DISCLAIMER

: Les personnages appartiennent aux studios d'animation Disney/Pixar et Dreamworks. En revanche, l'histoire m'appartient, merci de ne pas plagier!

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La lumière. Voilà la première chose qui le frappa. Une lumière vive, éblouissante, véritablement éclatante. Celle-ci sembla parcourue de remous lorsque des formes s'agitèrent autour de lui, accompagnées de voix. Il ne comprenait pas ce qu'elles racontaient, mais il les entendait. Avant qu'il ne replonge dans un profond sommeil, il reconnut la voix de Mérida:"Accroche-toi Harold. Accroche-toi."

Silence radio. Obscurité. Les ténèbres l'envahirent de nouveau.

Assise dans un des fauteuils de l'accueil, Mérida sirotait son grand cappuccino, le regard posé dans le vide. Stoïck, le père d'Harold, lui avait ramené un plaid, et ses parents lui avaient apporté un livre ainsi que son ordinateur portable. Elle aurait pu rentrer chez elle, mais elle leur avait expliqué qu'elle souhaitait attendre le réveil de son meilleur ami. C'est pourquoi elle attendait, encore et encore, inlassablement. Les docteurs semblaient confiant. C'était une bonne chose.

Elle veillait sur Harold la journée, et Stoïck veillait sur lui le soir. Lui qui était toujours accablé de travail, il avait posé des jours de congés pour pouvoir veiller sur son fils, malgré la distance qui les séparait habituellement. Alors qu'elle s'apprêtait à reprendre une gorgée de café, quelqu'un entra dans la petite salle d'attente et s'assit à ses côtés.

"Hey, fit Mérida.

-Hey."

Adam, le colosse de muscles, semblait minuscule tant il était prostré sur lui-même. De grands cernes entouraient ses yeux, et il semblait souffrir le martyr. Sous sa chemise d'hôpital, le long de ses bras, Mérida pouvait voir les blessures significatives infligées par Pitch Black et ses ombres: de longues raies noires, semblables à des griffures, dégoulinantes de magie noire.

"Ton ami va mieux? demanda-t-il en la regardant.

-Il... dort encore. Il s'est fait opérer dans la nuit, il devrait s'en sortir." Elle tenta un sourire, puis lui demanda: "Et toi? Tu vas un peu mieux?

-Orh... tu sais, combattre des dragons à mains nues, c'est un peu la routine, dit-il en riant doucement. Mais oui, ça peut aller. À part de gros hématomes et ces éraflures magiques, je n'ai rien de cassé, alors... on peut dire que je m'en sors bien. Mon enveloppe me sert au moins à me protéger.

-Oui... je comprends mieux maintenant pourquoi tu ne souhaitais pas montrer ton pouvoir en début d'année." avoua Mérida en baissant les yeux.

À côté d'elle, elle vit Adam s'adosser dans le canapé, et prendre une grande inspiration:

"Une sorcière m'a maudite lorsque j'étais enfant, lâcha-t-il de but en blanc. J'étais... j'étais un enfant égoïste et mauvais, et elle m'a condamné à me transformer en bête jusqu'à la fin de mes jours si je ne trouvais pas une personne qui m'aimerait sincèrement avant mes vingt-et-un ans. C'est assez difficile de se faire aimer lorsqu'on se transforme en monstre à n'importe quel moment.

-C'est affreux, murmura la jeune fille. Et... personne ne peut venir à bout de ce sort? Pas même madame Poppins?

-Elle a essayé, mais c'est une magie très puissante, alors... au moins, cette malédiction m'aura servi une fois dans ma vie. C'était la première fois que j'arrivais à me transformer volontairement, ajouta-t-il. La peur a sans doute joué!"

Mérida lui rendit son sourire, réfléchissant à tout ceci. Ainsi, Jack n'était pas le seul à avoir acquis des pouvoirs après sa naissance. L'histoire d'Adam n'était malheureusement pas très heureuse, et semblait lui apporter plus de problèmes que de choses positives. Il se redressa puis se releva, et proposa à Mérida d'aller grignoter quelque chose à l'accueil, au rez-de-chaussée. Se disant que cela lui permettrait de se changer les idées, elle accepta et le suivit, heureuse d'apprendre à connaître une nouvelle facette de ce garçon habituellement si mystérieux et renfermé.

