les lui enfoncer dans la gorge. Il lui tardait…
Mikasa le gifla.
À l'instar de celle qu'elle lui avait donné derrière le QG du Bataillon, il ne l'avait pas vu venir. La puissance du coup fit résonner son crâne comme une cloche, annulant immédiatement la prédation qui l'avait possédé. Choqué et confus par le geste de l'orientale, il se tourna vers cette dernière.
Contrairement à ce qu'il aurait pu anticiper, il n'y avait pas de colère ou de consternation sur le visage de la jeune femme, seulement de l'inquiétude… ce qui le fit écarquiller les yeux.
— Amos, dit-elle d'un ton presqu'implorant, on a besoin de toi.
Ces simples mots rappelèrent immédiatement le noble à l'ordre, et le firent réaliser à quel point il agissait de façon idiote. Il baissa la tête avec honte, avant de la redresser avec une détermination retrouvée.
— Merci Mikasa, lui dit-il en lui adressant un sourire qu'elle lui rendit. J'avais besoin de ça…
— T'avais besoin que Mikasa te gifle ?! balança Connie derrière eux. T'es sûr que tout va bien dans ta grosse tête blonde ?!
Jean se hissa de nouveau à la hauteur du noble, avant que celui-ci n'ait eu le temps de répondre à leur camarade.
— C'est Eren le con colérique du groupe, rappela-t-il en lui frappant l'épaule, toi t'es notre leader, faut que tu gardes la tête froide.
— Jean a raison, renchérit Armin, on s'en sortira pas sans toi.
Ces mots touchèrent le noble en plein coeur au point de lui faire perdre ses mots. Il ouvrit la bouche, mais un simple regard dans les yeux emplis de confiance de ses amis suffirent à le combler.
— Kaa-san serait contente, fit remarquer Historia en lui souriant.
Hannibal baissa la tête pour cacher son rougissement, il aurait pris sa soeur dans ses bras s'il avait pu.
— Hé, je viens de penser à un truc ! lança Connie. Vu qu'on est tous sous tes ordres, est-ce qu'on est devenu « l'escouade Amos »?
Le concerné se crispa en se remémorant la façon dont sa précédente escouade avait terminé, il secoua la tête.
— Ce privilège ne vous ait pas encore accordé, répliqua-t-il d'un ton aussi moqueur que factice, mais je vous promets que quand on rentrera de cette putain de mission, je vous organiserai un festin digne d'un Roi.
Il n'en fallut pas plus pour qu'une certaine native du village de Dauper ne se mette à soudainement accélérer, Mikasa la rattrapa par la queue de cheval et la tira gentiment en arrière.
— Sasha, ne brise pas la formation, l'informa sobrement l'orientale d'un regard neutre.
Blouse se gratta nerveusement la joue, essuya la bave de ses lèvres, et obtempéra contre son gré.
Amos réprima l'esquisse d'un sourire, avant d'apercevoir la forêt des arbres géants. Il reprit immédiatement une expression sérieuse et se frappa les mains.
— Allez, lança-t-il avec conviction et autorité, au travail.
(-)(-)(-)
Du haut de sa branche, Bertholdt n'en cru pas ses yeux lorsqu'il aperçut les signaux de fumée du Bataillon. C'était inconcevable, comment étaient-ils parvenus à les rattraper en l'espace d'à peine sept heures ? Maintenant que l'ennemi était si proche, ils ne pouvaient plus se permettre d'attendre la tombée de la nuit. Ils devaient partir sur le champ !
Il baissa les yeux sur les corps inconscients d'Eren et de son général. Ils avaient été forcés de ligoter le natif de Shinganshina afin d'éviter que celui-ci ne tente une autre manoeuvre suicidaire.
— Reiner ! appela le Colossal. Les éclaireurs sont déjà là !
Le concerné poussa un juron en apercevant les fumigènes, il s'empressa de charger leur prisonnier sur ses épaules et de l'y attacher avec sa cape pour garder ses mains libres. Bertholdt fit de même avec Sieg en utilisant la ceinture de ce dernier.
— Ymir ? dit le Cuirassé. Il va falloir que tu te transformes et que tu nous suives jusqu'à un terrain dégagé où je pourrai tous nous… Ymir ?
La concernée ne l'écoutait pas, ses membres avaient fini de repousser. Elle se tenait debout sur sa branche, les bras croisés, en train d'observer les fumigènes d'un regard empli d'espoir et de remords.
— Ils sont là, murmura-t-elle si doucement que les deux guerriers faillirent ne pas l'entendre, Amos et Christa, ils sont venus me chercher…
Le Cuirassé et le Colossal échangèrent un regard nerveux, le blond s'approcha de la grande fille.
— Écoute, dit-il en essayant de parler avec assurance, je suis désolé, mais on ne peut pas les kidnapper alors qu'on a deux déjà poids morts avec nous. On reviendra les…
Sans crier gare, Ymir écrasa le nez de son interlocuteur d'un coup de poing bien placé, ce dernier recula de quelques pas, les mains plaquées sur son visage ensanglanté.
— Ferme ton claque-merde, répliqua-t-elle d'une voix froide en le toisant d'un regard de la même température, dans cette forêt, c'est moi qui ait l'avantage donc c'est moi qui donne les ordres. Avec Eren sur le dos, tu peux pas te transformer et même si tu le pouvais, vous tomberiez au milieu des titans.
Elle pointa les géants agglutinés autour de leur arbre avant de reprendre :
— Voilà ce qu'y va se passer : vous deux vous allez vous diriger vers la lisière Sud-Est de la forêt et vous allez attendre que j'arrive avec Amos et Christa. Si vous vous faites la malle sans moi; je me joins à eux, et tu sais très bien que je peux broyer ton armure, Reiner.
Le Cuirassé la foudroya du regard tandis que son nez fumait, mais Ymir l'ignorait déjà pour s'efforcer de repérer sa famille au milieu des éclaireurs qui arrivaient.
Frustré, pressé par le temps et à court d'idées, Braun se contenta de lâcher un maigre « c'est d'accord », avant de décoller en direction du Sud-Est. Bertholdt le suivit, non sans avoir jeté un dernier coup d'oeil nerveux à l'égard de la grande fille.
Cette dernière était plongée dans ses pensées, elle voyait sa vie défiler devant ses yeux alors qu'elle sentait les personnes les plus chères à son coeur s'approcher d'elle.
Elle n'avait été personne, une simple orpheline sans abri parmi les centaines qui pullulaient dans les rues de sa ville natale. Sans un incroyable coup du sort, elle aurait trépassée dans la poussière et les déchets comme tous les autres. Mais son visage d'enfant de cinq ans avait tapé dans l'oeil d'un homme avide, ce même homme qui l'avait adoptée et éduquée afin d'en faire son gagne-pain. Elle ne l'avait jamais appelé « Papa » et il ne l'avait jamais considéré comme sa fille, elle n'avait été que l'actrice principale de sa mise en scène. Pendant sept ans elle a joué le personnage d'Ymir Fritz, la Reine d'un peuple déchue, la déesse d'une race maudite qui se croyait élue. Pendant sept ans elle a vécu cette vie, et elle l'avait aimé. Elle avait aimé voir ces crédules se prosterner devant elle et la vénérer comme si elle était spéciale. Elle avait apprécié tout l'amour que ces gens lui avait donné, cet amour qui avait donné de la valeur à son existence, cet amour qui lui avait fait croire qu'elle importait. Jusqu'à ce que la réalité ne déboule dans son univers et révèle au grand jour l'illusion dans laquelle elle s'était enfermée. Le réveil avait été aussi brutal que douloureux, et pour la première fois depuis sa plus tendre enfance, La petite orpheline réalisa ce jour-là à qu'elle point elle avait été insignifiante. Ces gens ne l'avaient pas aimé, ils avaient aimés son personnage, son illusion, son mensonge. Elle-même n'avait pas vécu, elle avait simplement joué un rôle, celui d'Ymir Fritz. Une personne qui n'avait existé que dans les esprits des crédules, des crédules telle qu'elle. Elle n'avait été personne, elle n'avait jamais cessé d'être la petite orpheline des rues, qui ne savait ni son nom, ni qui elle était. Et pour avoir mené une vie illusoire elle fut condamnée à soixante longues années de souffrance, durant lesquelles son existence continua d'être insignifiante.
Jusqu'au jour… où le sort lui accorda une seconde chance, une seconde vie, une résurrection.
Et lorsqu'elle avait rouvert les yeux, la liberté absolue s'était étendue devant elle, elle avait ri de la nature capricieuse du destin, sans se douter une seule seconde d'une dernier tour que celui-ci allait lui jouer.
Depuis ce moment et pendant deux ans, elle devint Ymir, une petite voleuse des rues du Mur Sina. Une adolescente égoïste qui vivait au jour le jour, en profitant pleinement des petits plaisirs de la vie, sans se soucier de ce que le sort lui réserverait le lendemain.
Puis… par le plus grand des hasards, alors qu'elle pillait discrètement une église du culte des Murs, elle entendit parler d'une jeune fille qui n'aurait jamais dû venir au Monde. Une personne comme elle… une personne qu'elle avait voulu rencontrer… Une jeune fille qui répondait désormais au nom de « Christa Lenz, » et qui, comme elle autrefois, jouait un personnage en permanence.
Quelle ne fut pas la déception d'Ymir, cependant, de découvrir qu'il y avait bien quelqu'un derrière le personnage de Christa. Un masque qu'Historia n'enlevait qu'en présence de son frère ainé, qu'elle aimait plus que tout.
Amos avait époustouflé l'ancienne orpheline des rues dans le mauvais sens du terme, elle l'avait craint comme la peste pendant presqu'un an parce qu'il avait été pire que tout ce qu'elle avait pu imaginer; il avait été mort.
Il lui avait fallu du temps pour réaliser que ce grand dadais, trop doué pour être normal, n'avait été pendant de nombreux mois qu'un cadavre ambulant qui jouait le rôle qu'exigeait la situation; le grand frère protecteur, le Conseiller, le leader de la 104ème, le connard arrogant, le psychopathe assoiffé de sang… Il pouvait être tout et n'importe qui… sauf lui-même.
De son côté, Historia se réfugiait sans arrêt derrière le visage de Christa, pour cacher la souffrance qu'elle ressentait en constatant l'état lamentable de son frère. Ils mentaient tous les deux… tout le temps… ils prétendaient que tout allait bien alors qu'ils souffraient. Ymir s'était reconnu en eux. L'une pour son personnage qui lui apportait un réconfort illusoire, l'autre pour la vrai vie qu'il refusait de mener.
Au fil du temps, et grâce à l'influence d'une certaine orientale, Amos avait fini par reprendre des couleurs. Et Historia en avait été si heureuse, qu'elle avait fini par s'autoriser un peu de bonheur, en répondant favorablement aux avances d'Ymir, à la grande surprise et pour le plus grand plaisir de cette dernière.
Leur drôle de trio évolua bizarrement, la grande fille se montra de plus en plus audacieuse envers la petite blonde qu'elle convoitait. Ce qui lui attira parfois les foudres du Conseiller, qui n'avait jamais hésité à la rappeler à l'ordre sans prendre de gants. Ce ne fut qu'après qu'Historia et elle échangèrent leur premier baiser, qu'Amos consentit à lui faire une place dans leurs vies. Mais il n'en resta pas moins exigeant pour autant, et Ymir fut forcée à maintes reprises de prendre des leçons d'arts martiaux contre son gré. Cependant, après que sa petite amie lui eut expliqué que cet art leur avait été enseigné par leur mère adoptive, elle n'avait plus jamais rechigné à la tâche.
Peu à peu, Historia et Ymir devinrent un couple solide, elles s'aimaient et elles le savaient. Elles dormaient toujours dans le même lit, mangeaient toujours à la même table et passaient pratiquement tout leur temps ensembles. Les rares fois où la grande fille n'était pas avec sa petite amie, elle allait voir Amos pour apprendre de lui, lui faire une crasse qu'il lui ferait payer au centuple, ou discuter de leurs camarades et de la meilleure façon de leur rendre service… à leur sauce évidement.
Et quand elle n'était pas seule avec Historia, ou seule avec Amos, c'était bien souvent parce qu'ils étaient tous les trois réunis.
Perchée sur sa branche d'arbre à observer les fumigènes d'un oeil distrait, la grande fille baissa la tête pour observer sa bague.
La petite orpheline des rues était morte.
Le personnage d'Ymir Fritz n'a jamais rien été de plus qu'un personnage.
Ymir, la voleuse de Sina, était une égoïste qui n'avait compté sur personne et qui n'avait compté pour personne, son existence n'avait jamais eu le moindre sens.
Ymir Hannibal… pouvait se vanter de savoir ce que c'était… que d'aimer et d'être aimée… que d'avoir un frère… que d'avoir une véritable famille… la véritable famille royale qui l'avait adoptée.
