Chapitre vingt-neuf : Le Guide intérieur d'Edward Elric


Tu nous as trahis.

Edward se réveilla en sursaut.

Les visages hantés de son rêve se dissipèrent dans l'obscurité où son regard se noyait. Son esprit lui parut clair pour la première fois depuis ce terrible jour où Voldemort le força à abriter un morceau de son âme. Edward ignorait combien de temps il avait passé embourbé dans les visions cauchemardesques envoyées par le biais de leur lien psychique. En vérité, il ne se souvenait même pas du déroulement de sa captivité.

– De retour parmi les vivants ?

Un instinct purement animal poussa Edward à bondir. Il devait s'éloigner de la voix tant haïe. Son mouvement brusque lui arracha une plainte mal réprimée. Il chuta en arrière. Son dos s'écrasa sur une surface lisse et sèche. Il reprit alors conscience de son corps et plus spécifiquement de ses jambes.

En une poignée de secondes et malgré la douleur cuisante, plusieurs faits aléatoires et déconcertants lui sautèrent au visage. Il était propre. Il était soigné. Il était tombé d'un lit. Il n'était pas enchaîné. Il n'était plus dans les cachots. Il était vêtu d'un pyjama de l'infirmerie de Poudlard. Il n'était pas à Poudlard.

– Arrête de paniquer. Tes jambes ont pas mal morflé.

Edward leva la tête vers l'ombre qui le surplombait dans la pénombre. Cette voix, il la connaissait bien. Mais le discours et le ton ne correspondaient pas à la personnalité de son tortionnaire. Qui était cette personne ?

La silhouette avança d'un pas. Edward utilisa la seule force de ses coudes pour ramper en arrière. L'ombre s'arrêta net. Était-ce une nouvelle sorte de visions visant à le rendre fou ? Essayer de lui insuffler un faux sentiment de sécurité pour mieux le manipuler et le détruire plus tard ?

– OK, Ed. Beaucoup de choses se sont passé depuis ta capture et même après ta libération et je... Je sais que tu as traversé des trucs affreux et que tu flippes, mais essaie de... m'écouter au moins. Je ne veux pas te faire de mal. Et même si mon visage n'est pas le mien, je suis toujours Envy.

– Envy ? répéta Edward, hébété.

La douleur dans ses jambes avait reflué pour ne laisser qu'une sensation sourde et lointaine, ce dont Edward profita pour s'asseoir contre le lit en prenant garde à ne pas bouger ses membres inférieurs plus que nécessaire. Que lui voulait ce prétendu Envy ? Qu'allait-il lui faire subir cette fois ? Devait-il écouter ce que cet imposteur avait à dire ? Enfin... De toute façon, peu d'autres choix s'offraient à lui dans son état.

Et puis, cette silhouette était la première présence bienveillante qu'il rencontrait.

– Avance dans la lumière, demanda Edward dans une voix cassée qui lui râpa la gorge.

Quand avait-il parlé pour la dernière fois ? Ou plutôt, combien de temps avait-il crié sous la torture ?

L'ombre demeura immobile.

– N'oublie pas ce que je t'ai dit, d'accord ? Les apparences sont trompeuses... Ne prends pas peur. Pas de moi.

Ce discours répétitif commençait à agacer Edward. Il acquiesça sans un mot pour assurer son interlocuteur de son accord. Ce fut comme un signal pour l'ombre qui s'avança de deux pas. Dès qu'elle arriva dans le carré de lumière blafarde provenant de la fenêtre, la silhouette prit figure humaine. Si l'on pouvait appeler ça « humain ». Même avec uniquement la faible lueur de l'aube, Edward ne put que reconnaître le vicieux personnage qui le pourchassait dans ses visions.

– Je ne suis pas exactement celui que tu crois, murmura Voldemort dont les yeux écarlates ne le quittaient pas. C'est moi... Envy. J'ai tué Voldemort. J'ai absorbé son âme et pris possession de son corps. Je t'en prie, Ed, tu dois me croire.

