Chapitre quatorze : Des alliés au rendez-vous
Le corps secoué de sanglots, Envy se recroquevilla. Cet enfer ne pouvait pas exister. Après des années à cauchemarder chaque nuit, à fuir son passé, à enfouir tous ses souvenirs au plus profond de lui, voilà qu'ils revenaient le hanter, plus vivaces que jamais.
On l'avait enfermé. Comme un animal. Encore. À ce stade, la mort lui paraissait un doux rêve inaccessible. Ceux qui l'avaient enfermé ne le laisseraient pas trouver refuge dans le suicide. Jamais. Son seul salut, il ne le trouverait que dans l'oubli. Retourner s'enfermer au plus profond de son esprit et ne plus en ressortir, jusqu'à ce qu'ils se lassent de le torturer. Oublier la réalité pour se protéger.
Envy lova sa queue entre ses huit petites pattes tremblantes et ferma les yeux en essayant de retenir ses pleurs. Pas question de faire plaisir à ses tortionnaires en leur montrant sa faiblesse. Il ne les laisserait pas détruire l'amour-propre qu'il s'était approprié depuis son dernier emprisonnement. Que lui restait-il d'autre ? Quel espoir lui restait-il ?
« Je te retrouverai, Envy ! »
La promesse d'Edward résonnait comme un vieux souvenir.
« Je te sortirai de là » avait-il promis à l'époque. Il avait tenu parole. Envy avait l'intime conviction que cette fois encore il tiendrait sa promesse, qu'importe la distance, la difficulté et le temps qu'il faudrait. Mais Envy tiendrait-il jusque là ? Son calvaire avait duré six mois la fois dernière. Maintenant, Edward croulait sous les désavantages. Il ignorait complètement qui l'avait enlevé, où on l'avait emprisonné, et sans compter qu'Edward était dans un état sûrement déplorable après plusieurs heures — à moins que ce soit des jours ? — plongé dans un coma profond.
Dans combien de temps Edward serait-il en état de partir à sa recherche ? « Tu ne peux rien pour lui » avait affirmé la Vérité quand Edward avait dit vouloir porter secours à Envy. Que signifiait cette réponse ? Que c'était trop tard pour sauver Envy ? Qu'Edward était en danger de son côté ? Lequel d'eux deux courait le plus grand péril ?
Envy était-il en danger immédiat ?
« L'unique péril qu'Envy encourt dépend de sa force de caractère. Il devra trouver la force de surmonter cet obstacle seul. »
Qu'est-ce que ça signifiait ? De sa force de caractère dépendrait sa survie ? Était-ce une sorte d'encouragement pour qu'il tienne le coup mentalement jusqu'à sa libération ? Ou bien était-ce plus compliqué que ça ?
Avant d'avoir pu réfléchir davantage à la question, une porte s'ouvrit derrière lui. D'après le bruit des pas entrant dans la pièce, il avait affaire à deux personnes.
– Il a dû perdre connaissance, souffla une voix féminine. Je suis sûre de l'avoir entendu crier... Quand sa fièvre va-t-elle tomber ?
– Je l'ignore.
Envy se figea. Il ignorait qui était la première femme en sa compagnie, mais il ne doutait pas un seul instant de l'identité de la seconde. Gladpy. La traîtresse. La Mangemort. Celle qu'il avait considéré comme une potentielle alliée, si ce n'est amie. Mais toute leur relation se basait sur des mensonges. Depuis le début, elle comptait le livrer à son maître.
– Il a l'air plus paisible, reprit l'inconnue en s'approchant de la cloche en verre. Peut-être sa fièvre est-elle tombée finalement. Son sommeil n'a jamais été aussi silencieux depuis qu'il est arrivé...
Tout à coup, des pas précipités firent trembler la table sur laquelle Envy était couché. Entre les fines fentes de ses paupières fermées, il aperçut la cage en verre se soulever. Il décida de continuer à faire le mort.
– Par Merlin, est-ce qu'il est... ?
Gladpy déposa la cloche sur le côté et posa délicatement deux doigts sous la tête de l'Homonculus.
– Son cœur bat, annonça la Mangemort. Toujours aussi vite, d'ailleurs.
– Il faut que nous trouvions un médicomage ! Imaginez que le pauvre petit ne se réveille jamais. Je ne supporte plus de le voir agoniser ainsi.
Ces hoquets attristés, Envy les reconnut aussitôt. Edwina Cerchi !
– Vous croyez que je le vis mieux ? rétorqua sèchement Gladpy, sans toutefois durcir sa prise sur Envy. Et ne soyez pas idiote. Faire venir un médicomage ici serait un trop grand risque. Cette erreur pourrait ruiner tous nos efforts.
