Salut tout le monde ! Laissez-moi vous raconter une petite histoire marrante : J'ai voulu écrire un petit chapitre spécial avant de passer à la saison 3, mais je me suis emporté ^^' et après des semaines de travail acharné, j'ai fini avec deux chapitres spéciaux de 15000 mots chacun, qui se déroulent chronologiquement entre les chapitres 3 et 4 (donc durant les classes des cadets de la 104ème.) J'ai ressenti le besoin de donner plus de profondeur aux relations entre Mikasa, Eren et Amos. De plus, il y a de nombreux points qui seront abordés dans la saison 3 que j'ai à peine effleuré (ou pas du tout abordé) auparavant, et comme je veux limiter les DEUS EX MACHINA, j'ai pris la peine d'ajouter des scènes dans les 3 premiers chapitres, et j'en ajouterai surement d'autres à l'avenir pour étoffer un peu cette histoire. Bref, voyez ces deux longs pavés comme des OAVs ;), en espérant qu'ils vous plairont.

J'en profite également pour vous annoncer une GRANDE NOUVELLE ! En effet, je suis actuellement en train d'écrire mon propre roman !

Le Prêtre & le Prince.

Roman que j'ai bien l'intention de publier un jour, même si cela me prendra encore un certain temps.

Si vous désirez me soutenir dans ma carrière d'écrivain, je vous annonce avoir créé une page où vous retrouverez le Prologue ainsi que les 5 premiers chapitres de mon livre si vous contribuez à m'aider dans ma carrière ! À tous ceux qui liront cette oeuvre, j'espère du fond du coeur que le début vous plaira, et sinon, vous êtes libre de me faire part de vos avis par MP ;). Vous trouverez ma page en tapant "MONSIEURLAH" dans la barre de recherche du site ;).


noksmilian77 : Thank you so much for your compliments and your review, I hope you'll enjoy the rest of the story too. Regarding Annie's future, it has already been written and is vital for the rest of the story. In what way ? You'll see ;)

adrielydefreitaspaixao : Hello there, first of all thank you for your reviews and your kind words, it really helps me to stay motivated ;)
The thing is, in order for my story to obtain more followers, I should translate it to english for all the american community to read, but I don't know how to write (novels) in english, so it would end up being a disaster, that's why I'm looking for a translator, but I haven't found one yet.
Anyway, I hope you'll keep enjoying this story and keep reviewing it, until next time ;)

Pairogerio512 : I never gave much thought about who's voice actor would be great for Amos, maybe Uchiyama is made for him but we'll never know, unfortunately. Thank you for your compliment and your review ;) (though why you wrote the story of the nameless monster as a review is beyond me.)

Rogeriofreitas12300 : Thank you :)

rp9976955 : Poor astronaut 1


Chapitre Spécial 1ère partie : La Face attristée du Conseiller

S'il y avait bien une chose qu'Amos détestait, c'était les cauchemars. Les seuls moments où il était incapable de contrôler, ou au moins de maitriser, son imagination délirante. Des moments comme celui-ci, où il était condamné à revivre la pire expérience de sa vie, enchaîné par les poignets aux murs d'un cachot puant, nue et brisé.

Cependant, cette fois ce fut différent. Il était toujours attaché, mais il n'était plus l'acteur de cette scène, il en était le spectateur. Debout dans le couloir du donjon dans lequel se trouvait sa prison, habillé d'une impeccable chemise blanche, d'un pantalon de soie noire, d'un gilet d'aristocrate bleu marine et noir, d'une paire de chaussures fraichement cirée et d'une paire de gants en cuir. Le genre de vêtement qu'il n'avait plus porté depuis le début de ses classes. Il fronça les sourcils devant la figure pathétique qu'arborait la plus jeune version de lui, une vague de dégout le submergea au point de le prendre de nausées.

Il tituba en arrière après avoir plaqué une main gantée sur sa bouche, avant d'entendre un éclat de rire aussi tonitruant que cruel.

Il écarquilla les yeux de surprise en apercevant Dent d'or, debout dans une cellule face à la sienne, tenant Mikasa par les cheveux.

La première chose que fit Amos, fut de froncer les sourcils d'incompréhension. Il ne comprenait pas cette scène, il ne voyait pas pourquoi sa camarade était présente au sein de son pire cauchemar. Mais ses pupilles s'élargirent d'horreur lorsqu'il remarqua le regard de la métisse.

Ce regard… il l'avait fuit lorsqu'il l'avait aperçu au milieu des bois. Une option impossible à l'heure actuelle, pas plus que la drogue ou la prédation, il était condamné à la fixer dans ses yeux de jais. Ces yeux de jais aussi vides et brisés que les yeux d'émeraude qu'arborait le petit garçon enchaîné derrière lui.

C'est là que tout s'emboita, et c'est là aussi que Dent d'or baissa son pantalon.

À cette vue abominable, Nox sentit une envie de meurtre intoxicante s'emparer de tout son être, pour la première fois de sa vie, la prédation fit son apparition dans un de ses rêves. Un kyoketsu-shoge (kunai-chaîne) surgit de sa manche pour transpercer la grosse bedaine du trafiquant de chair humaine, la lame se déploya comme un grappin dans le dos de sa victime qui hurlait sa douleur et son horreur, puis Amos tira de toutes ses forces pour forcer Dent d'or à plaquer son corps flasque et couvert de sueur et de sang contre les barreaux de sa cellule. Là, le grand blond dégaina un couteau de chasse de l'une de ses bottes et émascula sans la moindre pitié ni la moindre hésitation, l'esclavagiste qui hurla de plus belle à la figure de son bourreau au regard de prédateur. Ennuyé par ces cris, et satisfait par le châtiment qu'il lui avait infligé, le jeune homme sortit son kunai de la montagne de chair dont il était prisonnier, et arracha au passage, une bonne quantité de tripes, ainsi qu'un rein et plusieurs litres de sang épais suite à des années de mauvaise hygiène de vie.

Dent d'or n'hurlait plus, il ne pouvait que constater et contempler le sort abominable auquel le Conseiller l'avait condamné. Il regarda ce dernier dans les yeux une dernière fois, avant de s'écrouler dans la mare d'hémoglobine dans laquelle baignait les chaussures du grand blond.

Celui-ci ne prit pas la peine d'essuyer ses lames, et ouvrit la porte de la cellule pour venir s'agenouiller auprès de Mikasa.

L'orientale n'avait pas bougé d'un pouce, elle arborait toujours le même regard qu'Amos avait arboré de ses dix à ses onze ans. En revanche, celui qui avait quatorze ans se grattait pensivement le menton tout en fronçant les sourcils.
— Qu'est-ce que mon subconscient essaye de me dire ? demanda-t-il tout haut avant de jeter un coup d'oeil dans son dos pour observer son ancien lui.

Il revint vers la métisse.

— Je n'ai pas pu faire d'erreur… Je t'ai remise sur pieds en moins de quinze minutes…

Il posa son index sous le menton de la jeune fille pour l'inciter à relever la tête, puis il se perdit dans son regard de jais vide.

— Pourquoi est-ce que je me sens aussi mal ? lui demanda-t-il sans attendre de réponse.

Il remarqua alors qu'elle était brulante de fièvre, il fouina machinalement dans sa poche pour en sortir un flacon de pilules qu'il ouvrit, avant d'écarquiller des yeux consternés.

— Ça fera baisser ta température, lâcha-t-il tout haut, mais ça ne soignera pas ta maladie…

Il se perdit une fois de plus dans le regard de la métisse, et soupira d'agacement contre lui-même.

— J'ai fait disparaitre les symptômes, dit-il, cependant, le mal est bien plus profond… Ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi est-ce que ça me préoccupe à ce point…

Il remarqua un livre abandonné près de la jeune fille et fronça les sourcils lorsqu'il eut déchiffré le titre; « Les explosifs modernes. »

— Qu'est-ce que…?

La seconde suivante, il était éveillé.

Le dortoir des garçons était comme d'habitude : il empestait la sueur et était envahi par des ronflements divers et variés.

Amos se redressa en se frottant les yeux, fouilla dans son sac pour en sortir un cylindre métallique plein de crème qu'il étala sous ses narines pour les soulager.

Il bailla avant d'observer la Lune par la fenêtre, à en juger par sa position dans le ciel, il devait être dans les quatre heures du matin.

Ses douleurs chroniques le contraignirent à s'injecter une petite dose d'une des seringues qu'il cachait sous le matelas.

Sa bouche seiche lui fit chercher sa gourde et constater avec déplaisir, que celle-ci était vide. Il roula des yeux agacés, Reiner et Bertholdt avaient une bien meilleure hygiène que le reste des garçons, mais des manières similaires.

Décidé à étancher sa soif, il retira les boules dans ses oreilles et se leva avec sa gourde en main.

Le bruit d'un frottement rythmé se faufila entre les ronflements pour parvenir jusqu'à ses tympans, il entra immédiatement en état d'alerte et plissa les yeux en remarquant qu'un filet de lumière s'échappait de sous la porte. Il s'empara du nécessaire pour neutraliser une menace potentielle, et descendit de son lit à pas de loups pour se diriger vers la source de cette étrange interférence sonore.

Celle-ci se trouvait dans l'entrée du dortoir, et s'il en jugeait par l'intensité du frottement, il n'avait rien de normal… Amos fronça les sourcils, s'agenouilla près du seuil de la porte ouverte, et jeta un coup d'oeil discret.

Il faillit se frapper le front tant il était consterné par l'identité de l'intruse.
Mikasa était assise sur le bord du palier, dos au grand blond, en train de frotter énergiquement un objet qu'elle avait posé sur ses genoux tout en étant éclairée par une lampe à huile.

Avec la délicatesse d'un chat, il referma la porte qui séparait l'entrée du dortoir, et soupira à voix basse :

— Qu'est-ce que tu fiches ici ?

L'orientale sursauta si violemment qu'une des bottes posées sur ses genoux tomba au sol, elle écarquilla les yeux d'horreur et tourna la tête pour découvrir Amos, ses pupilles s'élargirent davantage.

Nox fronça les sourcils d'incompréhension face à la botte, jusqu'à ce qu'il ne comprenne que le problème n'était pas la chaussure, mais le propriétaire. Il confirma sa théorie en constatant l'absence de celles qui appartenaient à un certain natif de Shinganshina et poussa un râle aussi étouffé qu'exaspéré :

— Tu cires les pompes d'Er…?

Il n'eut pas le temps de finir sa phrase qu'il dut se jeter en arrière pour esquiver un coup de brosse qui filait droit vers sa tempe.
Complètement pris par surprise par la violence soudaine de l'orientale, il fut plaqué au sol par celle-ci et leva in extremis son bras gauche pour parer le poing droit destiné à son visage. Dominé par la force physique et le comportement agressif de sa rivale, il n'eut d'autre choix que de plonger la main dans sa poche alors que Mikasa armait une nouvelle attaque. Amos n'eut hélas, pas le temps de décaler sa tête, et il reçut un coup surpuissant sur le côté du crâne .

Une fois sa victime neutralisée, la métisse expira bruyamment pour se débarrasser de la terreur sourde qui s'était emparée de son coeur dès qu'elle avait aperçu le grand blond. Elle haleta à grandes bouffées d'air tant elle était soulagée d'avoir réussi à neutraliser une potentielle fuite.

Elle prit un temps pour réussir à surmonter ses peurs et réalisa qu'elle était allongée sur Amos, plus encore, elle réalisa qu'elle avait assommé Amos !