Une fois de plus, elle ne put que rire face à la nature capricieuse du destin. Son rire fut puissant, heureux et sincère, et mourut immédiatement lorsqu'elle réalisa qu'elle allait devoir les trahir pour les protéger. Lorsqu'elle réalisa que bientôt, elle allait se sacrifier pour permettre à ceux qui avait valorisé sa vie, de survivre dans ce monde répugnant.
Si c'était ainsi qu'elle allait disparaitre, alors c'était avec satisfaction qu'elle accepterait cette mort.
Sans plus de sentiment et sans perdre davantage de temps, elle se mordit le pouce, et laissa la lumière et la chair de titan recouvrir son corps et cacher ses larmes.
(-)(-)(-)
Les anciens cadets de la 104ème repérèrent immédiatement la lumière et froncèrent les sourcils tour à tour.
— Une vive lueur a brillé un instant entre les arbres ! signala Armin à l'attention du Major. Probablement le signe d'une transformation en titan !
À la seconde où il termina sa phrase, une horde de géants surgit d'entre les arbres et fonça droit sur les cavaliers.
Amos flaira l'anguille sous la roche dès qu'il les aperçut.
— « Une transformation si proche avec autant de titans dans le coin ? » songea-t-il en plissant les yeux. « C'est très risqué de faire un truc pareil… qu'est-ce qu'ils mijotent ? »
— Dispersez-vous ! aboya Erwin. L'ennemi est sans doute déjà transformé ! Trouvez Eren et récupérez-le !
Il eut tôt fait de donner ses directives, qu'un membre des Brigades Spéciales se fit attraper et dévorer avant même d'avoir pu appeler à l'aide.
— Ne vous préoccupez pas d'eux, ordonna Amos sans se retourner, ils sont là pour crever à notre place pendant qu'on récupère Eren. Laissez-les accomplir leur mission et concentrez-vous sur la nôtre.
Si Mikasa et Historia acquiescèrent sobrement, les quatre autres eurent un peu de mal à digérer cette information.
— Évitez le combat ! continua d'aboyer Erwin. Notre priorité est de récupérer Eren !
Amos aperçut alors une ouverture entre les rangs des titans, il quitta soudainement la formation pour forcer le passage dans la forêt avec son escouade sur les talons.
— H-hé ! hurla Connie en voyant un onze mètres et un neuf mètres refermer le maigre espace par lequel le noble espérait qu'ils s'engouffrent tous. Qu'est-ce que tu f… ?
Deux coups de feu assourdissants interrompirent le natif de Ragako, et les titans qui étaient sur le point de fondre sur eux une seconde plus tôt, reculèrent de panique en hurlant de douleur et en plaquant leurs mains sur l'un de leurs yeux.
Amos rechargea ses capuces, dégaina ses lames et s'accroupit sur sa selle.
— On passe en manoeuvre tridimensionnel ! ordonna-t-il en décollant. Si transformation il y a eu, cela signifie qu'ils ne sont pas loin ! Concentrez-vous sur Eren et Ymir, n'engagez le combat que si c'est essentiel et surtout… ne perdez pas votre temps à leur parler ! Ils n'auront rien à vous dire !
À ces mots, Connie et Sasha baissèrent la tête, Jean serra les dents, Armin acquiesça en déglutissant, tandis qu'Historia et Mikasa restaient impassibles.
— Dispersez-vous en groupe de deux, continua-t-il tandis que sa soeur s'élevait à son niveau, on va passer le périmètre au crible fin jusqu'à ce qu'on trouve une trace ! Le groupe qui la trouvera, tirera un fumigène noir pour qu'on sache dans quelle direction ils…
Il n'eut pas le temps de finir sa phrase que le titan Mâchoire tomba en piqué de la branche touffue derrière laquelle elle s'était cachée, et goba les deux Hannibal sans qu'aucun de leur camarade n'ait eu le temps d'écarquiller les yeux.
Elle ralentit sa chute en usant de ses griffes pour tracer de longs sillons sur le tronc d'un arbre, et bondit en direction du Sud-Est sans perdre une seconde.
À l'inverse, les anciens de la 104ème en perdirent presque sept à comprendre ce qu'il venait de se passer.
Mikasa réagit la première, elle se propulsa à la poursuite de la traitresse en arborant un visage contorsionné par la colère.
Les autres n'eurent d'autre choix que de la suivre.
— Ce titan… C'est Ymir ! s'exclama Connie sous le choc. Qu'est-ce qu'elle fout, cette conne ?!
— Elle s'est jointe à Reiner et Bertholdt, réalisa Armin presqu'aussi choqué, elle emmène Amos et Historia…
À ces mots, l'orientale manqua d'exploser de colère et accéléra l'allure, mais Arlet l'interpella.
— Attends, Mikasa ! Ymir est bien trop rapide pour être rattrapée dans cette forêt, et on ne pourra plus la suivre quand elle sera sortie ! Il faut qu'on remonte à cheval !
La Ackerman laissa échapper un râle de frustration, elle redescendit à la hauteur de leurs montures avec le reste de leurs camarades et remonta en selle avant d'éperonner sa jument.
Elle alla si vite que les autres eurent du mal à suivre son rythme.
C'est alors qu'un nouvel éclair éclata à la lisière de la forêt et illumina les visages des anciens cadets.
Ceux-ci aperçurent alors la stature massive du Titan Cuirassé, qui plaça prudemment le corps inconscient du détenteur du bestial sur sa langue, avant d'accueillir Bertholdt et Ymir sur ses épaules et de courir aussi vite que ses lourdes jambes pouvaient le porter.
Mikasa éperonna sa monture si brutalement que celle-ci hennit en guise de protestation, mais galopa à toute vitesse. L'orientale avait le visage déformée par la rage, elle serrait ses rênes si forts que ses ongles pénétrèrent les paumes de ses mains.
— Je n'hésiterai pas… murmura-t-elle d'un ton venimeux, je les tuerai tous les deux, et Ymir aussi si elle se met en travers de mon chemin.
Le petit blond à ses côtés écarquilla légèrement les yeux.
— Mikasa… si tu tues Ymir, Amos ne te le pardonnera jamais…
La jeune fille secoua la tête, conserva une expression aussi résolue que furieuse, mais ne répondit pas.
— « Au moins il sera en vie », songea-t-elle pour se convaincre.
(-)(-)(-)
Être capturés dans la bouche d'un titan fut l'une des expériences les plus répugnantes que les deux Hannibal eurent à traverser. Ainsi, lorsqu'Ymir consentit enfin à ouvrir son énorme mâchoire pour les attraper et les en sortir, ils furent plus qu'heureux de recracher la bave immonde qu'ils avaient manquer d'avaler et d'emplir leurs poumons d'air frais.
Amos fut le premier à réagir; bien que serré contre sa soeur dans la main géante de sa belle-soeur, il se débarrassa de la salive qui avait coulé sur ses paupières en secouant vivement la tête, et balaya les environs du regard dès qu'il put rouvrir les yeux.
La première personne qu'il vit fut Bertholdt, le possesseur du Colossal se crispa de terreur devant la lueur prédatrice qui brillait dans les iris d'émeraude du noble et effectua un léger mouvement de recul. Hannibal l'ignora lorsqu'il remarqua la figure inconsciente d'Eren attachée au dos d'Hoover et l'épaule cuirassé du titan de Reiner sur laquelle ils se trouvaient. Mais il eut beau agiter sa tête dans tous les sens, il ne trouva aucune trace de Sieg.
De son côté, Historia essuya une violente quinte de toux, et focalisa toute son attention sur le titan Mâchoire, un filet de vapeur s'échappa alors de la nuque de celui-ci, et Ymir, les joues toujours attachées aux nerfs de son corps géant, en sortit partiellement.
La grand blond abandonna aussitôt sa traque du Bestial pour se reconcentrer sur sa belle-soeur, les traits froissés de son visage toujours couvert de bave suffirent à exprimer un vif mécontentement.
— On peut savoir ce qu'il te prend ? gronda-t-il, furieux de s'être fait avoir par une personne à qui il avait accordé sa pleine confiance.
— D-désolée, bredouilla la grande fille essoufflée, désolée de vous avoir gobé… j'espère que vous m'en voulez pas trop…
— Ymir ! implora Historia. Qu'est-ce que tu fais ? On est venu vous chercher toi et Er…
— J'ai pas besoin qu'on me sauve ! rétorqua le Mâchoire d'un ton claquant. Je vais suivre Reiner et Bertholdt et…Vous deux… vous venez avec nous.
— Tiens donc, ironisa Amos, et en quel honneur ?
— En l'honneur qu'il n'y a aucun avenir dans ses putains de murs ! lui cria Ymir.
Ce coup de sang inattendu surpris le grand blond, il fronça les sourcils, curieux de connaitre les raisons des agissements de sa belle-soeur.
Celle-ci prit un temps pour reprendre son souffle, puis elle dit plus calmement :
— Ça va aller pour vous deux… vous êtes des descendants de la famille royale… ils vous traiteront bien là-bas… ils ont besoin de vous…
Amos écarquilla les yeux d'horreur en entendant ces paroles.
— Ils ont besoin de… non mais est-ce que tu as la moindre idée de la connerie que tu baragouines ?! rugit-il avec une telle colère qu'il fit tressaillir presque toutes les personnes présentes.
— Chez eux, les nobles vivent comme des Rois ! répliqua-t-elle sans se démonter. Vous serez en sécurité là-bas !
— Et toi dans tout ça ?! s'exclama Historia au bord des larmes. Qu'est-ce qu'il t'arrivera une fois qu'on sera arrivé ?!
À ces mots, Ymir, éclata d'un rire amère.
— Moi… j'y passerai, répondit-elle avec mélancolie. Ça peut pas se faire autrement, je leur ai volé un pouvoir qu'ils veulent récupérer. Mais je m'en fous… j'aurais jamais dû vivre aussi longtemps de toute façon…
Il n'en fallut pas plus pour qu'Amos comprenne ce qui avait poussé la grande fille à agir ainsi, et comment ils s'étaient retrouvés dans cette situation, il poussa un soupir face au geste noble mais naïf de sa belle-soeur. Elle ne se rendait pas compte qu'en essayant de les sauver, elle les condamnait à un sort pire que la mort.
— Ymir, appela Bertholdt avec horreur, les éclaireurs nous ont presque rattrapés.
Cette information-ci attira l'attention du grand blond, qui remarqua qu'en effet, les cavaliers du Bataillon se rapprochaient à vue d'oeil.
Dévoré par l'anxiété, le détenteur du Colossal commença à hyper ventiler, il regarda la petite amie d'Historia avec des yeux larmoyants
— Si seulement on…
— Bertholdt ! aboya Amos à la surprise générale en foudroyant le concerné d'un regard possédé par la prédation. Ferme ta putain de gueule ! Tu m'entends ?! Quand les Hannibal parlent, tu la boucles comme le chien que tu es et tu les laisses parler ! Sinon j'irai chez toi, je trouverai ta famille, je les couperai en dés et je les donnerai à bouffer à des porcs ! Tu m'as compris ?!
Hoover écarquilla les yeux d'horreur et laissa échapper un petit cri de panique, après quoi il effectua un mouvement de recul qui manqua de lui faire perdre l'équilibre, mais il se rattrapa au dernier moment et parvint à rester accroché à l'épaule du Cuirassé.
— « C'est ça le Titan Colossal », songea Amos déçu en se reconcentrant sur sa belle-soeur , « Un péteu qui perd ses moyens dès qu'on élève la voix. »
— Ymir, reprit-il sur un ton beaucoup plus doux, contrairement à ce qu'ils essayent de te faire croire, il y a un avenir derrière les murs.
— Un avenir dont on veut que tu fasses partie, renchérit Historia les larmes aux yeux, je t'en supplie…
— Je ne peux pas ! cria la grande fille en secouant la tête. Vous ne comprenez pas ! Vous ne comprenez rien ! On… On ne peut pas gagner…
Elle croisa le regard étonnamment compréhensif du noble, et continua :
— Amos… C'est une guerre que tu gagneras pas… peu importe ce que tu feras… si tu veux protéger Historia… alors fais-moi confiance…
Les raisons qui la poussaient à s'obstiner étaient on ne peut plus clair aux yeux de son interlocuteur, et c'est pour cette raison que ce dernier n'était plus en colère contre elle. Ymir ignorait qu'une grande partie du mystère avait été percée, elle ignorait qu'Eren était l'Axe, elle ignorait que Sieg était de sang royal, et étant donné sa conviction quant à la défaite assurée des siens, elle ne savait peut-être pas pour l'armée de titans colossaux qui sommeillait dans les Murs.
Historia, en revanche, n'appréciait pas du tout ce qu'elle avait entendu.
— Vous vous foutez de ma gueule ?! aboya-t-elle furieuse en surprenant sa famille par son vocabulaire. J'en ai assez, assez que vous fassiez mille sacrifices pour moi ! Vous m'entendez ?! Pourquoi est-ce qu'il faut toujours que vous me fassiez passer avant tout le reste ?!
