Chapitre 8
Izuku s'était inscrit dans l'armée le jour suivant. Sa précipitation et l'ordre stricte de l'armée ne lui avait permis d'atteindre qu'un sous rang, bien loin du légionnaire. Mais même si son statut dans l'armée n'était que peu élogieux, Izuku portait déjà l'habit traditionnel des gardiens romains. Katsuki et lui ne s'étaient pas reparlés depuis le soir de leur dernière victoire. Quant à Shoto, il ne se mêla pas de cette querelle, trop préoccupé par ses propres démons. En effet, le désir d'Izuku de devenir soldat l'avait fait longuement réfléchir. Et mêlé à la conversation qu'il avait eu avec sa sœur, Shoto était confronté à un dilemme qu'il devait résoudre. C'est pourquoi, il décida de parler à son ami. Pour éclairer au mieux le chemin qu'il devait prendre.
-Je m'en rends compte maintenant Izuku. Le titre de gladiateur ne te suffisait pas. Il fallait que tu portes l'habille pour qu'on te remarque. Shoto fut heureux lorsqu'il vit un sourire se dessiner sur le visage de son ami. Il avait la sensation que cela n'était pas arrivé depuis très longtemps.
-Tu m'as percé à jour. Mais je suis étonné que tu fasses références à mon nouvel uniforme. Même si tu ne m'as rien dit, je sais que tu penses comme Katsuki.
-Tu te trompes. En vérité, je suis assez indécis. Depuis que nous sommes arrivés, je ne suis plus sûr de rien. À part ma vengeance, bien évidemment.
-Et tu attends une réponse de ma part ? La curiosité d'Izuku était bien visible aux yeux hétérochromes du bicolore.
-Probablement. Je voudrais savoir. C'est par amour que tu as pris cette décision ?
-Amour ? Oh… Tu parles d'Ochaco. Shoto acquiesça de la tête, et Izuku détourna le regard. Il s'assit sur un banc et déclara : Oui peut-être. Peut-être que je le fais par amour. Mais ce qui est sûr, c'est que voir cette injustice me met en colère. Que ce soit elle, où quelqu'un d'autre, je… Je me refuse de vivre librement tout en sachant que pas tout le monde a la même chance que moi. Je ne sais pas combien de temps j'aurais tenu dans l'arène. Acclamé pour mes exploits, alors que des gens souffrent juste sous mes pieds. Tu sais, je rêve toujours de devenir aussi fort qu'All Might. Mais, je crois que si je n'avais rien fait, jamais je n'aurais pu prétendre être à sa hauteur. Jamais.
-Alors pour t'autoriser à vivre quoi que ce soit, tu veux d'abords que Rome change ?
-C'est assez bien résumé. Le sourire d'Izuku fit froncer les sourcils du bicolore.
-Mais, et si tu n'y parviens pas ? Et si tu échoues ?
-C'est simple, je n'échouerai pas. Je suis aussi têtu que mes amis le sont.
Izuku échangea un sourire avec Shoto, et les deux continuèrent de discuter, ignorant que Katsuki les avait écoutés depuis le début.
*…*
-Je vous conseille de ne pas vous inscrire pour la prochaine session.
Les cinq vivant dans le domicile d'Aizawa, étaient assis dans le triclinium et prenaient leur petit déjeuner. Le maître de maison, encore à moitié endormi, avait dit sa phrase en baillant.
-Nous avons gagné les deux dernières sessions, pourquoi s'arrêter en si bon chemin ? Katsuki s'était arrêté de manger en fronçant les sourcils.
Yagi prit le relais :
-Aizawa a raison. Vous êtes devenus les nouveaux favoris de l'arène, c'est pourquoi les vainqueurs des anciennes sessions vont se ruer au Colisée. Et même si je vous sais capable de gagner, je voudrais éviter de vous voir gravement blessé. Cela mit de côté, vous devez aussi galvaniser les foules. Si vous espérez vous faire remarquer, il faut mesurer vos apparitions. Et manquer une ou deux sessions ne peut pas vous faire de mal. D'ici là, entraînez-vous. Plus vous ferez de combats, plus vous tomberez sur de puissants adversaires.
Les trois garçons acquiescèrent, mais alors qu'ils allaient se remettre à manger, ils entendirent toquer à la porte. Avec un soupire digne de sa fatigue, Aizawa se leva ouvrir.
