Chapitre vingt-et-un : Réactions en chaîne
Luna accourut pour soutenir Gladpy avant qu'elle ne s'effondre dans ses bras.
– Qu'est-ce que ça signifie ? tonna Maugrey, la baguette brandie. Écarte-toi !
– Ils sont de notre côté ! s'exclama Luna, affolée. J'ai besoin d'aide !
Sirius et Ginny furent les premiers à réagir et prêtèrent main-forte à Luna pour allonger la Mangemort sur le canapé. Pendant ce temps, McKollughan n'osa pas bouger d'un pouce, attendant que les deux Aurors veuillent bien baisser leurs baguettes. Ce fut l'arrivée en trombes de Xenophilius qui les décida à le faire, lorsque le sorcier s'accroupit immédiatement au chevet de Gladpy pour l'examiner.
– Qu'est-ce que ça veut dire ? demanda Harry, perdu. Gladpy est une Mangemort. On l'a même combattu i peine quelques heures !
– C'est elle qui a aidé Envy à s'échapper du ministère après son arrestation, expliqua Luna avec empressement tout en observant la blessée avec inquiétude. On vous racontera tout plus tard. Papa, qu'est-ce qu'elle a ?
– Vous-Savez-Qui l'a soumis au sortilège de torture, indiqua McKollughan depuis l'entrée. Il l'a puni parce qu'elle s'est laissé battre par de simples enfants. Je ne savais pas où aller, alors...
– Tu as bien fait, répondit Xenophilius avant de s'adresser à sa fille. Va dans la salle de bain et ramène-moi la caisse rangée sous le lavabo.
Luna fila à l'étage en montant les marches quatre par quatre.
– Keith, est-ce que tout va bien de ton côté ?
– Juste quelques bosses.
Le regard du Langue-de-plomb s'attarda sur ceux qui l'avaient assommé. Harry, Hermione, Ginny, Fred et Georges échangèrent des regards incertains. Ils ne savaient pas s'ils devaient se sentir coupables ou non de l'avoir attaqué. Ils décidèrent finalement de se rasseoir sans chercher à commenter. De toute manière, le retour de Luna coupa court à toute excuse qu'ils auraient potentiellement décidé de présenter.
La tension était devenue insupportable, mais l'intervention de Remus arrangea un peu la situation.
– Je pense qu'il vaudrait mieux que tout le monde range sa baguette et retourne s'asseoir en attendant de recevoir une explication.
Ils obtempérèrent sans discuter, bien que les Aurors aient plus de mal à avaler la pilule. Lorsque tout le monde fut réinstallé, McKollughan prit place à côté de Luna, le plus loin possible de Maugrey et Shacklebolt. Xenophilius fit boire une potion rosâtre à Gladpy, la faisant tousser deux fois avant qu'elle reprenne des couleurs. Bientôt, elle fut capable de tenir en position assise. Pendant ce temps, Luna en profita pour expliquer en détail la manière dont leur groupe s'était assemblé depuis les fausses morts d'Edward et Envy et ce qu'ils avaient accompli depuis lors.
À la fin de son récit, ses amis se sentaient trahis
– Tu savais qu'Envy était en vie, cracha Harry qui tremblait de rage contenue. Tu savais pour mes visions. Mais tu n'as rien dit. Tu aurais pu me dire qu'Envy était sain et sauf et tu as préféré te taire !
Luna se mordit la lèvre.
– Qu'est-ce que ça change ? claqua la voix de Gladpy, qui se leva, suivie de Xenophilius. Que tes visions soient vraies ou non, tu aurais quand même foncé tête baissée dans ce piège, espérant que tes amis qui sont tenus prisonniers soient vraiment là-bas. Au final, tout ça revient au même. Le résultat ne changera pas. Elric a été pris et Dumbledore est mort.
– Mort ?
Le regard inexpressif de Gladpy passa autour de la table avant qu'elle la contourne pour s'asseoir entre McKollughan et Shacklebolt. Xenophilius prit la dernière place disponible, entre Maugrey et George.
– Dumbledore est mort, répéta Gladpy. Et c'est certainement une bonne chose pour lui. Il aurait fini ses jours sous la torture des Mangemorts sinon. J'ignore ce qu'il est arrivé à son corps. En tout cas, Elric a été transféré. Le Seigneur des Ténèbres ne m'a pas mis dans la confidence, bien que je me doute de l'endroit où il sera emprisonné. Et avant que vous me demandiez, je suis physiquement dans l'incapacité de diffuser les coordonnées.
