Ennemy – Imagine Dragons

Blu – Jon Bellion

Always – Phillip Daniel

Merci vos reviews Tiph l'Andouille et Kcaraetmoi


Septembre 2028

Citlali Tucker aurait pu reconnaître la patte de James Potter en ayant perdu l'ouïe, la vue et tout le reste. Sans exagérer, ou peut-être un peu seulement... Elle avait appris à le lire. Elle savait qu'il avait un sourire en coin satisfait et arrogant lorsqu'il s'apprêtait à lancer un contre-sort. À force de le voir, elle avait même fini par entendre le frémissement de sa bouche. Ou bien elle l'imaginait... Elle savait aussi qu'il soupirait avec lassitude quand il était sur le point de lancer un sortilège qu'il ne maîtrisait pas tout à fait. C'était le cas avec le patronus, qu'il peinait toujours plus ou moins à exécuter. Et enfin, elle savait qu'il n'était parfaitement silencieux et immobile que lorsqu'il était pleinement sûr de lui et de sa réussite.

James Potter était souvent en mouvement. Cependant, à ce moment-même, il était inerte, les yeux rivés sur le mage noir qui évoluait lentement jusqu'à eux.

Il jeta un œil à sa partenaire. Citlali serrait tellement fort sa baguette dans ses mains, qu'elles étaient blanches, les os de ses phalanges prêts à percer sa peau laiteuse.

Elle hocha la tête et fronça les sourcils. Quelque chose n'allait pas. Le mage noir était devenu trop silencieux lui aussi. Elle osa regarder par-dessus la voiture moldue derrière laquelle ils s'étaient réfugiés afin d'avoi une meilleure vue d'ensemble, et leva sa baguette juste à temps, toujours de ses deux mains et en fermant les yeux pour ne pas affronter le danger.

Son protego les protégea d'un maléfice qui aurait pu leur être fatal. James contre-attaqua et prit Citlali par l'épaule pour les faire transplaner dans un lieu plus sûr.

– Il anticipe toutes nos parades, grogna James.

– C'est comme s'il nous connaissait par cœur ou pouvait lire dans nos esprits, approuva Citlali.

Elle les rendit invisibles et indétectables avant de s'appuyer contre le mur à moitié en ruine, complètement fatiguée. Son sort leur donnerait quelques minutes de répit, tout au plus… James l'observa un moment et porta sa main près de son visage. Citlali ne bougea pas et attendit. James suspendit son geste, les joues rouges, en désignant son front :

– Tes cheveux. T'as une mèche qui te barre le front.

– T'es pas sérieux ?

– Euh…

– On est en train de se faire démonter la gueule, et toi, tu te soucies de ma coiffure ?

– Si elle te tombe entre les yeux et t'empêche de bien voir, on est cuits, Tucker ! Alors refais-moi ton chignon de ballerine ! s'emporta légèrement James en tapant du pied.

Parfois, Citlali se disait que James n'était qu'un gamin capricieux qui ne grandirait jamais.

Souvent, James se disait que Citlali ne comprenait rien à rien et qu'elle s'amusait à le faire tourner en bourrique.

– Il faut qu'on le désarme, reprit sérieusement la jeune femme en refaisant sa coiffure.

– Même sans baguette il est dangereux.

– Il va falloir qu'on se montre plus audacieux que ça, et qu'on change de méthodes.

– De méthodes ?

– Faut qu'on improvise. Qu'on soit moins prévisibles.

– Moins prévisibles ?

– Tu peux arrêter de répéter tout ce que je dis ?

Une explosion fit se soulever un nuage de poussière devant eux.

– Tes attaques s'anticipent très facilement, chuchota Citlali.

– Parle pour toi ! Tu fronces ton nez avant de lancer un sort et tu fermes les yeux lorsqu'il s'agit d'un sortilège d'attaque. Tu avances toujours de trois pas quand tu vas prendre une décision parce que ça te laisse le temps de réfléchir et tu entortilles tes cheveux autour de ton index quand t'as une idée brillante ! Alors serre moi un peu plus ce chignon de ballerine !

Citlali ouvrit la bouche pour mieux la refermer.

– Alors ? J'ai tort peut-être ? s'enorgueillit James.

Tout tournait toujours à la compétition avec et entre eux… Surtout dans les endroits et les moments les moins appropriés…

– T'es pas mieux que moi, Potter. T'es bourré de tics toi aussi.

James prit un instant pour faire taire cette petite fierté dans son cœur, qui était en train d'éclore et qui chantait à tue-tête « elle t'observe, elle te connaît ». La logique s'empara douloureusement de lui : Citlali et lui travaillaient ensemble depuis plus de trois mois maintenant, et il était bien normal qu'ils finissent par apprendre ce genre de trucs l'un sur l'autre.

– Il faut qu'on arrête de réfléchir, qu'on fasse quelque chose d'inattendu, qu'on renverse les rôles…, suggéra Citlali. C'est toujours moi qui assure nos arrières et nos défenses.

– Parce que tu n'aimes pas attaquer.

– Non ce n'est pas…

– On ne ferme pas les yeux lorsqu'on attaque, Citlali.

Elle adorait beaucoup trop lorsqu'il l'appelait par son prénom.

– Et toi, tu n'es pas assez observateur pour bien nous protéger. Tu ne penses qu'à foncer dans le tas et à te débarrasser du danger. T'as la même subtilité qu'un éruptif dans un magasin de boules de cristal et t'es mauvais en analyse de terrain.

Il la foudroya du regard.

– Va bien te faire foutre, Tucker.

Elle lui sourit avec espièglerie.

– Ce mage noir ne peut pas te connaître aussi bien que je te connais toi, murmura Citlali.

Citlali Tucker battait en permanence le chaud et le froid… Et il ne devrait pas aimer autant cela. Ce qui était déstabilisant pour lui, dans sa relation avec Citlali, était son honnêteté franche et marquée. Elle le tirait vers le haut, n'hésitait jamais à l'encourager, mais jamais non plus à le descendre assez brutalement lorsqu'il faisait n'importe quoi et n'en prenait pas conscience…

– Alors on fait quoi ?

– Je n'en sais rien.

Citlali était maline et avait toujours des idées très ingénieuses pour les sortir d'affaires.

James lui, restait calme en toutes circonstances et avait assez d'audace pour faire croire que ce n'était pas la pluie qui mouillait James Potter, mais James Potter qui mouillait la pluie.

– On détourne son attention. J'attaque, tu me couvres, je l'occupe et on le prend en tenaille. On n'a rien à perdre, James.

Il hocha la tête.

– Je sais que j'en suis capable, déglutit Citlali.

– Je le sais aussi, assura-t-il.