Elle se tourna vers sa petite amie.
— Ymir ?! Pourquoi est-ce que tu veux te sacrifier pour nous ?!
— Parce que vous êtes tout ce que j'ai ! répliqua Ymir sur le même volume mais avec une pointe d'agonie.
Cette révélation-ci fit écarquiller les yeux des deux Hannibal, la grande fille poursuivit alors que des larmes coulaient sur les longs nerfs rouges qui la reliaient à son titan.
— J'avais rien dans ce monde de merde avant vous deux, sanglota-t-elle en serrant les dents de résolution, rien du tout ! J'étais personne ! Mais vous… J'ai aucune importance sans vous… S'il vous plait… Pardonnez-moi !
Historia et Amos restèrent sans voix face à la déclaration d'Ymir, ils ne surent exprimer la myriade de sentiments que leur avait inspiré une telle dévotion. S'ils en avaient eu le temps et l'opportunité, ils auraient pris la Hannibal adoptée dans leurs bras et lui auraient rendu son amour. Mais le noble au regard d'émeraude devait impérativement renverser cette situation s'ils voulaient que toute sa famille s'en sorte.
— Ymir, appela-t-il d'une voix compatissante, je te fais confiance…
Cet aveu fit relever la tête de la grande fille, ses yeux se remplirent d'espoir.
— Mais tu es en train de commettre une énorme erreur, continua-t-il d'un ton tranchant, ils ne t'ont pas tout dit…
Il n'eut pas le temps de développer qu'un grappin se planta sur l'épaule du Titan Mâchoire, forçant ainsi la détentrice de ce dernier à se réfugier dans sa propre nuque. Elle pivota sur elle-même pour éviter que son point faible ne soit attaqué, mais c'est son oeil qui fut tranché, ce qui lui arracha un rugissement de douleur.
— « Oh non ! » songea Amos paniqué en reconnaissant l'assaillante. « Pas maintenant ! »
Mikasa ne se posa aucune question tandis qu'elle voltigeait dans les airs, seule sa volonté de sauver les siens et tuer ses ennemis guidait ses mouvements. Elle repéra Eren et fonça droit sur son kidnappeur.
Terrorisé, Bertholdt s'échappa à toute vitesse en direction du cou de son comparse.
— Reiner ! implora-t-il. Protège-nous !
Le Cuirassé eut à peine le temps de cacher son camarade derrière sa main blindée que la lame de l'orientale vint se briser contre elle. La jeune femme se servit de l'interstice entre les doigts du Titan qui avait percé le Mur Maria pour incendier Bertholdt du regard le plus meurtrier et le plus fou que celui-ci eut jamais vu. Malgré la sécurité obtenue grâce à la barrière impénétrable derrière laquelle il s'était réfugié, le détenteur du Colossal trembla de terreur.
Mikasa n'eut cependant pas le temps de ruminer son échec qu'Ymir tenta de la faucher avec ses griffes. Une attaque facilement évitée par l'orientale et une confirmation sans appel que le Titan Mâchoire était du côté de l'ennemi. Déterminée à se débarrasser de son adversaire la plus atteignable, la Ackerman reprit de l'élan à l'aide d'une nouvelle manœuvre qui prit la Hannibal adoptée de vitesse, et fondit sur sa nuque.
Amos réagit à la seconde où il réalisa les intentions de Mikasa, il actionna le mécanisme qui déploya la série de lames crochues dissimulée dans sa manche, trancha les articulations des doigts du Mâchoire, et se projeta à l'aide d'une violente poussée de gaz pour parer l'attaque de l'orientale avec ses propres épées. Cependant, celle-ci étant bien plus forte que lui et ayant profité de l'élan que lui avait octroyé son attaque en piquet, elle le percuta de plein fouet et le plaqua contre la nuque de sa belle-soeur avec une telle force qu'il faillit s'égorger avec ses propres lames.
Si la jeune fille avait été surprise par la soudaine intervention du Conseiller, elle ne le montra pas, elle se contenta d'user de sa force colossale pour le maintenir immobile.
— Amos… murmura-t-elle d'une voix froide comme la mort, écarte-toi.
— Non, répliqua-t-il en soutenant son regard.
Historia se précipita sur la métisse pour venir en aide à son frère, mais celle-ci la repoussa d'un coup de pied dans l'abdomen qui l'envoya s'écraser contre la nuque de Reiner.
En voyant cela, le noble tenta de se redresser, mais son assaillante le maintint fermement plaqué contre la nuque d'Ymir.
Cette dernière leva la main dans leur direction.
— Que tout le monde se calme, tout de suite ! rugit Amos à pleins poumons. Ymir ! Historia ! Ne tentez plus rien ou ça finira en bain de sang !
La petite blonde massa son estomac endolori et foudroya l'orientale du regard qui ne la remarqua pas, le Titan Mâchoire hésita, mais finit par se plier aux exigences du noble et rétracta son bras.
Celui-ci reporta son attention sur son assaillante, qui gardait ses propres lames plaquées contre sa gorge à l'aide de sa force inhumaine, ses yeux de jais brillaient d'une lueur déterminée.
— Mikasa, commença-t-il d'une voix calme, Ymir a agit ainsi dans le seul et unique but de nous protéger, Historia et moi. Il est inutile de s'en prendre à elle, elle a juste besoin d'être raisonnée.
— Je tuerai quiconque se mettra en travers de ma route, siffla-t-elle d'un ton glaçant sans cesser de le fusiller du regard. Il n'y a qu'une poignée de vies qui sont précieuses à mes yeux, et rien ne m'a détourné d'elles ces six dernières années. Ne t'attends pas à de la pitié de ma part, Amos, si Ymir veut vivre, alors elle ferai mieux de rester en dehors de mon chemin.
Pendant une seconde qui paru durer une éternité, le noble fixa les iris perçantes de la jeune fille.
— Alors Amos ? s'impatienta-t-elle. Qu'est-ce que vous choisissez ? Est-ce que tu vas t'opposer à moi, toi aussi ?
À cela, il secoua tristement la tête.
— Il fut un temps où il n'y avait qu'une seule vie qui comptait pour moi, dit-il sans perdre son calme, mais ça c'était avant que je ne te rencontre.
Sans crier gare, il relâcha ses épées, laissant ainsi celles de Mikasa lui entailler le cou, cette dernière écarquilla les yeux d'horreur et s'empressa de bondir en arrière pour éviter de l'égorger. Cependant, Hannibal se remit debout à l'aide d'une simple poussée de gaz et attrapa les lames de l'orientale à mains nues, tandis que deux minces filets de sang coulaient le long de son col.
Mikasa se paralysa sur place, le visage paniquée, incapable de savoir comment réagir alors que ses épées étaient en train d'entailler les paumes du jeune homme.
— Arrête ! cria-t-elle en voyant de nouvelles coulées d'hémoglobine glisser sur ses armes. Je… Je ne veux pas te faire de mal !
— Je sais, répondit le noble en conservant un ton neutre, mais si tu veux t'en prendre à Ymir et Historia alors tu devras d'abord me tuer.
Mikasa sentit un éclair traverser sa cervelle en entendant ces paroles, son corps habituellement imperturbable se mit à trembler.
Amos resserra son emprise sur les lames de la Ackerman, ce qui doubla sa perte de sang.
— Je te promets de récupérer Eren, murmura-t-il d'une voix rassurante, mais j'ai besoin que tu me fasses confiance. S'il-te-plait, Mikasa. Je ne veux plus jamais me battre contre toi.
Ces mots eurent raison des dernières défenses de l'orientale, elle abaissa ses armes, encourageant ainsi le grand blond à les lâcher.
— Pourquoi est-ce que tu refuses de prendre soin de toi ? murmura-t-elle frustrée en contemplant les blessures qu'elle lui avait infligées.
— Parce que moi aussi, j'ai une famille à protéger.
Elle acquiesça sans rien dire, se tourna, activa son équipement TDM et retourna se nicher près des mains de Reiner pour trouver un moyen de récupérer Eren. Mais alors qu'elle ignorait le regard assassin que lui jetait Historia, elle entendit sa propre culpabilité lui ronger les entrailles :
— « Il s'est encore blessé à cause de moi… »
Elle secoua la tête et se reconcentra sur son objectif.
Lorsqu'Eren reprit conscience, il réalisa avec colère qu'il était toujours prisonnier de Reiner et Bertholdt, En rage, et revigoré par les voix alliées qu'il entendait à l'extérieur de l'énorme main dont il était prisonnier, il se débattit furieusement pour tenter d'échapper à son ravisseur.
— Arrête Eren, gémit Hoover incapable de le maitriser, ne te débat pas.
— Tu gaspilles ta salive, Bertholdt, fit remarquer une voix familière depuis l'extérieur.
Une voix qui écarquilla les yeux du traitre.
— C'est impossible de calmer cet excité, continua Jean, je sais de quoi je parle, vu que je supporte pas sa façon de brailler.
Kirstein, Connie, Armin et Sasha avaient finalement réussit à rattraper le Cuirassé et s'étaient rassemblés autour de son cou avec Mikasa. Amos était tranquillement en train d'essuyer le sang de ses mains, adossé contre la mâchoire de Reiner, la prédation luisante dans ses yeux d'émeraude lui avait fait ravaler ses émotions. Historia était restée en retrait sur la tête d'Ymir, qui préférait ne plus intervenir tant que l'orientale était dans les parages.
— Si tu veux, poursuivit Jean d'une voix qui se voulait légère, je peux t'aider à lui botter le derche, tout ce que tu as à faire c'est sortir de là et on lui mettra un coup chacun.
Pas de réponse.
— Hé ! Reiner ! Bertholdt ! s'exclama soudainement Connie au bord de la crise de nerfs avant de reprendre un ton plus peiné. Vous… vous vous êtes vraiment foutus de nous pendant tout ce temps ? Vous avez prétendu être nos camarades ? Nos potes ? Nos frères d'armes ? Alors que vous avez essayé de nous buter ?! C'est ignoble !
Toujours aucune réponse.
— Pitié, implora à son tour Sasha, dites-nous que ce n'est pas vrai ! On a partagé tant de repas ensembles ! Les fois où vous m'avez laissé votre bout de pain, c'était juste pour m'amadouer ?!
Bertholdt sentit lentement son coeur se déchirer en deux, les trahir étaient une chose, être confronter aux conséquences de cette trahison en était une autre, le poids de sa culpabilité grandissante l'écrasa si brutalement qu'il en oublia Eren.
— Vous comptiez vous barrer comme ça sans nous fournir d'explication ? continua Jean en s'efforçant de conserver un ton amical. Ça se fait pas ça, les gars ! Pendant trois ans, on a dormi sous le même toit et on a mangé à la même table. Bertholdt ? Tu prenais de ces poses en dormant… c'était tout un art à nos yeux. Tous les matins, on s'empressait d'aller découvrir ton nouveau chef-d'oeuvre. Et depuis le matin où t'as foutu ton pied dans la tronche d'Amos, et qu'on s'est ramassé une tempête le même jour, on a commencé à t'utiliser pour prédire la météo.
Jean laissa échapper un râle de frustration, s'appuya contre la main du Cuirassé, et reprit d'un ton beaucoup plus amère :
— Quand je pense qu'un meurtrier de ton espèce… dormait à poings fermés juste à côté de ses victimes…
— Ah ça, renchérit Amos en jetant le mouchoir ensanglanté avec lequel il s'était essuyé les mains, vous pouvez vous vanter de m'avoir roulé dans la farine à ce point. Dire que j'ai dormi dans le même plumard que le Cuirassé et le Colossal pendant trois ans sans jamais rien suspecter. Je dois avouer que j'ai rarement été aussi humilié de toute ma vie, j'espère que vous êtes fiers de vous.
— Hé les gars ! reprit Connie sans leur laisser une minute pour respirer. Alors tout ça, c'était du flan ? Quand on disait qu'on survivrait tous pour aller trinquer ensembles une fois vieux… vous… vous pensiez à quoi quand vous avez rigolé avec nous ? Vous étiez juste en train de vous payer nos tronches ? Bertholdt ?!
Toujours pas de réponses.
— Leurs raisons n'importent pas, trancha la voix déterminée de Mikasa, ce qui importent, c'est de les tuer tous les deux et de récupérer Eren ! Une seule seconde d'hésitation et ce sera la fin pour nous !
Elle continua en accentuant son ton venimeux :
— Ce sont nos ennemis, on a pas besoin d'en savoir plus.
C'était plus que Bertholdt ne pouvait le tolérer, l'armure qu'il avait forgé autour de son coeur vola en éclats.
— Q-qui ?! Qui voudrait commettre des massacres par choix personnel ?! hurla-t-il au bord des larmes.
Cette question prit de court les jeunes recrues, même Amos ressentit une légère gêne malgré la prédation. Le Colossal poursuivit en sanglotant :
— Vous croyez vraiment… qu'on a tué tous ces gens pour le plaisir ?! Le monde entier nous déteste et nous méprise… On a commis tellement d'atrocités qu'on mérite de mourir… Ce qu'on a fait est irréparable… Mais… On… Le poids de nos crimes étaient trop lourd à porter… Nous faire passer pour des soldats nous a permis d'oublier notre fardeau.