La comtesse soupira.
– Je le sais.
Gladpy hocha la tête et sortit sa baguette de son holster. Avant qu'elle ait pu la pointer sur Envy, il ouvrit soudain grand la gueule et la mordit jusqu'au sang.
Les deux sorcières poussèrent des cris de surprise et de douleur pour Gladpy. Envy se propulsa hors de la main ensanglantée et retomba sur la table. Sa chute l'étourdit un instant, mais son précédent effet de surprise lui permit de reprendre ses esprits le premier. Il se précipita vers le bord de la table, poussant de toutes ses forces sur ses pattes flageolantes.
Puis il bondit.
– Arresto Momentum !
Sa chute s'interrompit tout à coup. Envy se tortilla dans tous les sens, cherchant à se libérer du sortilège. Malheureusement, Edwina l'attrapa entre ses grosses mains couvertes de bagues et le pressa pour l'empêcher d'ouvrir les mâchoires. Envy tenta de se débattre, mais pas le moindre de ses membres ne pouvait bouger.
– Envy, je vous en prie, mon enfant, calmez-vous ! supplia Edwina. Vous n'avez rien à craindre ! Envy !
– Mhchmhchmhtrmm —
– Par Merlin, aidez-moi, Jolene !
Envy se pétrifia.
Pardon ?
Juste à l'instant.
Qu'avait-elle dit ?
Jolene.
La Jolene ?
Il devait avoir mal entendu.
Gladpy ne pouvait pas être Jolene. Celle qu'il avait cherchée pendant des mois. Une traîtresse. Sa sœur disparue. Une Mangemort. Sa famille.
– Envy ?
La sorcière l'avait relâché et posé à sa place initiale.
– Envy, tout va bien maintenant. Vous êtes en sécurité. Nous sommes de votre côté. Laissez-nous vous expliquer...
– Qui vous êtes, bordel ? coupa Envy en dardant son œil violet sur Gladpy. Pourquoi elle vous a appelé Jolene ? C'est quoi ce merdier ?
Gladpy lança un regard assassin à Edwina avant de se tourner vers Envy, les épaules crispées.
– Je vous ai caché la vérité pour nous protéger. Si le Seigneur des Ténèbres venait à découvrir le lien que je partage avec sa cible privilégiée, j'aurais non seulement risqué ma vie, mais également celle de notre père. Il fallait que j'attende le bon moment avant de te révéler ma vraie identité.
– Tout ce temps, c'est du foutage de gueule ! Me mentir, pendant des mois ! J'y crois pas ! Quoi ? Je suis pas digne de confiance ? J'aurais pas pu garder le secret ? C'est pas —
– Qu'étais-je censée faire ? Venir te voir et te dire que j'étais ta sœur ? Que je me suis engagé chez les Mangemorts ? Que j'ai manipulé mes supérieurs pour être ta garde du corps et que le Seigneur des Ténèbres m'a donné pour mission de te livrer à lui ? Je sais ce qu'il se serait passé. Elric n'aurait pas hésité à me dénoncer. J'aurais été obligée de prendre la fuite avec mon père, car nous aurions été poursuivis par l'Ordre du Phénix, par le gouvernement et par l'Ordre noir. Ensuite, Thickness n'aurait eu aucun mal à assigner un autre Mangemort à ta protection. Sans moi, tu n'aurais jamais survécu jusqu'ici. Et sans Elric, toute cette folie n'aurait pas eu lieu à Poudlard.
Envy resta comme deux ronds de flan.
– OK. Je veux l'histoire entière.
« À bientôt, Edward Elric »
Lorsque les yeux d'Edward s'ouvrirent et qu'il prit sa première inspiration, un seul mot lui vint à l'esprit.
– Bordel.
À vrai dire, le plan avait apparemment fonctionné exactement comme il le devait, c'est-à-dire simuler sa mort auprès du monde. Seul hic, Pomfresh et lui n'avaient pas pensé plus loin que ça. Du coup, il se retrouvait coincé dans un cercueil sous deux mètres de terre. Il ignorait combien de temps il avait passé là-dessous, et il espérait vraiment que la cérémonie ne venait pas de se terminer, car si quelqu'un le voyait sortir, la situation créerait un mouvement de panique.
Non pas qu'il panique lui-même. Après tout, selon la coutume sorcière, il avait été enterré avec sa baguette magique. En plus de lui fournir une quantité infinie d'oxygène, la magie lui permettrait de se libérer sans même avoir se casser un ongle... Envy déteignait sur lui, ce crétin.
