Chapitre Spécial 2ème Partie : La Face Ensanglantée du Akuma
Ce matin, Eren s'était réveillé avant tout le monde. En effet, exténué par l'entrainement auquel Amos l'avait soumis, le natif de Shinganshina s'était couché plus tôt que d'habitude, et avait étonnement bien dormis.
Il se redressa hors de son lit, et constata l'absence d'Amos dans l'espace que ce dernier partageait avec Reiner et Bertholdt.
D'après ce que lui avait dit Christa hier, le sédatif qu'elle avait versé dans la gourde de son frère n'était pas très puissant, Nox avait donc dû se réveiller à l'infirmerie et avait choisi de passer la nuit là-bas plutôt que de revenir au dortoir. En tout cas c'est ce que Eren déduisit.
Le natif de Shinganshina descendit jusqu'à l'entrée pour s'équiper de son nécessaire de toilettes et sortit en direction de la salle de bain commune. Dehors, le Soleil commençait à peine à se lever, et ses quelques rayons réfléchissaient sur la rosée du matin pour illuminer le sol. Cette même rosée, Amos la regardait pensivement assis sur les marches du porche de l'infirmerie, en fumant ce qui semblait être sa dix-huitième cigarette à en juger par le tas de cendre et de mégots qui trônait à côté de lui.
Eren fronça les sourcils devant cette scène surprenante, et se dirigea vers son nouveau mentor.
— Heu… hésita-t-il avant d'attirer l'attention de Nox en se raclant la gorge. Ça va Amos ?
Ce dernier haussa les épaules et titra sur sa cigarette.
— Pour être tout à fait franc… je ne sais pas… je ne crois pas… c'est un étrange sentiment que celui-ci.
Jaeger ignorait totalement quoi faire de ce genre de réponse.
— T'es sûr que ça va ? s'enquit-il avec inquiétude. Le truc que Christa t'a fait boire m'a vraiment fait flipper pour le coup…
— Oh, ça… soupira le grand blond en balayant cet évènement d'un geste. Ce n'était rien, elle voulait juste me rappeler à l'ordre à sa manière. Et ça fait des heures que ça ne fait plus effet.
Eren n'était toujours pas satisfait et toujours autant perdu par la vacuité des réponses et de l'état général de son ami.
Il jeta un regard dégoûté au tas de mégots qui trainait près du Conseiller.
— Pourquoi tu fumes ces merdes ?
Pour la première fois, Amos sembla sortir de sa réflexion pour observer la braise crépitante de sa cigarette.
— Ça me détend, répondit-il sans regarder ailleurs, et ça stimule mon cerveau.
Il s'esclaffa légèrement avant de revisser sa clope au bec et de continuer :
— Cependant, tu as raison de t'inquiéter; je suis accroc à cette saloperie et je n'ai pas envie d'arrêter.
En effet, Jaeger ne le savait pas mais Nox s'était arrangé pour se faire livrer deux dizaines de paquets par mois.
— Shadis va te massacrer s'il voit ça.
— Je nettoierai, déclara-t-il avant de préciser, tu t'es levé tôt, je n'avais pas l'intention de prendre ma douche avant dix bonnes minutes.
— Ça fait combien de temps que t'es là ?
— Cinq heures, je dirai.
Eren n'en crut pas ses oreilles.
— Mais qu'est-ce que t'as foutu pendant tout ce temps ?
— Je me demandais ce qui était assez terrifiant pour forcer quelqu'un à renoncer au bonheur.
Cette fois Jaeger sentit ses propres bras tomber au sol tant il ne savait que faire de cette réponse-ci. Amos semblait voyager dans un monde parallèle régit par une philosophie incompréhensible. Mais le concerné se comprenait très, et alors que le natif de Shinganshina le fixait d'un regard circonspect, il se demanda en songeant à la soeur adoptive de ce dernier :
— « Peut-être que c'est l'amour, ça a du sens mais… ce n'est plus de l'altruisme à ce stade, c'est un désespoir des plus tristes. Elle n'a aucun autre espoir que celui de voir ceux qu'elle aime… vivre mieux et plus longtemps qu'elle… C'est… horrible… elle a si peur… »
Bien vite, Nox réalisa qu'il tournait en rond, le casse-tête qu'il essayait de résoudre depuis que Mikasa était partie se coucher était insoluble à l'heure actuelle.
Il écrasa sa cigarette et se redressa.
— Va te doucher pendant que je vais chercher une balayette pour nettoyer ça, je serai pas long.
Eren hésita une seconde.
— T'es sûr que ça va ?
— Je t'ai déjà dit que je n'en savais rien, soupira Amos en secouant la tête, mais je vais pas m'arrêter de respirer pour autant.
Cela étant dit, le grand blond savait que ce problème allait lui ronger la cervelle durant un certain temps, et les évènements de cette journée n'allaient nullement apaiser les choses.
(-)(-)(-)
Seule la fatigue causée par les violentes émotions qu'elle avait ressentie avait permis à Mikasa de fermer l'oeil cette nuit. Cependant, son sommeil fut loin d'avoir été réparateur et sa douche ne chassa que le poids de ses paupières. Son mal-être, lui était toujours bien présent.
Les évènements de la veille avaient chamboulé son monde, à tel point qu'elle ne savait plus quoi penser aujourd'hui.
Ironiquement, ce fut le garçon responsable de tous ces changements qui occupait ses pensées. Et alors qu'elle sortait des douches, l'orientale aperçut Amos et Eren en train de pratiquer leurs échauffements matinaux et leurs exercices d'assouplissement.
La déclaration qu'avait fait son frère adoptif la veille avait profondément déstabilisé la jeune fille. Quelque part, elle était heureuse que celui-ci décide de prendre son avenir en main, décide de grandir et de s'améliorer, ça ne pouvait qu'accroitre ses chances de survies.
Mais l'entendre dire en face qu'il ne voulait plus d'elle… cela lui avait déchiré le coeur. Et une colère sourde s'était emparée d'elle lorsqu'elle avait réalisé qu'Amos était responsable de son malheur. Cependant, elle n'était pas une idiote, elle savait parfaitement qu'elle n'avait rien à reprocher au grand blond étant donné que ce qu'il faisait aidait Eren à grandir. Peut-être que la possibilité que son frère adoptif n'obtienne un jour son indépendance la terrifiait plus qu'elle ne voulait l'admettre. Peut-être craignait-elle que celui-ci devienne arrogant au point de baisser sa garde… Mais quoiqu'il en soit, elle ne pouvait pas en vouloir à Nox, c'était puéril. Voilà pourquoi elle s'était contenue pour le remercier à la place. Malheureusement, le Conseiller l'avait immédiatement démasqué et confronté. Puis il avait pulvérisé ses défenses en lui arrachant son masque et en mettant à nue ses faiblesses et sa souffrance. Maintenant qu'elle y repensait, elle réalisa qu'elle était toujours secouée par les paroles du grand blond. Cette façon qu'il avait eu de la complimenter tout en la poussant à révéler sa plus grande crainte avait laissé une marque. Et maintenant, la métisse ne savait plus vraiment quoi faire. Elle passa la journée seule, à réfléchir aux évènements de la veille.
Eren voulait qu'elle vive pour elle, ce qu'elle ne pouvait pas faire puisque tout ce qui lui importait, c'était sa famille. Amos était allé encore plus loin, il avait compris qu'elle n'avait peut-être pas tout ce qu'elle voulait. Qu'elle pouvait demander plus et qu'elle méritait plus. Et qu'au-delà du fait qu'elle ne pouvait pas vivre pour elle, elle ne voulait pas non plus le faire par crainte. Aussitôt, la terreur et les traumatismes du passé l'avaient rattrapé, et l'avaient vaincu au point de la faire fondre en larmes contre le torse de Nox.
Ce fut au cours d'une leçon de stratégie militaire qu'elle repensa à cet évènement en particulier, son souvenir la força à cacher son rougissement derrière son écharpe alors qu'elle décrochait son regard de la fenêtre de la salle de classe pour le poser sur le dos du grand blond. Celui-ci s'était assis au premier rang, comme à son habitude, cependant il avait également forcé Eren à s'asseoir à ses côtés. Malgré toute la bonne volonté du monde, Jaeger était incapable de se concentrer en classe lorsque le sujet ne l'intéressait pas, et en l'occurrence, il se fichait éperdument de savoir nettoyer convenablement un canon de la garnison. Il aurait certainement piqué du nez si Amos ne l'avait pas rappelé à l'ordre d'une taloche derrière la tête quand le professeur avait le dos tourné, taloche qui déclencha quelques brefs éclats de rire.
Mikasa sourit derrière son écharpe, toute contente de voir Eren reprendre une croissance normale avec un nouveau modèle à suivre. Mais les paroles d'Amos résonnaient toujours dans sa tête, et eurent tôt fait de lui plomber le moral.
Pourquoi ?
Pourquoi est-ce qu'il était si préoccupé par son état ? Elle n'allait pas mal. Elle… refusait de demander plus que ce qu'elle avait déjà. Nox l'avait envié pour ça.
Cette incohérence la poussa à se remémorer l'échange qu'ils avaient eut après leur premier combat, et réalisa son erreur.
Amos avait envié le fait qu'elle n'attendait rien de plus de la vie, mais désormais, il avait compris qu'elle refusait de réclamer davantage car elle avait peur de perdre ce qu'elle avait. Dans ce cas… hé bien le Conseiller n'avait plus grand chose à lui envier… mais cela n'expliquait toujours pas pourquoi il était si préoccupé par ce qu'elle ressentait. Ni pourquoi il voulait la voir heureuse… Pourquoi refusait-il de la voir malheureuse ?
(-)(-)(-)
Quelque part, Amos s'était attendu à ce que Mikasa vienne lui parler une fois qu'elle aurait réfléchi à leur conversation nocturne à tête reposée. Par contre, il n'avait pas prévu que cela arrive aussi tôt. En effet, alors qu'il s'était isolé pour fumer à l'abri de Shadis derrière le dortoir des garçons, il eut la surprise d'y trouver l'orientale en train de l'attendre.
Les muscles détendus et le regard relativement calme de la jeune fille suffirent à lui faire comprendre que cette conversation-ci sera moins violente que les autres. Il rangea son paquet de cigarette.
— Tu sais, commença-t-elle sans s'embarrasser de salutations, je suis vraiment reconnaissante pour ce que tu fais.
Amos secoua doucement la tête.
— Pour être franc, je ne suis même pas sûr de savoir ce que je fais…
— Tu essaies de nous aider.
— Est-ce que j'y arrive ? soupira le grand blond sans grande conviction.
Mikasa était très étonnée de l'entendre s'exprimer ainsi, lui qui était d'ordinaire si sûr de lui. Sa question était cependant légitime.
— Je… hésita-t-elle alors qu'elle sondait ses sentiments. Je ne sais pas… mais…
Elle remonta son écharpe sur son nez.
— Je crois que j'ai finalement réalisé à quel point j'avais peur.
Amos comprenait très bien ce qu'elle ressentait étant donné son expérience similaire, néanmoins…
— En quoi est-ce lié à ton refus d'être heureuse ? demanda Nox en conservant un ton relativement doux, mais qui n'enleva rien à la dureté de sa question.
Mikasa tressaillit très légèrement en l'entendant et détourna le regard.
— Ce monde est cruel, dit-elle avec mélancolie, la vie y est plus courte qu'on ne veut l'admettre. Sans Eren… Je serai morte il y a quatre ans…
Elle croisa les yeux d'émeraude du Conseiller.
— Sans toi, on serait surement tous morts pendant l'exercice de survie.
Comme il ne répondit pas, elle enchaîna :
— Nos vies ne seront pas longues. Dans moins de deux ans, nous rejoindrons le Bataillon d'exploration. Eren n'abandonnera jamais son rêve de liberté, et je dois veiller sur lui.
— Car tu l'as promis à Carla, compris Amos en se souvenant des paroles de l'orientale lorsqu'elle était ivre.
Elle acquiesça doucement, sa tristesse s'accentua à la mention de sa mère adoptive.
— Eren et toi, vous avez raison; je ne suis pas faite pour être soldat, je ne serai pas heureuse en étant soldat. Mais ça n'importe pas. Car tout ce qui m'importe, c'est ma famille. Si je ne rejoins pas le Bataillon, Eren et Armin mourront prématurément.