Edward scruta la personne lui faisant face, à la recherche de la moindre trace de l'Homonculus dans cette immonde apparence. Toutefois, tout ce qu'il voyait c'était le monstre qui l'avait torturé. Le corps squelettique, le crâne chauve, les joues creuses, les lèvres absentes, les narines pareilles à celles d'un serpent et les yeux rouges aux pupilles félines. Le tableau concordait pour confirmer qu'il s'agissait de Voldemort.

Malgré toutes ces preuves, Edward décela un « quelque chose » de différent. Si l'on s'attardait sur des détails, on remarquait un changement dans la posture, simple au lieu de confiante, ou dans l'expression, ouverte au lieu de froide, ou le regard, vacillant au lieu de méprisant. Cette personne était Voldemort en apparence, mais en était-il de même à l'intérieur ?

Edward ne pouvait pas prendre le risque. Voldemort était doué pour les tortures sophistiquées avec des mises en scène élaborées et cette situation invraisemblable puait le piège à plein nez. Edward ne tendrait pas le bâton pour se faire battre.

– Je t'en prie, Ed. Laisse-moi te convaincre... te prouver qui je suis. Demande-moi tout ce que tu voudras. Laisse-moi une chance.

La respiration d'Edward accéléra. Il ne s'en sentait pas capable. À une autre époque, il lui aurait donné une opportunité, mais ce temps était révolu. Voldemort avait fait de lui un autre homme de bien des manières, le dépouillant de bien plus que de ses jambes et de sa dignité. Toute trace d'espoir l'avait déserté. Il avait perdu la foi en tout. En l'avenir, en l'homme, en la vie, en lui. Il n'avait plus rien à offrir.

– Voldemort t'a volé tes souvenirs, poursuivit le prétendu Envy. Tout ce que tu as vécu, tout ce que l'on a vécu, il te l'a pris. Il m'a berné une fois en utilisant tes souvenirs et je sais que tu es plus malin que moi, que tu ne tomberais pas dans le même piège des questions-réponses. Si tu penses que je suis lui, te raconter nos souvenirs communs ne te prouvera rien. C'est pour ça que j'ai besoin que tu m'aides à sortir de cette fichue impasse.

Son visage se montrait si expressif qu'Edward fut tenté de le croire. Apeuré, il lutta contre cette impulsion en détournant le regard vers la large fenêtre. L'aurore pointait à l'horizon. Cet endroit lui était décidément inconnu. Était-ce là sa nouvelle prison, sous l'égide d'un geôlier sournois sous ses airs engageants ?

– Ed, parle-moi. Dis quelque chose.

Edward pinça les lèvres et fixa la ligne de nuages orangés dans le coin de la fenêtre.

– Je t'en supplie, Ed... Tu es mon seul espoir, mon seul allié. Tu es le seul qui puisse me croire et me faire confiance. J'ai besoin de toi. Pas seulement pour retrouver mon vrai visage, ni pour trouver les Horcruxes, ni pour gagner la guerre. J'ai besoin de toi parce que tu es mon meilleur ami et que je...

Voldemort s'interrompit en exhalant un souffle tremblant. Un froissement de tissu et le bruit mat de pieds nus sur le parquet avertirent Edward de l'approche de l'ennemi. Son dos se raidit et ses muscles se contractèrent, prêts à encaisser le choc lorsque viendrait le premier coup. Une forme blanche apparut en bordure de son champ de vision.

– Ed. Regarde-moi.

La voix aiguë avait troqué sa froideur habituelle pour un timbre chaleureux si loin de celui de Voldemort. Pouvait-on réellement simuler à ce point ? Voldemort en était-il capable ? Le doute s'insinua, Edward céda et tourna la tête. Leurs visages ne se tenaient plus qu'à une trentaine de centimètres d'écart. Ils eurent tous deux un léger mouvement de recul avant de se figer et de se dévisager avec étonnement.

