Chapitre treize : Entre Rêve et Cauchemar
« Nouveau Serviteur Suprême de la Sorcellerie : Le Sang Pur Américain Ryan Dee » par Rita Skeeter.
« Vœu de "tradition" de Ryan Dee : pureté du Sang au programme du MIAM ! » par Xenophilius Lovegood.
« Conférence de presse du ministre de la Magie : retour de la paix nationale ! » par Rita Skeeter.
« Attaque du pont de Brockdale : mort de trente moldus ! » par Xenophilius Lovegood.
« Lucius Malefoy prend le rôle de représentant du CSE ! » par Rita Skeeter.
« Guide anti-Mangemorts : comment vous protéger contre les forces du Mal ! » par Xenophilius Lovegood.
« Changement de direction à Poudlard : Dolorès Ombrage réinvente l'éducation ! » par Rita Skeeter.
« Poudlard sous contrôle de l'Ordre Noir : Comment protéger vos enfants ! » par Xenophilius Lovegood.
« Kidnapping du Garçon-Qui-A-Survécu par Dumbledore ! » par Rita Skeeter.
« Retour d'Albus Dumbledore : sauvetage de Harry Potter ! » par Xenophilius Lovegood.
« Le ministère dément les rumeurs sur des attaques de géants ! » par Rita Skeeter.
« Attaque de géants : comté de Somerset ravagé, Moldus sinistrés ! » par Xenophilius Lovegood.
« Libre-circulation rouverte : soulagement des travailleurs transfrontaliers ! » par Rita Skeeter.
« Mangemorts aux plus hautes sphères du pouvoir : Ordre Noir libre de circuler ! » par Xenophilius Lovegood.
L'atmosphère à Square Grimmaurd était à la défaite en ce dix-neuf janvier. Autour de la table de la cuisine, les quatorze membres disponibles de l'Ordre du Phénix attendaient les nouvelles de leur leader, bien que la rumeur s'était déjà répandue par l'intermédiaire de Molly Weasley.
Scrimgeour se leva et le silence s'installa.
– Cette nuit, le domicile de Xenophilius Lovegood a subi une attaque menée par un mangemort isolé. Malgré la vitesse de réaction de Mrs Weasley pour nous prévenir de l'apparition de la Marque des Ténèbres dans le ciel de Loutry Sainte-Poule, nous n'avons pas été en mesure d'intervenir à temps. En ce moment même, l'incendie a été maîtrisé et les décombres sont fouillés par une équipe de la police. Le ministère a décidé de ne pas ébruiter l'affaire. Les raisons de cette attaque sont évidentes. Il n'en reste pas moins que nous avons perdu notre moyen majeur d'information du sorcier des rues.
– Comment va-t-on annoncer la disparition de Xenophilius à la petite Luna ? intervint Molly, les yeux bordés de rouge.
– Il y a plus urgent ! protesta Doge. Nous avons perdu trop de nos membres clés, ces derniers jours. Il faut recruter de toute urgence. Au ministère, au CSE, à Poudlard même ! Le MIAM est complètement hors d'atteinte avec la mort d'Alighieri. Et tout le monde a bien compris de quel côté du chaudron se tient ce Ryan Dee de la Confédération des Sorciers-Unis. C'est un puriste qui n'hésitera pas à se lier d'amitié avec Lucius Malefoy.
– Lucius Malefoy profite de son influence au CSE pour faire passer des mesures en sous-main, ajouta Shacklebolt. Il y a des rumeurs au ministère sur la possibilité de nouvelles mesures strictes sur le statut du sang. L'usage de la magie pourrait bientôt être interdit aux Né-moldus.
– Les prochains seront les hybrides, les sang-mêlés et les traîtres à leur sang, renchérit Tonks en zieutant discrètement Remus sous sa frange violette.
– Je ne peux pas laisser Percy continuer à travailler sous les ordres de ce... ce Thickness ! s'exclama Molly. Tout ça devient trop dangereux. Il pourrait être pris pour cible n'importe quand, tout comme Xenophilius.
– Nous ne pouvons pas nous permettre de perdre l'un de nos rares espions, rétorqua Doge. Surtout pas à un poste comme le sien, si proche du ministre !
– Je ne pense pas que Percy accepte de fuir non plus, ajouta Bill. Il connaît les risques et il les a acceptés.
