Chapitre 9
Elle marchait d'un pas lent, mesurant le rythme qu'elle s'imposait. La jeune femme ne l'avait pas remarqué et son regard était fixé droit devant elle. Et c'est en sentant des yeux posés sur elle, qu'elle se tourna vers lui. Les deux s'observèrent sans ciller, se demandant que faire ou quoi dire. Shoto fut soulagé, lorsque la fille de l'ambassadeur Yaoyorozu prit la parole :
-La réception ne vous plait pas ?
Shoto remarqua que sa propre question l'avait amusée. Elle ne souriait pas, mais son expression en disait long sur ses pensées.
-Bien au contraire, mais j'ai eu l'envie soudaine de parcourir vos jardins, répondit-il simplement.
-Et je comprends tout à fait cette envie. Je ne m'en lasse guère. Un petit silence s'installa avant qu'elle ne continue : Jiro m'a dit qu'elle vous tenait en haute estime, car vous aviez beaucoup de respect pour la Grèce. Je suis tout de même étonnée, peu de personne lui font bonne impression.
-Il n'y aucune raison d'être étonné, j'ai agi avec elle comme j'agirais avec n'importe qui. Shoto eut un ton plus sec qu'il ne l'aurait espéré.
La jeune femme le remarqua et eut une réaction qui l'étonna : elle leva un sourcil en souriant.
-Je vois. Vous êtes donc de ces personnes qui méprisent les Nobles. Cela m'attriste.
-Vous m'en voyez désolé, Dame Yaoyorozu. Mais j'ai senti que je devais être honnête avec vous.
Elle eut une expression interloquée :
-Vous êtes différent de ce que l'on voit ici. Comment cela se fait-il qu'une personne si honnête que vous, se trouve dans un cadre si hypocrite ?
-J'ai mes raisons, qui ne concernent pas une Dame comme vous. Ou du moins, je pense que vous ne comprendriez pas. Shoto prenait l'audacieuse liberté d'être familier avec elle. Il avait comme la sensation que cet échange, au premier abord agressif, n'était en réalité qu'une conversation entre deux personnes affectionnant l'honnêteté.
-Oh, j'avais donc vu juste à votre sujet. Alors que vous y êtes enfoui, vous repoussez de toutes vos forces ce monde.
-Euphémisme, j'exècre ce monde. Et les gens qui le contiennent encore plus.
Momo Yaoyorozu comprit très bien qu'elle faisait partie de ces « gens » dont le gladiateur parlait. Mais, comme plutôt, elle ne s'en offusqua pas. Au contraire, son amusement grandissait.
-Donc selon vous, tous les Nobles sont les mêmes ? Dommage, moi qui étais persuadée que le châle que je vous avais offert était un beau présent. Elle s'arrêta pour réfléchir, puis poursuivit : Faites quelque chose pour moi je vous prie. Imaginez-vous à ma place, mais, tout en gardant votre personnalité, vos goûts et vos motivations. Dans ces conditions, vous considérez-vous comme l'un de ces gens ?
-Je ne peux faire ce que vous me demandez, j'ignore quelle place vous tenez.
-Bien, il suffit que je vous fasse un portrait simple de ma condition. Par où commencer ? Fille d'une prestigieuse famille, je suis née en Grèce. Déjà promise à quelqu'un alors que je faisais mes premiers pas, j'ai été amenée à Rome, pour y grandir. J'ai reçu les meilleures éducations, données par les meilleurs érudits que le monde connaissait et qui ont fait de moi l'une de leur semblable. Mais étant une femme, fiancée et sans titre, je ne sers que d'enveloppe, que d'image à ce monde. Avançant de nulle part, vers nulle part, j'attends bien sagement que les hommes qui m'entourent décident quand me marier.
Shoto baissa le regard, honteux. Il ne s'attendait pas à ces révélations si intimes qu'elle partageait pourtant avec tant d'aisance. Il déclara alors :
-Je comprends, et de ce fait je suis navré.
La jeune femme fut tellement étonnée qu'elle en perdit son sourire.
-Eh bien, il est inhabituel de voir quelqu'un reconnaître ses torts aussi facilement. Ou tout bien réfléchi, simplement les reconnaître.
-Je vous ai mal jugé, je m'excuse donc. Mais rien est gagné, je n'ai encore rien vu de vous. Il n'est pas exclu que mon aversion se propage jusqu'à vous.
-Honnête et impartial, même avec ses hôtes. Ce qui est sûr, c'est que je vous apprécie.
Désarçonné, il interrogea :
-Et pourquoi donc ?