Il avait confiance en elle, et cela l'effrayait à un tel point…

– Ne ferme pas les yeux, Citlali, conseilla-t-il. Ce n'est pas parce que tu ne vois rien que le danger n'est pas réel.

Elle opina à son tour et sans se donner le temps de réfléchir, sortit de sa cachette pour attaquer. Elle lança un premier sort, qui fit se craqueler les pavés de la rue londonienne dans laquelle ils se trouvaient. Le sol se fendit en deux et le mage noir fut déstabilisé seulement quelques secondes, le temps de vite retrouver son équilibre. Mais c'était bien assez pour que Citlali lui lance plusieurs maléfices. Elle eut à plusieurs reprises peur d'être touchée à son tour. Cependant, aucun sort ne l'atteignit : James faisait en sorte de les dévier ou de les contrer. Citlali avança prudemment vers le mage, en continuant ses attaques, en accélérant leur cadence.

La sueur commençait à perler sur son front.

Elle aperçut James, derrière le mage, nonchalamment appuyé contre un lampadaire et un sourire en coin. Il savait qu'ils avaient gagné. Citlali garda un visage impassible mais ne put s'empêcher de sourire plus longtemps lorsque James immobilisa leur adversaire. Avant qu'il ne puisse se libérer, elle l'enferma dans une prison de fer, qu'elle rendit hermétique à toute magie par une rune ancienne. James arracha sa baguette des mains du mage et se planta devant lui, triomphant et arrogant.

Citlali relâcha les épaules. Son corps était endolori et elle était exténuée.

James arrêta de jubiler et arriva à sa hauteur. Il passa un bras dans son dos, pour la soutenir. Citlali aurait pu s'écrouler par terre s'il n'avait pas été là. Elle s'appuya légèrement contre lui et se mit à sourire encore plus fort contre lui.

– On est doués, Potter.

– On l'est, Tucker.

Le décor disparut. La rue londonienne se transforma en une grande salle d'entraînement et le mage noir dans la cage reprit l'apparence de leur instructeur, qui commença à applaudir de ses deux mains.

Leurs camarades, assis sur les piles de coussins, les observaient avec des yeux admirateurs. Ils n'étaient plus que onze à prétendre passer la certification d'aptitude au métier d'auror. Ils se précipitèrent tous vers leurs deux camarades. Mia félicita chaleureusement James pour leur performance : ils avaient été le premier duo d'apprentis à réussir l'exercice.

Citlali se laissa porter par l'euphorie générale et accepta la poignée de main très respectueuse d'un certain Matt.

– C'était du beau travail…, les complimenta leur instructeur.

Citlali s'éloigna du groupe pour le rejoindre.

– Je pense qu'on peut faire mieux, affirma-t-elle.

– C'est une certitude.

– On a perdu du temps lorsque vous avez lancé votre sortilège de découpe. James aurait pu perdre son bras. Et j'ai raté mon charme de flagrance et mon sort de polytino…

L'instructeur sourit avec bienveillance et écouta son élève, éternelle insatisfaite, dépeindre un bilan plus que désastreux de leur performance.

Ce fût James Potter qui la fit taire, en embrassant sa joue.

– Savourez votre victoire, Tucker. Nous reparlerons de tout ça demain, lui promit l'Auror instructeur.

OoO

– Tu sais en jouer ? demanda James en désignant d'un coup de tête la clarinette de Citlali.

Les sens en alerte et agissant par réflexe, elle pointa sa baguette vers lui, et le livre qu'elle faisait léviter devant ses yeux s'effondra sous l'effet de la gravité. James Potter pâlit, se souvenant de la dernière fois qu'elle avait levé sa baguette pour la pointer sur lui… Après l'affaire de la culotte verte retrouvée entre deux coussins par Hayden… Jour que James voulait effacer de sa mémoire après le châtiment que lui avait fait subir Citlali en représailles. Il en frissonnait encore.

– Non, je me la trimballe pour faire déco ! Tu sais comme tu as fait avec ma cu…

– Oui bon, pardon, je suis désolé, vraiment !

Comment avouer à Citlali qu'il avait juste eu la trouille d'aller lui parler pendant tout ce temps pour la lui rendre, cette fameuse culotte ? Comment lui faire comprendre qu'il avait essayé, vraiment, de se montrer courageux et d'arrêter de paniquer comme un adolescent de seize ans chaque fois qu'il avait tenté de faire un pas dans sa direction pour la lui remettre, cette fichue culotte ? Alors oui, James avait été idiot… et il s'en voulait.

Citlali lui sourit piteusement.

– J'aime bien me moquer de toi…

– Je suis vraiment désolé et je t'en supplie, ne me relance pas le même sort que la dernière fois. Ma mère était à deux doigts de m'emmener à Sainte-Mangouste.

Elle se mit à rire et la tension qui habitait le corps de James jusqu'à maintenant, s'envola en même temps que les éclats de l'apprentie Auror.

L'entraînement d'aujourd'hui avait été particulièrement éprouvant. Ils s'étaient distingués tous les deux. Les heures qu'ils avaient passé en plus à s'exercer avaient fini par payer … Ils devenaient meilleurs de jour en jour et tous deux s'en enorgueillissaient beaucoup. Cependant, la fatigue se faisait ressentir et commençaient à se voir sur leurs deux visages et même à leurs façons de se déplacer. Le pas léger et aérien de Citlali était devenu mécanique et bourru. James avait des cernes immondes sous les yeux. Le maquillage de Citlali était moins travaillé, et elle se contentait d'un trait d'eye-liner de couleur, simple et basique.

James s'installa sur la pile de coussins, à côté de Citlali. Ils s'entraînaient toujours bien après que tout le monde soit parti, mais aujourd'hui, ils étaient trop fatigués pour continuer et perpétuer cette habitude qu'ils aimaient.

Pour autant, ni l'un ni l'autre n'avait envie de partir.

– J'en joue depuis toute petite, répondit Citlali en désignant sa clarinette. Mes parents ont tenu à ce que nous soyons tous capables de jouer d'un instrument.

– Tous ?

– J'ai sept sœurs et trois frères.

Ils étaient partenaires. Pas amis. Ils avaient une relation étrange tous les deux et le malaise s'installait souvent entre eux. Il se dissipait toujours assez vite, mais les quelques secondes où il était présent avec James et Citlali les dérangeraient.

Citlali se confiait peu sur sa vie.

James lui, s'épanchait plus facilement mais le faisait rarement, car il partait souvent du triste principe que tout le monde savait tout sur sa vie.

– J'ai deux frères et une sœur. Et ils me donnent déjà énormément de travail.

– De travail ?

