Le prochain chapitre est l'un de mes préférés, j'ai hâte de le partager avec vous !
TW : prisonniers de guerre, torture, mort d'un personnage secondaire.
Chapitre dix-sept : Le piège
Février arriva une semaine plus tard. D'après les annonces des météorologistes dans ce torchon qu'était la Gazette du Sorcier, les températures glaciales causées par les Détraqueurs ne remontaient pas, bien que Luna aurait été incapable de le confirmer, étant coincée bien malgré elle dans l'étroite maison de Square Grimmaurd. Plus de deux semaines d'enfermement et presque aussi longtemps sans voir son père en personne. Luna ne s'inquiétait pourtant pas.
Son père savait s'occuper de lui-même et si jamais il se perdait dans son travail, Edward finirait bien par le remettre sur le droit chemin. À moins qu'ils s'y perdent à deux, ce qui ne l'étonnerait pas le moins du monde. Elle les connaissait assez pour visualiser parfaitement la scène, son père noyé sous une mer de parchemin et Edward ronflant avec le front plongé dans une flaque d'encre.
Luna sourit avec tendresse. Les deux sorciers lui manquaient énormément. Bien sûr, elle appréciait Harry, Ron, Hermione et tous les autres, mais de façon différente. Elle ne pouvait s'empêcher de se sentir en décalage. Même si leur manque d'ouverture d'esprit ne l'affectait pas autant qu'auparavant, l'isolation vécue lors de son enfance semblait revenir en force depuis son départ de Poudlard. Ou plutôt, l'absence d'Edward à ses côtés provoquait cette profonde solitude. Et bien qu'ils communiquent aussi souvent que possible, les discussions traitaient davantage de stratégie et de guerre que de tout autre sujet. Leurs conversations passionnantes au coin du feu dans la salle commune des Serdaigles lui manquaient. Son meilleur ami lui manquait.
Luna caressa doucement la grenouille lunaire en argent accrochée à son oreille. Les magnifiques bijoux lui avaient été offerts par Edward Noël dernier. Il les avait fait fabriquer sur mesure, car le commun des mortels ne croyait pas en l'existence de ces créatures. Edward lui offrait toujours les plus beaux cadeaux.
Avec un ronronnement bruyant, Greta chassa sa nostalgie croissante et la ramena au présent.
– Tu peux m'aider avec ça ? supplia Ron en faisant la moue vers Hermione. Je ne comprends rien à rien !
La supplique fit rouler des yeux et soupirer, tandis qu'elle dérangeait les occupants de la salle, tous obligés par Molly Weasley à réviser leurs manuels scolaires. En effet, la mère de famille tenait absolument à ce que les jeunes sorciers de la maison travaillent dur pour que leur retard lors de leur retour à Poudlard ne soit pas trop important. « L'école, c'est primordial ! » Disait-elle sans cesse lorsque ses enfants se plaignaient.
Les seules leçons desquelles personne ne se plaignait, c'étaient les leçons pratiques données par Harry ou par des adultes de passage. Luna aussi s'y amusait beaucoup, et même les pitreries des Weasley arrivaient à lui faire oublier l'absence des plaisanteries de son meilleur ami lors des cours de Défenses contre les forces du Mal supplémentaire qu'ils avaient eu à Poudlard depuis la rentrée.
Par ailleurs, Harry était un excellent professeur. Lorsqu'il ne subissait pas de sautes d'humeur, comme cela était devenu coutumier. Luna ne pouvait s'empêcher de le plaindre. Le pauvre souffrait des visions horrifiques de Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom. Certaines nuits, lorsque Harry oubliait de lancer un sortilège d'insonorisation autour de son lit, elle entendait ses hurlements. Chaque nuit, Ron devait le réveiller de ses terreurs nocturnes. Ces nouvelles habitudes exténuaient Harry et minaient son entourage impuissant.
Rogue ne donnait plus de leçons d'Occlumancie à Harry. Dumbledore en était incapable sans sa magie. De plus, Molly et Sirius — et bien d'autres — refusaient que le vieux mage approche les enfants ou qu'il prenne la moindre décision pour l'Ordre. C'était à peine s'il pouvait assister aux réunions. Dumbledore avait répondu de ses actes après les révélations sur Gladpy et Edward. Certains membres remettaient également ses autres décisions en question, sans toutefois y réfléchir davantage, ayant d'autres hippogriffes à fouetter.
– Eh Luna, je vais chercher un encas, annonça Ginny en s'étirant. Tu veux quelque chose ?
– Oui, merci, c'est gentil.
