Chapitre 10

Le lendemain, les trois amis venus d'un petit village près de Naples, discutèrent un très long moment. Izuku prit connaissance des nouvelles motivations des deux autres. Et c'est en se rendant compte que leurs objectifs étaient tous indirectement liés, qu'ils se sourirent. De leur côté, Shoto et Katsuki ne s'étaient pas attendu à ce que la relation entre leur ami et celle qu'il aimait soit si sérieuse. Et une forme de regret s'implantait en eux en se rendant compte qu'ils n'avaient pas été là pour lui durant ces dernières semaines. Cette réconciliation entre eux et en eux-mêmes leur permit de voir une dimension plus agréable de l'environnement dans lequel ils vivaient. Yagi et Aizawa furent agréablement surpris par ce revirement, et furent très satisfaits de constater que leurs poulains faisaient les choses correctement. Jouant de leurs relations, les trois garçons entrèrent étonnamment rapidement dans l'armée en tant que légionnaire. Après leur nomination, Izuku, Katsuki et Shoto s'étaient sérieusement interrogés sur cette promotion si soudaine et si facile d'accès. Une partie d'eux savait que cela était particulièrement dû à celui qu'on surnommait All Might. Par habitude, ils ne lui avaient pas posé la question. Mais même s'ils avaient une reconnaissance éternelle envers leur mentor, plus le temps passait, plus leur curiosité s'accroissait sur le passé si mystérieux du plus grand gladiateur jamais vu. Ce fut avec les récompenses amassées par leurs précédentes victoires que les trois gladiateurs, nouvellement légionnaires, achetèrent tout l'attirail nécessaire à leur nouveau grade. Bien décidé à se consacrer à leur nouvel objectif, Izuku, Katsuki et Shoto quittèrent la demeure d'Aizawa et s'installèrent dans les bâtiments de l'armée. Là-bas, ils retrouvèrent l'ami d'Izuku, Tenya Iida. Celui-ci venait en vérité d'une famille noble de Milan. Ses membres étaient tous passés par l'armée et avaient à leur actif une carrière militaire envieuse. Et malgré la discipline stricte que s'imposait le benjamin de cette famille, les trois amis le trouvèrent honnête, et prirent plaisir à faire connaissance avec lui. Pendant plusieurs semaines, peu de personnes entendirent parler des nouvelles vedettes de l'arène. Les frères y compris, qui avaient pris l'habitude de les voir à chacune de leurs réceptions. Mais parfaitement conscients que leurs amis agissaient avec toute leur volonté, ils attendirent patiemment leur retour.

Il fallut attendre un mois entier pour avoir un signe des trois, et c'est dans l'arène même que le monde put les retrouver. Ils entrèrent nonchalamment dans le Colisée, surprenant tout le public qui n'espérait plus les voir. L'innovation fut totale, et l'atmosphère dans la tribune royale, comme à chacun de leur combat, fut agitée. Les trois portaient l'habit du légionnaire, le lorica segmentata (armure composée de plaques de fer et de lanière de cuir), des caligae (sandales en cuir), un cassis, un glaive et un scutum. L'officialisation de leur nouveau statut interrogea les spectateurs qui assistaient à un changement si rare dans ce divertissement. La volonté de ces gladiateurs s'implantait dans leur esprit. Et alors qu'ils avaient mis un point d'honneur à ne pas tuer dans le plus grand cimetière du monde, aujourd'hui leur présence convainquit l'arène entière qu'un changement, encore méconnu d'eux même, aurait inévitablement lieu. Cette provocation n'échappa à personne, et alors que la plupart affichait un visage scandalisé, certains ne pouvaient s'empêcher de sourire.

Lorsque le combat commença, l'impatience de voir les trois gladiateurs pourfendre était à son apothéose. Personne ne se lassait de les voir se mouvoir pour assommer leurs adversaires. Aussi divertissant que les tueries, voir avec tant de précision une technique parfaite, réjouissait chaque témoin. Les plus méticuleux voyaient limpidement que cette technique, basée sur la rapidité, était bien différente de leurs précédents combats. En effet, les trois utilisaient un style plus cadré, signature de l'armée romaine. Ils avaient acquis une précision jamais vue dans les techniques de combat de l'armée. Jamais personne, en si peu de temps, n'avait pu comprendre et s'adapter à un cadre si strict. Et encore plus étonnant, ils terminèrent dans les dix vainqueurs. Plus aucun doute ne subsistait, tant qu'ils fouleront le sol du Colisée, ils gagneraient toujours.

