Chapitre vingt-sept : Ruth
Au beau milieu de la nuit, Remus fit irruption dans les appartements d'Envy, essoufflé et les cheveux virevoltants dans tous les sens. Son arrivée en fanfare interrompit les pensées moroses de l'Homonculus où les mauvaises nouvelles de la précédente réunion tournaient en boucle.
– Ils sont de retour ! On a besoin d'Envy dans l'infirmerie immédiatement !
– Qui est de retour ? demanda Gladpy en forçant le loup-garou à attendre avant de repartir à vive allure. Que s'est-il passé ?
– Il y a une heure, quatre intrus se sont présentés aux grilles. Le groupe habituel s'y est rendu pour accueillir les réfugiés et on les a trouvés. Molly, Edward et Hagrid. Ils sont en vie ! Pomfresh et Cerchi les soignent à l'heure qu'il est.
Le cœur d'Envy fit un bond et il sauta sur ses pattes.
– Ed —
– Vous avez dit quatre intrus, interrompit Gladpy. Pourtant vous n'avez mentionné que trois noms. Qui est le quatrième ?
– Nous ne sommes pas certains à cent pour cent, c'est pour ça que l'on a besoin d'Envy pour confirmer son identité. Hagrid maintient qu'il s'agit de G.O.D.
– Quoi ? Impossible !
– Sirius lui a posé des questions sur leur rencontre, objecta Remus. Et il n'a donné que de bonnes réponses. Maugrey demande ton intervention, étant donné que tu es celui qui le connaît le mieux. Suivez-moi, ils nous attendent pour continuer l'interrogatoire.
Gladpy plaça Envy dans sa poche et emboîta le pas de Remus dans les couloirs déserts.
– Comment se sont-ils échappés ? demanda Envy, rendu méfiant par la mention de la Vérité.
– Hagrid nous a raconté qu'il était emprisonné seul pendant tout ce temps, et qu'il a vu Molly pour la première fois quand elle a été transférée avec lui plus tôt dans la soirée, sûrement pour la séance privée entre Vous-Savez-Qui et Edward. Apparemment, après plusieurs heures, un homme est arrivé, Edward dans les bras, et il aurait libéré Hagrid et Molly. Ensuite, il les aurait fait s'échapper du manoir avant de transplaner avec eux près de Poudlard.
Cette personne ne pouvait pas être la Vérité. C'était tout bonnement impossible. Non seulement adorait-elle leur compliquer la tâche et ne les aidait que par des détours laborieux, mais en plus, elle était physiquement incapable d'intervenir. Son unique moyen d'agir consistait à attendre une transmutation humaine, la mort ou l'Arcade de la Mort. La règle était la règle. La Vérité ne pouvait pas la contourner. Pour cette raison, elle avait utilisé Flamel quand il avait quitté son monde d'origine, puis elle avait piégé Edward pour qu'il sauve Envy et qu'ils acceptent la mission consistant à tuer Voldemort et récupérer les Reliques de la Mort.
Cependant... Un doute s'insinua dans ses pensées. La Vérité avait-elle menti encore une fois ? Envy ne se souvenait plus si elle avait dit explicitement son incapacité à agir sur le monde des vivants, ou bien si elle avait fait des sous-entendus à sa manière habituelle. Et évidemment, Edward et lui seraient encore une fois tombés dans le panneau.
Quelques heures plus tôt, il avait espéré une intervention divine. Était-ce une coïncidence ? Croyait-il même encore aux coïncidences à ce stade de sa vie ?
Envy soupira. En tout cas, imposteur ou non, cet homme avait quand même sauvé la vie des trois prisonniers. Sans lui, ils auraient continué à pourrir dans ces cachots et auraient fini par trouver la mort, sans doute de façon effroyable.
– Rogue est de retour ? demanda Gladpy lorsqu'ils atteignirent l'infirmerie.
– Non. Les Mangemorts sont sur le pied de guerre depuis l'évasion. Rogue fait partie des équipes de recherche.
– Donc sa couverture tient toujours.
– Il semblerait, confirma Remus en les invitant à entrer.
Aussitôt, le regard d'Envy circula dans la salle. La majorité des lits étaient occupés par des élèves dont les blessures infligées par les Carrow persistaient, même après deux semaines sans mauvais traitement. Au fond de la salle, pourtant, quelques paravents dissimulaient des lits et Envy sut immédiatement qu'Edward devait s'y trouver. Il essaya de convaincre Remus et Gladpy de le laisser le voir, rien qu'un instant, mais ils refusèrent, promettant qu'après l'interrogatoire, il pourrait y passer tout le temps qu'il souhaitait. Envy hésita à mordre sa porteuse.
L'infirmerie et Remus disparurent de sa vue lorsqu'ils pénétrèrent dans une pièce adjacente. Scrimgeour, Maugrey et Sirius, qui tournaient le dos à la porte, les accueillirent avec des mines sérieuses. Leur mouvement pour les saluer les fit s'écarter, dévoilant le visage du prétendu G.O.D.
Le temps s'arrêta subitement.
Le monde s'évapora, ne laissant qu'Envy et l'homme face à face.
Sa respiration s'accéléra. Son cœur tambourinait douloureusement.
Les instincts les plus primaires de l'Homonculus s'entredéchiraient, d'un côté lui hurlant d'implorer pitié et de l'autre de fuir le plus loin possible.
Tourmenté par ses besoins contraires, Envy ne put que bondir de la poche de Gladpy et se prostrer à l'endroit de sa chute. Entre deux hoquets paniqués, il ne parvint qu'à bégayer un mot.
– P-Père...
