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Chapitre 12

Shoto expliqua l'intégralité de son histoire à Momo lors d'une soirée organisée par les frères. Les deux s'étaient isolés sur l'un des balcons du commerce. Et pour ne pas être dérangée, la Dame demanda aux propriétaires de lui permettre de réserver tout un étage. Ils ne mirent pas longtemps à accepter, principalement car Kyoka en avait fait la demande directement à Denki. La jeune suivante avait en contrepartie insisté pour rester à l'intérieur de l'étage pendant que sa maîtresse et le gladiateur discuteraient.

C'est donc assise sur l'un des sièges du commerce que Kyoka attendit qu'ils aient fini. Mais alors que son ennui se prolongeait, elle vit arriver Denki, un plateau dans les mains :

-Je vous ai apporté de quoi vous rafraîchir. Et aussi de quoi vous divertir.

-Me rafraîchir et me divertir ? Pourtant je ne vois qu'une boisson.

-Oui. Le divertissement n'est autre que moi-même.

Denki arracha un sourire à la jeune femme et sourit à son tour. Il prit place près d'elle et lui tendit la coupe.

-N'avez-vous pas des clients à satisfaire de votre présence ?

-À ce que je sache, vous faites partie des clients. Et de tous, vous êtes ma préférée.

-Le favoritisme est une très mauvaise chose, Kaminari.

-Pas si je favorise ma future femme.

Elle tourna la tête vers lui, camouflant son trouble :

-Voilà un discours bien arrogant. Vous êtes trop sûr de vous.

Il lui rendit son regard, et avec toute sa sincérité lui dit :

-Je suis désolé si je vous ai laissé penser que je faisais preuve d'arrogance. Ce n'était qu'une vaine tentative de ma part pour vous faire savoir que ma femme ne pourra être que vous. Car je n'en veux pas d'autre.

Kyoka essaya de répliquer mais aucun mot ne vint à elle. Elle détourna le regard, et réussit à dire :

-Les choses ne sont pas si simples. J'ai des devoirs, ainsi que des priorités. Rien ne peut me laisser croire que vous comprendrez cela.

-Alors est-ce là votre unique réserve ? Que je ne puisse pas être capable de comprendre que votre vie soit si compliquée ? Que votre plus grande volonté d'aujourd'hui est de soutenir de toutes vos forces votre maîtresse, que vous appelez secrètement amie, alors que la mienne est de vous avoir comme compagne ? Mademoiselle Jiro, c'est justement pour ces raisons même que je me trouve ici devant vous, à vous faire part une énième fois de mon inclination pour vous. Car de toute la superficialité que contient notre monde, à mes yeux vous êtes ce qui a de plus réelle.

Pour beaucoup, le sourire qu'affichait maintenant la jeune femme aurait pu paraître moqueur. Mais c'était pourtant ce que Denki préférait voir chez elle.

-Des mots à la fois profonds et vides de sens, Kaminari.

-Si vraiment c'est le cas, laissons-nous quelques années. Je suis de nature déterminée.

Denki récupéra le plateau, et lui tourna le dos. La suivante suivit du regard le blond, jusqu'à le voir disparaître dans l'escalier, sans retirer une seconde son sourire.

*…*

Durant toute son explication, Momo Yaoyorozu n'avait eu aucune réaction. Le bicolore savait qu'elle l'avait écouté avec attention, mais même lorsqu'il eut fini, elle s'en était allée avec un simple merci comme au revoir. Il ne lui en tenait pas rigueur, bien au contraire. Elle avait eu la délicatesse de ne pas le relancer sur ses motivations. Mais une question subsistait en lui : le comprenait-elle ? Ne serait-ce qu'un peu ? Il ne savait pas pourquoi cela lui importait tant. Ce qu'il savait cependant c'est que l'avis de Dame Yaoyorozu était devenu aussi important pour lui que celui de ses amis d'enfances. Elle avait naturellement réussi à lui imposer le respect et l'estime qu'il lui portait aujourd'hui.