– Notre espion est dans la même situation, commenta Shacklebolt, sans lâcher Gladpy du regard. Pouvez-vous nous dire, au moins, s'il sera enfermé au même endroit que nos autres camarades ?
Gladpy acquiesça. Hermione poussa timidement une tasse de thé récemment réchauffée vers la Mangemort qui l'accepta avec un regard moins dur.
– Vous les avez vus ? s'exclama Ginny, les yeux écarquillés. Vous avez vu maman et Percy ? Et Hagrid ?
– Ils sont en vie.
Ce n'était pas rassurant, mais au moins était-ce réconfortant. Il restait un espoir. Tant qu'ils étaient en vie, ils pouvaient être sauvés. Contrairement à Dumbledore. Mais peut-être était-ce mieux ainsi. Le vieux mage était un ennemi hautement plus haï par les Mangemorts.
– Vous faites partie de l'Ordre du Phénix, n'est-ce pas ? demanda Gladpy de but en blanc.
– Pourquoi ? répondit Sirius avec méfiance.
– Vous devriez prévenir vos alliés qu'un Tabou a été placé sur le nom du Seigneur des Ténèbres. Apparemment, le fait que certains d'entre vous ne craignent pas de le prononcer lui a donné des idées pour attraper ceux qui s'opposent à lui.
Maugrey, Shacklebolt, Remus et Sirius s'empressèrent immédiatement d'envoyer des messages aux membres de l'Ordre. Tout à coup, ils craignirent ce que le manque de réponse de leur part signifiait. Une fois les messages envoyés, Harry se risqua enfin à prendre la parole :
– C'est quoi cette histoire de « tabou » ?
– Tu-Sais-Qui l'utilisait aussi, à l'époque, expliqua Remus. Il s'agit d'un puissant sortilège placé sur un mot, ou dans ce cas-ci un nom. Grâce à lui, Tu-Sais-Qui sera en mesure de localiser toute personne prononçant son nom.
– Une vingtaine de Rafleurs a été enrôlé, poursuivit Gladpy à l'attention générale. Ils tueront sur-le-champ toute personne surprise à briser le Tabou. Mieux vaut garder votre témérité pour vous à partir d'aujourd'hui. Personne n'est plus en sécurité nulle part désormais.
– Le Tabou ne fonctionne pas complètement quand celui qui le brise se trouve dans une demeure sous Fidelitas, riposta Shacklebolt.
– Euh... J'ai une question à propos de ça, intervint soudain Hermione avec incertitude, rougissant d'être le centre de l'attention. Qu'en est-il du quartier général ? Je veux dire, maintenant que le Gardien du Secret est... mort. Dumbledore ne peut plus garder le secret, si ?
– Nous sommes tous devenus gardiens du secret, déclara Remus. Ça veut dire que Molly, Percy et Hagrid le sont aussi. Mais l'information ne peut pas être prise par la force.
– Cette situation présente quand même un risque, maugréa à mi-voix Maugrey en ressortant sa baguette. Vous-Savez-Qui peut faire pression sur l'un des Weasley pour que l'autre parle. Mieux vaut faire évacuer le QG.
Shacklebolt envoya un nouveau Patronus pour passer le message.
– Tous ceux qui n'ont plus nulle part où aller peuvent rester ici, annonça Xenophilius. Nous utiliserons des charmes d'extension pour permettre à tout le monde de vivre sans trop se marcher sur les pieds.
– Harry et moi restons, déclara Sirius. Il faudrait demander à Bill, mais je pense que les Weasley n'ont pas d'autre choix que de rester aussi. Remus ?
– Il faut que j'y réfléchisse lorsque j'aurais les idées plus claires.
– Je ne crois pas avoir le choix non plus, ajouta Hermione.
– Tonks devra rester au moins le temps que sa convalescence, dit Shacklebolt. J'aimerais recevoir de ses nouvelles fréquemment après mon départ.
– La même pour moi, lâcha Maugrey.
– Alors tout est décidé, conclut Xenophilius. Nous allons devoir trouver un moyen de récupérer le strict nécessaire au QG de l'Ordre si possible. Sinon, nous monterons une petite équipe pour vous fournir en vêtements et autres.
– Xeno, il se passe quelque chose avec ce miroir, l'interrompit soudain Maugrey, son œil magique fixé sur l'une des sept glaces accrochées au mur d'en face.