– Je refu —
– S'il vous plaît, Molly, la rabroua Scrimgeour avec une lassitude latente. Gardez vos débats personnels en dehors de cette réunion. Revenons-en au sujet relevé par Elphias. Nous devons recruter.
– Gurdjieff, le directeur du Bureau des Aurors, lâcha Maugrey, dont l'œil magique restait figé sur le verre de vin de Mondingus Fletcher, relégué en bout de table. Il a refusé plusieurs propositions de rejoindre les Mangemorts. Il leur fait croire qu'il ne comprend pas leurs allusions, mais je sais que ce n'est qu'un moyen de gagner du temps. Je pourrais l'approcher pour lui proposer de s'engager chez nous.
– Procédez avec prudence, avertit Scrimgeour.
– Il y a Edwina Cerchi.
– L'héritière des Alighieri ? demanda Jones, perplexe. En quoi peut-elle nous aider ?
– Elle siège au CSE, précisa Bill. Elle pourrait nous reporter en détail les mesures débattues et contrer celles proposées par Malefoy. Depuis avant-hier, elle fait beaucoup parler d'elle à Gringotts, parce qu'elle refuse de rouvrir le coffre Alighieri malgré la pression du reste de la famille. Elle dit que c'est par respect pour Envy, pour qui elle semble avoir développé une réelle affection. En nous appuyant sur cette affection, nous pourrions la persuader de nous venir en aide.
– Comment comptes-tu entrer en contact avec elle ? questionna Molly. D'après ce que nous en savons, elle vit en Italie.
– Je suis dans les bonnes grâces de Dirk Cresswell, le directeur du Bureau de liaison des gobelins à Gringotts. Je pourrais lui demander une affectation temporaire à la banque de Rome. Là-bas, je rentrerai en contact avec Virgil Caponsacchi, l'ancien conseiller d'Envy. Il connaît bien la famille Cerchi. Je serai en mesure de le convaincre de me prêter main-forte pour contacter la comtesse.
– Bien. D'autres propositions ?
– Nous devrions surveiller Broderick Moroz, annonça Shacklebolt. Nous ignorons combien de temps il remplacera McKollughan au poste de Directeur du Département des Mystères, mais étant donné les rapports reçus par Ste Mangouste, McKollughan pourrait très bien ne jamais être en mesure de reprendre sa carrière au ministère.
– Collectez des informations sur Moroz. Je veux savoir dans quel camp il penche.
Shacklebolt, Tonks et Maugrey se concertèrent du regard avant d'acquiescer.
– Et concernant Poudlard ? s'immisça Sirius.
– Comme vous le savez, Ombrage remplace Minerva en tant que directrice. Elle a donc Poudlard sous son contrôle total, répondit Scrimgeour. Apparemment, elle surveille les activités de Minerva de très près, ce qui explique son absence et son incapacité à communiquer avec l'Ordre. Notre dernier lien restant avec l'intérieur de Poudlard s'avère être Severus.
Le professeur de potion, penché sur Dumbledore à qui il administrait les soins que Pomfresh ne pouvait plus lui fournir, releva le nez de son ouvrage.
– Pourrions-nous obtenir des détails sur le fonctionnement actuel de Poudlard ?
Rogue se redressa avant de réciter d'une voix monotone les changements opérés à l'école.
– Les mises à l'épreuve des professeurs ont repris. Elle compte manifestement purger Poudlard des derniers vestiges de l'ère Dumbledore en renvoyant tous ceux qu'elle juge trop près de l'Ordre du Phénix. Bien entendu, les professeurs McGonagall et Hagrid sont ses cibles privilégiées et je ne doute pas un instant qu'elle réussira à les expulser du château avant deux semaines. Ensuite, elle s'attaquera au professeur Flitwick, car comme l'a si bien dit Tonks, les hybrides ne vont pas tenir longtemps sous son règne.
– Et les enfants ? s'enquit Jones, s'attirant aussitôt la sympathie de Mrs Weasley. Que compte-t-elle leur faire subir ?
– Toutes les mesures mises en place par Alighieri ont été annulées. Elle a désormais la liberté de punir les élèves comme bon lui semble. Les cours de défense supplémentaires ont été supprimés et les cours de DCFM sont revenus au programme initial : uniquement de la théorie et aucun usage de la magie autorisé. Elle a également créé une brigade inquisitoriale menée par les enfants des partisans des Mangemorts. Certains de mes Serpentards m'ont même rapporté des rumeurs sur une Plume de sang.