*…*

Un sourire aux lèvres comme on en n'avait peu vu chez eux, Izuku, Shoto et Katsuki se dirigeaient vers le commerce Les frères pour célébrer leur victoire, mais surtout leur retrouvaille. Ils furent accueillis comme à leur habitude, avec des acclamations et des coupes de vins remplies. Ils entreprirent d'expliquer leur dernière aventure à Denki et Eijiro, qui mourraient d'impatience de tout savoir. Ainsi, ils leur expliquèrent que le rythme de vie était difficile à tenir et que les entraînements étaient difficilement supportables pour des novices. Mais chanceux, ils avaient déjà des bases non négligeables, ce qui leur avait permis de se faire remarquer rapidement par leur supérieur hiérarchique. Ceux-ci leur avaient donné leur permission de concourir dans l'arène, après à peine un mois de formation. Et satisfait d'évoluer si vite, ils ne prirent même pas une seconde pour se décider.

Là de leur explication, les cinq amis furent coupés par un individu qu'ils auraient préféré ne pas rencontrer ce soir :

-Mais qui voilà ? Nos vainqueurs d'aujourd'hui. Je savais que je vous trouverais ici. Il faut dire, c'est l'endroit type où l'on peut rencontrer nos valeureux gladiateurs.

Denki et Eijiro s'étaient levés malgré une antipathie bien visible sur le visage. De leur côté, les nouveaux soldats n'avaient pas bougé. L'insolence dans la voix de Toya Todoroki avait refroidi l'ambiance. Et nullement impressionné par son regard hautain, Katsuki lui demanda :

-Pardonnez mon ignorance, mais à qui avons-nous affaire ? Le blond le savait, et sourit à son interlocuteur pour le lui faire comprendre.

-Autant pour moi, bien sûr. En tant que paysan, il est difficile de reconnaitre la hiérarchie si bien organisée de Rome. Je l'oublie constamment. Katsuki perdit son sourire et ne rétorqua rien. Il poursuivit : Je me présente donc. Toya Todoroki, fils aîné de l'Empereur Enji Todoroki, et Héritier au trône. Son ton faussement modeste eut pour effet de faire serrer les poings de Katsuki qui voulut se lever. Mais Shoto le retint à temps et déclara :

-C'est un honneur de rencontrer une figure si imposante de Rome. Nous n'avions d'ailleurs jamais eu la chance de voir quelqu'un d'un rang si haut pour célébrer nos précédentes victoires. Veuillez accepter nos remerciements les plus sincères.

Toya s'attarda sur Shoto de longues secondes avant de lui répondre :

-Ce n'est rien voyons. Au contraire, c'est la moindre des choses de saluer de si grands combattants. Vous êtes le plus grand divertissement de Rome après tout. C'est pourquoi, attendez-vous à me voir régulièrement, et ainsi vous faire savoir que le monde d'en haut ne vous néglige pas. Je risque certainement de miser sur vous lors de la finale, j'attends donc beaucoup de vous.

Il sourit faussement avant de prendre le chemin de la sortie. Denki et Eijiro expirèrent, le dos voûté.

-Je serais prêt à perdre le prochain combat simplement pour être sûr que cet homme perde de l'argent. La réplique d'Izuku fit sourire les frères, qui allèrent chercher à boire. Profitant de leur absence, Shoto dit en fixant la sortie :

-C'est effrayant. Il n'a absolument rien de notre mère.

Katsuki et Izuku jurèrent avoir vu de la compassion dans le regard de leur ami. Mais par respect pour lui, ils ne dirent rien, et attendirent le retour des commerçants.

Toya rejoignit les soldats de l'armée impériale chargés de son escorte, aux portes du commerce. Prêt à descendre les marches pour rejoindre la route, il fit face à sa fiancée, qui se paralysa à sa vue.

-Eh bien, eh bien princesse, voilà un étrange lieu où vous voir. Le visage de l'Héritier s'était illuminé comme celui d'un enfant jouant avec son jouet favori.

Et à son exacte contraire, Momo Yaoyorozu blêmit. Accompagnée de Jiro et de sa garde personnelle, elle fit signe à sa suivante de ne pas l'attendre et de rentrer. Sa garde resta derrière elle, au même titre que celle de son fiancé.

-Pas si étrange que cela. Je n'ai trouvé que de la bonne compagnie dans cet endroit.

-Vraiment ? Pourtant j'aurais juré n'avoir vu que des classes inférieures à la nôtre.

-Vous avez bien vu.

Toya sourit d'autant plus face à la réplique piquante de la jeune femme. Il la détailla du regard en se mordant la lèvre inférieure. Ce geste la dégouta.