Toutes les têtes se tournèrent dans cette direction. Effectivement, le miroir du milieu scintillait. Xenophilius alla se poster devant le miroir en question dont il vérifia l'étiquette au nom d'Edwina Cerchi.
– Vérité et Liberté, récita le sorcier.
Harry, Hermione et les Weasley regardèrent Luna avec une lueur de compréhension. C'était donc cela qu'elle faisait avec son miroir dès leur départ pour le ministère de la Magie et la manière de laquelle elle avait prévenu son père et Edward. Certaines pièces du puzzle se remettaient en place.
– « Xenophilius ! Que s'est-il passé cette nuit ? Est-ce que la Gazette du Sorcier dit la vérité ? » s'exclama Edwina, alarmée. « Où est Edward ? »
– Il a été pris.
– Que dit la Gazette ? questionna Remus en rejoignant Xenophilius devant le miroir.
– « Lupin ? Que faites-vous là ? »
– On pourrait vous poser la même question ! bougonna Maugrey. Combien d'espions vous avez, dans votre petit groupe ?
– Nous hébergeons les membres de l'Ordre rescapés de cette nuit, l'ignora Xenophilius. Edwina, dites-nous ce que rapporte la Gazette.
– « Ils disent qu'Edward a été arrêté par les autorités, mais que la chasse à l'homme continue. Cette fois, ils visent ses amis. Il y a une liste de noms et de photos en première page. Ils sont tous présentés comme des complices d'Edward et recherchés pour interrogatoire puis être envoyé à Azkaban. Bondupois du Département des accidents et catastrophes magiques a mis le Premier Ministre Moldu au courant et exige son aide pour appréhender les fugitifs », résuma Edwina. « Ils peuvent tirer à vue, Xenophilius. »
– Donnez-nous la liste ! exigea Maugrey.
– « Harry Potter. Sirius Black. Alastor Maugrey. Kingsley Shacklebolt. Nymphadora Tonks. Remus Lupin. Xenophilius et Luna Lovegood. Hermione Granger. Fred, George, Ronald et Ginevra Weasley. Leurs portraits sont affichés partout. Les polices sorcières et moldues vont interroger les familles. Nous savons ce que ça augure pour eux... »
– Mes parents sont en danger ! s'écria Hermione en se levant. Il faut faire quelque chose !
– Il faut également s'occuper de la famille Dursley, ajouta Remus en regardant Harry furtivement. Les Tonks aussi.
– Les Tonks ont fui le pays à cause de la Commission, répondit Sirius. Charlie et Bill les aidaient à se réfugier en Allemagne pendant l'attaque de cette nuit. Les autorités ne les trouveront pas là-bas.
– Ne restent que les Granger et les Dursley, acheva Shacklebolt. Scrimgeour a déjà préparé un protocole d'urgence pour évacuer les Dursley. Je dois aller sur place pour mener les opérations avec les membres de l'Ordre concernés.
– Est-ce que ça veut dire que je dois aller avec les Dursley ? demanda Harry, inquiet.
– Non. Tu n'habiteras plus avec eux, répondit Sirius. À partir d'aujourd'hui et jusqu'à ta majorité, tu seras sous ma responsabilité.
Shacklebolt hocha la tête puis se leva et Xenophilius le guida jusqu'à la sortie au rez-de-chaussée.
– Je vais préparer l'extraction des Granger avec Vance et Dumbledore, annonça Maugrey en se levant à son tour. Je vous tiendrai au courant de l'avancée des opérations. Cerchi, restez en contact avec moi. Vous aurez un rôle à jouer.
Puis il descendit à la suite des deux sorciers.
– Dumbledore ? répétèrent Harry et les jumeaux.
– Son frère, Abelforth, précisa Sirius distraitement. Il était aussi membre de l'Ordre lors de la Première Guerre.
– Il faut que j'y retourne, annonça Gladpy en se levant. Voir si j'entends parler des Dursley ou des Granger.
Puis elle quitta la pièce à son tour avant de disparaître au rez-de-chaussée.
– « Avez-vous besoin de quoi que ce soit ? Puis-je aider d'une quelconque façon ? »
– Merci, répondit Remus en se retournant vers le miroir où le reflet de Cerchi flottait. Il semblerait que Maugrey ait davantage besoin de vos talents.
– « Bien. Je vous contacterai plus tard. Et... Soyez délicats. »
– Délicats ?
– « En annonçant l'enlèvement d'Edward à Envy » précisa Edwina sur le ton de l'évidence. « Le pauvre petit va être dévasté. »
Puis son reflet disparut avant que quiconque ait pu répondre.
