« Qui êtes-vous ? »

Cette question resta suspendu dans les airs un moment avant que Tyki ne daigne réagir. Ce dernier sonda le visage en face de lui mais le regard apeuré et perdu de son jeune amant ne laissait aucune place au doute.

Allen regardait de part et d'autre de la pièce à la recherche d'indices lui indiquant une information sur le lieu où il était ou encore qui était cet homme d'une beauté à couper le souffle à moitié nu contre lui.

Voyant la confusion de l'homme en face de lui, Allen imagina le pire.

« Vous êtes un des créanciers de mon maître ? interrogea-t-il en s'éloignant légèrement. Désolé...Je n'arrive pas à me souvenir de ce qu'il s'est passé hier soir... »

Seul la douleur dans ses reins et sa nudité lui prouvait qu'il était certainement dans de beaux draps. Cela lui était arrivé deux ou trois fois de payer les dettes de son maître physiquement mais cela avait toujours été avec des hommes beaucoup plus âgés et n'avait jamais impliqué l'entièreté de son corps.

Il avait toujours mis un point d'honneur à préserver sa pureté et dans tous les cas, il ne se voyait pas sortir avec un homme même s'il n'en avait jamais eu l'occasion cela ne l'avait jamais attiré.

Comprenant petit à petit à qui il avait à faire, Tyki parût se détendre. Même si le fait qu'Allen ne se souvienne pas de leur première nuit, lui avait mis un sacré coup au moral -et dans le cœur- il se ressaisit pour ne pas se montrer trop vulnérable dans cette situation. Il sembla réfléchir un instant. Que fallait-il qu'il réponde exactement ? Décemment, il ne pouvait pas lui dire qu'ils étaient mariés, qui plus est de « force » pour une soi-disant paix entre leurs clans.

D'un autre côté il ne voulait pas être associé à un des fameux créanciers de Cross Marian, se souvenant parfaitement comment les Jasdevi s'étaient coltiné ses dettes pendant qu'ils le poursuivaient. Un sourire charmeur apparût alors sur ses lèvres. Une réponse qui lui sembla logique se forma dans son esprit.

« Vraiment ? Tu ne te souviens de rien ? Je pensais compter assez pour que tu ne m'oublies pas, s'indigna-t-il. Nous sommes ensemble depuis bientôt un an. »

« Vous-Vous voulez dire…qu'on sort ensemble ? » s'apostropha le blandin.

« Oui, Allen. »

« Mais…je ne comprends pas. J'étais pourtant hier soir en Inde avec mon maître et ce matin je me réveille à vos côtés sans me souvenir de vous…Que s'est-il passé ? » s'inquiéta-t-il.

« Tu as eu un accident qui a engendré un traumatisme crânien », inventa le Noé.

Il n'était pas sûr de ce qu'il était en train de raconter, mais tant pis il ne pouvait plus reculer.

« Cela fait un moment que cela t'ait arrivé mais le docteur a dit qu'il pouvait t'arriver de perdre tes souvenirs et de les récupérer. »

« Vous voulez dire que c'est normal que ma mémoire revienne puis reparte, c'est ça ? »

« Oui, ce n'est pas la première fois que cela arrive », avoua-t-il peiné.

Soit Allen était trop jeune, soit il était vraiment naïf pour croire le charabia presque plausible que venait de lui servir le Noé.

« De quoi te souviens-tu ? » reprit-il.

« Je combattais hier soir en Inde puis je suis rentré épuiser à l'hôtel où mon maître était…Après c'est le trou noir. »

« Je vois…Je suis venu te récupérer hier soir, on devait se voir et Cross semblait content d'être débarrassé de toi », tenta-t-il.

« Idiot de maître, pesta le blanc entre ses dents. Il vous a dit quand je devais rentrer ? »

« Non, il a dit que tu pouvais prendre ton temps. Le mieux dans tous les cas c'est que tu restes à mes côtés pour récupérer tes souvenirs, expliqua le brun, tu as besoin d'être avec quelqu'un de proche de toi. »

« Je…Je n'arrive pas à croire que nous sortons…ensemble, rougit-il. Vous ne pouvez pas être intéressé par moi… »

« Et pourquoi cela ? »

« J'ai une apparence étrange et je ne suis pas certain de mériter l'amour de qui que ce soit », souffla-t-il en tripotant nerveusement ses mains.

Le brun commençait à comprendre l'Allen qu'il avait en face de lui. Ce dernier devait être très jeune et il allait sans doute bientôt rentrer dans la congrégation d'où son manque de confiance en lui et sa timidité accentuée.

Tyki n'avait malheureusement aucune idée de combien de temps, Allen allait rester sans ses souvenirs mais la demande de Néah n'arrêtait pas de le tarauder. Était-ce lui la cause de tout ça ? Avait-il fait exprès d'effacer tout pour que le blanc ne souffre pas ? Des questions sans réponses pour le brun qui était réellement inquiet de l'état dans lequel se retrouvait Allen.

Faire croire au jeune homme qu'ils étaient réellement ensemble, Tyki se l'accorder ce n'était sans doute pas la meilleure idée qu'il avait eu, mais il ne voulait pas être maintenu à l'écart non plus. Allen était ce genre de personne, le brun l'avait bien compris. Dès que l'exorciste avait un quelconque problème, il prenait tout sur lui et n'en parlait à personne.