– Teddy doit toujours être rassuré sur le fait qu'il est bien de notre famille. Il faut lui dire presque tous les jours qu'on l'aime, qu'il est notre frère, à Albus, Lily et moi. Il faut lui rappeler que le sang ne fait pas tout et qu'il aura beau tenter de nous fuir, nous, on le retrouvera toujours. Albus est la cible des médias sorciers depuis toujours… Il est le seul de la famille à ne pas être allé à Gryffondor, il est ami avec Malefoy, fait des études d'Histoires de la magie et a eu le culot de tomber amoureux d'une Wallergan… Il s'empêtre toujours dans des problèmes monstrueux. Lily porte énormément de poids sur ses épaules. Hugo, notre cousin, a une santé très fragile : il est souvent très malade. Ils ont quasiment été élevés ensemble tous les deux et Lily croit que d'une certaine manière, elle est responsable de lui, qu'elle doit prendre soin de lui. Elle s'est lancée dans des études de médicomagie pour rester auprès de lui… Je crois que ça lui plaît vraiment, mais j'ai peur qu'elle oublie de vivre pour elle-même.

– Tu as l'air de beaucoup tenir à eux.

– J'aime ma famille. J'aime mes cousins. J'adore Rose et son intelligence, j'adore le fait qu'elle soit la seule capable de comprendre Albus. J'ai longtemps été envieux d'eux deux à cause de ça mais aujourd'hui… Rose est une alliée quand il s'agit de déchiffrer mon frère. Je suis heureux qu'elle soit si bienveillante et sage, qu'elle ne m'en ait jamais voulu pour mes bouderies d'enfants lorsque j'étais jaloux… J'adore Fred et sa force, parce qu'il aurait mille et une raisons de craquer, mais il continue de sourire. C'est un artiste… Un bon. Un jour, les livres pour enfants qu'il écrit et dessine se vendront comme des trésors chez les sorciers comme chez les moldus, tu verras ! J'adore la fougue de Roxane et le fait qu'elle n'a peur de rien. Mon père dit qu'elle ressemble beaucoup à notre oncle Fred … Il n'y a qu'à Roxane, que Papy Arthur se confie sur notre oncle Fred d'ailleurs. J'adore Molly et le fait qu'elle soit capable de tout observer sans rien dire et qu'elle ait décidé de faire carrière dans le journalisme en partie pour contrôler nos images et nous protéger des commérages. J'adore Lucy, même si c'est une petite peste, parce qu'elle parvint toujours à ses fins. Elle est maline et l'avoir dans son camp est un avantage. J'adore Hugo et toutes ses passions qu'il nous transmet. Il est très fragile de santé, mais ne se plaint jamais. J'adore Victoire et cette douceur qu'elle a toujours eu envers nous, c'est elle, qui m'a appris à prendre soin de mon frère et de ma sœur. J'adore la fougue de Dominique qui nous a toujours dit que nous étions tous libres d'être qui nous sommes. J'adore qu'elle nous apprenne ce que cela signifie d'être un homme, d'être une femme, d'être entre l'un et l'autre ou ni l'un ni l'autre. J'aime qu'elle nous fasse confiance au point de partager ses combats avec nous. J'adore Louis et sa générosité infinie, son côté baroudeur et aventurier … J'aime le fait qu'il défende toutes les créatures magiques et qu'il voit du bon en chacun de nous. J'aime mes oncles et mes tantes. Je crois que je serais aussi capable de tout, pour protéger les enfants de mon oncle Dudley… Alors que je ne les vois pas beaucoup.

– Les cousins, ce n'est pas comme les frères et sœurs, James. Tu les vois le temps d'un repas, d'une soirée, d'un été…

– Je vis en colocation avec Louis. Nous avons tous grandi à Poudlard…

– Les frères et sœurs, c'est tout le temps. Ça divise considérablement l'amour que te portent tes parents.

– J'ai toujours pensé que l'amour se multipliait. Mais jamais qu'il pouvait se diviser…

Et il trouvait cette pensée horrible.

– Quand on fait partie d'une famille de onze enfants, je t'assure que c'est le cas.

Elle avait l'air triste. Il l'observa commencer à ronger ses ongles et ses cuticules, déjà bien rouges et entamées par le stress.

– Harper ne m'aime pas et je crois même… que je lui fais peur. Betty est la préférée de notre père. Victoria est gentille avec tout le monde, sauf avec moi. Caroline ne pense qu'à elle. Palmyre ne s'intéresse qu'à son piano. Lou… Lou est … Elle est autiste. Je n'ai jamais réussi à communiquer avec elle. J'ai essayé. Mais je crois que je l'ennuie ou… que je la blesse. Je ne sais jamais quoi dire ou comment … comment bien le dire. Alors je me tais. J'ai voulu apprendre à lui parler. J'ai lu des manuels sur le sujet, j'ai passé des heures sur YouTube… Rien n'y fait. Je suis nulle…

James eut un pincement au cœur. Il resta silencieux.

–Connor était mon confident avant, mon meilleur-ami… Mais… C'est compliqué. Il ne sait pas que je suis une sorcière et il pense que je lui mens. Il n'a pas tout à fait tort… Spencer est parti de la maison parce qu'il étouffait. Rowan est la préférée de notre mère. Tim est en train de mal tourner et fait tout pour attirer l'attention. Je crois qu'il traîne dans de sales affaires…

James prit sa main dans la sienne pour qu'elle arrête de faire saigner ses doigts. Il la pressa dans la sienne.

– Tu sais, je suis la seule sorcière de ma famille… Petite, je voulais absolument être spéciale et me distinguer des autres. J'ai remercié le ciel d'être une sorcière. Jusqu'à ce que je comprenne qu'il avait creusé un fossé entre mes sœurs, mes frères, mes parents et moi.

– Ils ne l'acceptent pas ?

– Ma mère n'en parle jamais. Mon père a mis un verrou sur le placard où j'ai rangé toutes mes affaires liées à la magie. Harper m'a vu avec ma baguette il y a quelques mois et je sais qu'elle garde cette information précieusement pour mieux la faire éclater comme une bombe une fois qu'elle l'aura décidé. J'ai dû en faire une copie et la placer dans l'écrin, tout en haut d'une pile, cachée dans ce placard. J'ai menti…

– Tes parents ne veulent pas que tu fasses de la magie ?

– Non, ce n'est pas vraiment ça…

Pas tout à fait du moins. C'était plus compliqué qu'il n'y paraissait.

– Et tes sœurs et frères ?

– Ils ne sont pas tous au courant de…

Elle se pointa du doigt en souriant faiblement.