Le deuxième réveil d'Harold fut bien plus calme que le premier. Il ouvrit ses paupières doucement, pour tenter de s'habituer à la lumière, et remarqua que le soleil pointait à peine à l'horizon derrière les grandes fenêtres de sa chambre d'hôpital. Sur un fauteuil à côté de lui, son père ronflait à gorge déployée, l'air totalement exténué. En voyant cette image, Harold ne put s'empêcher de sourire. Il était venu, malgré ses nombreuses responsabilités. Alors qu'il allait s'asseoir, la porte s'ouvrit sur Mérida, qui se précipita vers son lit en le voyant éveillé. Elle déposa son gobelet par terre avant de lui sauter dans les bras, secouée de tremblements.

"Tu es réveillé... tu vas bien!

-Hey... hey, Mér', tout va bien, ne t'inquiètes pas... souffla-t-il, la voix cassée. Tu m'étouffes là!"

La rouquine lâcha son meilleur ami, passant son bras sur ses yeux, et le regarda avec un sourire contrit. Elle s'assit sur le bord du lit, une main encore posée sur la joue de son meilleur ami, qui fut étonné de cette douceur. Venant de Mérida, cela était tout bonnement atypique. Il remarqua que son deuxième poignet était immobilisé dans une attelle, et qu'elle portait quelques griffures sur le visage. À part cela, elle ne semblait pas avoir d'autres blessures, et il en fut soulagé. Alors qu'il essaya une nouvelle fois de s'asseoir, il ressentit quelque chose de bizarre. Il n'aurait su décrire cet effet, mais il avait une impression de légèreté, comme si quelque chose lui avait été enlevé. Il releva le regard vers sa meilleure amie, qui avait perdu son sourire.

"Qu.. quoi? Qu'est-ce qu'il y a?" demanda-t-il, les sourcils froncés.

Mérida soupira longuement, et prit la parole d'une voix posée:

"Harold... quand tu as reçu ce deuxième coup de la part de Krokmou... ta jambe gauche a pris un énorme choc. Ta jambe... était totalement broyée, tu perdais énormément de sang, alors ils... oh, Harold je suis vraiment désolée!"

Prenant une grande respiration, Harold leva la couverture pour voir l'étendue des dégâts. Sa jambe droite était contusionnée, mais était intacte. En revanche, il dut retenir une exclamation lorsque son regard s'arrêta sur l'autre jambe: celle-ci s'arrêtait désormais au milieu du tibia, où un gros bandage l'enserrait. Lorsqu'il bougea sa jambe, il ne ressentit aucune douleur, mais une sensation extrêmement désagréable et indescriptible.

S'accrochant aux bords du matelas, Harold respira lentement pour rejeter les hauts-le-cœur qui l'assaillait. Il ferma les yeux quelques instants et les rouvrit, tentant d'assimiler l'information: il lui manquait un pied. Un pied, une cheville, et un demi-tibia.

"Bon, eh bien... au moins, il me reste une deuxième jambe, hein?" dit-il en essayant de sourire.

Mérida pouffa, son air désolé toujours affiché sur son visage. Après quelques instants, Harold pensa soudainement à un autre détail crucial:

"Et Krokmou? Où est-il? Il n'est pas blessé? Pitch Black a pu s'en emparer, ou...

-Chut, chut... calme-toi, Krokmou va bien. Enfin... une de ses ailes a été abîmée, il refuse que l'on s'approche de lui ou qu'on le touche. Je pense qu'il a peur, et qu'il t'attend."

Harold soupira et se mit à ronger l'ongle de son pouce, tic qu'il avait à chaque fois que quelque chose le tracassait. Il n'avait aucune idée de la façon dont il pourrait soigner son dragon, surtout s'il s'agissait de son aile. D'autant plus qu'il n'avait aucune idée du temps qu'il mettrait avant de sortir de cet hôpital.

"Je suis ici depuis combien de temps?

-Trois jours, répondit la jeune fille. Tu t'es réveillé alors qu'on te transférait dans ta chambre, mais tu n'avais pas l'air de nous comprendre ou même de nous voir. Et depuis... tu dors.

-Wow... trois jours, c'est... Astrid est venue me voir? Et Jack, et les filles?"

Mérida se mordit la lèvre, comme si elle était mal à l'aise.

"Jack et les filles sont passés tous les jours, oui. Et Astrid... elle est venue avant-hier, et est repartie totalement paniquée quand elle a appris que tu avais perdu ta jambe. Elle n'est pas repassée depuis. Je lui enverrai un message pour lui dire que tu t'es réveillé."