À cette distance, Edward pouvait suivre le cours de chaque veine bleuâtre circulant sous la peau translucide. Il scruta chaque ridule et imperfection comme s'il lisait une mystérieuse carte d'un pays inconnu. Son regard suivit les rares battements de paupières nues, dépourvues de cils, et les fréquentes vibrations de la membrane fragile du nez reptilien à chaque respiration.

Ces éléments mis bout à bout dépeignaient un tableau féroce et pourtant, Edward y découvrit une étrange vulnérabilité, une humanité indéniable qui l'attira comme un assoiffé par une source. Il ne connaissait plus l'humanité et il se sentit comme un Détraqueur, cherchant à aspirer ce qu'il ne possédait pas.

Indécis, Edward leva la main avant de la rétracter. Son geste avorté engendra une réaction à laquelle il ne s'attendait pas et qui le laissa pantois. Les yeux écarlates en face de lui s'humidifièrent.

Avant d'avoir pu faire part de son étonnement, Edward se retrouva tout à coup écrasé entre deux bras plus puissants qu'ils n'y semblaient. Il se cambra par réflexe, essayant de se libérer de l'étreinte forcée, mais Voldemort ne lui en laissa pas l'occasion et le serra comme un serpent dans ses anneaux. La panique le prit aux tripes.

– Tu es tout ce que j'ai, déclara Voldemort dans un souffle contre ses cheveux. Sans toi je ne suis rien. J'ai besoin de toi. Je te le répéterai des millions de fois s'il le faut pour que tu me croies. Dans toutes les langues que je connais et de toutes les manières possibles. Je suis Envy. J'ai perdu mes pouvoirs de métamorphose. Je suis coincé dans un corps immonde que je hais de tout mon être. J'ai fait ça pour nous, pour nous libérer de notre pacte avec la Vérité. Je ne regrette pas mon choix, mais je regrette d'avoir à subir ça seul. J'ai besoin de toi.

Des larmes tièdes plurent à verse le long de sa nuque. Edward sut qu'il aurait dû ressentir quelque chose. De la compassion, ou au moins de l'empathie. Mais il ne ressentit rien d'autre que le dégoût pour l'être pathétique qui le serrait comme un naufragé.

– J'ai besoin de toi parce que tu es la meilleure chose qui me soit arrivée en cent quatre-vingts longues années d'existence. J'ai besoin de toi parce que quand je crois que tout est perdu, il me suffit de penser à toi pour me dire que tout ça en vaut la peine. J'ai besoin de toi parce que c'est en pensant à toi que je réussis à produire un Patronus. J'ai besoin de toi parce que tu es la première personne à m'accepter malgré mes défauts et mon passé. J'ai besoin de toi parce que tu es la première personne que j'aime sincèrement et inconditionnellement. J'ai besoin de toi, Ed.

Au cœur de l'obscurité impénétrable où Voldemort l'avait plongé, Edward aperçut une lueur curieuse le narguer, tremblant sous l'effet d'une suspicion instinctive qu'une infime partie enfouie au fond de lui désirait rejeter. Il désirait s'accorder cette faiblesse et croire ce discours. Tout ce qu'il lui manquait, c'était du courage. Une dernière once d'audace pour exécuter ce saut en chute libre dans l'inconnu.

Mais son âme était vide. La lueur s'estompa et les ténèbres le rattrapèrent. Une solitude implacable s'empara de lui. Qu'importe la direction dans laquelle il regardait, Edward ne retrouva plus cette lueur vacillante. Quelle était-elle ? Les regrets l'écrasèrent sous leur poids. Comment la faire réapparaître ? Encourager Voldemort dans son récit ? Essayer de l'aider à lui prouver qu'il était Envy ? Même si cette histoire se confirmait, Edward savait que ça ne servirait à rien, au fond.

Il se força tout de même à donner ce que Voldemort souhaitait, plus par réflexe que dans une quelconque attente.