Cette fois, tout s'emboita parfaitement aux yeux d'Amos. Mikasa refusait d'être heureuse car elle se savait condamnée à perdre tout ce qu'elle avait et ne voulait pas perdre davantage. Mourrir en permettant à ceux qu'elle aimait de vivre davantage était ce à quoi elle pouvait aspirer de mieux étant donné sa situation. Elle refusait de rester en retrait et de les regarder mourir. Même si c'était surement ce qu'Eren voulait, afin qu'elle puisse vivre une vie heureuse, mais elle refusait d'être seule.
— Amos ? appela-t-elle lorsqu'elle remarqua qu'il réfléchissait. Pourquoi est-ce que tu ne veux pas me voir malheureuse ?
Le grand blond la regarda dans les yeux pendant un bref instant, il finit par répondre :
— Tu es la personne la plus aimante que je connaisse, dit-il avec sincérité, je t'admire beaucoup Mikasa.
L'orientale sourit sous son écharpe, un profond sentiment de réconfort envahi sa poitrine.
— Voir quelqu'un comme toi malheureuse… C'est d'une tristesse à mes yeux… C'est un coup à me faire perdre foi en l'avenir.
À ces mots, la jeune fille abaissa son écharpe et l'observa d'une mine circonspect, à la fois touchée et intriguée.
C'est alors qu'une violente douleur causée par la morsure d'un chien saisit le mollet du grand blond qui feula à travers ses dents. Puis vint les coups de fouet sur son dos et le couteau sur son pectoral droit. Il était en train de fouiller son étui à seringue lorsque le fer rouge entra en contact avec la chair de son postérieur.
Il s'empara rapidement d'une dose de méthadone et se l'injecta dans le cou sous le regard stupéfait de son interlocutrice. Un long soupir de soulagement s'échappa de ses lèvres lorsqu'il sentit sa souffrance s'estomper, il rangea machinalement la seringue vide dans sa boite, et s'apprêtait à ranger la boite elle-même, mais Mikasa l'attrapa par le poignet.
— Qu'est-ce que c'est ? demanda-t-elle sans masquer son inquiétude.
— Un opiacé, répondit le grand blond avant de réaliser qu'elle ne devait pas connaitre ce terme, un antidouleur si tu préfères.
L'orientale observa la seringue en caoutchouc avec un regard méfiant, avant de croiser les yeux d'émeraude du jeune homme.
— Tu en prends beaucoup ?
— Quand j'ai mal, soupira Amos en sachant très bien qu'il était préférable de répondre à ce genre de questions plutôt que de se mettre sur la défensive.
Il devait désormais changer de sujet pour éviter les vraies questions, mais le sujet devait suffisamment intéresser son interlocutrice pour éviter qu'elle ne fourre son nez là où elle ne devait pas.
— Je ne veux pas perdre foi en l'avenir, dit-il en rangeant sa boite à seringues, sinon le passé perd tout son sens.
Un long silence suivit cette déclaration, silence au court duquel, Mikasa se remémora tous les bons moments qu'elle avait passé avec tous ceux qui avait fait parti de sa famille. Elle remonta son écharpe sur son nez et essaya tant bien que mal de contenir sa tristesse.
— Je ne peux pas avoir foi en l'avenir, répondit-elle d'un ton désolé, quand je sais qu'il suffit d'un seul instant, une seule erreur, pour que tout s'écroule.
Amos était parfaitement en mesure de comprendre cela.
— Ce monde est cruel, répéta-t-elle finalement en relevant la tête, et peu importe ce que je fais, je ne peux pas l'arrêter.
Ses yeux de jais mélancoliques croisèrent le regard triste de Nox, un léger sourire se dessina sous l'écharpe.
— Tu sais… Eren m'a dit que tu voulais changer le monde…
Un grognement embarrassé résonna instantanément dans la gorge du grand blond
— Quelle pie celui-là, grommela-t-il pour le plus grand amusement de la jeune fille.
— Ne lui en veut pas, je me méfiais de toi et il a voulu te défendre. Il m'a aussi dit pourquoi tu voulais le faire.
Malheureusement pour l'orientale, ces révélations-ci ne firent qu'accentuer l'embarras du Conseiller qui grimaça et rougit tant il était gêné.
— Amos ? appela-t-elle pour le forcer à se reconcentrer sur leur conversation. Tu ne penses pas… que tu as trop d'ambition ?
Ce ne fut pas la question qui interpella Nox, ce fut le ton inquiet avec lequel elle l'avait posé. Généralement, Mikasa ne laissait transparaitre son inquiétude que lorsqu'Eren ou Armin se mettait dans des situations périlleuses.
— Notre monde n'est pas si grand que ça, tu sais ? raisonna-t-il calmement. C'est juste deux murs, un autre rempli de titans et une société humaine remplie de parasites. Je n'ai pas dis que j'allais construire un paradis, mais j'ai tout de même l'intention d'améliorer les choses.
Ses explications consternèrent la métisse qui se mit à le regarder comme s'il venait de lui annoncer que le Soleil était un ballon de baudruche. L'intensité dans ses yeux de jais intimida légèrement Amos, c'était la première fois que Mikasa lui faisait cet effet, pourtant il l'avait déjà mis hors d'elle.
— Tu crois que je m'emporte ? devina-t-il gêné.
— Oui, gronda la jeune fille d'un ton ferme.
— Pourtant, j'ai bien l'intention d'aller au bout, déclara-t-il simplement pour couper court à un débat interminable.
L'orientale ouvrit la bouche pour répondre, mais aucun son ne franchit ses lèvres, la frustration fut de plus en plus lisible sur les traits de son visage.
Elle déglutit pour se calmer et prit une grande inspiration.
— Mikasa… reprit Amos d'un ton mesuré, je ne suis pas inconscient. Je sais à quel point ce que je souhaite entreprendre est dangereux, j'ai parfaitement conscience du fait que je peux mourrir chaque jour suite à un banal coup de malchance. Mais tu veux savoir pourquoi tu n'arriveras pas à m'arrêter ? Parce que le simple fait de savoir que quelqu'un comme toi ne peut pas être heureuse dans ce monde a fini de me convaincre qu'il devait changer.
Ces paroles-ci désarmèrent totalement l'orientale qui écarquilla les yeux de confusion. Elle voulut dire quelque chose, mais au fond que pouvait-elle dire ? Elle avait fini par faire l'exacte opposée de ce qu'elle avait en tête.
Amos lui colla une pichenette sur le front lorsqu'il réalisa qu'elle s'apprêtait à déprimer.
— Ne commence pas à te sentir coupable pour rien, dit-il alors qu'un sourire amusé et tendre se dessinait sur son visage. Je l'aurais fait même si je ne t'avais pas rencontré, tu m'as juste donné une bonne raison de plus de le faire.
Sur ces mots, il accentua légèrement son sourire pour la saluer, et tourna les talons afin de s'enfoncer dans la forêt pour enfin fumer sa cigarette.
Mikasa resta plantée derrière le dortoir des garçons pendant quelques minutes, en essayant de comprendre ce qui venait de se passer. Son coeur battait très vite, son souffle s'intensifia et elle sentit ses joues brûler.
Un bruit de pas la ramena soudainement à la réalité, et elle s'empressa de remonter son écharpe sur son nez avant qu'Armin ne surgisse en courant du coin du bâtiment.
— Ah Mikasa… lâcha le petit blond tout essoufflé, est-ce que tu as vu Amos ?
L'orientale pointa la forêt du doigt.
— Il est parti par là, pourquoi ?
L'expression horrifiée de son ami sortit immédiatement la jeune fille de son état de confusion.
— Des recrues de la caserne de Krolva, d'Utopia et de Karanes ont été enlevées par des trafiquants de chair humaine.
(-)(-)(-)
La nouvelle s'était répandue comme une trainée de poudre et avait fait le tour du terrain d'entrainement avant même que le Soleil n'ait fini de se coucher. C'était Sasha qui l'avait propagé, en effet, après s'être introduite dans le garde-manger pour se remplir la panse à coups de larcin. La native de Dauper avait surpris Shadis et ses assistants en parler alors qu'ils se croyaient à l'abri des regards. À cause de cela, les exagérations des faits prirent une telle ampleur que le Sergent-instructeur fut dans l'obligation de faire une annonce au diner pour mettre un terme aux rumeurs et expliquer clairement la situation aux jeunes recrues :
Plusieurs groupes de cadets de chaque caserne d'entrainement avaient été kidnappés au cours des récents exercices de survie estivales. Seuls eux, la bleusaille de Trost, étaient parvenus à se défaire des ravisseurs lors de leur propre exercice. Malgré la gravité des évènements, Shadis choisit de révéler à ses recrues que plusieurs cadets avaient été retrouvés morts sur les lieux des enlèvements. Il ajouta également que la hausse de la criminalité était le résultat de la chute de Maria et de l'inaction et l'incapacité des Brigades Spéciales à faire leur devoir, à la surprise des adolescents les plus rodés politiquement, qui ne l'avait pas cru capable de prendre un tel risque.
Ces mots eurent cependant l'effet escompté, Connie, Sasha et Marco baissèrent la tête avec honte lorsqu'ils réalisèrent que leur rêve de se la couler douce derrière le Mur Sina permettait aux criminels et aux trafiquants de pulluler à travers le territoire. Jean de son côté, se contenta de serrer les dents sans rien laisser transparaitre. Le Sergent-instructeur acheva sa tirade en précisant que des mesures avaient été prises pour retrouver les coupables et les disparus. Mais qu'en attendant, les exercices à l'extérieur du camps d'entrainement étaient suspendus.
Une fois le discours de Shadis terminé, les cadets passèrent le reste du diner à regarder leur assiette sans grand appétit, ou à manger sans discuter. Comme l'ensemble de la 104ème était en deuil.
Christa était vraiment attristée de voir ses camarades dans un tel état. Elle se tourna vers son frère afin de recueillir discrètement son avis sur la question, mais se retint lorsqu'elle vit l'expression sur son visage.
Amos avait les mains jointes devant sa bouche, il avait l'air penaud… et las.
Il jeta un coup d'oeil en direction de Mikasa, et à la grande surprise de la petite blonde, l'orientale arborait une expression similaire à celle du Conseiller. Ce dernier se leva, ce qui attira toute l'attention sur lui et sortit du bâtiment sans se retourner.
Contrairement à son habitude, Amos n'alla pas derrière le dortoir des garçons pour fumer, cette fois, il alla derrière l'écurie.
Malheureusement, sa stratégie échoua au bout de la troisième cigarette; Mikasa le retrouva.
— Est-ce que tu peux aller parler à Eren s'il-te-plait ? demanda-t-elle avec politesse.
— Dis-lui que puisqu'il a pris la décision de rejoindre les éclaireurs, les affaires des Brigades Spéciales ne le concernent pas, même si elles ne font pas leur travail.
Amos avait parlé d'une voix morne, très similaire à celle qu'employait l'orientale en temps normal, ce qui surpris légèrement cette dernière.
— J'ai peur que ça ne suffise pas…
— Si tu veux que je lui dise qu'on ne sait pas qui est à l'origine de ces kidnappings, combien ils sont, où ils sont, de quels avantages ils disposent et que leur courir après serait non seulement une perte de temps, mais un risque inutile, tu peux le faire toi-même maintenant.
Amos poussa un soupir fumeux et poursuivit sans regarder son interlocutrice :
— Tire-lui les oreilles s'il ne t'écoute pas, continu jusqu'à ce qu'il abdique et tu obtiendras des résultats.
— Amos ?
Le grand blond tourna sa tête avec sa cigarette au bec pour faire face à l'orientale qui s'était approchée suffisamment pour observer ses pupilles d'émeraude avec inquiétude.
— Pourquoi est-ce que tu es aussi frustré ? demanda-t-elle confuse. Ce n'est pas de ta faute, tu nous a protégé de ce genre de personne.
— Mais c'était insuffisant ! cracha le Conseiller avec colère tandis que la prédation surgissait dans son regard. Ces parasites gangrènent des vies pour le plaisir et le profit ! Et tant qu'ils continueront de pulluler, je…
Il déglutit de rage sans remarquer l'inquiétude dans les yeux de jais de l'orientale, et poussa un nouveau soupir.
