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Chapitre 13

Ce fut dans l'après-midi que la cohorte (division d'une légion, environ 1000 soldats), partie il y a trois ans de cela, revint à la capitale. La majorité des légionnaires et centurions ne tenaient plus en place, et trop heureux de rentrer auprès des leurs, ils abandonnèrent leur rang et se ruèrent dans la ville.

Deux cavaliers, dégageant un charisme puissant, observaient sans bouger, la horde de soldats se précipiter, un sourire amusé sur les lèvres.

-Je crois bien que c'est la première fois que je les vois autant heureux de courir. Un homme blond, à la carrure tracée par de longues heures d'entraînement, chevauchait sa monture brune.

À sa droite, son ami d'enfance avait suivi les soldats courir jusqu'à la ville, puis ne l'avait pas lâché des yeux. Dressé sur un cheval blanc, il répondit :

-Voilà trois ans que nous avons quitté Rome, je crois que leur enthousiasme est parfaitement compréhensible.

-Ils auraient au moins pu attendre que nous retournions au castrum (camp militaire) … Non, attends, où est Izuku ?

Shoto sourit de toute ses dents devant la question bête de son ami :

-Voyons Katsuki, ces cinq années en tant que soldat t'auraient-elles ramollie ? À ton humble avis, où peut se trouver notre camarade ?

Katsuki ouvrit la bouche pour rétorquer, mais la referma subitement en se souvenant pour quelle raison Izuku aurait pu déserter son poste. C'est alors que les deux se mirent à rire ensemble, en imaginant l'impatience que pouvait ressentir leur ami.

Shoto, Katsuki et Izuku s'étaient engagés dans l'armée il y a cinq années de cela. Les trois avaient suivi une formation stricte et complexe pendant près de deux ans, jusqu'au jour où leur cohorte fut soumise à un ordre de mission les astreignant à parcourir camp sur camp militaire à travers le monde. La cohorte, de mille soldats environ, rentrait à peine, au bout de trois ans de voyage. Cet ordre de mission les avait, tous les trois, pris au dépourvu. Particulièrement Izuku, qui avait amassé assez d'argent pour libérer sa bien-aimée, Ochaco. Les deux, en manque de temps, s'étaient liés précipitamment avant que l'armée rappelle le jeune marié à son devoir. Et ce fut durant trois longues années que les amis n'avaient pas foulé le sol de la capitale. Maintenant de retour, Izuku n'avait pas hésité une seconde à rejoindre celle qui était devenue sa femme.

Katsuki et Shoto s'arrêtèrent de rire lorsque leur général s'approcha d'eux.

-Je vous suis reconnaissant d'être resté. Je vous rassure, vous serez vous aussi bientôt libérés, il faut simplement ramener le reste de la cohorte au castrum. Là-bas, nous remettrons les rapports de nos voyages, et enfin nous pourrons respirer.

Ils hochèrent la tête en signe d'approbation, à l'instar des sept autres cavaliers de la cohorte, puis suivirent le général à travers les rues de la ville. Le peuple les accueillit avec des acclamations et des applaudissements, comme la coutume le voulait lorsque l'armée rentrait au pays.

Arrivés au camp, les cavaliers descendirent de leurs montures et se dirigèrent ensemble dans l'une des nombreuses tentes. En ligne, les neuf cavaliers, portant le grade de centurion, ainsi que leur général, s'étaient mis en garde-à-vous face à un énième supérieur hiérarchique. Celui-ci, pourtant, portait un habit beaucoup trop propre. Ils en conclurent donc qu'il devait être le légat (lieutenant du commandant d'une armée).

-La division des prodiges est enfin de retour ! Nous ne vous attendions plus !

L'enthousiasme du légat ne leur provoqua aucune réaction et ils restèrent parfaitement stoïques.

-Voici nos rapports des dernières années. Tout y est détaillé, je pense donc que nos centurions peuvent disposer. L'officier supérieur de la cohorte semblait exténué, au même titre que ses subordonnées toujours en rang. C'est pourquoi, le légat accepta qu'ils disposent, et remit la réunion à plus tard.