Honteuse, elle se redressa pour examiner les dégâts sur le visage du grand blond, tout en s'en voulant intérieurement pour balader ses mains sur sa personne sans son consentement.

— Je suis désolée, murmura-t-elle sincèrement.

Un regard d'émeraude possédé par la prédation ainsi qu'une aiguille froide plantée dans son cou firent écho à ses excuses. Le visage froissé par la colère, Amos se redressa pour arriver au niveau de la jeune fille qui avaient les traits déformés par l'horreur.

— Pas moi, siffla Nox avant d'injecter le sédatif dans les veines de l'orientale.
Celle-ci tenta de relever les bras pour se dégager, mais sa vision se brouillait déjà, elle ouvrit la bouche mais aucun son ne franchit ses lèvres. Alors elle s'écroula sur le grand blond grimaçant, inconsciente et dévastée.

De son côté, Amos retira la seringue et poussa un soupir consterné.

— Quelle plaie cette fille, grommela-t-il en tapotant l'endroit où elle l'avait frappé. « Si je n'avais pas été dopé à la méthadone, elle m'aurait plongé dans le coma pour deux jours. »

Une soudaine humidité dans son cou lui arracha un frisson, il se redressa, et constata que Mikasa pleurait sur lui.

Cette vision inattendue le figea quelques instants, avant de faire remonter des remords qu'il s'empressa d'enterrer. Il se dégagea doucement du corps de la jeune fille et l'adossa contre le mur de l'entrée pour l'observer.

Si on oubliait les quelques larmes qui coulaient sur ses joues, elle semblait dormir paisiblement. Cependant les larmes étaient tout ce qui intéressaient Amos.

— « Elle était vraiment terrifiée à l'idée qu'Eren apprenne qu'elle lui cire littéralement les pompes… Putain… comment j'ai fait pour louper ce détail pendant presque dix-huit mois ? »

Il chassa son agacement envers lui-même pour se reconcentrer sur Mikasa. Il se leva pour aller trouver sa veste dans son placard personnel et sortit un mouchoir d'une des poches pour essuyer le visage de la métisse.

— « Même si elle le surprotège toujours, elle ne l'empêche plus de se donner à fond depuis que je suis intervenu… Mais ça, c'est quelque chose qu'elle doit faire depuis le début des classes. Et elle a préféré continuer de le faire plutôt que de laisser Eren se prendre un taquet de la part de Shadis… Quoique… Présenter des bottes mal cirées serai considéré comme une faute grave à ce stade de la formation. En voulant bien faire elle s'est piégée toute seule. »

Alors qu'un hématome de bonne taille commençait à se former sur le côté de sa tête, Amos enfila ses bottes, ouvrit grand la porte du bâtiment et porta Mikasa pour la ramener dans son lit. C'est alors qu'il réalisa que pénétrer dans le dortoir du sexe opposée avec une fille droguée tandis que toutes les autres dormaient… était une très mauvaise idée.

Résigné, il hissa la métisse sur son épaule à l'approche de sa destination, et ramassa plusieurs cailloux par terre tandis qu'il marchait. Puis il s'installa face à l'une des fenêtres qu'il s'empressa de bombarder, jusqu'à ce qu'une tête blonde ébouriffée, ensommeillée et exaspérée n'émerge pour découvrir la source de ce raffut sous la lumière de la pleine Lune.

Amos ne s'embarrassa pas de formalités tel qu'un geste d'excuse, non il fit directement signe à la jeune fille de descendre l'aider en pointant Mikasa du doigt

Cette dernière lui adressa une grimace consternée, avant de lui répondre qu'elle arrivait d'un geste du pouce.

Nox se présenta face à l'entrée du dortoir et attendit que sa complice vienne lui ouvrir, ce qu'elle fit quelques secondes plus tard.

— Qu'est-ce que c'est que ce cirque ? grommela Annie Leonhart en arborant une crinière blonde tellement ébouriffée qu'elle pourrait passer pour une fleur de pissenlit géante.

Amos eut toutes les peines du Monde à se retenir de rire devant la démone en débardeur sortie d'un mauvais opéra qui lui faisait face

— J'ai besoin que tu la remettes dans son lit, annonça-t-il en tendant Mikasa à la blonde.

Cette dernière la contempla quelques secondes avant de revenir vers le Conseiller en haussant un sourcil et en croisant les bras.

— Tu l'as assommé ?

— Non, je l'ai sédaté.

Leonhart n'en cru pas ses oreilles.

— Mais pourquoi t'as fait ça ?

— Prends là et je te montre, soupira Nox à bouts de nerfs.

Une fois l'orientale dans les bras de la blonde, Amos sortit sa boite d'allumettes de sa poche, en craqua trois et éclaira le joli hématome que lui avait laissé la métisse avant que le vent n'éteigne sa flamme.
Annie esquissa un léger sourire.

— Et qu'est-ce que t'as fait pour mériter ça ?

— Tu ne veux pas le savoir.
— D'accord, acquiesça-t-elle avant de le transpercer du regard, alors dis-moi comment cela se fait-il que tu connaisses l'emplacement exact de mon lit dans le dortoir des filles ?

Pas du tout inquiet par la menace à peine dissimulée, Amos arbora un sourire amusé alors qu'il pointait le dortoir des garçons du pouce.

— Bertholdt te mate tous les soirs depuis notre fenêtre, et ce, depuis le début des classes.

Cet révélation consterna bien davantage Annie qu'elle ne la gêna, elle poussa un râle d'agacement auquel s'était mêlé un soupçon de dégout.

— Ce sera tout ? ironisa-t-elle visiblement pressée d'en finir.

— J'ai trouvé le prétexte idéal pour te chaparder Eren, l'informa le grand blond en tirant un cigarette de sa poche, Christa s'occupera de t'envoyer Armin.

Il alluma son cylindre en papier empli de tabac sous le regard réprobateur de la blonde et continua :

— Quant à Mikasa… Elle ne se réveillera pas avant l'heure du déjeuner, est-ce que tu peux aller dire à Shadis qu'elle est souffrante ? Il sait que vous ne vous appréciez pas, donc il sait que tu ne chercheras pas à la couvrir.

— Autre chose ? ironisa-t-elle de plus belle.

— Bonne nuit Annie, salua-t-il en expirant un nuage de fumée tout en tournant les talons.

La concernée leva les yeux au ciel, même si au fond elle lui était reconnaissante. Elle ramena Mikasa dans son lit et retourna se coucher en se promettant qu'elle irait dire deux mots à Bertholdt avant la fin du petit-déjeuner.

(-)(-)(-)

Une fois de retour dans le dortoir des garçons, Amos monta immédiatement jusqu'au lit qu'Armin, Connie et Eren partageaient. Ce dernier était sa cible.

Sans la moindre pitié, ni retenu, il le saisit par l'oreille tout en plaquant une main sur sa bouche. Réveillé en sursaut, Jaeger tenta de se débattre, mais il prit un coup de genou dans l'estomac qui lui bloqua la respiration et mit fin à toute résistance.

Amos traina sa victime sans ménagement jusqu'à l'entrée du dortoir qui était toujours éclairée par la lampe à huile de Mikasa. Le natif de Shinganshina écarquilla les yeux lorsque le visage de son bourreau entra dans la lumière, et une goutte de sueur perla sur son front en apercevant la prédation dans son regard.

— Salut Eren, murmura le grand blond à voix basse tout en lâchant son oreille pour fermer la porte.

Sentant que la douleur dans son estomac s'était suffisamment estompée pour reprendre du poil de la bête, Jaeger se remit à lutter pour retirer la main de Nox de sa bouche, mais celui-ci ne broncha pas.
— J'ai attrapé Mikasa en train de cirer tes pompes, l'informa-t-il brutalement, elle doit faire ça depuis le début des classes.

À ces mots, un coup de tonnerre éclata dans le crâne d'Eren lorsque l'information atteignit son cerveau. Il cessa de se débattre et fixa le Conseiller comme s'il venait de lui pousser une deuxième tête. Satisfait, ce dernier le relâcha.

Il fallut une bonne dizaine de secondes au natif de Shinganshina pour reprendre ses esprits, et quand il y parvint, il grimaça d'incompréhension, de honte, et Nox aperçu un soupçon de dégoût. Jaeger semblait avoir oublié la douleur dans son ventre lorsqu'il demanda :

— Pourquoi… ?

— Les premiers mois, c'était surement pour t'éviter de te faire démonter par Shadis pour incompétence.

Eren laissa échapper un râle de frustration qu'Amos ignora pour continuer :

— Le problème, c'est que si elle s'était arrêtée de faire ça, tu te serais pris une dérouillée par Shadis à cause d'elle. Si elle t'en avait parlé, tu lui en aurais voulu à mort. Donc soit elle t'avouait ce qu'elle avait fait, et dans ce cas, tu aurais effectivement pris une punition mémorable pour pas être capable de cirer tes pompes toi-même après seize mois de formation. Et tu lui en aurais vraiment voulu. Soit elle ne te disait rien et continuait de te cirer les pompes pour t'épargner la punition et s'épargner ta colère. Elle s'est coincée toute seule.

Les explications de Nox ne suffirent pas à calmer Eren, celui-ci tremblait de tout son être, les émotions violentes qu'il ressentait semblaient sur le point de s'emparer de sa conscience; mais Amos le saisit par l'oreille et le hissa à sa hauteur malgré le sifflement de douleur qui traversa les dents du natif de Shinganshina.

— Cesse de laisser ta fierté contrôler ta personnalité, réprimanda le grand blond sans jamais diminuer l'aura prédatrice qui enveloppait son corps. Regarde moi des les yeux.

C'est ce que fit Jaeger, et il écarquilla les siens lorsqu'il découvrit l'impressionnant hématome qui entourait l'orbite du grand blond.

— Mikasa a essayé de m'assommer quand je l'ai pincé, expliqua-t-il d'une voix monocorde. en tapotant sa tempe du doigt. Elle était terrorisée à l'idée que tu apprennes ce qu'elle faisait.

Eren fronça les sourcils et grimaça d'incompréhension, il essaya de dire quelques chose, probablement d'exprimer sa confusion par des mots, mais aucun son ne franchit ses lèvres.
— Eren, reprit Amos avec un ton plus compatissant, prends tes bottes, prends ta brosse, ton chiffon et ton cirage. Mets tes chaussures civiles et suis-moi dehors, qu'on aille discuter à l'abri de potentielles oreilles indiscrètes.

Assez surprenamment, Jaeger acquiesça sans protester, et fit ce qui lui était demandé. Nox supposa qu'il était plus préoccupé par la situation de Mikasa que par sa propre fierté, ce qui était rassurant.
Une fois qu'ils furent prêts, Amos s'empara de la lampe à huile abandonnée par l'orientale et sortit avec Eren à sa suite.

Les deux adolescents se trouvèrent un coin tranquille dans les bois, suffisamment éloigné pour que les arbres cachent leur source de lumière. Le Conseiller s'installa sur une souche et fit signe au natif de Shinganshina de s'asseoir face à lui. Puis il s'empara des bottes de ce dernier.
— Ça, c'est une botte cirée par Mikasa, annonça-t-il avant de s'emparer de l'autre, et celle-ci c'est celle qu'elle n'a pas eu le temps de cirer.

L'expression sur le visage d'Eren traduisait un étrange mélange entre la honte et le dégoût. Aux yeux d'Amos, ceci était des plus fascinants.

Avec patience et pédagogie, il expliqua à Jaeger ce qu'il aurait dû apprendre il y a des mois, et attendit qu'il se soit mis au travail pour revenir au véritable sujet qui les avaient conduits ici.