– Où est Envy ? questionna Harry.
– On ne l'a pas croisé, ajouta Fred.
– Alors qu'on est là depuis presque deux heures, renchérit George.
– Il a dû nous entendre avec tout ce boucan ! remarqua Ginny.
Ils se tournèrent vers McKollughan, qui leva les mains en haussant les épaules.
– Demandez à Xeno. Bon. Je crois que c'est le moment pour moi de retourner au ministère. Mon Département a tout de même souffert d'une attaque pendant la nuit.
Avec cette remarque, il quitta le salon sans un regard en arrière.
– Envy doit être au grenier, conclut Sirius en scrutant le plafond. On a monté Tonks et Ron qu'au second. Personne n'est monté plus haut. Il vaudrait peut-être mieux trouver une bonne explication pour tout ça avant de lui annoncer les mauvaises nouvelles.
– Je ne pense pas qu'il y ait de bonne ou mauvaise explications, soupira Remus en fixant le fond de sa tasse avec regret. Tout ça n'a été qu'une suite de choix malheureux.
– C'est de ma faute.
La réplique sans appel d'Harry fit relever quelques têtes. Le garçon avait le teint blafard, faisant ressortir sa cicatrice et ses yeux rougis. Il avait l'air d'avoir croisé le spectre de la Mort en personne.
« Je croyais que tu avais appris la leçon, la dernière fois. Putain. »
– C'est de ma faute si Ed s'est fait prendre.
« C'est impossible de te faire confiance. »
– Si j'avais écouté Hermione... Et Dumbledore... Et Luna...
« Faut toujours que tu fourres ton nez là où il ne faut pas même quand on te dit que c'est dangereux. »
– Si j'avais écouté, Ed ne serait pas venu au ministère. Je ne l'aurais pas attiré dans le piège de V... De Vous-Savez-Qui.
« Surtout quand c'est dangereux. »
– Mais à la place je me suis laissé submerger par mes émotions... Par mes cauchemars... J'ai mis tout le monde en danger...
« Grandis un peu, bon sang ! »
– Dumbledore est mort à cause de moi.
« Il faut que quelqu'un meure à cause de toi pour que tu comprennes enfin ? »
Pris d'émotion, Sirius se leva pour prendre son filleul contre lui.
– Ce n'est pas ta faute, Harry. Tu as été manipulé, torturé psychologiquement par des semaines de visions venues des tréfonds les plus sombres de l'esprit dérangé de Tu-Sais-Qui. Tout ça aurait submergé n'importe qui.
– Et tu n'étais pas seul, murmura Ginny.
– Nous sommes venus de notre plein gré, continua Hermione. On aurait pu t'arrêter, mais on a choisi de partir avec toi pour sauver nos amis.
– Nous sommes tous à blâmer, ajouta Luna en baissant la tête. Pour une raison ou pour une autre, on a tous fait des choix qui ont mené à... ça.
– On était aussi déterminés que toi, dit George.
– On était prêts à prendre le risque si ça nous donnait une chance de sauver notre famille et Hagrid, renchérit Fred avec honte. On aurait pu écouter les avertissements aussi, mais on a décidé de les ignorer.
Remus et Sirius partagèrent la même expression désarmée face à la culpabilité cuisante des jeunes sorciers. Qu'auraient-ils pu dire pour les apaiser ? Aucune parole de réconfort assez forte ne leur vint à l'esprit.
– Je vais préparer le grenier pour que vous puissiez vous reposer un peu, suggéra Xenophilius, dont personne n'avait remarqué le retour. Et je vais m'occuper du cas d'Envy.
Cette dernière partie plus que la première soulagea un peu le malaise des adolescents. Aucun n'avait envie d'être le messager d'une telle tragédie auprès de leur ami. De plus, aucun ne se sentait prêt à lui faire face. Pas quand tout était de leur faute.
Xenophilius traversa la pièce avant de prendre les escaliers vers l'étage. Une demi-heure plus tard quand il eut terminé les préparatifs, il envoya les adolescents au grenier en leur recommandant de ne pas faire de bruit au deuxième étage où Ron et Tonks dormaient à poings fermés dans les chambres.
Quand ils arrivèrent dans le dortoir de fortune, ils se changèrent sans se soucier d'être ou non en compagnie mixte, enfilant avec félicité les vêtements propres avant de se glisser dans les sacs de couchage. Les combats et les émotions fortes les avaient épuisés. Alors, en dépit de la mauvaise conscience qui leur pesait, ils s'endormirent tous les six en un instant.
