Fatigué du travail, « Finn » regardait son client éméché avec beaucoup d'empathie, un peu trop peut-être, ce qui ne l'aurait certainement pas emmener devant un pâté de maison, appartenant à la haute bourgeoisie.

Heureux d'être accompagné de son fidèle barman, Axel sortit une carte pourpre d'une de ses poches de veston et la brandit dans l'air. Il courut, enfin il tituba jusqu'à deux maisons et se plaça pile entre les deux, au niveau de la haie les séparant.

« -Woow sympa les lumières ce soir, ça se voit que le maître est là ! » s'enthousiasma-t-il comme un enfant.

« Finn » et Jean -l'ami d'Axel- le regardèrent sans comprendre ce qu'il se passe. Le jeune homme agitait comme un fou sa carte en faisant des grands signes.

« -Hé l'ami, une heure de calèche pour te voir faire ça à cette heure-ci devant une haie ? »

« -Il a raison, Axel, on devrait rentrer. »

« -Chuuuut taisez-vous, il arrive ! »

« -Qui ? » dirent en même temps les deux autres.

Comme une ombre, sortit de nulle part, un homme de grande taille apparut devant eux. Il portait un masque vénitien et un chapeau haut de forme. Ses longs cheveux de jais étaient ramassés élégamment en une queue de cheval basse et quelques mèches venaient cacher les abords et le haut de son masque. Un sourire hautain se dessina sur ses lèvres. Sa carrure était impressionnante et sans même le connaître les deux inconnus du club purent sans difficulté deviner, que cet homme était le maître des lieux.

« -Bonsoir messieurs, les accueilli-t-il d'une voix chaleureuse en soulevant son chapeau. Je vois que tu n'es pas venu seul Axel ce soir. »

« -Hééé Don Juaan ! Je t'ai ramené deux très bons amis à moi ! lui répondit-il en s'accrochant à l'homme. Voici Jean, mon ami préféré et Finn mon autre ami préféré. »

« -Tu connais les règles, n'est-ce pas ? »

« -Oh que oui, s'ils veulent rentrer il faut qu'il te donne…un truc super précieux ! » ria-t-il.

« -Si tes amis sont d'accord, il n'y aura pas de soucis pour moi. » annonça suavement Don Juan.

« -Vous avez entendu ça, les gars ? Il est…d'accord. » chuchota-t-il comme un enfant.

« -Qu'est-ce qu'on doit vous donner exactement ? » questionna Jean, méfiant.

« -La chose la plus chère à tes yeux…comme ça, par exemple. » démontra-t-il en brandissant une montre à gousset en or.

« -Hé ! Vous n'avez pas le droit ! » protesta le blond.

« -Si tu veux rentrer c'est le prix à payer, jeune homme. »

Jean sembla hésiter un instant mais la curiosité l'emporta et il accepta. Don Juan claqua des doigts et la montre disparu de ses mains. A ce moment précis, Jean sembla voir le paradis en face de lui et c'était le cas de le dire.

« -Oh mon Dieu ! Je n'ai jamais vu ça de ma vie ! C'est, c'est… extraordinaire ! » s'excita-t-il.

« -Tu vois ! Je te l'avais dit, tu ne veux jamais m'écouter ! »

Le maître des lieux esquissa un sourire satisfait et se tourna vers la dernière personne présente, qui n'était autre qu'Allen.

« -Qu'en est-il de toi, Finn ? »

La voix de Don Juan avait vibré dans chaque recoin du jeune barman. Cette voix sensuelle qui coulait comme du miel sur vous et qu'on ne pouvait oublier.

« -Je crois…que je vais réfléchir encore un peu, avoua-t-il troublé. Je n'ai rien non plus de précieux à vous donner sur moi… »

« -Ohlàlà quel rabat-joie celui-là ! » s'essouffla Axel qui chantonnait avec son ami.

« -Je te jure, Finn. Tu ne le regretteras pas ! »

« -En dirait que tes amis ont de bons conseils. A toi de voir. Pour ta gouverne -il se pencha à l'oreille du jeune garçon pour être sûr de n'être entendu que par lui- j'accepte les paiements physiques si tu n'as rien sur toi. »

Allen rougit de la tête aux pieds, pendant que Don Juan le détaillait sous toutes les coutures.

« -D'autres personnes m'attendent, alors décides-toi. »

Nerveux, le jeune brun s'aventura pour une dernière question.