– Je les aime, tu sais. Pas comme eux m'aiment. Ils sont géniaux. Mais parfois … Parfois je me dis que si j'avais été fille unique, ou une moldue, une vraie, mes parents n'auraient eu d'autres choix que de m'aimer comme je suis. Je ne dis pas que ton enfance a été parfaite James… La mienne n'est pas catastrophique non plus. Mais tu ne comprendras jamais mes problèmes et je ne comprendrai jamais les tiens. Mes parents ne sont pas des héros. Ce sont des gens de la haute noblesse… Nos peurs et nos doutes n'ont pas les mêmes origines mais leurs natures sont assez semblables… Ne confondons pas tout.

James ne trouva pas quoi répondre à ça, et préféra rester silencieux, une fois de plus.

Que pouvait-il dire ?

– On joue tous d'un instrument. Harper joue de la harpe, Betty de la batterie, Victoria du violon, Caroline de la contrebasse, Palmyre du piano, Connor et moi de la clarinette, Spencer jouait du saxophone, Tim joue du tuba et Rowan du requinto. Mon père adore donner des réceptions et nous faire jouer pour impressionner ses invités.

– Et … Lou ? C'est ça ?

– Lou ne supporte pas le bruit, sourit tristement Citlali. Elle porte toujours un casque anti-bruit sur les oreilles. Mais elle fredonne souvent. Je crois que ça la berce et la rassure.

– Alors, la clarinette ?

– Je n'en jouerai pas devant toi, Potter. Tu peux toujours courir. Je suis trop fatiguée pour ça, et les répétitions aux conservatoires sont devenues de véritables corvées.

– M'en voilà grandement attristé, rit-il. Tu aimes vraiment ça, la clarinette ?

– Oui. C'est juste que je ne veux et ne peux plus y accorder autant de temps qu'avant. Mais si j'abandonne…

Si elle abandonnait, ses parents sauraient immédiatement que quelque chose n'allait pas. Cela faisait désormais plus de six mois qu'elle leur mentait et avait laissé tomber ses études de littérature classique.

– Pourquoi tu ne vas jamais boire un verre avec les autres après les entraînements ? le questionna soudainement Citlali.

« Parce que je préfère m'entraîner avec toi ». « Parce que j'aime bien être avec toi ». « Parce qu'on a passé une nuit ensemble et que depuis, je suis complètement obsédé par toi ». James mordit sa langue. Toutes ces réponses feraient fuir Ctilali.

– Parce que je tiens vraiment à être le meilleur.

C'était la vérité.

– Tu n'es pas le seul.

– Et toi, tu n'es pas seule.

Elle écarquilla ses grands yeux noirs en forme d'amande. James y lisait une certaine douceur et s'attacha à distinguer ses pupilles de ses iris. Ils étaient si sombres qu'ils se confondaient l'un dans l'autre parfois.

– Je sais. J'ai Beth et Emmalee. C'est juste que…

Elle cherchait l'amour là où elle n'en aurait jamais.

Ses parents n'avaient pas le temps pour elle. Citlali effrayait ses sœurs aînées, Palmyre et Lou la trouvaient étrange, Connor ne la comprenait pas et Spencer, Rowan et Tim ne la connaissaient même pas… Citlali s'était tenue à l'écart d'eux pour que ses parents soient rassurés.

Comme si elle était dangereuse…

Comme si elle avait été capable un jour, de les blesser ou de leur faire du mal.

Et elle savait qu'elle l'était et cette pensée la terrifiait. Elle ferma les yeux, chassant les souvenirs qui l'assaillait, la culpabilité qui remontait …

Certes, lorsqu'elle était enfant, les portes claquaient sur son passage et les verres se brisaient lorsqu'elle était en colère, mais jamais elle n'aurait fait du mal à ses proches. Pas volontairement du moins.

Elle était en colère. Elle s'était isolée pour ne pas la faire exploser…

– J'aimerais correspondre aux attentes de mes parents et de ma famille, murmura Citlali.

– Je sais ce que c'est…, assura James en pressant légèrement sa main dans la sienne.

– Mais tu as repris le contrôle. Tu fais ce qui te plaît maintenant ! Tu as leur soutien et …

– Toi aussi, tu fais ce qui te plaît, Citlali…

– Oui mais…

Elle mentait à tout le monde. Elle se cachait.

– On devrait rentrer chez nous, soupira Citlali. Si je suis encore en retard pour ma répétition, je vais me faire gronder.

– Oui, on devrait… Louis est rentré de son dernier voyage. Il rapporte toujours de l'alcool et des gâteaux de ses voyages… Donc autant te prévenir, demain je vais avoir une sérieuse gueule de bois.

Mais ils restèrent tous les deux sur la pile de coussins, trop fatigués pour bouger.

Ils ne parlèrent pas.

Le silence leur allait très bien.

Leurs deux mains l'une dans l'autre aussi, leur allaient très bien.

– J'ai un rat, fit Citlali.

– Je sais. Je me souviens qu'il était toujours sur l'une de tes épaules lorsque nous étions à Poudlard.

– Tu savais vraiment qui j'étais ?

Il avait déjà mentionné ce match de Quidditch lors duquel ils s'étaient affrontés, et cette fois, où elle avait refusé son invitation à sortir avec lui… Pourtant, elle n'en revenait toujours pas. James Potter, le petit roi de Poudlard, se souvenait vraiment d'elle…

– La fille bizarre avec un rat sur l'épaule, je viens de te le dire !

– Roméo ne supporte pas d'être loin de moi.

– Attends, t'as appelé ton rat Roméo ?

– Eh je ne te permets pas !

Et ils parlèrent toute la nuit.

Lorsqu'ils se réveillèrent le lendemain, épaule contre épaule, tête contre tête, les gens du Ministère de la magie les narguèrent.

Juliet et Mia commencèrent même à inventer une petite chanson dont le refrain consistait à répéter « la bleusaille verrait-elle la vie en rose ? ».

Citlali en était mortifiée, mais siffla l'air longtemps après être partie du Ministère.

OoO

– James, reste concentré ! lui pria Teddy.

Citlali se tenait droite comme un « i », impressionnée par Teddy Lupin, auror confirmé, à qui James était en train d'adresser un geste obscène. Elle lui écrasa lourdement le pied avec force.

– Mais t'es complètement malade nom de nom ! jura James.

– Tu viens d'insulter l'un de tes supérieurs.

– C'est lui qui vient de m'insulter en sous-entendant que je manquais de concentration.

– Il a raison. T'as la même concentration qu'un niffleur devant une pyramide de gallions, crétin !

– Comment vont les niffleurs de Louis, d'ailleurs ? fit Teddy avec un grand sourire.

Citlali se massa les tempes. Les Potter allaient avoir sa peau…

– Kiwi est malade. Louis l'a veillé toute la nuit. Myrtille et Prune passent leur temps à se disputer. Banane a un caractère de veracrasse, c'est insupportable… Et Clémentine prend ses bains dans mes bols de céréales…

– Je croyais qu'ils étaient sevrés … et qu'ils devaient partir il y a déjà trois mois.