Harold hocha doucement la tête, essayant de remettre tous les éléments dans l'ordre. Mérida lui raconta en entier comment s'était déroulée l'attaque, puis comment ils avaient été emmenés à l'hôpital par Sable, aidé de Bunnymund.

Tandis qu'elle lui racontait tout ça, Stoïck se mit à remuer sur son siège et se réveilla à son tour. Une fois sorti de la torpeur de son sommeil, il réalisa que son fils était éveillé également et lui sauta dans les bras, étouffant le jeune homme pour la seconde fois de la journée:

"Salut, papa...

-Oh, mon fils... tu vas bien? Comment tu te sens? Si tu savais la peur qu'on a eu...

-Ne t'inquiètes pas, ça va mieux, répondit Harold calmement. Mérida était en train de tout me raconter."

Le père releva les yeux vers la jeune fille, comme s'il venait simplement de remarquer sa présence, et hocha la tête pour montrer sa compréhension. Tout en balbutiant, il s'éclipsa de la pièce pour aller chercher une infirmière, laissant les deux meilleurs amis seuls. Quelques instants plus tard, une jeune femme parut à la porte, saluant Harold et lui indiquant qu'elle devait recourir à différents tests et vérifications, notamment au niveau de sa jambe.

"Vous pourrez revenir plus tard, ajouta-t-elle en s'adressant à Mérida. Votre petit ami ne risque plus rien, maintenant.

-Mon mon mon-quoi?"

Balbutiant face à un Harold plié de rire, Mérida quitta la chambre de son meilleur ami, guidé par le père de celui-ci. Mimant le fait de vomir, elle adressa ensuite un petit signe à Harold avant que la porte ne se referme sur elle. N'ayant rien à faire, elle s'éclipsa pour passer un appel à tout le monde, et les prévenir du réveil de leur ami.

Quelques heures plus tard, alors que la matinée était maintenant bien entamée, Mérida vit Astrid arriver le pas pressant, et le front barré d'inquiétude. En voyant la jeune fille, la blonde se crispa, mais s'approcha d'elle pour lui demander où était Harold:

"L'infirmière n'est pas encore sortie, je pense qu'elle ne devrait pas tarder, expliqua la rouquine. Il n'est réveillé que depuis neuf heures.

-Je vois, soupira la blonde. J'espère qu'il n'y aura aucune complications. Comment a-t-il pris la nouvelle?

-Ca avait l'air d'aller. Il n'est pas tombé dans les pommes, c'est déjà bien. Je pense qu'il lui faudra du temps pour s'y habituer."

Astrid approuva, et s'assit dans un des fauteuils de la pièce d'attente. Elle faisait taper son pied par terre de façon répétitive, ce qui exaspéra Mérida au plus haut point. Cependant, elle comprenait le stress qu'elle pouvait ressentir, et décida de se concentrer sur sa lecture pour ne pas enclencher plus d'énervement que de nécessaire.

Après quelques minutes d'attente, la porte de la chambre s'ouvrit enfin. Astrid se leva et s'approcha de la porte, et l'infirmière lui conseilla d'y aller doucement.

A l'intérieur, Harold s'était rallongé: le changement de son pansement l'avait épuisé, et il était maintenant tiraillé d'une douleur sourde dans toute sa jambe. Son visage s'éclaira lorsqu'il aperçut le visage de sa petite amie, qui vint s'asseoir délicatement auprès de lui, pour ne pas le blesser davantage.

"Enfin debout, la belle au bois dormant? fit-elle avec un sourire en coin.

-J'avais besoin d'un peu sommeil, veuillez pardonner cette absence milady. Désolé de t'avoir fait peur.

-Ce n'est rien."

Elle se pencha délicatement et l'embrassa, avant de soupirer. Harold lui jeta un coup d'œil intrigué, et elle secoua la tête en lui disant que ce n'était rien. Qu'elle avait simplement été éprouvée par tout ces évènements. Le jeune homme ne fit que confirmer ses dires, et commença à lui raconter tout ce qu'il s'était passé, puisqu'Astrid voulait sa version à lui:

"... je ne savais vraiment plus quoi faire, alors j'ai voulu m'interposer entre lui et Pitch, mais... il m'a éjecté, et son coup a été légèrement plus puissant que ce à quoi je m'attendais! fit-il en souriant. Alors je...

