10 juin 1899 - Écosse
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Lucie divaguait de nouveau. Elle essaya de résister aux brumes de la fièvre, mais ne tint pas longtemps. Sa dernière pensée fut d'espérer que son cousin arrive avant qu'elle ne parte définitivement.
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"Maman !
- Oui ma puce ?"
Agitée, la petite Lucie se balança d'un pied sur l'autre.
"Mes camarades m'ont encore demandés qui était mon papa..."
Honoria arrêta de se pomponner, se figeant dans son mouvement. Elle se tourna vers sa fille, presque craintivement, redoutant sa prochaine question.
"Qui est mon papa maman ? Il est gentil au moins ?"
Sa mère ne lui offrit qu'un baiser sur le front pour toute réponse.
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Cela devait être son souvenir le plus vieux, pourtant, elle continua à s'enfoncer dans sa mémoire. Comme si elle ne connaissait plus de limites.
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Une explosion, un souffle rasant les bâtiments. L'air brûlant littéralement son corps. Son cri, sa pensée pour son fils et son mari.
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Lucie, toujours inconsciente, poussa un petit gémissement, ayant l'impression de revivre la douleur de ce souvenir ne lui appartenant pas.
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Elle, jeune femme et intellectuelle du vingt-et-unième siècle, perfectionnait son apparence dans le miroir. Elle avait une conférence sur l'ésotérisme et le néo-féminisme dans quelques instants. Jetant un bref coup d'œil inquiet aux nouvelles, elle se mordit la lèvre. Les annonces n'étaient pas bonnes, apparemment ils ne pouvaient plus rien faire pour empêcher l'explosion de la centrale nucléaire. Abandonnant tout son bazar, elle décida que le plus urgent était de voir sa famille.
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Si au début le rythme des souvenirs était lent, maintenant ils se déversaient avec de nombreux savoirs à toutes allures dans son esprit. Des runes, des rituels et des sorts défilaient devant ses yeux. Des connaissances sur les plantes et l'arithmancie, les sabbats et les sorts runiques... Ces symboles jusqu'alors inconnu virevoltèrent derrière ses paupières clauses. Rien ne pouvait les arrêter.