-Voyons ne faites pas cette tête, princesse, vous allez abîmer votre beau visage.

Ignorant sa remarque, elle demanda :

-Pourquoi êtes-vous ici ?

-Je voulais discuter avec nos nouvelles vedettes de l'arène. J'ai donc fait l'effort de me déplacer. Ils sont très intéressants.

-N'est-ce pas ? Momo eut un rictus d'amusement.

Toya, de son côté, perdit son sourire. Mais poursuivit rapidement :

-Oui. Mon père a eu un intérêt tout particulier les concernant. Et maintenant qu'ils sont tous les trois soldats, il veut absolument les avoir sous son commandement.

À cette annonce, Momo réfléchit à toute vitesse. Mais garda une expression calme pour ne pas alerter son interlocuteur. Et lassée de cette conversation, elle termina :

-Bien. Je vous laisse donc.

Elle passa près de lui, tout en montant les marches, mais la voix de Toya raisonna une dernière fois :

-Soyez sage, Dame Yaoyoruzu.

Elle ne se retourna pas, mais sentit le regard de l'Héritier. Avançant le plus vite possible, elle s'arrêta lorsqu'elle fut certaine qu'il ne pouvait plus la voir. Elle était comme essoufflée, et il lui fallut quelques secondes pour se remettre de cet échange. Momo prit alors le temps de réfléchir consciencieusement aux dire de Toya, et prit une décision. Elle parcourut le commerce et traversa le rideau couleur bronze, où elle vit Jiro installée avec les frères. Elle se dirigea vers eux, et remarqua la tenue de soldat que portaient les gladiateurs. Et après un signe de tête en leur direction, elle s'adressa à Eijiro :

-Kirishima, pourriez-vous me prêter de quoi écrire et mettre à ma disposition votre cursores (équivalent de coursier) ?

Celui-ci se leva brusquement, et s'appliqua rapidement à sa tâche. En quelques minutes à peine, Momo Yaoyorozu était assise sur l'un des sièges en velours du commerce, et s'appliqua à rédiger quelque chose sur un pugillares (tablettes de bois utilisé pour communiquer dans la ville). Elle ne revint vers eux que beaucoup plus tard, après avoir remis son courrier au cursores.

Ainsi, elle rejoignit le petit groupe, qui l'accueillit affablement et lui servit une coupe de vin. Elle s'était mise face à Shoto, et porta son attention vers lui. Momo fut surprise de voir qu'il la regardait, mais sourit rapidement. Curieux, le bicolore l'interrogea en levant un sourcil. La jeune femme se contenta de regarder son uniforme et de sourire d'autant plus. Le garçon détourna le regard en comprenant, et plaça toute son attention sur Denki qui était passionné par son propre récit.

La soirée se déroula ainsi, entre anecdotes et rires. Ils furent rejoints plus tard par Mina, qui avait apporté avec elle le nectar qu'ils aimaient tant partager. Les discussions qui au début étaient assez aléatoires, se rejoignirent pour n'en former plus qu'une. Le groupe plaçait alors toute son attention sur Katsuki qui expliquait la complexité du gladiateur.

-Il est clair que même si nous renonçons à tuer dans l'arène, y mourir est un symbole indélébile.

-Indélébile ? Je ne dirais pas cela. Mourir dans une guerre peut être un symbole indélébile. Cependant, mourir en tant que gladiateur n'apporte rien aux mémoires. Momo Yaoyorozu coupa Katsuki dans son monologue.

Les regards maintenant braqués sur elle, elle attendit une réaction du blond. Celui-ci, trouvant la situation amusante, demanda en souriant :

-Je vous en prie, altesse, expliquez-nous, en quoi mourir à la guerre est plus honorable que mourir gladiateur.

Elle lui sourit en retour et releva le défi :

-C'est pourtant très simple. Lorsqu'on est soldat, on sacrifie corps et âme pour sa patrie. Notre sacrifice a peut-être fait vivre des milliers d'autres sur le champ de bataille. Or, un gladiateur ne combat que pour lui-même, pour sa propre renommée. Et il n'y a rien d'honorable à cela.

Katsuki répliqua à sa suite :

-Mais ce que vous oubliez de mentionner c'est que les braves gladiateurs qui ont survécu dans l'arène par leur seule force deviennent, pour la plupart, centurion. Et un bon centurion peut aussi sauver de nombreuses vies. Seuls les plus valeureux gagnent dans le Colisée. Et c'est de ces hommes dont nous avons besoin pour gagner la guerre. Alors passer sa vie à la dédier à des combats sanglants dans le seul but d'évaluer si nous avons la force nécessaire pour représenter son pays, oui madame, ça c'est ce que j'appelle noble.