Le hoquet apeuré d'Envy remit le monde en branle. Gladpy brandit sa baguette et la pointa entre les deux yeux de la menace. Scrimgeour et Maugrey l'imitèrent par réflexe. Ne sachant comment réagir, Sirius contempla la scène, le regard alternant entre Envy et l'inconnu.
– Envy, tu m'avais dit que ton père était mort, remarqua Gladpy d'une voix dangereusement basse. Comment pourrait-il se tenir devant nous ?
Envy l'ignorait. Pourtant, c'était bien lui. Les larges épaules, les longs cheveux blonds, le collier de barbe, la mâchoire carrée, les yeux dorés, l'expression stoïque. L'homme assis sur cette chaise portait plus qu'une ressemblance frappante avec Père, il arborait ses traits exacts, allant jusqu'à ses rides et sa coiffure en passant par une aura indéniable de pouvoir. Un élément isolé différait et il s'agissait de la robe de sorcier qu'il portait, au lieu de sa robe traditionnelle de Xerxes. La différence était tellement mince que même Edward n'aurait pu la remarquer.
– Détrompe-toi, déclara Père sans se départir de son visage inexpressif. Je ne suis ni Père ni Van Hohenheim. J'ai simplement choisi d'apparaître sous des traits qui vous seraient familiers, tant à Edward Elric qu'à toi. Qui de mieux que vos pères respectifs pour assurer ce rôle ?
– Pourquoi nous cacher votre vrai visage ? coupa Maugrey, de plus en plus méfiant après la réaction d'Envy. Comment être sûrs que vous êtes G.O.D. comme vous le prétendez ?
– Vous n'êtes pas dignes de poser les yeux sur mon véritable visage, rétorqua faux-Père simplement. Pour ce qui est de votre inquiétude, il me semble qu'Envy se trouve ici pour cette même raison.
– Vous n'êtes pas lui. C'est impossible, asséna Envy en claquant sa queue sur le dos de la main de Sirius quand il fit mine de le ramasser. Il y a tellement de raisons qui font que vous ne pouvez pas être lui. C'est pas possible !
Envy se sentait proche d'hyperventiler. Des siècles de massacres et de douleur lui revinrent en pleine face. Il ne supportait pas ce visage qui lui rappelait ses pires travers.
– Alighieri, posez-lui donc des questions personnelles auxquelles seul G.O.D. puisse répondre, ordonna Scrimgeour. S'il s'agit d'un imposteur, je veux l'oublietter et l'expulser du château au plus vite.
L'ambiance se tendit drastiquement, Envy peina à retrouver son souffle. Il s'approcha de la botte de Gladpy, mais se força à ne pas se cacher derrière elle. La semelle de l'Auror grinça un peu tandis qu'elle déplaçait son pied d'un petit centimètre, comme si elle avait compris son geste. Alors il reprit le contrôle comme il put sur son rythme cardiaque. Quand il fut calmé et qu'il sentit l'impatience des autres monter en flèche, il prit une grande inspiration et réfléchit rapidement à ses prochaines paroles.
Quelles questions pouvait-il poser dont la Vérité connaîtrait la réponse et personne d'autre ? À l'évidence, des informations en rapport avec Amestris et les rencontres d'Envy et d'Edward devant la Porte.
– OK..., commença Envy avant de se racler la gorge. Tu as parlé de Van Hohenheim. Qui est-ce ?
– Son nom change selon les époques et les régions, cependant, il n'en possédait aucun à l'origine. Il est né dans l'esclavage et se faisait appeler « Numéro 23 ». Après que Père ait anéanti sa race, Hohenheim a vécu une vie solitaire pendant plusieurs siècles avant de rencontrer Trisha Elric avec qui il conçut deux fils, Edward et Alphonse. Une quinzaine d'années plus tard, il a sauvé le monde d'une extermination totale. Il est mort peu de temps après la fin de la guerre. Dois-je ajouter davantage de détails ?
– Oh.
Envy ne trouva rien à répondre. Le doute s'installait de plus en plus solidement. Ce résumé contenait des détails que peu de personnes connaissaient. En tout cas, pas plus d'une douzaine et la majorité avaient péri lors du Jour promis. En fait, il ne restait qu'Edward, Alphonse, Envy et la Vérité. Si possible, il fallait réduire la liste de sources d'information pour les prochaines questions.
– Comment as-tu rencontré Nicolas Flamel ?
– Grâce à Père, quand il est parvenu à fabriquer une pierre philosophale. J'ai donné la Pierre à Nicolas Flamel et lui ai permis de reprendre une nouvelle vie en échange d'un service. Il a tenu sa parole et a transmis ma prophétie pour qu'elle soit préservée jusqu'au moment propice.
Envy se crispa. Sa réponse — bien que juste — avait mis la puce à l'oreille de l'Homonculus qui décida de poser la question qui confirmerait ou non ses craintes.
– Pourquoi nous as-tu choisis pour cette mission ?
Ah ! Il l'avait déstabilisé. L'imposteur marqua un temps d'arrêt et scruta la minuscule silhouette de l'Homonculus assis par terre. S'il répondait clairement, alors Envy saurait sans le moindre doute qu'il s'agissait d'un imposteur, car la Vérité aimait ses devinettes et ses mystères. Les deux premières réponses s'avéraient trop honnêtes et détaillées, ce qui allait contre la personnalité même de la Vérité.
Comme la réponse tardait à venir, le bout des baguettes de Scrimgeour, Maugrey et Gladpy se mit à luire faiblement, dans l'expectative.
– Ce serait trop facile, répondit enfin le faux-Père en amestrian, faisant blêmir Envy. Vous avez d'ores et déjà les cartes nécessaires en main. Il suffit de mettre les pièces en place et vous aurez votre réponse. Si ta prochaine question concerne la prophétie, sache que je ne te révélerai rien de plus que la dernière fois. Ce n'est toujours qu'une liste d'indices et d'instructions que vous comprendrez en temps voulu.