Elle retrouva son sourire :
-Parce qu'ils vont vous détester. Shoto semblait perdu, alors elle l'éclaira : Je me suis renseignée sur vous.
-Pour quelle raison ?
-Vous m'intriguez.
-Je devrais me sentir flatté ?
-Au contraire. Je vous souhaite que l'Héritier Todoroki ne l'apprenne jamais. Elle grimaça pour la première fois en mentionnant Toya. Mais, le bicolore ne releva pas.
-Je vois, donc je suis une distraction qui ajoute une flamme dans votre romance. Je suis bel et bien flatté.
-Ne vous méprenez pas, ce n'est pas un simple joli minois qui me détournera de mes engagements. Et certainement pas vous, qui arborez un regard si sinistre.
Sa mâchoire se contracta :
-Sinistre ? Que voulez-vous dire ?
Elle sourit :
-Je l'ai vu. Lors de votre première fois dans l'arène. J'ai vu votre regard. Un regard de haine. Réclamant vengeance. Ai-je tort ?
-Je ne comprends pas, qu'est-ce qui vous fait croire que je vous répondrai ?
-Absolument rien. Après tout, je ne suis qu'une Noble, nous n'avons de ce fait aucun lien. Mais cela serait dommage de couper cette conversation. J'aime tellement ce jardin, le quitter me brisera le cœur.
À l'étonnement du garçon, elle était très sérieuse. Sa curiosité concernant ses motivations était surtout dû à son envie de rester en ce lieu. Il réfléchit à toute vitesse, optant, comme toujours, pour la vérité.
-J'ai bien l'impression qu'il existe peu de choses qui vous soient inconnus.
-J'ai donc vu juste. Mais dites-moi alors, contre qui est dirigée cette vendetta ?
-L'Empereur.
La jeune femme cessa de respirer. Attendant que le bicolore se mette à rire. Mais il n'en fit rien. C'est pourquoi, il lui fallut toute la maîtrise de ses émotions pour dire :
-Rien que cela. Vous êtes un homme bien ambitieux.
-Ambitieux peut-être. Motivé, indubitablement.
Maintenant remise de l'assurance de Shoto, elle sourit :
-C'est risible.
Le garçon fronça les sourcils :
-Ne vous moquez pas de moi.
-Pourtant il y a de quoi.
-Vous ne connaissez rien de moi. Le ton de Shoto montait, alors qu'elle restait parfaitement calme.
-Et je crois en connaître assez. Un homme, uniquement motivé par une quête de vengeance, n'est rien d'autre que risible à mes yeux.
Shoto se leva brusquement du banc, furieux il lui tourna le dos, s'éloignant d'un pas rapide. Mais il changea d'avis. Il revint, et se posta devant elle. Il la surplombait de toute sa hauteur, pourtant c'est elle qui le regardait de haut. Il dit les dents serrées :
-Vous ne me connaissez pas ! Vous ne connaissez rien de mes raisons. Et surtout, comment une femme telle que vous peut comprendre ces choses-là !?
Elle ne bougea pas, et tout en restant encore et toujours très calme, elle lui répondit :
-Vous avez parfaitement raison. Je n'ai aucune idée du pourquoi de votre motivation. Je ne vous connais pas, et j'ai encore moins vécu assez de choses pour jouer un rôle de moralisatrice. Pourtant, je sais faire la différence entre un homme valeureux et un homme lâche. Et selon moi, un homme prisant la vengeance n'est que lâcheté. Se cachant derrière un sentiment de haine qui justifie toutes les décisions de sa vie. Haïr c'est faire preuve d'égoïsme, car la vie de celui qui choisit la vengeance n'est dirigée que vers elle. Négligeant ainsi les gens autours. Semant destruction et désespoir. La vengeance n'est qu'un piètre argument pour justifier sa lâcheté. Or, lorsque je vous regarde, je vois de tout, sauf de la lâcheté. Arrêtez de courir après une vengeance qui ne vous sied pas. Vous avez en vous la noblesse de courir après tellement plus.
Sa colère avait complètement disparu alors qu'il la regardait droit dans les yeux. Elle avait été sincère. Ne mesurant même pas ses paroles. Elle était Dame, et lui gladiateur. Pourtant, elle lui avait parlé comme à un égal. Et étrangement, cette personne qu'il jugeait comme vaniteuse et égocentrique, avait eu la délicatesse de regarder vraiment en lui. Elle ne s'était pas simplement moquée de lui. Momo Yaoyoruzu s'était moquée du monde dans lequel ils vivaient tous. Et elle lui avait reproché de suivre un chemin que ce monde lui avait dicté. Et alors, Shoto comprit que depuis le début, il était le seul égoïste.