– Louis s'y accroche et refuse de les laisser partir.

– Victoire s'inquiète, l'informa Teddy.

– Non, sans blague ? Tu trouves ça normal qu'il s'accroche autant à 8 boules de poils puantes juste pour ne pas penser à son ex qui l'a plaqué comme une merde sans le prévenir ?

Citlali lui écrasa son autre pied avec encore plus de force.

– QUOI ? s'écria de douleur James.

– Fais preuve de compassion nom de nom !

Elle s'arrêta quelques instants. « Nom de nom ». Elle venait de dire « nom de nom ». Voilà qu'elle commençait à parler comme lui maintenant… Elle inspecta sa veste noire et y retira un poil, en grimaçant, dégoûtée :

– Tu devrais laver tes vêtements. Tu es négligé.

– Kumquat perd ses poils.

– Kumquat ? l'interrompit Citlali.

– Tu peux bien te moquer « Citlali ».

Sa mine se décomposa un moment et James se mordit l'intérieur de la joue en regrettant immédiatement ses paroles. Teddy manqua de s'étouffer de rire et détourna la tête en regardant son frère s'empêtrer davantage.

– J'adore ton prénom ! Je le trouve mignon et atypique, comme toi !

– Tu me trouves mignonne ?

Le ton sur lequel elle l'avait dit lui laisser supposer que s'il répondait à l'affirmative, il allait passer un sale quart d'heure.

S'il avait été assez observateur, il aurait vu le sourire en coin discret mais bien présent de Citlali, qui prenait un malin plaisir à se moquer de lui…

– Non pas du tout ! répondit vivement James.

– Tu ne me trouves pas mignonne alors ?

Oh Merlin…

– Si. Très. Enfin…

– James ! Citlali… Concentrez-vous ! reprit doucement Teddy.

James lui lança un regard empli de gratitude et de reconnaissance.

– Les patrouilles sur le terrain font partie intégrante de nos missions en tant qu'Aurors. Bien connaître les environnements dans lesquels nous avons à travailler est un excellent point et un vrai plus. Rester discret l'est davantage. L'espionnage et la filature vous permettront d'apprendre à surveiller les potentielles menaces.

James frissonna. Il détestait l'Allée des Embrumes et n'y était allé qu'à de très rares occasions et toujours pour jouer au con. La première fois avait été lorsqu'il était encore enfant : il avait mis Fred et Louis au défi d'entrer dans une boutique de nécromancie. Louis avait hurlé lorsqu'une main monstrueuse et en décomposition s'était posée sur sa tête et ils avaient tous les trois piqué le sprint de leur vie. La deuxième fois, avait été pour rejoindre une femme. Là aussi, il avait piqué le sprint de sa vie en repartant.

Citlali, elle, était dans son élément. Elle connaissait toutes les boutiques, avait discuté avec la plupart des commerçants et adorait s'y rendre. Elle trouvait que la magie, ici, était plus vive et forte, qu'elle avait une aura, une présence spéciale. Dans l'Allée des Embrumes, on rencontrait de tout. Des gens perdus, des gens heureux, des gens maussades, des gens mauvais, des gens relativement mauvais, des gens bien, des gens relativement bien… Beth Carrow y habitait depuis toujours et elle n'était pas une malfrat. Enfin, pas tout à fait… Elle se passionnait juste pour la magie vaudou et les petites malédictions dont raffolaient souvent les moldus pour enquiquiner leurs ennemis.

– Comme c'est la première fois que vous patrouillez, je reste avec vous. Mais pour les prochaines fois, vous serez seuls, leur apprit Teddy. C'est un quartier sensible. On ne sait jamais ce qui peut se passer dans l'Allée des Embrumes… Les sorciers d'ici disent souvent qu'ils ont ni toit ni loi.

– C'est rassurant…

– Si Harry vous a affecté à ce quartier, c'est parce que vous êtes les meilleurs de votre promotion et parce qu'il sait que vous en êtes capables.

James bomba fièrement le torse et Citlali leva les yeux au ciel. Elle tremblait légèrement.

– Demain, vous patrouillerez seuls. Mia et Juliet sont aussi dans ce secteur. Vous pouvez les contacter par lettres de feu, leur rappela Teddy. Maintenant, je me mets en retrait, et je vous laisse faire, les jeunes !

Il fit quelques pas en arrière et immédiatement, Citlali eut l'impression d'être seule et que tout reposait sur James et elle.

Leurs mains se frôlèrent et elle leva les yeux vers lui.

Tout se passerait bien.

OoO

James aurait été capable de dessiner l'Allée des Embrumes, briques par briques, devantures par devantures avec une précision à toute épreuve. Cela faisait désormais une semaine, qu'ils patrouillaient dans le secteur, toujours sous couverture. Depuis leur dernière conversation nocturne où ils avaient fini par s'endormir l'un sur l'autre, Citlali et James n'avaient pas pris le temps de reparler. Ils étaient moins fatigués et avaient pris le rythme.

Il adorait la voir tous les jours s'arrêter devant cette boutique remplie de grimoires très anciens. Il se disait qu'un jour, il lui en achèterait un, juste pour se donner le temps de prendre en photo le sourire ravi qui se peindrait sur son visage.

– Ton anniversaire est quel jour ? lui demanda-t-il.

Citlali écarquilla les yeux.

– Le 9 décembre.

Il nota l'information dans sa tête et attendit qu'elle lui retourne la question.

Ce qu'elle ne fit pas.

– Je ne te le demande pas, parce que j'ai lu dans Sorcière Hebdo que tu es né le 1er novembre, que tu adores la couleur rouge, que ton patronus est un paresseux et que tu as horreur du concombre.

– C'est faux, grommela-t-il.

– Oh.

– J'aime bien le concombre. Ça, c'est encore une connerie qu'a envoyé Albus aux journalistes…

C'était parfois frustrant, que les gens en savent beaucoup sur vous, sans que vous ne les connaissiez. James, sans trop savoir pourquoi, était contrarié de ne pas avoir appris sa propre sa date d'anniversaire à Citlali.

– Pardonne-moi. Je n'ai pas été très délicate. Et si ça peut te consoler, je n'ai pas lu la deuxième page qui parlait de ta relation avec Emmalee. Elle a brûlé le magazine avant que je n'en ai le temps…

– Je ne suis sorti avec elle que deux semaines.

– Les deux semaines les plus chaotiques de sa vie, Potter. Emmalee était insupportable.

