TW : Violence, blessures très détaillées, torture, amputation.
Et ma réplique préférée.
Chapitre vingt-deux : Le sauvetage des Dursley
Aux alentours de treize heures, Hermione se joignit à Sirius et Envy dans le salon, car son inquiétude pour ses parents la maintenait éveillée. Sa réaction en découvrant l'aspect d'Envy fut semblable à celle de Remus, c'est-à-dire de l'embarras et une grande maladresse, mais au final elle l'accepta très vite pour ce qu'il était. Après tout, elle avait eu le temps en près de trois semaines de se faire à l'idée qu'il n'était pas humain, suite à son arrestation à Poudlard.
– Où est-ce que je peux trouver une brosse à dents ? Je ne voulais pas fouiller...
– T'es ici chez toi, répondit Envy. Évite juste de fouiner dans la table de nuit du nabot, si tu veux mon conseil. Pour la brosse à dents, je pense qu'il va falloir envoyer quelqu'un faire des courses.
À peine un quart d'heure plus tard, la faim attira Ginny et Luna hors du grenier. Elles se précipitèrent sur les toasts grillés et la rouquine en engouffra deux avant de finalement pousser un petit cri de surprise en voyant un lézard assis à côté du pichet de jus de citrouille. Sa vive réaction retint l'attention de Luna dont les yeux s'agrandirent dramatiquement. Offusqué par ces réactions à chaque rencontre, Envy traversa la table pour s'asseoir derrière un pot de confiture.
– Vous l'avez vexé, chuchota Hermione en tartinant son toast paresseusement. Envy, il va falloir que tu t'y habitues.
Ginny articula silencieusement « Envy » avec incrédulité.
– Tu ressembles à un Clabbert, commenta naturellement Luna, remise de sa surprise. Ou plutôt à un Moke. Tu es un hybride ?
– Je suis l'hybride de rien du tout ! Je suis humain !
Cette fois, l'Homonculus se sentait touché dans sa dignité. Humilié, il se dissimula entre deux boîtes de céréales pour éviter de prochaines confrontations. Mais Sirius, qui revint seulement de la cuisine, ôta l'une des boîtes pour remplir son bol. Découvert, Envy se coucha où il était en prenant soin de tourner le dos aux sorcières.
Néanmoins, il sentait le regard de Ginny qui ne le quittait pas, si bien qu'elle ne remarqua pas qu'elle trempait sa tartine à côté de sa tasse. Il fallut l'intervention de Luna pour la sortir de sa contemplation et la faire retomber sur terre.
– Au fait, vous avez des brosses à dents de rechange quelque part ? J'ai la flemme de fouiner...
– On va faire des courses plus tard, répondit Hermione. Et Envy dit qu'il ne faut surtout pas fouiller dans la table de nuit d'Ed. Ne me demande pas pourquoi, il n'a pas voulu me le dire.
Une lueur de malice alluma les yeux marron de Ginny.
Quelqu'un glissa sur les trois dernières marches des escaliers et se prit le bout de table de plein fouet. La table trembla violemment et tout le monde sursauta, même Harry, qui était à l'origine de la collision. Entre l'incroyable masse de cheveux emmêlés et la trace de l'oreiller sur sa joue couplée des yeux rougis par le sommeil, la chute fit sens. Sirius prit pitié en voyant Harry manquer de s'asseoir à côté de sa chaise et l'aida en le tirant discrètement dans la bonne direction.
Une fois ses fesses posées, Harry se frotta le visage. Il demanda l'heure d'une voix pâteuse et rouvrit brusquement les yeux en entendant qu'il était presque 13 heures 30.
– Il s'est passé quelque chose depuis ce matin ?
– Maugrey est en train d'aider mes parents à quitter le pays, répondit vivement Hermione. Nous attendons de leurs nouvelles. Mais on n'a rien entendu concernant les Dursley.
Harry était incapable de trouver en lui l'énergie nécessaire pour discuter de la question. Il ressentait déjà l'envie d'être à nouveau seul et se mit à boire son jus de citrouille à grandes gorgées dans l'intention de hâter son départ. Autour de lui, la conversation reprit entre les trois sorcières qui se posaient de sérieuses questions sur une table de nuit. L'ambiance était presque détendue, et si Harry était moins bien réveillé, il aurait pu croire que tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes.
Mais la réalité rôdait dans chaque recoin et dans chaque silence. Assis là, entouré par ses amis, avec le poids terrible de sa culpabilité, il ne parvenait pas à montrer la même façade de normalité. Deux de ses amis et deux membres de la famille Weasley couraient un grave danger et ils n'agissaient pas, parce qu'ils ne pouvaient rien faire pour les localiser. Leur prison était cachée dans un endroit que ni Rogue ni Gladpy ne pouvait révéler.