Ginny s'éclipsa, sous les regards envieux de ses frères, qui eux aussi aimeraient avoir la confiance de leur mère pour quitter la salle d'étude sans sa supervision. Ils avaient déjà trop tenté d'y échapper pour qu'elle les autorise à sortir, malheureusement. Luna ne comprenait pas leur besoin maladif d'échapper à ces heures d'étude. Contrairement à eux, elle les adorait. Il fallait dire que c'était une très bonne excuse pour fuir ce vampire de Scrimgeour qui la poursuivait dès qu'il en avait l'occasion afin de l'interroger sur les allées et venues de son père.
L'ancien Auror n'était pas le seul à se douter qu'elle retenait des informations importantes sur son père et surtout, sur Edward. Les Nargols auraient des tentacules bien avant qu'elle ne leur avoue quoi que ce soit ! Qu'ils continuent à le rechercher, eux comme le ministère et les Mangemorts. Ils ne le retrouveraient pas si Edward ne le voulait pas. Il était bien plus malin qu'eux tous réunis. A dix-neuf ans, sans travail, sans diplôme, alors que le monde entier se liguait contre lui, il avait réussi le tour de main de créer son propre réseau d'espionnage, chez les Mangemorts, le ministère de la Magie, l'Ordre du Phénix et le Conseil de Sorcellerie Européen.
En une semaine, son réseau commençait à concurrencer celui de l'Ordre du Phénix. En tout cas, Luna était de cet avis, même si Edward montrait encore quelques réserves sur le fonctionnement interne de l'organisation. La nuit dernière, il l'avait appelé pendant des heures pour se plaindre à propos des gamineries de Gladpy, qui jalousait Edward, méprisait McKollughan, snobait Xenophilius, détestait Cerchi et surprotégeait Envy.
« Un véritable enfer », selon les propres mots d'Edward. Heureusement que Gladpy passait le plus clair de son temps en extérieur, sinon Edward finirait par lui botter les fesses (l'expression utilisée par le garçon n'avait pas la même finesse).
Luna tritura la baguette magique coincée derrière son oreille lorsqu'elle remarqua les chuchotements conspirateurs des jumeaux. Leur impatience les rendait intenables et elle préférait ne pas faire les frais d'une nouvelle plaisanterie douteuse. Une fois lui avait largement suffi. Elle en avait eu la tête envahie de Joncheruines pendant trois jours d'affilée !
– Harry ?
Le ton alarmé de Ron attira l'attention générale. Le Weasley se pencha vers son meilleur ami et posa une main sur son épaule, le front barré par deux rides inquiètes. La tête de Harry reposait sur ses bras croisés sur la table basse et ses yeux fermés firent comprendre à Luna qu'il s'était endormi pendant les révisions. Toutefois, ce n'était pas le fait qu'il se soit assoupi en plein travail qui avait alerté Ron, mais ses tremblements de plus en plus prononcés.
– Il a une vision ! s'écria Hermione en se précipitant brusquement en avant. Réveille-le !
Ron se mit à secouer Harry en l'appelant d'une voix de plus en plus aiguë, jusqu'à ce que son ami se réveille dans un hurlement abominable. Aussitôt, des bruits de course firent trembler les murs avant que Black, Dumbledore et Vance déboulent dans le salon, alertes. Dès qu'il vit son neveu, Sirius comprit la situation et accourut pour s'agenouiller près du garçon.
– Harry, Harry, tu m'entends ?
Il prit le visage du garçon entre ses mains en continuant de l'appeler, son angoisse clairement discernable. Harry, lui, n'affichait qu'une expression tétanisée, sans prononcer le moindre mot.
– Harry ? Réponds-moi, je t'en prie !
Tout à coup, le regard vitreux de Harry s'éclaircit, son visage se défigea et ses yeux s'agrandirent. Ses mains s'aplatirent brutalement sur sa bouche, comme pour se retenir de vomir. Quand Sirius remarqua ses signes de retour, sa silhouette se détendit visiblement.
– Harry... Tout va bien, tout va bien maintenant. Tu m'entends ? C'est terminé, tout va bien.
Ne supportant pas la vision de son neveu dans un tel état, Sirius l'attira contre lui et le serra dans ses bras. Les mains tremblantes de Harry s'accrochèrent dans son dos.
– V-Voldemort... Azkaban... Hagrid.
Tous se figèrent en redoutant le pire.
– Qu'est-ce que tu dis ? demanda Sirius en forçant Harry à le regarder. Que s'est-il passé ?
– Il est allé à Azkaban, souffla Harry en frottant ses yeux sous ses lunettes. Il a fait s'évader les Mangemorts qu'il restait là-bas. Il en a rallié d'autres à sa cause. Mais il a trouvé Hagrid.
Sa voix se brisa et ses yeux s'embuèrent.
– Il l'a enlevé. Et il a tué Sturgis Podmore.
Ms Vance lâcha un hoquet à l'entente de cette nouvelle et le visage de Dumbledore s'assombrit.