Entre ses vociférations et ses tortillements, Edward réussit à conjurer le sortilège de Têtenbulle et un Lumos réconfortant.
– Homenum Revelio.
Visiblement, la voie était libre, à la surface. Bien qu'avec ce sort utilisé dans ces conditions spéciales, rien n'était sûr à 100 %. Pourtant, Edward devait s'en contenter s'il voulait sortir avant de vraiment dépérir. Surtout que la blessure infligée par Gladpy avait dû s'infecter durant son séjour ici bas. Il se sentait un peu fiévreux.
– Protego, récita-t-il en pointant sa baguette sur lui-même, avant de la pointer vers le haut. Defodio.
Les quinze prochaines minutes, Edward les passa à alterner entre creuser et faire lentement disparaître les débris. C'était à n'en plus finir. Il avait d'autres choses à faire que de faire le mort ! Envy l'attendait quelque part, peut-être en danger, peut-être en souffrance, et lui, il se la coulait douce, à creuser comme une taupe atteinte d'apoplexie. Et puis c'était quoi cette technique ennuyeuse ? Il était Edward Elric, bon sang de bois !
– Confringo !
La détonation résonna avec une incroyable puissance alors que la terre explosait dans le cimetière de Pré-au-lard.
Jolene baissa les yeux sur ses mains vides, l'esprit bien loin de son public restreint. Après la requête d'Envy d'écouter le récit entier de cette folie dont il ne comprenait encore que peu, le trio s'était déplacé dans un salon adjacent. Apparemment, ils se trouvaient dans un petit cottage appartenant à la comtesse. Envy ignorait encore dans quel pays, mais pour l'instant cette question ne l'intéressait pas vraiment.
– Edwina t'a déjà raconté l'histoire de ta venue au monde, commença Gladpy, assise sur un ridicule sofa à pompons. Quelques années après la mort de ma mère, Selene, il y a vingt-cinq ans, mon père a rencontré Antonia Alighieri. Ils ont commencé à se fréquenter quand j'étais en deuxième année à Poudlard. Antonia... a énormément compté pour moi. Nous étions presque une famille, tous les trois. Même si tout ça s'est passé dans la clandestinité, j'ai vécu les trois meilleures années de ma vie.
Plongée dans ses souvenirs, Jolene tritura distraitement l'anse de sa coupe de thé.
– Mais cette période était sombre pour le monde sorcier. Le Seigneur des Ténèbres montait en puissance. Il rassemblait des partisans. Plusieurs de mes camarades à Serpentard adhéraient à ses idéaux. Avery, Rosier, Black, Rogue… La Première Guerre sorcière prenait son essor. Barty Croupton est devenu directeur du Département de la justice magique et a promulgué un décret autorisant les Aurors à utiliser des Impardonnables sur les Mangemorts. Des innocents étaient envoyés à Azkaban. Des mages noirs massacraient des familles entières. Le CSE luttait contre la menace mangemort. Mais comme aujourd'hui, les traîtres pullulaient dans ses rangs. Alors, le MIAM est entré en scène, avec les Alighieri à leur tête.
Edwina voulut poser une main réconfortante sur le genou de la sorcière, mais se ravisa. Elle remarqua qu'Envy avait aperçu son geste et lui sourit pâlement. Il faudrait aussi qu'il demande pourquoi elles entretenaient une relation si tendue.
– Roméo Serégo-Alighieri, le père d'Antonia, et ton grand-père, était un homme juste et courageux, s'immisça Edwina. Quand il a vu que la situation échappait aux mains de toutes les plus grandes autorités sorcières, il s'est placé en première ligne. Il a repris le contrôle du ministère de la Magie. Il a fait beaucoup pour la communauté. Toutefois... Bien qu'il fut un grand défenseur de la lumière et de la justice, il était également extrêmement fier et attaché aux traditions. Quand Antonia est tombée enceinte, elle a d'abord annoncé la nouvelle à Peter et Jolene. Bien entendu, elle a bien été obligée de l'annoncer à sa famille également. L'affaire a été étouffée. Antonia a été envoyée chez moi. Son père a rédigé un contrat magique de confidentialité signé par chacune des personnes étant au courant du scandale. Il a aussi prévu de faire qu'Antonia t'abandonne et que tu sois confié à Peter.
Edwina se tut et baissa les yeux. Jolene n'était pas en meilleur état. Envy comprit que le massacre ne tarderait pas à être évoqué.