Ses réflexions furent interrompues lorsqu'il arriva à sa destination. Le légionnaire se trouvait devant l'une des bibliothèques de Rome. Les derniers évènements l'avaient mené à s'interroger sur des choses qui n'avaient pas même une seconde traversé son esprit. Et c'est en s'y plongeant qu'il se retrouvait maintenant devant ce bâtiment, représentation fidèle du savoir et de la connaissance.

Shoto parcourut les rangées de la bibliothèque avec beaucoup de minutie. Il inspecta chaque volumen (rouleau de feuilles de papyrus) et codex (parchemin en peau de chèvre), à la recherche d'une chose bien précise. Cependant, après y avoir passé une heure entière, il ne trouva rien de bien intéressant. Nullement démotivé, il fit le tour de Rome passant de bibliothèques en bibliothèques. Mais à chaque tentative, le résultat se soldait par un échec.

Il ne restait plus qu'une dernière possibilité au bicolore, mais cette pensée lui glaçait le sang. Jamais il n'aurait songé à cette possibilité si sa curiosité n'avait pas été si embrasée. Ce fut alors cette même curiosité qui guida ses pas vers le mont Palatin. La colline, une des sept collines de Rome, était occupée par les demeures des anciens dirigeants de l'Empire. Chacun d'eux faisait construire une résidence plus belle encore que la précédente. Et la dernière en date était celle de sa famille, habitée par sa fratrie et son géniteur, Enji Todoroki. Mais son objectif était tout autre. En effet, la toute première bibliothèque de Rome se trouvait sur cette colline, dans le temple d'Apollon. Shoto avait appris de sa mère que cette bibliothèque avait été la première bibliothèque publique de Rome. Sa proximité des demeures impériales lui donnait une unicité bien distincte. Le monument pouvait compter en son sein des parchemins n'existant pas dans ceux construits à sa suite.

Shoto monta les marches du temple et traversa les colonnes de pierres le menant directement à la bibliothèque. Il était le seul soldat présent dans le temple, ainsi plusieurs têtes se tournèrent vers lui avec un air curieux. Mais le jeune homme ne leur prêta aucune attention, et s'attela directement à sa recherche. Shoto comprit rapidement qu'il trouverait son bonheur dans cet endroit. La bibliothèque regorgeait de savoirs qu'il n'avait vu dans aucune des bibliothèques précédentes, et une rangée entière, celle qu'il recherchait, s'étendait devant lui.

Le légionnaire s'appliqua dans sa lecture, et remercia silencieusement ses supérieurs qui lui avaient octroyé une journée de libre. Il s'attarda plusieurs heures sur chaque manuscrit qui lui passait sous la main. Et c'est en fermant son neuvième codex qu'il entendit dire :

-Zeus tout puissant. Un légionnaire gladiateur dans un endroit aussi intellectuel qu'une bibliothèque. Il est certain que l'on voit de tout à Rome.

Ce ton moqueur ne pouvait tromper Shoto, qui reconnut son interlocuteur instantanément. Il releva la tête, le visage fatigué, et lui rétorqua avec lassitude :

-Dans quelle mesure vous délectez-vous des moqueries qui portent atteinte à ma profession ?

Momo Yaoyorozu répondit avec le même ton amusé :

-Je crois bien que vous ne comprendrez jamais.

-Et pourquoi cela ? Shoto se leva du sol : Oh attendez, laissez-moi deviner. Les gladiateurs sont incapables de comprendre quoi que ce soit de par leur limitation d'esprit.

-Non, non. Cela n'a rien avoir. Vous êtes simplement un homme.

Le bicolore fronça les sourcils :

-Je ne comprends pas.

-Exactement.