Les visages autour de la table pâlirent, toutefois, Rogue conservait son air indifférent.
– La situation à Poudlard ne cesse de se détériorer, poursuivit-il. Bien que l'étrange phénomène entourant le lac noir ait pris fin en même temps qu'Alighieri ait tué les dernières créatures susceptibles d'attaquer, désormais, ce sont les centaures qui posent problème à la sécurité du château. Depuis l'incendie lors de l'arrestation d'Alighieri et d'Elric, leur territoire a diminué de moitié et ils réclament réparation. Évidemment, Ombrage ne compte aucunement les aider.
– À propos des événements d'il y a quatre jours, notre enquête a-t-elle connu des progrès ? enchaîna Scrimgeour.
– On ne sait toujours pas qui a donné l'ordre de faire exécuter Envy, admit Tonks. Personne n'a la moindre idée de ce qu'il s'est passé.
– Le fait est qu'Alighieri est mort, coupa Rogue d'un ton tranchant. Nous avons plus urgent que de découvrir la vérité sur ce tragique incident.
– Je pense au contraire que lever le voile sur ces deux disparitions est primordial, répliqua soudain Dumbledore, intervenant pour la première fois.
Les regards se posèrent sur la frêle silhouette au visage émacié et profondément marqué par l'âge et la maladie.
– Pensez-y. Ni l'Ordre du Phénix ni le ministère ni l'Ordre Noir n'avait intérêt à la mort d'Envy. Selon des sources sûres, aucun de ces trois camps n'a ordonné l'exécution. Aussi, selon Severus, des trois personnes responsables du transfert d'Envy, que ce soit de Poudlard au ministère, puis du ministère au Département des Mystères, aucune des trois n'est sortie indemne. Dolorès Ombrage a subi un puissant sortilège de confusion, Keith McKollughan a été oubliété et l'Auror Gladpy a disparu en laissant des signes évidents d'une lutte intense derrière elle. Aujourd'hui, je me doute qu'elle n'est plus de ce monde. De plus, je ne crois pas à la coïncidence. La mort d'Edward n'était pas de sa propre volonté.
– Le rapport magicolégal est très clair, riposta Maugrey. Elric s'est suicidé par pendaison. L'enquête a été menée soigneusement sur les ordres mêmes de Vous-Savez-Qui et il n'y a pas de place au doute. Nous savons tous à quel point vous aimiez ce garçon et que vous le portiez haut dans votre estime, mais le fait est qu'il s'est suicidé.
– Quelqu'un a décidé qu'il valait mieux les faire disparaître tous les deux pour que Voldemort ne puisse pas découvrir le secret de l'immortalité ! rétorqua Dumbledore avant de partir dans une quinte de toux.
– Ils ne devaient pas avoir une très bonne technique, marmonna Mondingus, lorsque la respiration du vieux mage se calma. Puisqu'ils mangent les pissenlits par la racine.
Des regards choqués se tournèrent vers lui avant de se détourner avec dégoût.
– Envy et Edward sont en vie.
– Pardon ? Dumbledore, vous ne pouvez pas vous voiler la face plus longtemps, répondit Diggle. Nous faisons tous notre deuil, mais ne partons pas dans des théories loufoques.
– Voici la preuve de ce que j'avance, annonça Dumbledore en tendant la main qu'il ouvrit sur un orbe brillant. Certains d'entre vous reconnaîtront cet objet. Il s'agit de la prophétie concernant Envy Alighieri, Edward Elric et Lord Voldemort, prédite il y a plusieurs siècles à Nicolas Flamel par un mystérieux oracle dont les initiales sont G.O.D. Comme vous pouvez le remarquer, cette prophétie est toujours active. De ce fait, il est tout à fait possible qu'Envy et Edward soient en vie.
– La prophétie peut se tromper, rétorqua Doge.
– La prophétie ne se trompe jamais.
– Où seraient-ils, s'ils étaient en vie ? demanda Sirius, qui voulait visiblement y croire.
– Comment s'y seraient-ils pris ? questionna Remus. Simuler un suicide est faisable, mais un Baiser du Détraqueur ?
– Pourquoi ne nous auraient-ils pas mis dans la confidence, s'ils avaient prévu un tel plan ? interrogea Molly en tenant son mouchoir contre son cœur.