-Comment peux-tu trouver ça... drôle? le coupa-t-elle, incompréhensive.

-Quoi? Comment ça?

-Je t'avais bien dit que c'était risqué... une telle créature ne devrait pas être entre tes mains, entre les mains de quiconque! Quand bien même tu penses être son ami.

-Je t'en prie, on va quand même pas reparler de ça? souffla Harold en détournant la tête. Il a été manipulé! Rien de ce qu'il s'est produit n'est de sa fau...

-Mais il aurait pu te tuer, Harold!"

Le jeune homme voulut répondre, mais se bloqua avant de pouvoir commencer une phrase. Astrid en voulait à Krokmou, alors que ce dernier était sans doute totalement terrorisé. C'était à lui de lui en vouloir, pas à elle! Et Harold, tout en sachant que c'était Krokmou qui l'avait ainsi mutilé, ne trouvait rien à reprocher à son meilleur ami reptile. La faute entière reposait sur Pitch Black, et ses folies meurtrières.

Astrid, qui s'était relevée, faisait les cent pas le long de la pièce, les bras croisés. Elle se tourna alors vers Harold, le visage fermé.

"Je ferais mieux de te laisser te reposer...

-Oui, ce serait préférable."

Harold ne voulait pas être aussi froid, mais il n'avait pas besoin qu'une des personnes qui compte le plus à ses yeux agisse de la sorte avec lui, surtout à cet instant précis. Sa petite amie soupira longuement, s'approcha de lui et déposa un baiser sur sa joue. Elle récupéra ensuite ses affaires et quitta la pièce, laissant le jeune homme avec un sentiment d'amertume. Alors qu'il allait se renfoncer dans son lit, il fut surpris par l'arrivée d'un troupeau bruyant, composé de Jack, Mérida, Anna, Elsa et Raiponce. Ces dernières lui sautèrent dans les bras, soulagées de le voir enfin éveillé après autant de sommeil et de souffrances. Jack le serra également dans ses bras, lui disant que c'était bon de le revoir en forme.

"Tu nous as sacrément fait peur, avoua Anna, qui s'était perchée sur un des accoudoirs du fauteuil. Ca a été la panique totale lorsqu'Elinor a appelé notre mère pour nous dire que vous étiez tous les deux à l'hôpital!

-Je suis désolé... j'aurais sans doute du être moins téméraire, avoua-t-il en passant sa main derrière sa nuque.

-L'important c'est que tu ailles mieux, fit Elsa, assise à côté de lui. Et ta... ta jambe?"

Harold souleva le drap pour leur montrer, et ils eurent tous une expression de douleur crispée. Le jeune homme haussa les épaules, et affirma que ce n'était pas si grave, bien que la douleur fut encore présente.

"J'ai vu ton père et madame Poppins hier soir, ils m'ont dit que Gueulfor te préparait une superbe prothèse "à la Harold", pour que tu puisses marcher normalement! expliqua Mérida. J'espère que ça fonctionnera.

-Je l'espère aussi, répondit le brun. Non pas que sauter à cloche pied pour le restant de mes jours me dérange hein, mais je pense pas que ce soit très stable, alors, tant qu'à faire..."

Ils se mirent tous à rire, et continuèrent à discuter, comme si tout était normal. Comme si leur meilleur ami ne venait pas de perdre sa jambe à cause de son dragon, manipulé par un être maléfique. Une vie tout ce qu'il y a de plus normal, dans leur groupe d'amis.

"Bon... en tout cas, il va falloir arrêter cette sale manie d'aller à l'hôpital à la fin de chaque année! s'exclama Raiponce. L'an dernier c'était Jack, cette année c'est toi...

-Au moins, maintenant, on sait quand ça va arriver! Qui se dévoue pour l'an prochain?" demanda Jack avec un grand sourire.

Elsa lui donna un coup dans l'épaule, lui disant d'arrêter de leur attirer la poisse. Harold lui fit remarquer qu'ils avaient déjà la poisse quoiqu'il arrive, et qu'une pique envers le destin ne pourrait pas leur faire plus de mal. Jack regarda alors l'heure sur son téléphone, et leur annonça qu'il devait y aller:

"Ma mère m'a autorisé à ne pas aller en cours, mais malheureusement, mon service au café commence dans une heure, expliqua Jack, alors je ne peux pas me permettre de le rater. Désolé de devoir t'abandonner, frérot."