Sirius, Remus et Xenophilius se retrouvèrent donc dans le salon autour des restes de gâteaux et une douzaine de tasses vides. D'un coup de baguette, le désordre s'évapora.
– Eh oh !
Les Maraudeurs sursautèrent en entendant la voix d'Envy sortir de la poche du troisième sorcier. Leurs visages se pétrifièrent dans des expressions ahuries lorsqu'un petit lézard à huit pattes fut posé sur la table. La bouche de Sirius s'ouvrit légèrement sous l'hébétement causé par la réalisation que ce petit animal était effectivement son ami.
L'attention trop prononcée de Sirius et Remus mit Envy mal à l'aise.
– Yo...
Sirius se contenta de cligner bêtement plusieurs fois des paupières.
– Bonjour... hum... Envy, salua Remus en se reprenant rapidement. Tu as l'air... en forme.
Le regard peu convaincu de l'Homonculus fit rougir le sorcier qui se racla la gorge en détournant les yeux.
– J'ai besoin d'un verre, déclara Sirius en fuyant dans la cuisine.
Un éclair de tristesse passa furtivement sur le visage d'Envy avant qu'il se tourne vers Xenophilius.
– Qu'est-ce qu'ils font là ? Où vous étiez pendant tout ce temps ? Vous avez disparu pendant des heures ! Il s'est passé quoi pour que vous partiez tout à coup en pleine nuit ? Et où est Ed ? J'ai deux mots à lui dire !
Tout à coup, aucun des deux sorciers ne se sentit capable de dire quoi que ce soit. Mais il le fallait bien. Alors Xenophilius prit son courage à deux mains.
– Edward a été fait prisonnier.
Peut-être était-ce dû au choc, mais contrairement à ce à quoi ils s'étaient attendus, Envy garda son calme à l'entente de cette nouvelle. Il ne répondit qu'un seul mot : « comment ? » puis se tut. Alors, Xenophilius en profita pour lui raconter le déroulement des événements, allant de la vision d'Harry jusqu'au départ de Maugrey pour rencontrer les Granger. Sirius était revenu au cours du récit et s'était rassis avec eux sans causer de problème, bien que sa façon de fixer Envy frisait l'impolitesse. Pour sa défense, l'Homonculus ne commenta pas ce comportement désagréable ni n'interrompit une seule fois le compte-rendu.
Son sang-froid inquiéta plus que soulagea Xenophilius. Surtout lorsque le silence se prolongea bien après qu'il se soit tu.
– Envy ? tenta Remus avec hésitation. Tout va bien ?
Il se sentit incroyablement maladroit, mais il ne savait pas comment interagir avec Envy. Rien n'avait changé, à vrai dire, excepté l'apparence de son ancien élève. Sa réaction l'exaspérait, car il ne s'était jamais considéré comme un hypocrite, et pourtant il jugeait Envy sur son aspect. Lui, le loup-garou. Alors qu'Envy ne l'avait pas jugé en apprenant la vérité sur sa condition plusieurs années auparavant.
– Pourquoi il n'a pas pris ce Portoloin avec les autres ?
– Je ne sais pas, répondit Remus. Aucun de nous n'était là quand ça s'est passé.
– Moi je sais, annonça une voix fatiguée depuis les escaliers.
Tonks descendit les dernières marches en usant de beaucoup de prudence puis se laissa choir sur la chaise à côté de Remus. Sa curiosité l'empêcha de masquer un tant soit peu son intérêt tandis qu'elle observait Envy sous tous les angles, poussant même le vice jusqu'à se pencher pour le voir de plus près.
– Dis, je peux toucher ?
Envy eut l'air tellement interdit que Sirius éclata de rire brièvement.
– Non ! Qu'est-ce que tu veux toucher, espèce de perverse ! Est-ce que je demande à te toucher, moi ?
– Tu pourrais, ça ne me dérangerait pas, plaisanta Tonks.
Malgré ses traits tirés et son teint blanchâtre dû à la fatigue, son sourire en coin paraissait sincère. Son attitude à la découverte de son apparence permit à Envy de se détendre. Il préférait sa curiosité étrange plutôt que l'embarras de Remus et la méfiance de Sirius. Au moins ne le trouvait-elle pas dégoûtant. Ça changeait.
– Je vais préparer le petit-déjeuner, annonça Xenophilius en se dirigeant vers la cuisine.
– Je meurs de faim ! Merci, Xeno.