– Il faut prévenir Severus, annonça l'ancien directeur avec gravité. Il est le seul qui pourrait connaître le sort de Rubeus.
Immédiatement, Vance quitta la pièce pour suivre ce conseil. Deux heures plus tard, tous les membres avaient appris la nouvelle et Tonks leur transmit un rapport stipulant que plus de vingt prisonniers s'étaient évadés — sûrement ceux ayant accepté d'entrer au service de Voldemort, dont Crabbe, Mulciber et Travers —, qu'une dizaine avait péri — dont Podmore — et que Hagrid avait effectivement disparu. Malheureusement, Rogue demeurait injoignable.
L'Ordre ne mit pas longtemps à comprendre la raison de cette absence de contact.
– « Tout sorcier ou sorcière considérés comme un traître à son sang est pris pour cible. Les rafles sont menées par Fenrir Greyback et Scabior, évadé aujourd'hui. Quinze victimes à déplorer sur tout le territoire pour le moment. La Marque des Ténèbres au-dessus de leurs maisons. Savage a donné l'ordre d'ignorer les affaires. Fiertalon a voulu s'opposer à cette directive. Personne ne l'a vu depuis. Gurdjieff est descendu en personne au Bureau pour appuyer les ordres de Savage. Les rafles vont continuer sans rencontrer d'opposition. Nos espions sont impuissants. »
Le Patronus envoyé par Shacklebolt, assis au bout de la table de la cuisine, remua la queue. Puis le lynx lumineux disparut une fois son message transmis. Aucun des membres ayant pu se déplacer jusqu'au quartier général pour rejoindre Sirius, Dumbledore et Vance n'osèrent faire le moindre commentaire sur les nouvelles.
– Que pouvons-nous faire, Rufus ? demanda Vance, qui vibrait pratiquement sur son siège. Il faut arrêter ces rafles à tout prix.
Les mains croisées devant son visage, Scrimgeour réfléchissait intensément et ne parut pas entendre la question.
– Eh alors ? s'interposa Edwina Cerchi d'un ton important en raidissant son dos. Que proposez-vous ? Il me semble hautement improbable que les moyens limités de l'Ordre puissent empêcher quoi que ce soit d'arriver.
– Le CSE ne vous a pas convoqué pour une réunion d'urgence ? interrogea Bill en se penchant vers la comtesse. Même si le ministère et le MIAM sont compromis, le Conseil n'est pas totalement sous l'influence de Malefoy.
– Je crains que si, mon garçon. Vous n'avez jamais participé à l'une de ses réunions, sinon vous sauriez à quel point elles ont changé depuis sa nomination comme représentant. N'attendez aucune aide venant du Conseil.
– Où en sont Remus et Fletcher ? intervint Sirius. Ils ont peut-être trouvé la base des Mangemorts à l'heure qu'il est.
– Leurs recherches n'ont pas encore abouti, déclara Scrimgeour. Et d'après les informations que j —
Un nuage argenté informe apparut soudain à la même place que le lynx de Shacklebolt quelques instants plus tôt.
– « Demande de renforts à Ste Mangouste ! Minerva et Molly sous attaque Mangemort ! »
Le nuage se dissipa. Tous s'étaient déjà levés et Scrimgeour prit Bill, Sirius et Vance avec lui avant de quitter Square Grimmaurd à vive allure. La porte d'entrée claqua en faisant trembler les murs et quelques secondes à peine après ce départ précipité, les Weasley — armés d'oreilles à rallonges — déboulèrent dans la cuisine avec Luna pour exiger des réponses sur l'état de leur mère. Voldemort leur avait arraché leur père deux mois plutôt. Hors de question qu'il leur arrache leur mère également. Ni Dumbledore ni Cerchi ne furent en mesure de leur transmettre la moindre information.
Les quatre Weasley frôlèrent l'hystérie durant les longues heures d'attente qui suivirent. Puis la porte d'entrée claqua et un groupe composé de Tonks, Maugrey et Jones entra dans la maison. Ils se rendirent directement à la cuisine.
– Fichez le champ, aboya Maugrey aux Weasley. Albus, où est Rogue ? Il faut le contacter immédiatement.
Les Weasley ignorèrent l'ordre de Fol'Œil et restèrent fermement campés à leur position. Tonks et Jones tentèrent de les faire obtempérer, mais les jumeaux s'interposèrent devant leurs cadets. Ils avaient l'air plus sérieux que quiconque ne les ait jamais vus.
– On veut savoir si notre mère va bien, clama Fred fermement.
– On ne partira pas avant, renchérit George, en croisant les bras.
Cette déclaration eut le mérite d'attirer l'attention des trois nouveaux arrivants.
– Molly ? demanda Tonks, interloquée.
– Nous avons reçu un message de Molly il y a deux heures, expliqua Dumbledore avec lassitude. Elle et Minerva seraient sous attaque Mangemort à Ste Mangouste. Rufus, Sirius, Bill et Emmeline sont partis à leur secours.