Harold sourit en entendant ce surnom, et serra son meilleur ami dans ses bras une dernière fois avant qu'il ne les laisse. Il resta donc en compagnie des filles, puis de son père, qui finit par les rejoindre avec de grands gobelets de chocolat chaud pour tout le monde. Dans l'après-midi, Elsa, Anna et Raiponce durent repartir tandis que Stoïck discutait avec un énième docteur, ce qui permit à Mérida de mener son enquête sur Astrid:

"Ca ne s'est pas bien passé tout à l'heure? Elle avait l'air contrariée, quand elle est sortie.

-Hum... disons que notre désaccord est revenu sur le tapis, avoua-t-il, peu envieux de repenser à cela. Elle n'apprécie pas vraiment Krokmou, elle s'inquiète toujours de ce que je pourrais subir et... elle prend cet incident comme un argument qui lui donnerait raison. Mais, ça finira par passer, je pense que ce n'est un bon moment pour personne, mais ça passera!"

Mérida acquiesça de façon distraite, le regard tourné vers l'extérieur, sirotant son chocolat chaud. Elle avait du mal à accepter qu'Astrid puisse lui reprocher cela, mais elle ne souhaitait pas en faire la remarque à Harold. Ce n'était pas vraiment le moment adéquat. Lorsqu'elle sortit enfin de ses pensées, elle vit qu'Harold s'était rendormi d'un sommeil paisible, et décida de rentrer chez elle pour prendre enfin un peu de repos. Après tous ces rebondissements, elle avait bien mérité une douche bouillante et un bon lit bien douillet.

Deux jours plus tard, Harold put enfin quitter l'hôpital après de nombreux tests et examens médicaux. Il marchait pour l'instant avec des béquilles, essayant de s'adapter à l'absence de sa jambe, bien que cela resta toujours aussi désagréable. Quelques fois, il avait même l'impression que son pied gauche le démangeait, comme s'il était encore accroché au bout de son tibia. Le docteur Jumba lui avait expliqué qu'il s'agissait de la sensation de 'membre fantôme', chose qui arrivait fréquemment aux patients victimes d'une amputation. Loin d'être rassuré, Harold avait accepté cette explication sans broncher, et cherchait maintenant à se ré-adapter à sa nouvelle vie.

La première chose qu'il fit en arrivant chez lui fut de se rendre dans son jardin pour aller voir Krokmou. Mérida lui avait expliqué qu'elle l'avait nourri à distance durant son absence, mais qu'il refusait d'être approché ou touché. Les béquilles s'enfonçant dans la terre du jardin, il tenta tant bien que mal de rejoindre l'abri au fond du jardin, d'où retentissaient des geignements d'animal blessé.

Harold sentit son cœur se serrer en entendant cela: son dragon en avait bavé autant que lui au cours de cette attaque. Alors qu'il insérait la clé dans la serrure du cabanon, il entendit le son se transformer en un grognement sourd et menaçant, mais le jeune homme ne se laissa pas impressionner: lorsqu'il ouvrit la porte, la créature lui sauta dessus violemment... et se mit à lui lécher le visage de façon répétitive.

"Krokmouuuu! Krokmou, arrête ça, tu sais que ça ne part pas au lavage!"

Il attrapa la tête de son ami reptile pour tenter de le repousser tout en riant, mais la créature semblait si heureuse de le revoir qu'il ne put se résoudre à le repousser. Après quelques instants, le furie nocturne se recula, laissant son ami bipède se releva, lorsqu'il remarqua enfin ce nouveau détail: Krokmou s'approcha délicatement de la jambe de son ami et se mit à la renifler, comme s'il cherchait à comprendre où le reste de sa jambe était parti.

"Coupée! s'exclama-t-il. Envolée, ma jambe. Un peu comme ton aileron, tient, remarqua-t-il. Tu vois? On est pareils maintenant!"

Krokmou déploya sa queue pour montrer la prothèse de cuir qui lui servait maintenant d'aileron, signe qu'il avait compris. Harold hocha la tête avec un sourire, ce à quoi son dragon répondit avec son sourire à lui, une sorte de grimace étrange et édentée, qui fit pouffer le jeune homme. Après avoir servi une bonne dose de poisson cru à son dragon, Harold décida de faire le tour de l'animal pour déceler sa blessure: cela ne fut pas très long, puisqu'au milieu de son aile droite béait une énorme déchirure, longue d'au moins trente bons centimètres.