Ils entendirent bientôt le sorcier s'affairer aux fourneaux et Tonks ne put s'empêcher de réitérer sa requête. Envy accepta en la zieutant avec suspicion. Il s'avéra que la sorcière connaissait quand même la notion d'espace personnel et elle se contenta de tâter les petites crêtes longeant sa colonne vertébrale. Elle se mit à gazouiller sans raison après avoir retiré ses doigts fureteurs et posa sa joue contre sa paume, accoudée nonchalamment sur le bord de la table.
Xenophilius revint avec quatre assiettes fumantes et un pichet de jus de citrouille.
– Alors ? Tu as dit que tu en savais plus sur le Portoloin, insista Envy lorsque les humains commencèrent à manger avec appétit. Pourquoi Ed ne l'a pas pris ?
– Il n'a pas pu, répondit Tonks en prenant une expression navrée. Quand Sirius et lui sont revenus du... voile, Ed a décidé de faire diversion pour permettre au deuxième groupe de partir. Après leur départ, il a essayé de détourner l'attention de Tu-Sais-Qui pour que Dumbledore puisse nous rejoindre. Après ça, c'est un peu flou. J'étais plutôt mal en point. La dernière chose que j'ai vue avant que Kingsley nous fasse prendre le Portoloin, c'est Ed à terre.
– Vous l'avez abandonné pour fuir, accusa Envy.
– Il était trop loin ! se défendit Tonks, atterrée. On n'aurait pas pu lutter contre les Mangemorts en plus de Tu-Sais-Qui, tu comprends ? On n'était pas assez nombreux ni assez puissants... On a dû les laisser derrière.
– Tu viens de dire qu'Ed a fait diversion pour sauver Dumbledore. Mais ça n'a servi à rien. Pourquoi ? Pourquoi Dumbledore n'a pas été sauvé ? Il était trop loin lui aussi ?
– On l'avait. On avait Dumbledore et on était prêts à partir. Mais au dernier moment... Il s'est arraché en arrière ! Il a refusé de fuir. Il a... Il avait cette expression sur le visage... Il savait qu'il allait mourir, mais il a quand même décidé de rester... Pour Ed. Ses dernières paroles... Il... Il a dit : « Laissez-moi être égoïste. Laissez-moi mourir à ses côtés ». Et c'est ce qui est arrivé, n'est-ce pas ?
Les yeux de Tonks s'humidifièrent, mais elle ravala ses larmes en inspirant profondément, le regard tourné obstinément sur un point invisible au-dessus de l'épaule de Remus. Celui-ci recouvrit la main de la sorcière avec la sienne et Envy crut percevoir quelque chose passer entre eux. Enfin, ça ne le regardait pas ni ne l'intéressait à vrai dire. Il avait d'autres soucis en tête. Edward était en danger.
Le reste du petit-déjeuner se déroula dans une ambiance morose, tandis que les trois sorciers mettaient Tonks au courant des rebondissements les plus récents. Quand les assiettes furent vidées, Tonks retourna se coucher. Remus s'excusa peu après, ne tenant plus debout. Xenophilius voulut s'installer sur le canapé pour dormir, car il ne voulait pas laisser les miroirs sans surveillance au cas où quelqu'un les contacterait. Sirius se porta volontaire pour monter la garde, laissant ainsi l'opportunité au sorcier de se coucher plus confortablement au grenier.
Une fois assuré de leur isolement, Sirius se résolut à entamer la conversation la plus bizarre qu'il ait jamais eu à tenir. Et pourtant, il avait passé son adolescence avec James Potter !
– Donc... Tu connais Dieu ?
Les yeux énormes d'Envy s'écarquillèrent davantage si possible. Pendant un court instant, Sirius craignit qu'ils ne sautent de leurs orbites. Il s'interrogea sur la probabilité que cela puisse arriver, puis secoua la tête pour chasser ses pensées guidées par la fatigue.
– Parce qu'il a l'air de vous connaître, Ed et toi.
Envy mâchonna étrangement avant de trotter jusqu'à ce qu'ils soient face à face. Il s'assit sur ses pattes arrière et hissa la tête, comme pour dire un secret.
– Le voile ? Xeno a raconté qu'Ed et toi êtes tombés au travers.
– Ce n'est pas exactement comme ça que ça s'est passé, rectifia Sirius en croisant les bras devant lui pour y poser son menton. Je suis tombé au travers et Ed a essayé de me rattraper. Après, oui, on est tombés au travers ensemble.