– Antonia a accouché en mai 1976, au manoir de Florence, avec l'aide d'Edwina. Notre père était censé venir te récupérer... Mais... Le Seigneur des Ténèbres est passé bien avant... Je me souviens encore de ce jour-là. J'étais à Poudlard quand j'ai appris pour le massacre. La guerre a pris un tournant décisif ce jour-là. Personne n'ignorait que le camp de la lumière avait perdu l'un de ses plus grands alliés. Le récit dans la Gazette était... proprement abominable. Beaucoup d'élèves ont perdu espoir, mais de nombreux autres ont changé ce jour-là. Plus de la moitié des nouveaux diplômés des années suivantes se sont engagés chez les Aurors. Pratiquement tous les autres se sont engagés chez les Mangemorts.
– Et d'autres ont fait les deux, marmonna Envy.
– J'avais un plan, répondit Jolene. Quelques jours après le massacre, alors que tu étais sous la responsabilité d'Edwina, la seule survivante, tu as disparu. Notre père est tombé en grave dépression. Le choc de votre perte, à Antonia et toi, l'a rendu fou de chagrin. Il est interné à Ste Mangouste depuis toutes ces années.
Envy comprit la raison de la tension dans leur relation. Gladpy reprochait à Edwina de l'avoir perdu.
– Dès ta disparition, j'ai su que le Seigneur des Ténèbres en était l'auteur. Il fallait que je trouve des indices pour te retrouver. Alors je me suis rapprochée de Rogue et de tous ceux de ma maison qui étaient susceptibles de devenir des Mangemorts. Un an après le massacre, quand j'ai quitté Poudlard, je me suis engagée chez les Aurors.
– Comment tu aurais pu savoir que j'étais en vie ? demanda Envy, perplexe. Tout ce plan risqué, ça aurait très bien pu être pour rien.
– Je savais. Je me suis renseignée sur le massacre. J'ai lu tous les rapports de police, j'ai mené l'enquête moi-même et j'ai découvert que le coffre des Alighieri ne voulait s'ouvrir à aucun héritier. Les rumeurs couraient sur un descendant caché. J'ai tout de suite su ce que ça signifiait. J'ai interrogé toutes les personnes ayant été en lien plus ou moins direct avec toi ou ta naissance.
– Nous avons fait le tour de tous les orphelinats, de tous les refuges, de tous les hôpitaux, renchérit Edwina. Mais tu restais introuvable. Il a fallu se rendre à l'évidence...
– Ce que je ne comprenais pas, c'est la raison pour laquelle le Seigneur des Ténèbres te gardait en vie. J'ai eu des soupçons que j'ai confirmés cette année. Il désirait quelque chose dans le coffre. C'est pour cette raison qu'il a organisé cette chasse à l'homme lorsque ce cambriolage a eu lieu en début d'année. Et je pense que vous le saviez également, Elric et toi.
Envy haussa un sourcil. Il l'avait peut-être sous-estimé pendant tout ce temps. Bien que l'affiliation de Gladpy à l'Ordre noir ait facilité sa compréhension de la situation inconnue du grand public. Heureusement, à part Dumbledore et Edward, personne ne savait que le cambriolage était une mise en scène.
– C'était le plan d'Ed, répondit Envy sans pouvoir se retenir. Il ne m'a pas mis au courant tout de suite.
– Pourquoi avoir agi dans ton dos ?
– Je pense que cette question n'a plus vraiment d'importance, étant donné que tout le monde semble agir dans mon dos. Bref, ces hypothèses sont justes. Par contre, je ne vous dirai pas ce qu'il veut dans le coffre. Et si vous voulez vaincre Voldemort, il va falloir que vous gardiez ça pour vous.
Il ne savait pas pourquoi il en avait tant dit. Comment leur faire confiance ? Il ignorait leurs véritables motivations. Toute cette histoire pouvait n'être qu'un vaste mensonge pour l'embobiner.
– Nous en discuterons plus tard, concéda Gladpy. Donc, je savais que tu étais en vie et que tu le resterais jusqu'à ce qu'Il ait récupéré ce qu'il voulait dans le coffre. Deux ans ont passé. En 1980, Millicent Bagnold est devenue ministre de la Magie. Barty Croupton a eu plein pouvoir pour sa chasse aux Mangemorts. Fin 80, j'ai finalement réussi à entrer en contact avec le Seigneur des Ténèbres et il m'a pris à son service en qualité d'espionne, pour empêcher Croupton de décimer ses rangs. Aucun Mangemort ne connaissait mon rôle. J'ai commencé à espionner le Bureau des Aurors. Notamment les Potter et les Londubat.
– Vous avez aidé à les faire tuer ?
– Non.
– Vraiment ?