« -Qu'entendez par paiement…physique ? » chuchota-t-il connaissant déjà la réponse.

« -Pour certains, leur…pureté est précieuse, comme dans ton cas. C'est ton bien le plus précieux et je vais le prendre en entier si tu veux rentrer ici, expliqua-t-il en passant un doigt sur les lèvres du jeune homme avec envie. Ta réponse ? »

Comme la fois où il avait accepté les avances de Tyki, ses sens étaient engourdis et le simple contact sur ses lèvres l'avait excité. Mût d'une impulsion nouvelle et se sentant en sécurité sous sa fausse identité, il répondit en plantant son regard dans celui de Don Juan :

« -J'accepte. »

« -Très bien. Je te donne rendez-vous dans la chambre- Oublie mon majordome viendra te chercher. A tout à l'heure. » dit-il en embrassant le coin des lèvres de son futur amant.

Ce nouveau contact avait électrisé entièrement le corps d'Allen et il sentit presque ses jambes se dérobaient sous lui. Don Juan était un homme dangereux et le barman venait de se jetait dans la gueule du loup. Maintenant qu'il avait accepté, il voyait à présent ce dont ses nouveaux amis parlaient et ils avaient raison. L'endroit était incroyable et Allen essaya de recentrer son attention dessus pour ne pas se perdre dans son flot d'émotions.

Des spots lumineux de couleurs blancs et violets illuminaient le ciel. Ils étaient situés au-dessus des grandes lettres capitales qui n'étaient qu'autre que le nom du club-cabaret. Ce dernier était immense et se composait de six étages. Comme une sorte de tour, le dernier étage semblait plus petit que les autres et l'intérieur était éclairé par une lumière tamisée. En-dessous, les deux étages semblaient êtres de longs couloirs de chambres au vu des fenêtres carrés similaires que l'on pouvait apercevoir. Ce qui était le plus impressionnant était la couleur bleu-noir qui semblait se mouvoir sur le bâtiment.

L'entrée était tout aussi grande, gardés par deux hommes à la posture tout aussi impressionnante que le propriétaire des lieux. Des papillons semblaient flotter sur leurs visages qui couvraient leurs yeux.

« -Finn ! T'es tombé amoureux en dirait ! » cria Axel en lui faisant des grands signes dans la file d'attente.

« -L'endroit est…impressionnant. » avoua-t-il en s'avançant vers lui.

« -Franchement, je pensais qu'Axel était devenu fou. » admis Jean.

« -En tout cas…tu lui as plu. C'était chaud entre vous ! »

Allen sentit ses joues rougir de nouveau tandis qu'il passait une main, gêné, dans sa tignasse brune.

« -Du coup, tu lui as donné quoi ? » demanda, curieux Jean.

« -Une bague. » mentit-il.

« -Il doit vraiment être riche n'empêche avec tout ce qu'il prend à ses clients. »

« -J'ai entendu dire qu'il était marquis, ça aide ! » s'exclama Axel en se dandinant.

Les deux gardes tournèrent leurs têtes en même temps à leur niveau avant de parler dans une langue inconnu et de leur faire signe de passer. Ils passèrent une sorte de voile noire et se retrouvèrent dans une salle remplis de personnes qui dansaient au rythme d'une musique sensuelle. La tension sexuelle qui régnait dans la pièce était à son comble.

« -Mettez vos masques les amis, alerta Axel en revêtant le sien. Dans vos poches. »

Effectivement, Allen fouilla dans la poche de son pantalon et trouva le sien qui était comme tous ceux qu'il voyait, noir velours avec un contour doré.

Depuis qu'il était en cavale, Allen supportait de moins en moins le contact des autres et essaya de se faufiler dans la foule sans toucher qui que ce soit mais c'était plus compliqué à dire qu'à faire. Dans la sombre lumière pourpre qui « éclairée » l'endroit, il sentit une main lui agrippait le bras et le sortir de la foule.

Dans la pénombre, il essaya de voir qui pouvait être la personne de petite taille avec ses cheveux hirsutes qui lui souriait de toutes ses dents. Ce sourire lui était étrangement familier et il essayait de se reculer au plus qu'il le pouvait mais la prise de la jeune fille le maintenait contre elle.

