Freaks – Television Blonde

Fear of Lonely – Benedict Cork

Lion – Hearts & Colors


Juin 2028

Nécromancie : ment si croc, te mord le nez,était un manuel qui fichait une trouille monstrueuse à James chaque fois qu'il le voyait entre les mains de Citlali Tucker. Le mois dernier, l'ouvrage intitulé Arts très obscurs de la magie très sombre avait tenté de l'ensorceler lorsqu'il l'avait regardé d'un peu trop près. Et il cauchemardait encore du manuel Les mots dits pour maudits, qui avait une couverture vraiment effrayante et dont les huit yeux noirs avaient probablement happé une partie de son âme qu'il ne retrouverait sans nulle doute jamais…

La jeune femme semblait avoir une appétence toute particulière pour la magie noire, une sorte de fascination, que James aurait facilement qualifié de malsaine chez n'importe qui d'autres et qui pourtant, chez Citlali, l'intriguait. Toute de noir vêtue, comme à l'accoutumée, les seules touches de couleurs venaient de son maquillage toujours très travaillé. James se demandait souvent combien de temps elle passait devant le miroir, à faire ces dessins sur ses paupières, ces espèces de cœurs roses, ces trèfles verts, ces vagues d'eau bleue et ces fleurs multicolores qu'il avait envie de cueillir…

Comme si elle avait senti son regard sur elle, Citlali décroisa les jambes et leva ses yeux noirs de son manuel. James baissa les siens.

Ils ne s'étaient pas adressés un seul mot depuis qu'ils s'étaient vus sortant tout deux de la première épreuve du concours d'entrée à la formation d'Aurors.

James avait souvent eu l'impression d'être épié. Il avait plusieurs fois croisé ses deux onyx, perçants, affûtés qui le scrutaient de loin. Lui aussi, ne se gênait pas pour la regarder chaque fois qu'elle avait le dos tourné.

– Potter !

– Quoi ?

Mia Londubat avait un visage en forme de cœur et des jambes interminables. Ses cheveux blonds tiraient légèrement sur le roux, et elle rougissait furieusement dès que James lui adressait la parole. Il la connaissait bien, leurs parents étant amis depuis Poudlard et Mia avait toujours eu cette tendance à bégayer devant lui. Il trouvait ça mignon… Un peu gauche, mais mignon.

– Faut qu'on s'entraîne…

Se faire reprendre sur son manque d'assiduité par une jeune femme de presque cinq ans sa cadette, ça avait quelque chose d'humiliant.

– On devrait changer de partenaire, tu ne penses pas ?

– Mais James… Tu effraies tout le monde.

Il mordilla ses lèvres. Ils étaient une petite vingtaine seulement, à avoir réussi le concours. L'instructeur avait eu la maladresse de tout de suite distinguer James Potter, en rappelant bien haut et bien fort qu'il était le digne héritier de l'Élu. Les autres l'avaient tout de suite mis à l'écart. Le père de James avait soupiré de dépit en apprenant cela et s'était platement excusé auprès de James. Cela l'avait encore plus énervé. Son père n'était coupable de rien après tout… Enfin, le chef du bureau des Aurors avait toutefois repris son employé qui n'osait maintenant même plus regarder James dans les yeux. .. Ce qui avait mis James encore plus à l'écart.

La différence d'âge s'en serait chargée toute seule, de toute façon. Les autres apprentis sortaient tous de Poudlard : ils avaient été dans les mêmes promotions. James ne faisaient pas partie de leur univers et peinait à s'y intégrer. Non pas qu'il faisait tout pour y parvenir…

Citlali Tucker, vingt ans, bientôt vingt-et-un, était dans la même situation que lui et souriait souvent d'entendre leurs camarades commérer sur les derniers potins croustillants du monde sorcier concernant leurs amis... Ils avaient tous seulement un an d'écart, tout au plus...

Personne ne s'entraînait jamais avec elle.

Pas même les quatre apprentis Aurors venus d'autres pays spécialement pour le programme de formation britanique, grandemment réputé pour son excllence.

Et James avait eu de la chance que Mia soit là.

– Pourquoi tu n'essaierais pas ces sortilèges avec Citlali ? proposa James.

Devant l'air hébété et perdu de Mia, James précisa :

– Tucker !

– Parce que j'ai peur qu'elle me morde.

James éclata de rire.

Oui, Citlali Tucker pouvait mordre. Il en avait eu quelques délicieuses preuves.

Devant l'air trop sérieux de Mia qui ne broncha pas et continuait de le fixer, le rire de James mourut lentement.

– Elle a besoin d'aide… Tucker ne parviendra jamais à passer les sélections jusqu'à l'examen d'aptitude si elle reste seule.

– Elle a pourtant l'air convaincu du contraire.

Mia l'observa du coin de l'œil. Citlali venait de changer de position : désormais allongée sur les coussins qui servaient à amortir les chutes et autres projections plus ou moins violentes des apprenties, elle lisait maintenant un roman, les bras tendus vers le ciel tenant fermement l'ouvrage.

Mia se hissa sur la pointe des pieds pour lire le titre. Ses joues reprirent une belle teinte cramoisie, qui intrigua davantage James.

– Elle pourrait quand même faire un effort…, murmura-t-elle. C'est comme si nous n'étions pas assez bien pour elle !

– Oui, on dirait…, fit pensivement James.

Pourtant, il savait que ce n'était pas vraiment ça, qu'il y avait autre chose, et que l'attitude froide et austère de Citlali Tucker n'était pas que de l'arrogance ou de la condescendance envers ses pairs. Oh certes il y en avait un peu… Cependant, il descellait parfois l'envie dans ses regards, lorsqu'elle observait les autres autour d'elle.