– Ils étaient mes camarades. Bien que mon objectif était avant tout de te retrouver et que j'étais prête à beaucoup pour le faire, provoquer la mort de bons sorciers n'en faisait pas partie. Je suis peut-être égoïste, mais pas cruelle.
Ça restait encore à prouver.
– Puis le Seigneur des Ténèbres a essayé de tuer Harry Potter. Il a disparu, la guerre a pris fin et tu restais introuvable. Toutes mes pistes ont débouché sur des impasses. J'ai continué à chercher. Puis un miracle s'est passé. D'abord, je n'y ai pas cru. Quand j'ai vu le nom Alighieri dans la Gazette lors du procès de la Tour du cauchemar, j'ai cru à une coïncidence. Cet Envy Alighieri ne pouvait pas être celui que je cherchais. Mais j'ai quand même creusé la piste. Je suis passée au service de la Protection de l'enfance magique pour en savoir plus sur toi. Quand j'ai vu les photographies d'identité, j'ai repris espoir. Tu ressembles tellement à Antonia...
Envy ressentit une certaine compassion. Pendant plus de dix ans, elle avait cherché ce frère disparu. Il se sentait coupable. Si elle apprenait qu'il n'était pas celui qu'elle croyait... qu'il n'était qu'un imposteur...
– À peine quelques mois plus tard, ton nom est réapparu après l'attaque de la Coupe du monde de Quidditch. J'étais de service ce jour-là. J'ai voulu mener l'interrogatoire, mais Scrimgeour a préféré m'envoyer sur le terrain. Puis le nom Alighieri est encore ressorti, cette fois au Département des Mystères. Keith McKollughan a commencé à enquêter sur toi, il a cherché à trouver un lien entre toi et la famille Alighieri. Je n'avais pratiquement plus aucun doute quant à ta véritable identité à ce moment-là. Quand tu as annoncé le retour du Seigneur des Ténèbres, il n'y a eu plus aucun doute.
Les yeux de Jolene brillèrent d'exaltation. Ses joues habituellement blanches rosirent d'excitation et elle se pencha vers lui, presque souriante.
– J'ai suivi le procès pour le meurtre de Goyle. J'ai su que la guerre allait recommencer, que j'allais enfin obtenir vengeance contre le meurtrier d'Antonia, celui qui a détruit ma famille. J'ai immédiatement repris contact avec le Seigneur des Ténèbres et suis retournée à son service. Cette fois, Rogue et Malefoy ont été mis au courant de mon implication, puis Ombrage plus tard quand elle a rejoint la cause. Quand tu as rouvert le coffre, j'ai su que tu deviendrais la cible numéro un des Mangemorts. J'ai usé de tous mes contacts pour être affecté à ta protection. Maugrey m'a recommandée à Dumbledore et Scrimgeour. Je savais que personne d'autre n'était digne de confiance. Je devais être celle qui te protégerait.
Sa voix mourut finalement tandis qu'elle observait Envy avec une soudaine tristesse. Son regard le mit mal à l'aise et le complexa. Il connaissait son apparence, le dégoût qu'elle devait inspirer aux sorcières. Son corps n'était que répugnance et pathétisme. Ses pattes, trop nombreuses, ses yeux, trop protubérants, sa bouche, trop étirée, sa peau, trop flasque, sa voix, trop aiguë. Lamentable vision qu'il offrait.
– Qu'est-ce que vous venez faire là-dedans ? questionna Envy en s'adressant à Edwina.
– Jolene m'a contacté il y a deux semaines, peu après le Nouvel An, quand la Gazette a commencé à publier sa propagande en utilisant l'apparition de la nouvelle prophétie.
– La situation à Poudlard devenait dangereuse pour ta sécurité, alors quand Elric t'a annoncé la création d'un plan Départ, j'ai su qu'il fallait que j'empêche l'Ordre du Phénix de mettre la main sur toi. Il me fallait un plan de repli pour te mettre en sécurité, loin de Malefoy, Goyle et Dumbledore.
Tout à coup, le flou entourant ses souvenirs de l'attaque de Poudlard s'éparpilla et il se souvint la raison de l'accès de rage qui l'avait poussé à se transformer et à détruire tout sur son passage.
« Vous, prenez Elric et débarrassez-vous-en. Il n'est d'aucune utilité. »
– Sale garce !
Son éclat surprit autant Gladpy qu'Edwina.
– T'as ordonné à ces types de descendre Ed !
– J'avais un plan ! Il aurait pu causer ta mort en intervenant ce jour-là.
– Il essayait de me sauver la vie ! En risquant la sienne, si t'avais pas remarqué ! Si on avait su que tu avais un plan, rien de tout ça ne serait arrivé !