Son cerveau ralentit par l'accumulation de fatigue, il mit un temps avant de comprendre où voulait en venir la jeune femme. Mais lorsque cela fut fait, il se mit à rire. Elle l'avait eu en beauté, avec une finesse qui l'étonnerait toujours.

-Je vous laisse cette petite victoire. Mais dites-moi plutôt, que fait une Dame ici ? Je commencerais même à croire que vous vous arrangez pour être au même endroit que moi. Ce qui était sûr, c'est que Shoto ne voulait pas rester sur cette défaite.

-Ne vous donnez pas autant d'importance Libra. Tout ce que vous avez besoin de savoir c'est que j'aime lire, et que je passe la plupart de mon temps libre entre les différentes bibliothèques de Rome. Notre rencontre n'est qu'un malheureux hasard. Momo vit alors une grimace sur le visage du gladiateur, alors elle demanda, étonnée : Vous ai-je offensé ?

-Du tout. Vous avez dit malheureux hasard. Je pensais à l'exact opposer. En vérité, je me retrouve en difficulté, et cela ne peut être que la providence qui vous a envoyé à moi. Vous, qui connaissez si bien la documentation de Rome.

-Vous avez donc besoin de mon aide.

Il ricana :

-Je crois bien que je vais le regretter.

-Ne partez pas si pessimiste, vous serez peut-être étonné. Alors que puis-je faire pour vous ?

-C'est un sujet assez délicat. J'aimerais ne pas être interrompu.

-Ne vous tourmentez pas ainsi. Ma garde se trouve à l'extérieur, et Jiro ne m'a pas accompagnée aujourd'hui. Nous ne serons pas dérangés par des oreilles indiscrètes, lui chuchota-elle sous le ton de la confidence.

Shoto regarda tout de même autour de lui, par simple précaution. Il s'approcha ensuite d'elle, et lui présenta le livre qu'il avait fermé plutôt.

-Nos dernières conversations m'ont beaucoup interrogées sur les raisons qui ont poussé ma mère à quitter sa condition. Je me suis aussi demandé pourquoi elle avait choisi le nom Libra. D'aussi loin que je me souvienne, ma mère a toujours brillé d'intelligence, c'est pourquoi la signification de ce nom doit être particulière. C'est avec cette idée que j'ai parcouru toutes les bibliothèques de la ville, et ce n'est qu'ici que j'ai pu entrevoir la réponse. Mais ces textes sont tous les mêmes, et le mot Libra compte plusieurs définitions qui ne me donnent aucun indice sur le choix de ma mère. Auriez-vous une idée ?

Momo observait le livre avant de relever la tête vers lui. Shoto fut étonné de voir pour la première fois un sourire bienveillant sur le visage de la jeune femme. Toutes traces de moquerie et d'amusement avaient disparu et c'est en prenant un air concentré et sérieux qu'elle lui expliqua :

-Libra est un mot latin qui fait principalement référence à la masse. Nous parlons ici d'une unité de mesure, ou de l'instrument permettant de mesurer la masse, la balance. Mais si vous n'arrivez pas à trouver la réponse à votre question, c'est parce que vous ne vous posez pas la bonne question.

-N'ai-je donc jamais raison avec vous ? Il l'avait coupé, ce qu'elle n'apprécia pas.

-Vous avez répondu à votre question un peu plus tôt. Si je suis ici, c'est parce que vous m'avez demandé de l'aide. Vous êtes parfaitement conscient que vous êtes sujet à l'échec. Maintenant, pouvons-nous poursuivre ? Shoto ne pipa mot, et la laissa continuer, ne voulant pas attirer ses foudres plus longtemps : Il est évident que le nom que votre mère a choisi n'en est pas un au hasard. Momo attrapa un livre à sa droite et l'ouvrit : La clé de cette énigme se trouve en vérité dans votre prénom.

-Mon prénom ?