— Quand je vois ça, je comprend pourquoi tu refuses d'avoir plus, dit-il sans croiser son regard. C'est déjà assez difficile de se protéger de ces horreurs, alors de protéger sa progéniture…
Un frisson parcouru le dos de Mikasa, son interlocuteur ne le remarqua pas, car il venait d'en arriver à une conclusion qui le fit parler sans réfléchir.
— C'est pour ça que tu es aussi maternelle avec Eren et Armin ?
Il regretta immédiatement ses paroles lorsqu'il s'aperçut que son interlocutrice avait écarquillé les yeux de tristesse, une tristesse si profonde et si intense qu'elle fendit instantanément le coeur du grand blond. Ce dernier se frappa le front pour son cruel manque de délicatesse.
— Oh putain… je suis tellement désolé…
— Non, répondit Mikasa en relevant son écharpe sur son nez, tu as peut-être raison.
Malheureusement pour elle, son écharpe ne cacha pas la larme qui se forma sur le coin de son oeil gauche. Amos se sentit plus bas que terre à mesure qu'elle grossissait.
— Je n'aurais pas dû…
— C'est un monde cruel, coupa la jeune fille en ravalant son chagrin, le seul moyen de survivre c'est de se battre. Le seul moyen de protéger ceux que l'on aime, c'est de se battre.
Elle poussa un long soupir pour se débarrasser de son surplus d'émotions et essuya sa larme avant qu'elle ne coule.
— Le monde est comme ça, lâcha-t-elle finalement d'une voix monocorde, on y peut rien.
Sur ces mots, elle dépassa son interlocuteur et prit la direction de son dortoir tandis que Nox se pinçait les coins des yeux, effaré par le manque de tact dont il avait fait preuve.
— Amos ?
Surpris, le concerné se retourna pour découvrir que l'orientale s'était arrêtée, n'avait pas caché son sourire derrière son écharpe ni n'avait essuyé sa larme.
— Tu as un très beau rêve.
Elle tourna les talons et partit pour de bon cette fois, laissant le grand blond confus et perdu tandis que sa cigarette se consumait toute seule.
Ce ne fut que lorsque la braise atteignit ses doigts qu'il sortit de sa transe. La prédation jaillit dans son regard et la rage s'empara de ses muscles. Il jeta son mégot et tira sa montre à gousset de sa poche, pour constater qu'il n'était que sept heures et demi du soir. Il avait onze heures devant lui.
Sans perdre la moindre seconde, il se dirigea vers le bâtiment de ses supérieurs.
Il traversa les couloirs de celui-ci tout en prenant soin d'esquiver les assistants-instructeurs, et entra dans le bureau de Shadis sans se donner la peine de frapper.
Les veines des yeux de ce dernier manquèrent d'exploser, lorsqu'il découvrit l'identité du malappris qui s'octroyait tous les droits dans un moment aussi difficile que celui-ci.
— Vous voulez sauver toutes les recrues qui ont été enlevées ? demanda-t-il sans laisser au Sergent-Instructeur l'opportunité d'en placer une. Alors fournissez-moi un cheval s'il vous plait, le plus rapide que vous ayez.
Shadis se figea un bref instant pour gratifier le jeune homme d'un regard consterné, avant de pousser un long et profond soupir.
— Pourquoi prendre la peine de venir me voir ?
— Parce que j'ai besoin d'un complice pour l'amener à la sortie du camp, l'écurie est trop proche des dortoirs, et je ne veux pas qu'on me voit partir.
L'ancien Major du Bataillon d'Exploration hésita un moment, avant de se lever en soupirant :
— Je ne peux pas t'empêcher de partir de toute façon.
— C'est vrai.
(-)(-)(-)
Cent cinquante kilomètres séparaient le Mur Rose du Mur Sina, une distance qu'Amos négocia en galopant pendant deux heures grâce à la monture fournie par Shadis, une jeune et belle jument noir comme la suie issue d'un accouplement entre deux chevaux d'anciens éclaireurs. Nox fut forcé de reconnaitre qu'il n'avait encore jamais chevauché ni même vu un cheval de la trempe de Lilith.
Lorsque l'ombre du mur Sina apparut au loin, le grand blond sortit sa longue-vue portative et repéra les différents postes de garde de la garnison signalés par des torches, et prit la direction de l'ouverture la plus proche de sa position. Une fois suffisamment près, il laissa Lilith à côté d'un cour d'eau, et activa l'équipement TDM dont il était équipé pour escalader le dernier rempart de l'Humanité.
Ehrmich n'avait pas changé depuis sa dernière visite; il était onze heures du soir et pourtant la ville était aussi animée qu'à midi. Il allait devoir attendre au moins deux heures du matin avant d'agir, mais un an emprisonnement lui avait apprit la patience.
— Sina, dit-il tout haut d'une voix nostalgique, mon terrain de jeu personnel.
Il sauta du haut du Mur Sina après avoir pris soin d'enfiler une cape, et usa de son équipement pour atterrir au pied du rempart. Puis il ouvrit une bouche d'égout pour s'y enfoncer et circuler sans risquer d'être reconnu ou même aperçu. Il ressortit au milieu d'une ruelle où l'attendait un tonneau que tous les habitants des environs ignoraient sans se poser de question. Il en sortit un chapeau abimé, une perruque rousse démêlée, une fausse barbe, des lentilles marrons, du maquillage, un faux nez, une fausse bosse dorsal et un imper gris. Il enfila le tout, s'aspergea ensuite généreusement la figure et les vêtements de whisky, cacha son équipement tridimensionnel et son uniforme de cadet, et sortit de la ruelle pour infiltrer tranquillement la plèbe d'Ehrmich sans éveiller le moindre soupçon. Comme à son habitude, il se mêla aux clochards et aux criminels de la petite semaine en se faisant passer pour l'un d'entre eux au moyen de sa démarche flageolante d'ivrogne. Il poursuivit sa comédie en titubant jusqu'à atteindre sa destination; « La Geisha », un bar relativement modeste dans lequel il entra.
Le barman, un jeune homme d'une vingtaine d'année aux cheveux bruns, le considéra d'un oeil mauvais.
— Pas de clochards ici ! annonça-t-il avec autorité et agressivité.
Ledit clochard l'ignora, jeta des coups d'oeil à droite et à gauche, constata que l'établissement était dépourvu de client et s'installa au bar sous le regard effaré du barman. Ce dernier plongea sa main sous le comptoir pour s'emparer du fusil qui y était caché.
— William, si tu touches à cette arme je serais obligé de te casser la main.
À ces mots, ledit William se figea sur place, écarquilla les yeux de terreur, et demanda d'une voix tremblante :
— P-p-patron ?
— Le bar est fermé pour la soirée, déclara Amos en sortant son paquet de cigarette, va fermer la porte et apporte-moi un cendrier.
William n'eut pas besoin qu'on le lui dise deux fois, et les ordres de son employeur furent suivis en l'espace d'une quinzaine de secondes.
— Je ne pensais pas vous voir de si tôt, s'excusa le barman d'une voix anxieuse une fois revenu derrière le comptoir, que puis-je faire pour vous ?
— Sers-moi un thé à la pêche et va chercher la clef de l'armurerie, j'ai beaucoup de travail ce soir.
Si l'employé avait des questions, il les garda pour lui et disparu dans l'arrière boutique dès que la boisson fut servie.
Amos la sirota tout en fumant tranquillement, puis il sortit sa montre à gousset pour constater qu'il était pratiquement onze heures du soir. Il avait cinq heures pour agir. C'était bien plus qu'il n'en fallait.
William refit son apparition au moment où son employeur écrasait sa cigarette dans le cendrier.
— Voilà patron, annonça-t-il tel un soldat en lui donnant la clef, que dois-je préparer pour l'arrivée des autres ?
— Personne d'autre ne viendra ce soir, William, répondit le grand blond à la perruque rousse en finissant sa boisson. J'agirai seul.
Cette fois, le barman paru sincèrement étonné, néanmoins, il acquiesça respectueusement et débarrassa le comptoir tandis que son patron se dirigeait à son tour vers l'arrière boutique.
Là, ce dernier se dirigea vers une large caisse en bois, inséra la clef dans un interstice entre deux planches et la tourna. Aussitôt, la caisse pivota sur le côté, et laissa apparaitre un escalier en bois que le jeune homme descendit après avoir récupéré la clef.
L'armurerie ressemblait davantage aux vestiaires d'une caserne militaire avec ses bancs, ses casiers et ses douches. Mais les armoires à fusils et à pistolets, ainsi que les présentoirs pour toutes sortes d'équipements et d'armures permettait aisément de créditer cet endroit d'armurerie.
Sans perdre une seconde, Amos se débarrassa de son déguisement de clochard, alla prendre une douche pour se débarrasser de l'odeur de whisky, et se dirigea vers son casier personnel pour s'habiller, s'armer, et se masquer.
Ce soir il allait faire couler du sang, beaucoup de sang.
Et la seule chose qu'il constata en enfilant l'un de ses vieux masques, c'était le fait qu'il n'avait rien perdu de ses habitudes, et qu'il se sentait étonnement extatique.
(-)(-)(-)
Hitch Dreyse ainsi que toutes les autres cadettes de la caserne Est, avaient été ligotées, aveuglées et bâillonnées depuis le moment où elle avaient été enlevées jusqu'au lieu commun où elles furent acheminées. Là, elles avaient été déshabillées, lavées au jet d'eau comme des animaux, et enfermées dans des cellules communes en attendant que les autres filles et les quelques garçons des casernes Ouest et Nord les rejoignent. Mais elles n'eurent jamais la moindre nouvelle de celles et ceux du Sud. L'endroit dans lequel elles avaient été enfermées était l'ancien Quartier Générale de la Garnison, un bâtiment qui avait été racheté et réaménagé depuis que les gardiens des murs les plus hauts gradés avaient déménagé directement à Mitras. Le nouveau propriétaire se nommait Satoshi Akira, un orientale de presque cinquante ans, qui avait passé les quarante-cinq premières années de sa vie dans la ville souterraine sous la capitale. Où il avait amassé une fortune certaine en travaillant pour le compte de sa mère; qui elle-même avait travaillé pour Seto Nakamura.
Satoshi Akira était le dernier mâle du clan Akira, il mesurait deux mètres trois, pour un tour de taille d'un mètre vingt, en d'autres termes, il était massif, riche, et pour couronner le tout, avait une puissante organisation sous ses ordres.
L'ancien Quartier Générale de la Garnison était sa forteresse, son centre d'affaire, et bientôt sa ferme.
La plupart des personnes qui travaillait pour Akira était des gens des bas-quartiers qui aspirait à une meilleure vie que celles qui leur statut social leur permettait. C'était le cas de Daniel, un jeune homme de quinze ans qui avait grandi dans les bidonvilles Ehrmich et n'avait pas su résister à l'appât du gain lorsqu'un recruteur d'Akira lui avait proposé de rejoindre l'organisation. Et maintenant que toute la marchandise était réunie, il fallait s'assurer de sa qualité. Ainsi Daniel avait été chargé d'examiner les prisonnières une à une avec un collègue quarantenaire qui répondait au nom d'Aslo. Pour cela, ils sortaient les filles de la cellule une à une, et les emmenaient dans une pièce isolée pour pouvoir examiner leurs corps sous tous les angles afin d'évaluer la qualité de leur prise. Malheureusement pour Hitch, elle fut la première à passer, et alors qu'elle tentait vainement de conserver un semblant de pudeur en se recroquevillant pour cacher sa poitrine et ses parties intimes en serrant les cuisses, Aslo la saisit par les cheveux et la traina jusqu'à la pièce sous le regard lubrique de Daniel qui ne pouvait s'empêcher d'admirer ses fesses.
— Bon, déclara le quarantenaire en forçant l'adolescente à se tenir debout devant une table où trainait différents outils de mesure, j'vais t'expliquer comment ça marche. Faut qu'on sache tout de cette chienne : ses tours de poitrine, de cul et de hanche, son poids, son âge, si elle est vierge et si elle est pas trop conne. Tu notes tout ça, et t'en profites pour ajouter sa couleur d'yeux et de cheveux.