Lorsqu'il revint, l'ancien gladiateur tenait une lettre gravée d'un sceau que les garçons n'avaient jamais vu. Il resta un long moment en silence, lisant la missive avec soin. Enfin, il porta son attention vers les quatre et déclara :
-Nous sommes invités pour une réception privée demain soir.
-Invités ? Mais par qui ? Demanda Yagi.
-L'ambassadeur Yaoyorozu. Il nous invite dans sa demeure.
-C'est étrange, s'étonna Izuku.
Mais Aizawa rétorqua :
-Pas autant que cela. Je dirais même que cette invitation a tardé. Sauf si…
-Sauf si quoi ? Interrompit Katsuki.
-Sauf si l'Empereur a interdit à qui que ce soit de vous inviter. À Rome, il y a aisément trois réceptions par semaine. Ce sont des Nobles qui les organisent. C'est un très bon moyen de se faire des relations et de commercer. Or, alors que tout Rome est au courant qu'All Might est de retour, aucun d'entre eux ne s'est bousculé pour l'avoir dans sa réception. Je pense que l'Empereur a menacé quiconque envisageant de l'inviter.
Les regards se tournèrent vers le plus célèbre gladiateur, qui avait baissé la tête. Ce comportement, que les garçons ne comprenaient pas, était de plus en plus fréquent chez leur mentor. Mais par respect pour lui, ils se turent une nouvelle fois.
-Et pourtant vous tenez bien entre vos mains une invitation officielle, repris Shoto en fronçant les sourcils.
-Il est vrai. Les grecs m'amusent beaucoup, car voyez-vous, dans leurs invitations, ils prennent toujours la peine d'y mettre la liste complète des invités. J'ai regardé deux fois, Enji Todoroki n'y figure pas. L'ambassadeur Yaoyorozu est un homme intelligent, et l'un des seuls pour lesquels l'Empereur n'a pas une pleine autorité. C'est pourquoi, nous sommes invités demain soir.
-L'Empereur n'a pas été invité ? L'étonnement se lisait sur le visage d'Izuku.
-Oh si, bien sûr. L'Empereur est toujours le premier invité. C'est une tradition, même pour ceux qui ne veulent pas de lui chez eux. L'ambassadeur a dû l'inviter, et en déclinant il lui a permis de m'inviter, répondit Yagi.
Shoto se leva et s'approcha de son hôte :
-Puis-je voir la liste ?
Aizawa la lui tendit. Puis Katsuki demanda :
-Que faisons-nous ?
Aizawa et Yagi se regardèrent, se posant simultanément la même question silencieusement. Puis ils hochèrent la tête et Aizawa répondit :
-Je ne vois pas d'inconvénient à y aller. Vous aurez la possibilité de voir de nouvelles têtes, et qui sait, de vous faire remarquer par les bonnes personnes. Et puis, je raffole de la cuisine grecque.
Yagi sourit à cette remarque, la confirmant sans hésitation. Mais toujours perplexe, Katsuki demanda, en s'adressant à Shoto cette fois-ci :
-Et toi ? Que veux-tu faire ?
Les yeux rivés sur le papier, le bicolore finit par relever la tête :
-Ni mon père, ni mon frère n'y seront, je ne vois donc aucune raison de ne pas y aller. Je suis aussi curieux de rencontrer cet ambassadeur.
Katsuki soupira et termina :
-De toutes manières, nous n'avons pas grand-chose à faire. À part s'entraîner, et boire chez Les frères, je n'ai rien de prévu.
Ils sourirent tous, et terminèrent leur petit-déjeuner.
*…*
Ils avaient passé l'après-midi avec Denki et Eijiro, dans leur commerce. Les frères avaient eux aussi été invités par l'ambassadeur Yaoyorozu. Les deux profitèrent de cette occasion pour leur parler de l'ambiance de ces soirées, et de comment étaient leurs hôtes.
-Pour être parfaitement honnêtes, les réceptions des Yaoyorozu sont meilleures que les nôtres.
-Eijiro a parfaitement raison, l'organisation de ces soirées est vraiment incroyable. L'ambassadeur convoque les meilleurs musiciens d'Italie, pour l'occasion. Il fait aussi venir les meilleurs cuisiniers de Grèce, et le meilleur vin de Gaule. Pour ce qui est des relations qu'il entretient et qu'il apprécie avoir lors de ses réceptions, je vous rassure, la famille Yaoyorozu ne s'entoure que de gens simples et agréables.