– La plupart des mages noirs sont incapables de produire un Patronus. Et dans « mages noirs », j'inclus évidemment les Mangemorts et Voldemort plus que quiconque, croassa-t-il en serrant ses poings sur ses genoux. C'est parce qu'il demande non seulement des souvenirs heureux, mais aussi un cœur vierge de toute magie noire.

Bien qu'il ne voit pas son visage, Edward sentit la perplexité de son locuteur qui ne sut visiblement quoi faire de son petit cours improvisé. Puis Voldemort se détacha de lui avec prudence pour le regarder droit dans les yeux. Enfin, le déclic.

– Tu veux que je produise mon Patronus ?

Edward hocha lentement la tête. Voldemort recula davantage, s'assit sur ses talons et extirpa une baguette de l'intérieur de sa robe. Pas n'importe quelle baguette. Celle de Dumbledore. Encore une fois, Edward aurait dû ressentir de la détresse en pensant à celui qu'il avait aimé et assassiné. Il n'en fut rien.

Le nouveau propriétaire de la Relique observa la baguette comme s'il la découvrait, avant de la pointer vers l'espace désert de la chambre sur leur droite. Après un long moment d'immobilité et de réflexion, il lança le sortilège.

Spero Patronum.

De l'extrémité de la baguette de Sureau jaillit un phénix argenté. Il atterrit sur le sol avant de remonter en piquée et de traverser la pièce d'une volée fluide et majestueuse. Le visage reptilien de Voldemort suivait avec fascination le trajet de l'apparition magique lorsqu'Edward choisit de lui donner sa chance. Même si cette personne n'était pas Envy, même si ce n'était qu'un autre piège, il savait que son « ancien lui » aurait pris cette décision.

– Raconte-moi ton histoire. Depuis ma capture.

L'oiseau scintillant se volatilisa et la pénombre reprit ses droits. L'attention de Voldemort se recentra sur Edward, un éclat de soulagement dans les yeux.

– Tu as été capturé il y a exactement vingt-deux jours à la fin de ce que tout le monde appelle la Bataille du Département des mystères. Le jour même, on a organisé la fuite des Granger et celle des Dursley... La première s'est déroulée selon le plan, mais la deuxième a été un désastre. Le cousin de Harry a pu être sauvé, pas ses parents. L'Ordre a subi de lourdes pertes ce jour-là et... c'était la fin. L'Ordre du Phénix a été dissous. Certains membres se sont réfugiés à Goldrop.

– La résistance est tombée ? demanda Edward, essayant de se sentir concerné.

Voldemort secoua la tête.

– Non, seulement l'Ordre. Un nouveau groupe a été créé selon de nouveaux principes. Les nôtres, à Goldrop. Harry et les autres s'y sont engagés. Avec Xeno, Edwina et Keith, on a décidé de leur dire pour les Horcruxes pour étendre la chasse. Après ça, les choses se sont améliorées. On a repris Poudlard aux Mangemorts et on a redonné espoir à la population. On a détruit trois Horcruxes depuis. Mais l'Équipe a appris pour Harry.

Voldemort marqua une pause, comme s'il s'attendait à une quelconque réaction. Voyant qu'il n'en recevrait pas, il continua son récit, l'air déstabilisé.

– Ils ont voté contre son exécution. Ils ont une théorie et veulent l'utiliser pour localiser les autres Horcruxes. Pour l'instant, ils n'ont pas encore avancé. On était tous plus occupés à préparer ton évasion, et celle de Molly, Percy et Hagrid.

Le nom de Percy fit frémir Edward de tout son corps et il referma ses bras autour de lui. Des images du rituel opéré par Voldemort lui revinrent en mémoire et lui bloquèrent la gorge. Il n'oublierait jamais l'horreur qu'il avait ressentie lorsqu'il...

– Ed ?

Le visage de Voldemort envahit son champ de vision et Edward détourna vivement la tête sur le côté en fermant les yeux. Cette face avait hanté ces visions et même s'il s'avérait que la personne qui la portait n'était pas celle qu'il pensait, il ne pouvait pas oublier ce qu'il avait traversé.