-Noble ? Combien sont tombés avec cet espoir vain comme seul moteur ? Certes, vouloir placer sa vie dans la protection de son pays est noble. Mais j'appelle cela de la bêtise de passer par l'arène pour démontrer son courage. Aucun homme que j'ai vu frôler le sol du Colisée ne manquait de courage. Mais il suffit que quelqu'un de plus fort fragilise notre volonté, et ce courage s'effrite comme une pierre de sable. J'admire chaque homme courageux. Mais j'ai honte en voyant leur sacrifice paraître aux yeux des autres comme un jeu. Un divertissement et rien de plus. Je suis malade de voir que la perte d'une vie provoque le rire plutôt que les larmes. Je peux comprendre la fougue d'être un gladiateur et la fierté qui en découle. Mais au nom de quoi ? Pas tous les combattants sont comme vous. Pas tous ont assez d'humanité pour laisser vivre un adversaire. Ce que je ne comprends pas alors, c'est pourquoi eux, pourquoi offrent-ils si facilement leur humanité dans le simple but d'être acclamé comme une bête de foire ?

Les questionnements soulevés par Momo laissèrent tout le groupe sans voix. La volonté des gladiateurs venait de subir un léger tremblement. Comme si leur fierté venait d'être mise à nue et jugée. Niant ce fait, Shoto rétorqua :

-Votre empathie est touchante. Mais comment une personne comme vous, assise dans la tribune royale, assez proche pour voir les glaives pourfendre, mais assez loin pour ne pas voir les visages meurtris, peut éprouver un tel sentiment ?

Son regard transperça Shoto qui l'entendit dire :

-Je suis membre de l'arène depuis que je suis capable de m'asseoir sur un siège. Je n'ai peut-être jamais été bourreau ou victime, mais j'ai été témoin. Je connais tout du Colisée, sa lumière comme son obscurité. Et vous ?

Momo Yaoyorozu venait d'avoir le mot de fin. Mais plus encore, elle démontrait avec une souplesse parfaite des mots, qu'il existait plus que leur propre vision. Les garçons n'étaient pas dupes, cette Dame, à la fois gracieuse et raffinée, pouvait aussi compter sur une intelligence étonnante. Sa capacité à faire réfléchir ses interlocuteurs donnait l'impression d'être considéré. Elle forçait l'estime de sa personne, et pour rien au monde Katsuki, Izuku et Shoto n'auraient voulu aller à l'encontre de cette évidence.

Et alors que les conversations reprirent leur bon train, Shoto continua de l'observer. Sans savoir pourquoi, il n'arrivait pas à détacher son regard de ses cheveux d'ébènes, de ses yeux gris sombres et de ses lèvres rouges bien tracées. Il se rendit compte alors que c'est en ayant été témoin de sa brillance d'esprit qu'il la trouva encore plus belle qu'elle ne l'était déjà. En sentant un regard sur elle, Momo tourna sa tête vers le bicolore. Souriant d'abord, elle fit plus attention à l'intensité du jeune homme. Et alors, elle fut emplie de reconnaissance. Shoto, dans sa volonté de la remercier, lui démontra sa propre considération par son regard. Ils se sourirent, parfaitement conscients que ce moment leur appartenait, puis se fondirent dans les conversations comme si rien n'était arrivé.

*…*

Aucun d'eux n'avait vu le temps passer. Le commerce Les frères s'était peu à peu vidé, alors qu'un groupe discutait avec la même ardeur qu'en début de soirée. Pendant les quelques heures qu'ils avaient partagées, tous leurs soucis et préoccupations s'envolèrent. Statut social n'existait plus, au même titre que la dure réalité du monde. Il arrivait qu'un silence reposant s'installe, permettant de vider une coupe ou de partager un regard complice, indépendant d'un sentiment innocent.

On entendit Momo s'adresser à Denki. Celui-ci détourna son regard de Kyoka et l'écouta attentivement :

-Quel est l'endroit de Rome qui offre la meilleure vue sur la ville selon vous ?

Un sourire lumineux s'afficha sur son visage et il répondit presque aussitôt :

-Du Colisée bien sûr ! Il y a un accès secret qui permet de monter au-dessus de la dernière tribune. De là, une vue incroyable s'étant devant nous. Elle nous couperait presque le souffle.

-Presque ? C'est tout ? Momo et Kyoka s'échangèrent un regard de connivence, et sourirent devant les visages étonnés de Denki et d'Eijiro. La jeune Noble poursuivit : Et si Jiro et moi vous prouvions qu'il existe un lieu qui permet de vous couper véritablement le souffle ?