— Ok, répondit Daniel en s'emparant d'un ruban métrique sans s'arrêter de mater la poitrine de la prisonnière en larmes, et ça servira à quoi tout ça ?
Aslo renifla bruyamment.
— Le patron c'est un orientale, en gros y veut des fils pour hériter de tout son fric et de son nom. Mais comme il est orientale, y veut que des brunes pour pondre ses chiards, les autres on en fera soit des pondeuses, soit on les vendra au nobles ou aux marchands.
Hitch était non seulement paralysée par la terreur, mais dévorée par la honte et le désespoir. Ces trafiquants de chair humaine parlaient d'elle comme si elle n'était rien de plus qu'une vache, jamais, au cours de sa courte vie, n'avait-elle cru qu'elle finirait ainsi. Elle voulut hurler, mais elle avait été punie chaque fois qu'elle avait essayé de protester ou d'appeler à l'aide. Elle avait peur, elle avait si peur, elle ne savait pas quoi faire ni même comment réagir à ce que disaient ses ravisseurs. Elle frémissait de dégoût chaque fois qu'ils touchaient sa peau.
— Pourquoi le patron les veux brunes ? demanda Daniel en mesurant le tour de poitrine de la jeune fille tout en se mordant la lèvre inférieure pour contenir sa luxure.
— Parce qu'il est orientale et qu'y veut que ses fils aient des gueules d'orientaux, et tous les orientaux ont les cheveux bruns foncés.
Un léger soupir de soulagement s'échappa des narines de la blonde, mais Aslo la rappela à l'ordre d'une claque aux fesses qui l'a fit crier à travers son bâillon.
— Te réjouis pas trop vite, sale pute, ricana-t-il en lui malaxant la chair du fessier à pleine main alors que Hitch lâchaient des hurlements aussi écoeurés qu'étouffés.
Excité par la scène, Daniel approcha sa propre main pour se saisir de l'autre fesse.
— Finis ces putains de mesures, espèce de môme en chaleur, beugla Aslo en le voyant venir, on a d'autres filles à voir.
L'adolescent se renfrogna, mais obtempéra et mesura le tour de hanche de la cadette.
— Du coup, qu'est-ce qu'on va faire de celle-là ? demanda-t-il naïvement.
— Elle est plutôt bonne, donc on arrivera surement à en tirer un bon prix sur le marché, après faut voir si elle plait à la clientèle. L'avantage c'est qu'elle est encore jeune.
Daniel acquiesça une fois de plus, mesura le fessier de la cadette en prenant soin de toucher autant de peau que possible, et nota ses chiffres sur le cahier qui trainait sur la table.
Aslo prit alors la relève, il tira une chaise força Hitch à s'asseoir et lui retira le bâillon. Aussitôt, la jeune fille haleta à grandes bouffées et tourna son regard emplie de larmes vers son ravisseur le plus âgé.
— S'il vous plait…
— Oh putain… se plaignit Aslo en la saisissant par les joues. Y'a pas de « s'il vous plait » qui tienne ma mignonne. T'es une pute maintenant, c'est fait et tu peux rien n'y faire, alors tu fermes bien ta gueule et t'écartes les jambes qu'on voit quel genre de pute tu seras.
Ces mots brisèrent Hitch en l'espace d'une seconde. Elle qui avait rêvé de rejoindre les Brigades Spéciales pour vivre une vie paisible à l'abri du Mur Sina, s'était faite arracher sa vie. Elle désormais… une pute.
Son regard devint vide, et ses muscles jusque là crispés par la terreur, furent décontractés par le désespoir. C'est à peine si elle entendit Aslo lui demander :
— Hé t'as quel âge ?
— Treize ans… marmonna-t-elle dans un souffle.
Daniel retranscrit fidèlement cette information
— Écarte tes jambes.
La cadette laissa échapper un sanglot, et fit ce qui lui était ordonné. Mais elle fut trop lente au gout du trafiquant qui la saisit par les genoux et écarta ses membres tout en ignorant le gémissement humilié et écoeuré qui s'échappa des lèvres de la jeune fille lorsqu'il examina ses parties génitales en profondeur. Hitch en fut si répugnée qu'elle eut des nausées, mais elle n'avait rien à vomir dans son estomac.
— C'est quoi ce bordel ?! rugit soudainement Aslo avec rage.
Sans crier gare, il se redressa et saisit la jeune fille par la gorge.
— Putain ! Mais t'es vraiment une pute toi ! T'as treize ans et t'es déjà plus vierge ! Putain… quel gâchis !
Hitch fut aussi confuse que terrorisée par la réaction du trafiquant. Certes… elle avait couché avec son instructeur pour que celui-ci ajoute quelques points à ses notes… Elle avait voulu être sûre d'intégrer les Brigades Spéciales ! Elle pensait que cela ne pouvait être que bénéfique, mais au final cela allait lui porter préjudice dans cet enfer qu'était sa nouvelle vie.
— Putain ! pesta Aslo. Y'a pas moyen qu'on réussisse à la vendre maintenant ! Jamais un riche voudra tremper sa queue dans un trou déjà usé.
— On fait quoi maintenant ? demanda Daniel confus.
Au lieu de répondre, Aslo tempêta de plus belle et finit lui-même de remplir la fiche de Hitch sur le cahier. Puis il remit le bâillon à la jeune fille et le serra cruellement, avant de la saisir par les cheveux et la forcer à lui faire face.
— Écoute-moi très attentivement, petite salope, cracha-t-il avec un plaisir sadique mêlé a une colère noire. Puisque tu ne peux rien nous rapporter, on va se servir de toi comme pondeuse. Tu sais ce que c'est qu'une pondeuse, sale pute ?! Une vache dont on vend les chiards qu'elle pond et le lait qu'elle produit jusqu'à ce qu'elle soit plus capable de concevoir un môme ! Après ça, c'est l'abattoir direct !
Les pupilles de Hitch s'étaient élargis à mesure qu'Aslo lui avait décrit le sort qu'il lui réservait, et après un instant de silence durant lequel elle encaissa le choc, elle se mit à se débattre comme une diablesse en hurlant à travers son bâillon et en ignorant les brûlures qu'infligeaient ses liens à ses poignets. Aslo explosa de rire et la traina à travers le couloir par les cheveux pour la ramener dans la cellule commune, et ce, malgré les battements de jambes et les gigotements vains et maladroits de l'adolescente. Pendant ce temps, Daniel ne cessa d'admirer ses formes de son regard lubrique.
Cet insupportable regard qui répugnait Hitch comme tout ce qui l'entourait dans cet endroit…
Une série d'explosions fit trembler le bâtiment tout entier au point de faire perdre l'équilibre à Aslo qui s'écroula au sol.
— Bordel ! rugit-il en dégainant un pistolet. C'était quoi ça putain ?!
(-)(-)(-) (Cinq minutes plus tôt)
L'Ancien Quartier Générale de la Garnison était simplement constitué de quatre murs entourant une cour qui disposait d'une écurie et d'un atelier, ainsi que d'une tour de quarante mètres de haut. Toutes les activités les plus illégales avaient lieu dans le bâtiment, mais la plupart des criminels effectuaient des rondes sur les remparts ou jouaient aux cartes tout en buvant dans la cour. Au total, il y avait quarante deux hommes en dehors de la tour, et une quarante troisième tapie dans l'ombre pour qui le temps venait soudainement de ralentir.
Une torche s'éteignit subitement sur le rempart Est, laissant ainsi une brèche obscure sur le mur qui s'amenuisait à mesure qu'un garde s'avançait pour la rallumer avec sa propre torche.
Mais s'il n'éclaira jamais le coeur de la zone d'ombre, le garde en question entendit très distinctement trois objets métalliques rebondirent sur le sol de la cour jusqu'à ce que chacun d'entre eux n'atteigne l'un des feux de camps autour desquels des hommes étaient réunis. Ces derniers eurent à peine le temps de réaliser qu'ils s'agissaient de grenades à fragmentation que celles-ci explosèrent simultanément et déchiquetèrent presqu'une vingtaine de victimes en l'espace d'une seule seconde. Les explosions illuminèrent soudainement les remparts et firent sursauter les gardes qui pointèrent, par réflexe, leurs armes sur les restes de leurs collègues. Ceux-ci n'étaient plus que des cadavres désarticulés et hachés, ou des estropiés troués et démembrés qui hurlaient leur douleur et leur horreur.
Les huit gardes sur le rempart Est avaient commis l'erreur de s'aligner en plus de regarder dans la mauvaise direction, une volée de dix balles en ultracier les transperça juste avant qu'un coup de feu assourdissant ne vienne résonner aux oreilles de leurs collègues sur les remparts Sud et Ouest.
Ces derniers pointèrent leurs armes vers l'Est, pour voir huit cadavres troués s'écrouler, un fumigène se déployer et une ombre s'envoler en un quart de seconde et disparaitre derrière la tour.
— Bordel ! C'est quoi ce merdier ?! hurla l'un d'entre eux.
La seconde suivante, les quinze gardes encore debout aboyèrent des ordres contradictoires et échangèrent des insultes sur leur intelligence respective, le tout alors que les quelques survivants des premières explosions continuaient d'agoniser en gémissant et en hurlant.
Aucun des mercenaires ne remarqua les deux grenades à fragmentation qui tombaient du ciel en direction du mur Sud et se déclenchèrent dans les airs. Deux explosions supplémentaires décimèrent les sept hommes qui s'y trouvaient et quelques fragments vinrent même se loger dans le thorax et le crâne du garde du rempart Ouest le plus proche.
Les sept derniers étaient dans un tel état de choc et de panique qu'ils furent tous pris d'hystérie collective et jetèrent leurs armes pour se précipiter vers les escaliers. Malheureusement pour eux, dans leur fuite ils commirent l'erreur de s'aligner et de tourner le dos au responsable de ce carnage. Celui-ci n'eut qu'à se propulser perpendiculairement à la ligne qu'ils formaient et à tirer un seul coup de feu pour tous les descendre au vol, et ce, alors qu'il avait la tête en bas.
Amos laissa échapper une poussée de gaz de son équipement anti-personnel pour effectuer un saut vrillé, afin de se remettre à l'endroit et d'atterrir au milieu de la cour en traçant deux longs sillons dans la poussière.
Ceux qui avaient survécus à ses grenades se comptaient sur les doigts d'une main à moitié tranchée. Et alors que la vie quittait peu à peu leurs yeux, la dernière chose qu'ils virent fut une personne d'un mètre soixante dix huit, portant un long manteau noir à capuche, couvert par un équipement tridimensionnel dorsal muni de deux pistolets et d'une armure recouvrant son torse. Cependant, le plus terrifiant fut son masque. La créature à la peau rouge qu'il représentait avait des dents longues comme des couteaux et des cornes aussi noires que pointues. Dans la mythologie orientale, cette chose était le produit de l'Enfer, le résidu d'une âme humaine tourmentée.
Un Akuma.
Il dégoupilla une nouvelle grenade, activa son équipement vers la tour, et s'envola tout en lâchant sur la porte d'entrée.
La seconde suivante, une douzaine de trafiquants déboulèrent dans la cour. La grenade ricocha sur le crâne de l'un d'entre eux avant de tomber au sol et de les décimer juste après que l'intrus ne se soit propulsé à travers une fenêtre.
(-)(-)(-)
Alors que les coups de feu et les explosions faisaient rages à l'extérieur, Aslo oublia Hitch pour se redresser, pistolet au poing.
— Qu'est-ce qui se passe ?! s'exclama Daniel qui avait troqué la luxure pour la terreur en l'espace d'une seconde.
Le quarantenaire ne lui répondit pas, et se précipita à la fenêtre pour découvrir l'origine de tout ce raffut.
Cependant, tout ce qu'il vit, ce fut des cadavres en charpie et des mercenaires paniqués en train de pointer leurs fusils au hasard.
Il poussa un juron tandis que Hitch rampait en arrière pour s'adosser contre le mur. La seconde suivante une dizaine d'hommes déboulèrent dans le couloir avec des pistolets à la ceinture et des fusils à la main.
— On est attaqué ! beugla l'un d'entre eux avant de jeter un sale regard à Daniel. Où est ton arme espèce de sous-merde ?!