-Comment pouvez-vous le savoir ? Comment pouvez-vous croire que je peux faire mieux ?
-Une intuition.
Il se détourna d'elle, la mâchoire serrée. Elle l'observait en silence, lui laissant le temps nécessaire de se remettre de sa colère. Puis comme si rien n'avait jamais eu lieu, elle demanda : J'ai aperçu votre compagnon . Il porte l'uniforme de soldat. Je suis étonnée que vous n'ayez pas suivi le même chemin.
-Mon ami a su mieux se décider que moi. Je n'arrive pas à me dire qu'un jour je travaillerai pour l'Empereur.
-Et qui dit que vous devez travailler pour lui ?
Il ouvrit la bouche pour répondre mais la referma aussitôt. Sa question n'avait aucun sens pour lui, c'est pourquoi il dit :
-Être soldat signifie entrer dans l'armée. Et l'armée est commandée par l'Empereur. Sauf erreur de ma part.
À son grand étonnement, la jeune femme se mit à rire. Shoto fronça les sourcils, lui demandant silencieusement ce qui était drôle.
-J'imagine que vous vous êtes dit qu'une femme de la monarchie ne comprenait rien aux hiérarchies de l'armée. Je vous arrête tout de suite, il est fort probable que j'en connaisse plus que vous sur le sujet. Et c'est pourquoi je vous dis que vous n'êtes pas obligé d'être sous les ordres de l'Empereur. Certes, il vous faut suivre la formation de légionnaire (simple soldat romain), mais en montant convenablement les échelons, vous pouvez vous retrouver centurion (gradé romain commandant environ 100 légionnaires) avec un Consul (commandant d'une armée) autre que l'Empereur.
-Vous voulez dire que nous avons le choix ?
-Je ne le dirais pas de cette manière. Disons qu'il se pourrait qu'on vous convoite pour faire partie d'une armée privée. Vous servirez alors quelqu'un d'indépendant au pouvoir romain. Mais pour ce faire, vous devez vous démarquer des milliers de soldats qui existent.
-Je vous l'ai dit, je suis motivé. Et j'ai confiance en mes capacités.
-Mais est-ce le cas de vos amis ?
Il se mordit la joue, s'évitant de répliquer froidement :
-Si nous n'avions pas été de différents statuts, je vous aurais dit que je vous trouve impudente.
Elle rit franchement et continua à sa suite :
-Oui, il ne fait aucun doute que nos statuts sociaux vous entravent de nombreuses barrières. Je peux comprendre votre frustration de m'avoir si gentiment délivré vos motivations. À une Noble de surcroît. Mais ce qui est fait est fait. Je pense que vous ne regretterez pas de finir cette conversation. Alors veuillez supporter encore un peu l'impudence d'une Dame. Il ne dit rien, alors elle poursuivit : Vous combattez avec vos amis dans l'arène, ce qui me laisse suggérer que vous êtes liés par de solides liens. Or, l'un d'entre vous se trouve aujourd'hui légionnaire. Pourquoi donc se serait-il décidé à prendre une voie différente de la vôtre ? Cette question fit réellement réfléchir Shoto, qui ne la regardait même plus : Se pourrait-il que votre ami ait trouvé sa propre motivation ? Différente de la vôtre et de celle de ? J'ai une dernière question pour vous, . Que pensent vos amis de votre désir de vengeance ?
-Allez au fond de votre pensée.
-Ce n'est pourtant pas compliqué. Vous semblez être persuadé que vos compagnons cautionnent la raison de votre venue à Rome. Mais leur avez-vous réellement posé la question ? Vous connaissez mon avis sur le chemin de vengeance que vous avez décidé de suivre. Posez-leur la question, je suis sûr que votre certitude s'en retrouvera hébétée.
Shoto réalisa enfin ce qui lui manquait depuis plusieurs jours. Elle venait d'énoncer toutes les pièces du puzzle qui lui manquait. Mais il y avait plus. En observant avec plus de détails le visage de Momo Yaoyorozu, le bicolore remarqua la confiance qu'elle dégageait. Elle était comme maître d'un jeu connu uniquement d'elle. Et alors l'évidence s'imposa d'elle-même. Dame Yaoyorozu dirigeait depuis le début leur conversation, dans le seul et unique but qu'il en arrive à cette conclusion. Le bicolore en était tellement bouleversé que plus aucune de ses émotions n'était camouflée. Momo Yaoyorozu lui sourit une dernière fois avant de reprendre le chemin de la maison. Il ne lui dit rien, et resta encore un long moment dans le jardin désert. Et c'est avec un soupir, que les réflexions qui l'avaient torturées, s'envolèrent. Rebroussant chemin, il rejoignit ses amis dans la demeure de l'ambassadeur.