– Comment c'était ?
– Blanc.
– Tu m'étonnes. C'est tout ce que t'as retenu ?
– Donc tu y es déjà allé. C'est bien ce que je pensais. Hm. Y a que vous deux pour être potes avec Dieu. J'arrive toujours pas à y croire. Il existe. Il existe vraiment.
– T'excite pas trop.
– Tu plaisantes ? Je suis mort et revenu à la vie ! J'ai rencontré Dieu !
– C'est pas si palpitant.
– Il est terrifiant. J'ai bien cru que j'allais me faire dessus. Et quand Ed lui a tenu tête ! Ouf ! J'ai cru qu'on allait être envoyés directement en enfer pour se faire torturer toute l'éternité !
– Ed a cette tendance, ouais. Mais l'autre cake le mérite bien après tout ce qu'il nous a fait baver. Ils ont discuté de quoi ?
– Il... Dieu... Hum... ne voulait pas que je revienne, alors Ed a marchandé. Je n'ai pas tout compris, mais ils ont passé un marché à propos d'une... pierre ? En tout cas, Dieu a accepté. Il a dit qu'il y aurait des conséquences. Ensuite on a été attrapé par ces choses noires et aspirés dans ces portes gigantesques et... Et je dois te paraître fou, non ? J'ai l'impression de parler comme un cinglé.
– Tu crois qu'on en a jamais parlé pour quelle raison ? rétorqua Envy.
– C'est... incroyable. Depuis tout ce temps... Eh, mais attends... Ne me dis pas que c'est lui votre mystérieux employeur dont vous refusez de parler ?
Envy haussa les épaules. Sirius resta bouche bée pour la seconde fois depuis l'arrivée de l'Homonculus.
– Vous êtes des envoyés de Dieu ?
– On préfère se référer à lui comme la Vérité.
– Hum. Comme dans son speech ?
– Oh non, il te l'a fait aussi ?
Un sourire irrépressible étira les joues de Sirius. Puis disparut très vite alors qu'une pensée se frayait un chemin dans sa tête.
– Ça doit être dur. De vivre avec un secret pareil, je veux dire. Vous ne pouvez en parler à personne sans courir le risque de ne pas être cru et d'être traités de lunatiques... Tout à coup, votre relation de co-dépendance me paraît moins excessive. C'est vraiment Ed et Envy contre le monde, hein...
– Ouais. C'est l'idée, murmura Envy.
– Ed va s'en sortir. Il s'en sort toujours, tout le monde le sait.
– Il est tenace. Mais il n'est pas invincible. Il y a une limite au marchandage. Un jour, il mourra pour de bon si la Vérité décide qu'il ne lui sert plus à rien. Dès qu'on aura vaincu Lord Machin-Chose, on deviendra inutiles. Si on meurt, on le restera. Comme tout le monde. On a trop dévié et remanié le cycle.
– C'est quoi cette histoire de cycle ? La Vérité l'a aussi mentionné.
– Le cycle de la vie, évidemment. Le cycle immuable qui régit toutes formes de vie sur terre.
– C'est-à-dire ?
– Chaque être vivant naît, vieillit et meurt. Après la mort, le corps se décompose et retourne à la terre. Les plantes produites nourriront les herbivores. Les herbivores nourriront les carnivores. Puis le cycle reprendra. Il ne devrait pas y avoir d'exceptions. Pourtant, il y en a. Ed et moi avons échappé au cycle plusieurs fois, et on a toujours eu à payer un prix. Moi, j'ai gagné davantage que j'ai perdu. Mais Ed.. Il a payé des prix trop lourds.
– Quel genre de prix ? Ed a donné une pierre en échange de ma vie. Ça n'a pas l'air très lourd.
– Ce n'est pas n'importe quelle Pierre ! C'est le genre d'artefact magique tellement désiré qu'elle pourrait déclencher une guerre encore plus meurtrière que celle que l'on vit en ce moment ! Heureusement pour toi, Ed n'est pas intéressé par son pouvoir, donc le marché qu'il a passé lui a fait gagner plus que perdre. Mais ne va pas croire que c'est toujours si facile ! Ed a donné énormément de sa personne... Des fois littéralement... Bref.
– Je n'envie pas votre train de vie.
– Je ne le veux pas non plus, maugréa Envy. Pas de bol, j'ai pas le choix. Ça ne changera qu'après qu'on ait tué Lord Machin-Chose. Après ça, on sera enfin libres. On vivra comme on l'entendra. On n'aura plus de comptes à rendre à personne.