Impossible. Impossible. Impossible.
La Vérité se tenait devant lui. En chair et en os. Non. Pas possible.
– Mais comment... ? Tu es là... Comment ? Pourquoi pas plus tôt ?
Un froncement de sourcil léger, mais bien contrarié prit place sur le visage stoïque.
– L'élément-clé de ma prophétie a trouvé bon d'oublier entièrement et irrémédiablement ladite prophétie. Je n'apprécie pas le fait de perdre mon temps ici, crois-moi.
Envy ouvrit et ferma la bouche plusieurs fois, estomaqué.
– C'est vraiment toi, alors ? marmonna-t-il, bouche bée. Alors quoi ? Tu nous as menti pendant tout ce temps ? Tu étais juste trop flemmard pour faire la sale besogne toi-même ? Et maintenant ? T'as décidé de te bouger les miches quand t'as vu qu'on galérait ? Pourquoi pas plus tôt ? Genre... je sais pas moi... avant qu'on m'exécute et que je prenne cette forme stupide !
– Alighieri, le rabroua Maugrey en tapant son bâton sur le sol. Explique. En anglais.
– C'est... compliqué. Mais je crois... je crois qu'il dit la vérité.
– Tu confirmes que cet homme est bien l'individu connu sous les initiales G.O.D. ? interrompit Scrimgeour en baissant sa baguette.
– Ouais, répondit Envy, toujours sous le choc. Aussi étrange et incroyable que ce soit, j'ai bien l'impression que ce vieux cake a réussi à venir. Ce serait pas la première fois qu'il nous joue un tour merdique pareil !
– Envy, il n'aime pas que tu l'appelles comme ça, chuchota Sirius, peu discrètement.
– Je m'en fiche bien qu'il aime ou pas ! Il nous a fait venir jusqu'ici pour faire un sale boulot en nous faisant croire qu'il pouvait rien et tout à coup il arrive comme une fleur et en fait c'était des gros bobards ! J'ai le droit de m'énerver si je veux ! Attends un peu qu'Ed l'apprenne et tu verras comme il sera heureux ! Heureux de lui mettre un pain sur la tronche !
Plus il pensait à la situation, plus il sentait la colère monter. Edward avait perdu son frère, sa vie et son monde pour venir ici. Ils avaient traversé tellement d'épreuves et tellement souffert pour cette mission. Tout ça pour rien ? C'était tellement injuste !
Envy voulut recommencer à invectiver la Vérité, mais Gladpy l'attrapa à temps et lui fit signe de se taire.
– Edward Elric n'en fera rien, rétorqua la Vérité. Puisqu'il a malencontreusement perdu tout souvenir, incluant ceux me concernant.
– Malencontreusement ? répéta Envy, indigné. Si tu t'étais pointé plus tôt, rien de tout ça ne serait arrivé ! Des gens souffrent et se font tuer ici, au cas où tu ne l'aurais pas remarqué ! T'as intérêt à arranger Ed avant que je prenne une décision très regrettable pour tes plans.
La Vérité le dévisagea minutieusement, comme curieux, avant de tirer légèrement sur les liens qui le tenaient fermement attaché à une chaise.
– Nous verrons.
– Comptez-vous nous venir en aide ? demanda Maugrey en le considérant avec moins de méfiance qu'au début de la conversation. Vous avez agi dans l'ombre jusqu'ici, si on peut appeler ça agir, mais vous semblez avoir pris un parti en sauvant nos compagnons.
– Nos intérêts vont converger pour un temps.
Réponse mystérieuse et agaçante, c'était la Vérité dans toute sa splendeur ! Quel cake !
– En tant que directeur de Poudlard, je vous invite à trouver refuge dans cet établissement jusqu'à la fin de notre collaboration. Une chambre vous sera préparée tout à l'heure.
– Avant ça, on va discuter de nos intérêts communs, grommela Maugrey. Et si vous pouviez au moins nous donner un nom.
La Vérité le regarda en silence avant de se décider.
– Ruth.
Sirius étouffa un rire derrière une toux forcée. Envy n'était pas du tout amusé.
– Tu te fiches du monde. Ruth, vraiment ? G.O.D., c'était pas suffisant ?
Le nouvellement nommé Ruth l'ignora et suivit Scrimgeour et Maugrey dans l'infirmerie. Envy oublia toute colère en se rendant compte que l'entretien terminé, il avait désormais le droit de voir Edward. Excité, il grimpa sur l'épaule de Gladpy quand elle partit dans la direction des paravents. La sorcière se glissa entre les rideaux où personne ne leur accorda la moindre attention.
Les Weasley avaient été prévenus du retour de leur mère et s'étaient regroupés à son chevet en se serrant les uns les autres pour pleurer de soulagement et partager leur deuil suite à la perte de Percy. Remus, Harry et Hermione, quant à eux, discutaient presque gaiement avec Hagrid. Tout au fond, les Lovegood bloquaient la vue du dernier lit. Les épaules de Luna tremblaient et sa tête s'enfonçait entre ses épaules avec abattement.
Gladpy se rendit dans cette direction avec détermination. Pomfresh et Cerchi s'affairaient autour de leur patient. Lorsqu'il vit le corps brisé couché sur l'étroit lit d'hôpital, Envy fut pris d'une rage qui le pétrifia. Rien dans le tableau qu'Edward présentait n'allait. Ses jambes partaient dans un angle étrange, la couleur de sa peau avait viré au gris et sa respiration sifflait bruyamment.
– Dis à Maugrey que je veux Ruth ici dès qu'il a terminé avec lui, commanda Envy à voix basse.