Maugrey, Tonks et Jones échangèrent un regard lourd de sens, les mines sombres.
– Deux heures, c'est long sans nouvelles, commenta Jones avant de se racler la gorge. Nous devrions aller leur prêter main-forte.
– C'est trop tard, répondit Maugrey tandis que sa bouche se tordait vers le bas. Elles ont été prises elles aussi.
– Elles aussi ? répéta Cerchi. De qui parlez-vous ? Qui d'autre a été pris ?
Après un regard pour les Weasley, Maugrey annonça la nouvelle. Fred, George, Ron, Ginny et Luna blêmirent, puis les Weasley se fondirent en lamentations, se tenant les uns les autres, éplorés et perdus. Tonks, Jones et Luna tentèrent de leur mieux de les consoler, puis les montèrent à l'étage pour les placer au coin du feu, chacun les mains remplies d'une boisson chaude agrémentée d'une potion calmante.
Hermione, restée au chevet de Harry, se joignit à eux et s'inquiéta de leur état.
– Mrs Weasley est... ? s'enquit-elle en voyant leur état.
Ron secoua la tête, les yeux rouges et les poings serrés.
– Percy a disparu. Les Mangemorts l'ont enlevé.
Six heures après l'évasion massive d'Azkaban, l'ambiance rue Goldrop n'était de loin pas à l'allégresse en apprenant les déboires de l'Ordre du Phénix.
Edward débarrassa brusquement tous les parchemins sur la table et les envoya voler partout dans le salon.
– Bordel ! Quel — bordel !
Ses poings atterrirent violemment sur la table désormais vide tandis qu'il se courbait en avant en grognant une série de jurons furieux. Pour plus de sécurité, Xenophilius avait éloigné Envy du déchaînement de colère et Edwina avait prudemment reculé dans un coin de la pièce.
– Putain. J'arrive pas à y croire. Quel cauchemar !
Edward flanqua ses mains dans ses cheveux et ferma les yeux pour se calmer en prenant de grandes inspirations. Hagrid, Molly, Percy, tous disparus. Tous entre les griffes de Voldemort. Tous en sursis. Combien de temps survivraient-ils en camp ennemi ? Que comptait leur faire subir Voldemort ? Des images affreuses des trois disparus lui vinrent, criant sous la torture, le corps en lambeaux et le visage ensanglanté.
– Il va arriver quoi à Ron et aux autres maintenant ? demanda Envy.
Edward releva vivement la tête.
– Bill est leur représentant légal désormais. Sirius Black a proposé de les prendre en charge financièrement, répondit Edwina tristement. Jusqu'à ce que leur mère réapparaisse... Évidemment.
– Comment vont-ils ? interrogea Edward, toujours secoué de tremblements nerveux, mais l'esprit plus clair. Ron, Ginny et les jumeaux ?
L'expression d'Edwina s'ombragea visiblement.
– Ils souhaitent apparemment s'engager auprès de l'Ordre. Je doute que Scrimgeour montre autant de réticence qu'auparavant à engager des sorciers mineurs. L'Ordre a subi de trop nombreuses pertes récemment pour se permettre de refuser de nouvelles candidatures.
– Bill ne les laissera pas rejoindre l'Ordre, rétorqua Edward. Leur famille est la plus touchée par ces pertes. Il voudra les protéger coûte que coûte.
– Je n'en serais pas si sûre. Il a émis des doutes quand ses frères et sœurs lui ont posé leur ultimatum.
– Je veux récupérer Luna.
Tous les regards se posèrent sur Xenophilius. Sa posture respirait la crainte.
– Ils ne le savent pas encore, mais l'Ordre est tombé. Luna n'est plus en sécurité là-bas. Je veux la récupérer pour qu'elle vienne vivre ici.
– Il va falloir prendre des précautions. L'Ordre est pris pour cible et même s'il y a le Fidelitas, les Mangemorts pourraient très bien rôder autour de la propriété, nota simplement Edward en se redressant.
– Et pour Harry ? demanda soudain Envy. Et les autres ? On ne peut les laisser là-bas. Si l'Ordre se fait décimer, ils se feront massacrer.
– On ne peut rien pour eux, répliqua Xenophilius. Pas sans la permission de leurs parents. Nous ne pouvons pas nous permettre de nous battre contre l'Ordre du Phénix. Nous ne sommes pas assez nombreux pour gagner.
– Il faudra bien trouver une solution, déclara Edward en se massant la nuque, les yeux fermés. On ne peut pas les laisser là-bas. Pas alors que Voldemort se rapproche plus en plus de l'extermination complète de l'Ordre du Phénix.