-Oui. Celui qu'on vous a donné à la naissance. La jeune femme chuchota : Shoto. Elle ne remarqua pas la mâchoire serrée du gladiateur et poursuivit : L'Empereur et l'Impératrice ont décidé de donner à leurs enfants des prénoms dans une langue très rare. Vous avez tous les quatre des prénoms japonais, une langue plus que peu courante ici, dans l'Empire romain.

-Je connaissais l'origine de mon prénom. Ainsi, sa signification concorderait avec le nom que ma mère a choisi ?

-Parfaitement. Le japonais est une langue très complexe et demande beaucoup de temps de travail. Regardez, elle lui montra le livre qu'elle avait ouvert plutôt, il existe trois alphabets dans cette langue, mais le plus utilisé est le Kanji. En se basant sur lui, on peut décomposer votre prénom en deux parties. Nous avons alors d'un côté « Sho » et de l'autre « To », respectivement « brûlant » et « gelé ». Votre prénom fait état de deux contraires qui s'unissent en un mot. Deux opposés comme le chaud et le froid aussi significatif que sont Enji et Rei Todoroki. Et c'est à partir de là qu'il est plus aisé de comprendre votre mère et son choix. Si nous prenons la définition balance de Libra, cela nous fait, balance du chaud et du froid. Ou, autrement dit, le mélange équilibré entre les deux contraires que sont Enji et Rei Todoroki. Votre mère a donné un réel sens à votre existence, simplement avec le choix de ce nom. C'était vraiment une femme exceptionnelle.

Shoto fut touché par la reconnaissance de la jeune femme. À vrai dire, même aujourd'hui, sa mère l'impressionnait encore. Il sourit, satisfait d'avoir eu une réponse à la hauteur de l'image qu'il avait d'elle.

-Merci pour votre aide.

-Inutile. J'ai apprécié résoudre cette énigme. C'est rassurant de savoir qu'il existe plusieurs femmes ne craignant pas une seconde d'utiliser leur intelligence. Je suis aussi sincèrement heureuse de savoir que l'Impératrice maniait si bien les mots.

-Que voulez-vous dire ?

-Les mots sont extrêmement précieux, et ont un pouvoir immense. Capable de guérir et de blesser à la fois, entre de mauvaises mains, les mots peuvent déclencher une guerre. Elle sourit : Mon père serait vraiment en colère s'il connaissait le surnom que le peuple de Rome m'attribut.

-Comment vous nomment-ils ? Shoto ne l'avoua pas, mais il était très curieux.

-J'ai hérité du surnom « La fille du grec ».

Amusé, Shoto répliqua :

-Ce n'est pas très élogieux pour une Dame de votre rang.

-Oh, ce n'est rien. Vous devriez connaître celui de votre fratrie. L'expression « peu élogieux » est un compliment en comparaison.

Shoto ignora son amusement et demanda :

-N'est-ce pas étrange de vous nommer ainsi ? Je pensais que le peuple de Rome vous appréciait, et qu'il était favorable à cette alliance.

-C'est le cas. Le peuple y croit dur comme fer. Persuadé qu'un mariage suffit à réunir deux puissances. Ils sont bercés par une illusion que la monarchie leur impose. Le plus drôle c'est qu'elle-même y croit. Ou plutôt, essaye d'y croire.

-Je ne comprends pas.

-Que je vous envie ! Pour aller à l'essentiel, vous devez savoir que cette promesse de mariage est mise à rude épreuve par nul autre que le pouvoir. Si vous saviez combien de temps prennent mon père et l'Empereur à revoir traité sur traité. À calmer les autres puissances terrifiées par cette proximité entre l'Italie et la Grèce. C'est un jeu de domination qui utilise un mot si particulier, le mariage, comme un prétexte qui argumente le pourquoi de toute cette histoire.

-En quoi le mariage est-il un mot particulier ?