"Aïe... ce n'est pas beau à voir! Vient là que je..."

Alors qu'Harold s'approcha de son aile, Krokmou la déploya d'un seul coup, repoussant son ami de façon brusque.

"Comment veux-tu que je te soigne si tu ne me laisses pas y toucher?" s'exclama Harold en fronçant les sourcils.

Krokmou lui répondit avec un rugissement grognon, ce à quoi Harold rétorqua par la même chose. Après s'être assuré que son dragon allait mieux et ne manquait de rien, il décida donc de rentrer pour se reposer à son tour. Il aurait bien le temps de penser à une solution pour soigner son aile à un autre moment. Pour l'instant, il n'avait qu'une seule envie: s'affaler dans son canapé pour dormir devant une série quelconque.

Cependant, ses plans furent interrompus lorsqu'il aperçut madame Poppins debout dans le salon, en compagnie de son père.

"Bonjour, Harold. Je suis heureuse de voir que vous êtes sain et sauf. Enfin... en majeure partie!"

Elle avait ajouté cela en baissant un regard désolé sur sa jambe. Harold lui adressa un sourire gêné, et Stoïck en profita pour quitter la pièce, feignant d'aller préparer du thé. La directrice s'assit sur un fauteuil, droite comme un piquet, tandis qu'Harold s'affala en face d'elle. Il ne s'en était pas rendu compte, mais s'occuper de Krokmou lui avait demandé un effort considérable, et il était maintenant complètement épuisé.

"Je ne vous embêterai pas longtemps, je vous le promets, affirma-t-elle en voyant son allure épuisée. Je tenais simplement à m'excuser auprès de vous, et de vos amis. Ce qui s'est passé la semaine dernière n'aurait jamais du arriver...

-Ce n'est... ce n'est en rien votre faute. Ne vous en faites pas.

-Mon bouclier n'a pas fait effet, c'est une erreur qui aurait pu nous coûter extrêmement cher, et je ne me pardonnerai jamais cela.

-Mais... votre bouclier a fait effet, fit remarquer Harold en fronçant les sourcils. Pitch Black n'a même pas pu poser un pied chez nous. Il se prenait une énorme décharge à chaque fois qu'il tentait de pénétrer à l'intérieur de l'enceinte!"

Poppins eut l'air interloquée, et lui demanda alors comment Krokmou avait-il pu être contrôlé.

"Il y avait une autre personne, avec Black. Je... je ne sais pas s'il s'agissait d'un homme ou d'une femme, fit-il en réfléchissant, cette personne était masquée, mais elle semblait assez mince, mais puissante. Mérida s'est pris un coup, et elle a été enfermée dehors par la faute de cette personne.

-Ainsi, il a trouvé des alliés... c'est encore plus mauvais que ce que je croyais. Merci de m'avoir raconté cela, monsieur Haddock. Je souhaitais également vous informer que nous avions trouvé quelqu'un pour soigner votre dragon."

En entendant cela, Harold se redressa brusquement: enfin une bonne nouvelle qui s'annonçait. Il demanda alors de qui il s'agissait:

"C'est une personne avec qui Walt Works travaille en commun depuis maintenant plusieurs années. Voyez-vous... votre furie nocturne n'est pas le premier dragon auquel nous avons affaire, et nous avons développé une amitié avec une femme qui sait merveilleusement bien s'y prendre avec ces créatures. On l'appelle 'le Dra...

-Le Dragonnier, termina Harold dans un murmure.

-Hum... oui, en effet, vous en aviez déjà entendu parler?" demanda Poppins, perplexe.

Oh, il s'agit simplement de ma mère, qui a abandonné mon père et moi après ma naissance pour créer une colonie de dragons dans les pays nordiques.

"Disons que j'en connais quelques choses, en effet. Je... il va falloir que j'y réfléchisse." finit-il par dire en essayant de rester neutre.

Mary Poppins fit comme si elle n'avait rien vu, mais elle remarquait bien que le jeune homme était bouleversé. Elle acquiesça, puis se releva délicatement, prête à repartir. Alors qu'elle se dirigeait vers la sortie, elle se tourna une dernière fois vers Harold:

"Je... je pense que ce serait la personne la plus apte à soigner votre dragon, monsieur Haddock. Pensez-y. Et faites très attention à vous."

Harold hocha la tête, le visage fermé, et referma la porte d'entrée derrière sa directrice.