Jolene ne trouva aucune réponse à cela, car c'était la stricte vérité. Se croyant à court d'options, Elric avait agi par instinct pour essayer de sauver Envy, croyant que personne d'autre ne le ferait. Si Jolene avait été à sa place, elle aurait sûrement agi de la même manière en dernier recours. De toute façon, qu'Elric ait été dans son droit n'avait plus la moindre importance maintenant qu'il était mort. D'ailleurs, elle se demandait bien comment annoncer la nouvelle à Envy. Edwina ne cessait de s'apitoyer sur le sort de ce « pauvre, pauvre garçon » et sur le cœur brisé d'Envy qu'il laissait derrière lui.
Edward tomba contre un arbre et s'y adossa pour reprendre son souffle.
– Plus... jamais... ça.
Passant ses mains moites sur son front trempé de sueur, Edward se sentit vaciller. Sa fièvre avait décuplé après qu'il ait utilisé son Portoloin de secours pour se rendre en Russie. Il préférait ne pas savoir ce qu'il lui arriverait si jamais il s'évanouissait avant d'être à l'abri à la maison. Les températures n'étaient pas les plus clémentes, par ici. Il ne risquait pas d'être trouvé par des Mangemorts, ou par des membres du ministère, ou même par l'Ordre du Phénix, mais si des animaux sauvages lui mettaient le grappin dessus, il ne donnait pas cher de sa peau.
– Pointe au Nord.
La baguette d'Edward tourna vers la droite. Il suivit la direction indiquée à pas plus mesurés. Si seulement cette garce de Gladpy ne l'avait pas touché avec ce fichu sortilège !
Une demi-heure plus tard, derrière un regroupement d'arbres particulièrement touffus, la petite cabane de chasseur surgit enfin à la vue d'Edward. L'habitation visiblement abandonnée n'avait pas changé d'un pouce depuis la dernière visite de ses propriétaires. De grosses mottes de mousse couvraient le toit en vieilles tuiles et du lierre coriace envahissait les murs en pierre et les poutres du porche. Cette vision correspondait au paradis pour Edward qui faiblissait à vue d'œil.
Il tituba sur les derniers mètres, monta les trois marches et s'affala contre la porte close. Le bruit mat résonna étrangement fort dans la minuscule clairière et quelques oiseaux s'envolèrent sur les branches des conifères alentour, semblant observer l'humain étalé sur les marches avec curiosité. Le grognement de douleur qu'il lâcha fit sursauter plusieurs des innocents témoins.
La porte à la peinture écaillée s'ouvrit. Edward tomba de moitié à l'intérieur de la cabane, puis se tourna sur le dos. Au travers de son regard inconsistant, il discerna une silhouette floue courbée au-dessus de lui. Edward sourit faiblement. Son périple prenait fin. Ô joie !
– Bonjour.
– Bonjour, mon ami, répondit la silhouette avant de se pencher. Dans quel état reviens-tu, Edward ?
– Vous n'avez pas l'air surpris que je sois vivant.
La silhouette se rapprocha pour le prendre sous les aisselles et le tirer à l'intérieur. La porte se referma derrière eux, les mettant à l'abri d'un éventuel danger.
– Tu serais surpris du nombre de personnes qui seraient surprises de savoir que je suis vivant également.
– Ah bon ?
Edward s'accrocha à la nuque offerte et se laissa porter au travers du salon, puis dans les escaliers menant à l'étage.
– Beaucoup de choses se sont passées depuis ton départ.
– Heureusement que je vous avais donné la clé de cette maison, alors.
Quand le lit inutilisé d'Edward apparut derrière la porte de sa chambre, il sentit son corps le lâcher définitivement. L'adrénaline causée par sa fuite disparut et les muscles endoloris d'Edward se relâchèrent, sachant qu'il se trouvait entre de bonnes mains. Plus personne ne pouvait l'atteindre. Son allié le plus fidèle prendrait soin de ses blessures pendant son sommeil.
– Merci, Xeno.
– C'est tout naturel, répondit le père de Luna en le déposant sur le lit. Dors. Je m'occupe de tout.
Comme si elles n'avaient attendu que ça, les paupières d'Edward se fermèrent.
De tous les scénarios possibles pouvant l'accueillir à son réveil de sa « presque mort », celui qui prenait place s'éloignait de plusieurs kilomètres de ce à quoi Envy s'était attendu. Il croyait avoir à affronter la torture, l'emprisonnement, la souffrance et surtout, à être en territoire ennemi. Non seulement tout cela était-il faux, mais en plus, c'était tout le contraire. Il s'avérait entouré de deux mères poules dont il n'aurait jamais même pensé qu'elles puissent avoir prévu de le sauver.