L'innocence dans la question de Shoto fit sourire Momo :

-Libra, n'avez-vous jamais rêvé d'une paix ? D'une paix d'âme qui donnerait un véritable sens à la vie. Cette petite chose qui suffit pour qu'un bonheur naisse et qui octroie une raison de respirer. J'ai toujours eu le sentiment que le mariage aidait à y parvenir. Et une partie de moi espère que cela puisse m'arriver. Mais je ne suis pas sotte. Je n'ai jamais été vouée à ce destin.

L'air résigné de la jeune femme attrista Shoto qui ne savait pas quoi lui dire. Celui-ci n'avait jamais évoqué son ressenti concernant son frère aîné. Étrangement, Toya ne lui provoquait ni haine ni affection. Il était parfaitement conscient de l'antipathie de son entourage, mais une raison bien précise l'empêchait de se fier à toutes les rumeurs accablant son aîné. Sa mère aimait ses enfants à part égale, et bafouer les liens qui subsistaient entre lui et Toya ne ferait que l'attrister. Mais malgré toute sa volonté, son frère baissait tous les jours un peu plus dans son estime. Il avait eu de nombreux échos sur les agissements des Nobles au sein de l'armée. Et Toya détenait une réputation à la fois élogieuse et scandaleuse. La plupart des soldats jalousaient sa manie de fréquenter les plus prestigieuses maisons de passes, tout en étant promis à la plus belle femme de l'Empire. Ce n'était un secret pour personne, Momo Yaoyorozu hypnotisait l'Empire au complet. Elle représentait l'idéal féminin. Une déesse accessible pour un seul homme. Shoto n'aimait pas la représentation que se faisait le monde de Dame Yaoyorozu. Lui, plus que d'autre, savait qu'elle était bien plus qu'une enveloppe. Même s'il ne pouvait nier qu'il la trouvait sublime.

Le bicolore stoppa de lui-même ses pensées, et se concentra sur le lieu où il se trouvait. Il y avait étrangement plus de monde, c'est pourquoi, d'un commun accord, Momo et Shoto se quittèrent empruntant un chemin opposé.

*…*

La salle du trône était une pièce très vide recouverte d'un blanc impersonnel. En vérité, le palais de l'Empereur Todoroki était d'une simplicité inhabituelle. Alors que les anciens dirigeants de l'Italie ne lésinaient pas sur le luxe mis dans leurs demeures, Enji Todoroki s'était démarqué par un style sobre qui laissait penser que l'homme ne jurait que par une intégrité honorable. Mais pour ceux vivant sous le même toit que le dirigeant, la vérité était tout autre.

Natsuo avait été convoqué dans la salle du trône par son père. Fuyumi l'avait accompagné, refusant que son frère se retrouve seul face à lui. Et alors que les deux entraient dans la salle, ils virent, en bas des marches où se tenait leurs pères, Toya arborant un léger sourire. Ils serrèrent la mâchoire, supposant à l'avance que cette confrontation serait un magnifique spectacle pour leur aîné. Natsuo se posta le plus près du trône, alors que Fuyumi resta en retrait, puis ils entendirent la voix de l'Empereur résonner :

-Fuyumi, tu n'as pas été convoquée. Seul Natsuo devait se présenter à moi.

Avec tout le respect qu'elle lui devait, elle lui répondit :

-Je présume donc que Toya doit quitter la pièce avec moi ?

Celui-ci n'eut pas même besoin de se tourner vers son géniteur pour qu'il comprenne que quoi qu'il arrive, personne ne quitterait cette pièce. L'Empereur ne prit pas la peine de lui répondre et l'oublia aussitôt son attention portée sur son fils cadet. Ce qui était certain, c'est qu'il n'était pas content du tout :

-Tu dois avoir une idée du pourquoi de ta venue ici, Natsuo.

-Je n'en ai aucune. Natsuo regardait droit devant lui, évitant volontairement de croiser le regard de son père.

-Dans vos vies, il y eu très peu de choses que je vous ai interdites. Et pourtant, tu as réussi à désobéir. As-tu une explication ?