– Nous étions en désaccord depuis plusieurs mois, avoua Dumbledore avec peine. Ils comptaient quitter l'Ordre un jour ou l'autre et agir de leur propre chef. De plus, un tel plan nécessitait le plus grand secret. Quant à leur localisation actuelle, il y a de grandes chances qu'ils se cachent là où nous l'attendons le moins. Pour ce qui est du procédé utilisé pour simuler ces deux décès, j'ai confiance en leur imagination. Ça ne serait pas la chose la plus extraordinaire qu'ils aient accomplie. En outre, je doute qu'ils aient agi seuls.
Parmi son auditoire, la plupart semblaient penser que ces propos n'étaient que le fruit des divagations d'un vieil homme.
– Vous pensez que leur employeur les a aidés, nota Rogue avec un intérêt ténu. Ce n'est pas la première fois depuis la rentrée que vous faites part de vos soupçons à son propos.
– Cet « employeur », il s'agit de G.O.D, n'est-ce pas ? intervint Doge. Vous aviez manifesté de vifs doutes quant à ses réelles motivations, après que nous ayons entendu la prophétie.
– Attendez ! Vous avez dit que cette prophétie avait été faite il y a plus de 300 ans, s'exclama Diggles. Comment savoir si ce sorcier vit encore ?
– Je me souviens d'Alighieri disant avoir parlé avec lui après le retour de Vous-Savez-Qui, remarqua Doge avant de se tourner vers Scrimgeour et Dumbledore pour confirmation.
– C'est exact, affirma Dumbledore en hochant le menton. Vous avez sûrement gardé le souvenir qu'Envy a également mentionné une seconde prédiction de G.O.D faite lors de cette rencontre. Prédiction annonçant la mort d'Envy et le triomphe d'Edward sur Voldemort. La première partie vient de se réaliser. Envy est peut-être mort, mais Edward ne peut l'être.
– Qu'est-ce que vous savez d'autre sur ce G.O.D ? demanda Sirius.
– J'ai tenté bien des fois d'obtenir des réponses d'Edward, admit Dumbledore en croisant ses doigts devant son visage. Je n'ai malheureusement pas appris grand-chose. Edward n'apprécie pas ce sorcier. Il m'a également avoué à demi-mot que si sa véritable identité venait à sortir de l'ombre, la sécurité internationale pourrait être mise à l'épreuve. Excepté ces informations des plus vagues, nous ne possédons rien d'intérêt. Uniquement des incertitudes sur ses motivations.
– Il a prédit la venue de Vous-Savez-Qui bien avant sa naissance, remarqua Remus. Pourquoi n'a-t-il entrepris aucune action avant la Première Guerre ? Pourquoi attendre la seconde pour réagir ?
– Et pourquoi demander à de simples garçons ! commenta Diggle.
– Il n'y a jamais rien eu de « simple » à propos d'Envy et d'Edward, répliqua Sirius, défensif.
– Même si j'ai encore des doutes sur tout le reste de cette histoire, je dois bien avouer que Sirius a raison sur ce point, renchérit Shacklebolt. Pour sa part, Alighieri était particulièrement spécial.
– Moi, ce que j'aimerais savoir, c'est ce que cette prophétie dont vous n'arrêtez pas de parler dit ! s'interposa Diggle.
– Hum... La vraie question c'est : si G.O.D a fait cette prophétie il y si longtemps, et qu'il a parlé à Envy en juin, pourquoi n'a-t-il pas mentionné la prophétie plus tôt ? lâcha Tonks.
– Et s'il l'a fait, pourquoi Envy ne nous aurait rien dit ? ajouta Shacklebolt.
Bientôt, le volume sonore dans la cuisine étroite monta si haut qu'il fut presque insupportable. Finalement, Maugrey perdit patience le premier et tapa brutalement de son bâton de marche sur le sol, coupant court aux disputes.
– Taisez-vous un peu, aboya-t-il.
Le silence se fit immédiatement.
– Ça suffit pour les théories, probables ou pas. Nous avons des sujets autrement plus importants sur les bras. Les géants ont massacré des moldus. Des Mangemorts ont peut-être tué Lovegood. Des Détraqueurs aspirent des âmes à tout va. Qu'Alighieri et Elric soient hypothétiquement en vie ne change rien à tout ça.