C'est avec un soupir que les neuf centurions quittèrent la tente. Parmi la horde de légionnaires qui avait quitté Rome il y a trois ans, seuls dix d'entre eux avaient été choisis pour faire partie des centurions de la cohorte. Chacun d'eux commandait cent soldats de la division, ce qui leur avait valu la réputation qu'ils avaient aujourd'hui. En effet, sept des dix centurions de la cohorte avait tout juste vingt-trois ans, c'est pourquoi, ils avaient hérité du surnom « la division des prodiges », ce qu'ils étaient tous.

Katsuki, Shoto et Izuku l'étaient devenus au bout de leur troisième année en tant que légionnaire. Ils furent, par la suite, suivis de leur ami Tenya Iida, puis par d'autres devenus à leur tour leurs amis. Fumikage Tokoyami et Shoji Mezo étaient deux soldats venus d'Athènes. Ils avaient traversé la mer pour entrer dans l'armée romaine. Personne n'a jamais su pourquoi ils avaient fait un si long chemin, mais cela ne préoccupait pas vraiment leurs camarades de l'armée, qui appréciaient leur simplicité. Les deux athéniens étaient des hommes humbles, travailleurs et sérieux. Shoto les avait tout de suite appréciés et les six formaient depuis le début un groupe très solide, qui fonctionnait à la perfection.

Le soleil tapait sur leurs épaules alors qu'ils s'étiraient de fatigue. En soupirant, Katsuki tourna son attention vers son ami d'enfance. Celui-ci arrangeait avec soin le bandage qu'il avait autour de son bras.

-Cela fait presque cinq ans que tu as ce bandage sur le bras, S. Tu es bronzé de partout sauf de cette partie, tu devrais le retirer.

Le ton de Katsuki était amusé. Et alors que Shoto allait répondre, quelqu'un fut plus rapide :

-Que cachez-vous là-dessous, Libra ? Une blessure honteuse ? Une marque de naissance humiliante ? Faites-en profiter vos camarades.

Les moqueries non feintes de Neito Monoma étaient devenues un quotidien pour la division, qui comptait cet homme comme l'un des centurions. Neito n'était pas le plus apprécié des dix de par sa manie à rabaisser n'importe qui. Mais malgré ses provocations incessantes, son intelligence et son sens de la stratégie avaient rapidement convaincu les généraux de lui attribuer ce grade. Shoto, lui-même, reconnaissait ses talents, même s'il était difficile pour lui de rester dans ses environs.

-Ne m'en voulez pas Monoma, mais le secret de ce bandage ne restera qu'une légende pour vous.

Ne voulant pas entendre la réponse de Neito, Mezo proposa à la suite du bicolore :

-Et si nous faisions un tour aux thermes (bains publics) ?

-Shoji ! C'est une idée superbe que tu as eue là ! Il n'y a rien de mieux que se détendre dans une eau chaude et pure pour décompresser après une longue mission !

L'exubérant Tenya fut interrompu par un Katsuki de mauvaise humeur :

-Iida, crie encore une fois comme ça et je te tu.

-Tu n'en as pas le droit Bakugo, on ne se tu pas entre camarade !

La réponse beaucoup trop sérieuse de Tenya provoqua le regard incrédule et désespéré de Katsuki qui supplia Shoto de l'achever. Le bicolore rit doucement avant de dire à son groupe :

-Prenons le chemin des thermes mes amis.

*…*

Les cinq passèrent de longues heures aux thermes. Ils n'avaient pas pu profiter de ce luxe durant leurs trois années de voyage, et c'est apaisés qu'ils regagnèrent leur camp. Mais Katsuki et Shoto n'y restèrent que quelques minutes. En effet, les deux décidèrent de rendre visite à leurs mentors le soir même de leur retour. Ils n'avaient pas pu échanger avec eux pendant leur voyage, c'est pourquoi ils étaient impatients d'aller à leur rencontre.