– Tu vas bien ? s'enquit Sirius, profitant que personne ne s'intéresse à eux.
En voyant l'expression inquiète de son parrain, Harry comprit qu'il ne faisait pas référence à sa santé physique.
– Ça va très bien, répondit-il précipitamment.
Il savait ce que Sirius avait en tête, mais il ne pouvait supporter l'idée d'en parler. Son ton avait dû révéler le fond de sa pensée, car Sirius hocha la tête avec compréhension et changea de sujet.
– Tu n'as pas encore parlé de brosse à dents.
– Pardon ?
Hermione, qui avait entendu la remarque de Sirius, secoua la tête avec un petit sourire vaguement dépité. Son geste attira l'attention de Harry hors de son champ de vision immédiat, provoquant un chassé-croisé de regards entre lui et une créature dont il ignorait totalement l'espèce. Ils n'avaient jamais étudié cet animal en cours de Soin aux créatures magiques avec Hagrid. Sûrement parce qu'il n'était pas assez dangereux au goût du Garde-Chasse. Était-ce un animal de compagnie ?
Étrangement, le petit animal soutint son regard, semblant s'attendre à une réaction de la part d'Harry. Il avait presque l'air... résigné ?
– Qu'est-ce que c'est ?
– Trop c'est trop ! hurla l'animal d'un ton excédé avant de filer à l'autre bout de la table d'où il sauta.
– Envy ! s'écrièrent Sirius et Hermione en faisant racler leurs chaises sur le sol.
– Envy ? répéta Harry.
– Tout va bien ? demanda Ginny, qui n'avait pas vu ce qui venait de se produire.
– Envy ? réitéra Harry, abasourdi.
Sirius et Hermione contournèrent la table dans le but de ramasser leur ami, mais celui-ci avait disparu.
– Où est-ce qu'il est passé ? lâcha Sirius en inspectant les alentours.
– Là ! s'exclama Hermione en pointant la porte entrebâillée du placard à balais.
La dernière chose qu'ils virent fut le bout de la queue d'Envy avant qu'il ne disparaisse dans le placard. Sirius ouvrit la porte à la volée, déclenchant une secousse qui entraîna la chute de six balais. La série de coups obligea Sirius à se plier en deux avec un couinement de surprise et de douleur. La collision d'un antique Brossdur 2 avec le plancher détraqua le balai qui fonça comme une fusée en travers du salon. Il évita le visage d'Hermione d'un cheveu puis se ficha dans le mur d'en face.
Heureusement, le balai avait pris plus de dégâts que le mur, qui s'en sortait avec un petit creux plutôt discret. En tout cas, Sirius essaya de s'en convaincre. Il lança un sourire d'excuse à Hermione, pétrifiée sur place, les mains portées au cœur.
– Envy ? rabâcha Harry, une note d'hystérie dans la voix. Ce petit... truc, c'était Envy ?
– Le petit truc t'emmerde, Potter ! cria la voix étouffée d'Envy depuis l'intérieur du placard.
– Oh, Envy, Harry ne pensait pas à mal, le consola Hermione en se penchant dans le placard vide. Il est juste... étonné.
– C'est vrai ! poursuivit Sirius en approchant. Il y a de quoi !
– Va te faire cuire un œuf de dragon, Black ! Non, mieux, va te faire bouffer par un dragon ! Encore mieux, allez tous vous faire bouffer par un troupeau de dragons ! Je vous déteste tous, saletés d'humains !
– Tu n'as pas dit que tu étais humain tout à l'heure ? commenta Ginny, l'air de rien.
Une série de jurons suivit sa remarque. L'humeur d'Envy dégénéra tant et si bien que vingt minutes plus tard, ils n'avaient toujours pas réussi à faire sortir Envy du trou de souris où il s'était réfugié. Pourtant, ce n'était pas faute d'essayer. Tout y était passé : consolations, excuses, charme, marchandage, Accio. Rien n'y fit. L'Homonculus refusait de quitter sa cachette. Il fallait avouer que Ginny et Harry avaient la tendance agaçante et tout à fait involontaire de lancer des remarques qui remettaient aussitôt le feu aux poudres.
Au point où ils en étaient, ils étaient prêts à tout. C'est ainsi que Fred et George arrivèrent pour voir un tas de cinq corps entassés à quatre pattes, leurs têtes coincées dans le placard à balai et les fesses levées au ciel alors qu'un petit lézard les observait d'un œil circonspect depuis le haut de la table du salon. Le reptile leva l'un de ses minuscules doigts pour le placer devant sa bouche énorme.
Les jumeaux, éberlués, se reprirent bien vite et sourirent en hochant frénétiquement la tête.