– Vos intentions vous honorent, commenta Edwina en levant le nez hautainement. Cependant, il me semble que vous oubliez qu'il faudra s'occuper de loger tout ce petit monde. Aussi... confortable soit ce quartier général, nous nous marchons déjà sur les pieds à l'heure qu'il est. Sans compter que tous ces jeunes gens sont, comme indiqué, jeunes. Nous ne pouvons pas nous permettre d'avoir à faire du gardiennage en plein cœur d'une guerre.
– OK... Vous marquez un point. Concernant la place, concéda Edward. Même si vous, McKollughan et Gladpy êtes retournés vivre chez vous, on ne pourra jamais accueillir tous les Weasley, plus Hermione et Harry.
– S'il le faut, on pourrait les envoyer à Florence. Ils seront en sécurité au manoir. Le temps que Voldemort tombe.
Edward, Xenophilius et Edwina se tournèrent vers Envy, affichant divers degrés de conviction.
– Ça sonne plutôt bien, admit Edward. Les follets s'occuperaient d'eux et si on réussit à créer un réseau de cheminette clandestin entre ici et là-bas, ça nous donnerait l'occasion de veiller sur eux plus ou moins attentivement. Peut-être que McKollughan pourrait « emprunter » les travaux de ses collègues et nous aider à créer un passage sécurisé indétectable. Pour l'instant, on peut se contenter de garder le contact grâce aux miroirs à double sens de Xeno.
– Je peux en ensorceler davantage, confirma le sorcier en hochant la tête. Ce manoir est-il vraiment sécurisé ?
– On devrait ajouter un Fidelitas, commenta Edward en se tournant vers Envy. Mais en même temps, ce manoir est vraiment célèbre. Il vaudrait mieux trouver refuge dans un autre de tes domaines. Tu en as d'autres, non ?
– Caponsacchi m'en a parlé. J'ai quatre autres propriétés.
– Ce sont des domaines viticoles. Des locataires y vivent en permanence, avertit Edwina. S'ils venaient à être délogés sans raison apparente, cela ne ferait qu'attirer l'attention des vautours qui n'attendent que de mettre la main sur la fortune de la famille depuis la disparition d'Envy.
– Et si vous prétendiez être mon héritière légitime ?
– Le coffre ne s'ouvrira pas, dirent Edward et Edwina à l'unisson.
– Aucun moyen pour que quiconque la laisse prendre le magot sans avoir confirmation qu'elle en a le droit, ajouta Edward. Il semblerait que notre seule solution soit le manoir principal. Ça va pas être coton de faire entrer tout ce petit monde illégalement dans le pays. Le Service de régulation des transports magiques est sur le pied de guerre, même si ça fait bien six mois depuis le meurtre de Fiorenti.
Clairement, les obstacles au sauvetage de leurs amis s'amoncelaient les uns sur les autres, si bien qu'ils décidèrent d'un commun accord de se concentrer sur l'extraction de Luna en priorité. Bien que la jeune sorcière risque de refuser son départ, hésitant à abandonner ses amis derrière elle. Surtout pas alors que Harry souffrait de plus en plus fréquemment des visions de Voldemort et que celles-ci ne manqueraient pas de concerner Hagrid, Molly et Percy.
Un éclair rouge quitta la baguette de Voldemort et frappa sa victime en pleine poitrine. Le cri causé par le sortilège de torture provoqua le rire de Bellatrix, dont l'envie de participer à l'effort ne faisait que croître. Sa baguette vibrait d'anticipation dans sa main.
– Punissez les traîtres à leur sang, ronronna-t-elle en frottant ses cuisses l'une contre l'autre. Maître, faites-les gémir.
La mâchoire de Gladpy se contracta en voyant le corps se tortiller sur le sol humide de la cave du manoir Malefoy. Sa compassion pour le sorcier avait depuis longtemps été enfouie dans un sombre recoin de son esprit pour ne pas empiéter sur son devoir. Aucun des Mangemorts présents ne devait apercevoir le moindre signe de faiblesse de sa part, car sa vie se jouait depuis son retour auprès du Seigneur des Ténèbres. Elle-même avait fait les frais du sortilège de torture des heures durant lorsqu'elle était revenue sans Envy et sans information sur sa position exacte.
Elle ne se souvenait toujours pas du déroulement précis des événements, puisque McKollughan veillait à ce que ses faux souvenirs recouvrent parfaitement les vrais, qu'elle avait apparemment abandonnés de son plein gré pour une stratégie dont elle ne se souvenait pratiquement plus. Tout ce dont elle était certaine, c'était que sa vie et, plus important, celle d'Envy, dépendaient de la disparition de certains morceaux de sa mémoire.