Il fronça les sourcils :

-Vous désobéir ? Père, je n'ai fait que suivre le travail qui m'incombait…

L'Empereur se leva brusquement. Jamais encore la fratrie ne l'avait vu si hors de contrôle de ses émotions.

-Si je t'ai nommé ambassadeur c'est pour que tu puisses accomplir quelque chose de ta vie ! Entends-moi bien ! Si tu dois être quelqu'un cela sera uniquement de mon fait ! Alors à aucun moment tu ne dois désobéir à mes ordres ! Cela était pourtant très simple, vous ne deviez avoir aucun lien avec la Russie ! Et à la première occasion, tu oses t'opposer à cette simple règle ! Tu vas, de ce pas, annuler ta visite en Russie ! Il n'y aura jamais d'accord entre nos deux puissances ! La Russie vous est, à tous, prohibée !

Il n'y avait aucune matière à la riposte, c'est pourquoi Natsuo et Fuyumi s'en allèrent d'un pas rapide, sans rien rétorquer.

De son côté, Toya jubilait. Il venait de voir son frère humilié, et son père fou de colère. Un spectacle beaucoup trop rare à ses yeux. Et ce fut lorsque le père Todoroki se rassit qu'il déclara :

-Ces rassemblements familiaux sont toujours un plaisir pour moi. Je vous remercie père, pour ce moment émouvant. Mais dites-moi un peu, je ne savais pas que la Russie était un sujet si délicat pour vos impériales oreilles.

-Toya, je te conseil de ne pas poursuivre ton discours.

Cependant, l'Héritier n'écouta pas le conseil de son interlocuteur :

-Si je ne m'abuse, votre aversion pour la Russie n'est pas uniquement due à son rejet d'alliance. Je présume alors que mèr….

Enji venait d'attraper son fils par le cou. Il avait descendu les quelques marches avec une rapidité que le jeune homme ne perçu même pas.

-Je t'ai prévenu Toya. Tu n'as jamais su tenir ta langue.

-Ou au con… contraire. Si je sui… suis toujours en vie aujourd'hui, c'est… parce que je sais… tenir ma langue.

Écœuré par ce sourire constamment mesquin, l'Empereur relâcha son aîné et répliqua :

-La Russie a bafoué mon honneur en ne respectant pas l'accord que nous avions instauré. J'ai perdu beaucoup trop de choses avec cette rétractation que jamais je ne pardonnerai à la Russie.

-Quoi qu'il en soit, cette rancune m'a permis de me divertir. Et il est toujours plaisant de voir à quel point votre cupidité vous fait perdre tout contrôle.

-Cupide dis-tu ? Cela est toujours préférable à ton propre vice. Ton sadisme est ridicule, et il te fait commettre des erreurs. Des rumeurs sont remontées jusqu'à moi. Ce qui est sûr c'est que te divertir est vraiment ta seule occupation. Si ce foutu grec n'était pas si buté, ton mariage avec sa fille se serait concrétisé depuis longtemps, et alors, tu ne trainerais plus dans ses bas-fonds, à boire, à forniquer et à parier au Colisée.

-Ne trouvez-vous pas cela magnifique père ? Que je puisse faire toutes ces choses sans que personne ne me reproche quoi que ce soit ? Le plus amusant c'est que lorsque je prendrai vos fonctions, ce rythme de vie deviendra une routine inlassable.

-Il n'y a pas à dire, ton sadisme est écœurant.

Le sourire de Toya s'élargit d'autant plus :

-Nous savons tous les deux, cher père, que si je ressemble bien à l'un de mes deux parents, c'est vous.

L'Héritier défiait sans gêne l'Empereur qui ne répondit rien. Leurs confrontations se finissaient souvent ainsi, car celui-ci détestait palabrer avec son aîné. Le jeune homme lui offrit un dernier sourire, et avant de sortir de la salle du trône, remonta fièrement sa toge sur son épaule.