– Ça a l'air drôle, ce que vous faites ! s'exclama Fred d'un ton gai.
– Bien que ça ait l'air un peu illégal, Sirius...
– Se coller contre de jeunes sorcières de quinze ans !
– Que c'est vilain !
Un bruit mat résonna dans le placard et quelqu'un lâcha une plainte peu digne. Ginny se trémoussa pour s'extirper de l'amas de personnes et, lorsqu'elle y parvint, s'agenouilla en haletant, les joues rougies et les cheveux décoiffés.
– Envy ne veut pas sortir du placard !
Les jumeaux s'esclaffèrent. Au début, Ginny ne comprit pas leur hilarité, puis repassa ses paroles dans sa tête et comprit le double-sens au même moment que Sirius émergeait en hurlant de rire. Bientôt, ce fut l'hystérie générale. Leurs gloussements frénétiques suintaient la nervosité et dura plus longtemps que sa cause le méritait, mais ils avaient tous eu affreusement besoin de se défouler pour se défaire de leurs nombreuses angoisses.
Leur cacophonie réveilla Remus, Tonks et Xenophilius, qui les regardèrent se tordre de rire avec perplexité et inquiétude. Dans tous les cas, Tonks parut les trouver particulièrement sympathiques et leur rire communicatif la happa très vite.
– Ils ont viré mabouls, marmonna Envy en évitant la main de Sirius lorsqu'elle s'aplatit sur la table. Une bande de cinglés... De vrais tarés.
– Que nous vaut ce... spectacle ? demanda Remus.
– Une histoire de placard. J'ai pas tout compris.
– Hum. Et y a-t-il une raison au trou dans le mur ?
– Une histoire de balai. Tout est de la faute de Sirius.
Remus soupira avec un sourire désabusé. Petit à petit, les rires s'estompèrent et Xenophilius en profita pour ramasser les Comètes, Nimbus et Manchevifs pour les ranger à leur place initiale dans le placard. Il resta bloqué de longues minutes devant le trou récemment formé dans le mur, le pauvre Brossdur endommagé roulant dans ses mains distraites. Puis il haussa les épaules en jugeant que les dégâts n'étaient pas si graves.
Subitement, les jumeaux surgirent de nulle part au-dessus d'Envy qu'ils bombardèrent de questions.
– Alors, c'est vraiment toi ?
– C'est vraiment ta vraie tête pour de vrai ?
– Combien tu as de dents ?
– Comment ça fait d'avoir une queue ?
– Est-ce que tu ponds des œufs ?
– Où sont passés tes cheveux ?
– Tu peux cracher du feu ?
– Est-ce que tu es venimeux ?
– Comment tu fais pour marcher avec autant de pattes ?
– C'est pas pratique !
– Tu étais bien plus grand la dernière fois.
– Comment ça se fait ?
– Tu peux modifier ta taille à volonté ?
– Tu peux utiliser la magie ?
– Montre-nous ta version géante !
Quelqu'un attrapa Envy par la queue, anticipant sa fuite. Il frétilla dans tous les sens pour se libérer. Après un long effort, il comprit que sa tentative était vouée à l'échec et il croisa sa première paire de pattes en lançant un regard venimeux au visage géant de Sirius. L'Homonculus était sincèrement furieux, mais ses amis semblaient croire qu'il jouait la comédie. Aucun d'eux ne pouvait comprendre ce qu'il ressentait lorsqu'ils l'interrogeaient ou le regardaient comme ils le faisaient.
– Ça suffit, annonça Remus d'une voix autoritaire en prenant Envy pour le poser sur la table. Terminez de prendre vos petits-déjeuners. Quand vous aurez terminé, nous déciderons de quelques règles de vie à suivre tant que nous serons hébergés sous ce toit. Ce sera aussi l'occasion de répondre aux éventuelles questions que vous pourriez avoir. Ensuite nous déciderons de la suite... des événements. Nous nous arrangerons aussi pour rassembler des affaires. Vous n'allez pas continuer à porter les vêtements de Xeno, Envy et Edward indéfiniment.
– Aye aye capitaine ! héla Sirius avec un salut. À vos ordres !
– Combien de petits-déjeuners as-tu déjà eus ? demanda Remus alors que Sirius mâchait un morceau d'œuf. Ne réponds pas.
En dépit des pitreries de Sirius, le reste de la maisonnée prit le loup-garou au sérieux et s'attabla.
– Il y a déjà un règlement, commenta Luna pensivement au bout d'un moment. Vous ne l'avez pas lu ? Il est accroché à côté de la porte là-bas.
Les Weasley s'agglutinèrent autour du parchemin placardé sur le mur. Ils se mirent à ricaner.
– On sent qu'il y a une histoire derrière certaines règles.