Il n'était pas parvenu à l'approcher. Elle semblait le fuir, alors il n'avait pas insisté dans cette démarche... Mais ça faisait désormais trois mois qu'il se trimballait tous les jours sa petite culotte en dentelle dans la poche, en essayant de trouver le courage de la lui rendre.

James serra les poings.

Lorsqu'il avait eu le résultat du concours, il avait explosé de joie. Sa famille en avait fait de même et on avait célébré le sourire heureux de James plus que sa réussite au concours : une toute nouvelle vie s'offrait à lui. Il allait enfin faire ce qui lui plaisait vraiment, sans se poser de questions et sans restriction.

Il ne voulait plus se priver de rien. Plus jamais. Ses quatre années d'études en droit magique où il avait dépéri lui avaient largement suffi.

Alors pourquoi, lorsqu'il regardait Citlali Tucker, il avait l'impression de se priver ?

Lorsqu'un apprenti, s'exerçant au tapinois et découvert par l'un de leurs camarades avec qui il s'entraînait, fonça en direction de Citlali volant à tout allure dans les airs, celle-ci posa son roman sur sa poitrine, leva sa baguette et fit atterrir le malheureux sur les fesses.

James déglutit.

Citlali n'avait pas détourné les yeux du plafond une seule fois.

Ça ne devrait pas autant l'exciter et l'impressionner de la voir faire ça…

– Tu devrais aller lui proposer, toi…, fit Mia avec un grand sourire en coin.

Ce fut au tour de James, de rougir furieusement. Le petit rire machiavélique de Mia le fit sourire.

Comment une petite culotte pouvait-elle peser aussi lourd dans sa poche ?

– Je devrais oui…

– Et alors ? Qu'est-ce que tu attends ? Ou alors… toi aussi, tu as peut-être peur qu'elle te morde …

– Pas vraiment.

Mia détourna les yeux de James : il y avait dans les siens une flamme bien trop intime, lorsqu'ils se posaient sur Citlali Tucker, pour qu'elle continue à l'observer sans être mal-à-l'aise.

– Va lui parler…, fit doucement la rousse.

James hocha la tête et fit un premier pas. Puis un deuxième. Citlali qui avait repris sa lecture, avait les lèvres entrouvertes et les yeux en amande grands écarquillés. Elle ferma son roman et tourna la tête vers James. Perchée sur la pile de coussins, ses cheveux noirs pendaient dans le vide. Elle fronça les sourcils, en constatant que James s'approchait.

Comme un requin. Lentement, sûrement et Citlali entendait presque la mélodie des Dents de la mer se jouer de plus en plus fort.

Palmyre, sa sœur, la jouait souvent au piano lorsque Citlali entrait dans le petit salon…

L'apprentie Auror bondit sur ses deux pieds lorsque la cloche sonnant la fin de l'heure et de l'entraînement se mit à tinter. Elle attrapa son sac, fourra son roman dedans, se coinça la moitié de ses cheveux en les mettant sur l'une de ses épaules et partit en grandes enjambées.

Quand elle passa à la hauteur de James, ils firent tous les efforts du monde pour ne pas se regarder et ne pas se retourner sur le passage de l'autre.

Comme ils le faisaient toujours depuis trois mois…

OoO

Connor Tucker attendait sa sœur devant le conservatoire, sa clarinette dans les mains. Lorsque Citlali arriva enfin, monta toutes les marches avec grandes difficultés et se planta devant lui, toute essoufflée, il se mit à pester :

– Palmyre va répéter à maman et papa que nous sommes encore arrivés en retard !

– Rien ne te force à m'attendre, grogna Citlali en embrassant son frère sur la joue.

Elle réajusta son sac qui glissait de son épaule. Son frère la retint, lorsqu'elle ouvrit la porte du conservatoire, sa clarinette dans les mains :

– Tu oublies ton maquillage…

– Merde.

Elle se figea devant la porte et examina son reflet, ainsi que les flammes oranges, rouges et jaunes qui semblaient lécher ses yeux.

– J'ai mis plus d'une heure à le faire, celui-ci, bougonna-t-elle.

– Si Harper te voit avec ça, t'es finie ma grande…, s'amusa Connor.

– Tiens-moi ça toi, au lieu de me dessiner un sort si noir et funeste ! fit-elle en se débarrassant de son sac.

Il s'exécuta, et la regarda plonger les mains dedans pour en sortir du démaquillant et des carrés de coton lavables qu'elle avait confectionné elle-même. En deux coups de mains,Citlali se trouva vraiment et entièrement vêtue de noir, et seulement de noir.

– Tu ne devrais pas te sentir obligée de …

– De quoi ?

– De ne pas être qui tu es, Ci'…

Connor ne pouvait pas comprendre.

– Je suis le mouton noir de la famille. Faut bien que j'essaie d'entrer un peu dans le cadre de la parfaite et idyllique famille des Tucker.

– C'est Spencer, le mouton noir de la famille.

– Spencer a seulement décidé de partir faire un tour du monde. Ce n'est pas parce qu'il a refusé d'aller à Oxford que…

– Il est le mouton noir parce qu'il est le seul d'entre-nous à être capable d'être qui il est vraiment.

– Harper est elle-même.

– Bah elle est sacrément garce alors, grimaça Connor.

– Elle n'est pas méchante.

– Juste trop parfaite…

– C'est beaucoup de pression, d'être l'aînée, tu sais, marmonna Citlali. Elle nous protège plus que tu ne le penses. Toi, en particulier.

– Parce que je suis le premier garçon de la fratrie ?