– Je sais ce qu'il s'est passé dans ces cachots, murmura Voldemort en rendant son espace personnel à Edward. Cet enfoiré... Il voulait tellement découvrir nos secrets... J'arrive pas à réaliser que tu es... On sait pour Harry depuis un bail et ça ne m'a jamais enragé comme ça. Peut-être parce qu'il était trop jeune et qu'il ne se souvient de rien. Je ne sais pas.

– Continue ton histoire.

Voldemort parut frappé de stupeur par son ton dénué de toute émotion.

– Eh bien... Il y a trois jours, quand Voldemort t'a... fais ça, il a absorbé ta mémoire et a tout découvert. Alors il a effacé tous tes souvenirs pour te transformer en son fidèle petit soldat et il est parti chercher ses Horcruxes. Il a caché Nagini et la Coupe de Poufsouffle. Ensuite, il a préparé un plan pour récupérer le diadème et le médaillon. Comme tu n'étais pas là lors de leur destruction, Voldemort ne savait pas non plus. Alors il vous a tous libérés et a infiltré Poudlard en se faisant passer pour la Vérité.

– Vraiment, lâcha Edward en dévisageant son opposant avec détachement.

– Ouais, vraiment, je me suis fait avoir. Mais il faut me comprendre ! Il avait tous tes souvenirs. Il savait tout sur la Vérité et notre mission. D'accord, il y avait sûrement des signes, mais en quelques jours, je n'ai pas vraiment eu l'occasion de le démasquer ! Il vagabondait à Poudlard, sûrement à la recherche des deux Horcruxes, et j'étais plus préoccupé par ton état que par ses manigances. En plus, il n'a pas joué la comédie qu'auprès de nous. Il a aussi fait croire à tous ses Mangemorts que l'évasion était réelle !

– La Vérité ne peut pas agir physiquement.

– Elle nous a tellement menés en bateaux depuis le départ que je me suis dit que c'était un mensonge de plus !

– La Vérité ne ment pas. Elle utilise des tournures alambiquées et volontairement vagues pour nous embrouiller, mais elle ne ment jamais directement. Elle nous a dit et répété très clairement qu'elle ne pouvait pas agir sans avoir recours à des intermédiaires.

Voldemort poussa un long soupir de découragement.

– OK. Tu as raison, je me suis planté en beauté, comme d'habitude, content ?

Edward ne répondit pas. Il en avait déjà trop dit. Si cette personne en face de lui n'était pas Envy, alors il avait révélé de précieuses informations qui pourraient se retourner contre lui. Il craignait d'avoir à retourner à ses cauchemars. Edward soupira silencieusement. À quoi bon. Il avait d'ores et déjà avoué tout ce qu'il y avait à avouer. Voldemort connaissait ces informations.

– Que s'est-il passé ensuite ?

– C'est euh... compliqué. J'ai oublié de préciser un truc au début. Tu sais, la prophétie, à propos de nous et Voldemort... Bah on en a parlé avec l'Équipe et j'ai comme eu une révélation. J'ai enfin capté ce que la Vérité voulait dire par « instructions ». Le « Il fusionnera avec lui pour ne faire plus qu'un », ça ne te dit rien ?

– Tu as absorbé son âme.

– Évident, quand on y pense, répondit Envy en levant le visage vers le plafond. Je n'y avais pas pensé la première fois parce que j'avais encore mon corps humain. Ça a changé après des semaines coincé dans ma vraie forme d'Homonculus à me demander comment en sortir. Donc quand je l'ai réentendu, j'ai eu un déclic. J'ai décidé d'un plan simple. Me livrer à Voldemort, prendre possession de son corps et mettre fin à la guerre une bonne fois pour toutes en détruisant tous les Horcruxes.

– Ça ne s'est visiblement pas passé comme prévu.