Les centurions ainsi que les anciens gladiateurs se retrouvèrent dans la demeure d'Aizawa. Les quatre s'étaient laissé prendre dans une conversation animée, rattrapant leurs années de séparations. Ce ne fut que lorsque la soirée eut été bien entamée que Yagi demanda :

-Je suppose que dès votre arrivée, Izuku s'est précipité retrouver son épouse.

-Vous avez raison en tout point. Il a disparu sans nous en informer. Indigne d'un soldat de son grade.

-Ne sois pas si abrupt Katsuki. Izuku n'a pas pu profiter de son mariage comme n'importe qui. Je crois donc qu'il en a tout à fait le droit aujourd'hui, rassura All Might avec un sourire.

-Rassure toi en te disant qu'il ne parlera plus d'Ochaco à tout instant. Je ne vous raconte pas les éloges incessants qu'il octroyait à son épouse.

Ils rirent tous, même Katsuki, qui se moquait sans vergogne de son ami nouvellement marié. Ce n'est que lorsqu'ils cessèrent leur esclaffement que Aizawa osa demander :

-Quelle est la prochaine étape maintenant ? Avez-vous réfléchi à ce que vous ferez ensuite ?

Les deux amis échangèrent un regard, puis Katsuki répondit :

-Je pense qu'un retour dans l'arène serait bien. C'est certainement ce qui m'a le plus manqué ici, sans oublier le vin des frères, qui n'a son pareil nulle part.

-Je ne parlais pas de choses futiles, mais de choses bien réelles. Vous êtes maintenant centurions, et viendra le jour où vous devrez choisir sous quelle bannière vous voulez combattre. Avez-vous un plan ?

L'inquiétude d'Aizawa était très discrète, mais les jeunes hommes le virent clairement. C'est pourquoi, Shoto lui répondit, d'un ton calme et sur :

-Nous avons eu trois ans pour nous y préparer. Katsuki, Izuku et moi-même savons très bien ce que nous avons à faire. Notre retour marque le début des choses sérieuses. Nous nous sommes suffisamment entraînés pour être soldat, et aujourd'hui il ne nous manque qu'une seule chose.

-Laquelle ? Demanda Yagi.

Katsuki répondit :

-La diplomatie.

-Le seul titre de centurion nous procure un pouvoir suffisant pour approcher les hautes sphères. À ce stade, nous aurons la possibilité d'échanger avec les dignitaires. Heureusement pour nous, l'Empereur ne dirige pas l'Empire à lui tout seul. Ainsi, lorsque les graines que nous aurons semé dans les esprits feront réfléchir, nous userons de notre expérience en tant que soldat. Rome sera bien obligé d'évoluer, et nous avons fait le serment de l'astreindre à le faire.

-Vous parlez bien vite à mon humble avis. Vous n'avez toujours pas d'allégeance. Si jamais vous vous placez sous une bannière disparate, vous n'aurez jamais la possibilité d'agir à votre guise. Votre discours est arrogant à mes yeux, car vous avez certes évolué pendant ces trois dernières années, mais Rome tout autant.

Les remontrances d'Aizawa ne suffirent pas à freiner le blond qui répliqua :

-Il suffit de trouver la bonne personne à servir.

Dans un soupire, Yagi se tourna vers Shoto :

-Je savais Katsuki intrépide, mais Izuku et toi avaient toujours été plus modérés et réfléchis. Le blond ne dit rien, en total accord avec son mentor. Celui-ci poursuivit : C'est prendre des risques inutiles de miser sur la chance. Les faits ne dépendent plus de vous aujourd'hui, et je crains que la prochaine étape soit encore plus difficile que la précédente.

Shoto songea mûrement aux interrogations de ses mentors. Le bicolore n'avait jamais été inquiété par le chemin qu'il avait décidé de suivre. Mais ce qui était certain, c'est que son retour à Rome ne l'avait pas laissé indifférent. Et alors que de telles questions embrumaient son esprit il se demandait si cette fois-ci il arriverait à les résoudre toutes.