– Précisément. Tu ne sais pas tout ce qu'elle endosse à ta place depuis longtemps… Les repas, les galas, les matchs de polo, et les discours assommants du Roi qui précède un « God save the King » que tu ne connais même pas.

Il poussa la porte du conservatoire et ils entrèrent tous deux, à la recherche de la bonne salle.

– Mais tout ça, ça lui plaît !

– Peut-être, supposa Citlali. Mais ce n'est pas pour autant que c'est facile.

– Betty est championne olympique d'équitation, Victoria est modiste, Caroline va faire une brillante carrière dans le droit, elle sera sûrement juge ou un truc chiant du genre. Palmyre est une jeune pianiste que le monde entier s'arrache déjà et Lou… Lou va devenir docteur en je-ne-sais-quoi quand elle aura terminé sa brillante thèse dont je ne retiens jamais le titre. Spencer va devenir influenceur TikTok parti comme c'est. Rowan et Tim…

– Ce sont les petits derniers. Ils feront ce qu'ils veulent.

– Mais toi, Ci', tu fais quoi ? Tu vas faire quoi ?

– J'étudie les lettres classiques, tu sais bien.

Connor lui attrapa le bras une fois de plus, avec plus de fermeté, alors qu'ils dévalaient tout un escalier.

– Pas à moi, Ci'. Tu disparais toute la journée, ça fait des jours que je ne te croise plus dans les couloirs d'Oxford. Quand je demande où tu es, à des gens de ta promotion, ils me répondent qu'ils aimeraient bien le savoir, eux aussi. Qu'est-ce qui se passe, Ci' ?

– Rien, Connor.

– Tu passes ton temps à mentir.

Il passa devant elle et ils entrèrent dans la salle de répétition avec autant de discrétion que possible. Ils s'assirent côte à côte, sortirent leurs instruments et ignorèrent le regard incendiaire de Harper, quelques rangs plus loin, sa harpe entre les genoux. Victoria était avec les violons, Rowan était à peine plus épaisse que son requinto et Tim dormait à moitié et bavait dans son tuba.

– Cette photo de toi, prise en Écosse mardi dernier…

– Ce n'était pas moi, articula Citlali avant de jouer leur mesure.

Elle jouait bien. Pas parfaitement, parce qu'elle ne prenait jamais le temps de s'entraîner en-dehors des répétitions et des cours du conservatoire, mais assez bien pour ne faire que très rarement des fausses notes.

– C'était toi. Je te connais, Ci', fit Connor, complètement essoufflé. Qu'est-ce que tu faisais en Écosse, bourrée dans les rues d'Édimbourg ? Et comment diable es-tu rentrée la nuit-même à Londres ? Tu étais là au petit-déjeuner comme si de rien n'était. Papa et maman ont peut-être cru à tes mensonges, et je sais que …

Il s'interrompit pour jouer la prochaine mesure.

– Je sais que c'est impossible de faire ce trajet aussi vite. Mais c'était toi, Ci'.

Il reprit une grande inspiration, fit quelques fausses notes et se tourna vers sa sœur.

– Il se passe des trucs étranges te concernant depuis plus de dix ans et j'aimerais savoir de quoi il en retourne.

– Ce n'est rien. Et n'essaie pas de chercher à le savoir.

– Ci'… Tu es malade ? L'internat pendant sept ans, tes silences, tes disparitions… c'est parce que tu es malade ?

– Mer…

Putain, elle avait failli dire « Merlin ». La mesure suivante la sauva. Elle la joua avec une certaine fébrilité trop occupée à chercher quoi répondre.

– Non, finit-elle par dire. Je ne suis pas malade. Je vais très bien.

– Ces mystères ont un sens, une raison d'être. Je la découvrirai un jour ou l'autre, Ci'. Et j'en ai marre de cette distance entre nous. Entre toi et tout le monde.

– Je fais tout pour être heureuse Connor. Et c'est plus facile de vous faire croire que je suis l'héritière Tucker qu'on attend que je sois. Sans défauts, sans bizarreries, étrangetés et…

Et magie.

– Tu ne me tiendras pas à l'écart, Ci'. Je te le promets. Et je découvrirai ton secret.

Le regard noir que leur lança Harper, qui peinait à jouer de sa harpe à cause de son gros ventre de femme enceinte, les fit se taire définitivement.

Lorsqu'ils terminèrent les répétitions pour le gala annuel, Rowan sauta dans les bras de Citlali qui la réceptionna bien maladroitement. Tim la salua d'un petit signe timide de la main. Victoria passa l'un de ses pouces sur ses paupières :

– Le orange ne te va pas au teint, petite sœur… Démaquille-toi mieux pour la semaine prochaine.

Haper, elle, se contenta d'un nouveau regard noir. Citlali lui sourit bien plus piteusement que gentiment.

« Aime-moi », disait-elle en silence.

Lorsqu'ils repartirent, sa sœur aînée la prit à part.

– Ta baguette dépasse de ta poche arrière. Range-moi ça immédiatement ! siffla-t-elle entre ses dents.

– Pardon, bredouilla Citlali en se pétrifiant.

Son « pardon », la mit elle-même en colère.

Pardon de quoi ? Pour quoi ? D'être une sorcière ? D'être en retard aux répétitions ? De faire de la magie et d'être qui elle était ?

Elle rangea sa baguette dans son sac en priant pour que Harper ne répète pas à leurs parents que sa baguette n'était plus dans le vieux placard des cuisines.

Citlali regardait toujours sa sœur rejoindre le reste des Tucker.

« Aimez-moi comme je suis » disait-elle en silence.