Il poussa un léger soupir endolori en caressant son hématome, son camarade le remarqua et se figea quelques instants.

— Eren… Pourquoi est-ce que Mikasa était si terrifiée à l'idée que tu apprennes qu'elle te cirait les pompes ?

Le concerné haleta doucement et releva la tête, une légère grimace agacée se forma sur son visage.

— Je crois que tu connais la réponse.

— Oui, confirma Amos en laissant la prédation refaire surface, mais je veux te l'entendre dire. Et ne t'arrêtes pas de frotter.

Eren renâcla légèrement mais se plia aux instructions de son « supérieur ».

— J'imagine… commença-t-il en ravalant ses émotions, qu'elle craignait que je m'en prenne à elle…

— Bonne réponse, acquiesça le grand blond en posant son menton sur ses mains jointes, elle voulait t'aider sans pour autant avoir à subir tes remontrances. Et elle a essayé de m'assommer parce qu'elle craignait que tu ne lui en veuilles, et parce que si Shadis avait vent de ton incapacité à cirer tes godasses tout seul, il aurait été obligé de l'inscrire dans ton dossier. Dossier qui aurait, tôt ou tard, trouvé son chemin sur le bureau du Major Erwin. Et je sais de source sûre que ce type fait attention au moindre détail, crois-le ou non, mais une telle faute aurait pu compromettre ta carrière d'éclaireur.

Eren était sidéré par ce qu'il venait d'entendre, il se frappa le front de sa main libre et soupira d'agacement.

— Ne t'arrête pas de frotter, ordonna Amos avant de reprendre : si c'est ce dernier point qui te sidère, moi c'est le premier qui m'inquiète.

Jaeger fronça les sourcils d'incompréhension.

— Mikasa avait peur que tu lui en veuilles, précisa le grand blond, peur. Elle préférait cirer tes pompes pendant trois ans plutôt que de t'entendre lui remonter les bretelles.

Peu à peu, les yeux d'Eren s'écarquillèrent d'horreur jusqu'à manquer de lui exploser la rétine, mais Amos ne s'arrêta pas là pour autant.

— Est-ce que tu te rends comptes à quel point tes remontrances lui font mal ? demanda-t-il en connaissant la réponse. Elle a tellement peur de souffrir qu'elle se cache dans l'ombre pour t'aider plutôt que d'avoir à supporter ta colère.

Cette fois, Jaeger en eut assez, la honte dévorait chaque fibre de son corps au point de le faire trembler. Il lâcha sa brosse et froissa ses traits de rage envers lui-même.
Amos lui cola une taloche pour le sortir de sa spirale de haine de soi avant qu'il n'aille trop loin, Eren plaqua une main sur tempe et gratifia son ami d'une expression indignée.
— Finis de brosser cette foutue botte, ordonna ce dernier d'une voix ferme, quand ce sera fini, on trouvera des solutions au lieu de se morfondre sur nous-mêmes.

Il s'écoula un instant de flottement, durant lequel Jaeger fixait la lueur de la lampe à huile qui brillait dans les yeux d'émeraude imperturbables de son interlocuteur. La confiance avec laquelle Nox avait prononcé ces paroles trouva son chemin jusqu'au coeur du natif de Shinganshina, il prit une grande inspiration pour se calmer, ramassa sa brosse, et se remit au travail sous le regard attentif de son ami.

(-)(-)(-)

— Un quart d'heure c'est beaucoup trop long, réprimanda doucement le grand blond en rangeant sa montre à gousset, il va falloir que tu sois plus efficace à l'avenir.

Eren acquiesça en acceptant la critique, mais il était néanmoins content d'avoir ciré sa botte, peu importe à quel point cela avait l'air stupide.

— À présent, revenons à Mikasa, déclara Amos en croisant ses jambes.

Jaeger posa délicatement sa chaussure à côté de celle qu'avait ciré sa soeur adoptive, s'arma de courage en prenant une grande inspiration, et fit face à Nox.

— Sois honnête, Eren, quels sont tes sentiments pour elle ? Qu'est-ce que tu ressens quand elle essaye de t'aider ou quand elle s'inquiète pour toi ?

Ces questions le frappèrent dans l'estomac plus fort encore que ne l'avait fait Amos lorsqu'il l'avait tiré du lit, il dut déglutir afin de trouver la force de répondre.

— Je tiens à elle, affirma-t-il sans hésiter, je tiens beaucoup à elle.

La conviction avec laquelle il avait prononcé ces paroles ne laissa nulle place au doute dans l'esprit de son interlocuteur.

— Mais… reprit Eren en serrant les dents et les poings. J'ai toujours la sensation d'être un putain de parasite chaque fois qu'elle me traite comme un gosse.

À cela, le grand blond haussa les sourcils de surprise. Lui-même avait une idée bien définie de ce qu'était un parasite humain, et le natif de Shinganshina n'entrait pas du tout dans cette catégorie à ses yeux.

— Tu ne crois pas que tu exagères ?
— Que j'exagère ?! tempêta soudainement Jaeger en réveillant des oiseaux au passage qui s'envolèrent de terreur.

Il prit une seconde pour se maitriser et poursuivit avec une rage à peine contenue mais un ton bien plus bas.

— Ces gros porcs l'auraient violé des centaines de fois si toi et les autres n'étiez pas venus nous sauver ! Et tout ça pour quoi ?! Mikasa a préféré devenir le jouet de ces animaux pour me laisser vivre, moi ! Mais putain elle aurait dû me laisser crever ! Elle aurait dû sauver les autres ! Elle aurait dû se protéger elle-même ! Qu'est-ce qui lui a pris de faire ça ?!

Amos saisit Eren par les épaules et le força à le regarder pour qu'il se calme. Mais si Jaeger arrêta de déclamer, il ne décoléra pas pour autant. Des larmes de rage se formèrent dans les coins de ses yeux alors que son visage se contorsionnait en une grimace furieuse et dévastée.

— Putain… reprit-il dans un souffle. Pourquoi elle fait ça ? Pourquoi elle sacrifie tout pour moi ?

— Parce que tu es tout ce qu'elle a, répondit Nox d'un ton presque désolé.

À ces mots, Jaeger renâcla de dégout et se dégagea de l'emprise du grand blond.

Un moment de silence pesant s'écoula, Amos en profita pour allumer une cigarette.

— Eren, reprit-il alors que son ami lui avait tourné le dos, tu te rends bien compte que si Mikasa est aussi forte, c'est grâce à toi ? Tu réalises qu'elle ne serait pas là sans toi. En sachant cela, comment peux-tu te qualifier de parasite ?

Lentement, Jaeger recroisa le regard de son ami, cligna des yeux pour dissiper ses quelques larmes de colère. Il laissa échapper un très profond soupir, comme s'il relâchait un poids qui lui pesait sur le coeur.

— Le jour où je l'ai rencontré…

Il hésita, croisa de nouveau le regard d'Amos, et vit suffisamment de confiance pour continuer :

— Quand j'ai vu ses parents… quand mon père m'a dit quel genre de personne avait fait ça… j'étais tellement hors de moi… je me suis lancé à leur poursuite sans réfléchir…

Eren était en transe alors qu'il racontait son histoire, la rage présente dans son regard et les tremblements de haine de son corps étaient fascinants aux yeux de Nox. Ils étaient si intoxicants, qu'ils semblaient le contaminer à son tour.

— Quand je les ai retrouvé… je les entendus parler de Mikasa…

En un éclair, la colère d'Eren se mua en une fureur des plus authentiques. Il serra les poings à s'en faire saigner les paumes, ses veines pulsèrent dans son cou.

— Ils disaient que Mikasa avait de la valeur parce qu'elle était orientale… Ils parlaient d'elle comme si elle n'était qu'une jument !

Amos dû faire un effort surhumain pour empêcher sa prédation d'échapper à son contrôle, il se contenta de tirer sur sa cigarette pour se calmer.

— Quel rapport avec toi ?

Une fois de plus Eren s'arma de courage avant de faire face à son ami, ce dernier fut très surpris de voir de la culpabilité sur son visage.

— J-j'ai… hésita-t-il avant d'expirer bruyamment et de reprendre : j'ai la sensation qu'au final, c'est moi… l'esclavagiste.

Un silence de cathédrale s'abattit sur la clairière dans laquelle les deux adolescents s'étaient réunis, seul la respiration lourde du natif de Shinganshina se faisait entendre. Car Amos était effaré d'avoir entendu de telles paroles.

Sans crier gare, l'image d'une esclavagiste s'imposa brutalement dans son esprit, et le grand blond dut plonger son visage dans sa main pour cacher sa propre horreur.

Il prit quelques secondes pour se contenir, et répondit sans pour autant relever la tête.
— Eren… ce n'est pas parce que Mikasa tient à toi…

Sans crier gare, Jaeger le saisit par le col et le força à lui faire face, Nox en fut si surpris qu'il manqua de lui fracasser la figure en guise de représailles. Mais son ami lui brailla à la figure une phrase qui le paralysa sur place.

— Si je lui demandais d'écarter les jambes pour moi, qu'est-ce que tu crois qu'elle ferait ?!

Un coup de tonnerre éclata dans le crâne d'Amos, la figure qu'il avait imaginé, la prédation et la colère disparurent en l'espace d'une seconde. Et pour la première fois depuis des années, le grand blond avait perdu ses mots, il fixait Eren avec des yeux écarquillés d'horreur.

— Alors ? demanda faiblement ce dernier en secouant légèrement son ami. Est-ce que tu crois qu'elle le ferait ?

Le natif de Shinganshina semblait à bout de force, les violentes émotions qu'il avait ressentit l'avait vidé de son énergie.

Amos cligna des yeux afin de récupérer un peu de sérénité, saisit délicatement les poignets de Jaeger afin que celui-ci le lâche, et poussa un profond soupir.

— Oui… admit-il finalement, je pense qu'elle le ferait. Mais elle le ferait par peur de perdre la seule famille qu'il lui reste, et pas par plaisir. Lui demander un truc pareil reviendrait à la détruire psychologiquement.

Pendant un bref instant, Eren se demanda s'il s'était confié à Nox dans le seul et unique but d'être rassuré. Maintenant qu'il avait la confirmation que sa pire crainte était fondée, le jeune homme ne savait plus quoi faire ni quoi penser.

— Hé bien… lâcha-t-il sans réfléchir. J'pense qu'on peut dire que c'est officiel… je suis un putain…

Amos le fit taire d'un coup de poing dévastateur dans l'estomac. Jaeger en fut si surpris qu'il tomba à genoux en plaquant ses mains contre son abdomen.

Le grand blond prit un temps pour réordonner ses pensées, ravaler ses tourments personnels et se concentrer sur les problèmes qu'il devait corriger. Et ce, même s'il ne se rendait pas compte qu'il n'agissait pas dans son propre intérêt.

— Tu es surtout un idiot, soupira-t-il en secouant la tête. Tu penses que parce que tu es en mesure de blesser ceux qui t'aimes ça fait de toi un esclavagiste ?

Le natif de Shinganshina releva la tête, le visage grimaçant et les sourcils froncés d'incompréhension.

— C'est le principe même de l'affection, tu sais ? reprit Amos en s'accroupissant. Tenir à quelqu'un c'est lui donner le pouvoir de te faire du mal. C'est d'ailleurs pour ça que les choix de Mikasa te mettent dans des états pareils, tu tiens à elle, et tu voudrais qu'elle prenne davantage soin d'elle. Ce qui est assez ironique puisqu'elle, elle tient à toi et elle voudrait que tu prennes davantage soin de toi.
Jaeger ouvrit la bouche pour répondre, mais aucun son ne franchit ses lèvres.