Citlali adorait Emmalee Zabini. Vraiment. Elle avait pris Citlali sous son aile, lorsqu'elles avaient onze ans. Avec Beth, elle lui avaient appris tout ce qu'il y avait à savoir sur le monde magique. Elles avaient formé un sacré trio toutes les trois…

– Je n'en doute pas un seul instant, ricana James.

Cette fois-ci, il esquiva le pied de Citlali qui allait s'abattre sur l'un des siens. Elle s'étira comme un chat et examina la nouvelle affiche qui couvrait la porte d'une petite boutique de potions.

Amantes sunt amentes, lut-elle à voix haute.

– « Les amoureux sont fous ».

– Tu connais le latin ? s'étonna-t-elle.*

Albus en récitait souvent pour crâner un peu… Son frère s'intéressait beaucoup à l'Histoire de la magie très ancienne et à son origne même, alors, il étudiait le latin depuis ses quinze ans et parce que James était un fouineur, il avait souvent écouté son frère. Pour ne le surprendre qu'en train de réciter des déclinaisons que James avait fini par retenir.

– Juste ce qu'il faut, dit-il. Cela me fait-il grâce à tes yeux ?

– Juste ce qu'il faut, répondit-elle spontanément.

Il éclata de rire et plusieurs passants les observèrent.

Pour la discrétion, ils pouvaient repasser…

– Une seule lettre change entre ces deux mots, fit Citali en soulignant de son index « amantes » et « amentes ». C'est amusant, non ?

James ne répondit pas. Très souvent, il se demandait si Citlali avait conscience des mots qui sortaient de sa bouche et de ce qu'ils pouvaient signifier.

Ils poursuivirent leur chemin.

Quelque chose n'allait pas.

Les rues étaient plus calmes que d'habitude.

Le sans-abris de la ruelle qui donnait sur le Chemin de Traverse n'étaient pas là.

Les prostituées n'étaient plus là.

Les boutiques étaient fermées.

La baguette de James glissa dans ses mains. Citlali avait déjà la sienne, prête à attaquer.

Teddy transplana derrière eux et les couvertures des deux apprentis aurors volèrent en éclats. Ils retrouvèrent leur apparence habituelle.

– On vient de recevoir un message anonyme : l'Allée des Embrumes serait truffée de bombes.

– De bombes ? s'alarma James.

– Comment c'est possible ? Et qui ferait ça ?

– Un message anonyme ?

– Mistinguette.

– Mistinguette ? C'est quoi ça ? Une vaste blague ? rétorqua Citlali.

– Oubliez ça, maugréa Teddy. Je ne suis même pas supposé vous en parler. Mia et Juliet sont sur le coup, avec Isaak et Tommy Hartley. Ils fouillent la partie nord du quartier.

– Quand ces bombes sont-elles censées exploser ?

Teddy secoua la tête.

– On n'en sait rien.

Citlali fut la première des trois à réagir. C'était comme si elle avait attendu ce moment toute sa vie. Elle leur lança plusieurs sorts de protection et enchanta les bâtiments aux alentours pour contenir les explosions si jamais elles venaient à avoir lieu. Elle agissait vite et avec beaucoup de sang froid. James l'imita rapidement et entreprit de lancer plusieurs sorts de traçage pour retrouver les bombes. Aucun de fonctionna.

– Les gens de l'Allée des Embrumes sont au courant, marmonna-t-il. Sinon, ils ne se planqueraient pas.

– Ils vivent tous ici. Quel intérêt auraient-ils à ce qu'une bombe explose et détruise leurs commerces ? Ils auraient lancé l'alerte… , le contredit Citlali en inspectant une ruelle.

– Ce n'est pas eux qui ont lancé l'alerte. Mais je suis d'accord avec James. Ils sont forcément au courant de quelque chose.

– Ce n'est pas logique, insista Citlali.

– Au contraire. Les gens d'ici se couvrent les uns les autres. Si l'un d'eux a pété un câble et a décidé de tout faire sauter, ils le protégeront de nous, assura James.

– Mais quel intérêt ?

– Les Autres, expliqua Teddy. C'est une attaque des Autres.

– Ils sont encore en vie ces malades ? cracha James.

– Je crois qu'ils sont même plus en forme que jamais, murmura gravement Teddy.

James prit le temps de regarder son frère et ses cheveux bleus. Teddy était rarement inquiet et pourtant, l'anxiété se lisait sans peine sur son visage.

– L'Allée des Embrumes représente tout ce que les Autres détestent : la pureté du sang, la magie noire qui oppresse les plus faibles, le culte d'un temps passé où les sorciers avaient le contrôle sur les moldus et les personnes sans pouvoirs magiques…, fit James à voix haute. C'est logique de vouloir s'en prendre à cet endroit. Mais cela n'explique pas pourquoi les gens de l'Allée des Embrumes ont l'air d'être au courant de cette attaque…

– Non. Tu as raison. Ça n'a aucun sens, approuva Teddy.

James arrêta d'avancer et de chercher. Il fit un tour sur lui-même pour retrouver Citlali. Il ne la vit pas et tenta de garder son calme. Il l'appela à plusieurs reprises. Il revint sur ses pas et la trouva finalement, les deux pieds posés sur un tapis.

Elle ne respirait plus.

Ses yeux noirs se plongèrent dans ceux de James, qui comprirent très rapidement la situation.

– Je crois que je viens de mettre le pied sur une bombe.

Teddy, pas loin derrière James, lança un sort de désillusion et hocha la tête, confirmant leurs craintes.

– Je ne peux pas la désactiver, articula lentement Citlali.

– Pourquoi ça ?

– Parce que j'ai analysé la structure de la bombe à l'aide d'un sortilège de déminage et que cela a failli la déclencher.

– Nom de nom…, marmonna James.

Il savait qu'il n'aurait pas dû réagir comme ça. Il savait qu'il aurait dû dire « ne t'inquiète pas, je vais te sortir de là, je te le promets ». Mais Citlali avait horreur des promesses.

– Vous ne devriez pas rester ici, fit une petite voix derrière James.

Il se retourna pour faire face à une vieille dame au dos courbé par le poids des années et aux longs cheveux blancs.

Elle fit claquer sa langue contre son palais. Teddy avait pointé sa baguette sur elle, méfiant.

– Il est venu hier, avec deux autres personnes. Elles étaient imbibées de polynectar. Je sais sentir l'odeur du polynectar, vous savez ?

– Le polynectar n'a pas d'odeur, répondit mécaniquement Citlali.

– Oh si, il en a une. Et ces deux personnes empestaient le polynectar.

– Ces trois personnes…, commença Teddy.

– Elles sont posées les bombes dans la nuit. Discrètement. Mais moi, je vois tout.

– Et ce « il » ? Qui est-il ?