Il n'en fallut pas plus pour piquer la curiosité d'Harry et Hermione. Le parchemin comportait une quinzaine de lignes rédigées dans différentes écritures, dont celle familière, d'Edward. Une autre ressemblait à celle d'Envy, mais en beaucoup plus maladroite. Ça s'expliquait si on regardait l'état actuel de ses mains.
« Règlement de vie à Goldrop :
Tous les habitants du QG ont droit d'accès à toutes les informations.
Toujours vérifier avant de s'asseoir. NE PAS ÉCRASER ENVY !
NE PAS MORDRE LES MEMBRES DE L'ÉQUIPE !
Partage équitable des tâches ménagères pour tout habitant permanent (voir planning).
Ne pas prendre d'initiative risquée sans prévenir AU MOINS une personne de l'équipe.
Obligation d'avoir un Portoloin sur soi. TOUT LE TEMPS !
Vérifier régulièrement les changements de codes pour les miroirs.
Interdiction au nabot de décider des codes !
Obligation d'appeler Envy un palmier !
Les membres considérés comme fugitifs doivent toujours porter un déguisement pour sortir.
Droit constant de proposer/rédiger des articles pour le Chicaneur.
Interdiction de nier l'existence du Ronflak Cornu.
Ne pas laisser Gladpy bouder dans un coin.
Signature des membres de l'équipe. »
– Quelqu'un a marché sur Envy ? s'inquiéta Hermione en zieutant l'Homonculus.
– C'était un... accident, répondit Xenophilius. Keith n'a pas vu qu'Envy dormait sur le canapé et... disons qu'il gardera une cicatrice. Il a ajouté la règle numéro trois après ça. Je crois que ce matin était la première fois que je l'ai s'asseoir depuis l'incident.
– Stop, stop, supplia Sirius, le visage caché derrière ses mains. Peux plus respirer.
Harry dévisageait son parrain avec un mélange d'amusement et d'affection qui fit sourire Hermione et Ginny.
Un claquement de main les ramena à l'ordre. Remus les pria de revenir à table pour ouvrir leur réunion informelle. Au bout d'un quart d'heure de rédaction d'un règlement de vie commune, il apparaissait clairement pour tout le monde que Remus prenait cette affaire très sérieusement. Si l'on se fiait aux grimaces de Sirius à certaines règles et le fait qu'il en articulait certaines à l'avance ou en même temps que Remus, ce règlement avait vraisemblablement servi à Poudlard par le passé.
Rien ne fut laissé au hasard : de la politesse au partage des tâches ménagères en passant par l'espace personnel, les horaires des repas, le couvre-feu, la répartition du temps à la salle de bain, la démocratie et la nomination d'un médiateur à aller consulter en cas de litige entre deux colocataires.
À leur grand damne, une clause prévoyait de fournir un travail scolaire régulier aux différents adultes à charge. Mais pour compenser le malheur de certains causé par cette obligation, Xenophilius proposa de rendre ses leçons ludiques en permettant aux adolescents de l'aider à rédiger les prochains numéros du Chicaneur. L'idée ravit Hermione et Luna particulièrement.
Pour continuer sur cette bonne note, Sirius se proposa pour chaperonner des parties de Quidditch dans la clairière à côté de la cabane. Le débat se révéla fastidieux et il fallut les supplications de Harry et des Weasley pour que la proposition soit acceptée à l'unanimité. Sirius promit de tenir une surveillance assidue. L'esprit déjà loin dans les airs, Harry pensa alors à son Éclair de Feu, abandonné au quartier général de l'Ordre du Phénix.
Cela souleva la question de leurs affaires délaissées au manoir Black. Ce fut Envy qui régla ce problème en envoyant ses trois follets domestiques favoris récupérer leurs possessions. Toufeu, Touboua et Touflam se réjouirent de retrouver leur maître, bien qu'il leur semblait différent, et ils obéirent avec engouement. Sept malles de Poudlard s'empilèrent au fur et à mesure dans un coin du salon, bientôt suivi de la valise de Remus et d'une importante série de sacs et malles appartenant à Sirius.
– Je n'ai pas la moindre idée de la façon dont on va stocker tout ça, commenta Sirius en fixant l'empilement qui occupait une grande partie du salon. Il va falloir rétrécir tout ça la plupart du temps.
Un follet apparut soudain avec Hedwige dans sa cage. Puis les deux autres follets revinrent avec les mains pleines de masses poilues qui feulaient et crachaient tout leur saoul.
– Greta !
– Pattenrond !
Soulagées, Luna et Hermione débarrassèrent les pauvres follets terrifiés des deux félins. Les créatures en profitèrent pour prendre leurs jambes à leur cou et ne revinrent plus.