– Nous pouvons toujours garder l'œil ouvert pour traquer le moindre signe de vie, proposa Shacklebolt. Sans toutefois nous attarder plus que nécessaire sur cette affaire. Qui que soit G.O.D, il semble agir pour la chute de Vous-Savez-Qui.
– Ça devrait nous suffire pour le moment, grommela Maugrey en tapant amicalement l'épaule de son collègue. Pas vrai ?
– Et si Vous-Savez-Qui les retrouvait avant nous ? lança Sirius. Si ce que Dumbledore dit à propos de leur « secret de l'immortalité » est vrai, alors nous aurons de plus gros problèmes encore.
– Nous ne sommes même pas sûrs qu'ils soient en vie ! s'exclama Diggle. Ne courons pas après des chimères.
– Suis bien d'accord, bougonna Mondingus dans son coin. P'is, si ça s'trouve, la prophétie du p'tit Potter s'est rallumée. Pourrait très bien être celui qui nous débarrassera de Vous-Savez-Qui.
Bizarrement, personne n'y avait pensé avant son intervention inopinée.
– Kingsley pourrait profiter de son approche de Moroz pour vérifier l'état de la prophétie, suggéra Jones.
– Et vous dites que les théories sur Envy et Edward sont des chimères ? commenta Remus. Harry ne sera jamais un tueur. Vous-Savez-Qui tombera par la main de quelqu'un d'autre.
– La prophétie n'indique pas de meurtre et ça n'en serait pas un ! se récria Jones. Vous-Savez-Qui mérite son sort ! Ce sorcier est inhumain !
– Donc vous pensez qu'Envy a mérité d'être Embrassé parce que lui aussi était « inhumain » ?
– Ah ! Allons ! Je n'ai jamais dit ça !
– C'est vrai, Remus, elle n'a pas voulu dire ça, tenta Tonks en serrant brièvement le bras de Lupin.
– Je pense que nous avons tous grand besoin d'un grand bol d'air avant de reprendre une conversation censée et civilisée, conseilla Diggle en se levant.
– Excellente idée ! approuva Mondingus en titubant hors de la cuisine.
– Je vote pour, soupira Tonks, les épaules basses.
– Cette réunion prend fin immédiatement, annonça Scrimgeour, las. La prochaine date vous sera communiquée par les voies habituelles.
Rogue, Diggle, Doge et Jones quittèrent Square Grimmaurd sans attendre. Après une courte discussion à voix basse dans un coin de la cuisine, Scrimgeour, Shacklebolt, Tonks et Maugrey partirent à leur tour.
– Vous pensez réellement qu'ils sont encore en vie ? chuchota Molly en s'asseyant près de Dumbledore.
– J'en ai l'intime conviction, affirma Dumbledore, les yeux plus vifs que de coutume.
– Ed…
Edward grommela quelque chose dans son sommeil avant de plaquer son avant-bras sur ses paupières closes pour se protéger de la vive lumière qui le dérangeait.
Qui a eu la merveilleuse idée d'allumer la lumière ?
Il était couché sur une matière étrange, sans température discernable, sans texture. Ses doigts tapotèrent vaguement le sol, espérant comprendre sur quoi il reposait.
– Eh, je sais que t'es réveillé !
Un doigt s'enfonça dans sa joue sans douceur et pressa sans vergogne, ballottant sa tête de droite à gauche.
Qui est ce crétin ?
Les doigts de l'inconnu pétrirent sa joue endolorie, qui ne tarderait sûrement pas à rougir à force de tant de maltraitance. Cette personne, qui qu'elle soit, allait bientôt se prendre un coup de dent.
C'est qu'il fait mal, ce crétin !
Edward expira bruyamment par la bouche en fronçant les sourcils.
– Nabot ?
Edward ouvrit les yeux. Pile au-dessus de lui, le visage perplexe d'Envy accueillit son retour. Le bras d'Edward se propulsa vers le haut, frappant le nez à sa portée. Envy tomba sur les fesses en se tenant le visage à deux mains.
– Mais ça va pas la tête !
– Quoi ? Tu m'as à moitié arraché la joue, crétin !
– T'avais qu'à te réveiller plus tôt ! Tu m'as cassé le nez !
– Il va guérir tout seul !
– Rah ! J'y crois pas ! Tu — Tu me-
Edward afficha un rictus en coin. Puis il eut la bonne idée de regarder autour de lui. Il resta bouche bée en réalisant qu'ils se trouvaient devant leur Porte, dans le domaine de la Vérité. Où était-elle, d'ailleurs, celle-là ?