Il prit une grande inspiration et déclara du plus profond de son coeur :
— Ce n'était pas du baratin ! Connie ! Jean ! Oui ! On vous a trompé, mais tout n'était pas que mensonges ! Vous étiez vraiment nos camarades !
Ymir et Amos furent parmi les plus touchés par la déclaration de Bertholdt, l'une avait pitié de lui, l'autre se sentait coupable.
— « Qui voudrait commettre des massacres par choix personnel… hein ? » songea-t-il amère.
— Ce qu'on a fait est impardonnable, poursuivit le traitre en plongeant sa tête dans ses bras, mais pitié… quelqu'un… que quelqu'un nous vienne en aide…
— J'ai essayé, Bertholdt, mentit Amos en croisant ses bras et en laissant la prédation le posséder tandis que tous les regards se tournaient vers lui.
Ses yeux d'émeraude brillaient d'une lueur mortelle.
— Mais je comprends maintenant pourquoi vous avez refusé, ajouta-t-il d'une voix sinistre teintée de colère, Reiner et toi avez été élevés comme des chiens. Depuis votre plus tendre enfance, on ne vous a apprit qu'à obéir aux ordres, à tel point que même avec le pouvoir et l'opportunité de briser vos chaînes, vous préférez obéir à vos maitres plutôt que vivre libres ne serait-ce qu'une seule journée. Pas étonnant que Reiner ait vrillé, la 104ème, c'est probablement le premier endroit où vous avez été traité en humain, je me trompe ?
Un hoquet dû à un sanglot étranglé vint faire écho à ces paroles, Amos secoua la tête.
— Bertholdt, siffla Mikasa d'une voix meurtrière, rends-nous Eren.
— Je… Je ne peux pas, répondit le concerné à l'âme meurtrie. L'un d'entre vous… va devoir se salir les mains…
— Si ce n'est que ça, soupira Amos avant de se tourner vers sa belle-soeur.
— Ymir ! Contrairement à ce qu'ils t'ont fait croire, ils n'ont pas besoin de nous, ils ont seulement besoin de notre sang royal pour utiliser le pouvoir le plus destructeur qui soit.
Bertholdt cessa immédiatement de pleurer et se mit à paniquer. Reiner plaqua le côté de sa tête contre son épaule pour essayer d'écraser le noble, mais celui-ci avait déjà sauté sur le visage de titan de sa belle-soeur.
— Comme tu peux le constater, continua-t-il en la regardant droit dans les yeux, nos ennemis utilisent des enfants endoctrinés bien obéissants pour faire leur sale boulot. Tu crois sincèrement qu'ils vont nous confier le pouvoir de l'Axe, à nous qui sommes parfaitement conscients de nos actions ?
Les iris géantes du Mâchoire s'écarquillèrent, sa grande bouche s'ouvrit avec béatitude et horreur.
— Non, acheva Amos sans cesser de la foudroyer avec la prédation, ils vont transformer Historia en jument poulinière, moi en usine à sperme, endoctrinerons notre descendance et se serviront d'eux pour utiliser l'Axe comme bon leur semble. Alors maintenant que tu as réalisé la connerie monumentale que tu étais en train de commettre, aurais-tu l'obligeance de cesser ton caprice et de nous aider à récupérer Eren ?
En entendant ces paroles, Reiner se mit aussitôt à paniquer. Le Mâchoire était parfaitement capable de percer son armure, et s'il levait les bras pour se défendre, s'en était fini de Bertholdt.
Il considéra pendant une seconde l'idée de se jeter en arrière afin d'écraser Ymir et Amos, et de se débarrasser des anciens cadets accrochés à son corps. Mais une voix qu'il ne connaissait pas attira l'attention générale.
— Restez pas là ! s'époumona Hannes. Dégagez du Titan Cuirassé !
À cet avertissement, Hannibal fronça les sourcils, grimpa sur le sommet du crâne de sa belle-soeur, et écarquilla les yeux d'horreur.
Le Major Erwin et son Bataillon galopaient dans leur direction, poursuivit par une horde de vingt quatre Titans mesurant entre sept et quinze mètres.
Les jeunes recrurent pâlirent face à la menace qui fonçait droit sur eux, Amos rugit en conséquence :
— Retournez tous sur vos chevaux et éloignez-vous le plus possible de la collision ! Ymir ! Mets Histor…
Il fut coupé par la main géante de sa belle-soeur qui attrapa les deux Hannibal pour s'enfuir avec. Le reste de l'escouade suivit sans se poser de question, seule Mikasa jeta un regard en arrière en priant pour qu'Eren survive à l'impact imminent.
(-)(-)(-)
Malgré le barrage de géants sur lequel il fonçait, Reiner savait qu'il était trop lent pour faire un détour sans être rattrapé, et avec Ymir qui avait de nouveau changé de camp, il n'était plus invulnérable contre toutes les attaques ennemis. Aussi il choisi de forcer l'allure, alors que les éclaireurs qui avaient amené la horde sur lui se dispersaient sous l'ordre de leur Major. Le Cuirassé fonça l'épaule en avant contre les titans, la collision envoya valdinguer les cinq premiers qui avaient tentés de lui barrer la route. Et pendant une demi-seconde, Reiner crut qu'il avait réussi à forcer le barrage, mais un spécimen de sept mètres se jeta sur sa jambe, l'obligeant à poser le genou à terre. Il traça un long sillon sur le sol et manqua de s'écrouler, malheureusement, il était désormais une cible facile pour le reste de la horde qui s'empressa de se jeter sur lui. Si son armure résista sans difficulté aux mâchoires géantes qui le mâchouillait de toutes parts, il était désormais immobilisé par le poids commun des titans. Et il eut beau gigoter dans tous les sens, il ne pouvait se permettre de se servir de ses mains sans exposer Bertholdt.
Il était pris au piège.
(-)(-)(-)
Jean contempla le bourbier dans lequel le Cuirassé était fourré d'un air choqué, jamais au cours de sa courte vie, n'aurait-il crut voir une chose pareille.
— Quel bordel, commenta Amos les sourcils levés face à l'impressionnant tableau.
Sa belle-soeur le déposa, Historia et lui, sur leur cheval respectif.
— On est où là ? marmonna Kirstein qui n'en revenait toujours pas. C'est l'Enfer sur Terre ?
C'est alors qu'un jet de vapeur s'échappa de la nuque du Titan Mâchoire, et qu'Ymir en émergea avec les joues toujours attachées aux nerfs.
Erwin trotta dans sa direction en l'observant avec méfiance.
— J'imagine que le problème est réglé, supposa le Major à l'adresse d'Amos.
Ce dernier balaya l'inquiétude de son supérieur d'un revers de main nonchalant.
— Les raisons qui l'ont poussé à faire sa crise d'ado ont disparues, rassura-t-il avant de se tourner vers la concernée, qu'est-ce que tu as à dire ?
— Pour commencer, grogna-t-elle en incendiant une certaine orientale du regard, Mikasa, si on survit toutes les deux, je te jure que je t'encule !
Cette dernière resta imperturbable, Ymir poursuivit :
— Je peux percer l'armure de Reiner avec ma mâchoire, annonça-t-elle, mais j'ai besoin d'une ouverture.
Erwin enregistra immédiatement cette information précieuse et s'empressa de reprendre la tête du Bataillon. Amos se tourna vers sa belle-soeur.
— Où est le Titan Bestial ?
— Dans la bouche de Reiner.
Il enregistra l'information et partit à la suite d'Erwin, Mikasa en fit de même en tâchant d'ignorer les regards d'Ymir et d'Historia.
— Bataillon ! À l'assaut ! rugit le Major à la surprise et l'horreur de ses hommes. C'est maintenant que se joue le destin de l'Humanité ! Sans Eren, nous perdrons tout espoir de survie sur cette terre ! Récupérons-le et battons en retraite !
Sur ces mots, Erwin se frappa la poitrine de toutes ses forces.
— Offrons nos coeurs ! déclara-t-il avant de partir au galop.
Mikasa et Amos furent les premiers à le suivre, rejoins assez rapidement par le Titan Mâchoire et tous les autres éclaireurs. Un cri de guerre collectif résonna à travers leurs rangs.
(-)(-)(-)
Reiner n'en menait pas large, les titans amoncelés sur lui l'immobilisaient presque complètement. S'il se servait de sa mâchoire, il exposait Sieg, s'il se servait de ses mains, il exposait Bertholdt, mais s'il ne faisait rien, Ymir allait probablement venir lui mordre les poignets ou la nuque. Il était obligé de prendre des risques.
— « Accroche-toi, Bertholdt ! » gronda intérieurement le Cuirassé en libérant ses mains pour éclater les figures des titans à coups de poing. « On y est presque ! » Il en frappa un autre, et encore un autre. « On est presque rentré chez nous ! »
Après que Reiner ait retiré les mains de son cou, tous les éclaireurs du Bataillon aperçurent leur objectif.
— Ça a marché ! annonça Jean. Eren est en vue !
— C'est le moment ! gronda Mikasa en accélérant la cadence. On aura pas de meilleure de chance !
— Attends ! s'écria Kirstein effaré. Tu vois pas tous les titans devant nous ?! Comment est-ce qu'on va passer à travers ?!
— En fonçant dans le tas, en forçant le passage et en évitant de se faire attraper, répliqua Amos en se tournant vers les siens. Mikasa ? Je vais te donner une ouverture ! Attrape Eren et tires-toi !
Elle acquiesça.
— Ymir ! Ne prends pas de risques inutiles ! L'objectif c'est Eren, pas la nuque de Reiner ! Prends Connie, Sasha et Jean avec toi et essayez de faire un peu de ménage tous les quatre !
Le Mâchoire grogna son accord, et laissa ses camarades grimper sur sa tête.
— Armin et Historia, vous restez à mes côtés, on va utiliser nos grenades pour donner une ouverture à Mikasa ! Privilégiez l'incapacitante à l'explosive et évitez d'aveugler nos compagnons. Restez tous en vie et veillez les uns sur les autres !
— Compris ! Répondirent-ils à l'unisson.
Amos croisa les regards de chacun de ses camarades pour leur accorder un signe de tête encourageant ainsi que toute sa confiance. Alors qu'il se reconcentrait sur sa cible, il espérait de tout coeur que ce n'était pas la dernière fois qu'ils les voyaient en vie.
— En Avant ! déclara Erwin en levant son épée.
Un titan de neuf mètres surgit à quatre pattes par son angle mort, captura son bras dans sa mâchoire et le désarçonna pour l'entrainer avec lui.
Un silence de cathédrale s'abattit sur les rangs des éclaireurs, ils avaient tous les yeux exorbités et l'expression hagarde, l'horreur de leur situation les avait complètement paralysés.
— EN AVAAAAAAAANT ! rugit le Major à pleins poumons.
Un coup de tonnerre frappa le Bataillon tout entier alors qu'ils regardaient leur leader se faire emporter par son prédateur naturel, ils sentirent une énergie insoupçonnée mêlée à une folie pure envahir leurs poitrines.
— EREN EST JUSTE DEVANT VOUS ! mugit-il de plus belle. NE VOUS ARRÊTEZ PAS !
Son regard croisa alors celui d'Amos, cela ne dura qu'un dixième de seconde, mais il comprit ce qui était attendu de lui.
— Fils de pute, marmonna le noble avant d'éperonner son cheval pour prendre la tête et rugir à son tour : Vous avez entendu le Major ?! À l'assaut !
Personne ne remit sa nouvelle autorité en question, personne ne chercha à fuir, tout le monde chargea la horde de titans en hurlant pour se donner du courage. Et lorsque les deux camps entrèrent en collision, le chaos, la mort et la rage en jaillirent telle une sanglante déflagration.
Les membres de la Garnison et des Brigades Spéciales, ne cherchèrent pas à passer en manoeuvre tridimensionnelle contrairement aux éclaireurs. Ils tentèrent vainement d'esquiver les titans en restant à cheval, ce qui fit d'eux des proies faciles pour les énormes mains et mâchoires. Les membres du Bataillon firent preuve davantage d'expérience en décollant avant le contact avec leurs ennemis, mais ceux-ci étaient tellement nombreux que les humains qui parvinrent à abattre des titans purent se compter sur les doigts d'une main, les victimes à l'inverse, furent innombrables.
Certains croisèrent leurs cables dans le feu de l'action et se percutèrent avant de s'écraser sur le sol, d'autres furent mâchés au vol par de sautillants petits gabarits. Mais la plupart finirent simplement attrapés et dévorés avant d'avoir eu la moindre chance d'atteindre le point faible de leurs prédateurs. Les seuls à avoir chargé avec un plan en tête furent ceux de la 104ème, et c'est pour cette raison qu'ils furent autrement plus efficaces.