Le ton employé déplut fortement à Gladpy, cependant elle accepta et le déposa sur la table de chevet avant de s'éclipser.
– Il va s'en sortir ?
Envy détesta la note cassée à la fin de sa question.
– Physiquement, il ira bien mieux dans quelques heures, lorsque ses contusions et ses plaies se seront refermées, rassura Edwina. Par contre, ses jambes demanderont davantage de temps et d'efforts.
– Il marchera de nouveau un jour ?
– Nous ignorons si nous serons capables de lui rendre l'usage de ses jambes, répondit Pomfresh à regret. Les dégâts sont très importants et il n'a reçu aucun soin. Pas même la plus rudimentaire des atèles. Nous ferons de notre mieux avec les moyens dont nous disposons.
Envy observa le ballet de charmes médicaux pendant plusieurs minutes avant d'oser poser la question qui le taraudait le plus.
– Et son mental ?
Les traits des deux sorcières durcirent.
– Il n'y a rien à faire, souffla Pomfresh. Sa résistance mentale au sortilège d'amnésie ne tenait plus qu'à un fil après ses deux premières agressions. Avec la potion d'amnésie qui lui a été administrée, les effets sont irréversibles.
– Je suis désolée, Envy, murmura Edwina en évitant son regard. Ton ami ne se souviendra même plus de qui il est.
L'Homonculus serra la mâchoire. Ruth avait intérêt à arranger ça.
Molly reprit connaissance après une bonne nuit de sommeil et les membres de l'Équipe passèrent sans exception rendre visite aux rescapés. Tandis que les visites s'enchaînaient de façon indistincte, Envy ne quitta pas une seconde le chevet d'Edward en 48 heures. Ruth ne quittait lui aussi que rarement le blessé.
La Vérité, fait surprenant, ne leur avait pas faussé compagnie pour le moment, bien qu'elle ne leur apporte pas grande aide. En fait, elle se contentait de rester au chevet d'Edward la majorité du temps, ne le quittant qu'une fois de temps à autre pour déjeuner ou pour se promener dans le château. Ce cirque durait depuis plusieurs jours désormais. Envy s'interrogeait énormément sur les « intérêts » de la Vérité et la vraie raison de sa visite dans le monde des mortels.
Les membres de l'Équipe semblaient plus ou moins apprécier l'étrange personnage. Ou plutôt, sa présence titillait leur curiosité. Après des mois à entendre parler de ce mystérieux G.O.D., sa brusque apparition causait beaucoup de questions. Pour éviter celles sur le fait qu'il dissimule son vrai visage derrière celui d'un autre, Maugrey avait décidé de s'en tenir à une version officielle stipulant que l'homme était le père d'Edward.
Évidemment, les amis du blond l'abordèrent dès que Maugrey et Scrimgeour le jugèrent sans risque.
– Pourquoi Ed dit qu'il est orphelin s'il ne l'est pas vraiment ? demanda Ron, qui après avoir perdu son père ne comprenait pas que son ami puisse renier le sien. Il a toujours dit que ses parents étaient morts.
Envy plissa les yeux en direction de Ruth, qui avait l'air particulièrement tendu. Ce n'était pas dans les habitudes de la Vérité d'être autre chose qu'impassible. En tant qu'être omniscient, elle ne devrait pas se montrer anxieuse à devoir prétendre être quelqu'un qu'elle n'était pas. La Vérité savait tout sur Hohenheim, n'est-ce pas ? Il en avait déjà donné un aperçu lors de son premier entretien avec Envy. Alors... est-ce que la Vérité pouvait ressentir de l'embarras ? Ce serait hilarant, pensa Envy en ouvrant de grands yeux pour ne pas rater une miette du spectacle.
– Notre relation est difficile.
Envy dut se retenir d'imploser. Ruth tirait la tête de quelqu'un avec un Nimbus dans le derrière !
– Hum...
Luna, bizarrement attentive, pencha la tête sur le côté en dévisageant Ruth, le considérant avec intérêt.
– Ed m'a parlé de vous, annonça la sorcière en triturant la grenouille lunaire à son oreille droite. Il n'a plus l'air de vous en vouloir d'avoir abandonné votre famille il y a toutes ces années.
Le retour du manque de filtre de Luna prouva que son moral s'arrangeait grâce au retour d'Edward, malgré son état déplorable. Sa remarque fit grimacer Harry, Ron et Hermione d'inconfort, mais Sirius sourit en coin. Envy crut qu'il allait pleurer à force de serrer les fesses pour ne pas exploser de rire. C'était trop bon ! Par le caleçon de Merlin !
Le masque stoïque de Ruth glissa une fraction de seconde, dévoilant une froideur polaire qu'Envy n'avait jamais vue sur son visage auparavant. Hm. Peut-être parce qu'il ne possédait pas de visage habituellement.
– Nous nous sommes en quelque sorte réconciliés, il y a quelques années de cela, répondit Ruth d'un ton redevenu monotone.
– Pourquoi vous ne lui avez envoyé aucune lettre depuis qu'il est à Poudlard dans ce cas ? demanda Ron. Ed n'a jamais reçu le moindre courrier venant de vous. Ni Envy, alors que vous paraissez plutôt... proches ?
– J'étais en voyage.
– Pendant trois ans ? répliqua Ron avec un froncement de sourcil.
Hermione lui marcha sur le pied et le rouquin se mordit la langue.
– La dernière fois, il est parti pendant quatorze ans, remarqua Luna en prenant un air lointain, le regard posé quelque part dans le vide entre Harry et Sirius. Trois ans, ce n'est pas grand-chose à côté. En plus, Ed est très indépendant pour son âge.
Dans les dents !