Tout lui revint en mémoire.
– Ah ! On est mort !
– Merci pour cette fine observation ! rétorqua Envy en tendant les bras pour désigner le décor. Quel indice t'a donné cette idée ?
L'agacement prit le dessus sur la surprise et Edward claqua de la langue.
– Pourquoi tu es de si mauvais poil ?
– Oh, parce que mon brushing est un peu foutu — Parce qu'on est mort évidemment, triple buse ! s'écria Envy en levant les bras au ciel.
– Pour être tout à fait honnête, je suis dans un coma induit artificiellement grâce à une potion, indiqua Edward, l'air de rien. Et si tu voulais bien t'asseoir au lieu de gesticuler comme un idiot, je me ferais un vrai plaisir de t'aider à remplir les blancs.
Envy se laissa tomber en tailleur face à Edward. La tête rentrée dans les épaules, il fixait tout autour de lui avec suspicion.
– Il est où, l'autre cake ?
– Aucune idée. Quand je suis « mort », il était là, répondit Edward en cherchant le moindre signe pouvant expliquer où se trouvait l'Être. Il doit être occupé autre part.
– Comme s'il pouvait être en train de couler un bronze, pesta Envy, décidément d'une humeur massacrante. Vas-y, explique-moi tout avant que je pète un câble.
Edward haussa les épaules et imita la position de l'Homonculus avant de commencer son récit.
– De quoi tu te souviens ?
– Notre fuite dans la Forêt interdite. La suite s'embrouille un peu. Et me voilà. Je me suis réveillé ici et je t'ai trouvé en train de pioncer comme un bienheureux.
– OK. En bref, tu as été tué deux fois. Du coup, tu as perdu Anna et Alaïn. Ombrage t'a trouvé sous ta vraie forme et t'a pris avec elle. D'après ce que j'en sais, tu as été Embrassé.
– Par qui ? demanda Envy avec curiosité.
Le flottement qui suivit accompagné du regard dépité d'Edward embarrassèrent l'Homonculus à n'en plus savoir que faire.
– Quand je dis « Embrassé », je parle du Baiser des Détraqueurs, précisa Edward en articulant chaque syllabe comme s'il s'adressait à un imbécile profond.
– Comment j'aurais pu deviner, bougonna Envy en vrillant le sol du regard.
– Tu m'exaspères.
– T'es pas mieux ! Continue avec ton histoire, au lieu de me chambrer !
– Ben... Après ça, c'est un peu flou pour moi aussi. Apparemment, Ombrage voulait me faire transférer à Ste Mangouste pour mieux pouvoir me livrer à Voldemort. Mais ça ne s'est pas passé comme prévu. Je me suis suicidé.
– Tu as quoi ! s'écria Envy en bondissant sur ses talons, le dévisageant comme un fou.
– Tss. T'as pas écouté ce que j'ai dit tout à l'heure ? Je ne suis pas mort ! Pomfresh m'a aidé à simuler mon suicide. Elle m'a donné une potion pour me plonger dans un sommeil magique. Le timing était vraiment serré. Personne n'a été mis au courant du plan.
– Et moi ? Ma mort aussi est fausse ?
– Je... ne sais pas vraiment ce qu'il en est, admit Edward, pensif. Quand ton exécution a été annoncée, j'étais sous le choc et je n'y avais pas pensé sur le coup, mais... Si tu étais mort, je le serais aussi, pas vrai ? À cause d'elle.
Edward pointa leur Porte dans son dos.
– Pourtant j'ai survécu. Ça doit dire que d'une manière ou d'une autre, tu es en vie quelque part.
– Si je suis en vie, pourquoi je suis ici ? riposta Envy. Si ça se trouve, je suis mort pendant ton « coma » et tu es mort aussi, sans t'en être rendu compte.
– On n'a pas terminé notre mission.
– Et alors ? On a pu se faire remplacer.
– Je compterai pas là-dessus, répondit Edward en enfouissant sa main dans sa robe. Parce que j'ai un petit quelque chose qui intéresse beaucoup notre « cake ».
Edward arracha la chaîne autour de son cou et tendit la bague de Gaunt à son comparse.
– Imagine ce qu'on pourrait demander en échange. Sauver Harry, ou des réponses !
– Ça t'est pas passé par l'esprit que tu pouvais l'échanger contre notre survie ?