Armin, Historia et Amos neutralisèrent les premiers qui vinrent à leur contact avec des bombes au poivre. Ymir sauta sur le dos d'un titan de quatorze mètres pour lui arracher la nuque, et permettre à ceux qu'elle transportait de prendre de la hauteur afin de faire le ménage parmi les autres grands gabarits.
Jean abattit un douze mètres qui s'en alla s'écraser sur de plus petits spécimens.
Connie et Sasha agirent en duo, l'une creva les yeux d'un treize mètres tandis que l'autre lui trancha son point faible. Ymir sauta de tête en tête tout en arrachant des nuques au passage.
Mikasa fonça sans perdre Eren de vue, slalomant entre les mains géantes qui tentaient de l'attraper. Elle vit Amos user de sa dernière grenade incapacitante sur un spécimen de quinze mètres penché en avant, celui-ci hurla sa douleur et son horreur et s'écarta du chemin de la métisse. Le noble ne s'arrêta pas là, il activa son équipement TDM pour abattre un douze mètres et attirer l'attention d'un neuf mètres en voltigeant devant ses yeux. Mikasa avait désormais le champs libre pour atteindre Reiner.
Sans perdre une seule seconde, elle passa en manoeuvre tridimensionnel et fila droit sur le cou du Cuirassé, là où se trouvait Bertholdt.
La Ackerman tenta de le tuer tout en tranchant les liens qui retenaient Eren, mais Hoover réussi à esquiver son attaque précipitée. Elle se retourna dans les airs et s'apprêtaient à repartir à l'assaut, lorsqu'un titan de dix mètres surgit de sous l'aisselle du Cuirassé et la saisit avec sa main droite.
Mikasa poussa un cri de douleur en sentant les immenses doigts se refermer sur sa cage thoracique, une demi-douzaine de ses côtes se brisèrent sous la pression dans un craquement sinistre.
Le cri de la métisse se changea en hurlement, le titan qui l'avait attrapé approcha sa proie toute fraiche de sa mâchoire géante.
Lorsqu'Amos abattit le neuf mètres qu'il avait distrait, il entendit Mikasa crier. Son sang se glaça dans ses veines et le temps ralentit autour de lui. Il tourna la tête en direction de l'orientale, une série de calculs complexes défila devant ses yeux et son imagination prit la relève :
— « D'abord, se propulser en avant, s'accrocher au huit mètres le plus proche pour prendre davantage d'élan, une fois suffisamment proche, tirer dans les… »
Il imagina la tête de Mikasa être broyée par les mâchoires géantes du titan qui l'avait attrapé.
ERREUR
— « Trop lent, augmenter la dépense de gaz… »
Le même résultat sanglant s'imposa dans son esprit.
ERREUR
— « Rectifier stratégie, utiliser l'épaule de Reiner… »
Sauf qu'étant donné la lutte acharnée que menait le Cuirassé, le noble imagina le scénario inévitable où il serait envoyé dans les airs par un violent mouvement de Braun, tandis que la tête de Mikasa finirait de nouveau broyée.
ERREUR
— « Non ! » hurla-t-il intérieurement alors que les cris de l'orientale se changeaient en hurlements. « Non ! Non ! NON ! »
D'épais filets de sang coulèrent de ses yeux lorsqu'il entama son quatrième calcul, sa toute dernière stratégie, sa dernière opportunité.
Chances de réussite : 14,27%
Risques de décès : 91,32%
Amos n'en demanda pas davantage, il se propulsa à toute vitesse sur le sol, là, il s'agrippa au genoux d'un titan qui était en train de mâchouiller un brigadier pour rectifier violemment sa trajectoire et accélérer l'allure. Il rétracta son grappin juste avant que la créature ne l'attrape, en planta un autre dans le tout petit espace situé à l'arrière du genou de Reiner et décrivit un arc de cercle pour le contourner tout en continuant de relâcher du gaz pour maintenir sa vitesse grisante. Il tira sur sa droite dans l'oeil du six mètres qui avait tenté de l'attraper sans lui accorder un regard, et alors que la tête de l'orientale avait franchit les mâchoires ouvertes du titan qui l'avait attrapée, il pointa son canon gauche sur le genou de ce dernier et le cribla de balles en ultracier.
Comme il l'avait calculé, la créature perdit l'équilibre, et tomba sur le dos. En revanche, et pour sa plus grande horreur, elle n'avait toujours pas lâché l'orientale, pire encore, elle ignora sa chute maladroite pour ramener sa proie vers sa mâchoire.
En un éclair, Amos rétracta le grappin planté dans Reiner, rengaina son épée gauche, et s'accrocha à l'avant-bras de sa cible. Toujours propulsé par sa vitesse délirante, il trancha les articulations du poignet du titan, se servit de sa main libre pour attraper la cheville de Mikasa et l'entraina avec lui alors qu'il continuait de foncer en ligne droite comme une flèche. Au prix d'un dernier effort, il effectua un salto avant vrillé afin de capturer la jeune fille dans ses bras et de pointer son pot d'échappement vers le sol. Il libéra une dernière poussée de gaz pour ralentir sa course, mais ses pieds tracèrent néanmoins deux longs sillons dans la terre lorsqu'il parvint finalement au terme de son parcours effréné.
Le choc accentua violemment la douleur qui irradiait la cage thoracique de Mikasa, mais malgré cela, elle parvint à rouvrir les yeux, et manqua de s'éclater la rétine.
Amos avec quatre longues et épaisses coulées de sang sur le visage, une pour chaque oeil et chaque narine. Il resta debout une demi-seconde avant de tomber à genoux, de plaquer ses deux mains sur son crâne, et d'hyper-ventiler en râlant comme une bête.
La Ackerman voulut ignorer sa douleur pour constater son état, mais un titan de sept mètres apparu derrière eux et tendit sa main dans leur direction.
Jean sortit de nulle part et neutralisa la créature en lui crevant les yeux.
— Ymir ! appela-t-il en remplaçant ses lames et en changeant de cible. Sors-les d'ici avant qu'ils ne se fassent bouffer !
Le Mâchoire se débarrassa de son adversaire avec l'aide de sa petite amie et sauta près des deux blessés.
— Amos ! s'écria Historia en atterrissant à son tour.
Le noble sortit précipitamment une petite seringue de sa poche, se l'injecta dans le cou sous le regard effaré de Mikasa, se redressa en arborant des pupilles dilatées, passa ses mains sur son visage pour essuyer son sang et s'exprima d'une voix forte :
— On ne peut pas partir sans Eren !
Un autre titan se précipita sur eux, mais Connie en fit son affaire.
— Qu'est-ce que vous branlez ?! hurla-t-il en continuant de voltiger avec Sasha. Restez pas au sol bande de cons !
Amos balaya rapidement les environs des yeux, et constata, malgré sa migraine abominable, que d'autres titans s'étaient joints au festin, et qu'ils étaient désormais complètement encerclés. Même en récupérant Eren, il leur était impossible de s'enfuir.
— On besoin de renfort, marmonna-t-il avant de fixer ses pupilles dilatées sur une personne en particulier.
(-)(-)(-)
Armin avait réussi à passer.
Il n'avait pas eu le temps de s'arrêter pour réaliser son exploit, ou pour profiter du fait qu'il avait abattu son premier titan en lui lançant l'une des grenades offertes par Amos dans la gorge.
Il n'avait qu'une chose en tête : réussir à atteindre Reiner et récupérer Eren… Même s'il ne savait pas encore comment il allait s'y prendre.
— Bertholdt ! appela-t-il en atterrissant sur l'épaule du Cuirassé.
Le guerrier se tourna vers lui, les lames aux poings, prêt à le décapiter s'il approchait.
Armin fit tout son possible pour masquer ses tremblements. Même avec Eren sur le dos son adversaire était bien meilleur que lui, le petit blond n'avait aucune chance de récupérer son ami par la force. Il devait ruser… mais comment ?
— « J'espère que tu as apprécié la déclaration d'Armin, Annie ! Il m'a fallut deux minutes pour la rédiger ! »
Ces mots résonnèrent dans la tête d'Arlet, et une idée germa dans son esprit. Une idée qui l'écoeurait, mais une idée qui marcherait. Un sourire se dessina sur son visage, un sourire si terrifiant qu'il décontenança presque Bertholdt.
— Dis donc, dit-il d'une voix sinistre, vous allez vraiment partir en abandonnant Annie ?
Les guerriers se paralysèrent en entendant cela, Armin en profita pour remuer le couteau :
— Elle est prisonnière d'une cave sombre et humide, démembrée, on la torture du matin au soir et du soir au matin pour la faire parler.
Le visage d'Hoover se contorsionna d'effroi.
— Mais tu sais, Bertholdt, tu n'as rien à regretter; puisque j'ai pris sa virginité.
Le guerrier se foudroya sur place, à son effroi se mêla une colère et une haine sourdes.
— Sa chatte avait le goût de miel, continua Armin en se léchant les babines, ses tétons le goût de fraise, ses lèvres le goût de sang.
C'était plus que Bertholdt ne pouvait le tolérer, il poussa un rugissement de fureur et se précipita sur le petit blond.
— Saloperie de démon ! Je vais t'arracher les…
Il s'interrompit lorsqu'il repéra Amos du coin de l'oeil. En effet, dopé par la dose d'adrénaline qu'il s'était injecté, le noble était reparti dans les airs et lança l'une de ses lames droit sur Hoover.
Ce dernier se baissa au dernier moment pour éviter le projectile… et un cri de douleur étranglé par un bâillon lui parvint aux oreilles.
Bertholdt écarquilla les yeux, réalisa qu'il n'était pas la cible de l'attaque du grand blond, tourna la tête tel un automate, et constata… qu'Eren le foudroyait d'un regard aussi goguenard que jubilatoire. L'épée d'Amos était plantée dans la cuisse du natif de Shinganshina, et des éclairs commencèrent à apparaitre autour du corps de ce dernier.
Pris de panique, Hoover défit le lien qui retenait son prisonnier et le laissa tomber, tandis qu'Hannibal hurlait à son compagnon :
— Armin ! Fous le camp, vite !
À la seconde où ce dernier sauta de l'épaule de Reiner, un éclair descendit du ciel et frappa le centre de la mêlée de titans et d'humains. La bourrasque envoya Reiner et les géants agglutinés sur lui au sol. Les deux blonds, quant à eux, valdinguèrent dans les airs. Mais le plus grand d'entre eux se stabilisa en relâchant un peu de gaz et attrapa le plus petit. Le Titan Rebelle poussa un rugissement libérateur, avant d'agir sans perdre une seconde. Il attrapa un spécimen de quatorze mètres par la cheville, le souleva, et effectua un tour complet sur lui-même pour balayer tous les titans encore debout.
Amos et Armin se posèrent sur son épaule, le noble prit une grande inspiration, avant de hurler de toutes ses forces :
— Retraite ! Tout le monde ! Battez en Retraite ! Eren ! Force-nous le passage !
Le Rebelle n'eut pas besoin qu'on le lui dise une seconde fois, il fonça droit sur les lignes ennemies, et envoya bouler les titans qui leur barraient la route à coups de poing. Ouvrant ainsi une brèche dans le cercle infernal formé par les créatures, une brèche par laquelle les éclaireurs se dépêchèrent de s'engouffrer au galop.
(-)(-)(-)
Cette fois, Reiner se savait perdu.
La transformation d'Eren l'avait couché sur le dos, et étant donné sa lenteur, il ne s'était pas relevé à temps pour éviter d'être submergé par une nouvelle vague de titans qui le clouèrent au sol. Il était désormais incapable d'effectuer le moindre mouvement, il ne pouvait empêcher le Rebelle de s'enfuir… il ne savait même pas si Bertholdt était encore en vie.
C'est alors qu'il sentit du mouvement sur sa langue, et que l'espoir vint renaître dans sa poitrine.
— Reiner, grogna la voix agacée de Sieg Jaeger, laisse-moi sortir.
(-)(-)(-)
Amos s'autorisa un soupir de soulagement après avoir constaté qu'Historia et Mikasa étaient accrochées aux cheveux d'Ymir, et que Sasha, Connie et Jean étaient remontés à cheval. Il haussa même les sourcils de surprise en apercevant le Major Erwin, désormais manchot, mais toujours en vie. Ce dernier galopait difficilement sur son cheval, cependant, son sourire de satisfaction était lisible même à quinze mètres de hauteur.
— Laissez Eren passer devant ! s'époumona Hannibal. Laissez-le nous ouvrir la voie au cas où il y aurait…
Il fut interrompu par un nouvel éclair qui éclata dans son dos. Il se retourna en arborant une expression consternée, juste à temps pour voir le Titan Bestial se former. Ce dernier attrapa deux titans de bonnes tailles par la gorge, et procéda comme Eren : il balaya ses alentours pour se donner un peu d'air et libérer Reiner de la montagne de créatures qui l'avait submergé. Après quoi, il jeta l'une de ses victimes tel un vulgaire déchet, arracha la tête de l'autre, l'écrasa dans sa main et amorça un lancer.