*…*
Shoto avait rapidement aperçu l'uniforme de l'armée, que seuls Izuku et son ami, rencontré à l'armée, portaient. À son étonnement, ils s'étaient tous réunis et semblaient aborder le même sujet. Le bicolore se faufila entre eux sans attirer leur attention. Mais c'était sans compter sur Katsuki qui formula haut et fort sa présence.
-Par tous les dieux S, où étais-tu passé ?
Toutes les têtes se tournèrent vers lui, alors qu'il répondait :
-Dans les jardins.
-Les jardins ? Vous avez dû rencontrer ma maîtresse. Lorsque je l'ai vu, elle m'a dit qu'elle s'y rendait.
Shoto observa Kyoka tout en se remémorant sa confrontation avec la Dame. Il inspira longuement et dit :
-Oui. J'ai même eu l'immense honneur de pouvoir converser avec elle.
-Vraiment ? Et comment l'as-tu trouvé ?
La question de Denki était très innocente. Pourtant, le bicolore et la suivante savaient que sa réponse allait en dire long :
-Disons simplement que c'est une Dame, perspicace.
-Oh, je vois. Alors tu t'en es rendu compte. C'est étonnant, elle est si difficile à déchiffrer en général.
Kyoka continua à la suite d'Eijiro :
-Dame Momo ne fait jamais rien par hasard, s'il a pu le comprendre, c'est qu'elle l'a voulu.
-Oh, alors le grand s'est fait avoir par une « Dame ». J'ai bien peur que ton talent ne se résume qu'à l'arène mon ami.
Shoto répliqua instantanément à Katsuki :
-Je ne te souhaite pas de te retrouver en confrontation avec elle. En vérité, je ne le souhaite à personne.
Ils rirent tous de bon cœur, puis reprirent leur conversation. Shoto, qui s'était emparé d'une coupe de vin, resta tout du long silencieux. Il réalisait peu à peu que sa décision était enfin prise. Mais il lui restait une dernière chose à faire, et attendit le moment adéquat pour l'accomplir.
*…*
Le bicolore eut l'opportunité parfaite lorsque Katsuki l'informa qu'il était fatigué, et qu'ainsi il souhaitait rentrer. Les autres passaient une excellente soirée, c'est pourquoi Shoto prit le chemin de la maison en compagnie de son ami d'enfance. Les deux descendirent les marches de la demeure de l'ambassadeur, puis traversèrent l'allée en sens inverse. À leurs yeux, le paysage était tout aussi magnifique qu'à leur arrivée. Ce n'est que totalement sorti de la propriété que Shoto se demanda par quoi commencer. Mais le blond ne lui laissa pas le temps et déclara :
-Je ne sais pas ce que la Noble a pu te dire. Mais je te préviens Shoto, ne me fais pas le même numéro qu'Izuku. Je ne veux pas entendre de choses complètement insensées.
Shoto le regarda un moment, puis dit :
-Bien.
Pris de court, Katsuki leva les sourcils :
-Quoi, c'est tout ?
-Rentrons, tu veux ?
Le bicolore continua son chemin, suivit par le blond perplexe. Les deux marchèrent un moment, jusqu'à ce que Katsuki remarqua que le chemin emprunté par son ami n'était pas le bon. Il le suivit tout de même, comprenant que Shoto le menait consciemment quelque part. Mais même en le sachant, il ne put réfréner son étonnement quant à l'endroit que le bicolore traversa. Celui-ci marchait avec nonchalance dans l'avenue des maisons de passe.
Mais alors que le blond allait protester, les deux surprirent quelqu'un sortir de l'une des maisons. Il semblait ivre, et il tenait par les cheveux une femme, qu'il projeta sans ménagement au sol.
-Lorsque je te dis de faire quelque chose, tu le fais ! Tu es une esclave, fais ce qu'on attend de toi !
Et dans l'intention de se jeter sur la pauvre femme, Katsuki le stoppa subitement en lui attrapant le cou.
-Tout doux l'ami ! Comportez-vous avec civilité, nous sommes dans un lieu public tout de même. Le ton ferme de Katsuki ne laissait aucune place à la réplique.
Strangulé, l'homme réussit à articuler :
-Dé… Désolé.
-Hors de ma vue.