Cette idée ne lui plaisait pas le moins du monde, mais elle l'avait sauvé de la mort. Désormais, l'attention de Voldemort dans sa recherche d'Envy et d'Edward se concentrait sur les prisonniers faits dans la matinée. Évidemment, Gladpy demeurait le mouton noir de l'Ordre noir après sa disgrâce d'avoir laissé G.O.D — qui qu'il soit — enlever Envy. Elle n'était pas à l'abri d'une attaque de Legilimencie ou de torture visant à dévoiler un mensonge de sa part. Pour le moment, sa situation restait précaire.
Un claquement de langue mécontent sonna la fin du sortilège de torture. Le corps secoué de spasmes de Percy Weasley s'affaissa sous les pleurs mal réprimés de sa mère. Molly Weasley se jeta aux pieds de son fils visiblement avec l'intention de le prendre dans ses bras.
– Arrière, vermine ! hurla Bellatrix.
Sa main empoigna une touffe de cheveux roux et tira brusquement, arrachant un geignement de douleur. Molly s'effondra contre l'un des épais piliers en pierre. Le bruit sourd de la collision amusa visiblement Bellatrix qui fixa Molly avec un grand sourire avant de tendre la main pour recommencer.
Un. Deux. Trois.
Gladpy scruta la réaction de Rogue du coin de l'œil. Le visage cireux du sorcier ne laissait passer aucune émotion autre qu'un ennui que Gladpy savait feint. Elle savait de source sûre qu'il espionnait pour le compte de l'Ordre du Phénix. Par la même, elle se demandait ce qu'il comptait faire pour ses trois partenaires. Préparait-il un plan pour les libérer ou allait-il les laisser à leur sort pour maintenir sa couverture ?
Au quatrième coup, l'arcade sourcilière de Molly explosa et un filet de sang s'écoula de la plaie. Satisfaite, Bellatrix lâcha Molly et retourna auprès de son maître. Un murmure de souffrance échappa à Percy alors qu'il reprenait connaissance. L'air déboussolé, il cligna plusieurs fois des paupières. Son regard croisa furtivement celui de Rogue. Gladpy observa l'échange silencieux avec curiosité.
– Quel courage, susurra Voldemort en approchant sa victime d'un pas mesuré. Mais est-ce bien nécessaire de passer par tant de souffrance ? Nous nous sommes rencontrés depuis à peine un jour et tu atteins déjà tes limites. Ne comprends-tu pas ? Personne ne viendra te sauver. Ta misérable vie arrivera à son terme ici, dans ces cachots. Révèle les secrets de l'Ordre du Phénix et ton calvaire prendra fin.
La bouche de Percy formait une ligne blanche et ferme, son corps tremblait continuellement. Ses nerfs lâchaient lentement, à chaque usage de l'Impardonnable. L'esprit du garçon ne tiendrait pas. Quoi que l'Ordre du Phénix tente pour libérer les otages, ils arriveraient trop tard pour le sauver.
– Réponds quand l'on te parle, cracha Bellatrix.
– Je ne trahirai pas mes amis, articula Percy d'une voix chevrotante.
– Crucio !
Molly s'égosilla, secouée de spasmes. Percy rampa vers sa mère, attirant l'intérêt de Bellatrix, qui s'avança pour l'éloigner. Un rugissement bestial résonna dans la cave. Le sortilège prit fin abruptement.
– Bella, claqua la voix de Voldemort. Va faire taire notre invité. Ne l'abîme pas. J'en aurais besoin.
Bellatrix se courba avec un rictus avant de se séparer du groupe pour suivre la piste du rugissement. Le claquement de ses talons sur la pierre laissa bientôt place au silence, entrecoupé des halètements de Molly et des paroles de réconfort chuchotés par Percy dans l'oreille de sa mère qu'il tenait contre lui.
– Où est Edward Elric ? murmura Voldemort en attrapant le menton de Molly pour croiser son regard.
Gladpy força sa respiration à rester égale. À cause de ses souvenirs morcelés, elle ignorait si l'Ordre du Phénix connaissait le lieu où se cachaient Elric et son demi-frère. Si c'était le cas, elle allait devoir prendre la situation en main et tuer les témoins avant qu'ils ne puissent donner la moindre information.
– P-personne ne sait, sanglota Molly. Il se cache m-même de nous. Je le jure ! Nous ne... ne savons pas !
– Mensonges, siffla Voldemort avant de plisser les yeux.
Soudain, il brisa le contact visuel en se redressant de toute sa hauteur. Sa main lâcha le visage de Molly et se tendit vers Gladpy, qui s'empressa de lui tendre un mouchoir. Le sorcier essuya sa main avec dégoût puis lâcha nonchalamment le morceau de tissu qui s'échoua à ses pieds.
– Il semble que tu aies eu raison dans tes assomptions, Severus. Elric semble se terrer avec le parasite du Chicaneur. Dans ce cas, mon appât attirera ces racailles directement dans mes cachots d'ici deux jours.