OoO

– Ok, crache le morceau, elle s'appelle comment ? lui demande Louis. C'est qui ?

Si elle n'avait pas été sa tante, James aurait répondu un « ta mère ». Mais Louis était son cousin et ça aurait été pour le moins un peu gênant… Alors il décida de s'abstenir.

– Minerva McGonnagal.

– Ravale le morceau alors. T'es immonde, James, elle a été notre enseignante, s'indigna Louis.

Il venait de rentrer de France, d'une mission pour préserver les gargouilles de Notre-Dame. Il avait repris un peu de poids, et James sourit de voir son cousin et colocataire se porter aussi bien après l'attaque qu'il avait subi en mars dernier, juste après la fin des épreuves du concours de James. Cette histoire de vélane et de vampire… ça avait affecté Louis plus qu'il ne le laissait paraître. Et parce qu'il était Louis Weasley et qu'il souriait même quand ça n'allait pas et que James n'était pas devin, il était compliqué pour le brun de savoir quelle attitude adopter avec son ami.

– Tu erres sans savoir quoi faire de ta peau tous les soirs, souffla le blond. Je sais que quelque chose te tourmente.

Le bébé niffleur, pendu à l'anneau de l'oreille droite de Louis, le regardait avec de grands yeux curieux.

– Ils ont bien grandi, ces petits …

– Tu n'as plus d'excuse pour leur marcher dessus maintenant !

– Ce n'est arrivé qu'une seule fois ! se défendit James.

– C'était une fois de trop. Myrtille n'a plus jamais été la même depuis qu'elle a failli mourir écraser par tes grands pieds puants ! s'indigna Louis en prenant dans ses mains ladite Myrtille.

– Faudra qu'on parle un jour des prénoms que tu donnes aux niffleurs.

– Je ne te laisserai plus jamais les nommer James. Je me souviens très bien de Souafle, Vif, Dor, Cognard, Balai, Poursuiveur, Batteur et Krum…

– Oh allez ! J'avais gagné notre pari ! Et ces noms sont très chouettes ! Alors que tes niffleurs salades de fruit, là…

– Ils seront bientôt sevrés, confia le magizoologiste. Il faut que je leur trouve un bon foyer.

James s'approcha de son cousin et lui tapota l'épaule :

– Faut bien qu'ils quittent le nid, Lou'.

Louis haussa les épaules, visiblement peu convaincu.

James n'insista pas.

Son cousin avait un sérieux syndrome de l'abandon et James n'était pas psychologue.

– Tommy a déposé des manuels et des notes pour toi, indiqua Louis les yeux humides.

– Comment va-t-il ?

– Normal. Il espère que tes entraînements se passent bien. Je lui ai dit que tu semblais très impliqué. Mais que t'avais souvent la tête ailleurs. Alors ? C'est qui ?

Le visage de Citlali Tucker s'imprima sous ses paupières.

– Personne, assura James.

– Vraiment ?

– Vraiment. Il faut que je file. Ils vont encore m'attendre.

Louis hocha la tête, avant de se précipiter vers la fenêtre grande ouverte, où juste à son bord, Clémentine, s'apprêtait à sauter dans le vide attirée par l'éclat d'un lampadaire.

– Merlin, je ne suis pas prêt de devenir père… l'entendit gémir James avant de refermer la porte.

James ne pouvait pas être plus d'accord.

Il retrouva Lily, Albus et Teddy à leur table habituelle au Chaudron Baveur. C'était un rituel qu'ils avaient instauré, pour se retrouver sans leurs parents, tranquillement autour d'un verre et se raconter leurs vies sans la présence parfois étouffante de tous leurs cousins.

James tenait à ses frères et à sa sœur comme à la prunelle de ses yeux.

Teddy n'avait peut-être pas toujours habité sous le même toit que les Potter, mais James était son frère.

Hannah le salua et Mia, au bar, le gratifia d'un regard doux et amical.

– Tu sais qu'elle avait un gros béguin pour toi jusqu'à l'année dernière ? glissa Lily à son oreille.

– Je sais, admit James. Elle m'offrait toujours des chocogrenouilles pour la saint-valentin.

– Je crois que ça lui a passé, sourit sa sœur.

– On se met souvent ensemble pour s'entraîner en méthode de tapinois et de camouflage, précisa James. J'aime bien Mia.

Il s'installa entre Teddy et Lily et secoua les cheveux noirs d'Albus, déjà tout emmêlés.

– Alors ? Ta formation d'Auror ? Tout se passe bien ?

– Il brille, tu veux dire ! s'exclama Teddy, auror confirmé depuis quelques années maintenant. Il impressionne tout le monde au bureau des Aurors ! On ne parle que de lui ! Odgen ne tarit pas d'éloges quant à ta maîtrise des défenses contre les forces du mal. Tu as tout déchiré aux épreuves théoriques et …

– Je ne suis arrivé que deuxième, maugréa James.

Et deuxième, ce n'était jamais que la première place des derniers.

– Qui est arrivé premier d'ailleurs ? demanda-t-il.

– Tu ne le sais pas ? s'étonna Teddy.

– Personne ne le sait.

– On pourrait penser qu'une personne normale s'en vanterait, commenta simplement Albus.

– Citlali Tucker, répondit Teddy.

Évidemment.

– D'un demi-point par rapport à toi seulement. Elle a corrigé une faute d'orthographe à l'un des sorts qui figurait dans le questionnaire sur la magie noire.

– Oh woah. Je l'aime déjà beaucoup, fit admirativement Lily avant d'aspirer un peu de sa boisson à l'aide d'une paille.