– Je peux comprendre ça, soupira Sirius à mi-voix en pensant à son temps à Azkaban.
Lui aussi ne pourrait vivre libre qu'après la disparition définitive de Voldemort. Avant que cela n'arrive, il devrait continuer à se cacher, incapable d'offrir un véritable foyer à Harry.
– Envy... Je sais que tu es en colère pour ce qu'il s'est passé cette nuit, mais... ne sois pas trop dur avec les jeunes. Ils vivent très mal la situation. Pas besoin de les accabler davantage.
– Je ne comptais pas le faire, assura Envy en soupirant avec lassitude. Ce n'est pas entièrement leur faute. Et puis Ed est un grand garçon. Il a fait son choix. La vie de ses amis valait la peine de risquer la sienne. J'aurais fait la même chose si j'avais pu.
– Merci.
Envy fixa Sirius en se demandant pour quelle raison il le remerciait. L'occasion toutefois de le lui demander ne se présenta pas, car un miroir se mit à scintiller sur le mur. Sirius se leva directement pour se poster avec incertitude devant l'emplacement au nom d'Edwina Cerchi.
– Vérité et Liberté ?
Le visage de la sorcière se précisa rapidement. Son chignon élaboré penchait dangereusement et des mèches folles collaient à son front trempé de sueur. D'après la couleur rosée de ses joues, on comprenait qu'elle n'avait pas chômé depuis son appel deux heures plus tôt.
– « Vous aussi ? » s'étonna Cerchi en voyant Sirius. « Cela n'a pas d'importance. Auriez-vous l'obligeance de prévenir Xenophilius que je demande à lui parler ? »
– Il dort pour le moment.
La sorcière eut l'air très mécontente et Sirius se rassura en se disant qu'elle ne pouvait pas lui lancer de maléfice au travers du miroir.
– « Je — »
– À moins que ce soit une urgence, ajouta Envy depuis la table. On peut lui passer le message plus tard.
L'expression de la sorcière passa de la frustration à la joie en une fraction de seconde dans une transformation impressionnante. Cerchi tendit le cou, essayant d'apercevoir Envy par-dessus l'épaule de Sirius. Ce dernier se décala d'un pas.
– « Envy, mon petit ! Je suis tellement désolée pour ce qu'il est arrivé à Edward. »
– Ouais. Moi aussi... Vous appelez pour quoi ?
– « Bill Weasley vient de me contacter. Il souhaite être en mesure de vérifier en personne l'état de ses frères et sœur. Si tout le monde est d'accord, il faudra que Mr Lovegood rencontre Bill pour lui transmettre le Secret. Ce n'est pas urgent. Bill et son frère ont encore des affaires à régler à cause de la dissolution de l'Ordre du Phénix et de toute façon ils savent que leur famille est en sécurité. »
– Je passerai le message à Xeno. Des nouvelles de Maugrey ?
– « Nous avons évacué les Granger de leur maison et ils se trouvent dans un lieu sécurisé. Nous les expatrierons en République de Malte en début d'après-midi. Ils se réfugieront dans l'une de mes résidences de villégiature. »
– Si vous avez besoin de fonds pour leur installation, on peut piocher dans les réserves du manoir à Florence.
– « Ce ne sera pas nécessaire. J'ai déjà pris toutes les dépenses en charge. Les Granger ne manqueront de rien tout au long de leur séjour sous mon toit. »
– Il y a quel genre de sécurité sur la propriété ?
– « Des charmes avancés de protection ainsi que des barrières magiques propres à la communauté magique de l'île. Alastor a proposé d'utiliser un Fidelitas également. »
Quelque chose dans le ton de la sorcière lorsqu'elle prononça le nom de Maugrey fit frémir Envy et Sirius, qui n'osèrent pas commenter. Ils bannirent toute image mentale fortuite, mais Envy remarqua tout de même le rictus étrange de Sirius, mêlant horreur et un rire mal contenu.
– Vous devez avoir pas mal de choses à préparer, on ne vous retient pas plus longtemps, termina Envy bien que ce soit elle qui ait appelé en premier lieu. Faites attention à vous.
La sorcière les salua avant que son reflet se dissipe. Un silence louche suivit la conversation. Ce fut Sirius qui le brisa d'un ton léger.
– Donc... Maugrey et Cerchi, hein... Qui l'eut cru ?
– N'en dis pas plus. Cette vision va me hanter jusqu'à la fin de ma vie.
