Des larmes de sang ruisselaient sur ses joues pendant qu'il hurlait son désespoir. Le démon venait de se rendre compte de ce qu'il avait fait. La blessure mortelle qu'il venait d'infliger, il ne l'avait pas infligé à n'importe qui, mais à l'amour de sa vie la seule personne qui avait eu un jour espoir en lui. Le corps sans vie de son bien-aimée entre les bras, il n'arrivait plus à respirer correctement, son corps était pris de sanglots incessants.
Un orage éclata tandis qu'une pluie diluvienne commençait à s'abattre sur lui. Même les cieux semblaient pleurer la perte de l'ange présent contre lui. Une ombre noire s'approcha d'eux et posa sa main sur la tête de Tyki.
« Il est mort, mon fils. Le pleurer ne le ramènera pas. »
« Vous l'avez tué père ! »
« C'est toi qui l'as tué », reprit le roi des démons.
« Vous m'avez contrôlé et m'avez obligé à le faire ! cria son fils. Je n'ai jamais voulu le faire et vous le savez ! »
« Tu as été idiot de croire ne serait-ce qu'une seconde que votre amour était possible, annonça-t-il en lui relevant le visage avec son spectre pointu, tu le savais que les choses finiraient ainsi. »
« C'est faux ! On avait de l'espoir, il y avait une chance pour qu'on soit enfin ensemble et vous avez tout détruit ! »
« Regarde-toi à parler comme un ange maintenant. Je vais t'apprendre une chose l'espoir ne fait pas vivre mais mourir et c'est exactement ce qui lui est arrivé », déclara-t-il en touchant avec son spectre le corps inanimé.
« Je vous interdis de le toucher ! » s'emporta Tyki en se relevant tout en gardant contre lui Allen.
« Ton comportement est indigne d'un futur roi ! Reprends-toi où tu te conduiras à ta perte ! » gronda l'homme imposant.
« Je ne serai jamais roi, affirma-t-il. Le seul avenir où j'aurai pu l'être vous venez de l'anéantir sous vos yeux. »
Le démon s'éleva à une vitesse hypersonique dans les airs et traversa le portail des enfers en un éclair. Il entendait son père gronder de revenir mais jamais il ne reviendrait. Il se dirigea vers le seul havre de paix qu'il avait connu avec Allen L'entre-deux. Il savait que là-bas, personne ne viendrait les déranger dans leurs derniers instants.
Tyki atterrit dans leur habitation de fortune et déposa avec délicatesse Allen sur le lit présent. Il s'allongea à côté de lui tout en ne le lâchant pas de son emprise. Les dernières brides de chaleur du corps de l'ange venaient de s'éteindre à jamais, rendant petit à petit le corps froid et rigide. Tyki enfouit son visage dans le cou de son bien-aimée et sanglota :
« Je t'aime. »
C'était la première fois que le démon prononçait ses mots et le goût amer du regret était en train de l'envahir. Il avait eu pourtant maintes occasions de dire ces trois petits mots mais ils étaient remplis d'un sens si lourd et si fort que sa fierté ne lui avait pas permis de les prononcer. Au fond de lui, il avait toujours pensé qu'il aurait plus de temps ensemble puisque dans son idylle parfaite, il pensait qu'ils auraient l'éternité ensemble.
Tyki sentait impuissant son corps se brisait de l'intérieur. Le chagrin, la tristesse et les regrets émergeaient rapidement en lui sans qu'ils ne puissent les arrêter. Le démon ferma les yeux sans pour autant que ses larmes ne se tarissent.
Doucement, il embrassa le front qui s'offrait à lui et un sanglot le reprit tandis que son visage se déformait sous le chagrin. Sa cage thoracique se soulevait péniblement ne lui laissant que peu d'air pour respirer et il sentit ses forces le quittaient peu à peu. Le démon serra une dernière fois le corps de son amour contre lui pour imprimer dans chaque recoin de son cœur la personne qu'il chérissait le plus au monde.
La perte immense de cet être divin était insurmontable pour Tyki, jamais, il le savait, il ne pourrait vivre sans lui. Submergé par le chagrin, il sentit son rythme cardiaque diminuer un peu plus à chaque seconde, jusqu'à ce que lui aussi la vie éternel le quitte.
Le démon Tyki, futur roi du royaume des enfers, venait de mourir d'un chagrin d'amour le même jour que son âme sœur.