-Nous serions très curieux de voir cela, où voulez-vous que nous nous rendions ?

Kyoka répondit à Mina :

-Dans la demeure de Dame Momo.

L'ébahissement du groupe fit d'autant plus sourire les deux femmes, qui se levèrent ensemble. Mais Eijiro les arrêta :

-Voyons Dame Yaoyorozu, Mademoiselle Jiro, il est vraiment tard. Je ne pense pas que cela soit convenable de se rendre chez vous à cette heure de la nuit.

-Il n'y a aucune réserve à avoir. Mon père est absent, et les servants de ma maison ne sauront même pas que vous êtes entrés. Et j'ai l'affreuse envie de vous montrer la plus belle vue de Rome.

Toujours perplexe, les commerçants ne bougèrent pas. Mais un soupire retentit, et alors que Katsuki but d'une traite sa coupe de vin, il se leva à son tour en disant :

-Je ne sais pas ce qui vous fait peur, mais moi ce qui est sûr c'est que je suis ces Dames. Je passe une trop bonne soirée pour l'avorter maintenant.

Le blond fut suivi de ses amis d'enfances qui souriaient de par sa familiarité. Les deux commerçants se résignèrent, et tous les huit, ainsi que les soldats d'escortes de la Noble, se dirigèrent vers la demeure Yaoyorozu.

Les routes étaient vides, et ils arrivèrent très rapidement devant les marches de la maison. Momo avait ordonné à ses gardes de disposer, et de par leur fatigue, ils ne résistèrent pas longtemps. En silence, ils suivirent la maîtresse des lieux, qui les guidait d'étages en étages. Enfin, ils arrivèrent sur le toit, servant aussi de terrasse. Et les deux femmes n'avaient pas menti, leur souffle avait bien été coupé. Malgré l'absence de monde, les lumières si vives de la ville lui donnaient un aspect vivant qu'ils n'auraient pu voir ailleurs qu'en ce lieu. Rome se caractérisait par une linéarité à la fois ordonnée et aléatoire. Le ciel, parsemé de vives étoiles, veillait jalousement sur la beauté si froide de la ville. D'un œil impartial, Rome était un joyau précieux, apportant sérénité et euphorie. Et en cet instant, ce furent les uniques sentiments que ressentirent les huit. Ils s'installèrent à même le sol, dans un silence identique à celui de la ville.

Plusieurs instants passèrent, jusqu'à ce que quelqu'un se glisse près de Momo. Celle-ci croisa le regard hétérochrome de Shoto et sourit :

-Bonsoir.

Elle se moquait de lui, alors il ne prit pas la peine de répondre.

-Je voulais m'excuser pour notre dernière confrontation. J'ai été très familier avec vous alors que vous ne le méritiez pas.

Toujours en souriant, elle dit :

-Poursuivez.

Il détourna le regard, mais le fit malgré tout :

-Je m'excuse.

-Bien. Même si vous voir porter l'uniforme est amplement suffisant pour moi pour vous pardonner.

-Plait-il ?

-Nous savons tous les deux que si vous ne m'aviez pas écoutée, vous ne feriez pas partie de l'armée.

-Oh, vous croyez ?

-Parfaitement.

Shoto l'observa avec un petit sourire à la fois hébété et amusé.

-Moi qui pensais que nous étions partis sur de mauvaises bases, je remarque que j'étais bien loin de la réalité.

-Qu'est-ce qui vous gêne le plus ? Moi qui ai raison, ou vous et votre incapacité à l'admettre ?

Momo Yaoyorozu défiait sans honte le bicolore, conscient qu'il l'avait bel et bien mérité.

Il soupira :

-Dois-je encore m'excuser ?

-Pas le moins du monde. À vrai dire, j'apprécie votre honnêteté. Ainsi que votre maladresse, je la trouve très amusante.

-Alors ma plus grande qualité est ma capacité à divertir autrui. À côté, une vengeance est peu crédible.

La jeune femme devint alors sérieuse :

-Vous n'y avez pas renoncé ?

-Il faut plus que la leçon d'une Dame pour me détourner de cette voie. Momo détourna son regard, un peu déçue. Mais le gladiateur n'avait pas fini : Même si cette Dame a le mérite de m'avoir fait comprendre de quelle manière je devais la mener.

Elle sourit, au même titre que lui. Et ce fut dans un silence total que les huit restèrent à contempler la ville endormie. Et ce, jusqu'au lever du soleil.