Envy se sentait sur le point d'abandonner la lutte. Des larmes embuaient déjà ses yeux et il connaissait assez bien ses limites pour savoir qu'il ne tiendrait plus très longtemps. Luna était hilarante. Envy n'arrivait pas à comprendre ce qu'il se passait dans la tête de la sorcière et c'était génial ! Dans la même phrase, elle pouvait sauvagement juger Ruth et dans celle d'après le défendre en quelque sorte tout en l'insultant. Impossible de savoir si elle le faisait exprès ou non.
– Pensez-vous réussir à guérir Ed ? s'enquit Hermione, espérant changer de sujet pour éviter les piques acides de Luna. Envy nous a dit que vous alliez lui rendre la mémoire.
– Je fais mon possible.
– Tu n'as pas l'air d'essayer très fort, marmonna Envy, soudain bien moins amusé.
Ruth le regarda de haut. Envy n'apprécia pas du tout ce regard. D'habitude, la Vérité considérait tout le monde — humains et créatures — de la même façon. Avant sa brusque apparition dans ce monde, elle ne le jugeait jamais pour son apparence et ne le prenait jamais de haut. Enfin, concernant sa race. Sinon, elle le prenait très souvent de haut, il fallait bien l'avouer.
Sentant l'atmosphère se tendre à l'approche d'une dispute, les plus jeunes sorciers prétextèrent devoir se rendre en cours, abandonnant à Sirius la tâche d'apaiser les esprits.
– Tu ne fiches rien depuis que tu es là, grommela Envy en rentrant la tête dans les épaules. Je me demande bien à quoi tu sers. Pourquoi venir ici si tu restes à te tourner les pouces ? Pourquoi ne faire que la moitié du boulot ? Tu « sauves » Ed, puis tu le laisses tomber ! À quoi tu joues ?
– Mes intérêts —
– Tes intérêts devraient être les mêmes que les nôtres ! On a un but commun, à ce que je sache !
– Nous partageons effectivement un but commun et je m'attelle à l'atteindre par mes propres moyens, puisque vous vous montrez d'une grande incompétence. L'état de santé d'Edward Elric ne m'apporte rien.
– Comment pouvez-vous dire une chose pareille ? s'exclama Sirius en même temps qu'Envy insultait la Vérité en amestrian avec virulence. Ed et Envy vous aident depuis des années !
– Ne me parlez pas sur ce ton, Sirius Black, siffla Ruth entre ses dents. N'oubliez pas qui je suis et quelle est votre place.
Sirius blanchit et ferma immédiatement la bouche. Il s'excusa mentalement auprès d'Envy, car il préférait ne pas se mettre Dieu Tout-Puissant sur le dos. Surtout quand il n'était même pas supposé être en vie actuellement.
– Donc c'est vraiment ce que tu penses ? murmura Envy en sentant une incontrôlable soif de sang le prendre aux tripes. Tu n'en as rien à faire. Ton « aide » c'est juste du flan pour qu'on te garde à l'abri à Poudlard, c'est ça ? Pourquoi faire l'effort de venir jusqu'ici si tu ne fais rien ? Tout ce que tu fais, c'est te balader et afficher une tronche énigmatique à longueur de temps. Si c'est pour faire la potiche, t'as qu'à repartir d'où tu viens ! Je vais sauver Ed par mes propres moyens !
– Tes paroles sont confiantes, pourtant, les résultats ne suivent pas.
– Ils suivraient si on suivait mon plan pour vaincre Voldechose pour de bon ! Tu me crois stupide, mais j'ai compris ce que ta fichue prophétie voulait dire. Tu savais comment tout ça allait se passer. D'abord la trahison de Dumbledore, mon arrestation, ma « mort » et la victoire de Voldechose sur Ed. Tu savais que je finirais par trouver la réponse, malgré le peu de foi que tu as en nous.
Une lueur d'intérêt brilla dans les yeux dorés de la Vérité.
– Dis-m'en davantage sur ton plan.
– Je parle du tien, imbécile !
– Vous avez tendance à ne comprendre mes instructions que partiellement, rétorqua Ruth en reprenant son masque impassible.
– Va te faire foutre ! Si t'étais plus clair, on aurait bouclé tout ça depuis belle lurette ! C'est toi qui rends tout plus compliqué, parce que ça te plaît de nous pourrir la vie avec des détours, non ?
– Oh là, que se passe-t-il ici ? admonesta Pomfresh, les poings sur les hanches. Je vous laisse seuls dix minutes et vous recommencez à vous disputer comme des enfants ! Mon patient a besoin de calme ! Oust ! Tous autant que vous êtes !
Ruth partit sur-le-champ, l'air frustré.
– Je reste, grogna Envy avec un air sauvage.
– Tu n'as pas le droit de rester sans surveillance, rappela Sirius. Et je dois retourner assurer mes cours de l'après-midi...
– Je n'ai pas besoin qu'on me surveille ! Je ne viendrai pas avec toi, je reste ici !
Pomfresh et Sirius échangèrent un regard défaitiste. Ce que Gladpy ignorait ne pouvait pas lui faire de tort. Ils accordèrent à Envy l'autorisation de rester sans supervision puis s'éclipsèrent, chacun retournant à son travail respectif. Bientôt, Envy se retrouva seul. Molly et Hagrid avaient quitté l'infirmerie tôt dans la matinée, ce qui entraînait une absence totale de visiteurs dans cette partie privée de l'infirmerie maintenant que ceux venus pour Edward avaient tous disparu.
À peine une demi-heure plus tard, Edward émit le premier son depuis son arrivée. Il s'agissait uniquement d'un faible grognement de douleur, mais il déclencha une immense déferlante d'espoir chez l'Homonculus. Peut-être son ami était-il sur le point de se réveiller !