– Du Citlali Tucker tout craché. Je ne savais pas qu'elle avait refait surface, reprit Albus en s'étirant avec paresse.

– « Refait surface » ? demanda James.

– Elle avait disparu de la circulation depuis les ASPICS.

– Elle était de la même année que toi, c'est ça ?

– Ouais. À Serpentard. Amie avec Emmalee Zabini, la cousine folle de Scorp'. Alors par principe, on la déteste aussi.

– « On » ?

– Rose, Allénore et moi…

À la mention du prénom d'Allénore, Albus se rembrunit légèrement. Mais au moins avec lui, le prénom de Rameaux n'était pas un tabou…

– Citlali Tucker est une chieuse de première. Très bonne élève, elle se débrouillait pas mal en Quidditch. C'était la Capitaine du club de duel. Elle avait un putain de serre-tête serti d'émeraude et avait des boucles d'oreilles en diamant ! Sa famille est riche. Méga riche. Et super noble.

– Noble ?

– Lady Tucker du Derbyshire, annonça Albus. Elle est cent-cinquante-deuxième dans l'ordre de succession de la couronne moldue. Je l'ai entendu le dire à Beth Carrow un jour… C'est la nièce de la tante de… Non attends… La cousine de la mère de l'un des oncles de … Oh on s'en fiche !

– C'est une née-moldue ? fit Teddy avec une pointe de surprise dans la voix.

– Tu t'intéresses à la pureté du sang maintenant ? lança James avec un certain mépris.

– Non ce n'est pas ça… C'est juste que… Ce doit être la première fois en cinq ans qu'une personne née-moldue réussit le concours. C'est un problème que Harry tente de régler depuis des années… Trop peu de né-moldu ont les finances nécessaires à l'achat de manuels pour passer le concours, ils n'ont pas les relations, ont des difficultés à avoir accès aux formulaires d'inscription du concours parce que c'est un labyrinthe sans nom de l'obtenir auprès du bureau des aurors…

James n'avait jamais pensé à tout ça.

– La plupart abandonne très rapidement, termina Teddy. Citlali Tucker a une détermination qui force le respect.

– C'est dégueulasse, commenta James.

Lily fit un bruit avec sa paille et tout le monde le regarda avec surprise.

– C'est dégueulasse que les nés-moldus aient moins de chances que les autres ! précisa James. Pas qu'elle n'abandonne pas…

– On essaie de mettre en place une bourse pour eux. Harry essaie de la faire voter depuis au moins une bonne dizaine d'années, avec l'appui de Hermione, évidemment… Mais vous connaissez le Magenmagot…

– L'argent n'est pas un problème pour Citlali Tucker de toute façon. Sa famille est pleine aux as, rappela Albus.

Ça, James l'avait déjà deviné. Il suffisait de voir comment Citlali s'habillait : ses vêtements, simples, toujours noirs, simples, bien taillés – sûrement sur-mesure maintenant qu'il y pensait - et élégants, étant tous de marques, sans parler de ses sacs et bijoux.

– J'espère qu'elle réussira ! déclara Lily avec douceur.

– C'est mal parti, se désola Teddy.

– Comment ça ? demanda James.

– Elle ne s'intègre pas et ne sait pas travailler en équipe.

– Comment peux-tu le savoir ?

– On vous observe tous depuis le début.

James ouvrit la bouche et remercia Mia, qui venait de poser devant ses yeux sa biéraubeurre.

– L'entente et la coopération entre collègues, c'est important chez les aurors. Et Citlali est mauvaise. Et sans vouloir t'alarmer… T'es pas brillant non plus. Les aurors fonctionnent par paires. Vous êtes quinze cette année… Au moins l'un d'entre vous ne passera pas la première étape de sélection qui se termine en septembre. Mais ça peut être plus …

– Je bosse bien avec Mia !

– Mais Mia bosse mieux avec Juliet.

James grimaça.

Sa future carrière allait partir en fumée avant même d'avoir décollé tout ça parce qu'il était incapable de s'entendre avec des petits cons à peine sortis de Poudlard.

– Parlons d'autre chose, proposa Albus. Lily, la médicomagie, ça te plaît ?

– Hugo et moi on assure ! se vanta-t-elle avec fierté. On aura bientôt les résultats de nos partiels, mais je crois qu'on passera en deuxième année.

– Tu seras en internat ?

Lily hocha la tête avec vigueur et James s'attaqua à sa boisson.

Il était hors de question qu'il échoue et qu'il laisse son rêve lui échapper.

OoO

Lord Basset n'était pas un homme comme les autres. Il était un homme follement épris de sa femme, qui l'attendait, les cuisses écartées et l'air farouche. Audacieuse, elle avait entrepris de délacer elle-même son corset. Sa poitrine nue et généreuse, s'offrait à la vue de ce Lord, que toutes bonnes manières avaient abandonné. Elle frissonna de sentir ses doigts dévaler le long de son ventre, se frayer un chemin et glisser finalement et délicieusement le long de son…

Le livre se referma sur les mains de Citlali qui sursauta.

– Je te cause, Tucker. Qu'est-ce qui te fascine à ce point ?

James Potter, qui avait mis un point d'honneur jusqu'à maintenant à l'éviter, était devant elle, tout sourire, les cheveux en bataille et la mine préoccupée. Citlali rouvrit son livre.

– T'es impolie, Tucker.

– Je t'emmerde, Potter. Je suis occupée, là.

Elle chercha la phrase qu'elle lisait avant d'être interrompue. Frustrée d'avoir été coupée dans une scène qu'elle attendait depuis plusieurs chapitres déjà, Citlali tenta d'ignorer James. Ce-dernier, passablement énervé d'être ainsi traité, lui retira son roman des mains et entreprit d'en commencer la lecture.