Amos retroussa sa manche, et exhiba les cicatrices qu'avaient laissés des coups de fouet et des morsures de chien.

— Eren… moi je sais ce qu'est un esclavagiste, révéla-t-il en le fixant droit dans les yeux, et un esclavagiste n'a que faire de sa marchandise. Comment peux-tu prétendre en être un puisque tu préfèrerai mourir plutôt que voir ta « marchandise » détruite ?

Il ne répondit pas, il était obnubilé par les marques gravées dans la chair du grand blond.

— Hé oui, Eren, continua ce dernier, un esclavagiste n'appelle pas sa marchandise ou son jouet par son prénom, n'a que faire de ses sentiments et ne remets jamais en question sa manière de le traiter. Tu ne possèdes pas Mikasa, tu ne l'as jamais possédé, et alors cesse de te tourmenter pour rien.

En l'espace d'une seconde, le natif de Shinganshina sentit un immense poids disparaitre de sa poitrine, il en fut si soulagé qu'il haleta bruyamment.

— Pour ce qui est d'être un parasite, poursuivit Nox en remontant sa manche, tu ne fais que traverser une crise d'ado à travers laquelle tu tentes de réclamer davantage d'indépendance.

Eren fronça les sourcils et arbora une grimace vexée. À l'inverse, Amos affichait une mine sévère.

— Si tu considères que tenir à toi, c'est te considérer comme un parasite, alors tout ce que tu mérites c'est une paire de claques et d'aller au lit sans diner.

Cette déclaration plongea Jaeger dans un abîme de perplexité, en effet, il ignorait si son ami était sérieux ou non.
Il eu sa réponse lorsqu'Amos le saisit par le poignet pour le redresser, et arbora une figure semi-consterné.
— Pourquoi Mikasa devrait-elle t'accorder plus d'indépendance ? continua-t-il de sa voix sévère. Tu ne sais même pas te laver les dents tout seul.

À ces mots, Eren rougit de honte.

— Mais qu'est-ce que ça a à voir avec… ?

— Mikasa passe son temps à te courir après pour s'assurer que tu vas bien, parce que tu ne sais pas prendre soin de toi, coupa Nox sans prendre de gants. Et le peu de considération que tu as pour ton hygiène est un exemple flagrant de ton besoin constant d'avoir une figure maternelle à tes côtés.
Cette critique plutôt inattendu désarma complètement Jaeger, celui essaya en vain de trouver quelque chose à redire.

— Je sais me laver les dents, finit-il par affirmer d'un ton bougon qui manqua de faire rire son interlocuteur.

— Frotter trois fois chaque paroi dentaire externe ce n'est pas laver ses dents, c'est les tartiner de dentifrice.

Le ton sévère avec lequel Amos s'exprimait, désemparait assez facilement Eren. En effet, le natif de Shinganshina ne savait pas comment réagir face à l'autorité du Conseiller. Ce dernier secoua la tête.

— Tu veux plus d'indépendance ? Mérite-là au lieu de couiner.

Sur ces mots, Nox s'empara de la lampe à gaz, s'en servit pour allumer une nouvelle cigarette, et quitta la clairière. Eren eu juste assez de temps pour récupérer ses bottes et son matériel de cirage avant de partir à sa poursuite.

— Attends, haleta-t-il en rattrapant, qu'est-ce que je dois faire ?

— Hé bien commence par t'excuser auprès de Mikasa pour avoir été négligeant avec tes bottes et grossier avec elle.

Il se tourna vers le natif de Shinganshina et lui jeta un regard sévère qui fit baisser la tête de ce dernier.

— Je suis sérieux, Eren. Elle avait peur de ta réaction. Elle ne devrait jamais avoir peur de toi.

À ces mots, Jaeger pesta contre lui-même et acquiesça, satisfait, Amos poursuivit :

— Si tu veux plus d'indépendance, il faut prouver à Mikasa que tu sais prendre soin de toi. Sinon elle continuera de s'inquiéter plus que de raison.

Il acquiesça de nouveau, et après un moment de silence à marcher dans les bois, Jaeger posa la question qui lui brulait les lèvres.

— Tu peux m'apprendre à survivre ?

Amos se figea un court instant, avant de se tourner vers son ami, les sourcils froncés.
— Tu veux quoi ?

— Que tu m'apprennes à survivre, répéta Eren avec davantage de conviction.

Cette demande avait de quoi déstabiliser Nox, la seule personne à qui il avait enseigné la survie était sa petite soeur. Et pour y parvenir, il avait dû la faire souffrir.

— Pourquoi ?

Jaeger ne répondit pas tout de suite, au lieu de cela, il regarda la manche du Conseiller comme si elle l'hypnotisait.

— J'ai rien pu faire contre cette bande de porcs, siffla Eren alors que son visage se froissait à nouveau, si t'avais pas été là…

— J'étais pas seul…

— Mais c'est toi qui a tout organisé.

La lueur dans le regard de Jaeger surprit légèrement Amos, il savait que son ami avait beaucoup d'estime pour lui, mais il ne s'attendait pas à ce que le natif de Shinganshina l'admire autant.

— J'ai besoin que tu m'apprennes à être autre chose qu'un boulet, reprit ce dernier plein d'espoir. Ce qu'il s'est passé pendant ce putain d'exercice… ça doit plus jamais se reproduire !

La peur et le mépris qu'Eren avait envers lui-même n'échappa nullement à Nox, il hésita.

— Écoute…

— Je t'en prie ! insista Jaeger. Je ferai tout ce que tu me demanderas !

Cette fois-ci Amos fut choqué. Eren Jaeger, le grand amoureux de la liberté, l'avait supplié de mettre son sort entre ses mains.

Un silence de cathédrale s'abattit entre les deux amis, alors que le natif de Shinganshina attendait impatiemment la réponse du grand blond.

Ce dernier hésita encore, ce que demandait Jaeger allait exiger un certain investissement de sa part, et Amos détestait perdre son temps. De plus… il était incapable d'anticiper la réaction de Mikasa.

— Eren, reprit-il en soupirant un nuage de fumée, il va falloir que tu arrives à me convaincre. J'ai potentiellement beaucoup de choses à t'enseigner, mais pour cela, je te demanderai une obéissance absolue. Je ne suis pas ton père ou ton frère, je ne ferai pas preuve de patience si tu me rends la vie difficile. Et excuse-moi de te dire cela, mais j'ai du mal à croire que tu sois prêt à renoncer à ta précieuse liberté pendant des mois.

À ces mots, Jaeger le fixa d'un regard vide pendant quelques secondes.

— Ma liberté ? murmura-t-il hébété. Je ne suis pas libre.

Amos haussa un sourcil dubitatif.

— Je ne suis pas libre, répéta-t-il en serrant les dents, je suis enfermé dans une cage entourée par tous ces putains de titans. Je suis qu'un mouton, comme tous les autres… Mais pas comme toi.

Sur ces mots, Eren releva la tête pour transpercer le regard de Nox.
— Toi tu n'es pas comme nous, dit-il avec autant de conviction que d'admiration, quelqu'un t'as pris ta liberté…

Ses yeux se posèrent sur la manche de son interlocuteur qui sentit un léger malaise s'emparer de lui.

— … Et tu l'as récupéré. Je suis incapable de faire ça… peu importe à quel point j'en ai envie… j'en ai pas les moyens. Mais il y a bien pire…

Eren dut prendre une grande respiration, avant de dire sa dernière vérité :

— Tant que je serai faible, je serai la cage de Mikasa… Elle ne sera jamais libre… Elle me collera aux basques sans jamais se préoccuper d'elle-même… Sans jamais vivre sa vie… Ça… j'arrive pas à le supporter. S'il te plait… J'ai besoin de ton aide…

Une fois sa tirade terminée, Jaeger laissa échapper un long soupir, comme pour se soulager définitivement du poids qui avait pesé sur sa conscience. Puis il regarda Nox en attendant son verdict.

Pendant des secondes qui semblèrent durer des heures, le natif de Shinganshina observa minutieusement le visage du Conseiller, à la recherche du moindre indice sur son expression impassible qui lui permettrai de deviner sa décision.

Enfin, Amos laissa échapper un sourire en coin, et tapota gentiment la tête d'Eren pour la plus grande confusion de ce dernier.

— Tu sais, c'est la deuxième fois que je te sous-estime, sourit-il avec une pointe de nostalgie dans la voix.

Voix qui retrouva toute sa sévérité avant même que Jaeger n'ait eu le temps de lui demander ce qu'il entendait par là. Amos le saisit par l'oreille et le toisa avec la prédation

— Écoute-moi très attentivement, Eren, dit-il avec le ton le plus sinistre que le concerné eut jamais entendu, car je ne me répéterai pas. Dans le but de te faire mûrir, j'emploierai tous les moyens à ma disposition, cela inclut bien évidement la souffrance. Durant ces vingt prochains mois, tu feras ce que je te dirai de faire, peu importe si ça te parait absurde. Si tu te plains, je te mets une raclée, si tu abandonnes, non seulement je me désintéresserai complètement de ton sort, mais je te casserai en deux. Est-ce que j'ai été clair ?

Malgré la douleur qui lui irradiait l'oreille, le natif de Shinganshina acquiesça sans broncher, pour la plus grande satisfaction de Nox.

Au loin, le Soleil commençait à se lever, le grand blond en profita pour jeter sa cigarette et regarder sa montre.

— Parfait, alors commençons par améliorer ton hygiène.

— Hein ?! s'exclama Jaeger qui n'en cru pas ses oreilles.

Sa réaction fut la mauvaise, la prédation terrassa toutes les questions qu'il s'apprêtait à poser.

— Tu m'as bien entendu, grinça le Conseiller, le peu d'importance que tu accordes à ton hygiène est l'une des premières choses que je vais corriger chez toi. Heureusement que Mikasa ne partage pas les douches avec nous, sinon elle insisterait pour te laver elle-même étant donné ta négligence.

Cet argument empourpra Eren dans la seconde et le scandalisa dans la suivante.

— Qu'est-ce que t'en sais ? se défendit-il. Tu ne prends jamais ta douche avec nous !

— J'en sais que j'ai des yeux, et chaque matin tu te présentes au réfectoire avec de la terre sous les ongles, des dents jaunes et des cheveux raides.

Jaeger sentit lentement la honte secouer chaque fibre de son corps, se faire réprimander sur son hygiène par quelqu'un qu'on admirait était incroyablement humiliant.

— À la douche ! annonça Nox en l'y trainant par l'oreille.

(-)(-)(-)

Quand Armin se réveilla ce matin-là, il fut relativement surpris de ne pas voir Eren à ses côtés et avait immédiatement craint une réaction disproportionnée de la part de Mikasa. Cependant, il fut rapidement rassuré lorsqu'il sortit du dortoir, en effet, il aperçut le disparu en train de subir les exercices d'assouplissement auquel Amos le soumettait. Ce qui l'étonna et l'inquiéta en même temps, car à en juger par l'expression douloureuse sur le visage de son ami, celui-ci était en train de fournir des efforts considérables de bon matin.

Par réflexe, Armin tourna la tête en direction du dortoir des filles, s'attendant à voir son amie orientale débouler du bâtiment pour interrompre la séance de torture d'Amos. Mais à son grand étonnement, la métisse fut la seule fille à ne pas quitter le bâtiment. Bien que curieux, le petit blond fut rappelé à l'ordre par Reiner et fila prendre sa douche avant de rejoindre le réfectoire. Cependant, il n'y vit toujours pas Mikasa qui avait pour habitude d'être là avant eux depuis le début des classes.