« -Je ne savais pas que tu aimais ce genre d'endroit, Allen ! »

« -Road ! »

« -Ravie de te revoir aussi, ria-t-elle. D'ailleurs comment tu as fait pour rentrer ? Le maître des lieux t'a vu ? » questionna-t-elle soudainement inquiète.

« -Oui je l'ai vu et je lui ai donné une bague. »

« -Celle de ton mariage ?! »

« -Oui… ? » répondit-il en essayant de s'éloigner d'elle.

« -Allen, dis-moi que ce n'est pas vrai. »

« -Quoi donc ? »

« -Tu sais quoi ? Je vais te faire sortir d'ici. » s'alarma-t-elle.

« -Quoi ? Mais pourquoi ? »

« -Tu ne peux pas rester ici une minute de plus ! »

Elle tira plus fort sur son bras et l'emmena en dehors de la salle violette. Ils longèrent un long couloir où des gens étaient entassés les uns sur les autres, influencés par des substances illicites en pleine orgie. Allen n'en revenait pas, c'était pire que dans un bordel et finalement il était presque content de pouvoir sortir de cet endroit.

« -Road ! s'arrêta-t-il lorsqu'ils franchirent le seuil d'une chambre. Tu vas m'expliquer ce qu'il se passe ?! »

« -S'il te trouve tu es mort ! »

« -Tout ça pour une bague ? »

« -Chuuut ! »

Les deux n'eurent pas le temps d'échanger un mot de plus qu'une nouvelle fois, une ombre sortit de nulle part se matérialisa devant eux.

« -Cela ne te suffit pas de prendre mon argent, il faut qu'en plus tu me piques mes clients. Ce sont quels genres de manières ? »

Des yeux d'une couleur or vif sondèrent la jeune fille et Allen comprit. Inconsciemment, il l'avait sût dès que leurs regards s'étaient croisés mais il avait mis son instinct sous silence parce que sa méfiance envers tout ce qui l'entourait était naturel, d'autant plus qu'il était recherché. Allen aurait dû s'écouter et ne jamais mettre les pieds ici en premier lieu.

« -Il ne se sentait pas bien, je lui ai juste montré un endroit où se reposer. » se justifia la jeune fille avec son aplomb habituel.

« -Avec toi ? »

« -J'allais partir et j'allais aussi lui montrer la sortie puisqu'il me l'a demandé. »

« -Tu n'avais pas besoin de faire ça. Ce jeune homme ne peut pas quitter cet endroit sans m'avoir donner mon dû dans tous les cas. » annonça d'une voix suave Don Juan.

« -Ton dû… ? »

Le brun ignora la jeune fille et son regard doré se posa sur Allen.

« -Finn puisque tu es là, tu vas me suivre. »

Road retînt son expression de surprise et fît comme si de rien n'était. Finn ne pipa mot et fît les gros yeux à la jeune fille qui lui sourit. Il avait envie de disparaître sous terre en cet instant puisqu'il avait eu toutes les clés pour deviner que le maître des lieux n'était en fait que son « mari ». Des papillons étaient quasiment omniprésents dans chaque pièce qu'il avait pu voir, les couleurs et l'opulence de l'endroit ressemblaient parfaitement à Tyki.

A présent, pendant qu'ils étaient dans l'ascenseur, un silence s'installa. Bizarrement ils ne montaient pas mais descendaient. Les portes de couleur or s'ouvrirent sur un immense tunnel creusé dans la terre où il n'y avait âme qui vive. Pas une lumière était présente et Allen sentit la chair de poule le parcourir. Avant qu'il ne puisse poser une question, Tyki prit la parole.

« -Tu es censé être un homme mort, Allen Walker. »

La mâchoire du jeune homme sembla se décrocher, surpris que son identité soit découverte. Mais la phrase que venait de prononcer Tyki à son intention lui avait fait froid dans le dos.

« -Va-t'en, avant que Tyki ne revienne à lui et qu'il remarque ton absence. Tant que tu es dans le tunnel tu seras en sécurité. »

« Tyki » se transforma en une ravissante jeune femme brune sous son apparence de Noé qui répondait au nom de Lulubelle.

Comme la fois où elle avait pris l'apparence d'Allen le jour de son mariage, la transformation de la jeune femme époustouflait toujours autant l'exorciste. Pas sûr de comprendre entièrement la situation, Allen franchit la porte de l'ascenseur tandis que la Noé en une fraction de seconde se transformait de nouveau en un Tyki Mikk à couper le souffle.