Envy se pencha vers le lit, les pattes agrippées au rebord de la table de chevet. Les yeux d'Edward se mirent à bouger sous ses paupières. Il ne se réveilla pas pour autant, malgré les appels d'Envy. Il souhaita prévenir Pomfresh, mais il ne pouvait pas quitter l'endroit, de peur d'être aperçu par un autre convalescent. Envy dut donc prendre son mal en patience.
Puis l'état d'Edward empira.
– Nhg... Maître... M-maitre... Besoin... Mal... Prie...
Envy écarquilla les yeux en se tournant vers la source de la voix qu'il entendait pour la toute première fois depuis trois semaines. Son espoir qu'Edward soit conscient se dissipa rapidement quand les murmures persistèrent, mais qu'il ne répondit à aucune de ses questions.
Par chance, Pomfresh passa en coup de vent quelques minutes plus tard pour vérifier qu'il se trouvait toujours bien à sa place. Quand elle remarqua le changement chez son patient, elle s'affaira aussitôt.
– La fièvre le fait délirer, expliqua Pomfresh. Il faut que je l'ausculte pour savoir à quoi elle est due. Il pourrait avoir développé une infection. Ms Gladpy va arriver d'une minute à l'autre.
Quand l'Auror se présenta à eux, l'infirmière lui confia Envy et les chassa, le temps qu'elle s'occupe de son patient. Au bout de plusieurs minutes passées dans le calme de la salle principale où les autres convalescents conversaient à voix basse avec leurs visiteurs, les murmures d'Edward se changèrent en plaintes. Des bribes de son discours décousu leur parvinrent.
– Où est Ruth quand on a besoin de lui ? pesta Envy en triturant l'ourlet de la poche de Gladpy. Ed allait plutôt bien jusque là. Il fallait que ce cake décide de partir je-ne-sais-où à l'extérieur du château le jour où ça allait virer à l'eau de boudin. Typique !
– L'état d'Elric s'est peut-être justement dégradé à cause de l'absence de Ruth, commenta Gladpy. Après tout, il dit s'en occuper.
Envy fronça le nez. Elle n'avait pas tort. C'était la première fois que Ruth s'éloignait d'Edward aussi longtemps et cela correspondait au début d'une crise. Ça ne pouvait pas être une coïncidence. Finalement, peut-être n'avait-il pas été tout à fait honnête tout à l'heure en disant que la santé d'Edward ne l'intéressait pas du tout. Personne ne résistait éternellement au charme du nain.
Les plaintes cessèrent brusquement. Envy ne réalisa qu'à cet instant à quel point elles avaient augmenté en volume et en intensité quand le silence revint de façon si abrupte.
– Maître ! J'ai besoin de retrouver mon maître !
Le hurlement à glacer le sang fit cesser les conversations. Un silence lugubre tomba sur la salle et les têtes convergèrent vers la source du cri.
– Je vous en supplie ! Maître ! Reprenez-moi ! Maître !
Une litanie de « maître » pitoyable suivit. La voix d'Edward vira dans les aigus. Elle se fit pressée, suppliante et remplie de désespoir. Puis tout cessa à nouveau. Pomfresh surgit des paravents, visiblement secouée sous son masque de professionnalisme.
– Mes sortilèges de diagnostic n'ont rien donné. J'ignore la cause de sa fièvre, déclara-t-elle quand elle rejoignit Gladpy. Il n'y a aucune infection et toutes ses inflammations ont été traitées. Je crains que cela ne soit pas une fièvre ordinaire.
– Quel genre ? Ça peut être causé par quoi ? Ça provoque quoi exactement ?
– Il semble qu'il y ait un surplus de magie convergeant vers son cerveau. Cela pourrait être un réflexe causé par son système immunitaire pour annuler les effets de la potion d'Amnésie ou pour réparer les nerfs et régénérer les neurones perdus à cause du sortilège de Torture. Il va falloir que j'étudie son cas plus précisément, conclut Pomfresh. Je vous déconseille de rester à son chevet pour les temps à venir.
– Quoi ? Pourquoi ?
– Je ne pense pas qu'il arrête de crier avant que je soigne la cause de sa fièvre. Personne ne devrait s'infliger un tel spectacle venant d'un ami, Envy.
– Je veux rester avec lui !
Pomfresh le dévisagea avec commisération.
– Je ne vous en empêcherai pas, si c'est ce que vous désirez.
L'infirmière partit à la recherche d'Edwina pour demander son aide sur ce cas et Gladpy les conduisit jusqu'à l'espace confiné où l'on gardait Edward. Dès qu'ils passèrent les paravents, le sortilège qui coupait les sons provenant de l'intérieur les engloba et les cris d'Edward les assaillirent aussitôt. Il continuait à supplier auprès de son « maître » dont l'identité ne faisait aucun doute.
– Madame Pomfresh a raison, Envy, déclara Gladpy, le visage crispé. Nous ne devrions pas rester ici.
– Je ne le laisserai pas tout seul. Si tu veux partir, alors va-t'en. Je n'ai pas besoin d'une nounou.
La sorcière observa le corps pris de convulsions dues à la forte fièvre puis s'assit dans son coin habituel où elle s'adossa contre le mur, croisa les bras et ferma les yeux. Plus elle essayait de se concentrer sur ses propres pensées, plus la situation passait ses défenses. La voix d'Elric était soutenable. À chaque nouvelle supplique, son cœur saignait davantage. Ce n'était pas l'Elric fort et arrogant qu'elle connaissait. Celui qui était allongé sur ce lit n'était plus qu'un enfant terrifié et c'en était trop, même pour elle.