Citlali ricana en voyant ses joues rougirent à une vitesse incroyable.

– Oh ! Intéressant… Lady Tucker, je ne pensais pas que vous vous intéressiez à ce genre de lectures.

– Ce genre ? s'amusa-t-elle.

– C'est une scène de cul, ça.

– Il semblerait.

– Il semblerait ?

– Tu m'as retiré mon livre des mains et je n'en étais pas à la partie la plus intéressante…

James mordilla ses lèvres, vraiment amusé et resta quelques instants très silencieux.

– Ce cher Lord Basset vient de lécher le cli…

– Merlin tais-toi, lui ordonna Citlali en plaquant sa main contre sa bouche.

– C'est ce qui est écrit !

James leva les deux mains en l'air, en parfait innocent et la jeune femme le délivra. Elle regarda tout autour d'elle, pour vérifier que personne ne les avait entendus. Non pas qu'elle avait honte de lire des romans érotiques, mais elle préférait que l'instructeur des Aurors ne soit pas averti de cette passion.

– J'ai besoin de toi, Citlali. Et tu as besoin de moi.

L'ancienne Serpentard se figea sur place.

Voilà des mots qu'elle détestait entendre.

Couchée sur la pile de coussins, elle se recroquevilla sur elle-même et James se rapprocha juste assez pour n'avoir qu'à murmurer :

– Il faut qu'on forme une paire toi et moi. Les aurors fonctionnent en duo…

– Si tu crois que tu vas pouvoir recoucher avec moi en …

– Je ne veux pas coucher avec toi ! Je veux devenir Auror, se précipita de répondre James.

Citlali se mordit l'intérieur de la joue, pour se retenir de lui faire remarquer que l'un n'était pas nécessairement incompatible avec l'autre.

Une pointe de déception piquait légèrement son cœur. James Potter était l'homme le moins délicat du monde…

– Par contre, j'ai toujours ta culotte de la dernière fois…

– C'est crade, Potter.

– Je l'ai lavée !

– Rends-la moi.

Elle observa James tâtonner ses poches en fronçant de plus en plus les sourcils.

– Je ne l'ai pas sur moi. Elle a dû tomber lorsque je m'entraînais…

Mortifiée à l'idée que quelqu'un puisse trouver le sous-vêtement, Citlali devint pâle.

– Quelle belle excuse. Tu t'en sers de trophée c'est ça ?

Il leva les yeux au ciel.

– Rends-moi ma culotte ! insista-t-elle.

– Elle ne semblait pas vraiment te manquer avant que je te rappelle son existence. Et d'abord, c'est toi, la crade de nous deux ! T'es partie de chez moi sans culotte je te signale.

Citlali ne put s'empêcher de rire un petit peu.

– Je vais te la retrouver. Promis.

– Pourquoi ?

– Bah, tu n'y tiens pas, à cette culotte ?

– Pourquoi tu viens me parler maintenant ?

– Parce que je veux devenir Auror et si t'es ici, c'est que tu le veux aussi. Regarde les autres…

Citlali s'exécuta et se redressa en position assise. Tous leurs camarades s'entraînaient à lancer des sorts, à faire un parcours d'obstacles tout en restant camouflés… Ils travaillaient en équipe et semblaient coopérer naturellement.

– Je n'aime pas travailler avec les autres, bredouilla-t-elle.

– Pourquoi ?

– Je ne leur fais pas confiance, avoua-t-elle.

Elle avait cette peur constante que les gens se détournent d'elle ou ne l'apprécient pas.

– Tu peux me faire confiance, lui promit James.

Citlali avait tellement envie de le croire.

– C'est typiquement ce qu'une personne en qui je ne devrais pas avoir confiance me dirait.

– Tu savais que les Aurors travaillent en équipe en passant le concours. Si tu ne souhaites pas avoir à le faire, pourquoi avoir tenté ta chance chez les aurors ?

– C'est vraiment ce que je veux faire…, murmura-t-elle avec un petit sanglot dans la voix. Mais… C'est compliqué…

James soupira bruyamment et s'installa à côté d'elle. Elle se poussa pour lui faire une petite place.

– C'est vraiment ce que je veux faire moi aussi. J'ai déjà perdu quatre ans, Tucker. Je refuse d'échouer. Encore une fois.

– Tu n'as pas perdu quatre ans, Potter…

– J'ai fait des études de droit magique qui ne me plaisaient même pas, juste pour impressionner le monde sorcier et lui faire dire « Regardez, c'est James Potter, il n'est pas auror comme son père, ni poursuiveur comme sa mère, mais il est lui-même et il fait quelque chose de bien ! ».

– C'est important de connaître le droit et les procédures pénales quand on est Auror, souleva Citlali. Et apprendre, ce n'est jamais une perte de temps.

– Ces études m'ont détruit, Citlali.

Sa respiration se suspendit. Probablement parce qu'il venait de l'appeler par son prénom et qu'elle avait un peu trop adoré ça.

– J'étais méconnaissable. Jusqu'à ce que je décide de faire ce qui me plaît vraiment sans me poser de questions, sans craindre les jugements des autres ou celui de ma famille.

Elle déglutit et plongea ses yeux dans les siens, noisette, chauds et malicieux. Elle détourna rapidement son visage du sien et ils se mirent à fixer le vide devant eux, tous les deux.

– Je veux devenir auror parce que je veux continuer le combat de mon père, faire de ce monde un endroit sûr pour tous. Je veux devenir auror parce que j'aime ce petit frisson que l'on a quand on est face au danger. J'aime les aventures, j'aime être utile, j'aime aider les autres et les protéger.