Le Noé reposa sa cigarette qu'il n'avait pas encore allumé sur la table de chevet -il avait remarqué qu'Allen en supportait mal l'odeur- et releva le visage perdu en face de lui. Dans une douceur infinie, Tyki vînt déposer ses lèvres contre les fines lèvres du blanc. Surpris de ce geste, l'exorciste sursauta imperceptiblement mais l'application des lèvres charnues du brun provoqua en lui une onde de chaleur.

Bien vite ils se retrouvèrent à échanger des baisers passionnés, Allen s'étant complétement fait prendre dans la sensualité de leurs gestes. Il ne pouvait s'empêcher de réagir favorablement aux assauts du brun.

Le jeune homme avait l'impression que tout son corps connaissait déjà ses sensations et il ne pouvait que croire ce que lui avait dit l'homme en face de lui. Pour une fois, il se sentait en confiance pourtant il n'arrivait pas à se souvenir de lui.

« Comment…vous… (il hésita sur la forme à employer) …tu… (le brun hocha la tête) …t'appelles ? »

« Tyki. Tyki Mikk. Mais tu peux m'appeler chéri », sourit-il.

Allen rougit de la racine de ses cheveux jusqu'à ses pieds et on pouvait presque voir de la fumée qui lui sortait des oreilles. Le brun pouvait voir à quel point le jeune homme pouvait être facilement déstabilisé et même s'il adorait l'embêter, le voir si sensible à ses taquineries le faisaient inconsciemment fondre.

« Tu es si sensible », constata le brun en caressant sa joue.

Le jeune homme sourit de plus belle avant que son ventre ne fasse entendre sa voix.

« On s'est beaucoup dépensés, taquina le Noé. Qu'est-ce que tu veux manger ? Des dangos ? Pancakes ? Gaufres ? Fruits ? Œufs ? Bacon ? Mochis ? Puttu ? Ada ? Appam ? énuméra-t-il avec un sourire, ou tout ça ? » (NDA : Puttu, Ada, Appam : sont des plats Indiens mangés lors du petit-déjeuner et les dangos, mochis : sont des sucreries/gâteaux Japonais.)

Retenir ce que pouvait engloutir de bon matin le jeune exorciste était assez impressionnant en soi mais que Tyki énumère tous ce que préférait Allen, l'était encore plus. Ce dernier eût des étoiles dans les yeux à l'évocation de ce petit-déjeuner de roi et hocha la tête vivement.

L'expression enfantine et heureuse qui se trouvait sur son visage venait de chavirer une nouvelle fois le cœur du brun et taquin Noé. Même lui ne se rendait pas compte, qu'il éprouvait une certaine joie à découvrir ce qu'Allen pouvait être quand il était plus jeune.

Et dire qu'il avait failli prendre la vie de ce gamin…Non pas qu'il regrettait de l'avoir fait puisqu'à l'époque, il se contentait simplement d'exécuter les ordres du Comte sans broncher, mais aujourd'hui, cela ne sera plus jamais le cas.

S'il ne s'imaginait pas des choses, il avait bien ressenti hier soir pendant qu'Allen était dans ses bras, une puissance monstre qui avait essayé de pénétrer la barrière de protection de son club sans succès. Cette puissance écrasante n'avait pu qu'être le Comte en personne, la tristesse et le chagrin d'Allen l'ayant sans doute attiré jusqu'ici.

Normalement, il ne pourrait jamais entrer mais il valait mieux être prudent. Tyki décida ainsi de renforcer la puissance de son club, en allant chercher de nouveaux clients ce soir. Il ne voulait prendre aucun risque concernant la sécurité d'Allen.

Il se leva pour aller chercher le petit-déjeuner mais sa main fût attrapée.

« Où vas-tu ? » murmura Allen, la tête baissée.

« Chercher ton - »

« Restes… », le coupa-t-il.

« J'en ai pour deux minutes », dit le brun en lui caressant la tête.

« S'il te plaît chéri, restes. »

Tyki se figea sur place. Il ne pouvait décemment pas lui dire « Non », pas quand Allen prenait cette petit voix et l'appelait ainsi. Ce son mélodieux qui venait de sonner à ses oreilles était en train de le rendre fou.

Au plus le temps passait, au plus Allen devenait sa faiblesse. Il soupira. Qu'est-ce qui lui empêcher de lui sauter dessus déjà ? Ah oui, le jeune homme n'était pas dans son état normal et son corps avait encore du mal à se remettre de leur première nuit.

Il retînt la pulsion sauvage de le prendre dans ses bras et de l'embrasser, de côté.

Le marquis n'avait pas le choix que d'appeler son majordome dans la pièce d'à côté où était son bureau.

« Tu peux te lever, tu penses ? »

« Oui ça devrait aller…pourquoi ? »

« Tu vas venir avec moi », expliqua-t-il.

« Où ? »

« Juste à côté. »

Allen hocha la tête avec des yeux remplis de gratitude. Ce gamin allait faire perdre la raison au Noé, si ce n'était déjà pas le cas.