– On est en vie !
– T'en sais rien !
– Si, je le sais !
– C'est un miracle que vous ayez quoi que ce soit de fait, à force de vous chamailler ainsi à longueur de temps.
Edward et Envy se catapultèrent sur le côté. Médusés et le cœur battant la chamade, ils ouvrirent de grands yeux qui se posèrent sur la silhouette calmement assise avec eux. L'Être observa leur stupéfaction avec désintérêt.
– Mais t'es humain en fait ! s'exclama Envy en le pointant du doigt.
Edward le scruta avec incompréhension.
– Qu'est-ce que tu racontes ?
– Nan, mais t'es aveugle ou quoi ? Regarde-le ! Il a deux bras et deux jambes et une tête !
– Il a toujours été comme ça.
– Ta perception seule a changé, expliqua l'Être, pour couper court au débat. En devenant humain, la vision que tu as de moi a évolué. Désormais, tu me vois comme la plupart me voient.
L'explication faisait sens. Edward se souvenait parfaitement de l'introduction de l'Être, lors de sa première « visite ». La Vérité avait dit être « lui », ce qui revenait à dire que chaque visiteur voyait une silhouette familière à l'idée qu'il se faisait de son espèce. Edward se demanda quelle forme avait vu Envy jusque là. Un lézard miniature, peut-être. Perturbant.
– Je suis humain ? lança Envy avec intérêt.
– Pas tout à fait.
Le visage de l'Homonculus se renfrogna et il ramena ses jambes contre son torse, boudeur.
– Bon, dit Edward, après un silence un peu trop long à son goût. Voilà voilà.
– Puis-je récupérer mon bien ? Comme convenu, demanda l'Être posément.
Edward referma les doigts sur la bague de Gaunt, hésitant.
– Est-ce qu'Envy et moi sommes encore en vie ?
– Oui.
– Je veux une preuve.
Le visage blanc de l'Être se tourna vers Envy.
– Vous aurez votre preuve lorsque vous vous réveillerez chacun de votre état actuel. Ce qui ne devrait pas tarder.
– Où est Envy ? demanda Edward, déterminé. Je veux être en mesure de le retrouver au plus vite une fois revenu. Est-ce qu'il est en danger ?
– L'unique péril qu'Envy encourt dépend de sa force de caractère. Il devra trouver la force de surmonter cet obstacle seul. Tu ne peux rien pour lui.
– Je suis encore là, je vous signale, maugréa le concerné. Et ça veut dire quoi « dépend de ma force de caractère » ? Encore une énigme à deux mornilles !
– Tu comprendras en te réveillant, répéta l'Être en tendant la main.
La bague sauta du poing d'Edward pour atterrir en possession de son propriétaire d'origine. La Pierre de Résurrection se fondit dans le corps indéfini jusqu'à disparaître définitivement.
– C'est le bon moment pour nous dire ce que tu attends exactement de nous, commenta Edward, la surprise passée. Tu veux récupérer les Reliques de la Mort ? Tu veux qu'on détruise l'Arcade ? Tu veux qu'on se débarrasse de Voldemort ? Qu'est-ce que tu veux, au final ?
– Tout cela.
– C'était pas dans le contrat ! s'insurgea Envy.
– Je vous ai demandé de vaincre Voldemort avant qu'il ne mette la main sur les Reliques de la Mort, par conséquent, il vous fallait chercher les Reliques et vous en débarrasser. Le seul moyen pour ce faire est de les rendre à leur créateur, c'est-à-dire moi. Concernant l'Arcade, j'ai bien précisé que Voldemort pourrait mettre ce monde en péril, et il ne pourrait le faire que par ce biais. Je décline toute responsabilité, si vous avez accepté notre marché sans pleinement saisir ma requête.
– Comment est-ce qu'on aurait pu comprendre une chose pareille à ce moment-là !
L'Être sourit moqueusement. Il s'amusait visiblement à les faire tourner en bourrique en ne leur révélant des informations qu'au compte-gouttes et de manière mystérieuse. Edward ne s'en énerva pas. Il avait l'habitude de ce comportement depuis le temps. Il préféra ne pas s'attarder sur ce « changement » de contrat. Il savait où trouver les Reliques restantes et il se doutait de l'emplacement de l'Arcade. Pour Voldemort, il comptait évidemment le mettre hors d'état de nuire, mission ou pas.