Eh bien... on dirait qu'on a un nouveau problème.

Les semaines qui suivirent furent assez difficiles: la bonne nouvelle fut la prothèse qu'Harold reçut de la part de Gueulfor. Il fut soulagé de voir qu'il ne s'agissait pas d'une réplique caoutchouteuse de pied, mais bel et bien d'un instrument métallique, solide et pratique. Une prothèse "à la Harold". Le pied métallique était composé de deux parties emboîtées l'une dans l'autre, qui permettaient de donner une impression d'enfoncement dans le sol lorsqu'il marchait.

Il était accompagné de ses amis lorsqu'il l'essaya pour la toute première fois. Il se sentit stupide. Il avait l'impression d'être un faon sortant du ventre de sa mère, qui cherchait absolument à trouver l'équilibre sur ses deux pattes. Cependant, après quelques allers retours fastidieux dans son salon, il réussit enfin à garder une démarche quasi normale, et à avancer à un rythme plus rapide que celui d'Anna lorsqu'elle courait (ce qui était, d'après Jack, une vitesse extrêmement lente). C'était loin d'être satisfaisant, mais cela suffirait pour le moment. Au fond de lui, Harold savait qu'il réussirait à s'en sortir. A l'aide de ses amis, il s'en sortirait toujours.

24 décembre. La neige tombait lentement du ciel, recouvrant le sol d'une épaisse couche de coton. La nuit était douce: c'était un beau soir de réveillon qui s'annonçait. Dans une jolie robe pourpre, Mary s'occupait de mettre la table pour elle et sa famille. Comme toujours, ils fêtaient le réveillon de Noël en petit comité: ses parents, son petit frère et sa grand-mère. Elle aimait ce moment de l'année: les chorales qui emplissaient les rues de leurs chants, les décorations scintillantes, la bonne odeur de pain d'épice qui se répandait dans le foyer. Pour une fois, elle avait l'impression que tout autour d'elle était chaleureux. Qu'elle vivait comme une jeune fille tout ce qu'il y avait de plus banal.

Pendant qu'elle disposait les couverts, sa mère terminait de mitonner le plat principal dans la cuisine attenante, fredonnant une chanson pour elle-même.

Mary releva les yeux discrètement, et après s'être assurée que personne ne la verrait faire, elle agita ses doigts discrètement au-dessus de la table. Sous ses yeux, la nappe se décora alors de flocons d'argent, tandis que les verres de cristal sortis spécialement pour cette occasion se gravaient de décorations d'or. Satisfaite de son œuvre, elle fut interrompue lorsqu'elle sentit une main puissante lui attraper le bras et la tirer en arrière.

Par réflexe, Mary couvrit son visage de son autre bras, les yeux fermés:

"Mais qu'est-ce qui te prends? souffla son père de façon brusque. Tu n'arrêteras donc jamais tes bizarreries?

-John, je t'en prie... murmura sa mère, qui avait délaissé son plat et observait la scène d'un air impuissant. Elle ne fait rien de m...

-Rien de mal?! Elle emplit notre foyer de démons et de sorcellerie!"

Il ponctua sa phrase en poussant brutalement le bras de sa fille, un regard noir porté sur elle. Il lui ordonna alors de ne plus jamais recommencer, surtout s'il y avait son frère ou sa grand-mère dans les parages.

"Personne ne doit voir quel monstre tu es." ajouta-t-il avant de faire demi-tour.

Les yeux de la jeune fille s'emplirent de larmes, et Mary quitta la pièce en courant, ignorant sa mère qui l'appelait pour tenter de la retenir.

Ne sachant pas où aller, elle sortit par la porte de derrière et parcourut le jardin enneigé, ignorant le froid qui parcourait son corps. Elle avançait, sans but, tandis que de lourds sanglots s'échappaient malgré elle. Elle aperçut alors l'abri à bois de ses voisins, et décida de s'y réfugier, lorsqu'elle remarqua que quelqu'un y était déjà.

Elle tenta de sécher ses larmes pour que l'inconnu ne la voit pas ainsi, mais il était trop tard:

"Mary? Tu pleures?"

Heinrich. Mary fondit en sanglots de plus belle et courut pour rejoindre son ami, son seul ami. Le jeune garçon la prit dans ses bras, et passa sa main dans ses cheveux pour tenter de la calmer. Une fois apaisée, Heinrich lui demanda des explications, mais alors que Mary allait lui en donner, elle retint une exclamation:

"Ta... ta joue! Qu'est-ce qui t'es arrivé? demanda-t-elle, inquiète.