La vieille dame esquissa un sourire et leva sa main droite. Son auriculaire se baissa. Suivi de son annulaire puis de son majeur.

– Madame…, la prévint Teddy en serrant les deux.

L'index se baissa et Citlali se mit à gémir, les jambes tremblantes et le dos en sueur. Lorsque le pouce tout fripé de la vieille dame se baissa enfin, la bombe sous les pieds de Citlali explosa.

Citlali Tucker ne sentit plus rien d'autre que le souffle brûlant et dévastateur de la bombe.

OoO

James avait eu la peur de sa vie. La tête de Citlali avait fait un bruit absolument immonde lorsqu'elle avait percuté le sol. Les sorts de protection qu'elle leur avait lancé l'avaient protégée. Citlali s'était réveillée dans les bras de James, à Sainte-Mangouste, avec une belle fracture du poignet et l'arcade sourcilière bien ouverte.

– Mais puisque je vous dis que je vais bien ! Laissez-moi partir ! JE VOUS INTERDIS DE ME TOUCHER !

Toutes les âmes présentes dans les urgences magiques de l'hôpital sorcier avaient probablement entendu que Citlali Tucker refusait qu'on l'approche.

James se leva, pourtant à bout de force, et tira le rideau. Citlali enfilait son chemisier noir, les doigts tremblants alors qu'un médicomage repartait, la mine grise.

– Pervers…

– Ce n'est pas comme si je t'avais déjà vu nue, Tucker, fit-il remarquer en détournant toutefois les yeux.

Lorsqu'elle toussota, il se retourna. Elle était assise au bord d'un tout petit lit et cette vision raviva les souvenirs de cette fameuse nuit. Une nuit où elle n'était pas vulnérable et où il n'était pas inquiet pour elle.

– Tu crois pas que ma dignité en a assez pris pour aujourd'hui ? chuchota-t-elle.

– Tu as eu peur. On a tous eu peur. J'ai cru que…

Il avait vraiment cru que Citlali était morte et que cette bombe avait vraiment explosé. Il s'était avéré que la seule chose qui avait explosé, avait été un parfum d'encens à la menthe.

– Je n'arrive pas à… Mes mains… Elles sont engourdies, bégaya Citlali. Est-ce que tu peux m'aider s'il te plaît ?

James, les doigts tout aussi tremblants que ceux de Citlali, commença à reboutonner le chemisier de jeune femme, étrangement silencieuse, qui avait abandonné l'affaire.

– Ne me fais plus jamais de frayeur pareille, chuchota-t-il contre son oreille.

– Je ferai de mon mieux, lui sourit-elle.

Elle sentait ses yeux éviter sa poitrine, caresser sa peau et l'inspecter. Une partie d'elle lui hurlait de la prendre dans ses bras. L'autre lui disait de partir. Les deux se déchiraient et sans trop savoir quoi choisir, Citlali avait décidé de garder le silence.

James referma le dernier bouton et s'attachait désormais à refaire le nœud lavallière de son haut.

– J'ai besoin de toi, Citlali.

– Tu trouveras un autre partenaire que moi, James, s'amusa-t-elle.

– Ne fais pas semblant de ne pas comprendre ce que je veux te dire, Lali.

– « Lali » ?

Ses yeux papillonnaient à toute vitesse. Elle traitait l'information. La sonorité de ce surnom. Personne ne lui avait jamais donné de surnom, en dehors des membres de sa famille. Sa mère l'appelait « trésor », mais tous ses enfants étaient ses « trésors ». Son père l'appelait « ma petite sorcière », comme une vieille blague, mais son visage se crispait à chaque fois qu'il le disait. Connor l'appelait « Ci' ».

Beth et Emmalee ne lui avaient jamais donné de surnom, parce qu'elles disaient que son prénom était trop beau pour être raccourci.

– Ce sont les amis qui se donnent des surnoms James.

Il serra un peu trop fort le nœud lavallière et s'excusa immédiatement.

– Nous sommes amis, Lali.

– Vraiment ?

– Je te connais, et tu me connais. Je te comprends et tu me comprends.

– Ce n'est pas pour autant que nous sommes amis.

– Je t'apprécie Citlali.

Elle ferma les yeux et pinça les lèvres.

Elle avait envie de s'enfuir.

Ce n'était pas réel. Ça ne pouvait pas être réel.

– Étoile. Mon prénom veut dire étoile en nahuatl.

Elle déglutit faiblement.

– Pardon de vous déranger mais… Oh James !

– Lily…, souffla James.

Sa petite sœur, habillée d'une blouse et les cheveux attachés, avait un sourire en coin insupportable, de ceux qu'avaient les petites sœurs lorsqu'elles surprenaient leurs aînés dans une situation qui les mettait dans l'embarras.

– Je suis désolée de vous interrompre.

Lily se tourna vers son frère :

– Monsieur Potter, je vais vous demander de partir.

– Je suis ton frère Lily…

La rousse fronça les sourcils puis sembla s'adoucir :

– Ah oui pardon.

James se détendit, avant de voir sa sœur poser les poings sur ses hanches et reprendre d'une voix forte :

– Dégage de là sale troll !

Citlali baissa la tête pour cacher son sourire.

– Il peut rester, indiqua-t-elle à la cadette des Potter.

– Bien, accorda-t-elle. Citlali, j'ai remarqué que ton sang ne portait aucune trace des vaccins sorciers obligatoires… Tu ne te souviens pas avoir…

– Citlali est née-moldue, Lily, glissa prudemment James.

– Oh. Ceci explique donc cela… Normalement, les élèves nés-moldus de première année sont vaccinés à Poudlard maintenant. Tu n'as pas…

– J'étais malade le jour de la vaccination, répondit précipitamment Citlali. J'ai peut-être un peu menti par la suite en falsifiant le certificat des vaccins d'une de mes amies…

– T'as échappé au vaccin ? s'amusa James.

– Oui. Enfin non. Et je n'en ai pas besoin. Vraiment. Je suis en parfaite santé. J'ai un système immunitaire à toute épreuve ! Mes globules blancs sont des exemples en matière de défenses ! Je te le promets, Lily !

– T'as déjà entendu parler de la dragoncelle ? l'interrogea très sérieusement la cadette des Potter. Des boutons violets se mettent à te pousser partout sur le visage. Tu craches du feu. Ton teint vire au vert. Et est-ce que tu connais la maladie d'oreillongoules ? Ou l'éclabouille ? Ou la scrofulite ? Tu te mets à vomir tes propres…

– Arrête ça Lily, je crois qu'elle a compris, souffla James.

Citlali était devenue plus pâle que d'ordinaire.