– J'aime la magie noire, lâcha précipitamment Citlali.

– Pour quelqu'un qui se destine à la combattre, c'est un peu paradoxal…, nota James.

– J'aime sa complexité, sa beauté…

« Sa beauté » ?

James inspecta ses ongles et resta de marbre.

– J'aime qu'elle soit capable de tant de choses et la combattre m'en rapproche. La comprendre, me permet de la reconnaître, et la reconnaître me permet d'en préserver les potentielles victimes. Moi aussi, je veux être utile, Potter. Je veux que les gens…

Elle ne termina pas sa phrase.

« Je veux que les gens m'aiment ».

Et qui n'aimait pas les héros ? Ceux qui arrêtaient les méchants-pas-beaux et les enfermaient à double tour, là où ils ne feraient plus jamais de mal à personne…

– Mais toi, est-ce que tu aimes ce métier ?

Citlali hocha la tête et il la trouva adorable, avec ses cheveux noirs tout ébouriffés et ses fleurs multicolores qu'elle avait dessiné sur ses paupières.

Il aurait souhaité pouvoir poser ses lèvres dessus, comme lors de cette nuit…

– J'ai besoin de ça, Potter. Tu sais, j'ai essayé d'être comme ils le voulaient, j'ai essayé de retourner à la vie moldue et d'abandonner la magie, je …

Elle s'interrompit en écarquillant les yeux.

Elle n'avait jamais parlé de ça à personne, n'avait même jamais verbalisé à voix haute cette pensée. James l'écoutait attentivement et la regarda se recroqueviller une fois de plus sur elle-même.

– Personne ne te demande d'abandonner la magie, la rassura James.

– Non, tu ne comprends pas…

– Même si tu ne deviens pas auror, tu peux très bien faire autre chose…

– C'est ça que je veux James ! s'écria-t-elle.

Il arrêta de respirer à son tour. Son prénom prononcé de sa voix tournait désormais en rond dans sa tête.

– Je ne veux pas devenir professeure de lettres. J'adore le latin, mais je ne veux pas en faire ma vie. Ma vie, c'est la magie, c'est ça, c'est faire un truc qui me plaît, et apprendre tout ça, ça me plaît et c'est ce pour quoi je suis douée !

– Professeure de lettres ?

– Laisse tomber ça…

– Non dis-moi…

– Tu vois, moi j'ai réellement perdu mon temps. Pendant deux ans, j'ai suivi des études moldues de lettres, pour faire plaisir à mes parents. Ils ne sont pas franchement ravis que je sois une sorcière…

– Et toi ?

– Je te l'ai dit : j'adore la magie. Elle me rend unique et spéciale.

James tourna la tête vers elle, les yeux tristes. Parce qu'il était effectivement triste d'entendre de tels mots. La magie ne rendait pas quelqu'un unique ou spécial. Et il était malheureux qu'une personne pense le contraire et se rattache à ses pouvoirs pour s'accorder un peu d'estime et de valeur.

– Tu sais que tu es unique et spéciale pour pleins d'autres raisons, n'est-ce pas ?

Citlali éclata de rire, avant de se rendre compte que James Potter était parfaitement sérieux.

– Tu flirtes, là, c'est ça ?

– Non.

Peut-être un peu, si James se montrait tout à fait honnête.

– Tu es unique parce que tu es toi. Il n'y a pas d'autres Lady Citlali Tucker en ce bas monde. Et des gens t'aiment pour ça.

– Je souhaiterais que ce soit si simple et si naïf, James. Mais tu es un sorcier, né dans un foyer sorcier. Tu ne peux pas comprendre ce que c'est…

– Non tu as raison.

Ils restèrent silencieux un moment, à observer les autres.

– On ne peut pas échouer, Citlali. Et si on reste dans notre coin, tous les deux, ils auront tantôt fait de nous dégager et ce serait très humiliant.

– À qui le dis-tu…

Citlali Tucker n'avait jamais échoué de sa vie. Tout ce qu'elle avait entrepris dans sa vie, elle l'avait réussi.

– Alors soit on se plante royalement toi et moi, soit on fait équipe et on leur montre de quoi on est capable.

Il lui tendit une main, qu'elle regarda avec méfiance.

Elle ne la serra pas.

Le toucher lui semblait interdit.

Elle sentit sa respiration s'affoler. Faire rentrer une personne de plus dans sa vie ? Non merci. Elle n'avait pas envie ou besoin de ça. Ce serait toujours une personne de plus à qui mentir, ou qui ne l'accepterait pas comme elle était…

Beth Carrow avait beau être sa meilleure-amie, elle roulait toujours des yeux lorsque Citlali lui parlait de sa passion pour la clarinette et pour les dernières séries Netflix. Emmalee Zabini était de la même trempe. Ses deux camarades de Serpentard faisaient partie de sa vie parce qu'elle n'avait pas eu le choix.

Mais depuis deux ans, le coeur de Citlali était devenu une prison : personne n'entrait et personne ne sortait. Ça faisait trop mal d'être rejetée… Elle avait besoin de ses repères besoin de ses amis, besoin de soutien et de stabilité.

James se leva d'un bond, tout en continuant de lui tendre sa main.

– On a des chemins similaires, Citlali. Tu ne peux pas nier ça. Et tu n'as pas perdu deux ans de ta vie. Le latin, c'est cool et sexy.

– Ne flirte pas avec moi, Potter.

– On a peut-être mis du temps à trouver notre voie, toi et moi, mais on est des battants et on sait ce qu'on veut. On est doués. On peut se comprendre.