Envy soupira, exaspéré, tandis qu'Edwina le nourrissait à la petite cuillère. Dans d'autres circonstances, sa fierté l'aurait détourné du bouillon offert si gentiment par Edwina, mais affaibli comme il l'était, accepter son aide représentait l'unique choix intelligent envisageable. En plus, ce n'était pas comme si ce supplice devait durer longtemps, compte tenu de la petitesse de son estomac actuel.
Au bout de trois cuillères, l'Homonculus se sentait repu et ensommeillé.
– Il faudrait peut-être le remettre sous la cloche, commenta Edwina, inquiète, en caressant du bout des doigts le haut de la tête du convalescent.
Envy se réveilla aussitôt.
– Non !
– Nous voulions seulement éviter que des microbes aggravent ton état, expliqua Jolene. Tu n'es pas prisonnier. Pas cette fois. Je suis désolée que tu aies eu à revivre de tels souvenirs, Envy. Si tu préfères ne pas y retourner, nous ne t'y obligerons pas.
– Veux pas.
– Bien. Gridy.
Le vieil elfe de maison grisonnant apparut à côté de Jolene et salua les sorcières respectueusement. Edwina lui demanda de préparer une chambre pour Envy, proche de celle de Gladpy pour qu'elle soit en mesure de le surveiller. Envy se demandait bien ce qu'il ferait d'une chambre tout entière alors qu'il ne mesurait pas plus qu'une main humaine, mais tout était mieux que la cage. Donc, quand peu de temps après il fut déposé sur le lit gigantesque d'une chambre encore plus immense, il ne fit aucun commentaire. Ni quand Edwina se sentit obligée de le border comme s'il était à l'agonie. Ou un gamin faiblard.
– Il faut que j'entre en contact avec Ed.
Edwina se figea, ses mains ridées encore occupées à le couvrir. Dans son dos, le visage de Jolene s'assombrit et elle fronça les sourcils en reprenant son masque froid habituel.
– Nous discuterons de cela demain matin, d'accord ? proposa Edwina avec un sourire tremblant. Tu as besoin de repos, après toutes ces émotions fortes.
Un courant d'air froid réveilla Edward de son état comateux. Entre ses mèches de cheveux emmêlés, il aperçut Xenophilius penché sur lui, le visage crispé de concentration. De bout des doigts, il enduisait l'énorme plaie causée par Gladpy d'une substance gluante. Edward frissonna. Il avait froid et chaud à la fois. Son corps transpirait abondamment. Sa gorge lui faisait mal. Sa bouche était si sèche et sa langue pesait des tonnes.
– Hum...
Son faible bruit de gorge attira l'attention de son soigneur.
– Ta plaie s'est infectée. Il faudra du temps et du sommeil avant que tu puisses te relever.
– Qu'est-ce... fais ?
Xenophilius reprit sa besogne tout en répondant à sa question hachée.
– J'utilise de l'essence de Murlap pour refermer la plaie. Je t'ai déjà donné une potion pour la désinfecter et une potion de régénération sanguine. Si tu n'arrives pas à te rendormir, je te donnerai une dose de Sommeil sans rêves.
– Mh.
Avec une expression soucieuse, Xenophilius passa la main sur le front d'Edward.
– Tu as de la fièvre. Je vais te donner quelque chose dès que j'aurais terminé avec ça. Dis-moi tout ce que tu ressens.
– Chaud. Froid. Mal. À la poitrine. Gorge. Pieds. Nausée. Tête. Envy...
– Envy ?
– Dois... Retrouver. 'nvy.
– Envy a survécu ?
– Hum hum. Dois r't'ouver 'nvy.
– Dès que j'en aurai terminé avec toi, j'essayerai de le localiser. Pour l'instant, repose-toi.
– Mh... 'rci.
Le bruit des fioles et du froissement de tissu à chaque mouvement finit par s'estomper petit à petit. Lorsqu'Edward se rendormit, Xenophilius termina d'étaler l'essence de Murlap, s'essuya négligemment les mains sur l'ourlet de sa robe et s'adossa sur le dossier de sa chaise pour observer son hôte pensivement. Il devait la vie à Edward. S'il n'avait pas offert refuge dans cette maison surprotégée en donnant sa clé à Luna peu avant l'attaque de Poudlard, Xenophilius ne serait plus de ce monde aujourd'hui.