L'expression d'Envy se froissa. Et Edward se rendit compte qu'il avait cessé de se référer à son interlocuteur comme « Voldemort ». Son inconscient avait choisi d'accepter la version des faits que cette personne lui offrait. Toutefois, son esprit conscient se fichait éperdument de la situation. Que ce soit Envy ou Voldemort, ça importait peu.

– Même si la moitié de l'Équipe voulait me laisser à mon plan secret, reprit Envy. L'autre voulait m'en empêcher. Alors hier soir, j'ai demandé à Ruth... Ouais, c'est comme ça que Voldemort se faisait appeler quand il jouait le rôle de la Vérité, va savoir... Bref, je l'ai convaincu de m'aider à fuir Poudlard pour me livrer à Voldemort. C'était stupide, mais je n'avais pas le choix.

– Et tu m'as embarqué dans ton plan foireux, remarqua Edward, indifférent.

– Je comptais te mettre quelque part en sécurité avant d'aller confronter Voldemort !

– Et si ton plan avait échoué, je serais mort dans un trou où personne ne m'aurait retrouvé. Pas que ça ait une grande importance.

La bouche d'Envy s'ouvrit et se ferma à plusieurs reprises, puis sa bouche se tordit et il prit un air coupable.

– L'important, c'est que ça a fonctionné ?

– Si tu le dis.

– Je l'ai vaincu et je l'ai forcé à te rendre la mémoire, c'est tout ce qui compte !

Un éclat de colère fit remonter un goût rance dans la bouche d'Edward.

– Et maintenant « Un nouveau Seigneur des Ténèbres plus puissant verra le jour et régnera sur le monde de la Magie ».

– Tu remarqueras que « plus puissant » ne signifie pas « plus méchant », commenta Envy.

Comme si c'était ça, le problème. Tout ce que la prophétie annonçait, c'était le changement de tortionnaire d'Edward. Quel sort lui réservait l'héritier de Voldemort ? Une prison différente ? Des visions plus vicieuses ? De nouvelles tortures ? Edward devait savoir ce que l'avenir lui réservait.

– Tu comptes prendre sa place pour le restant de tes jours ?

– Quand tous les Horcruxes seront détruits, tu me tueras, affirma Envy avec fermeté. Ou tout du moins, tu tueras l'âme de Voldemort qui est dans ma Pierre.

– Je suis un Horcruxe aussi, au cas où ça t'échapperait. Je vais devoir mourir avant toi, nota Edward logiquement. Tout comme Harry.

– Quoi ? Il n'en est pas question ! On va trouver un moyen pour vous sauver tous les deux, s'exclama Envy, choqué. Depuis quand tu es si...

– Je pense que tu connais la réponse à cette question, rétorqua Edward froidement.

Envy se tut.

– C'est bien ce que je pensais, poursuivit Edward en posant sa tête contre le matelas.

Un profond abattement se saisit de lui.

– Tout va bien maintenant qu'on est réunis, le réconforta Envy avec un optimisme sincère. Notre fine équipe est de retour, et on va tout déchirer, tu verras ! On a toutes les cartes en main. Tu te rends compte qu'on peut contrôler les Mangemorts et qu'on a tout ce qu'il nous faut pour retrouver les Horcruxes restants ? Et puis avec un coup de main des serviteurs de Voldemort, on finira par te guérir. Tu seras comme neuf ! Bientôt, tu seras de retour sur tes jambes et tout ce qu'il t'est arrivé ne sera plus qu'un souvenir lointain.

L'obscurité ressurgit des recoins de la chambre, bondissant sur Edward et se lovant autour de lui comme une épaisse camisole de complaisance et d'apitoiement sur son propre sort. Il ne put se retenir d'éclater d'un rire grinçant. Cette situation aurait pu être hilarante si elle ne le plongeait pas dans une telle consternation.

– Je m'en fous de mes jambes. Je m'en fous d'être un Horcruxe. Je m'en fous de la guerre et même de notre mission. Parce que Voldemort a fait bien pire. Non, en fait, c'est toi qui l'as fait. Tu ne t'en rends même pas compte.