Elric suppliait. Il suppliait son maître de ne pas l'abandonner, de ne plus lui faire du mal et de venir le chercher. Il répétait son besoin de retourner à ses côtés, de le satisfaire et de lui obéir. Aux portes de la folie, il avait perdu la notion des choses et confondait amis et ennemis. Après tout ce qu'il avait vécu, il les implorait de le retourner à son bourreau pour souffrir entre ses mains.
Gladpy ignorait ce que le Seigneur des Ténèbres lui avait fait subir pendant leur tête-à-tête. Et elle ne voulait pas savoir. À l'entendre ainsi, elle ne put que prier pour qu'aucune autre victime du Seigneur des Ténèbres ne subisse le même sort.
– Ed ?
Envy se pencha soudain tout à bord de son perchoir, dans l'attente. L'attention de Gladpy se concentra sur Elric, dont la voix mourut à l'appel de son nom. Ses yeux étaient grands ouverts. Gladpy réprima un mouvement de recul. Si ce n'était pour le mouvement saccadé de sa poitrine, on l'aurait pris pour un cadavre. L'éclat doré et farouche de son iris s'était teinté d'un pourpre brumeux derrière lequel la pupille s'effaçait complètement.
Son souffle haché emplit l'espace pendant de longues minutes. Son regard vitreux ne répondit à aucun stimulus, demeurant fixé droit devant lui, vers le plafond.
– Il n'a pas conscience de notre présence, commenta Gladpy quand Envy commença à perdre patience. Il faut prévenir Madame Pomfresh. Viens.
– Je reste.
– Ne bouge pas d'ici, commanda Gladpy en partant.
De toute manière, Envy n'aurait pas pu quitter la pièce, même s'il le voulait. Edward avait besoin d'un ami à ses côtés et Envy ne comptait pas l'abandonner.
L'Homonculus se tourna vers Edward et sursauta violemment. Des yeux rouges troubles le fixaient, à quelques centimètres seulement de son visage. Edward s'était relevé sur ses coudes et son nez frôlait le museau d'Envy. Le corps de l'Homonculus s'immobilisa de frayeur. Il n'osa plus émettre un son ni tenter le moindre mouvement. Alors il attendit la suite, scrutant les deux orbes pourpres.
– Livrez Envy.
Le souffle chaud enveloppa Envy, puis la bouche immense se ferma, le visage recula, les coudes se plièrent et Edward reprit sa position initiale comme un automate. Ses paupières papillonnèrent puis se fermèrent. Sa respiration se fit superficielle puis irrégulière. Ses gémissements reprirent puis se transformèrent en cris.
Gladpy, Pomfresh et Cerchi arrivèrent quand les « maîtres » reprirent. Envy hésita à leur dire ce qu'il venait de se passer, avant de décider contre. Il n'en parla à personne, craignant que les autres en viennent à la conclusion que Voldemort tenait Edward sous son contrôle. Envy aurait préféré en venir lui-même à une autre conclusion. Mais le message livré par Edward et celui laissé sur le cadavre de Percy étaient les mêmes. Envy préféra ne pas penser à ce que cela pouvait signifier.
– M-Maître...
Edward se mit à sangloter, le visage à demi caché dans son oreiller. De grosses larmes s'échappaient du coin de ses paupières plissées.
– Il a dû placer un maléfice sur Edward, conclut Pomfresh en enchantant un pack de glace sur le front de son patient. C'est la seule explication possible à cette fièvre magique.
– Comment on peut le défaire ? demanda Envy.
– Tant que nous ne connaîtrons pas le maléfice d'origine, je crains que nous ne pussions rien tenter. Se tromper de contre-sort pourrait aggraver son état.
– Je vais demander l'aide de l'Équipe pour que nous recherchions des informations d'après les symptômes, décida Edwina avant de prendre la direction de la sortie.
– Attendez ! Prenez, Envy avec vous, ordonna Gladpy.
– Je veux rester !
– Ça suffit ! Tu fais ce que je te dis pour une fois. Je ne suis plus ta garde du corps qui doit se la boucler en ta présence, c'est compris ? J'ai supporté ton comportement parce que je sais que l'état d'Elric te perturbe, mais maintenant ça suffit, répéta Gladpy en pointant son gros doigt sous le nez d'Envy. Tu vas rester avec Edwina jusqu'à mon retour.
– Tu viens à peine de revenir ! Où est-ce que tu vas encore ?
– Le Seigneur des Ténèbres a convoqué une réunion exceptionnelle, et j'ignore quand je serai de retour. Madame Pomfresh a bien assez de travail pour ne pas avoir à te garder en plus. Sans compter que sortir de cet endroit te fera le plus grand bien. Et tu aideras mieux Elric en recherchant avec les autres plutôt que de te morfondre à son chevet.
La sorcière attrapa Envy par la queue — ce qu'elle savait pertinemment qu'il détestait plus que tout — et le déposa entre les mains tendues d'Edwina. Envy se tortilla, mais elle ne le libéra pas.
– Sale garce ! aboya Envy en direction de Gladpy.
Cette dernière lui fit un salut narquois avant de s'éclipser. À peine quelques secondes plus tard, Ruth arriva à sa place. Malgré la dispute qu'ils avaient eue plus tôt dans la matinée, Envy profita de sa présence pour éviter d'avoir à suivre Edwina. La sorcière accepta de le laisser sous la surveillance du nouveau venu, puisqu'il souhaitait demeurer à l'infirmerie. Ensuite, elle les quitta pour se rendre à la bibliothèque.
Comme Gladpy s'en était doutée, Ruth avait un effet sur l'état d'Edward et celui-ci se calma rapidement après l'arrivée de la Vérité à proximité. Sa fièvre baissa et il tomba dans le même profond sommeil qu'auparavant. Pomfresh repartit pour sa ronde, faisant promettre à Ruth de la prévenir si jamais l'état d'Edward venait à se détériorer à nouveau.