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Un être aux yeux et cheveux blancs se réveilla en sursaut. Son visage était baigné de larmes et il se leva du lit dans lequel il était. Seul dans la pièce, il en sortit aussi vite à la recherche de la personne qu'il venait de voir dans ses rêves. Tyki. Il fallait qu'il retrouve à tout prix Tyki.
Il passât la porte et se retrouva dans un long couloir. Instinctivement, il partit au fond du couloir en courant vers la porte la plus éloignée de là où il était. Franchissant cette dernière, il se retrouva de nouveau seul. Sa petite course l'ayant mis dans un état second, Allen se laissa tomber au sol et ne prononça le seul mot qui habitait son esprit :
« Tyki... »
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Au même moment, Don Juan Mendes se prélassait avec des hommes et des femmes de toutes sortes. Soudain, un haut le cœur le prit et il entendit quelqu'un dire son prénom dans sa tête. La voix était cassée, faible et ni une ni deux, il laissa ses prétendants et se volatilisa vers le lieu qui l'appelait.
Allen leva la tête quand il sentit une présence se tenir devant lui. Une expression de soulagement traversa ses traits et il se précipita dans les bras de l'homme masqué qui le regardait.
« Tyki... », gémit-il.
Il serra de toutes ses forces ce dernier contre lui. La chaleur de son corps le calmait mais ses pleurs, eux ne voulaient rien entendre et inondaient tout de même son visage.
Le brun était interdit face à une telle scène mais ses bras bougèrent tout seuls et enlacèrent rapidement le blanc. Les yeux d'Allen étaient toujours blancs et Tyki se demandait à qui, il avait affaire cette fois. Était-ce Néah qui se jouait de lui ? Non, impossible, Allen tremblait beaucoup trop dans ses bras et Eden aurait affiché son air de chien battu s'il lui était arrivé quelque chose.
Cependant le jeune maudit ressemblait traits pour traits à l'ange qu'il voyait dans ses rêves ce qui avait le don de le déstabiliser.
Ils restèrent un moment dans les bras l'un de l'autre. La chaleur de leur étreinte les apaisant tous les deux.
« Qu'est-ce qu'il se passe... ? » questionna Tyki brisant le silence entre eux.
« Je...je...t'ai vu mourir...et...et... »
Allen ne pût finir que des sanglots silencieux reprirent possession de son corps.
« Chut, je suis là maintenant... » susurra le brun en passant une main dans les cheveux blancs.
Il sentait Allen s'accrochait désespérément à lui comme si sa vie en dépendait et il espérait que son étreinte réussirait à le calmer. Délicatement il souleva, le jeune homme du sol et ce dernier entoura de ses jambes les hanches de Tyki.
Le brun traversa le mur de son bureau- il se demanda d'ailleurs comment Allen avait réussi à le traverser, seul- et s'engouffra dans son appartement qui était inconnu de tous. Personne n'y avait jamais mis les pieds, pas même Eugène son fidèle majordome.
Cette partie de son cabaret était invisible pour tous, c'était son endroit secret et était impossible d'accès. En ramenant Allen avec lui, il avait estimé qu'il serait plus en sécurité ici à ses côtés que n'importe où ailleurs. Le lieu était comme un gouffre temporaire, il n'existait pas sur une carte mais était pourtant bien réel.
Le blanc avait enfoui sa tête dans le cou de Tyki et pleurait toujours à chaudes larmes. La tristesse qui s'était emparé de son cœur ne semblait pas vouloir partir. Même le jour où Mana était mort, Allen n'avait pas ressenti cet avalanche de chagrin qui lui compressait le cœur.
La perte de son père adoptif avait été la chose la plus dure qu'il avait pût endurer ces dernières années et il n'aurait jamais pensé vivre un autre événement qui le rendrait aussi malheureux.
Doucement, Tyki commença à poser le jeune homme sur le lit mais celui-ci ne se laissa pas faire et resta désespérément accroché au brun.
« Ne…me…laisses pas… »
« Je ne comptais pas le faire. »
Allen resserra sa prise autour du Noé, ne voulant être séparé de lui pour rien au monde. Conscient de ce que pouvait endurer le jeune garçon, Tyki resserra à son tour son étreinte tout en se faufilant dans le lit. Il replaça la couette sur eux et commença à parsemer le front et les yeux rougis du blancs de petits baisers délicats. Le brun essuya de ses longs doigts les larmes d'Allen sur ses joues et les embrassa à son tour.