En revanche, il vit Eren et Amos assis avec Ymir et Christa, et choisit d'aller les rejoindre dans le but d'obtenir des éléments de réponse quant à la mâtinée déjà peu commune qu'ils vivaient.

Quelle ne fut pas sa surprise, lorsqu'il s'assit, de découvrir que le Conseiller était en train d'éduquer son meilleur ami sur les bonnes manières à table.

Mais il fut encore plus surpris de voir qu'Eren faisait l'effort d'écouter le grand blond, sous les regards aussi amusés que curieux des deux filles face à eux.
— Tiens-toi droit, nom d'un chien, soupira Amos en forçant Jaeger à s'aligner avec le dos de sa chaise, est-ce que tu te prosternes devant la nourriture comme Sasha ?

Armin dut plaquer une main sur sa bouche pour ne pas glousser devant la mine aussi ennuyée que gênée que son ami affichait. Ymir n'eut pas cette pudeur et explosa d'un rire cruel.

— T'inquiètes pas va, lança-t-elle en s'essuyant le nez avec l'index, il y va mollo avec toi, avec moi il a fallu qu'il menace plusieurs fois de me buter.

— Ymir ! s'exclama Christa outrée.

— N'exagère pas, répondit le grand blond en souriant, la mâchoire et les doigts ne font pas partis des points vitaux du corps.

— Amos !

— Que tu dis, répliqua la grande fille en tapotant ses lèvres avec les bouts de ses doigts, t'imagines pas à quel point ils sont vitaux pour Christa…

— Ymir ! s'exclama la petite blonde en s'empourprant dans la seconde.

C'est également le temps qu'il fallut pour qu'une aura meurtrière n'entoure le corps du Conseiller, Armin s'empressa de désamorcer la situation.

— Heu… Amos ? Qu'est-ce qui est arrivé à ton oeil ?

— Le poing de Mikasa, répondit-il en replaçant le coude d'Eren pour éviter qu'il n'empiète sur son territoire.

Il soupira avant que Christa n'ait eu le temps de le questionner davantage.

— Eren… ? Tu sais à quoi servent les bonnes manières ?

Un frisson traversa le corps du natif de Shinganshina qui laissa échapper une grimace gênée.

— C'est tellement humiliant, souffla-t-il à l'adresse de son mentor qui répondit d'un ton presque désolé :

— Je sais, mais dis-toi que c'était encore plus humiliant quand tu mangeais n'importe comment, sans écouter les conseils de Mikasa… devant tout le monde qui plus est.

Eren déglutit de honte en entendant cela et s'efforça de suivre les consignes du grand blond qui reprit :

— Tu ne m'as toujours pas répondu; à quoi servent les bonnes manières ?

— J'en sais rien, dit Jaeger à la grande surprise d'Armin.

En effet, le petit blond avait l'habitude de voir son meilleur ami essayer de deviner la réponse d'une telle question ou d'inventer une excuse, il n'admettait que très rarement son ignorance, alors le voir le faire aussi naturellement était relativement… choquant.

— Hé bien, pour commencer, sache qu'en mangeant proprement tu te taches moins. Ce qui ne sera pas négligeable pour Mina et Marco, qui seront de corvée de lessive ce soir.

Eren écarquilla les yeux en réalisant ce que cela impliquait, Nox ne s'arrêta pas là.

— De plus tu mets moins de miettes partout, ce qui n'est pas négligeable pour Armin et Bertholdt qui nettoieront le réfectoire ce soir.

Le petit blond avait l'impression qu'à chaque parole prononcée par le Conseiller, son ami se recroquevillait un peu plus sur lui-même. Beaucoup ce serait arrêté là, mais Amos était du genre efficace.

— Eren, nos manières sont le reflet de notre éducation. En nous comportant convenablement nous rendons hommage à nos parents.

À ces mots, le natif de Shinganshina entendit un coup de tonnerre éclater dans son crâne, et à sa honte s'ajouta une foule de souvenirs qui prit d'assaut sa tête. Il se souvint de toutes les fois où sa mère l'avait grondé pour son mauvais comportement à table, et ses vieux remords refirent surface… de même que les images ensanglantées du jour où tout avait basculé.

C'est alors que Nox lui colla une pichenette sur le front qui le fit sortir de sa transe.
— Calme-toi, ordonna-t-il d'une voix ferme, je ne t'ai pas dit cela pour que tu t'énerves. Je t'ai dit cela pour que tu réalises l'importance de ton éducation, ce n'est pas que toi que tu représentes.

Une lueur de réalisation éclaira le regard d'Eren, et aussitôt, il redressa son dos et abaissa ses coudes afin de pouvoir se reconcentrer sur sa nourriture.

Armin resta bouche bée devant cette scène. Les efforts que fournissaient Eren pour mûrir pour la première fois depuis la chute de Maria lui firent chaud au coeur, au point de lui arracher un sourire empli d'espoir. En revanche, il y avait à ses côtés, une petite blonde qui était restée bloquée sur un point en particulier.

— Amos ? grinça-t-elle d'une voix menaçante. Quand est-ce que Mikasa t'as frappé ?

— Cette nuit, répondit le Conseiller en haussant un sourcil circonspect en direction de sa soeur.

— Ça a un rapport avec le fait qu'on ait pas réussi à la réveiller ce matin ? On a eu beau lui verser un verre d'eau sur la figure, elle n'a pas bougé d'un pouce.

— Vous l'auriez jetée dans le lac que ça n'aurait rien changé, soupira Nox en s'essuyant la bouche, j'ai dû la sédater avec du maléate d'acépromazine.

Si Ymir, Armin et Eren échangèrent des regards circonspects, Christa, elle, ouvrit la bouche, consternée.

— Mais tu es complètement malade ! manqua-t-elle de hurler. Elle va dormir pendant des jours !

— Calme-toi, l'exhorta le Conseiller en levant l'index, elle sera debout pour le déjeuner…

Il se tourna vers Eren.
— …Et tu lui présenteras tes excuses.
Une fois que le natif de Shinganshina eut acquiescé sous le regard étonné d'Arlet, Amos se leva avec son plateau et fut immédiatement suivit par son nouveau protégé.

— Tiens, Armin ? dit-il d'une voix monocorde. Comme Eren s'entrainera avec moi au combat à mains nues à partir de maintenant, j'ai demandé à Annie si elle pouvait s'occuper de ton entrainement à toi.

À ces mots, le petit blond écarquilla les yeux de terreur.

— A-Annie ?! bredouilla-t-il effrayé alors que Christa commençait à protester.

— Mais Armin s'entrainait avec nous dep…

— Bon courage Armin, lança Ymir après avoir couvert la bouche de Lenz avec sa main.

Eren jeta un regard désolé à son ami avant de suivre Amos hors du réfectoire, Arlet les observa partir avant de dire tout haut :

— Ça fait longtemps que je n'ai pas vu Eren comme ça.

Ymir roula des yeux consternés.

— Quoi ? Tu veux dire calme ?

— Oui, admit le petit blond en se grattant la joue, mais surtout ambitieux.

— Qu'est-ce que tu racontes ? demanda la grande fille. Il a toujours été comme ça, non ?

— Non, avant il était juste énervé, expliqua Arlet en mangeant rapidement son petit-déjeuner. Mais là… on dirait qu'il a vraiment envie de devenir meilleur.

— Je pige pas, admit Ymir en haussant les épaules.
— Ce qu'Armin veut dire, intervint Christa avec son habituelle voix pleine de compassion et son sourire d'ange, c'est qu'avant, Eren était destructeur. Maintenant il se concentre sur lui.

— Oui, voilà c'est ça ! confirma le petit blond.

La grande fille le toisa du regard.

— Et tu pouvais pas le dire simplement ? grommela-t-elle vexée alors que son interlocuteur se sentait rétrécir à mesure qu'elle élevait la voix.

— Ymir, réprimanda doucement Lenz, laisse-le tranquille.

La concernée renâcla mais se reconcentra sur sa nourriture, Armin remercia sa congénère blonde d'un signe de tête.

— Au fait Christa, demanda-t-il poliment, est-ce que tu sais ce qui se passe entre Amos et Eren ? Je veux dire… Amos apprend plein de trucs à tout le monde… mais les bonnes manières ?

La jeune fille s'essuya gracieusement la bouche, ce qui arracha un léger rougissement à Arlet.

— Hé bien… commença-t-elle en se grattant le menton. Je pense qu'Amos s'ennuie.

À cela, Ymir et Armin froncèrent les sourcils simultanément.

— Qu'est-ce que tu racontes, princesse ?

— Amos s'ennuie, insista-t-elle, il essaye depuis le début des classes d'améliorer les compétences de tout le monde pour avoir des rivaux dignes de ce nom. Mais à part Mikasa à la tridimensionnalité et dans le domaine physique, c'est impossible de trouver de vrais concurrents. Amos a commencé son entrainement quand il avait cinq ans et c'est un génie. Personne ne peut lui arriver à la cheville ici.

Armin écarquilla les yeux en entendant cela et manqua de s'étouffer avec son porridge, Christa dut lui taper dans le dos pour faire passer sa quinte de toux.

— Il… il s'entraine depuis qu'il a cinq ans, répéta le petit blond estomaqué.

Lenz réalisa alors son erreur et grimaça face à sa propre bêtise.

— Tu veux bien garder ça pour toi ? demanda-t-elle en joignant les mains et en arborant un regard implorant qui fit instantanément fondre le coeur d'Arlet. Amos serait furieux contre moi s'il l'apprenait.
Impuissant face au charme de la petite blonde, le jeune homme acquiesça sa tête rouge comme une tomate sous le sourire éblouissant de Christa.

Ymir fut très tentée de rappeler Arlet à l'ordre, mais comme elle ne craignait qu'il empiète sur ses plates-bandes, elle se contenta de ramener la conversation sur Nox :

— Bon, et du coup, pourquoi ton frangin a pris Eren sous son aile ?

— « Ton frangin ? » songea Armin surprit.

Si Christa avait remarqué le lapsus, elle avait choisi de l'ignorer.

— Probablement parce qu'il avait autant besoin d'un projet qui le maintienne constamment occupé pendant nos classes, expliqua-t-elle en nettoyant son assiette avec un bout de pain planté sur sa fourchette. Et je suppose que maintenant, l'éducation d'Eren est son nouveau projet.

Armin haussa légèrement les sourcils de surprise, et jeta un coup d'oeil en direction de la porte du réfectoire par laquelle les deux garçons étaient sortis.

— Je me demande ce Mikasa va penser de ça, songea-t-il tout haut.

À ces mots, l'expression sur le visage de Christa s'assombrit brusquement.

— Je suis prête à parier qu'Amos à déjà préparé sa réponse, grinça-t-elle avec une colère froide.

Cette fois, ce fut Ymir qui haussa les sourcils de surprise.

— Ouah, lâcha-t-elle impressionnée par la petite blonde. Je t'ai jamais vu si furieuse contre lui, qu'est-ce qu'il a fait pour te mettre dans cet état ?

— Il a sédaté Mikasa avec de la maléate d'acépromazine, gronda Lenz bouillante. C'est un tranquillisant pour les chevaux, c'était incroyablement dangereux d'utiliser un truc pareil sur elle.

Les yeux d'Ymir et d'Armin jaillirent de leurs orbites.

— Heu… hésita la grande fille, c'est pas pour prendre sa défense, mais elle lui a quand même mis son poing dans la face.

— Et en les connaissant tous les deux, tu crois vraiment que ce n'était pas mérité ? ironisa la petite blonde.