Le roux poursuivit à la suite de Denki :
-Nous rions beaucoup, mais surtout, il n'y a pas d'esclaves. C'est aussi pour cette raison que l'Empereur refuse la plupart des invitations de l'ambassadeur.
-Que veux-tu dire ? Demanda Shoto.
-S'il y a une chose sur laquelle ces deux hommes ne s'entendent pas, c'est bien l'esclavagisme. L'ambassadeur n'aime pas priver quelqu'un de sa liberté, mais pour ne pas contrarier l'alliance, il n'intervient pas dans cette affaire. On dit aussi que ce désaccord est la raison pour laquelle l'Héritier Todoroki et la fille de l'ambassadeur ne sont pas encore mariés. Mais personne n'a les détails de l'affaire.
-Quoi qu'il en soit, ce désaccord arrange tout le monde. L'Héritier ne prendra jamais le pouvoir tant qu'il ne sera pas marié. Et la pauvre Dame Yaoyorozu, a un temps de répit avant de devoir se lier à cet homme.
Katsuki, Izuku et Shoto ne posèrent pas plus de questions sur ce sujet. Les commerçants semblaient très irrités, ce qui était en parfait contraste avec leur joie de vivre constante.
Voulant apaiser l'ambiance, Izuku déclara à la suite de Denki :
-Eh bien, quelle bénédiction que ni l'Empereur, ni l'Héritier soient présents ce soir. Je n'imagine pas l'atmosphère sinon.
Eijiro et Denki levèrent leur coupe en guise de célébration et les trois gladiateurs les suivirent.
*…*
Denki et Eijiro étaient allés jusqu'à la demeure d'Aizawa pour se rendre à la réception. Ponctuel, les cinq sortirent habillés avec élégance. Excepté pour Izuku, qui portait son uniforme, ils étaient tous recouvert d'une toge d'un blanc immaculé. Le groupe de sept marchaient donc vers la résidence de l'ambassadeur Yaoyorozu. Les deux commerçants remarquèrent bien que leurs nouveaux amis appréhendaient légèrement la soirée, c'est pourquoi ils passèrent le chemin à les rassurer. Leur assurant qu'ils resteraient entre eux et qu'ils s'adapteront vite aux autres invités. Denki insista d'ailleurs beaucoup sur sa volonté de leur présenter convenablement Mademoiselle Jiro, pour qui il ne tarissait pas d'éloges.
Ils marchèrent une dizaine de minutes, s'enfonçant dans une partie de Rome uniquement réservée aux privilégiés. La réception se tenait dans les hauteurs de la ville qui avaient un accès restreint. Mais à peine entrée dans la propriété, ils se rendirent compte que Rome leur réservait encore des surprises. L'endroit était simplement sublime. Les bâtiments étaient épurés, embellis par un jeu de lumière et de verdure en symbiose. Des sculptures parsemaient les jardins, accueillant royalement qui frôlait le pas en sable fin de l'allée. Des fontaines élevaient gracieusement une eau cristalline plus pures encore que l'eau bordant les côtes croates. Touchés par un paysage à la fois doux et étincelant, les trois gladiateurs oublièrent presque que ce spectacle avait lieu à Rome. Les sept traversèrent l'allée jusqu'aux marches de l'édifice, qui avait tout d'un palais. Les doubles portes étaient ouvertes, laissant déjà apercevoir ce qu'ils soupçonnaient tous. Dès l'entrée, on pouvait constater un raffinement dans l'architecture. Là où devait se trouver le vestibule, suivi de l'atrium, se trouvait un large cercle recouvert d'un sable rouge. Ce centre n'était pas couvert, et devait servir normalement d'impluvium. Mais pour l'occasion, l'ambassadeur fit installer les musiciens. Des colonnes se dressaient autour, permettant de se déplacer sans interrompre un instant la grandiose symphonie que les musiciens grecs interprétaient. Ils traversèrent le chemin de colonnes et constatèrent que la maison était encore plus grande qu'elle ne semblait déjà. Chaque côté menait à une nouvelle pièce, plus grande encore que la précédente. Leur droite présentait un escalier menant aux étages supérieurs. Et leur gauche, une ébauche de jardin aussi sublime que l'allée. Mais leur attention fut attirée par la pièce en face d'eux, d'où sortait quelqu'un les ayant interpellés.
-Oi filoi ! Mes amis ! Bienvenue chez moi ! Je suis absolument ravi de recevoir de si grandes célébrités ! Je vous en prie suivez-moi ! L'accueil affable de l'ambassadeur eut pour effet de faire sourire timidement les cinq jeunes hommes. L'hôte dégageait un fort charisme. Il était très bel homme et laissait transparaître une confiance certaine.