Depuis sa fuite de Loutry Ste Poule avant que des Mangemorts attaquent sa maison, il vivait caché rue Goldrop secrètement. Seule Luna savait qu'il était en vie. Toutefois, son secret ne survivrait pas plus longtemps. Luna et ses trois amis de Gryffondors travaillaient d'arrache-pied depuis leur arrivée à Square Grimmaurd et sa fille l'avait prévenu la veille que l'article-choc sur le complot visant à assassiner Edward et Envy serait prêt très bientôt.
Très clairement, l'un des deux personnages-clés de cet article n'était pas le moins du monde mort, mais il n'en était pas moins que le ministère avait tenté de le piéger et de le livrer à Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom. De plus, les quatre jeunes sorciers désiraient plus que tout restaurer la mémoire d'Envy.
Le garçon avait-il réellement survécu ? L'Ordre du Phénix n'avait pourtant trouvé aucune trace pouvant indiquer qu'il n'avait pas effectivement subi le Baiser du Détraqueur. Même leur espion auprès de Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom n'avait retrouvé aucun indice quant à un possible enlèvement par des Mangemorts infiltrés au ministère. Malgré le talent pour l'improvisation d'Edward, il doutait qu'il ait pu organiser la fuite d'Envy dans des circonstances pareilles.
La requête d'Edward était-elle due à sa fièvre ?
Un espoir subsistait. Il devait vérifier.
Plongeant la main dans sa poche, Xenophilius en sortit son miroir à Double Sens.
– Luna Lovegood.
L'image sur le miroir était sombre.
– '… vous avez d'autres idées ?' demanda une voix qu'il ne reconnut pas.
- 'Je crois qu'on a tout ce qu'il faut. Il suffit de rédiger l'article et nous pourrons...'
Xenophilius fit chauffer le miroir pour prévenir sa fille de sa présence.
– 'Excusez-moi' retentit la voix fatiguée de Luna. 'J'ai besoin d'une petite pause.'
Quelques secondes plus tard, une porte se ferma et un visage apparut dans le miroir. Xenophilius sentit son cœur se réchauffer en voyant le sourire ravi de sa fille.
– 'Tout va bien, papa ?'
– Bien sûr, bien sûr. Comment se passe la vie au QG ?
– 'Nous avons presque terminé l'article. Mais il y a du nouveau. Nous avons espionné une réunion de l'Ordre tout à l'heure. Le professeur Dumbledore croit qu'Envy et Edward se sont enfuis. Il a mentionné la prophétie, il dit qu'elle est encore active... Papa, tu penses que c'est vrai ? Si Ed avait prévu de fuir, il nous aurait prévenus, non ?'
– Luna, je pense que la situation est plus compliquée que ça. Je t'expliquerai plus tard. Pour le moment, je ne comprends pas tout moi-même. Ce que je vais te dire maintenant, tu ne dois le révéler à personne, pas même tes amis, c'est d'accord ?
Luna acquiesça. Alors, Xenophilius tourna le miroir pour montrer le visage endormi d'Edward. De l'autre côté, Luna lâcha un hoquet de stupeur.
– 'C'est vraiment ! Merlin, Ed !' chuchota Luna, une main devant la bouche.
– Il est arrivé tout à l'heure, blessé et malade. Il semble croire qu'Envy est en vie lui aussi. J'aimerais que tu gardes l'oreille ouverte. Si l'Ordre obtient une piste, préviens-moi immédiatement, ça ira pour toi ?
– 'Évidemment ! Je suis si heureuse ! J'espère qu'Ed a raison et qu'Envy va bien.'
– Nous l'espérons tous... Nous l'espérons.
– 'Il y a autre chose.'
– Oui ?
– 'Le professeur Dumbledore veut chercher quelqu'un en rapport avec Edward et Envy. Il pense que c'est cette personne qui les a aidés à fuir.'
– A-t-il mentionné un nom ?
– 'Seulement des initiales. G.O.D, il me semble. Celui qui a fait la prophétie sur Ed, Envy et Tu-Sais-Qui. Hermione aimerait que nous enquêtions sur lui pour en parler dans l'article.'
Xenophilius connaissait ces initiales, ayant assisté au premier visionnage de la prophétie lorsqu'il participait encore aux réunions de l'Ordre du Phénix. Il n'avait jamais interrogé Edward à ce sujet.
– N'en faites rien pour le moment. Si ce G.O.D a vraiment sauvé Envy, nous ne voulons surtout pas que l'ennemi l'apprenne.
– 'Je vais convaincre Hermione de ne pas prendre ce risque.'
– Parfait. Vous faites du bon travail tous les quatre. Je suis fier de toi, Luna.
La jeune sorcière sourit.
– 'Merci, papa. Fais attention à toi.'
– Prends soin de toi. Et ne fais pas de bêtises.