-Ma mère n'a pas aimé que je me pointe dans le salon au moment des festivités, alors... elle m'a fait comprendre que je n'étais pas le bienvenu."

Une grosse marque rougeâtre s'étendait sur la moitié de son visage, tandis qu'une coupure lui barrait la pommette gauche. Malgré cela, il tenta de sourire à Mary, pour lui remonter le moral. La jeune fille serra alors son ami contre elle, tandis qu'Heinrich laissait échapper un soupir de soulagement en refermant ses bras autour de Mary. Une fois séparés, Mary prit la main du garçon, et agita ses doigts au-dessus: sur sa paume apparut alors un croissant de lune blanc, finement ciselé, dans ce qui semblait être un métal très fin. En voyant ceci, Heinrich dut retenir une larme au coin de son oeil, et prit à son tour la main de Mary, y créant pour sa part un pendentif en forme de soleil, un soleil d'un noir pur et royal.

"Joyeux Noël, murmura-t-il en la regardant, un sourire apparaissant enfin sur son visage.

-Joyeux Noël, Heinrich."

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Adossée contre le battant de la fenêtre, Mary Poppins tournait et retournait le petit pendentif entre ses doigts, d'un air songeur. Elle appuyait sur chaque branche du soleil, tout en observant le paysage blanchi par la neige qui s'étalait sous ses yeux à l'extérieur. Elle ne savait pas pourquoi ce lointain souvenir lui était revenu en mémoire. Ces derniers temps, elle se sentait accablée de toutes parts, que ce soit de remords ou de regrets. Elle fut interrompue dans ses sinistres pensées par l'arrivée de Bunnymund dans le salon, qui s'appuya contre l'encadrement de la porte:

"Hey... ça va?" demanda-t-il de sa voix rauque.

Il portait une chemise blanche, ce qui n'était habituellement pas du tout son style. Mary remarqua cependant que cela lui allait très bien, tranchant avec sa peau matte. Elle entendit le rire cristallin de Toothfairy accompagné de celui fort imposant de Nord, provenant de la cuisine. Elle adressa alors un petit sourire et hocha la tête en direction de Jeannot, puis le suivit pour rejoindre ses collègues et amis, avec qui elle fêtait Noël depuis maintenant plusieurs années. Malgré ces temps difficiles, elle était heureuse d'avoir enfin une vraie famille avec qui passer ces fêtes.

Booon!

Est-ce vraiment la peine que je m'étende sur mon énième absence bien trop longue? Je pense que vous avez maintenant l'habitude que je ré-apparaisse à des moments inattendus, mais écoutez... c'est toujours mieux que rien!

Tout ça pour dire que: WALT WORKS EST DE RETOUUUUR!

Ça m'a fait tellement de bien d'écrire ce chapitre, vous ne pouvez pas savoir à quel point. Cela faisait 6 mois que je n'avais rien écrit, et c'était un manque absolument affreux. J'ai profité d'une baisse de travail dans mes études pour vous écrire ce chapitre, en espérant sincèrement qu'il vous ait plu. Harold va-t-il réussir à reprendre du poil de la bête? Quelles seront les prochaines actions de Pitch Black? Vous saurez tout cela très bientôt, je vous le promets. En tout cas, plus tôt que pour ce chapitre, je l'espère.

J'ai lu avec beaucoup d'attention tous vos commentaires, qui sont aussi adorables les uns que les autres. C'est toujours un soulagement de voir des lecteurs récurrents et qui attendent cette histoire avec impatience, malgré les temps d'attente. Je le répète souvent, mais mille mercis pour votre soutien des plus précieux!

J'espère en tout cas que vous allez très bien et que ce retour de Walt Works vous fait plaisir! N'hésitez pas à commenter si c'est le cas et à suivre et favoriser l'histoire pour vous tenir au courant des prochains chapitres!

En attendant, je vous souhaite énormément de bonnes choses, et vous donne rendez-vous pour le prochain chapitre en compagnie de nos amis!

-Delenya

PS: j'espère qu'il n'y aura pas de soucis de mise en page, puisque je poste malheureusement ce chapitre depuis mon téléphone. Dites-moi en commentaire s'il y a des problèmes!! Merci à vous ;)