La grande fille ne trouva rien à redire, et de toute façon, elle ne voulait énerver davantage son interlocutrice.

— Habituellement, je tolère les fantaisies d'Amos, reprit cette dernière en craquant ses doigts, mais là je crois qu'il a clairement mérité une punition.

Armin laissa échapper un petit rire nerveux en voyant le sourire démoniaque qui venait de se dessiner sur le visage du petit ange. Quelque soit le sort qu'elle réservait au Conseiller, il n'aimerait vraiment pas être à sa place.

(-)(-)(-)

Lorsque Mikasa revint à elle, elle sentit, pour la première fois depuis sa tendre enfance, ses muscles ankylosés et son corps possédé par la fatigue. Elle bailla à s'en décrocher la mâchoire et balaya les environs du regard malgré son esprit encore embrumé et ses paupières lourdes.

C'est alors qu'elle remarqua qu'il n'y avait personne à part elle à l'étage qu'elle partageait dans le dortoir des filles. Elle fronça les sourcils, bailla une fois de plus, et se redressa au prix d'un immense effort. Ce qui l'interpella et la choqua, car cela faisait des années qu'elle ne s'était pas sentit aussi faible physiquement. Une fois debout sur ses jambes flageolantes elle réalisa qu'elle était toute seule dans le bâtiment, et que le Soleil devait être levée depuis des heures. Prise de panique à l'idée d'être en retard, elle voulu se précipiter jusqu'à l'entrée pour récupérer ses vêtements et filer sous la douche. Mais ses jambes engourdies lui jouèrent un vilain tour, le sol se déroba sous ses pieds et elle manqua de se fracasser le crâne. Heureusement, elle fut rattrapée in extremis par Christa qui l'intercepta dans sa chute en la ceinturant par la taille.

— Wow ! s'exclama la petite blonde alors qu'elle faillit être entrainée par le poids de la métisse.

Mikasa ! Reprends-toi !

La concernée cligna plusieurs fois des yeux malgré ses paupières lourdes et releva la tête pour découvrir le visage à la mine inquiète de la soeur d'Amos.

— Christa, bredouilla-t-elle confuse avant de bailler de nouveau, où est passé tout le monde ?

Sa bienfaitrice ne lui répondit pas, elle l'installa contre un mur, sortit un flacon de pilule de sa poche, et en tendit trois à l'orientale.
— Avale-ça, dit-elle de sa voix douce, ça va t'aider à te réveiller.

— Qu'est-ce que c'est ? bredouilla Mikasa d'une voix pâteuse.

— De la méthylphénidate; un stimulant puissant.

En temps normal, la métisse se serait méfiée, mais Christa n'avait jamais témoignée la moindre mauvaise intention envers qui que ce soit, son propre état l'inquiétait plus que suffisamment pour qu'elle consente à prendre un léger risque.
Aussi, elle avala les comprimés ainsi qu'une gorgée d'eau pour faire passer le tout.

— Qu'est-ce qui s'est passé ? demanda-t-elle en sentant sa lucidité refaire lentement surface.
— Amos t'a dosé avec un tranquillisant pour les chevaux, gronda la petite blonde avec colère. Comme il a calculé que tu te réveillerais vers midi, je suis venu vérifier comment tu allais pendant la pause déjeuner.

Ces mots eurent l'effet d'un électrochoc dans la cervelle de Mikasa, elle écarquilla les yeux de terreur alors que les souvenirs de la nuit dernière lui revinrent en mémoire à travers une série de flashs.

Sans crier gare et sous le regard estomaqué de Christa, quelques larmes coulèrent le long des joues de la métisse.

N'écoutant que son instinct, la petite blonde serra l'orientale dans ses bras et la laissa pleurer sur son épaule.

— Là, là, ça va aller…

— N-non, lâcha Ackerman entre deux sanglots. Eren… il va être furieux contre moi…

À ces mots un éclair de réalisation traversa le regard de Lenz qui resserra son étreinte.
— Ne t'inquiètes pas pour ça, rassura-t-elle en lui caressant le dos, je crois qu'Amos s'est occupé de lui expliquer les choses.

Mikasa releva lentement la tête, le mince espoir visible dans ses yeux de jais fendit le coeur de Christa.

— Écoute, reprit-elle en sortant un mouchoir pour lui essuyer les joues, va te préparer pour rejoindre l'entrainement de l'après-midi. Je suis sûre qu'Eren n'aura que de bonnes choses à te dire.

L'orientale sembla dubitative, cependant, elle n'avait pas d'autres options, à part éviter son frère adoptif pour le restant de leurs classes. Aussi, elle laissa Christa l'aider à se relever, rassembla ses vêtements, et prit la direction de la salle de bain commune. Mais elle se paralysa sur place à peine les portes du dortoir franchies, car Eren l'attendait au tournant du bâtiment.

Mikasa en fut si surprise qu'elle manqua de lâcher ses vêtements, et elle s'était arrêtée si brutalement que la petite blonde sur ses talons heurta son dos.

Il s'écoula un moment de silence gênant, avant que le natif de Shinganshina ne penche la tête sur le côté pour s'adresser à Christa :

— Tu veux bien nous laisser seuls ?

Celle-ci jeta un coup d'oeil en direction de la métisse pour lui demander son accord, mais cette dernière était entièrement concentrée sur Eren, et si la petite blonde en croyait les tremblements du corps de l'orientale, la Ackerman était bouffée par le stress.

Lenz poussa un petit soupir, avant de foudroyer Jaeger du regard pour la plus grande surprise de celui-ci.

— Sois gentil, prévint-elle en mimant une paire de ciseaux avec son index et son majeur, sinon…

Le jeune homme était très étonné par l'avertissement de la petite blonde, mais n'ayant aucune intention d'agir comme cette dernière le redoutait, il se contenta d'acquiescer pour obtenir l'intimité désiré.
Bien qu'un peu ennuyée, Christa descendit du porche du dortoir des filles, et aperçut Amos en train d'observer la scène, adossé contre un arbre avec une cigarette au bec.

Malgré le fait qu'elle soit toujours en colère contre lui, elle alla s'adosser juste devant lui.

Aucune parole ne fut échangée entre la soeur et le frère, car l'un comme l'autre attendait le dénouement de la discussion entre le frère et la soeur adoptifs.

Ce fut Eren qui prit la parole en premier, visiblement plus inquiet qu'autre chose.
— Mikasa… est-ce que je te fais peur ?

La métisse baissa prestement le regard, mais Jaeger s'avança pour la saisir par les épaules afin qu'elle affronte son regard.

— Réponds-moi, s'il-te-plait, implora-t-il presque en ravalant ses émotions. Est-ce que je te fais peur ?

— Non, affirma faiblement la métisse en secouant la tête.

— Mais tu as peur de me contrarier, trancha Eren en répétant les déductions d'Amos, tu veux tellement pas me mettre en colère… Tu veux pas me faire le moindre mal même s'il me serait bénéfique. Et pour ça… tu es prête à tout encaisser à ma place… Juste pour m'empêcher de me sentir mal… Putain…

Le juron fit davantage souffrir la métisse que le reste, car elle cru qu'il était le fruit de la frustration de son frère adoptif à son égard.

Mais celui-ci n'avait pas raisonné ainsi, il s'empressa d'enlacer sa soeur adoptive aussi fort qu'il le pu alors que cette dernière écarquilla les yeux de surprise.

— Arrête, supplia-t-il presque le visage déformé par de la colère envers lui-même, arrête de te faire autant de mal pour moi ! Surtout pour des trucs aussi débiles ! Putain… Mikasa… tu ne mérites pas ça…! Tu ne mérites pas de souffrir autant… Je ne veux pas que tu souffres autant !

Ces mots frappèrent le coeur de l'orientale comme un explosif dans le mur d'une forteresse. Toutes ses défenses s'abaissèrent dans la seconde et elle plongea sa tête dans la poitrine d'Eren pour obtenir un peu de réconfort pour tous ses efforts.

Après un moment, il reprit :

— J'ai demandé à Amos de m'apprendre à faire les choses moi-mêmes, avoua-t-il en desserrant son étreinte. Je ne veux plus que tu fasses autant pour moi, je veux que tu vives pour toi.

Ces mots-ci… pulvérisèrent le coeur de la métisse et dessinèrent une expression horrifiée sur son visage. Une expression qui n'échappa pas à Amos depuis le tronc sur lequel il était adossé, et qui lui arracha un soupir aussi agacé que fumeux.

— Qu'est-ce qui te dérange ? demanda Christa à voix basse.

— Je me suis trompé… grogna son frère. Le problème de Mikasa est lié à Eren… mais ça reste son problème.

La réponse de la petite blonde fut coupée par la déclaration de Jaeger :

— S'il-te-plait, je vais faire mon possible pour prendre soin de moi… Mais moi aussi, je veux que tu prennes soin de toi. Je veux pas que tu mènes ta vie collée à mes basques… Tu seras pas heureuse en faisant ça…

Cet aveu élargi la plaie dans le coeur de la métisse qui s'agrippa à son frère adoptif comme un naufragé s'agrippait à une bouée de sauvetage. Au point où ses ongles déchiraient légèrement la veste du natif de Shinganshina.
Amos jugea qu'il en avait assez vu. Il partit sans écouter le reste de l'échange entre frère et soeur adoptifs. Christa se précipita à sa suite pour lui soutirer autant d'information que possible afin de mieux comprendre le rôle de son aîné dans cette situation.

— Tu savais que je viendrais aider Mikasa a son réveil, devina-t-elle sans le lâcher d'une semelle, c'est pour ça que tu as parlé du maléate d'acépromazine. J'étais la seule à savoir ce que c'était.

— Bingo, sourit son aîné en jetant un bref regard dans sa direction, mais ça n'a plus d'importance.

— Pourquoi ?

— Parce que j'ai tourné en rond, grinça le grand blond en serrant ses propres poings, pire encore, j'ai encouragé les lubies de Mikasa sans le vouloir. Je n'avais pas réalisé… Je…

Il laissa échapper un râle de frustration qui fit hausser les sourcils de Christa, car elle avait rarement vu son frère ainsi.

— Pourquoi est-ce que ça te tient autant à coeur ?

— Parce que Mikasa est exaspérante, gronda-t-il presque furieux. C'est une personne extraordinaire qui…

Tout à coup, il se paralysa sur place et fit volte-face. Eren tenait toujours sa soeur adoptive par les épaules et continuait de tenter de la raisonner. Mais celle-ci s'était réfugier derrière son écharpe et se contentait d'acquiescer sobrement…

— Qui refuse… de vivre…

En un éclair, toute la colère, la frustration et la confusion sur le visage de Nox s'évaporèrent, pour laisser place à une expression hagarde causée par l'ampleur de la réalisation que venait d'atteindre son esprit. Avant même que sa soeur n'ait pu le questionner, il s'éclata le front avec le plat de sa main gauche.
— Je suis un idiot, gronda-t-il outré par sa propre lenteur à découvrir le noeud du casse-tête, Eren n'a jamais été le problème… C'est un ignare, mais un ignare plein de bonne volonté… Non… Tout a toujours tourné autour de Mikasa.

Il n'attendit pas que sa soeur lui réponde, il accéléra l'allure afin de s'isoler pour continuer de mener à bien ses réflexions. Malheureusement pour lui, il ne réalisa pas qu'il n'avait fait qu'agacer davantage sa cadette en agissant ainsi. Lorsque cette dernière se retrouva plantée à mi-chemin entre le dortoir des filles et le terrain d'entrainement, elle se promit de mettre le plan qu'elle avait en tête à exécution bien plus tôt qu'elle ne l'avait originellement prévu. Et pour cela, elle allait avoir besoin d'une complice.