— Oh ! Pu-tain ! cracha Amos en voyant les fragments dos et de chair filer droit dans leur direction.
(-)(-)(-)
Sieg Jaeger était de très mauvaise humeur.
La dernière chose dont il se souvenait avant de sombrer dans l'inconscience fut la voix furieuse d'Amos Hannibal. Ce qui lui avait permit de réaliser que la Grande Ancêtre avait dû être stoppée par ce malade mental avant d'exécuter sa tâche. Après avoir repris connaissance sur la langue de Reiner, il avait rapidement compris l'urgence de la situation étant donné le vacarme clinquant des mâchoires géantes sur l'armure du Cuirassé.
Aussi il avait prit le risque de quitter son abri, et de se transformer pour aider ses alliés à se dépêtrer du bourbier dans lequel ils étaient prisonniers.
Et après avoir fait un peu de ménage, il aperçut un Titan qui ne pouvait être qu'Eren en train de fuir, avec un certain blond sur son épaule.
Aveuglé par la colère, et déterminé à sauver son frère, le Bestial arracha la tête d'un des géants, l'écrasa et arrosa les jambes du Titan fuyard d'un lancer parfait, tout en balayant plusieurs éclaireurs au passage et en soulevant un nuage de poussière.
Le Rebelle se vautra lamentablement sur le sol avec ses membres inférieurs troués de toutes parts.
Sieg vit plusieurs cavaliers se diriger vers la nuque d'Eren, sans doute dans le but de l'en extirper et de fuir avec lui, quelque chose que le descendant des Fritz ne pouvait permettre.
Il laissa le soin à Reiner de le protéger des autres titans pour arracha la tête d'un autre spécimen et déclencher un nouveau tir qui balaya les imprudents et souleva un nouveau nuage de poussière. Ce qui était embêtant pour lui; il ne voulait pas prendre le risque inconsidéré de tuer son demi-frère avec un jet à l'aveugle.
Il sentit une piqure sur son épaule gauche et tourna la tête pour voir Bertholdt s'y poser.
— Général ? appela-t-il en arborant une expression bien plus ferme et déterminée qu'à son habitude. Que faisons-nous ?
Sieg jeta un coup d'oeil en arrière pour s'assurer que Reiner n'avait pas de problèmes à maitriser les titans. Lorsqu'il réalisa que ce n'était pas le cas, il arracha le pied de sa précédente victime et mitrailla les créatures. Le Cuirassé se chargea d'achever les monstres troués en écrasant leurs nuques tour à tour. Le Bestial reporta son attention sur les éclaireurs, ceux-ci semblaient s'être regroupés autour d'Eren dans le nuage de poussière, ce qui le fit grimacer de mécontentement.
— Nos ennemis sont parfaitement conscients de l'importance de notre cible, dit-il de sa voix grave.
Un titan de onze mètres se précipita sur lui, il le saisit par la gorge et le maintint à distance grâce à son long bras.
— Laissons-les se sacrifier les uns après les autres jusqu'à ce qu'Eren soit accessible. Reiner ? Couvre moi.
Sur ces mots, il envoya la créature qu'il avait saisit dans les airs, tout en espérant de tout coeur que son petit frère survive.
(-)(-)(-)
Sur les instructions d'Amos, Eren était resté couché sur le ventre afin de faire hésiter Sieg. Bien cachés derrière les nuages de poussière soulevés par les tirs de ce dernier, les deux blondinets réfléchissaient à une stratégie debout devant la figure du Rebelle.
— Impossible de partir tant que le Bestial nous canarde, analysa Armin en sentant ses veines pulser, si on tente de s'enfuir à cheval il va nous massacrer.
— Ça m'étonnerait, répondit Hannibal en s'injectant une nouvelle dose d'adrénaline pour éviter de tomber dans les pommes. Il veut qu'Eren reste en vie pour son pouvoir, mais aussi pour des raisons personnelles. À l'heure actuelle, ils n'ont aucun moyen de nous rattraper si on part au galop. Le plus sage serait qu'Eren sorte de son…
Il n'eut pas le temps de finir sa phrase que l'ombre d'un titan leur masqua le Soleil durant un quart de seconde, avant d'aller s'écraser quelques dizaines de mètres plus loin en soulevant un nouveau nuage de poussière.
— Il… Il… balbutia Armin effaré. Il nous jette des titans ?!
Un deuxième projectile les survola, et alla atterrir non loin du premier.
— Q-qu'est-ce qu'il fait ? bégaya le petit blond. Ça ne lui importe pas qu'Eren se fasse bouffer ?!
— Si c'était ce qu'il avait voulu, il les aurait directement balancé sur lui ! gronda le noble en se protégeant les yeux. Il nous empêche de fuir, et il attend qu'on crève tous en protégeant Eren avant de venir le cueillir !
Un troisième titan atterrit près des éclaireurs les plus éloignés du Rebelle, ceux-ci repartirent à l'assaut en espérant le tuer avant qu'il ne se soit relevé.
Ymir, Sasha, Jean et Connie sortirent du nuage de poussière pour rejoindre leur conseil de guerre improvisé. Historia et Mikasa descendirent des cheveux du Mâchoire, mais l'orientale avait du mal à tenir debout et ses bras étaient plaqués sur ses côtes.
— On est piégés ! annonça la petite blonde. Qu'est-ce qu'on fait ?!
— Amos ! appela Armin. Il nous faut un plan ou on va tous finir en charpies !
Le noble serra les dents, sa tête le faisait atrocement souffrir, il avait dépensé beaucoup d'énergie et de gaz en sauvant la métisse. Malgré l'adrénaline, ses yeux étaient exorbités et il continuait de pleurer des larmes de sang.
— Eren ? Est-ce que tes jambes sont régénérées ?
Le Rebelle acquiesça en grognant.
— J'ai un plan, lâcha-t-il finalement en posant une main sur son front, mais il est complètement dingue.
— Super, railla Jean, donc il va forcément marcher.
(-)(-)(-)
Une fois son cinquième titan lancé, Sieg prit un temps pour contempler son oeuvre tout en surveillant ses arrières. Même à la distance à laquelle il se tenait, le Bestial voyait bien que les éclaireurs commençaient à manquer de force, de gaz et surtout d'hommes.
Ceux encore en état de se battre peinaient à se débarrasser des monstres qui s'étaient relevés, il chercha du regard le titan Mâchoire, mais ne la trouva pas. Il se gratta pensivement l'oreille en réalisant qu'Eren ne s'était toujours pas relevé. Avait-il profité de la situation pour quitter son titan et s'enfuir à cheval ?
Il en doutait, le premier titan qu'il avait lancé avait atterrit suffisamment loin pour se jeter sur la première personne qui sortirait du nuage de poussière par le nord, et il aperçut au loin, deux autres créatures de bonnes tailles venir par cette direction en marchant. Leur retraite était coupée.
— Je suppose qu'il va falloir faire preuve d'un peu de patience, maugréa le Bestial.
C'est alors qu'il aperçut plusieurs ombres grossirent dans le nuage de poussière, sans perdre une seconde, il se retourna pour s'emparer d'un titan à la figure fracassée par Reiner, et lui écrasa la tête pour refaire le plein de munition juste avant que les ombres n'émergent. L'une d'entres elles étaient Ymir, le Mâchoire galopait vers eux à toute vitesse accompagnée par des chevaux… sans cavaliers.
— « Je vois, »songea le barbu en devinant que ceci était l'oeuvre d'Amos, « tu envois un compagnon à la mort en espérant gagner du temps… Les chevaux ne sont rien de plus qu'une piètre distraction. »
Il s'apprêtait à canarder la Hannibal adoptée, lorsqu'Eren se redressa subitement hors du nuage de poussière en ayant saisit un titan par la cheville. Il tourna sur lui-même deux fois avant d'envoyer son projectile improvisé en direction du Bestial.
— Trop haut, commenta ce dernier en remarquant que la créature allait passer à au moins quatre mètres au-dessus de sa tête, dommage, c'était bien ten…
C'est alors que cinq ombres vertes sautèrent du ventre du monstre lancé et descendirent en piquet sur le titan poilu. Celui-ci eut à peine le temps de comprendre ce qu'il se passait qu'il se mangea une grenade fumigène en pleine figure, avant de sentir quatre grappins s'accrocher à ses orbites, et ses yeux se faire trancher par Sasha et Historia.
— Général ! hurla Bertholdt en tentant d'intercepter les assaillants.
Malheureusement pour lui, il était tellement préoccupés par ceux qui attaquaient son supérieur, qu'il se fit surprendre par Amos qui lui transperça le flan.
Le noble ne prononça aucune parole, il se contenta de détacher sa lame, de dégager sa victime d'un coup de pied dans l'estomac et de se diriger vers le point faible du géant poilu. Hoover eut cependant le réflexe d'accrocher son grappin à la cuisse du Bestial pour éviter la chute mortelle. Il essuya néanmoins une violente quinte de toux ensanglantée, et eut une vue imprenable sur Jean et Connie lorsqu'ils tranchèrent les trapèzes de son supérieur, ainsi que sur Ymir qui lui cisailla la cheville d'un coup de mâchoire.
Alors que son ennemi tombait sur un genou, Amos remarqua que Sieg était en train de rigidifier sa nuque. Possédé par la prédation, le noble retira sa cape, tira sur le fil de nylon qui dégoupilla les six grenades explosives qui y étaient accrochées, et la jeta sur le point faible du titan afin qu'elle soit également recouverte par la couche de peau cristalline. Puis il sauta tout en rugissant :
— Ça c'est pour mes enfants !
L'instant d'après, une explosion meurtrière éclata dans le dos du Bestial, mais les cadets ne restèrent pas pour la voir. Ils s'empressèrent de sauter sur leur cheval respectif et filèrent à toute allure rejoindre les leurs tandis que le titan poilu s'écroulait sur le sol sous le regard effaré de Reiner. En effet, le Cuirassé avait été trop occupé à faire le ménage autour d'eux pour pouvoir intervenir, et il aurait été de toute façon trop lent pour atteindre son supérieur avant qu'il ne soit trop tard.
Il remarqua avec effroi le corps transpercé de Bertholdt allongé sur la cheville de Sieg. Le barbu, quant à lui, était à demi émergé de la nuque de son titan, mais il lui manquait un bon tiers du crâne.
En proie à la panique, Reiner releva la tête, et découvrit que le Titan Rebelle était à genoux en train de se décomposer. Le nuage de poussière s'étant désormais complètement dissipé, il aperçu Eren en train de filer à cheval avec Mikasa derrière lui. Et ce, alors qu'un Erwin manchot ordonnait à ses hommes de couvrir leur fuite. À cet instant précis, le Cuirassé vit rouge. Il refusa de laisser tous les efforts des siens partirent en fumée. Il intercepta un spécimen de quatorze mètres qui s'était dangereusement approché de Sieg, avant de le soulever à bout de bras et de le lancer de toutes ses forces en direction d'Eren. Peu lui importait qu'il se fasse bouffer ! Il allait ramener l'Axe chez lui, avec ou sans Jaeger !
(-)(-)(-)
— OH PUTAIN DE MERDE ! rugit Connie entre deux crises d'hilarité alors qu'il battait en retraite avec les membres de son escouade. Oh bordel de merde ! Non mais vous vous rendez compte de ce qu'on a fait ?! ON A VOLÉ SUR LE BIDE D'UN PUTAIN DE TITAN BALANCÉ PAR EREN! Bwahahahahahhahahahah !
— Ça n'a rien de drôle, Connie ! aboya Jean qui n'en était lui-même, toujours pas revenu.
— On a chevauché un putain de titan ! renchérit le natif de Ragako en explosant de rire. On l'a envoyé au septième ciel !
Cette farce de très mauvais goût lui valu un grognement profond de la part d'Ymir qui galopait à ses côtés, mais Springer l'ignora royalement pour continuer de se bidonner.
— Putain ! Y'a qu'Amos pour inventer des plans aussi dingues ! balança-t-il en donnant une tape dans le dos de son supérieur… qui serait tombé de son cheval si Connie ne l'avait pas immédiatement rattrapé.
— Merde ! Ça va, mec ?
Historia accéléra pour arriver à leur hauteur.
— Amos ? appela-t-elle inquiète. Est-ce que tout va bien ?
La question était rhétorique à ce stade, le noble avait des plaies dans les paumes et sur la gorge, les muscles en feu, les os crissants, le visage et les vêtements couverts de sang, ainsi qu'une migraine infernale qui lui donnait la sensation que son cerveau pulsait au même rythme que les battements de son coeur.
— Non, grogna-t-il d'une voix faible. Je… Je me sens mal… je crois… que je vais m'évanouir…
Une ombre gigantesque leur masqua le Soleil et leur fit lever la tête, ils manquèrent de s'éclater la rétine en apercevant un titan de quatorze mètres effectuer un vol plané et s'écraser près de l'endroit où Eren et Mikasa se trouvaient.