— J-j'en ai pas… bredouilla l'adolescent.
Le trafiquant pesta, dégaina un de ses pistolets et le fourra dans les mains du jeune homme.
Deux nouvelles explosions se firent entendre accompagnés de nouveaux cris d'agonie. Aslo poussa un autre juron.
— Allez ! On se bouge le cul ! appela-t-il en prenant la tête du groupe. Allons choper ces enfoirés.
Sur ces mots, les trafiquants dévalèrent les escaliers à toute vitesse avec leurs armes au poing. Et alors qu'il courait à leur suite, Daniel sentit son corps trembler d'excitation à mesure qu'ils approchaient de leur destination. L'arme qu'il avait dans les mains le faisait frissonner de plaisir, à cet instant précis, il n'était plus l'orphelin des rues, sale et perdu. Il était devenu un vrai dur qui allait mener la grande vie, et il lui tardait de le prouver en abattant son premier homme.
Lorsqu'ils arrivèrent devant la porte d'entrée blindée, Aslo jeta un coup d'oeil dans le judas, et il jura une fois de plus en découvrant qu'un homme seul vêtu d'un masque ridicule se tenait debout au milieu des restes de leurs collègues.
— Les gars ! On y va à trois !
Daniel ne tenait plus en place.
— Un… deux… trois !
Aussitôt, les mercenaires déboulèrent dans l'enceinte de la cour en balayant celle-ci des canons de leurs armes.
Puis, Daniel vit une grenade tomber sur le crâne d'Aslo qui jura une fois de plus, et rouler jusqu'à ses pieds.
La seconde d'après, sa grande vie était terminée.
(-)(-)(-)
Mue par son instinct de survie, Hitch prit appui contre le mur pour se relever. Elle hésita quelques instants quant à la décision de sa destination, mais le bruit d'un coup de feu assourdissant finit par la convaincre qu'à l'heure actuelle, il valait mieux monter que descendre.
Aussi, malgré sa nudité et ses poings toujours liés, elle s'engagea dans la cage d'escalier et grimpa les marches aussi vite que ses jambes ankylosées et ses pieds meurtries le lui permettaient. Lorsqu'elle atteignit le dernier étage, elle prit un moment pour reprendre sa respiration. C'est alors qu'une autre explosion se fit entendre et qu'une créature infernale passa à travers la fenêtre pour atterrir devant la jeune fille. Cette dernière poussa un hurlement d'effroi en apercevant le masque du nouvel arrivant et prit ses jambes à son cou. Sans jamais regarder derrière elle, elle traversa un long couloir qui n'était éclairé que par la lumière des feux de camps abandonnés qui passait à travers les fenêtres, et fut attrapée dans son élan par un grand type avec une grosse barbe et un pistolet à la main.
— Y sont combien ?! aboya-t-il furieux en secouant l'adolescente en larmes qui s'était urinée dessus dans sa fuite.
Comme elle ne répondait pas, il lui flanqua une gifle qui lui fendit la lèvre.
— Réponds, sale pute ! Combien ils…?!
Un kunai-chaîne lui transperça le torse, aspergeant le visage de la cadette kidnappée au passage. Le barbu baissa les yeux pour contempler avec effroi, la lame qui s'était déployée en grappin dans sa poitrine, avant que la chaîne ne se rembobine et ne l'entraine dans l'ombre. Un bruit de chair tranchée résonna à travers le couloir jusqu'aux oreilles de Hitch qui tremblait de la tête aux pieds.
Et à peine vit-elle le reflet rougeâtre de la tête de la créature, qu'elle repartit en courant et en hurlant comme une possédée.
Sauf qu'elle fut de nouveau interceptée, après une demi-minute de course effrénée, par une porte en bois vernis qui s'ouvrit subitement. Deux paires de mains s'emparèrent alors de l'adolescente hystérique, et l'entrainèrent dans une immense pièce au plafond fraichement vouté et aux tapisseries orientales. Hitch fut jetée sans ménagement sur un tapie de soi, et un pistolet fut braquée sur sa tempe.
— Dis-nous tout de suite tout ce que tu as vu, espèce de salope ! aboya un énième trafiquant parmi au moins une quinzaine d'autre.
Mais Hitch n'avait plus peur des armes à feu, elle avait peur des démons, des vrais démons.
— Il a la peau rouge, murmura-t-elle en état de choc, et des cornes…
Aussitôt, l'homme le plus imposant que l'adolescente avait jamais vu se leva de derrière son grand bureau et fronça ses très larges sourcils.
— Akuma… gronda-t-il avec un très fort accent.
Ses hommes écarquillèrent les yeux de terreur et échangèrent des regards affolés.
— Le Monstre de Yarckel ?!
— Putain ! Mais… il existe cet enfoiré ?!
— Qu'est-ce qu'il nous veut ?! On est pas sur son putain de territoire !
La porte fut ouverte à la volée par un cadavre sans tête qui avait été projeté dessus. Le cadavre en question atterrit aux pieds de Hitch qui cria de nouveau en rampant vers l'arrière. Au même instant, une grenade fumigène roula au centre de la pièce et explosa, plongeant ainsi la pièce dans un authentique nuage de fumée.
C'est ainsi que le chaos se déchaîna. Possédés par la panique, les criminels tirèrent tous en direction de la porte, si tant est qu'ils arrivaient à retrouver la direction de la porte.
De son côté, Hitch fit la seule chose qu'elle fut en mesure de faire pour survivre à la fusillade, elle rampa vers l'arrière aussi loin qu'elle le pouvait. Jusqu'à ce que sa tête ne heurte les barreaux d'un petite cage, ce qui l'empêcha d'aller plus loin.
La fusillade dura à peine vingt secondes, car les armes des trafiquants ne disposaient que d'un barillet de trois coups. Mais si la fusillade était déjà terminée, le carnage continua.
Et une fois le dernier coup de feu tiré, Hitch haleta d'horreur en reconnaissant le bruit de chair qui se fait trancher.
Satoshi Akira ne pouvait rien faire avec son immense carrure, ses doigts étaient trop larges pour une arme à feu. Il ne pouvait que pester derrière son bureau, rester sur ses gardes au cas où son ennemi s'approcherait imprudemment, et attendre que la fumée se dissipe.
Ce qui arriva en à peine une minute… et la dernière personne debout était Akuma, une lame mi-courte et ensanglantée dépassait de chacune de ses manches.
Tous les hommes de mains d'Akira baignaient dans une mare de sang qui avait ruiné le splendide tapis de soi.
L'oriental à la large stature rougit de colère face à ce désastre. Lui qui avait tant travaillé pour se soustraire du joug de Seto Nakamura, pour sortir de la ville souterraine, pour reconstruire sa fortune familiale, et qui était sur le point de faire renaitre son clan. Son ambition était comme ses hommes; en charpie.
— Espèce de misérable avorton ! mugit le géant. Est-ce que tu sais au moins qui je suis ?!
— Tu es un gigantesque tas d'excréments avec des jambes, répliqua Akuma dans un oriental impeccable qui choqua son interlocuteur.
— Qui es-tu ?! Et comment connais-tu cette langue ?!
Le monstre de Yarckel pencha sa tête sur le côté et ricana froidement.
— Je suis un frère, un ami et un camarade. Et pour toutes ces raisons, je vais arracher toute la chair que tu as collé sur ton squelette.
À ces mots, l'instinct de survie et la terreur d'Akira le poussèrent à réagir, il se saisit de son bureau et le souleva au-dessus de sa tête en rugissant comme un fauve.
Un kunai-chaîne fut aussitôt tiré de la manche d'Akuma et se planta dans le genou du géant, transformant son rugissement animal en gémissement de douleur et faisant retomber le bureau qu'il avait soulevé. Le meuble se fracassa sur le plancher, et son propriétaire finit de le détruire en s'écrasant dessus. Le démon n'attendit pas que sa victime se relève, il déroula son deuxième kunai-chaîne et commença à faire danser ses armes comme un gymnaste faisait danser ses rubans. Les lames tournèrent de plus en plus vites jusqu'à s'abattre sur le géant, encore et encore, déchirant ses vêtements et entaillant sa chair. Celui-ci se débattit en couinant comme un cochon. Il tenta de se redresser, mais ses articulations furent tranchées et ses bras devinrent aussi inutiles que sa ceinture.
Akira tenta de se servir de sa seule jambe valide pour se relever, mais Akuma lui balafra le visage en bousillant son oeil droit au passage. Le géant couina de plus belle, perdit l'équilibre et retomba sur dos. Le monstre de Yarckel rembobina ses kunais et grimpa sur l'imposante bedaine de son ennemi. Il redéploya les lames fixées sur les dos de ses poignets et posa un genou sur la poitrine graisseuse d'Akira pour le regarder dans son dernier oeil.
Il profita du fait qu'Hitch se trouvait derrière lui et qu'il portait une capuche pour retirer son masque, toisant ainsi la pupille noire de l'oriental de ses pupilles d'émeraude.
— Regarde-moi, ordonna Amos avec autorité, regarde-moi !
Il fallut quelques secondes à Akira pour reconnaitre le visage de son agresseur, son oeil manqua de jaillir de son orbite.
— T-toi… ?
Le grand blond sortit une dent en or de sa poche, et l'exhiba devant le visage de sa victime.
— Tu as envoyé ta bande de cochons s'en prendre à ma soeur, à mes amis et à mes camarades, gronda Akuma avec colère. As-tu sincèrement cru que ta perversion resterait impunie ?!
Comme le cou du géant était trop large pour sa main, il posa la pointe de sa lame contre sa pomme d'Adam pour effectuer la pression désirée.
— J'ai massacré les vingt-deux clebs que tu as envoyé dans le sud, puis j'ai décimé les soixante que tu gardais ici pour arriver jusqu'à toi. Toi… le piètre descendant d'une prestigieuse lignée. La répugnante créature qui a cru qu'il pouvait faire un élevage d'êtres humains dans l'enceinte de mes Murs.
Akira sentit lentement la pointe de la lame d'Amos découper finement sa peau, l'humiliation et la douleur qu'il ressentait suite à sa cuisante défaite le faisait pleurer de rage.
— Tout ça… Tout ça c'était pour des putains de roturiers ?! se plaignit-il outré. Ces salopes insignifiantes devraient être honorées de recevoir ma semence…
Le regard vide de Mikasa au moment où Dent d'or allait abuser d'elle envahi subitement l'esprit d'Amos et la prédation éclata dans ses yeux d'émeraude.
En un éclair, il remit son masque et effectua un salto arrière pour arriver au niveau de l'entrejambe de l'oriental qu'il émascula sans la moindre pitié en ignorant ses hurlements de porc.
— Tu n'es rien de plus qu'un gigantesque parasite ! rugit Akuma en dépeçant sa proie comme un lion dépeçait une vache.
Akira couina et hurla comme un porc égorgé à l'abattoir. Hitch resta paralysée durant l'intégralité de la scène, les pupilles écarquillées, l'estomac noué, et à mesure qu'Amos déchiquetait le géant, le visage de la jeune fille se couvrait de sang.
Lorsque le grand blond eut débarrassé le géant d'au moins trente kilos de chair, il ignora ses gémissement d'agonie pour revenir vers sa tête. Puis il le saisit par les cheveux et se délecta de la lueur horrifié dans son oeil unique à mesure qu'il se servait de sa lame pour lui scier le cou.
— Ça, c'est pour mes putains de roturiers, cracha-t-il avec un plaisir sadique, va donc affronter le jugement de tes ancêtres.
Enfin, il finit de lui trancher la tête, et poussa un long et profond soupir de soulagement. Ses muscles crispés se détendirent enfin et il ravala la prédation tout en soulevant son masque pour essuyer le sang qui avait coulé de ses narines.
— « Il n'y a rien de plus satisfaisant que d'exterminer des parasites, » songea-t-il en s'accordant un moment de répit.
Moment qui fut immédiatement interrompu par les vomissements de Hitch, dont l'estomac vide ne parvint à régurgiter qu'un filet de bile.
Amos soupira de nouveau, puis il alla déchirer un rideau qu'il jeta à la cadette kidnappée. Celle-ci s'empressa alors de retrouver un semblant de pudeur en couvrant son corps.