L'inquiétude qu'Envy exhibait depuis l'éclat de rire de son ami ne fit que se renforcer.

– Qu'est-ce que j'ai fait ? demanda-t-il d'une voix pas plus haute qu'un murmure.

– Tu l'as dit toi-même. Voldemort a absorbé ma mémoire. Puis tu l'as forcé à me la rendre.

– Je ne comprends pas, souffla Envy avec nervosité. C'est une bonne chose que tu te souviennes de ta vie. Je n'aurais pas pu te laisser comme ça.

– Tu aurais dû. Je ne connais plus le concept d'espoir qu'en théorie, mais je suis sûr d'une chose. Si tu m'avais laissé sans souvenirs, il y en aurait encore pour moi. Maintenant, tout est fichu. Parce que même si ma vie avait pris un tournant difficile avec la perte de mes jambes et la présence d'un morceau d'âme putride à l'intérieur de moi, j'aurais pu retrouver ma détermination. J'aurais pu réapprendre à...

L'émotion rendit Edward muet pendant un bref instant. Dans ses souvenirs falsifiés, il savait que l'espoir prenait une grande part de sa vie auparavant. Il se demandait quel goût ce sentiment avait. Voldemort, en tout cas, l'ignorait et avait passé cette ignorance à Edward.

– En absorbant mes souvenirs, poursuivit Edward en jetant un regard amer à l'horizon rosé. Voldemort se les est appropriés comme les siens. C'est comme s'il les avait passés à la moulinette, les décomposant et recomposant en y ajoutant ses propres ingrédients. Pas un seul de mes souvenirs n'a été épargné. Ils sont tous teintés d'obscurité, de mépris, de dégoût, de haine. Je hais ma mère, mon frère, mes amis, l'humanité tout entière. Je te hais, toi. Ma vie me dégoûte. Ce que Voldemort a fait dans les cachots... ça... m'a détruit, mais ça pouvait encore s'arranger. Mais ce que tu as fait, toi, a non seulement anéanti tout espoir dans mon avenir, mais aussi dans mon passé. Je n'ai plus la moindre inspiration à puiser dans mon passé et je ne peux plus en créer, parce que ces souvenirs souillés m'ont dépouillé de tout ce qui faisait de moi la personne que j'étais. Tu as peut-être l'apparence de Voldemort, mais j'ai son esprit. Mon monde se résume à la peur, la colère, la haine et le dégoût.

Edward interrompit sa tirade dans un murmure avant de détourner le regard. Son visage blême avait rougi sous l'effort et il haletait, à bout de souffle. Ses jambes le lançaient à nouveau et une migraine pointait. Tout ce qu'il désirait à cet instant fut de se coucher et de ne plus bouger ni parler jusqu'à ce qu'avec un peu de chance il cesse d'exister purement et simplement. Il ne pouvait pas vivre avec ce poids. Il n'en avait pas la force.

– Tu peux réapprendre, chuchota Envy d'une voix rauque. Tu peux le faire. Je t'aiderai à redevenir toi-même. Et puis, tu as ton guide intérieur des bonnes actions ! Tu ne peux pas avoir complètement perdu ça.

– Je ne l'ai plus.

Envy prit les mains glacées d'Edward dans les siennes et les serra.

– Tu apprendras. Je serai là pour toi, comme je te l'ai promis. D'accord ?

Edward baissa la tête pour observer leurs mains liées. Si ce moment n'était que le fruit d'une nouvelle vision, elle aurait été la plus cruelle de toutes. Malgré sa crainte et sa suspicion, il s'accrocha à cette flamme vacillante qui venait de refaire son apparition. Peut-être Envy avait-il raison. Peut-être n'avait-il pas tout perdu au profit des sentiments de Voldemort. Peut-être cette flamme était-elle réellement ce que l'on appelait communément de l'espoir.

– D'accord.