L'homme ne se fit pas prier. Le suivant du regard, le blond finit par baisser la tête et observa Shoto aider la fille. Fille ? Katsuki se rendit compte alors que la femme qu'il avait à peine entrevue, devait avoir tout juste quinze-ans. Celle-ci était simplement recouvert d'un bas en vieil état, à moitié déchiré. Elle ne pleurait pas. Au contraire, son regard n'exprimait qu'un vide sidéral. Shoto l'aida à se lever, et elle disparut à l'intérieur de la maison de passe. Le silence se prolongea entre les deux. Et c'est lorsque Katsuki consentit à regarder son ami, que celui-ci demanda :
-Que penses-tu de mon désir de vengeance ?
Le blond sourit de mauvaise foi en détournant le regard :
-Izuku et toi, vous me mettez en colère. Entre lui qui prend des décisions égoïstes, et toi qui me manipule, je suis servi. Non mais, qu'est-ce qui ne tourne pas rond chez vous ?
-C'est à nous de poser la question. Qu'est-ce qui ne tourne pas rond chez toi ? À quoi t'es-tu accroché si ardemment pour réagir ainsi ?
-Je ne vois pas de quoi tu parles. L'agressivité de Katsuki ne fit pas reculer Shoto pour autant.
-Un égoïste, un manipulateur et un menteur. Quelle fine équipe nous faisons.
-Épargne-moi ce sarcasme.
-Réponds à ma question alors.
-Nous étions venus ici pour un seul et unique but ! Devenir gladiateur, c'est ce que nous partagions tous les trois. Je m'étais même dit que lorsque tu goûterais à la renommée de l'arène tu oublierais ta vengeance. Mais rien n'est si simple. Tu veux savoir ce que j'en pense ? Je pense que tu es inconscient. En suivant ce chemin tu ne pourras jamais atteindre l'Empereur. Et même si ça me coûte de le dire, être uniquement gladiateur ne t'aidera pas à avancer. Mais plus encore, simplement le tuer n'arrangera rien. Te connaissant, je sais que, comme Izuku, tu veux que ce monde change. Mais pour ce faire, il faut en avoir le pouvoir. Et même si être gladiateur récompense en renommée, il ne permet pas d'accéder au pouvoir dont tu as besoin. Tu es content maintenant !
Shoto ne se démonta pas :
-Aide-nous Katsuki. Aide-nous à changer ce monde.
Le blond grimaça. Il savait ce qu'allait dire son ami. Pourtant, sa demande était tout aussi difficile à entendre.
-Je n'ai pas la même ambition que vous. Me le demander n'y changera rien.
-Tu auras beau le nier de toutes tes forces, Izuku et moi on te connait. On sait que tu es impulsif, et que, comme nous, tu hais ce qui nous entoure. Mais pourquoi donc le refouler ?
-Vous vous rendez compte que vous me demandez de l'aide à moi ? C'est-à-dire, mettre sous ma responsabilité des milliers de vies, alors que ma seule ambition est de devenir gladiateur.
-C'est peut-être ton unique ambition, mais tu as ta propre vision du gladiateur. Alors rien n'entravera la réussite de ton rêve. Tout ce que je te demande c'est d'être honnête.
Katsuki fixa Shoto un moment, avant de soupirer de lassitude. Il dit, résigné :
-Je m'étais dit que si j'ignorais volontairement les injustices qui se passaient autour de nous, vous reviendriez à notre rêve commun. Tu le sais Shoto, j'ai toujours rêvé de devenir gladiateur. Je voulais être acclamé, reconnu pour ma force. Mais depuis notre arrivée ici, je ne peux m'empêcher de me poser la question, qu'est-ce qu'être fort ? En me l'avouant à moi-même, savoir qu'il existe des personnes privées de leur liberté, et ne rien faire pour y remédier, c'est un signe pur et simple de lâcheté. Ton père est la cause de cette lâcheté, Shoto. Et j'ai une sale envie de lui refaire le portrait. Alors écoute moi bien, car je ne le répéterai qu'une seule fois. Nous allons devenir légionnaire, et en brillant dans l'arène on nous nommera centurions. Et lorsque cela sera fait, nous changerons les choses. Les bêtises de Rome annihilées, je pourrai me faire acclamer autant que je le voudrai, sans aucun regret.
Shoto acquiesça et termina :
-Bien. Nous avons choisi l'orgueil mon ami. Dorénavant, Izuku, toi et moi serons les seuls capables de nettoyer Rome dans son intégralité. Nous nous devons d'être fort. Mais à nous trois, même l'Empereur ne pourra pas nous freiner.
Les deux se serrèrent la main, scellant un serment à la fois de confiance et de détermination.