— Salut Lola, lança alors Akuma dans la direction de la jeune fille.
Hitch dut rassembler le peu de courage qu'il lui restait pour réussir à répondre :
— J-je m'appelle pas Lola.
— Mais la gamine derrière toi, si.
À ces mots, la blonde sursauta et se retourna pour faire face à la cage contre laquelle elle s'était plaquée en attendant la fin des hostilités. À l'intérieur, elle y vit une petite fille brune de moins de dix ans, menottées aux barreaux et aveuglée par un bandeau, les vêtements qu'elles portaient étaient poisseux et abimés. L'enfant ne répondit pas, elle ne bougea pas, seul le soulèvement de sa poitrine dû à sa respiration indiquaient aux deux autres personnes présentes qu'elle était en vie.
Le monstre de Yarckel s'en alla fouiller le bureau de sa victime géante et trouva un trousseau de clefs. Il s'approcha ensuite de la cage, mais ce faisant, il s'approcha également de Hitch, et cette dernière effectua un mouvement de recul en haletant de terreur.
— Du calme, dit Akuma d'une voix douce, je ne vous ferai aucun mal. Et je suis désolé si ce masque vous effraie, il est fait pour terroriser les esprits lâches et superstitieux tels que ceux des criminels.
La jeune fille fronça les sourcils, elle ouvrit la bouche pour parler mais aucun son ne franchit ses lèvres, son interlocuteur masqué vint s'accroupir à une distance respectable.
— Quel est votre nom ? demanda-t-il en conservant une voix douce.
La concernée déglutit.
— Hitch…
— Hitch, je vais avoir besoin de ton aide.
L'adolescente eut à peine la force de froncer les sourcils, ce type, qui avait massacré une soixantaine d'homme en l'espace d'un quart d'heure, avait besoin d'aide ?
— Lola, ici présente, a besoin d'une présence réconfortante à ses côtés. Et comme elle ne doit pas voir mon visage, je suis obligé de conserver mon masque. Alors j'ai besoin que vous veniez avec moi le temps que je la rende à sa famille. En échange, je vous offre un bon repas chaud avec de la viande, une bonne douche, un bon lit, des vêtements propres et un retour en diligence au camp d'entrainement duquel vous avez été arrachée. Qu'est-ce que vous en dites ?
Hitch n'eut rien à dire, car lorsqu'elle réalisa enfin que ce cauchemar était terminée, elle éclata en sanglots tant elle était soulagée.
(-)(-)(-)
Il n'y avait pas de mot pour décrire le sentiment d'extase qui s'était emparée de Hitch alors que l'eau chaude de sa douche coulait sur sa peau et que la crasse qui la recouvrait disparaissait à mesure qu'elle frottait avec son gant de toilette imbibé de savon au lait d'amande douce. Une fois qu'elle avait accepté la proposition d'Akuma, celui-ci avait fait sortir la petite Lola de sa cage et les avaient toutes les deux amenés vers les écuries, où il avait volé un cheval et les avaient emmenés dans un bar où un jeune homme brun d'une vingtaine d'années s'était empressé de les conduire aux vestiaires du personnel. Où l'adolescente s'était précipitée sous la douche, et en profitait depuis presque vingt minutes.
— Hitch ! appela Akuma devant le rideau qu'elle avait dressé entre elle et le reste du vestiaire. Il faut que Lola se lave elle aussi !
La jeune fille fit dépasser sa tête trempée du rideau, et posa ses yeux verts sur la petite brune au regard vide. Elle lui tendit la main.
— Viens, on va se laver toutes les deux, lança-t-elle d'un ton étonnement enjoué qui surprit la gamine. L'eau est chaude.
La petite sembla hésiter un court instant, et Hitch comprit bien vite que c'était lié au grand dadais derrière elle. Grand dadais qui avait troqué son masque de démon pour une simple cagoule, et qui s'était débarrassé de son armure et de son équipement pour une tenue autrement plus élégante. Ce qui le rendait beaucoup moins effrayant aux yeux de l'adolescente.
— Dégage toi, dit-elle en lui tirant la langue, les filles ont besoin d'intimité.
Le cagoulé s'esclaffa, avant de tourner les talons pour rejoindre le grand hall.
— Je vous ai laissé des vêtements à votre taille, ne tardez pas trop, le diner sera servi dans une vingtaine de minutes.
Hitch regarda son sauveur sortir avant revenir vers Lola, la petite brune avait, comme l'adolescente, des traces de brûlures sur les poignets. L'odeur de sueur qui émanait de son corps signifiait qu'elle ne s'était pas lavée depuis un moment.
Sans s'arrêter de sourire, l'adolescente aida l'enfant à se dévêtir et l'entraina doucement sous la douche. Cette dernière sursauta presque au contact de l'eau chaude et écarquilla les yeux.
— Ça fait du bien, hein ? lança la cadette au visage dégoulinant.
La petite acquiesça alors que sa figure se contorsionnait en une expression qui manifestait un intense soulagement. Satisfaite, Hitch frotta le pain de savon contre son gant de toilette, et frotta énergiquement le corps de Lola pour la débarrasser de toute sa crasse. Elle n'eut cependant pas le temps d'aller bien loin, que la petite se jeta dans ses bras pour pleurer contre son épaule. Hitch soupira et lui frotta le dos pour la laver aussi bien que la consoler.
— « Moi aussi j'aurais bien aimé qu'on me console, » songea la jeune fille en se remémorant toutes les horreurs de la soirée. « Ça craint de grandir. »
Une fois leur toilette terminée, Lola avait retrouvé un joli teint blanc, mais qui dévoila par la même occasion une maigreur à faire peur. Hitch s'empressa alors de l'habiller de la jolie petite robe noire qu'avait laissé le monstre Yarckel, et l'emmena par la main jusqu'à la salle à manger, où une délicieuse odeur les attendait.
L'adolescente et la petite fille n'en crurent pas leurs yeux lorsqu'elles aperçurent Akuma tranquillement assis à une table, le menton posé sur ses mains jointes.
— Est-ce qu'un steak au poivre accompagné de patates douces à l'huile d'olive vous tente ? demanda-t-il d'un ton amusé.
Ses deux invitées acquiescèrent avant de se mettre à table, mais le cagoulé se tourna vers la plus jeune.
— Lola ? Je sais que tu as très faim, mais si tu manges trop vite tu seras malade et tu vomiras. Résiste à ce que ton corps réclame, et prends ton temps pour bien mâcher ta nourriture, d'accord ?
La petite hésita, et à la grande surprise de Hitch se tourna vers cette dernière pour demander confirmation. Ne sachant que faire d'autre l'adolescente acquiesça par défaut, et regarda la petite sourire avant de s'attaquer à sa nourriture.
Sa bienfaitrice jeta un coup d'oeil en direction du cagoulé qui avait justement remonté sa cagoule pour profiter lui aussi du repas.
Le diner se déroula dans un silence confortable, où chacun semblait trop occupé par sa nourriture pour entamer une conversation. Une fois son plat achevé, Hitch pour un profond soupir pour soulager sa bedaine bien remplie et se tourna une nouvelle fois vers leur hôte.
— Donc… C'est vous le « Monstre de Yarckel » ?
— Oui, répondit ce dernier en essuyant son assiette avec un bout de pain planté sur sa fourchette.
— Mon papa m'a dit que vous êtes dangereux, dit Lola en l'examinant de la tête aux pieds d'un regard mi-terrifié, mi-prudent.
Akuma s'esclaffa poliment, mais cela fit sursauter la jeune fille.
— Hitch peut confirmer les dires de ton papa, dit-il en désignant la concernée d'un signe de tête.
Cette dernière fronça les sourcils, et se rappela alors que la petite brune avait eu les yeux bandés. Elle acquiesça en direction de l'enfant qui continua de fixer intensément l'inconnu.
— Finis ton assiette, dit celui-ci d'une voix douce, ensuite tu iras dormir. Demain, ton papa viendra te chercher.
Les yeux noisettes de la petite s'illuminèrent pour la première fois.
— C'est vrai ?
— Oui, répondit Akuma en se tamponnant les lèvres avec sa serviette, alors finis ton assiette, doucement, et va te coucher.
Lola acquiesça prestement, et finis son repas aussi vite qu'elle le put en suivant les règles de son hôte.
Une fois son plat terminé, le cagoulé fit signe à Hitch d'aller la coucher sur la banquette rembourrée au fond du bar, où William avait placé une couverture et un oreiller tantôt dans la soirée.
L'adolescente de treize ans abandonna temporairement et contre son gré sa nourriture, pour accompagner Lola jusqu'à son lit de fortune. Cette dernière retira ses ballerines et se jeta au cou de sa bienfaitrice.
— Merci Hitch, murmura-t-elle en la serrant de toutes ses forces.
La blonde mentirait si elle disait que ce câlin et ces remerciements n'étaient pas incroyablement réconfortants et gratifiants, après la soirée abominable qu'elle avait passé.
— Je t'en prie, petite bout de chou, répondit-elle en lui caressant l'arrière du crâne.
Épuisée, Lola s'endormit rapidement, ce qui permit à la cadette de faire machine arrière pour se réintéresser à sa nourriture. Mais elle remarqua le regard étonnamment triste que le monstre de Yarckel lançait à la petite fille assoupie.
— C'est pas un monde pour avoir des enfants… marmonna-t-il dans sa barbe.
— Hein ?
— Faites pas attention, répondit-il en secouant la tête, vous devriez finir votre assiette vous aussi.
Hitch ne fut que trop heureuse de lui obéir, mais alors qu'un silence relativement confortable s'installa, un flot de questions assaillit la jeune fille. Et elle devint désespérée d'obtenir des réponses après tout ce qu'elle avait vécu ce soir.
— Où est passé le beau barman ?
— Parti envoyer des messages. Mes hommes descendront de Yarckel et seront là dans un peu plus d'une heure. Mon invité et les siens seront là un peu plus tard. Il vaudrait mieux que vous soyez parti vous coucher dans une des chambres à l'étage d'ici là. Une diligence vous ramènera à votre camp d'entrainement demain. Si vous vous inquiétez pour vos amies, sachez que les Brigades Spéciales les ont retrouvées. Autre chose ?
Hitch se mordit la langue, elle avait des tas et des tas de questions et la personne en face d'elle était sa meilleure source d'information. Mais c'était également un criminel réputé pour sa cruauté et un type qui avait massacré une soixantaine de personnes et dépecer une soixante-et-unième sous ses yeux. Malgré sa gentillesse apparente une fois le carnage terminée, elle n'était pas à l'aise avec lui maintenant que Lola dormait.
— Pourquoi est-ce qu'elle avait les yeux bandés ?
— Pour éviter qu'elle ne voit les visages de ses ravisseurs.
— Mais pourquoi elle était dans une cage à la vue de tous ?
— Parce que c'est la fille d'un homme puissant et craint, soupira Akuma en allumant une cigarette, il devait l'exhiber comme un trophée.
Un frisson écoeuré parcouru l'échine de la jeune fille, frisson qui déclencha une réaction en chaîne et fit jaillir les souvenirs écoeurants de sa captivité. C'est alors qu'elle sentit les mains d'Aslo et de Daniel sur sa peau et se couvrit les parties intimes et la poitrine par réflexe. Lola lui avait permis de retarder les effets de son traumatisme, mais celui-ci revenait désormais au triple galop. En voyant cela, le monstre de Yarckel se dirigea vers le bar pour servir un verre du meilleur whisky à sa disposition à la jeune fille.
— Ça aidera, dit-il en le lui tendant, cul sec.
Hitch ne se fit pas prier, et descendit le liquide qui lui brula la gorge au passage. Elle essuya une quinte de toux, mais accueillit bien volontiers la chaleur qui l'enveloppa presque instantanément.
Elle tendit son verre pour avoir une autre rasade, mais le cagoulé la lui refusa.
— Si je vous en donne encore, vous passerez votre vie à boire, autant vous suicider tout de suite.
Hitch déglutit, reposa son verre sur le bar et retourna s'asseoir pour se prendre la tête dans les mains et laisser ses larmes couler.
— Pourquoi ? demanda-t-elle entre deux sanglots. Pourquoi ils nous ont fait ça ?