*…*

Le lendemain, Shoto passa la journée à faire des rapports oraux sur leurs précédents voyages. Il avait à peine croisé ses camarades qui subissaient eux aussi ces interrogatoires fastidieux. Ils se donnèrent tout de même rendez-vous devant le castrum, puis prirent le chemin du centre de la ville où un commerce tout particulier les attendait.

Les trois amis venus d'un petit village près de Naples furent heureux de voir que le commerce Les frères n'avait pratiquement pas changé. Ils retrouvèrent la même ambiance agréable et vivante du lieu, ainsi que les nombreux habitués toujours aussi fidèles. Fumikage et Mezo y allaient pour la première fois, et ils furent tout de suite atteints par le côté chaleureux que dégageait le bâtiment. Tenya avait insisté pour leur tenir compagnie pendant que les trois autres iraient à la rencontre des propriétaires. Reconnaissant, ils le remercièrent d'un signe de tête, puis traversèrent le rideau couleur bronze, accessible uniquement pour les particuliers.

Rien n'avait changé non plus dans cette partie du commerce. Les trois souriaient aux nombreux souvenirs qu'ils avaient de ce lieu. Et c'est en faisant le tour de la pièce du regard qu'ils virent les instigateurs de ces souvenirs si chers. Il fallut peu de temps pour que les commerçants les remarquent à leur tour. Débuta alors un échange de regards dans un silence complet. Ce manque de réaction aurait pu en étonner beaucoup, mais il ne fallut pas longtemps pour que leur façade neutre se déforme en des grimaces de joie. Eijiro et Denki coururent en direction de leurs amis et les bousculèrent de manières affectueuses.

-Denki, ne serait-ce pas nos vieilles connaissances qui nous ont lâchement abandonnées pour partir à l'aventure à travers le monde, en revêtant un bel uniforme ?

-Maintenant que tu le mentionnes, j'ai de vagues souvenirs d'une amitié très forte, mais qui fut ébranlée par un désir soudain de prendre des vacances. Cependant, impossible de mettre un nom sur leur visage.

Les trois centurions soupirèrent, puis Katsuki répliqua :

-On a compris votre numéro. Maintenant servez nous du vin, qu'on vous explique ces trois dernières années. Prenez plusieurs tonneaux, trois ans c'est long.

Ils rirent tous, puis s'installèrent à leur table habituelle. Même trois ans séparés ne pouvaient tarir la joie qu'ils avaient de se retrouver tous ensemble. Les trois centurions avaient été assénés de questions concernant leur voyage. Et il fallut une bonne heure pour qu'Izuku ressasse leur expédition à travers le monde, sans compter les nombreuses interventions de Katsuki qui ne pouvait pas s'empêcher de contredire son ami. Denki et Eijiro ne le diraient jamais de vive voix, mais ils remarquèrent limpidement le changement qu'avait subi les gladiateurs. Ils ne savaient pas si cela était une bonne chose. Ce qu'ils savaient cependant c'est que leur vision du monde s'était faite plus douce. Plus encore, la maturité austère qu'ils avaient acquise contrastait parfaitement avec la quiétude qui emplissait leurs yeux. Avec un regard de connivence, les frères se jurèrent d'apporter à leurs amis ne serait-ce qu'un brin de paix. Quoi qu'il puisse arriver à Shoto, Izuku et Katsuki, le commerce Les frères serait à tout jamais un lieu d'harmonie pour eux.

-J'imagine que le mode de vie devait être très différent de ce que vous connaissiez. Comment vous êtes-vous adaptés au rythme ? La question de Denki fit sourire les concernés qui se regardèrent entre eux pour savoir qui devait répondre.

Et ce fut Izuku qui se décida :

-Disons simplement que nos débuts n'ont pas été évidents du tout. Le jeune homme hésita et semblait un peu embarrassé : Les entraînements et exercices durant nos voyages étaient vraiment très ardus. Les programmes qu'on nous imposait ne se révélaient pas être à la portée de tous. Et je ne remercierai jamais assez All Might et Eraser Head de nous avoir préparé à de tels exercices. Le réel… problème avec ces entraînements était la manière pour les soldats de les supporter.