– Ronald s'est réveillé, annonça Xenophilius en réapparaissant au salon.
Les Weasley désertèrent aussitôt la pièce pour rejoindre leur frère à l'étage. Harry et Hermione se refrénèrent au profit de la réunion de famille. Après tout ce que les Weasley avaient perdu cette année, les deux amis ne souhaitaient pas s'imposer. Surtout pas Harry, qui savait où sa prochaine conversation avec les Weasley mènerait. Pour l'instant, aucun d'eux n'avait mentionné ce qu'Harry avait révélé au sujet d'Arthur Weasley au Département des mystères, mais ça ne tarderait pas. Alors, il serait obligé d'avouer connaître la raison exacte de la mort inutile du patriarche.
Harry se sentit misérable tout à coup. La panique l'avait fait déblatérer beaucoup trop d'informations. Tout ce temps, il avait espéré ne jamais avoir cette discussion avec qui que ce soit, et il avait fallu qu'il ouvre sa grande bouche ! Ses amis allaient-ils le détester pour tous les secrets qu'il avait gardés ? Quand il pensait à sa colère envers Edward lorsqu'il leur avait dissimulé des informations tout ce temps ! Harry était-il si naïf pour ne comprendre que maintenant la raison pour laquelle son ami préférait garder ses secrets ?
Un éclair d'euphorie arracha un rire suraigu à Harry avant qu'il ne s'écroule sous la table.
Quand il rouvrit les yeux, il se tenait debout à 4 Privet Drive...
Les Dursley étaient rassemblés dans le living-room...
Oncle Vernon tenait le parapluie saumon de tante Pétunia devant lui comme un fleuret, tout en faisant barrage de son corps entre sa famille et Harry...
Le rire suraigu d'une femme résonna horriblement à ses oreilles, mais Harry était trop heureux de sa victoire pour en être ennuyé...
Harry enjamba le corps de Mrs Figg, étalé dans une flaque de sang...
Des enchaînements réguliers de flashs de lumières colorées illuminaient les murs crèmes à intervalles réguliers, causés par les duels que ses serviteurs menaient devant la maison...
– N'approchez pas ! gronda oncle Vernon, le visage rendu cireux par la terreur. Sortez de chez moi !
Harry siffla entre ses dents, amusé par les grognements bestiaux du moldu...
D'un geste désinvolte de baguette, il désarma oncle Vernon du parapluie qu'il brandissait vaillamment...
– Endoloris !
Oncle Vernon s'effondra dans un hurlement...
Tante Pétunia et Dudley crièrent avec lui...
Dernier rempart entre son fils et Harry, tante Pétunia serra le bras de Dudley à l'en briser pour l'obliger à rester derrière elle...
Comme si cela changerait quoi que ce soit pour lui...
Comme pour elle...
– Si c'est Potter que vous cherchez, il n'est pas ici ! s'écria oncle Vernon lorsque le sortilège de torture prit fin. Potter n'est pas là !
Harry sourit...
Évidemment qu'il savait cela...
Potter n'était pas sa cible...
Pas aujourd'hui, du moins...
– Tss... Et moi qui croyais que tous les faibles d'esprit se montraient loyaux envers Harry Potter. Quelle déception.
Un hurlement d'agonie pure retentit à l'extérieur...
Une douce odeur de chair brûlée lui titilla les narines...
Il ferma les paupières en rejetant la tête en arrière, afin de respirer cet arôme à pleins poumons...
Le parfum de la douleur...
Peut-être devrait-il faire la même chose pour faire taire les beuglements de ce déchet de moldu...
Harry fouetta l'air de sa baguette en direction d'oncle Vernon...
L'homme hurla à s'en arracher les cordes vocales...
Sa femme et son fils pleuraient et criaient, suppliant Harry d'arrêter...
Harry se mit à rire...
Désormais, une épaisse fumée noire envahissait la pièce, ainsi que l'odeur de chair brûlée plus prononcée...
Tante Pétunia perdit connaissance...
Dudley vomit en hoquetant...
– Harry !
Harry hurla à s'en briser la voix. Des mains le maintenaient cloué au sol malgré ses spasmes.
– Harry... écoute... Sirius... Aide... Vous-Savez... Eau...
Quelqu'un vida un seau d'eau glacée sur le visage d'Harry, qui sortit de sa transe. Il se redressa d'un seul coup et vomit son petit-déjeuner sur les pieds de la personne en face de lui, mais il ne trouva pas la force d'être mortifiée à cette idée. Son oncle... Sa tante... Son cousin... Voldemort...
– D-Dursley, hoqueta Harry avant d'être pris d'un autre haut les cœurs. Mangemorts !
Harry perdit connaissance, affalé contre Sirius, qui leva les yeux vers l'attroupement autour d'eux. L'horreur ridait leurs visages.