(-)(-)(-)

Amos garda ses réflexions ainsi que leur fruit pour lui durant le reste de l'entrainement. Eren le rejoignit lorsque vint l'heure des exercices TDM de Shadis, et comme le grand blond l'avait anticipé, le natif de Shinganshina semblait soulagé, car il avait naïvement cru que le message était passé auprès de sa soeur adoptive. Cependant, Nox savait que ce n'était pas le cas, car l'approche n'avait pas été la bonne. Le problème de Mikasa ne venait pas d'Eren, il venait d'elle, et d'elle uniquement.

C'est en réfléchissant aux conséquences de cette conclusion et aux différentes possibilités qui s'offraient à lui, que le Conseiller passa son après-midi. Étonnement, l'orientale ne fit pas son apparition aux entrainements TDM. Sans doute était-elle trop secouée par sa discussion avec son frère adoptif pour se présenter. Qu'à cela ne tienne, Amos avait, de toute façon, suffisamment à faire avec Jaeger pour occuper sa journée.
S'il était honnête avec lui-même, Nox avait toujours été relativement impressionné par Eren. En effet, malgré son absence de talent et sa naïveté sur bien des sujets, ce dernier était si motivé qu'il était capable de franchir tous les obstacles à la force du poignet, et ce, peu importait le temps qu'il prenait pour y arriver, l'important était qu'il y arrive.

Le natif de Shinganshina offrit une prestation plus que correcte lorsque vint l'heure de chasser les mannequins en forme de titan. Mais « plus que correcte » ne suffisait pas aux yeux d'Amos, et quand Eren atterrit devant lui une fois le parcours achevé, Nox profita de l'absence d'instructeurs aux alentours pour le prendre à part sous les regards intrigués des autres recrues.

— Tu t'es plutôt bien débrouillé, jugea-t-il en avalant une gorgée de sa gourde.

Jaeger grimaça d'avance en sentant l'énorme « mais » arriver.

— Cependant, dit-il d'un ton moqueur comme s'il avait lu ses pensées, tu ne fais que reproduire les mouvements qui t'ont été enseignés. Je ne vois aucune prise d'initiative personnelle dans tes manoeuvres.

Eren fronça des sourcils intrigués.

— Qu'est-ce que tu veux dire par là ?

— Que tu es un soldat banal au-dessus de la moyenne, répondit-il sans prendre de gants. D'autres comme Annie ou Reiner font preuve d'imagination quand ils voltigent, ils improvisent des manoeuvres pour réussir à obtenir un score que les manoeuvres basiques ne permettent pas d'atteindre. Il va falloir élargir ton répertoire.

En entendant cela, Eren se contenta d'acquiescer, mais intérieurement, il ne tenait pratiquement plus en place. Certes, cela l'énervait de savoir que d'autres recrues avaient réussi à corriger un problème dont il n'avait pas eu conscience lui-même. Cependant, la découverte de cette faiblesse était largement éclipsée aux yeux de Jaeger, par la perspective d'apprendre les manoeuvres du meilleur cadet de leur promotion.

Ce dernier bu une autre gorgée d'eau, et attendit que Shadis leur donne quartier libre pour continuer sa leçon sur le chemin du dortoir.

— Durant les prochaines séances d'entrainement, je veux que tu passes parmi les derniers afin d'observer les manoeuvres des autres cadets et de mettre au point tes propres tactiques que tu mettras en oeuvre immédiatement.
À cela, Jaeger écarquilla les yeux.
— Mais… si je fais ça… Je risque de me planter…

— C'est en échouant qu'on apprend, raisonna Amos alors que les deux adolescents se dirigeaient vers les vestiaires tout en gardant une certaine distance avec les autres cadets. On s'en fout si tu foires un ou quatre entrainements en tentant de nouvelles techniques. Tu es largement assez bon pour être diplômé. Concentres-toi davantage sur tes compétences plutôt que sur tes notes, tu t'en fous du Top 10.

Hélas, ce n'était pas exactement vrai, et Eren laissa échapper une protestation à peine camouflée qui fit hausser le sourcil du grand blond.
— Quoi ? Ça t'importe tant que ça d'être dans les dix premiers ?

Jaeger hésita longuement, presque trop, Amos fut à deux doigts de lui faire cracher le morceau par la menace.

— Je ne veux pas finir derrière la face de cheval, finit par admettre le natif de Shinganshina en regardant ailleurs.
Nox dut se retenir de rire lorsqu'il entendit cela, mais il accepta cette justification. Les rivalités sont stimulantes pour d'excellentes raisons.

— Alors dépasse-le dans d'autres matières que la tridimensionnalité, répliqua le Conseiller. La tridimensionnalité ce n'est pas une simple matière, c'est ta survie. Quand tu rejoindras les éclaireurs, tu devras avoir un excellent niveau théorique pour rester en vie durant tes premières expéditions et emmagasiner autant d'expérience que possible. Si en plus de cela, tu veux vraiment rester devant Jean, alors tu vas devoir fournir de gros efforts en classe et au travail en équipe, surtout au travail en équipe.

Eren ne semblait pas enchanté par l'option que lui proposait Amos, mais il préférait la choisir et travailler davantage par fierté, plutôt que de rejeter les conseils et les leçons du Conseiller. Car il savait que c'était en l'écoutant qu'il parviendrait à avancer sans nuire à Mikasa.

Nox s'arrêta subitement, et posa une main sur l'épaule de son nouvel apprenti.
— Tu sais… Je suis fier de toi. Tu as fournis beaucoup d'efforts aujourd'hui, tu as su ravaler ta fierté, reconnaitre tes multiples erreurs, faire preuve d'humilité et protéger Mikasa. Le tout sans jamais flancher à l'entrainement ou même lâcher la moindre plainte. Ce qui est franchement impressionnant compte tenu des récents évènements.

À cela, Eren dut prendre une grande inspiration pour se contenir et pousser un profond soupir pour évacuer son surplus d'émotions. Il était heureux d'avoir mis les choses au clair avec sa soeur adoptive, et il espérait désormais que celle-ci réussisse à choisir son propre chemin. Grâce à cela, il allait pouvoir se concentrer pleinement sur sa formation auprès d'Amos afin de réaliser son rêve et d'accomplir sa vengeance. Il était content de savoir cette page tournée, et plus qu'heureux que de suivre une route qui le conduirait à devenir un éclaireur accomplie et indépendant. Un homme qui n'aurait pas besoin de Mikasa pour rester en vie, dans une vie où Mikasa pourrait vivre sans avoir besoin de constamment le surveiller. Bref, une vie sans réel soucis à part des titans et des murs.

Ces pensées lui arrachèrent un sourire de satisfaction personnelle qu'il voulut montrer à son mentor pour lui prouver sa reconnaissance et son abnégation. Cependant, il fut interpellé par les pupilles dilatées que le grand blond arborait, et le regard furieux qu'il jetait à sa gourde.
— Putain de… bredouilla-t-il en titubant légèrement en arrière. J'ai la bouche sèche… et la tête qui tourne…

Alarmé, Eren posa sa main sur l'épaule d'Amos.

— Hé, qu'est-ce que t'as ? T'es malade ?

— Non, gronda le Conseiller, j'ai été drogué.

Sur ces mots, il tituba de plus belle, avant de perdre l'équilibre et de s'écrouler en arrière. Jaeger le rattrapa par la veste et eu tout juste le temps de l'entendre grommeler « Historia » avant qu'il ne perde connaissance.

(-)(-)(-)

Ce fut à l'infirmerie qu'Amos reprit conscience, il avait les paupières lourdes et le corps ankylosé, mais plus que cela, il était très vexé de s'être fait aussi facilement avoir par sa petite soeur.

Il se redressa lentement, et fut un peu étonné de découvrir qu'il avait été mis dans une chambre individuelle, car celles-ci étaient réservées pour les cas graves. La pénombre de la pièce lui indiqua que la nuit était tombée depuis déjà un bon moment. Surprenamment, un petit sourire en coin se dessina sur son visage. Il était vraiment agacé de s'être fait avoir par Christa, mais il était néanmoins fier de son audace et de sa technique. Il ignorait avec quoi elle l'avait drogué, mais le simple fait de la savoir équipée pour parer à toutes éventualités suffisait à le rassurer quant à l'avenir de sa soeur… et le confortait dans ses décisions à son égard.

Son sourire disparu rapidement, lorsqu'une odeur d'une lessive que personne n'utilisait à part une certaine orientale envahi ses narines. En effet, celle-ci avait économisé durement lorsqu'elle travaillait dans les champs pour s'offrir de quoi prendre soin de son écharpe.

Il se leva sans dire un mot, s'en aller fouiller sa veste, en sortit sa réserve de seringues en caoutchouc, son paquet de cigarettes et sa boite d'allumettes. Il s'injecta Puis il ouvrit sa fenêtre, se vissa une clope aux lèvres, et se la fit arracher avant même d'avoir pu l'allumer.

— Mikasa… grogna-t-il exaspéré en craquant son allumette pour illuminer leur deux visages, t'ai-je déjà dit à quel point tu étais lourde ?

La métisse ne semblait vraiment pas d'humeur à essuyer des moqueries et des insultes, son regard et sa figure n'exprimaient aucune émotion particulière, le grand blond ignorait si elle était impassible ou simplement inexpressive.

— Non, répondit-elle d'une voix morne, tu ne m'as jamais dit ça.
La lumière de l'allumette dansait dans les yeux de jais de l'orientale, celle-ci semblait avoir pleinement récupéré de l'injection que le grand blond lui avait fait il y a moins de vingt heures. Cependant, son impassibilité attisa la méfiance d'Amos, il ignorait si cette expression vide était le fruit d'une confusion bien réelle, ou un masque pour cacher des sentiments meurtriers.

Dans tous les cas, la prudence était de mise, mais il ne pouvait ignorer ses propres sentiments, ceux que lui inspiraient la jeune fille.
Fatigué, il ressortit son paquet de cigarette sans éteindre son allumette.
— Écoute, soupira-t-il en se détendant pour signifier qu'il n'avait aucune mauvaise intention, je ne veux pas me battre.

— Moi non plus.
Nox maudit intérieurement le ton neutre de l'orientale, sa capacité a cacher ses sentiments était la principale raison qui l'avait induit en erreur à son sujet.

— Et je ne discuterai pas si tu m'empêches de fumer, ajouta-t-il en ignorant sa propre puérilité.

Étonnement, la métisse se contenta d'acquiescer sans rien ajouter. Amos fronça les sourcils et regarda la porte pendant quelques secondes.
— Est-ce que quelqu'un s'est blessé aujourd'hui.
— Non.

— Donc à part nous, il n'y a personne dans ce bâtiment.

Comme la Ackerman ne répondait pas, il alluma sa cigarette et souffla un long filet de fumée en direction de la fenêtre tout en jetant son allumette avant d'avoir les doigts brûlés. Un silence flottant s'installa, mais la jeune fille finit par le briser :
— Je voulais te remercier.

Un coup de tonnerre éclata dans le crâne d'Amos lorsqu'il entendit ces mots, ses émotions se manifestèrent par un écarquillent d'yeux effaré.

— Me remercier pour quoi ?

— Pour avoir aidé Eren a grandir, continua-t-elle en gardant son regard neutre, de ce que m'a dit Christa, tu as passé la journée et une partie de la nuit dernière avec lui. Il a compris beaucoup de choses grâce à toi… merci.