La mâchoire de Gladpy se crispa à la mention d'un appât. Son regard glissa sur Rogue, qui paraissait tout aussi attentif. Jamais encore leur maître n'avait-il mentionné un appât. Ni même un quelconque plan. Il allait falloir prévenir McKollughan afin qu'il passe le message au reste de l'équipe.
Après le dîner, les habitants de Goldrop se rassemblèrent au salon pour discuter de la chasse aux Horcruxes. Ils s'étaient entendus sur leur première cible. Par un heureux hasard, dès la première réunion de l'équipe composée d'Edward, Envy, Keith et Xenophilius, une nouvelle piste avait fait son apparition. En effet, si l'on suivait la logique du médaillon de Serpentard et de la Coupe de Serdaigle utilisée par Voldemort, la probabilité pour que l'un des Horcruxes ait appartenu à Rowena Serdaigle montait en flèche.
Xenophilius suggéra immédiatement le Diadème perdu de Serdaigle. Par l'intermédiaire de Luna et grâce à l'intervention de Neville Londubat sur le terrain, la Dame Grise leur confirma le funeste destin du diadème entre les mains de Tom Jedusor et leur apprit sa location actuelle par une énigme que Luna venait de leur transmettre.
– Si le diadème est dans la Salle sur Demande depuis tout ce temps, est-ce que ça veut dire que Goyle et Malefoy le cherchent depuis la rentrée ? Ou qu'ils le protègent ? Peut-être que leurs allers et retours ne concernaient pas du tout Envy.
– Je crois pas, répondit l'Homonculus. Mmh... Auraient pas risqué d'attirer l'attention d'ssus. J'pense qu'ils préparaient vraiment un coup foireux contre moi, mais que le crapaud les a devancés en m'arrêtant.
– Sans compter que Vous-Savez-Qui n'aurait jamais confié son secret à quiconque, ajouta Xenophilius.
– Et si Voldemort savait qu'on cherche les Horcruxes et qu'il avait demandé à Goyle et Malefoy de piéger la salle ? Officiellement, il leur aurait dit que c'était un piège pour Envy, alors qu'officieusement il voulait assurer la sécurité de son Horcruxe sans que personne le sache, pas même ses Mangemorts. Ça expliquerait pourquoi ils n'ont jamais agi comme on s'y attendait en attaquant Envy au détour d'un couloir.
– Ça s'tient. Maintenant faut savoir comment on va s'y prendre pour le détruire. Aux dernières nouvelles, Poudlard est sous contrôle mangemort. Neville a déjà eu du mal à échapper aux Carrow pour discuter avec la Dame Grise.
– Nous n'allons certainement pas demander à ce garçon de détruire un Horcruxe, affirma Xenophilius. Je vais d'ailleurs demander à Luna de lui dire de ne surtout pas s'approcher de la Salle sur Demande.
Edward acquiesça distraitement, les yeux perdus dans le vide.
– T'as une idée, Ed ?
– Y a que Keith et Jolene qui puissent s'en occuper. Personne d'autre ne peut infiltrer Poudlard. Faudra trouver une excuse pour les y envoyer. Soit en tant que Mangemorts, soit en tant qu'employés du ministère.
Les trois comparses méditèrent les possibilités offertes par les rôles doubles de leurs deux espions. Le regard d'Edward dériva sur le mur couvert de sept miroirs permettant de rester en contact permanent avec chaque membre de leur groupe. En dessous de chaque glace ovale était accroché un petit écriteau indiquant le nom du propriétaire du miroir affilié. Pour éviter l'espionnage après la perte ou le vol de l'un des miroirs portables, Xenophilius avait enchanté les artefacts afin qu'ils ne puissent être utilisés qu'avec un mot de passe.
Étant donné la situation précaire de Jolene, elle n'avait pas encore accès au système commun.
– Je crois que Keith veut nous contacter, remarqua Edward en se levant pour se tenir devant l'un des miroirs de gauche. Vérité et Liberté.
Le visage de McKollughan apparut progressivement jusqu'à se faire net.
– « Gladpy m'a contacté. Les Mangemorts ont un plan pour t'appâter, Xeno et toi. Dans deux jours. Elle ne sait rien d'autre. »
– Et Hagrid ? Molly ? Percy ? Des nouvelles ?
Le visage de McKollughan se tordit.
– « Ils sont gardés prisonniers au quartier général des Mangemorts. Tu-Sais-Qui torture les Weasley. Gladpy ne pense pas qu'ils tiendront très longtemps. »
– Que font-ils à Hagrid ?
– « Gladpy l'ignore. Tu-Sais-Qui la garde à l'écart. »
Edward soupira. Xenophilius s'approcha pour s'adresser à Keith.
– Y a-t-il du changement au ministère ?