– Prévenez Scrimgeour, commanda Xenophilius. Et Shacklebolt. Les enfants, allez au grenier jusqu'à nouvel ordre. Occupez-vous d'Harry. Et emmenez Envy avant que quelqu'un l'écrase.
Les jeunes sorciers obtempérèrent malgré les protestations d'Envy. Les jumeaux prirent Harry chacun par un bras pour le monter à l'étage. Pendant ce temps, Sirius, Tonks et Remus envoyèrent des messages à Scrimgeour, Shacklebolt et Vance respectivement tandis que Xenophilius joignait Edwina. Si elle en avait fini avec les Granger, le sorcier ne se doutait pas un instant que l'aide de l'ancienne Médicomage serait la bienvenue, au cas où il y aurait des survivants de l'attaque.
– Et si c'était une autre fausse vision envoyée par Vous-Savez-Qui pour piéger Harry ? demanda Sirius à qui l'idée venait de s'imposer. Il l'a fait une fois, pourquoi pas deux ? Il était furieux que Harry se soit échappé au ministère.
– Nous verrons bien lorsque nous aurons des nouvelles de l'équipe de sauvetage, répondit Remus. Elle ne répond pas ?
Xenophilius secoua la tête.
– Elle doit encore être occupée avec les Granger.
Tout à coup, un lynx argenté apparut au milieu du salon. Le Patronus de Kingsley.
– « La protection du Sang est tombée. La mission a échoué. L'ennemi a perdu notre trace. Demande d'asile pour les survivants. Besoin de soin d'urgence. Nous nous dirigeons vers Knightrider Street. Retrouvez-nous là-bas pour Transplanage d'Escorte. »
Le Patronus disparut.
– Tonks, vous êtes encore blessée. Restez ici pour vous occuper des enfants. Remus, Sirius, allons-y.
– Revenez en vie.
Les trois sorciers se vêtirent de Capes-de-Métamorphose pour dissimuler leur identité et prirent chacun un Portoloin de secours dans une boîte près de l'entrée. Le trio se précipita au rez-de-chaussée et bientôt le silence revint à Goldrop. Rongée par l'angoisse de l'attente, Tonks décida de reprendre l'activité de Xenophilius pour contacter Edwina. Une fois, deux fois, trois fois. Aucune réponse.
– Tonks ?
La sorcière se tourna vers les escaliers, où Hermione et Luna attendaient timidement. La Gryffondor avait les yeux enflés à force des larmes et les traits tirés par l'inquiétude.
– Mes parents... ? Est-ce que... ?
Luna attrapa la main de son amie qui l'agrippa en retour.
– Cerchi ne répond pas. Elle doit encore être à Maltes, lâcha Tonks, qui ne voulait ni lui donner de faux espoirs ni la désespérer. Je te mettrai au courant dès que —
Le miroir étiqueté « Edwina Cerchi » se mit à scintiller.
– Vérité et Liberté !
Le visage souriant d'Edwina apparut dans la glace.
– « La mission est un succès. Nous avons installé les Granger et placé les protections. Le Fidelitas est en place également. Vous pouvez rassurer leur fille. J'ai donné un Miroir à Double Sens à ses parents, je lui donnerai le second dès mon retour au quartier général. »
– Vous devez revenir immédiatement, l'interrompit Tonks à toute vitesse, les mains posées autour du miroir. On a des blessés, mais on ne sait pas encore combien exactement.
– « Alastor ! » appela Edwina par-dessus son épaule. « Il me faut rentrer au pays sur-le-champ... Alastor est en train de rassembler l'équipe. Nous comptons utiliser un Portoloin qui nous mènera jusqu'en périphérie de Londres. Je transplanerai aussitôt rue Goldrop. Dois-je emmener les autres ? »
– Xeno ne sera peut-être pas là pour révéler le secret à Vance et Dumbledore. Laissez-les se mettre en sécurité autre part. Maugrey peut venir s'il veut, j'imagine.
– « Très bien. À tout à l'heure. »
Le reflet d'Edwina s'estompa puis disparut. Tonks lâcha le mur et se balança d'un pied à l'autre en se rongeant les ongles nerveusement.
– Comment va Harry ?
Étant donné qu'Hermione était prise d'une crise de larmes de soulagement, ce fut Luna qui répondit.
– Il n'a pas repris connaissance pour l'instant. Est-ce que l'on doit déplacer Ron au grenier pour libérer la place pour les blessés ?
– Excellente idée. Faites donc ça. Prenez peut-être des provisions aussi. Ça risque d'être bondé quand ils reviendront et on aura besoin que vous soyez hors du chemin.