Petit à petit, la douceur et la patience dont faisait preuve Tyki de nouveau face à Allen portait ses fruits puisque ce dernier finit par se calmer et commençait à respirer un peu plus calmement. Les yeux blancs de l'exorciste étaient redevenus « normaux » et ils regardaient Tyki avec une douceur infinie.
« Merci, prononça Allen doucement. Je n'ai vraiment pas compris ce qu'il vient de m'arriver…et je ne sais pas ce que j'aurai fait seul. »
« Un mauvais rêve ? » questionna le brun en caressant le visage en face de lui.
« Oui…enfin…je ne sais pas si je peux t'en parler…tu vas me prendre pour un fou… » avoua-t-il.
« Dis toujours. »
Allen le regarda légèrement surpris de cet intérêt et se perdit sans le vouloir dans les deux lac bleutés du brun qui le regardait, eux aussi avec beaucoup de douceur.
« Je fais des rêves ou plutôt des cauchemars sur… (il marqua une pause) …nous. Dedans je suis un ange et tu es un démon et…hum (il chercha ses mots une nouvelle fois) on s'aime… » prononça-t-il plus doucement que le reste.
Le Noé du plaisir était loin d'être sourd et avait tout entendu même ce qu'Allen n'aurait pas voulu qu'il entende. Il caressa le dos du jeune homme pour l'encourager à continuer mais ce qui était sûr maintenant c'est que Road ne lui avait pas menti.
« Notre histoire est voué à l'échec…Je me suis vu mourir plusieurs fois toujours de la même manière et aujourd'hui pour la première fois je t'ai vu… (il respira un bon coup pour retenir ses larmes qui menaçaient de nouveau de sorti) mourir… »
Devant cette annonce, Tyki sentit son cœur se serrait involontairement. Il ne s'était jamais vu encore mourir dans ses souvenirs même s'il se doutait que les choses finiraient ainsi pour lui également. Le brun pouvait parfaitement comprendre ce que ressentait Allen puisqu'il avait eu la même réaction la première fois qu'il avait rêvé de la mort de l'ange et quand il avait appris qu'il était mort aussi dans cette vie, il avait été à deux doigts de devenir fou.
« Moi aussi », dit simplement le brun.
« Toi aussi… ? »
« J'ai les mêmes cauchemars que toi, moi aussi », avoua-t-il en plantant son regard dans le sien.
**•**
Non loin de là, un personnage avec un costume crème et un chapeau farfelue se tenait devant une haie. Il se pencha pour regarder les deux numéros des maisons indiquées sur leurs portails respectifs qui étaient 65 pour celui de droite et 67 pour celui de gauche. Le numéro 66 manquait à l'appel. Son sourire déjà présent s'élargit.
Il y avait une source importante de tristesse et de chagrin qui émanait dans le coin et son pouvoir ne se trompait jamais. Il toucha la haie mais rien ne se passa. Pourtant la source d'énergie négative émanait bien de cette endroit et l'avait appelé.
Le comte Millénaire tourna autour de l'endroit sans rien trouver. Finalement, peut-être que ses pouvoirs de Noé étaient en train de disparaître… ? Il n'en savait rien et il ouvrit son parapluie pour repartir quand il entendit des pleurs. Ses oreilles pointues se redressèrent sous son chapeau et ses yeux brillèrent d'excitation.
Dans un des jardins, un jeune enfant pleurait tout en tenant une photo contre lui. A l'avant de la maison, la police était présente et un corps couvert d'une bâche sortit. Ce n'était sûrement pas la tristesse et le chagrin qui l'avait appelé jusqu'ici mais c'était comme une seconde chance qui s'ouvrait à lui.
Le faiseur d'Akuma éclata de son rire sarcastique avant de voler et de se laisser tomber dans l'arrière-cours, là où l'enfant pleurait.
« Bonjour, mon garçon. Ton chagrin est immense pour la perte de ta chère maman Olivia et si je te disais que tu pouvais la revoir ? »
Hey petit retard ! J'aime beaucoup écrire Tyki et Allen en version Ange et démon !
hinatanatkae: Alors du coup, merci d'avoir soulever ce point, je vais le repréciser ici ;)
Gabriel/Gabi' est le nom de scène d'Allen dans le cirque et Eden est bien le nom d'une des personnalités d'Allen en l'occurrence le gamin :)
Voilà j'espère que c'est plus clair et que cela ne t'as pas trop gêné dans ta lecture! Merci de tes retours
A dimanche,
TheFara.