Elle imaginait à peine les têtes de ses parents ou de ses frères et ses sœurs si elle venait à attraper une maladie sorcière. Et quelles seraient les conséquences sur eux ? Merlin, qu'elle avait été imprudente…

Elle tremblait de tout son corps.

– Mais je suis jeune. Je ne risque rien, non ?

– Tu serais prête à mettre les gens plus vulnérables autour de toi en danger parce que tu ne veux pas d'une petite piqûre ? s'énerva un peu Lily.

Pour la patience et la compassion du patient, on pouvait repasser… Lily débutait après tout et James savait que ce sujet lui tenait à cœur à cause de Hugo, qui était très vulnérable face à toutes ces maladies pour lesquelles il n'avait presque aucune immunité.

– Non, non pas du tout, je t'assure c'est juste que…

– Non mais je rêve ! éclata de rire James en comprenant. Tu as peur des piqûres ?

– Non, non, pas du tout ! répéta la brune avec un peu trop d'aplomb et de précipitation pour qu'il s'agisse de la vérité.

– Elle est toute petite, cette aiguille, assura Lily, qui venait de se radoucir.

Elle écarta deux de ses doigts, pour lui montrer la taille. James haussa un sourcil et les écarta davantage.

– Ça ne sert à rien de mentir…

– J'essaie de la rassurer ! pesta Lily après son frère.

– Je déteste le mensonge, bredouilla Citlali.

Elle qui mentait tout le temps à son entourage, ne supportait pas ne pas savoir la vérité. Et Citlali finissait toujours pas l'apprendre d'une façon ou d'une autre.

– C'est très important que tu fasses ce vaccin, Citlali.

– Très bien, capitula celle-ci.

– Parfait.

Lily tapa dans ses mains l'air ravi et revint quelques secondes plus tard, avec une énorme seringue dans les mains.

– Il y a quelques effets secondaires, cependant. Généralement, les patients restent chez eux toute une journée au repos, après l'injection. Ça fait beaucoup dormir.

– Je ne peux pas rentrer chez moi en étant léthargique. Mes parents vont paniquer !

Elle se massa les tempes et se mit à réfléchir.

– Je peux envoyer un hibou à une de mes amies ?

– Bien sûr ! répondit Lily.

Elle lui tendit une plume et un morceau de parchemin. L'ancienne Serpentard écrivit à ses deux amies, espérant qu'au moins une des deux viendraient la chercher. Lily fit disparaître le morceau de papier d'un coup de baguette, pour l'envoyer au service courrier de l'hôpital et inspira un grand coup :

– Prête ?

Citlali secoua la tête.

– Et dire que je venais de reboutonner ton chemisier… , se désola James.

– Mais tu es plus doué pour le défaire, c'est indéniable.

James écarquilla les yeux et Citlali se gifla mentalement. Mais que venait-elle de dire, par Merlin ?

C'était l'adrénaline.

Oui. L'adrénaline.

Elle s'attela à défaire les boutons, juste assez pour découvrir l'une de ses épaules.

– On dirait que tu vas t'évanouir…, commenta James.

– C'est probablement le cas, avoua Citlali. J'ai vraiment très peur des piqûres.

– Tu viens d'échapper à une attaque terroriste …, murmura à voix basse James.

Ses lèvres frôlèrent son oreille et la firent trembler davantage.

– C'était bidon, cette attaque ! Il n'y avait aucune bombe !

– Tu sais que c'est plus compliqué que ça…

Citlali regarda Lily désinfecter la zone et James prit son visage entre ses deux mains.

– Eh. Lali. T'es une dure à cuire.

– Y'a aucun doute là-dessus.

– Ça vient d'où le nahuatl ?

– Du Mexique. C'est une langue très ancienne, parlée par quelques peuples indigènes.

– Pourquoi tes parents t'ont-ils appelée comme ça ?

– Parce qu'ils m'ont conçu en regardant une telenovela. L'un des personnages principaux s'appelait Citlali.

Elle ne l'avait jamais dit à personne.

– C'est quoi une telenovela ?

Elle se sentait hypnotisée par ses yeux noisettes et par la chaleur de ses mains sur ses joues.

– Sérieux ? rit-elle légèrement. Tu ne sais pas ce que c'est ?

– Non. Mais tu pourrais m'apprendre beaucoup de choses. Comme le son que fait une clarinette.

– Ok.

Ils étaient si proches que leurs deux fronts étaient sur le point de se toucher.

– Ok ?

– Je jouerai pour toi. Un jour. Quand j'en aurai envie.

– Et voilà ! C'est terminé ! annonça Lily.

Citlali se rhabilla, ravie de ne pas avoir senti grand-chose et sentit ses paupières devenir étrangement lourdes. Elle s'appuya naturellement contre James qui déposa un baiser sur son front.

– Je crois que je vais m'endormir…, fit-elle, la bouche pâteuse et la voix ensommeillée.

– C'est à cause du vaccin.

– J'aime bien que tu m'appelles Lali.

– Ah oui ?

– Oui.

Il l'allongea sur le petit lit. Elle avait fermé les yeux et sa respiration était déjà plus calme.

– Tu veux bien être mon ami, James ?

Il opina tout de suite, avant de se rappeler qu'elle ne pouvait pas le voir.

– Oui.

– Cool…

C'était tout ce qu'elle pouvait lui accorder pour le moment. Mais Merlin savait qu'elle voulait tellement plus.

Quelques minutes plus tard, elle dormait à poings fermés. Il se leva et passa une main sur son visage, pour se réveiller. Lily était un peu plus loin, mais James savait qu'elle n'avait pas perdu une miette de leur échange. Il s'approcha d'elle et accepta le café qu'elle lui offrit.

– Citlali Tucker, hein ?

– C'est compliqué.

– Elle sait qu'elle te plaît ?

– Je crois.

– Est-ce que tu sais que tu lui plais ?

– Je crois.

– Bien, déclara l'apprentie médicomage.

– Garde ça pour toi, s'il te plaît.

– Tu n'avais même pas besoin de me le dire, sale troll…

Lorsque Beth Carrow et Emmalee Zabini arrivèrent, moins d'un quart d'heures plus tard, il les salua. Les deux jeunes femmes lui répondirent chaleureusement, soulagées de constater que leur amie allait bien. James s'en alla une fois qu'elles soient toutes les trois parties.


* – Tu connais le latin ? s'étonna-t-elle.

(...)

– Juste ce qu'il faut, dit-il. Cela me fait-il grâce à tes yeux ?

– Juste ce qu'il faut, répondit-elle spontanément.

Il s'agit d'un passage directement repris de Historia Amoris de Juliette54, dont cette histoire s'insipire grandement. Les "nom de nom" de James, sont aussi un clin d'oeil à cette fanfiction, Charlus Potter ayant également ce tic de langage.