– « Ombrage. Elle a créé une Commission d'enregistrement des nés-Moldus. La Gazette annoncera la nouvelle demain matin. »
– J'aime pas du tout ce que ça a l'air d'annoncer, commenta Edward, les sourcils froncés. En quoi ça consiste, cette commission ?
– « Sous le couvert d'un recensement, le ministère va attirer les nés-Moldus et les déposséder de leur baguette, leur emploi. Et les envoyer à Azkaban, dans le pire des cas. »
– Il faut prévenir la population ! s'exclama Xenophilius, prenant hâtivement une plume et du parchemin pour préparer un article. Dites-moi tout ce que vous savez. Est-ce que le Ministre de la Magie a ordonné la création ou a-t-il donné son approbation ? Le MIAM est-il au courant ? Et le CSE ?
Voyant qu'il n'obtiendrait aucune nouvelle supplémentaire, Edward rejoignit Envy, qui avait été abandonné sur la table de travail.
– Comment est-ce qu'il compte faire ça ?
Edward fixa Envy sans comprendre.
– Comment qui compte faire quoi ?
– Voldemort. Il veut vous tendre un piège. Comment il compte faire ça ?
– Peut-être que Voldemort croit que Xeno et moi faisons encore partie de l'Ordre du Phénix et qu'il compte sur nous pour participer à une mission de sauvetage pour Hagrid et les Weasley.
– Et il envoie ces nouvelles visions à Harry parce que celles me concernant n'ont pas fonctionné, ajouta Envy, pensif.
– On ne sait pas encore si les prochaines visions seront focalisées sur les vrais otages ou si elles continueront à être sur toi.
Envy poussa un long soupir à fendre l'âme. Comprendre la psyché de Voldemort... Quelle galère.
– Donc selon toi, reprit Envy. Soit, il a pris trois otages de façon très théâtrale pour donner plus de crédit aux visions qui me concernent. Genre, « J'ai ces trois-là pour de vrai, donc pourquoi pas celui-là aussi ? » Soit, il sait qu'on sait que je suis pas du tout son prisonnier et il essaie de sauver la face en prenant de vrais otages ?
– Il faudra voir dans les prochaines 48 heures si les visions d'Harry restent focalisées sur toi ou si elles changent de cible, résuma Edward en se frottant le front pensivement. Ça dépendra sûrement des informations qu'il... enfin... qu'il tirera des Weasley ou de Hagrid. Ils ne tiendront pas. Il apprendra forcément que Xeno et moi ne sommes plus membres de l'Ordre. Si on suit cette théorie, il pourrait en arriver à la conclusion que c'est ça la raison pour laquelle les visions de toi n'ont pas réussi à m'appâter, parce que je n'aurais pas accès aux infos de l'Ordre. Ou alors... c'est tout le contraire.
–… Hein ? Quoi ? Je comprends que dalle. Le contraire de quoi ?
– Et s'il avait appris par un autre biais que je ne suis plus membre de l'Ordre et que par conséquent, ces visions ne sont pas parvenues jusqu'à moi, il aurait pu prendre des otages de façon « très théâtrale » justement pour que la nouvelle arrive jusqu'à moi.
– Connaissant ton complexe du héros, c'est pas une mauvaise stratégie. Ça serait pas très surprenant que tu décides de contacter l'Ordre après avoir appris une nouvelle pareille pour donner un coup de main. Et là BAM tu apprends pour les visions de Harry, tu crois que je suis prisonnier et tu accoures à mon secours. Et PAF il te fait prisonnier. Mais puisqu'il a gobé l'histoire de Miss-Grincheuse et qu'il croit que je suis avec l'autre cake... Il ne sait pas que l'on sait que ces visions sont fausses.
Edward et Envy se fixèrent dans le blanc des yeux pendant un long moment.
– Donc nous laissons croire à Harry Potter que les visions sont réelles, conclut Xeno. Pour protéger le secret de Ms Gladpy.
Le duo bondit sur place avant de se retourner vers leur spectateur.
– Hum. C'est vrai, approuva Edward en hochant la tête. S'il découvre le pot aux roses, il torturera Gladpy jusqu'à savoir ce qu'il s'est réellement passé le jour où Envy s'est fait enlever par G.O.D.
– Son plan ne doit pas se résumer à ça, reprit Envy. Il a dit « deux jours ». Ça paraît précis, non ? Il ne doit pas que compter sur ton complexe du héros. Y a forcément autre chose qui va pointer le bout de son pif.
– Qu'importe de quoi il s'agira, répondit Edward. On sera prêt. Il croira qu'on mord à l'hameçon, alors qu'on sait que c'est du pipeau. Si on s'y prend bien, on pourra retourner son piège contre lui. Pour une fois, on a l'avantage.
Les trois compères échangèrent des sourires victorieux. La chance tournait enfin !