– Admettons, soupira-t-il en se frottant pensivement le menton. On va le faire.
– Vraiment ? s'étrangla Envy.
– Mais j'ai encore une question. C'est quoi cette prophétie ?
– Des indices et des instructions. Vous comprendrez en temps voulu.
– Il me gonfle grave.
Edward approuva muettement.
Soudain, Envy se plia en deux en lâchant un gémissement de douleur.
– C'est l'heure, annonça simplement l'Être.
– Attends ! Je ne sais toujours pas où il est ! Dis-moi comment le retrouver !
La Porte s'ouvrit dans un grincement assourdissant. Les bras sombres attrapèrent Envy et le tirèrent dans le néant.
– Je te retrouverai, Envy ! promit Edward tandis que la Porte se refermait d'un claquement sec.
Où suis-je ? Il ne savait plus.
Quel est mon nom ? Il ne le connaissait plus.
Où est mon corps ? Il n'en avait plus.
Suis-je réel ? Il n'en avait pas l'impression.
Son existence ne tenait qu'à un fil.
Il tourna sur lui-même. Suis-je « moi-même » ?
Autour de lui s'ouvrait une étendue désertique, grise.
Rien à l'horizon. Rien que le vide. Rien que lui. Rien que sa pensée. Suis-je une pensée ?
Il n'avait pas de passé. Il n'avait pas non plus d'avenir. Ne restait plus que ce présent flou.
Suis-je mort ? Sans nom. Sans corps. Sans consistance. Sans souvenirs. Sans rêves. Sans rien.
Pourquoi ? Il ne ressentait rien. Rien d'autre que du vide. Il ne sentait aucune brise, aucune chaleur, aucune douleur. Pas la moindre sensation.
Pourquoi ? Seulement ce vide dans lequel son esprit flottait. Sans but. Pourquoi ?
« Tu n'es pas mort »
Un trou insondable s'ouvrit. Au-dessus. Au-dessous. Sur un côté. Sur l'autre. Il ne savait plus dans quel sens il se trouvait. Il ne savait même plus s'il avait un sens sans son corps.
Qui ?
« Tu es enfermé »
Il tourna vers le gouffre. Seul point différent dans ce brouillard épais.
Qui parle ?
« Toi »
Moi ?
« Je suis toi »
Comment ?
« Tu m'as créée pour oublier »
Oublier ? Il ne se souvenait de rien.
« Oublier la réalité »
Comment est la réalité ?
« Différente. »
Comment est la différence ?
« Douloureuse »
Comment est la douleur ?
« Tu veux oublier »
Je veux me souvenir.
« Tu ne veux pas »
Une émotion surgit. La colère.
Pourquoi !
« Parce que tu vis un cauchemar »
Elle s'accrut, amenant avec elle une impression oppressante qui obscurcit l'horizon.
Oublier, c'est ça le cauchemar !
Il n'y avait aucun bruit. Aucune respiration. Aucun battement de cœur. Aucun frottement.
Je veux ressentir.
« Tu ne veux pas »
Le vide se fit plus étroit. L'horizon se rapprochait.
Je veux !
« Oublier, c'est se protéger de la douleur »
Ce n'est pas une vie !
« Tu ne vis pas »
Une deuxième émotion émergea. La peur.
Suis-je mort ?
« Non »
Suis-je vivant ?
« Non »
Une troisième émotion jaillit. L'incompréhension.
Que suis-je ? Où suis-je ? Qui suis-je ? Suis-je réel ?
« Tu n'es qu'un rien irréel dans le vide que tu as créé »
Laisse-moi sortir d'ici.
Une quatrième émotion éclata. Le désespoir.
« Tu es seul maître ici »
Le tonnerre gronda dans le vide gris.
Aide-moi.
Le rugissement lointain l'effrayait.
« Ouvre les yeux »
Je n'en ai pas.
Le grondement s'approchait.
« Ouvre les yeux »
J'ai peur.
« Je sais »
Je ne veux pas oublier. Je ne veux pas me souvenir. Je ne sais plus.
« Ouvre les yeux »
Il ouvrit les yeux.
Le tonnerre ne se tut pas. Car c'était sa voix. Son hurlement. L'horizon gris et désertique avait laissé place à la dure réalité.
Sous la forme d'une cage en verre.
Envy sanglota en se repliant sur lui-même.
Je veux oublier.