Luna ne se vexa pas, loin de là, et tira Hermione vers le garde-manger. Elles repartirent à l'étage avec les bras chargés et bientôt Tonks n'entendit plus que les tic tac de l'horloge murale. Elle se mit à faire les cent pas, peu habituée à être mise de côté pendant l'action, mais elle comprenait bien que dans son état actuel, elle n'était pas encore prête pour le terrain. Cette situation lui mettait les nerfs à vif. Ses collègues et camarades avaient besoin de son aide et elle...
Tonks secoua la tête et prit exemple sur Luna en faisant de la place pour les nouveaux venus en déplaçant la table et les chaises sur le côté pour libérer le passage vers l'étage.
La porte du rez-de-chaussée claqua. Des voix tonnaient et des cris paniqués suivirent.
– Tonks ! Un coup de main !
La voix de Remus fit sursauter la sorcière. Elle dévala les escaliers à toute vitesse jusqu'à arriver dans l'ancienne boutique qui servait de hall d'entrée. À la vue du corps mutilé de Scrimgeour, elle manqua de perdre son petit-déjeuner. Mais elle reprit le contrôle et aida Remus à tirer le blessé à l'étage. Entre la chair carbonisée et les vêtements trempés de sang, elle ne sut pas exactement où l'attraper pour ne pas le blesser davantage, puis elle se dit qu'elle ne pouvait pas vraiment aggraver quoi que ce soit à ce stade.
La montée des marches s'avéra laborieuse. Ils durent marquer quelques pauses lorsque le poids de Scrimgeour se faisait trop important pour eux. Derrière eux, Xenophilius et Sirius supportaient Shacklebolt, dont la moitié du visage suintait d'un pus épais et nauséabond qui s'écoulait en gros grumeaux de son œil droit. Même avec le meilleur médicomage du pays, Tonks doutait fortement que cet œil puisse être sauvé.
– Luna a libéré les deux chambres au second, haleta-t-elle lorsqu'ils arrivèrent au salon.
– Allons-y dans ce cas, répondit Remus en traversant la pièce.
– Des nouvelles d'Edwina ? demanda Xenophilius.
– Elle ne devrait pas tarder. L'équipe et elle doivent prendre un Portoloin jusqu'à Londres, ensuite elle transplanera jusqu'ici.
Quand ils parvinrent à la chambre d'Envy, Tonks lâcha son fardeau sur le lit avec soulagement, aidant Remus à placer le corps avec plus de soin. Les autres avaient disparu dans la chambre d'Edward pour y déposer Shacklebolt et Sirius ne passa qu'en coup de vent pour leur donner une potion contre la douleur. Remus aida Scrimgeour à l'avaler entre deux grognements de souffrance mal réprimés. Ne sachant quoi faire, Tonks eut l'occasion de réellement voir l'étendue des dégâts.
Son ancien chef était couvert de sang, de pus et de suie et il n'avait pas l'air d'avoir d'autres blessures graves autres que celle de son bras droit. Celui-ci était visiblement brûlé très profondément. La peau de son poignet jusqu'au bout de ses doigts paraissait cartonnée et brunâtre et l'odeur qui s'en dégageait prenait à la gorge. Mais du poignet au biceps, toute l'étendue était seulement noire, entièrement carbonisée.
– Est-ce qu'il faut le refroidir... ou quelque chose ? s'affola Tonks. De l'eau ? De l'eau ! Je vais chercher de l'eau. Oui ?
Remus lui fit un geste sans grand sens que Tonks prit comme un assentiment. Elle accourut dans la salle de bain pour y prendre une bassine puis revint dans la chambre. Un cri leur parvint de la pièce adjacente. Tonks bondit dans cette direction. Le dos arqué et les membres tremblants, Shacklebolt tenait son œil de ses deux mains malgré les tentatives de Xenophilius pour les enlever de la plaie infectée.
– Il nous faut Edwina ! Je ne peux rien faire pour lui !
Tonks repartit en descendant les marches quatre par quatre. Elle allait contacter Edwina par miroir lorsque la porte du rez-de-chaussée claqua, suivie par le martèlement des talons de la sorcière et celui de la jambe de bois de Maugrey. La femme déboula dans le salon, ses jupes tenues fermement dans ses poings pour libérer ses jambes.
– Où, combien et gravité, aboya la sorcière en fonçant sur Sirius.
– Deuxième étage, deux blessés. Shacklebolt a reçu un maléfice dans l'œil, Scrimgeour a le bras entièrement calciné.
Edwina poussa Tonks hors de son chemin et s'engouffra dans les escaliers.
– Qui est le gamin ? questionna Maugrey en tournant vivement la tête vers la cuisine.
– Quel gam — Qui tu es, toi ? s'écria Tonks en se tournant vers l'intrus.