Hannibal oublia instantanément sa fatigue et sa douleur, il éperonna son cheval tout en s'injectant une nouvelle dose d'adrénaline, et fila à toute allure en direction du point d'impact.
(-)(-)(-)
Le premier réflexe de Jaeger lorsqu'il aperçut le titan qui leur tombait dessus, fut de ceinturer Mikasa et de se jeter sur le dos pour épargner aux côtes cassées de la métisse davantage de dégâts.
La créature de quatorze mètres s'écrasa suffisamment proche d'eux pour que leur monture fut envoyée valser par la seule force du souffle de l'impact. Une fois de retour sur ses sabots, elle s'enfuit au galop sans se retourner, abandonnant ses cavaliers à la merci du monstre qui se relevait.
Monstre qu'Eren reconnaitrait entre mille, étant donné l'inoubliable sourire dément qu'il arborait.
Le Titan souriant se redressa maladroitement sur les genoux, et s'approcha à quatre pattes des deux adolescents. Il s'était cassé une jambe en atterrissant, mais il ne semblait pas en avoir cure.
— Eren ! s'écria Mikasa en dégainant une lame. Écarte-t… Gaaah !
Elle s'écroula à genoux avant d'avoir finit sa phrase, les mains plaquées sur ses côtes.
— Arrête de dire des conneries ! réprimanda Jaeger en se plaçant devant elle. Tu as vu ton état ?! C'est moi qui vais m'en charger !
Sur ces mots, il se mordit la main à pleines dents, possédé par le désir d'enfin venger sa mère. Mais rien ne se produisit, la seule chose qu'il ressentit fut une vive douleur qui lui irradia tout le membre.
Il écarquilla les yeux devant sa blessure auto-infligée.
— C'est quoi ce bordel, marmonna-t-il effaré, pourquoi ? Pourquoi est-ce que ça ne marche pas ?
Le Titan souriant profita de l'inattention de sa proie pour tendre sa main vers elle. Affolé et impuissant, Eren effectua un pas en arrière et déploya son corps en barrière devant Mikasa pour la protéger. Heureusement pour eux, Hannes surgit de nulle part, se plaça en bouclier entre les adolescents et le membre géant qui voulait les saisir. Au prix d'un effort supplémentaire, le capitaine de la Garnison trancha le pouce de la créature, la forçant à rétracter son bras.
— Hannes ! s'écria Jaeger soulagé.
L'ancien alcoolique afficha un sourire de satisfaction qu'aucune boisson n'aurait pu lui procurer.
— Hé ! C'est pas incroyable ça ?! s'exclama-t-il vraisemblablement en extase. Regardez bien les enfants ! Je vais étriper cet enfoiré et venger votre mère !
Sur ces mots, il partit à l'assaut du Titan souriant, dont la jambe avait finit de guérir.
— Putain… grogna Eren en reposant les yeux sur sa main blessée, dont la blessure ne se refermait même pas. Pourquoi ? Pourquoi est ce que je…?
Un épais filet de sang coula le long de son nez, et il fut forcer de poser un genou à terre. Mikasa rampa à son chevet.
— « Merde !» réalisa le natif de Shinganshina. « Entre mon combat contre Annie hier, mon combat contre Reiner ce matin, ma régénération, ma deuxième transformation et l'Axe… je dois être à court de jus… »
— Fais chier ! rugit-il tout haut avant de se tourner vers sa soeur adoptive afin d'essayer de la porter et de s'enfuir… mais même cela lui demandait trop d'efforts.
— Non… merde… non…
Il balaya les environs du regard. Au loin, Reiner continuait de balancer des titans sur les éclaireurs qui avaient perdu presque les deux tiers de leurs effectifs. Le Bestial était heureusement au tapis, mais leurs alliés les plus proches étaient canardés par le Cuirassé et il n'y avait aucun cheval aux alentours. Il reporta son attention sur Hannes, et pria pour que celui-ci réussisse à se débarrasser du Titan Souriant, car il ignorait désormais comment ils allaient s'en tirer. Surtout qu'une autre créature de dix mètres se dirigeait vers eux.
(-)(-)(-)
Le fait d'avoir trois métamorphes réunis dans un si petit périmètre avait le désavantage de rameuter tous les titans des environs. Mais pour Reiner, ce désavantage était devenu une aubaine, car cela lui procurait une réserve inépuisable de munitions à envoyer sur ses ennemis. Bertholdt était parvenu à retirer la lame qu'Amos lui avait planté dans le flanc et cicatrisa en serrant les dents tout en restant aux aguets autour du corps inerte de Sieg. Ce dernier avait toujours une partie de la tête qui lui manquait, mais étant donné la vapeur qui s'échappait de sa blessure, il était manifestement, toujours en vie.
Le Cuirassé se saisit d'un huit mètres qui lui mâchouillait le tibia, et le balança sur les restes du Bataillon. C'est alors qu'un quatre mètres à la corpulence grassouillette passa entre les jambes du titan blindé et fila droit sur Sieg en ouvrant son énorme gueule salivante.
Bertholdt voulu intervenir, mais il était toujours handicapé par sa blessure, et Reiner n'était pas assez rapide.
Tout à coup, le bras géant du Bestial se replia en un éclair, et saisit la créature à pleine main juste avant qu'elle n'atteigne sa proie. L'oeil unique de l'aîné de la fratrie Jaeger brilla d'une lueur malfaisante, il scanna les environs à la recherche de son ennemi juré.
— Amos… Hannibal… murmura-t-il avec haine.
(-)(-)(-)
Un titan de huit mètres atterrit juste à côté d'Erwin, le désarçonnant et provoquant la fuite de sa monture. Le manchot se redressa tant bien que mal malgré sa douleur et son état vaseux, juste à temps pour voir le monstre qui lui avait été envoyé se jeter sur lui. Ymir l'intercepta en se jetant sur sa nuque pour la lui arracher, laissant la créature s'écraser à quelques centimètres du leader du Bataillon.
— Major ! appela Jean en s'arrêtant à ses côtés pour lui faire une place sur son cheval. Montez !
— Vous ne devriez pas perdre votre temps avec quelqu'un de remplaçable, marmonna Erwin au bord de l'évanouissement, vous devriez être en train de récupérer Eren et de vous enfuir.
— Les autres sont sur le coup, rassura Kirstein en pointant le reste de son escouade qui avait déjà était rejointe par Ymir. Et puis avec tout le respect, Major, qui serait assez con pour faire votre boulot ?
— Hannibal…
Jean préféra rire de cette réponse, parce qu'il ignorait si son supérieur délirait ou s'il était sérieux.
(-)(-)(-)
La prédation brillait de toute sa splendeur dans le regard d'Amos lorsqu'il aperçu le titan de onze mètres qui lui barrait la route et celui de dix mètres qui se dirigeait vers Mikasa et Eren. Il n'avait plus que ses lames et peu de gaz, il devait en finir rapidement, ou alors ils mourraient tous.
C'est alors qu'Ymir fut percutée de plein fouet par un six mètres qui se déplaçait à quatre pattes comme elle. Historia hurla son nom et partit à sa rescousse. Hannibal faillit la suivre, mais il remarqua que le dix mètres était presque au niveau de Mikasa et d'Eren et se ravisa à la dernière seconde en poussant un juron de frustration. Il foudroya le onze mètres qui lui faisait face.
— Occupez-vous de lui ! ordonna-t-il à Connie et Sasha avant d'activer son équipement TDM amélioré pour s'accrocher à l'épaule du géant et se projeter dans les airs avec une poussée de gaz pour le dépasser. Arrivé à la bonne hauteur, il planta son grappin dans la nuque du dix mètres, et la trancha sous les regards surpris et emplis d'espoir des natifs de Shinganshina.
Constatant qu'il était bien placé pour s'occuper du quatorze mètres, il effectua un arc de cercle dans les airs en poussant sur ses réserves.
— Amos ! hurla Eren les yeux écarquillés d'horreur. Derrière toi !
Le noble tourna la tête, juste à temps pour voir un quatre mètres grassouillet, aux yeux globuleux et à la bouche grande ouverte, effectuer un vol plané droit dans sa direction. Hannibal effectua une manoeuvre d'évitement en panique, mais la mâchoire géante se referma sur son pied droit et l'entraina vers la terre ferme.
En un éclair, il sectionna son membre broyé d'un coup d'épée, et tenta d'amortir sa chute en relâchant du gaz. Malheureusement, il tomba en panne sèche au milieu de sa descente et heurta violemment l'herbe au point d'en perdre son équipement TDM. Il ricocha plusieurs fois avant de rouler lamentablement sur le sol et de finir sa course sur le dos, aux pieds d'Eren et de Mikasa qui avaient les yeux exorbités d'horreur.
— Nom de Dieu… murmura Jaeger avant de s'empresser de retirer sa tunique pour faire un garrot au moignon sanguinolent de son ami.
Mikasa observa la scène sans dire un mot, son teint était livide, ses iris écarquillées, ses mains tremblaient. Elle avait oublié l'apocalypse qui se déroulait autour d'elle, il n'y avait plus que la figure inconsciente et couverte de sang du grand blond couché sur le sol qui lui importait.
Elle posa délicatement ses doigts fébriles sur les joues ensanglantées du noble, et posa sa tête sur ses genoux.
— « Il a tellement saigné… encore et toujours… pour moi… »
— Amos ? murmura-t-elle alors que ses yeux s'embuaient. Amos ? Est-ce que tu vas bien ?
Le concerné entrouvrit ses paupières lorsque les larmes de l'orientale tombèrent sur sa figure, il les cligna avant de répondre d'une voix faible :
— Est-ce que… je t'ai déjà dit… à quel point tu es jolie ?
Malgré l'apocalypse qui se déchaînait autour d'eux, un sourire se dessina sur les lèvres de la jeune fille.
— On va dire que c'est fait, chuchota-t-elle en lui caressant la joue.
Une fois le garrot mit en place, Eren laissa échapper un râle de frustration et fit un point sur leur situation désastreuse. Il était incapable de se transformer, Amos et Mikasa étaient hors combat, Les éclaireurs étaient pratiquement tous décimés, Ymir et Historia se débattaient contre des titans de six à huit mètres. Armin était acculé contre un arbre face à un spécimen de cinq mètres, et battaient vainement ses épées pour l'empêcher de s'approcher. Connie et Sasha étaient occupés à se débarrasser d'un onze mètres particulièrement coriace, et il n'y avait nulle trace du moindre cheval à proximité. Hannes, quant à lui, combattait toujours le Titan Souriant, mais celui-ci faisait preuve d'un instinct de survie bien supérieur à ceux des titans ordinaires. Ces mêmes titans ordinaires qui continuaient d'affluer dans leur direction. Pour couronner le tout, Jaeger remarqua que Reiner avait finit de se débarrasser des monstres qui s'étaient agglutinés autour de ses complices, il fonçait désormais vers eux avec Bertholdt et Sieg sur chaque épaule. Le crâne du Bestial s'était entièrement reformé, mais il était toujours à vif.
Son attention fut attirée par Hannes, qui était parvenu à trancher le tendon d'Achille du Titan Souriant. La créature posa un genou à terre, sous le regard goguenard du capitaine de la Garnison.
C'est alors que contre toute attente, et contre toute logique, le monstre au sourire dément effectua un mouvement de bras beaucoup trop souple et rapide pour un titan ordinaire qui surprit l'ancien alcoolique. Ce dernier se fit attraper comme une mouche, pour sa plus grande horreur et celles des adolescents qui le regardaient. Il tenta de se débattre en battant vainement des jambes, il essaya de hurler, mais il avait un doigt géant qui lui couvrait la bouche.
En apercevant cela, Jaeger se mordit la main de plus belle dans l'espoir de déclencher sa transformation, mais il eut beau s'entailler la chair et faire gicler son sang, son corps n'émit aucune étincelle. Sous les regards horrifiés d'Eren et de Mikasa, le capitaine de la Garnison se fit dévorer la partie inférieure du corps. Alors que la vie quittait ses yeux, il croisa une dernière fois ceux des adolescents qu'il avait vu grandir, comme pour présenter de silencieuses excuses. Puis il se fit engloutir.
Jaeger resta un moment sans bouger, l'expression hagarde, puis il tomba à genoux les larmes aux yeux.
Sans crier gare, il éclata de rire, un rire dément, un rire désespéré, un rire empli de tristesse.
— Eren… murmura Mikasa.
— C'est pas ta faute… ajouta Amos d'une voix faible.
Mais le concerné ne les avait pas entendu, il se mit à hurler à la mort comme un forcené :
— Pauvre crétin ! Rien ! Rien n'a changé ! Tu es toujours la même merde inutile ! LA MÊME MERDE INUTILE !
Il laissa échapper un cri de frustration qui avait germé du plus profond de ses entrailles, avant d'éclater en sanglots :
— Maman… je suis désolé… je suis toujours aussi faible… toujours aussi inutile…
— Eren, l'interpella Mikasa d'une voix douce, tu sais bien que c'est faux.