Akuma tira une longue bouffée de sa cigarette et poussa un long soupir fumeux.
— Tu veux vraiment que je t'explique ? Tu risquerais de pas aimer la très longue réponse à cette question.
Hitch releva la tête, le visage envahi par les larmes, elle s'empara de sa serviette et se moucha dedans.
— Faut que je sache…
Le monstre de Yarckel alla écraser sa cigarette dans le cendrier, et s'assit en en allumant une autre. Il en proposa une à son invitée qui accepta.
— Voici comment fonctionne notre société, dit-il en levant un doigt. Le point le plus évident, est la guerre contre les titans. Une guerre qui n'intéresse qu'une poignée de gens malgré les enjeux évidents. À tel point que notre système militaire, bien que basée sur le développement du combat contre les titans, récompense nos soldats les plus prometteurs en les envoyants se cacher le plus loin possible de la guerre qu'ils devraient mener en première ligne. Et comment ils font ça ? En leur offrant un salaire confortable et une vie paresseuse. Mais à cause de cela, le régiment militaire censé faire respecter la loi n'en fout pas une, et la criminalité pullule. Ce qui nous amène à notre second point; la guerre contre la mafia, qui n'intéresse que les différents gangs.
Un sentiment de gêne envahi la poitrine de Hitch, sentiment qui devait être aisément lisible sur son visage.
— Toi aussi tu voulais rejoindre les Brigades Spéciales pour te la couler douce, grinça Akuma en tirant sur sa cigarette.
La blonde acquiesça avec honte.
— Alors tu ne peux t'en prendre qu'à toi-même pour ce qu'il t'est arrivé, car c'est à cause de gens comme toi que les criminels pullulent.
Le ton cassant qu'il avait employé fit l'effet d'un coup de poing dans l'estomac à la jeune fille.
— Ce qui nous amène à notre dernière guerre, poursuivit-il en continuant de fumer comme si de rien n'était, la guerre entre les nobles, qui n'intéresse que la Noblesse. Tout ce système de merde est mis en place pour que les nobles puissent s'occuper de leurs affaires sans que personne ne vienne les déranger. Tu veux savoir pourquoi ce gros porc d'Akira s'en est pris aux cadettes ? Parce qu'aux yeux des nobles, vous êtes remplaçables car vous ne servez à rien. Ils s'en foutent si vous disparaissez, la vie d'une fermière à beaucoup plus de valeur à leurs yeux, car une fermière produit de la nourriture alors que vous, vous la consommez.
Hitch remarqua alors que le poing du monstre de Yarckel s'était serré, celui-ci continua sans parvenir à masquer sa frustration :
— Voici le cercle vicieux de notre société; les nobles ne se mêlent que de leurs petites querelles. Ils sabotent la formation militaire, pour saboter la guerre contre les titans afin de ne pas avoir à sortir de leur petit confort. Ce sabotage permet à la criminalité de prospérer. Et depuis Maria, elle a littéralement implosé car un tas de parasites qui pullulaient dans la ville souterraine à réussi à en sortir, comme Akira, et a cherché à imposer sa loi sans emmerder les nobles. En abusant, par exemple, de vies qui ne comptaient pas pour eux, comme celle d'une cadette qui ne demandait qu'à faire partie de ce système infect.
Akuma plongea sa main dans sa poche, sortit une boite en métal d'où il tira une petite seringue qu'il s'injecta dans le cou sous le regard effarée de son invitée.
— C'est pour ça qu'ils s'en sont pris à toi, acheva l'encagoulé en écrasant sa cigarette pour recouvrir sa bouche, parce que c'est facile vu que tout le monde s'en fout. Et que justement, tu t'en foutais, toi aussi. Notre société n'est plus humaine puisqu'elle permet aux animaux de faire ce qui leur chante, et en ne faisant rien, tu es complice de leurs actions.
— Va te faire foutre… murmura-t-elle brisée. Tu es un criminel… toi aussi…
Le monstre de Yarckel s'esclaffa, et leva trois doigts sous le nez de l'adolescente.
— Trois guerres, répéta-t-il, une contre la noblesse, une contre la pègre, une contre les titans. Moi j'ai l'ambition de gagner sur plus d'un tableau. Tandis que toi tu as pour seule ambition de ne rien faire.
Il laissa échapper un bref éclat de rire, avant de s'étirer et de se lever pour débarrasser la table.
— Va te coucher, première porte à gauche dans le couloir du premier étage. Et réfléchis bien à ce que tu veux faire de ta vie, car si tu choisis de ne rien en faire, quelqu'un d'autre choisira pour toi. Et tu pourrais ne pas aimer ce choix.
Hitch le regarda faire le ménage avec des yeux vides, elle se leva machinalement et rejoignit sa chambre en titubant suite au choc qu'elle avait reçu mêlé au verre de whisky qu'elle avait avalé. Elle s'écroula sur le lit à la seconde où elle l'aperçut et s'endormi en pleurant.
(-)(-)(-)
Amos passa l'heure qui suivit à regarder Lola dormir, cette pauvre enfant de même pas dix ans, toute maigrelette, avait été séquestrée par un trafiquant de chair humaine, enfermée dans une cage et exhibé tel un trophée. Il ne fallut pas beaucoup d'imagination au grand blond pour imaginer une autre petite fille dans sa position, une petite fille avec des cheveux blonds et des yeux d'émeraude ou de saphir. Ou un petit garçon, comme lui autrefois.
— « Tu n'es qu'une grotesque aberration de la nature ! Je t'interdis d'employer ce langage qui n'est pas le tiens ! »
La voix féminine stridente qui résonna dans son crâne le prit par surprise, il plaqua ses mains sur sa tête pour soulager un tantinet la douleur qui en émanait.
— « C'est un monde cruel, le seul moyen de survivre c'est de se battre. Le seul moyen de protéger ceux que l'on aime, c'est de se battre. Le monde est comme ça, lâcha-t-elle finalement d'une voix monocorde, on y peut rien. »
— Si, on y peut, murmura le Monstre de Yarckel à travers ses dents, trois guerres, trois putains de guerre à gagner. Les enfants…
Il releva la tête pour contempler le visage endormi de Lola, et ravala ses larmes de douleur et de désespoir.
— « Tu as un très beau rêve. »
— Ce sera plus qu'un rêve, dit-il tout haut en s'injectant une dose de méthadone et en allumant une autre cigarette. Aucun enfant ne mérite de grandir dans un monde aussi dégueulasse.
Quelques minutes plus tard, une trentaine d'hommes armés jusqu'aux dents firent irruption dans la pièce et saluèrent Amos en l'appelant « Akuma-sama ». Puis ils se positionnèrent tout autour de la pièce, sans pour autant réveiller Lola. Au même instant, trente autres se postaient à des endroits stratégiques avec une vue imprenable sur « La Geisha » et ses environs. Pendant ce temps, William faisait la vaisselle, nettoyait la table et installait deux verres de chaque côté de celle-ci.
Amos consulta sa montre et constata qu'il était deux heures du matin. Son dernier invité arriva une demi-heure plus tard.
En effet, une diligence escortée par une cinquantaine d'hommes à cheval munis de fusils s'arrêta devant le bar, et un homme de quarante quatre ans avec une barbe touffue et une importante surcharge pondérale en descendit, avec à son bras, une femme du même âge emmitouflée dans un manteau de fourrure, qui n'avait visiblement pas eu le temps de se maquiller.
Leur entrée dans l'établissement accompagnée d'une douzaine de leurs hommes crispa la trentaine déjà en place, mais un geste de la part d'Akuma calma les esprits.
La femme aperçut alors Lola et se serait précipitée vers elle si son époux ne l'avait pas retenu. Ce dernier fixait la figure encagoulée du Monstre de Yarckel avec méfiance.
Mais à la surprise générale celui-ci déclara :
— Laissez-la donc ramener son enfant à la maison, elle n'est pas mon otage.
À ces mots, la mère supplia son mari du regard, et celui-ci consentit à la lâcher. Aussitôt elle se précipita sur la banquette rembourrée et caressa doucement le visage endormi de sa petite fille. Cette dernière se réveilla à moitié, et sentit les lèvres de sa maman sur son front. L'un des hommes de main du père vint prendre délicatement la petite dans ses bras, et la conduisit à l'extérieur avec la matriarche sur ses talons. Laissant les deux hommes d'affaires face à face avec leurs soldats respectifs.
D'un geste, Akuma invita le quarantenaire à s'asseoir face à lui, ce qu'il fit.
— Quelle boisson vous conviendrait ? proposa le propriétaire des lieux.
— Un double whisky, grinça l'invité, sans glace.
William s'empressa de remplir le verre de l'invité tandis que l'hôte vissa une nouvelle cigarette sur ses lèvres.
— Trois ans que j'essaye de te localiser, ricana le barbu avec amertume, un an et demi que t'agis dans l'ombre, et là tu réapparais… dans un feu d'artifice… en foutant tout un district sans-dessus dessous. Avant de me faire réveiller en pleine nuit pour me dire de venir chercher ma fille disparue depuis un mois… À quoi tu joues espèce de démon de mes couilles ?
— Premièrement, coupa ledit démon en soufflant un nuage de fumée, je ne suis ni ton fils, ni ta pute, ne parle pas comme ça.
Une veine pulsa sur le front du quarantenaire mais le propriétaire du bar l'ignora.
— Deuxièmement, si j'ai exterminé Akira et sa bande de clebs, c'est parce que ce gros porc sur pattes à commis une erreur monumentale en me faisant du tort. Je ne savais pas qu'il avait enlevé Lola, mais j'en ai profité pour la sortir de la cage dans laquelle il l'avait enfermé.
Un silence de cathédrale s'abattit sur la pièce, le quarantenaire bouillait de colère et semblait sur le point d'exploser, mais au lieu de cela, il finit son verre d'une traite et esquissa un sourire en coin maléfique.
— Ton whisky est toujours le meilleur qui soit, dit-il en faisant signe à William de le resservir, j'en ai toujours une bouteille pour les mauvaises soirées, j'ai eu beaucoup de mauvaises soirées dernièrement… Celle-ci avait mal commencé.
— Ravi d'avoir pu l'égayé, déclara Akuma en écrasant sa cigarette.
Il en alluma instantanément une autre.
— Tu m'as pas amené ici simplement pour me rendre ma fille.
— Si, mais tant que j'y étais, je me suis que ce soir était l'occasion rêvée pour négocier de nouveaux accords commerciaux entre l'Ouest et l'Est. Qu'en dis-tu Pirlo ?
Ledit Pirlo se gratta pensivement la barbe, et fixa l'encagoulé de son regard meurtrier, ce dernier répliqua en faisant apparaitre la prédation.
— Est-ce que ma fille a mangé ?
— Je lui ai fais un steak au poivre avec des patates douces à l'huile d'olive, une amie à moi lui a fait prendre une douche.
À ces mots, Pirlo abattit le plat de sa main contre la table, ce qui crispa tous les hommes présents, excepté le Monstre de Yarckel.
— Alors je suis d'humeur à faire affaire, déclara-t-il d'une voix forte.
Akuma acquiesça, avant de se tourner vers ses hommes.
— Tout le monde dehors !
— Vous l'avez entendu ? gronda le barbu à l'adresse de ses propres employés. Tout le monde dehors !
— Et pas de bagarre ! lancèrent les deux barons du crime simultanément.
Une fois seuls, l'encagoulé déplia une carte de Sina et l'étendit sur la table.
— Ehrmich est à moi, déclara-t-il simplement, je l'ai conquis à la seule force de mes bras et mes hommes sont déjà en train de sécuriser le territoire; il est à moi.
Cette phrase lui valu immédiatement le regard foudroyant de Pirlo, néanmoins il continua.
— Cependant, je suis disposé à te vendre un terrain suffisamment large pour entreposer ta marchandise et développer ton trafic de neige dans le Sud.
Cette fois, le quarantenaire fut tellement surpris par cette offre qu'il en haussa les sourcils.
— Et tu veux quoi en échange ?
— Je veux tous les bordels de l'Est, exigea Akuma sans tourner autour du pot, tous, sans exception.
— Ça c'est pas possible, répondit Pirlo en sirotant sa boisson, faut bien que mes hommes baisent.