Le garçon était verdâtre, tremblant comme une feuille. Ses yeux bleus étaient injectés de sang, sa veste en cuir déchirée en plusieurs endroits et ses cheveux blonds recouverts de suie.
– N-n-ne me faites p-p-pas de mal ! Je-Je vous en prie !, bégaya le garçon en reculant brusquement.
En voyant l'œil magique de Maugrey, il poussa un cri apeuré et se colla contre le mur, le visage couvert de larmes. Puis il éclata en sanglots et glissa le long du mur où il se recroquevilla en se balançant d'avant en arrière.
– La brûlure se répand ! s'exclama la voix horrifiée de Remus.
Quelqu'un jura. Les cris de Shacklebolt persistaient. Maugrey monta le rejoindre, laissant à Tonks le soin de s'occuper du garçon traumatisé qu'elle pensait être Dudley Dursley, le cousin de Harry. Elle n'avait pas la moindre idée de la marche à suivre et décida de simplement lui forcer une potion de Sommeil sans rêves dans la gorge. Le vaste garçon tomba comme une pierre et Tonks le traîna tant bien que mal par les aisselles avant de le balancer sur le canapé, où il ne dérangerait personne jusqu'à ce que la crise soit passée et que quelqu'un d'autre puisse s'occuper de lui. Ce n'était pas par manque d'empathie, mais Tonks se sentait complètement dépassée par la situation.
Elle rejoignit alors le cœur de l'action. Edwina avait clairement décidé que Shacklebolt nécessitait des soins plus rapidement que Scrimgeour et elle enchaînait les sorts de soin sur l'œil désormais enflé à la taille d'un pamplemousse et menaçant à tout moment d'exploser. L'estomac retourné par cette vision cauchemardesque, Tonks rejoignit Remus et Sirius, qui arrosaient continuellement le bras de Scrimgeour. Sa robe de sorcier lui avait été arrachée et on pouvait voir la brûlure gagner du terrain. L'épaule entière était noire désormais.
– Besoin d'aide ?
– Il faut asperger la brûlure avec de l'eau tiède jusqu'à ce qu'Edwina puisse commencer à opérer.
Les Maraudeurs travaillaient en silence. Remus demeurait complètement absorbé par sa tâche présente, tandis que Sirius tendait visiblement l'oreille pour suivre l'opération qui prenait place dans la chambre d'à côté. Tonks l'imita. Elle ne comprenait pas grand-chose, les instructions de la sorcière étant entrecoupées des cris de Shacklebolt, mais ça n'avait pas l'air de bien se passer.
Les cris se turent abruptement. Tonks craignit le pire. Elle inspira profondément. L'instant d'après, Edwina apparaissait dans l'encadrement de la porte et poussait une deuxième fois Tonks sur le côté. Cette fois, elle en fit de même avec Sirius et Remus avant de les houspiller pour qu'ils lui fassent de la place.
– Masse musculaire atteinte. Vaisseaux sanguins et terminaisons détruites. Hum. La brûlure s'est répandue à quelle vitesse ?
– Du biceps à l'épaule en deux minutes.
Edwina hissa entre ses dents et lança plusieurs sortilèges de diagnostics complexes. Enfin, elle secoua la tête avec résignation, remonta davantage ses manches maculées au-dessus de ses coudes et palpa la plaie manuellement.
– C'est de la magie très noire. Nous n'avons pas le temps de découvrir un contre-sort. Il va falloir amputer.
Les trois spectateurs blêmirent, mais suivirent diligemment les prochaines instructions de la médicomage avant qu'elle se mette au travail. Il fallut l'aide de Sirius, Remus, Xenophilius et Maugrey pour tenir Scrimgeour cloué sur le lit et l'empêcher de se débattre pendant l'opération. Edwina ne voulait pas risquer d'utiliser davantage de magie sur son patient, surtout alors qu'elle ne connaissait pas le maléfice qui l'avait touché.
Tonks dut sortir lorsque... ça se déroula. Elle se réfugia dans la chambre de Shacklebolt, où elle apprit avec soulagement que son collègue était en vie. Bien que son teint soit pâle et que tout le côté droit de son visage soit couvert d'épais bandages, au moins respirait-il. Son sourcil était froncé par la douleur et Tonks s'inquiéta en voyant le flacon vide de potion contre la douleur. S'il souffrait encore malgré cela, elle n'osait pas imaginer ce qu'il vivait.
Scrimgeour reprit apparemment connaissance, si Tonks se fiait aux grognements provenant de la chambre d'à côté. Son estomac se retourna. Elle se réfugia au salon et s'assit sur la première chaise qu'elle trouva. Puis elle plongea son visage entre ses mains en espérant se réveiller de ce cauchemar.