– Au final, il semblerait que tu aides quand même Ed, commenta froidement Envy dès qu'ils furent seuls.
– Nous avons un accord, répliqua Ruth. Tu m'as demandé de lui apporter mon aide, et je tiens mon engagement.
– Ce matin t'avais pas l'air de beaucoup y tenir !
– J'ai simplement confessé n'avoir que peu d'intérêt pour la santé d'Edward, je n'ai jamais dit ne pas m'en occuper. Tu as sauté à cette conclusion de ton propre chef.
Si Envy n'avait pas les bras si courts, il se serait frappé au visage.
– Qu'est-ce que j'ai dit sur les détours pour nous compliquer la vie ?
Ruth ignora son marmonnement et changea de sujet sans s'embarrasser de transition.
– J'ai réfléchi à ce que tu m'as dit et comme tu as l'air déterminé à suivre le plan, j'ai décidé de t'accorder le bénéfice du doute.
– Trop sympa...
– Quoi qu'il en soit, avant cela, il va falloir que nous éclaircissions quelques points.
– Arrête de tourner autour du pot.
– Où sont le diadème de Serdaigle et le médaillon de Serpentard ?
Envy aurait voulu hausser le sourcil qu'il ne possédait pas.
– Détruits. Depuis un bail, d'ailleurs. Il faudrait vraiment que tu te mettes à jour avec les infos de l'Équipe.
La bouche de Ruth tourna vers le bas dans une expression mécontente avant de reprendre sa forme initiale. La Vérité ne l'avait pas volée ! Si Envy s'y prenait bien, il réussirait peut-être à vraiment le faire sortir de ses gonds. Bien que ce ne soit pas la meilleure des idées s'ils devaient faire équipe.
– Bref ! s'exclama Envy. Tu as d'autres points à régler ? Parce que si on se dépêche, on pourrait profiter de l'absence de Gladpy pour enfin mettre le plan en action. Voldechose l'a convoquée, donc je pense qu'on a jusqu'à ce soir avant qu'elle décide de revenir me coller au train. Les autres ne devraient pas revenir voir Ed pour la soirée non plus. On a le champ libre pour se carapater.
Ruth parut légèrement surpris par la dernière partie.
– Partir dans quel objectif ?
– Me livrer à Voldechose, évidemment ! C'est la seule manière qu'on ait pour mettre ton plan en action. Ça fait des semaines que je demande à ce qu'on m'apporte jusqu'à lui, mais bien sûr, comme l'Équipe n'est pas unanime sur la question, je dois attendre. Ou alors je dois leur révéler mon plan et c'est vraiment pas une bonne idée. Surtout que mon seul avantage sur Voldechose, c'est l'élément de surprise ! On peut pas risquer de dévoiler le plan à qui que ce soit, sinon c'est foutu. Mais eux, ils ne comprennent pas.
– Tu aurais pu te livrer sans demander l'avis de ces personnes, lui reprocha Ruth. Sirius Black t'aurait aidé à tromper la vigilance de Gladpy.
– Ouais bah ça s'est pas passé comme ça et on n'y peut rien. Tu vas m'aider, oui ou non ? Si tu m'aides à me livrer maintenant, on peut vaincre Voldechose dès aujourd'hui et peut-être même que tu pourras récupérer les Reliques restantes d'ici la fin de semaine. C'est bien tout ce qui t'intéresse, non ? Comme ça, t'auras ce que tu veux et tu pourras repartir d'où tu viens et me laisser gérer la guerre et Ed. T'en dis quoi ?
La Vérité consulta sa montre à gousset avec un air appréciateur.
– Allons-y sur-le-champ avant que quelqu'un tente de nous arrêter.
– Merveilleuse initiative ! se réjouit Envy. Il faudra qu'on mette Ed à l'abri quelque part pendant ma confrontation avec Voldechose. On le récupérera quand l'autre taré sera hors d'état de nuire.
Le regard indéchiffrable de la Vérité se posa sur Envy qui haussa les épaules.
– Je vais libérer la voie.
Ruth partit dans la salle principale, laissant Envy à sa célébration mentale. L'excitation le traversa de part en part. Enfin ! Après des semaines d'attente interminable, le voilà parti pour reprendre la main sur son destin ! La guerre touchait à son terme, et bientôt, il pourrait se libérer de cette mission et obtenir son Échange équivalent.
Après quelques instants, Ruth revint et glissa Envy dans sa poche. Ensuite, il tira le drap recouvrant le corps affaibli d'Edward. Puis il se pencha sur le garçon inconscient, passa un bras sous les épaules d'Edward et l'autre sous ses genoux avant de le soulever sans effort.
– Fais gaffe à ses jambes, siffla Envy. Je vais déjà avoir assez de mal comme ça pour les réparer !
– Silence, ordonna Ruth.
Tout à coup, Envy se sentit aspirer et atterrit au fond de la poche dont le sommet se referma hermétiquement, coupant tout son et lumière.
– Eh ! Qu'est-ce qui te prend, abruti ? J'ai pas signé pour ça ! C'est de l'abus de pouvoir !
Clairement, son porteur jugea bon de l'ignorer complètement, à moins que le son ne soit coupé dans les deux sens. Envy fulminait. Il n'avait pas la moindre idée de ce qu'il se passait dehors. Il ne sentait pratiquement pas la démarche de Ruth, qui pourtant devait sûrement se hâter de quitter l'enceinte protégée de Poudlard avant que quelqu'un prévienne l'Équipe.
Envy s'assit avec un long soupir. Peu importe. Tant qu'il arrivait à destination.