Il les amena dans la pièce en face d'eux, qui semblait être l'atrium. Il était alors évident que la maison devait contenir, en plus de l'étage, un nombre démesuré de salles. L'atrium avait été aménagé pour les invités. Ainsi des tables imposantes étaient entreposées ici et là, remplies d'un fleurissement de mets exquis. Les gens faisaient des allers et venues, discutant avec passion. Chaque coupe était remplie, à l'instar des assiettes.
-Eh bien, vous voilà enfin.
Leur contemplation fut interrompue par Kyoka Jiro, qui respirait l'élégance. L'hôte lui demanda :
-Jiro, si je ne m'abuse, ce sont vos amis ?
-Oui monsieur. Ou plutôt certains plus que d'autres. Elle souriait tout en regardant Denki.
-Voilà qui est merveilleux. Pourquoi ne vous occuperiez-vous pas de vos connaissances, pendant que je fais la visite à All Might et Eraser Head ?
Les sept compagnons se regardèrent entre eux et acceptèrent de se séparer. Et ainsi, l'ambassadeur escorta les deux adultes dans la pièce adjacente. Pendant ce temps, Kyoka prit la parole :
-C'est un véritable plaisir de vous avoir ici. Maître Yaoyorozu a enfin consenti à vous inviter tous. J'espère que vous vous plairez ce soir.
-Mademoiselle, n'importe quelle soirée sera délicieuse tant que je peux rester à vos côtés.
Denki la regardait avec des yeux émerveillés, et remarqua un peu tard le regard accusateur de ses amis.
-Mademoiselle Jiro, je m'excuse au nom de mon simple d'esprit d'ami. J'étais pourtant certain qu'il saurait se tenir ce soir. Eijiro s'inclina ce qui les fit rire.
-Ne vous excusez pas pour lui. Au contraire, plaignez-le, il risque de devoir supporter pas mal de moqueries de ma part ce soir.
-Eh bien Mademoiselle, il est tout à vous.
Kyoka sourit au roux, puis attrapa le bras que Denki lui tendait, et les deux s'éloignèrent sans un regard en arrière.
Les quatre jeunes hommes restant, les regardèrent jusqu'à que Katsuki rétorque :
-Je pensais qu'elle ne l'appréciait pas.
-Vous allez rapidement comprendre mes amis, que les combats les plus ardus après ceux dans l'arène sont ceux entre un homme et une femme qui se plaisent mutuellement. Les non-dits cours les rues ici. Mais, la romance embaume, exalte et nourrit. Parfois être romantique peut redonner le sourire et remonter le moral. Denki s'efforce à la séduire, et parce qu'elle y est réceptive, Mademoiselle Jiro entre dans la danse. La romance n'est que la chorégraphie, chacun n'attend plus que le bon partenaire. Katsuki fit une grimace et le roux continua en riant : Ne réagit pas ainsi. Rome aime courtiser, et être courtisée. C'est pareil dans l'arène. On s'accroche à la renommée, espérant de toutes nos forces qu'elle nous remarque et nous choisisse. C'est un jeu. Une danse. Un combat.
Le silence s'installa, alors que les paroles d'Eijiro faisaient écho en eux. Mais ne voulant pas perdre plus de temps, le gladiateur blond soupira :
-Et si on allait s'abreuver. Le vin vient de Gaule, cela serait cruel de ne pas lui faire honneur.
Ainsi, ils se retrouvèrent à trinquer, savourant sans honte ce vin unique. Le temps passa, et s'étant tous habitués à l'environnement de la soirée, ils s'étaient tous séparés. Yagi et Aizawa conversaient avec l'ambassadeur ainsi qu'avec d'autres Nobles grecs. Eijiro et Katsuki, une coupe chacun à la main, observaient, en discutant, les musiciens. Et Izuku, Denki et Kyoka, s'étaient retrouvés en compagnie d'un nouveau soldat que le gladiateur avait déjà rencontré. Shoto les avait quittés subitement, alors que son esprit prenait le dessus sur le monde autour de lui. Il avait décidé de contempler de plus près les jardins accessibles de l'intérieur. Profitant de l'air pur, il trouva un banc et s'y assit, au calme. Perdu dans un méandre de pensées, il revint à la réalité en entendant un bruit près des buissons.