Le concerné se redressa, le visage dégoulinant de larmes, le sourire de l'orientale le pris de court.
— Écoute-moi, murmura-t-elle alors que ses yeux continuaient de s'embuer, j'ai quelque chose à te dire…
Pendant un instant qui sembla durer une éternité, le natif de Shinganshina se perdit dans le regard de jais de sa soeur adoptive, à tel point qu'il en oublia l'Enfer dans lequel ils étaient plongés.
— Tu as toujours été à mes côtés… et je t'en remercie.
Lentement, elle se mit à caresser la joue d'Amos et baissa la tête sur sa figure groggy.
— Tu m'a montré comment vivre ma vie… et je t'en remercie.
Elle saisit timidement son écharpe entre son pouce et son index avant d'ajouter en affichant un sourire éclatant :
— Et puis… je te remercie, d'avoir enroulé cette écharpe autour de mon cou !
Eren ne sut que répondre, il était touché en plein coeur par les remerciements de l'orientale, paralysé par sa déclaration.
C'est alors que la mine de la jeune fille s'assombrit subitement, et que de nouvelles larmes vinrent couler le long de son menton, pour tomber sur les lèvres du noble allongé sur ses genoux, les nettoyant du sang qui les recouvrait.
— Amos… murmura-t-elle d'un ton empli de regrets, je suis désolée.
Bien qu'à demi-conscient, celui-ci fronça légèrement les sourcils.
— J'ai voulu t'aider, avoua-t-elle en réprimant un sanglot étranglé, j'ai essayé… mais… je n'ai réussi qu'à te faire saigner… qu'à te faire du mal… et j'ai fini par causer ta perte… Je suis… Je suis tellement désolée…
Sur ces mots, la métisse fondit en larmes et serra la tête du grand blond contre son ventre, elle pleura, encore et encore comme pour continuer d'expier une quantité innombrable de fautes impardonnables.
C'est alors qu'elle sentit les doigts du jeune homme lui caresser délicatement la joue, elle rouvrit les yeux pour découvrir qu'il pleurait lui aussi.
— Arrête… de raconter n'importe quoi, murmura-t-il d'une voix faible, tout ce que tu viens de dire est faux.
Amos relâcha un léger soupir avant de fixer les yeux de jais de la métisse.
— Je n'étais rien de plus qu'une ordure égoïste… un déchet qui ne trouvait le soulagement que dans la souffrance que j'infligeai à autrui. Et puis je t'ai rencontré… Mikasa… tu m'as ébloui…
Les iris de l'orientale s'élargirent alors que le noble poursuivait en posant sa paume ensanglantée sur sa joue :
— En me rappelant ce qui importait véritablement, tu as été la lumière qui m'a extirpé de mes ténèbres. Tu m'as transformé… ton sourire a sauvé mon âme… Alors non… tu n'as pas causé ma perte… tu m'as ramené à la vie.
Amos n'y tint plus, deux cascades de larmes s'échappaient de ses yeux d'émeraude, alors qu'il confessait les sentiments dont il avait refusé l'existence pendant trop longtemps. Au prix d'un effort surhumain, il redressa légèrement sa tête.
— Je t'aime… Mikasa… avoua-t-il en plongeant son regard dans le sien. Et je suis tellement… tellement désolé… qu'il m'ait fallu tant de temps pour m'en rendre compte.
En entendant ces paroles, l'orientale sentit une explosion de joie envahir son corps tout entier. En l'espace d'une demi-seconde, son sourire reparut sur son visage et s'étira jusqu'à ses oreilles.
Malgré la douleur qui continuait d'irradier sa cage thoracique, elle se pencha en avant, et déposa un doux baiser sur les lèvres d'Amos.
Le temps s'arrêta brusquement, l'apocalypse ainsi que tous ses acteurs se paralysèrent, car pour les deux amoureux, absolument rien n'avait plus d'importance que ce moment.
Leur baiser fut long et langoureux, emplis de toutes les émotions qu'ils souhaitaient partager l'un avec l'autre. Leur affection mutuelle, leurs joies, leurs peines, leurs regrets et leurs soulagements. Un simple moment de passion qui n'appartenait qu'à eux, un moment qui fendit le coeur d'Eren.
Le Rebelle sentit la rage s'emparer de lui, il ne voulait pas les voir mourir ! Pas maintenant ! Pas comme ça ! Ils voulaient qu'ils vivent ! Qu'ils profitent de leur amour ! Ils méritaient plus qu'un seul instant ! Ils méritaient de cultiver leurs sentiments ! En l'espace d'une seconde, ses blessures se refermèrent.
Il se retourna pour incendier le Titan Souriant du regard, la créature avait finit de dévorer Hannes, et avançait désormais dans leur direction. Il pouvait le bouffer si cela lui chantait, mais Jaeger ne le laisserait pas s'en prendre à Amos et Mikasa. Peu lui importait s'il était incapable de se servir de son pouvoir, cette créature ne…
Un éclair de réalisation traversa son regard, et il ouvrit la bouche d'un air pantois. Son pouvoir… il n'en avait pas qu'un seul. Il se retourna prestement vers les deux amoureux.
— Amos ?! L'Axe !
Le noble écarquilla les yeux, se sépara de Mikasa et contempla le métamorphe une demi-seconde, avant de lui tendre la main.
— Aide-moi à tenir debout, ordonna-t-il presque avec une détermination retrouvée.
Eren s'exécuta, et passa le bras du grand blond autour de son cou.
— Comment… est-ce que Sieg s'y est pris pour l'activer ? demanda le noble en sautillant maladroitement.
— Il m'a juste touché…
Le Titan Souriant s'agenouilla à leur niveau et tendit le bras dans leur direction.
— Non ! cria Mikasa derrière eux. Eren ! Amos !
— Ça fonctionne peut-être comme ta transformation, théorisa le grand blond alors que la main géante était à moins de deux mètres du duo, il te faut un objectif en tête.
— J'en ai un d'objectif, cracha Jaeger avant de fermer son poing libre et de frapper la paume du monstre. Va crever !
À la seconde où il rugit, un éclair traversa les têtes de Reiner, d'Historia, de Sieg, d'Ymir, de Bertholdt et d'Amos.
L'instant suivant, tous les titans qui étaient occupés à dévorer des éclaireurs se redressèrent comme des possédés, et foncèrent à toute allure en direction du Souriant qui se fit plaquer au sol par un quinze mètres à la carrure massive. Les autres convergèrent autour de la créature qui avait dévorée Carla Jaeger et se mirent à la déchiqueter à coups de mâchoire.
Bien que paralysé pendant une seconde par l'ampleur de son exploit, Eren réagit très vite, il hissa Amos sur ses épaules et se mit à courir avec Mikasa sur ses talons. L'orientale avait du mal à suivre à cause de ses côtes brisées, mais elle ignora sa douleur pour se concentrer sur leur fuite.
Au loin les éclaireurs restèrent pantois face à la scène surréaliste qui était en train de se dérouler sous leurs yeux, jusqu'à ce qu'Erwin ne reprenne du poil de la bête en levant son dernier bras.
— Profitons-en ! déclara-t-il depuis le cheval de Jean. Battons en retraite jusqu'au Mur Rose !
À ces mots, les derniers soldats du Bataillon réagirent au quart de tour, ils grimpèrent sur leurs montures et filèrent au triple galop.
De son côté, Ymir réalisa enfin les raisons qui avaient poussés les guerriers à envahir le Mur Maria, tout était désormais clair à ses yeux :
— « Avec un tel pouvoir… le peuple des Murs a peut-être un avenir… »
Elle posa son regard sur Historia, la petite blonde était déjà remontée à cheval, et ce qu'elle aperçut la glaça d'horreur.
— Amos est blessé ! s'écria-t-elle avant de partir au triple galop poursuivit par le Mâchoire, Connie et Sasha.
(-)(-)(-)
Du côté des guerriers, l'horreur était l'émotion qui primait. Sieg était tout simplement effaré. Comment ? Comment Eren était-il parvenu à activer le pouvoir de l'Axe ? Monsieur Xavier s'était-il trompé ? La simple présence d'un membre de la famille Royale aux côtés du détenteur de l'Axe était suffisante ? Si tel était le cas, tuer Amos Hannibal et sa soeur étaient désormais ses priorités absolues.
Si Reiner n'avait pas vu ce qu'il avait vu, il ne l'aurait pas cru. À ses yeux, c'était tout simplement abominable.
— « C'est une catastrophe ! » songea le Cuirassé alors qu'il courait aussi vite qu'il le pouvait dans la direction des trois fuyards. « L'Axe est tombé entre les mains du pire individu possible ! Il faut à tout prix le récupérer ! »
Malgré sa fatigue, la terreur que lui avait inspiré cette réalisation semblait lui donner des ailes, il accéléra l'allure.
— « Je peux l'affirmer sans aucune hésitation ! La dernière personne au Monde qui devrait posséder ce pouvoir… c'est toi ! Eren ! »
Le concerné remarqua la présence des guerriers, s'arrêta dans sa course, afficha un sourire dément et se tourna vers les titans.
— Étripez-moi ces enfoirés ! rugit-il à pleins poumons, accentuant sans le vouloir, la migraine atroce d'Amos.
Comme un seul homme, les monstres abandonnèrent la carcasse du Titan Souriant pour se précipiter sur le Cuirassé.
— « Non ! » songea ce dernier avec horreur. « Je ne pourrai jamais protéger le Général et Bertholdt. »
— Eren ! appela Sieg désespéré depuis l'épaule de son subordonné. Arrête ! Pitié !
Le Rebelle croisa le regard implorant de son frère ainé, avant de lui faire un joli doigt d'honneur, auquel le grand blond qu'il transportait se joint avec un maigre sourire moqueur.
— Amos ! s'écria Historia en débarquant avec le reste de leur escouade, ses yeux s'écarquillèrent en découvrant le moignon sanglant de son frère. Ton pied…
— Quel pied ? ironisa le noble qui sentait qu'il allait s'évanouir d'une seconde à l'autre. Tu veux bien me faire une petite place ?
Ce fut Ymir qui le saisit par le dos de sa veste pour le placer derrière sa soeur. Eren aida Mikasa a monter derrière Sasha, avant de lui-même monter derrière Armin.
— Allez, bredouilla Amos au bout de sa vie, on dégage.
Il n'eut pas besoin de le répéter, les anciens membres de la 104ème repartirent à toute allure avec ce qu'il restait du Bataillon. Tandis que derrière eux, Reiner était de nouveau immobilisé par une horde de titans et Bertholdt agitait son épée dans tous les sens pour éloigner les mâchoires géantes de son supérieur caché derrière lui.
Ymir s'arrêta subitement, et jeta un regard dans leur direction. En voyant cela, Historia s'arrêta à son tour.
— Ymir ?! Qu'est-ce que tu fais ?! Il faut partir ! Vite !
Le Mâchoire ne répondit pas, au lieu de cela, elle plaça son index et son majeur sur les deux têtes blondes de sa famille, et les caressa avec affection.
— Pfar-don, articula-t-elle avec regret.
Amos compris immédiatement ce qu'elle avait l'intention de faire, s'il avait eu plus d'énergie, il se serai éclaté la rétine.
— Ymir… ne fais pas ça…
— Ne fais pas quoi ? murmura la petite blonde qui n'osait réaliser ce qui était en train de se produire.
Le Titan Mâchoire tourna subitement les talons et fila droit sur la montagne de titans qui s'était agglutinée sur le Cuirassé.
— Ymir ! s'écria Historia en tentant de la suivre. Mais son frère attrapa ses rênes.
— Petite soeur… murmura-t-il, on doit partir.
— Mais Ymir…
— Tu n'as presque plus de gaz… ou de lames… et je ne suis pas en état de me battre. Si on la suit… on est morts.
— Qu'est-ce que vous foutez ?! aboya Jean qui se trimballait toujours Erwin. Barrons-nous d'ici et vite !
Historia ravala ses larmes, jeta un dernier regard en arrière et éperonna son cheval.
— Pourquoi…? chuchota-t-elle avec chagrin.
— Je sais pas, avoua Amos alors que les larmes lui montait de nouveau aux yeux. J'en sais rien du tout…
(-)(-)(-)
Alors que Bertholdt était à deux doigts de se faire dévorer, Ymir sauta sur l'épaule de Reiner et écarta le titan qui le menaçait avec sa main griffue. Les trois guerriers écarquillèrent les yeux de surprise et de soulagement. Au loin, le Mâchoire vit les éclaireurs s'éloigner au galop. Ceci suffit à la satisfaire.
— « Merci. » songea-t-elle mélancolique à l'adresse des deux blondinets.
Puis elle entreprit d'arracher les nuques des titans les plus gros afin de libérer les bras du Cuirassé. En ignorant les larmes de regrets qui coulaient le long de ses yeux.