En tous cas, dans les yeux de Citlali, James comprenait la douleur et la souffrance qui y résidaient. Il devinait cette peur de ne pas être à la hauteur et ce poids des exigences trop lourdes que l'on s'infligeait parfois à soi-même.

Il lisait quelque chose, un sentiment qu'il avait lui-même eu et avait toujours parfois.

– Tu peux me faire confiance.

Il n'avait aucune intention de la blesser ou de lui faire du mal.

– On n'a qu'à faire cet exercice débile, tu sais, le premier qu'ils nous ont fait faire…

Il allongea ses deux bras devant lui.

– Tu veux que je te tombe dans les bras, les yeux fermés, et en arrière ? Jamais de la vie Potter.

Elle détestait ne pas avoir le contrôle et faire dépendre son sort d'un inconnu. Tout ça était ridicule…

– Je te rattraperai. Et tant qu'on travaillera ensemble, je te rattraperai toujours. Je te le promets.

Elle avait vraiment, très, très envie de le croire.

– Je te jure que je te rattrape ! insista-t-il.

Elle hésita un instant.

– La confiance, ça se travaille Tucker. Alors soit tu fais un effort, soit on finit tous les deux agents de polices basiques du Ministère de la magie ! Bouge-toi nom de nom !

Elle ne sut pas vraiment pourquoi elle finit par accepter.

Les traits de James se détendirent et son sourire illumina quelque chose en Citlali. Cet homme avait une sorte d'insouciance candide qui lui donnait elle-même envie de sourire.

– À trois, tu tombes, ok ?

Elle hocha la tête et lui tourna le dos, le coeur battant.

– Un …

Sa cage thoracique était trop petite. Elle allait exploser. Pourquoi avait-elle si peur ? Pourquoi ne voulait-elle pas se laisser aller et lâcher complètement prise ?

– Deux…

Elle n'allait pas réussir. Elle ne pouvait pas le faire. Elle connaissait à peine James Potter. Et quand bien même… Elle ne faisait confiance à personne. Pas même à ses parents, à qui elle mentait et qui n'avaient jamais fait réellement attention à elle. Pas même à Connor, duquel elle s'éloignait chaque jour un peu plus. Pas même à Beth ou à Emmalee dont elle ne parlait pas de sa vie moldue, qui faisait pourtant partie intégrante de qui elle était.

– Trois !

Elle couina en se laissant tomber, les jambes tremblantes.

– POTTER ! hurla l'instructeur.

– QUOI ?

James détourna la tête au mauvais moment, répondant à l'appel de l'instructeur, et Citlali tomba lourdement sur le sol.

– Oh merde, merde, merde ! Je suis désolée, Tucker !

Elle venait de s'éclater les fesses par terre. James avait la certitude qu'à ce moment précis, tout était perdu : Citlali, Lady de son état, ne lui ferait plus jamais confiance et allait piquer une crise en voyant que son pantalon noir était désormais gris de poussière.

Autour d'eux, les gens les regardaient.

– Tu crois qu'on peut se fracturer le coccyx ? gémit-elle.

– Oh merde, merde, merde…

Il semblait paniqué et c'était très drôle.

– Du calme Potter. Au moins, maintenant, je sais que je ne peux pas te faire confiance !

– QUELQU'UN A DU POUSSOS ? CITLALI VIENT DE SE FRACTURER LE CO…

Elle se releva d'un bond, et il l'aida en la tirant avec force d'un seul bras. Elle plaqua en même temps sa main devant sa bouche une nouvelle fois, alors qu'il s'apprêtait à courir dans tous les sens.

– Ne prononce pas un mot que tu ne saurais même pas épeler ! articula-t-elle entre ses dents.

– Tu vas bien ?

– Je suis tombée, je me suis relevée. Tu m'as aidée.

Elle passa une main sur ses fesses, effectivement endolories.

– Tu veux encore de l'aide ? demanda-t-il, vraiment préoccupé.

– Pour me masser les fesses ? T'es un vrai pervers !

Il rit très fort, un peu trop, parce que leurs camarades s'arrêtèrent dans leurs différentes activités. Ils furent encore plus surpris d'entendre Citlali rire de bon cœur avec lui et sourire avec tant de sincérité.

– Je suis vraiment désolé…, parvint-il à articuler entre deux rires.

– Tu ne peux pas me promettre de toujours me rattraper. Je n'y croirai jamais. Par contre, tu peux me promettre de m'aider à me relever.

C'était ce qui comptait le plus pour elle.

– Toi et moi, on va faire une bonne équipe ! sourit-elle timidement.

Il lui tendit une nouvelle fois sa main, sans jamais perdre espoir.

– Partenaire ?

C'était tout ce qu'elle pouvait lui promettre pour le moment. Quand bien même son cœur battait toujours un peu trop et qu'elle savait que si elle avait du mal à soutenir ses yeux noisettes, ce n'était pas sans raison.

Il y avait quelque chose, chez James Potter, qui avait un goût d'un millier aventures et d'encore plus de frissons.

– Partenaire, chuchota-t-elle enfin.

Elle serra sa main dans la sienne et sa peau fourmilla agréablement, chaude sans la brûler - comme ses romans décrivaient parfois ce genre de scènes - et son coeur se remit à faire des bizarreries dans sa poitrine.

James Potter et Citlali Tucker allaient devenir le meilleur duo que les Aurors n'avaient jamais vu !

– OH LES GARS, TROP DINGUE, Y'A UNE CULOTTE VERTE COINCÉE ENTRE DEUX COUSSINS ! s'écria un dénommé Hayden.

Ou pas…