Une fois cette déclaration achevée, la jeune fille tourna les talons et se dirigea vers la sortie sans demander son reste. Mais Amos la rattrapa par le bras.

Pendant un instant abominable, Mikasa dut faire preuve du sang-froid le plus extrême pour se retenir de briser le bras du Conseiller. Cependant elle se maitrisa, et revint vers lui.

— Moi non plus, je n'aime pas être touchée, l'informa-t-elle froidement.

Amos l'ignora pour jeter sa cigarette par la fenêtre et la tira violemment pour qu'ils se retrouvent nez-à-nez.

— Tu es une dégonflée, déclara-t-il en l'assassinant du regard, tu n'es pas restée devant mon lit à attendre que je me réveille pour me remercier. Tu avais une autre idée en tête, mais tu as réalisé que personne n'aurait approuvé ce que tu avais l'intention de faire et tu as trouvé une excuse.
Tu as quelque chose à me dire, alors cesse de te cacher et dis-le moi en face.

Vingt longues secondes de silence suivirent cette provocation, cependant, ce ne fut qu'au bout de la dix-septième que Mikasa laissa tomber le masque. Possédée par la colère, elle se dégagea de l'emprise du Conseiller, le saisit par le col et le plaqua au sol sans qu'il n'ait eu le temps de résister d'une quelconque façon.

Elle s'était attendu à ce que son adversaire se débatte ou ne proteste suite à leur contact forcé. Mais celui-ci resta parfaitement immobile alors que l'orientale plaquait les bras du jeune homme au-dessus de sa tête

Cette dernière haletait comme un boeuf et grognait de rage alors qu'elle laissait éclater sa fureur pour la première fois depuis quatre ans. Cependant, Amos ne bougea pas d'un poil, il se contenta de pousser un très long soupir.

— Hé bah voilà, nargua-t-il en retenant un éclat de rire, là, tu es honnête avec toi-même.

Hors d'elle, la Ackerman arma un coup de poing dévastateur et le dirigea vers l'hématome qu'elle avait causé moins de vingt heures plus tôt. Mais les souvenirs des avertissements prononcés par Eren et Christa pendant la journée l'arrêtèrent à quelques centimètres de sa cible. Nox roula des yeux sans aucune pudeur devant sa retenue et craqua une autre allumette avec son pouce pour qu'elle voit son regard. Son regard dénué de prédation mais empli de frustration.

— Si tu n'as pas l'intention de me casser la gueule, peut-être accepteras-tu de me dire ce qui pèse sur ton coeur.

Mikasa ne répondit pas, les émotions violentes qu'elle ressentait l'en empêchaient. Et alors qu'elle serrait les dents sans jamais desserrer son emprise sur les poignets d'Amos, ce dernier vit ses yeux s'emplir de larmes. Le masque impassible qu'elle avait arboré jusqu'à présent se fissura de toute part.

— Ça suffit, murmura doucement Amos en relâchant ses muscles, arrête de te cacher, tu ne me trompes plus du tout. Et tu ne parviendras pas à me réduire au silence par la force.

Cette fois, le moment de silence ne fut pas aussi long, Mikasa laissa échapper un éclat de sanglots étranglés avant de relâcher sa victime pour s'allonger à ses côtés. Elle laissa alors ses larmes couler le long de ses joues tandis qu'elle contenait ses tremblements et cachait son visage derrière son écharpe.

Nox secoua la tête en regardant le plafond, et soupira après une demi-minute :

— J'avoue, avec une grande honte, que ton petit numéro m'a induit en erreur pendant presqu'un an et demi. À titre personnel, je trouve ça très vexant.

Ces paroles enrayèrent la tristesse de Mikasa avec de la colère, elle serra les dents une fois de plus.

— Je veux dire, poursuivit le grand blond d'un ton amusé, j'ai cru pendant si longtemps que tu vivais pour qu'Eren, Armin et toi ayez un avenir… Mais je me suis royalement planté.

Ces paroles-ci firent feuler l'orientale à travers ses dents, elle tourna son regard furieux et larmoyant en direction du Conseiller qui ne cessa de sourire.

— T'en as rien à foutre de toi, conclut-il en éclatant presque de rire, et ce n'est même pas de l'altruisme. Tu ne vis que pour garantir la survie de ceux que tu aimes.

Il secoua la tête, éteignit son allumette et soupira avec mépris :

— C'est d'une tristesse…

Mikasa en eut assez, elle se redressa pour replaquer le grand blond au sol avec son avant bras droit sur sa gorge, mais une fois de plus, elle ne pu le frapper. Elle ne pu que laisser ses larmes tomber de ses yeux dans ceux du Conseiller et couler sur les joues de ce dernier.

— Tu dis qu'Eren est ta famille, continua-t-il alors que ses propre larmes se mélangeaient à celles de son interlocutrice sans qu'elle ou lui ne le remarque, mais cela va plus loin. Il est ton poumon, tu t'accroches désespérément à lui pour continuer de respirer malgré toutes les raisons qui te pousses à aller plus loin ou a abandonner. Tu n'es pas en train de vivre, tu ne construis pas ton bonheur… Tu as renoncé à tout ça… Pourquoi ?!

Amos avait élevé la voix sur ces dernières paroles, car la frustration et la tristesse qu'il ressentait étaient réelles. Mikasa haleta de chagrin… mais réussit à se contenir.

Le grand blond continua lorsqu'il comprit qu'elle ne dirait rien, il saisit la métisse par les épaules et redressa sa tête pour transpercer son regard.

— Et ton bonheur dans tout ça ? demanda-t-il confus. Qu'est-ce que tu en fais ?

Aucune réponse.
— Tu n'es pas heureuse, insista Amos, ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi est-ce que tu t'en fiches ? Pourquoi est-ce que tu refuses de t'accorder la moindre importance ?

L'orientale le contempla d'un très long regard vide, lentement, elle finit par réaliser qu'elle était totalement démasquée. Elle ne pouvait plus fuir.

Mais au lieu de répondre, elle le relâcha, et se précipita vers la sortie.

Pris d'une impulsion, Amos se redressa d'un saut carpé et ceintura la jeune fille avant qu'elle n'atteigne la porte. Cette dernière se débattit immédiatement à coups de coude dans les côtes du jeune homme qui ne put qu'encaisser. Fort heureusement pour le grand blond, l'orientale ne mit pas la force nécessaire dans ses coups pour lui casser les os.

Après de longues minutes passées à lutter, il finirent exténués l'un comme l'autre, et tombèrent tous deux à genoux en haletant sans que Nox ne dessèrent son emprise.

Un nouveau moment de silence s'écoula, mais Amos refusa de relâcher la métisse.

— Tu n'es pas heureuse, déclara-t-il finalement, pourtant tu as si envie de l'être… pourquoi est-ce que tu t'infliges ça ?

Et après un long silence supplémentaire, Mikasa avoua finalement :

— Je ne suis pas heureuse, mais ça n'importe pas.

— Quelle connerie.

— Eren… s'il obtient le bonheur alors cela me suffira.

— C'est si peu ! protesta Nox outré. Tu penses que tu es une cause perdue ? Que tu ne trouveras jamais le bonheur quoique que tu fasses ?

Comme Mikasa se retint de répondre une fois de plus, le grand blond enchaîna :

— Les gens comme toi devraient être glorifiés. Eren l'a compris, c'est pour ça qu'il te tombe dessus, il veut te voir heureuse. Mais ce que lui et moi n'avons pas réussi à remarquer, c'est que tu refusais d'être heureuse.

— Qu'est-ce que ça peut te faire ?!

Mikasa avait voulu crier et hurler sa colère et sa frustration, mais seule une faible plainte s'était échappée de ses lèvres.

Cette fois, ce fut Amos qui fit durer le silence.

— Je ne veux pas que tu sois malheureuse, finit-il par lâcher.
Un coup de tonnerre éclata dans le crâne de l'orientale lorsqu'elle entendit ces paroles, elle bégaya très faiblement des paroles inintelligibles. Avant que son visage ne se noircisse de rage.
À la force de ses deux bras, elle se libéra de l'étreinte du grand blond, le saisit une fois de plus par le col et le tira vers elle pour plaquer son front contre le sien et l'incendier du regard.
— Tu es vraiment un beau salaud ! manqua-t-elle de rugir. Quand je suis au plus mal, tu me broies comme un insecte sur ton chemin ! Pourtant, tu affirmes que tu admires la personne que je suis… Et quand je me contente de peu tu me l'arraches en m'interdisant d'être malheureuse ?! Mais d'où te viens ce besoin de dénigrer tout ce que je fais ?!

Ces accusations fracassèrent Amos et le laissèrent sans voix, incapable de réunir ses pensées pour formuler une réponse claire et concise, il contempla la jeune fille qui le fixait de ses yeux emplis de larmes en le foudroyant d'un regard empli de colère.

— Je… hésita-t-il, je ne t'ai jamais dénigré… Mikasa…

Son ton n'était pas sûr, car lui-même ignorait s'il croyait en ces paroles ou non.

— J'ai toujours admiré la personne que tu es, déclara-t-il sincèrement, mais tu n'es pas faite pour être soldat. Tu n'es pas un bon soldat…

Cet aveu fébrile ne suffit pas à satisfaire la jeune fille qui se redressa pour partir, mais une fois de plus, Amos la retint. Seulement par le bras cette fois.

— Je suis désolé, dit-il avec sincérité, je… la partie pragmatique de moi dénigre le soldat que tu es, c'est vrai, mais tout le reste t'admire et t'envi pour qui tu es. Tu es une personne exceptionnelle…

Ce compliment des plus sincères arracha un violent rougissement à la métisse qui fut forcée de se réfugier derrière son écharpe. Le Conseiller enchaîna :

— Pourquoi est-ce que tu refuses d'être heureuse ?! finit-il par demander après avoir laisser sa frustration éclater. Eren fait tellement d'efforts… Armin fait tellement d'efforts… toi-même tu en fais mais jamais pour toi ! Tu sais qu'il te manque quelque chose mais tu as décidé de le rejeter… Pourquoi ?! Pourquoi faire une chose pareille alors qu'il te manque si peu pour être heureuse ?!

Mikasa cessa soudainement de pleurer, et examina attentivement ses yeux d'émeraude de son regard vide, comme pour s'assurer de la sincérité de sa question. Comme pour être certaine que son interlocuteur était réellement préoccupé par ses sentiments et rien d'autre. L'hésitation se fit néanmoins intense, mais la lassitude d'avoir trainé un tel fardeau pendant si longtemps fini par lui peser. Aussi, elle avoua dans un souffle :

— Parce qu'à chaque fois que je me permets de ressentir le bonheur, à chaque fois que je me dis que tout va bien se passer. Quelque chose d'horrible se produit… et me prend tout ce que j'aime.

Des flashs abominables de ses parents poignardés, de Carla dévorée et du rire de Dent d'or se répercutèrent dans son crâne et assaillirent son esprit. Lui causant une migraine foudroyante qui la força à lâcher Amos pour poser sa tête contre son torse.

— Je ne peux pas être heureuse, répéta-t-elle frénétiquement, ce monde est beau… mais il est trop cruel… Je ne peux pas être heureuse… Ou je finirai toute seule…

Nox ne répondit pas, il fit la seule chose qu'il fut en mesure de faire; refermer ses bras autour du dos de la jeune fille pour la réconforter, et essayer tant bien que mal de lui faire réaliser que le monde ne s'était pas encore écroulé.
Il ne se rendait pas compte qu'il essayait de se convaincre autant qu'il essayait de la convaincre.