— Ils baiseront, mais dans des établissements qui suivent un protocole strict pour protéger ses travailleuses. Pas de viols, pas de violence, pas de maladies, pas d'enfants, et filles et garçons se gardent le droit de refuser un client. Si un seul mec va aux putes avec des boutons sur la bite ou un tranchoir à nichons dans la poche, il ressortira sans couilles. Les prix seront très compétitifs.
Le quarantenaire se caressa la barbe avec les bouts de ses doigts boudinés tandis qu'il réfléchissait à la proposition de son homologue de l'Ouest.
— Tu veux mettre des hommes à toi, chez moi, si j'ai bien compris…
— T'auras des hommes à toi chez moi aussi…
— Non, trancha Pirlo en exhibant ses dents blanches, Ehrmich c'est ta villa, tu viens de l'acheter… Moi… je veux un accès à Yarckel.
Aussitôt, la prédation s'intensifia dans le regard d'émeraude du monstre.
— T'as intérêt à me faire une sacré offre si tu veux que j'accepte ça, grinça-t-il en laissant sa fumée lui lécher les lèvres.
Le moustachu prit un temps pour regarder le liquide brunâtre qui baignait dans son verre, avant de le descendre pour déclarer :
— J'offrirai un accès libre et illimité à toutes tes cargaisons de whisky de la banlieue Est de Mitras jusqu'à Karanes. De plus, si jamais un seul de mes hommes fout la merde dans tes bordels ou sur tes territoires, je m'engage à te payer les dommages et intérêts.
— C'est pas mal, acquiesça Akuma en écrasant sa cigarette, mais si tu veux vendre ta neige sur mon territoire, ça doit être de la pure.
Un silence flotta durant quelques secondes, le jeune homme attendit calmement que son homologue calcule ce que cela allait lui coûter.
— Va te faire…
— Je paierai une taxe pour que tu garantisses la qualité de ta marchandise, coupa l'encagoulé, mais il est hors de question que tu répandes la merde des bidonvilles de Stohess dans les rues d'Ehrmich, et surement pas à Yarckel. Si je vois un seul de tes gars sortir de la coupée je considérerai le contrat comme rompu.
Cette fois, le silence fut tendu, et non flottant. Les regards de Pirlo et d'Akuma s'entrechoquèrent.
— Tu la montes à combien ta taxe ? demanda l'homme pansu.
— Quarante-deux pour cent pour Erhmich, vingt-cinq pour cent pour Yarckel.
À ces mots, les yeux du barbu jaillirent de leurs orbites.
— Vingt… tu te fous de ma gueule, espèce de merdeux ?!
— C'est toi qui veut venir chez moi, répliqua le monstre, je vois pas pourquoi je paierai pour que tu viennes.
— Il est pas question qu'on fasse affaire si tu me fais une offre aussi minable, petit connard, cracha Pirlo avec rage, tes propositions étaient honnêtes jusque là, ça te donne pas le droit de me baiser à la dernière seconde.
L'encagoulé fit claquer sa langue, il considérait son offre comme étant plus qu'honnête, mais il supposa que c'était surement trop demandé que de réclamer de la qualité à un trafiquant de drogue.
Aussi, il posa son regard sur la carte et se mit à réfléchir.
— Je te vendrai un emplacement idéal à bon prix pour que t'écoules ta marchandise chez moi, dit-il en pointant un terrain vague du doigt.
Pirlo se pencha en avant pour vérifier l'endroit, mais secoua la tête.
— Ça suffit pas.
— D'accord, soupira Akuma en se levant.
Il alla derrière le comptoir tandis que son invité le suivait d'un regard intrigué, en sortit un sac en toile et revint vers la table. Là, il plongea la main dans le sac pour saisir la tête d'Akira, et la posa devant Pirlo.
— Si j'ajoute ça, tu me fais quel tarif ?
L'homme pansu ne répondit pas tout de suite, ses yeux étaient happés par la figuré balafré de l'oriental géant. Il s'écoula quelques dizaines de secondes avant qu'il ne parvienne à s'en détacher.
— Trente-trois.
— Trente et un.
— Trente-trois, putain.
— Je sais à quel point tu la veux, ricana l'encagoulé, trente-un et pas un pour cent de plus.
Pirlo grogna de mécontentement, fixa la tête une fois de plus et s'empara de la bouteille de whisky que William avait abandonné.
— Tu m'offres ça pour mon voyage de retour ?
— Ça marche.
— Alors marché conclu, déclara-t-il en lui tendant la main.
Akuma la saisit, mais le moustachu y posa sa deuxième.
— J'oublierai pas ce que t'as fait pour ma fille, petit merdeux, dit-il avec une pointe de respect et une autre de reconnaissance, mais ça te donne pas tous les droits.
— J'en suis bien conscient, sourit le Monstre de Yarckel sous sa cagoule, mais ça te donne une idée de quoi je suis capable.
Pirlo acquiesça, au fond, il était sincèrement impressionné. Et lorsqu'il remonta dans sa diligence, il sentit l'haleine de sa fille endormie, et identifia le poivre et l'huile d'olive.
— Quel petit merdeux, sourit-il en caressant la joue de son enfant et en s'enfilant une nouvelle rasade de whisky.
(-)(-)(-)
À l'intérieur du bar, Akuma donnait ses dernières instructions à ses hommes de mains:
— Raphaël, tu vas me quadriller la ville, je veux pas voir un seul larbin d'Akira en liberté. Si tu en trouves tu les castres et tu en fais des épouvantails. Pas de violeurs et d'esclavagistes à Ehrmich.
— Oui, Akuma-sama, acquiesça le leader des mercenaires.
— William ? Tu réveilleras Hitch à sept heures pétante, prépares-lui un bon petit-déjeuner et mets-là dans une diligence pour la destination de son choix. À huit heures elle ne doit plus être là et tu pourras prendre ta journée.
— Oui, Akuma-sama.
— Vous recevrez mes instructions pour les futurs transactions en début de semaine prochaine, ne vous battez pas avec les hommes de Pirlo. S'ils vendent de la neige coupée, vous m'envoyez immédiatement un message. C'est compris ?
— Oui, Akuma-sama.
— Bien, soupira-t-il en consultant sa montre.
Il était trois heures et quart du matin.
— Je dois y aller, annonça-t-il en se retenant de bâiller, je ne ressortirai de l'ombre qu'en cas d'extrême nécessité, ou lorsque l'heure sera venue.
Sur ces mots, Akuma descendit dans l'armurerie pour revêtir son déguisement de clochard, et effectua l'exact trajet inverse qu'il avait emprunté quatre heures plus tôt. Son équipement tridimensionnel, sa cape et son uniforme de cadet était toujours dans le tonneau, il se couvrit de sa cape pour retirer son déguisement, et finit de se changer dans les égouts. Après quoi, il traversa le réseau de galeries jusqu'à arriver au pied du rempart Sud. Il activa son équipement pour escalader une fois de plus le mur Sina, et arriva de l'autre côté sans la moindre difficulté. À sa grande surprise, Lilith s'était endormie contre un arbre en l'attendant.
— T'es une sacrée jument dis-moi, sourit Amos en l'enfourchant. Je te filerai une tonne de pommes bien sucrées dès que j'aurai dormi.
Sur ces mots, il lança sa monture au galop, et traversa une fois de plus, la distance qui séparait Sina de Rose.
Lorsqu'il arriva enfin au camp d'entrainement, il était cinq heures et demi du matin, il était fourbu. Eren allait être déçu, mais il ne pourrait pas assurer sa formation durant la mâtinée, il était bien trop fatigué.
Il ramena Lilith à son box, la dessella et lui offrit une caresse de remerciement pour son dur labeur. Il prit ensuite la direction de l'armurerie afin d'y laisser son équipement TDM. Puis il gagna l'infirmerie dans le but de s'écrouler sur le premier lit libre qu'il trouverait, mais ce fut d'abord sur Shadis qu'il tomba, à mi-chemin entre les deux bâtiments. Le Sergent-instructeur n'avait visiblement pas plus dormi que sa recrue.
Amos s'arrêta lorsque leurs épaules furent alignées, et ne prit même pas la peine de tourner la tête:
— Au petit-déjeuner, vous pourrez annoncer que les cadets ont été retrouvés et que les ravisseurs sont morts. Servez-vous de cet évènement pour être encore plus exigeants avec ceux qui veulent intégrer les Brigades Spéciales. Moi je vais dormir à l'infirmerie, dites à Christa que je suis malade, les autres la croiront. Lilith est une jument incroyable.
Sans attendre la moindre réponse, « Nox » poursuivit sa route jusqu'au bâtiment des soins, aperçut la porte ouverte d'une chambre vide, et s'engouffra dedans tout en bâillant à s'en décrocher la mâchoire.
Il ferma la porte et retira sa veste tout en regardant le Soleil se lever d'un oeil distrait, sa tête le faisait souffrir, de même que ses épaules et ses cuisses. Ce n'était pas bon signe, la méthadone cessait lentement de faire effet.
Pendant qu'il desserrait le col de sa chemise, il aperçut Mikasa sortir du dortoir des filles avec des vêtements propres à la main ainsi que sa serviette. Il fronça les sourcils et consulta sa montre à gousset. Il était encore tôt, d'ordinaire la métisse se levait à la même heure que tout le monde.
Les quelques coups d'oeil inquiets qu'elle jeta autour d'elle donnèrent au jeune homme son explication. En effet, l'orientale était probablement venue observer l'entrainement d'Eren, mais comme il n'y en aurait pas ce matin, elle s'inquiétait de savoir où étaient les deux garçons.
Le natif de Shinganshina sortit justement de son dortoir et croisa la route de sa soeur adoptive. Cependant, cette dernière ne se précipita pas sur lui, contrairement à ce qu'Amos avait anticipé. Elle l'interpella simplement, et à en juger par la mine de Jaeger, elle venait de lui demander quelque chose qui n'avait rien à voir avec sa santé.
— Je devrais pas… commenta Amos pour lui-même d'une voix exaspérée.
Mais il sortit néanmoins sa longue vue portative, et examina les lèvres d'Eren pour décrypter ses paroles.
— « Désolé Mikasa, mais je sais pas où il est. Reiner et Bertholdt ne l'ont pas vu non plus depuis le diner. Est ce que tu as interrogé Christa ? »
Le grand blond abaissa lentement son instrument, abasourdi.
— C'est pour moi qu'elle s'inquiète comme ça ? murmura-t-il sous le choc. Je…
C'est là qu'un frisson glaçant vibra à travers son squelette tout entier et écarquilla ses yeux d'horreur. Deux mains griffues de femme le saisir brutalement par les épaules, avant de se promener délicatement sous sa chemise tout en rouvrant ses vieilles cicatrices.
— Pauvre petit Momo, susurra le fantôme qui hantait son esprit. Tant de travail, tant de projets, tant d'énergie, tout ce gâchis.
En un éclair, Amos plongea la main dans la poche de sa veste pour s'emparer de sa réserve de méthadone, mais la grande blonde nue lui saisit le poignet.
Au même instant, Mikasa se retourna après avoir remercié Eren et continua de balayer les environs d'un regard inquiet.
Amos sentit la poitrine de la sorcière traverser sa chemise et se coller contre la peau de son dos. — On sait tous les deux que tu as perdu espoir, il y a des années, que ton entreprise démente est vouée à l'échec. Que tu n'auras jamais le bonheur que tu désires. Alors, comme avec ta bâtarde de soeur, tu veux te consacrer au bonheur de quelqu'un d'autre. Tu sais pourquoi ça t'importe tellement qu'elle soit heureuse, Momo ? C'est parce que si tu arrives à lui redonner espoir, tu pourrais te prendre à rêver que tu retrouveras le tien.
Au prix d'un effort psychique surhumain Amos parvint à se soustraire de l'emprise de sa tortionnaire pour récupérer son médicament. Sans réfléchir, il s'injecta trois doses au lieu d'une, et eut tôt fait de ranger sa drogue qu'il se sentait perdre connaissance.
— Tu resteras à jamais… une abomination de la nature, ricana la Sorcière dans un murmure.
— Retourne… te faire foutre… en Enfer, répliqua le jeune homme avant de sombrer dans l'inconscience.