L'hésitation d'Izuku n'aidait pas les commerçants à comprendre la situation, c'est pourquoi Shoto l'aida :

-Pour n'importe quelle génération de recrue, tenir dans ces conditions n'a jamais été possible. Et ce qui est sûr c'est que l'armée romaine sait parfaitement comment endurer. Dès notre arrivée nous avons eu la plaisante surprise de voir à quel point l'armée aime l'excès.

-Excès ? Eijiro commençait à comprendre, mais voulait l'entendre de ses amis.

Katsuki ne voulant plus tourner autour du pot, rétorqua :

-Vin. Luxure. Pari. Luxure. Les convenances et la bienséance n'existent plus dans les camps militaires, et nous en avons malheureusement fait les frais.

La lassitude des centurions amusa Denki et Eijiro qui ne pouvaient pas s'empêcher de les relancer sur ce sujet.

-Vous n'allez pas nous dire que durant ces trois années dans le monde, vous n'avez pas joui des plaisirs superflus qui le contiennent.

-Et ça serait vous mentir d'affirmer le contraire. Shoto et moi n'avons jamais ressenti de tel « besoin ». Pour ce qui est d'Izuku… comment dire ? Je n'ai pas besoin d'être plus clair en vous révélant qu'il n'y avait pas une minute sans qu'il n'évoque sa chère et tendre. Mais d'autant plus, à peine rentré nous n'avons plus eu signe de lui durant tout le reste de la journée jusqu'au lendemain.

Izuku soupira en cognant l'épaule du blond, alors que celui-ci et les autres s'esclaffaient.

-Eh bien messieurs, c'est un réel plaisir pour nous de constater que vous n'avez pas changé tant que cela. Vous restez étrangement désintéressés, alors que vos capes d'un vert impérial indiquent votre appartenance aux centurions.

Et ce fut avec fierté qu'Eijiro leva sa coupe et la tendit au centre de la table. Rapidement rejoints par les quatre autres, ils trinquèrent puis avalèrent d'une traite l'hydromel.

-Tu nous as félicité Eijiro, mais je crois que c'est à nous de le faire. Alors comme ça tu serais devenu un vrai homme. L'embuscade soudaine des trois centurions désarçonna le roux qui arrêta de respirer subitement.

Et alors que Denki se mettait à rire doucement, il s'expliqua :

-Je… J'aurais vraiment voulu vous avoir avec moi pour mon mariage, mais… Je ne savais pas quand vous reviendriez, et Mina et moi étions prêt alors…

-Tututu, pas besoin d'excuses. Nous sommes parfaitement compréhensifs. Il aurait été fou de nous attendre. Félicitation mon ami. Shoto tapota l'épaule de l'homme marié.

-Et alors ? Où se trouve ta belle ?

La question de Katsuki le fit sourire tristement :

-Mina est une commerçante nomade. Elle traite avec l'Empire au complet et est très régulièrement en déplacement. De plus, son vignoble se trouve très au Sud, elle est donc forcée à faire de nombreux allé retour. Je ne la vois pas autant que je le voudrais, mais je sais qu'elle fait ce qu'elle aime.

Le ton légèrement triste, Eijiro se fit enlacer l'épaule par son partenaire qui répliqua avec un sourire :

-Ce qui est certain, c'est que quand Mina revient, notre petit Eijiro ne tient plus en place. Si vous les voyez tous les deux… Ces mièvreries me donnent le tournis.

-Tu peux bien parler Denki, en sept ans, ton comportement avec Mademoiselle Jiro est le même. Moi au moins, j'ai épousé celle que j'aime.

La provocation d'Eijiro ne fit pas reculer son ami :

-Mademoiselle Jiro est toute disposée à se marier avec moi. C'est juste que… que…

-Que quoi ? S'empressa de demander Izuku.

Denki répondit mystérieusement :

-C'est un secret.

Le ridicule de la situation provoqua l'hilarité des cinq qui trinquèrent une nouvelle fois. Ce n'est qu'après de longues secondes dans le silence que Shoto demanda :

-Messieurs, dites-nous maintenant, quelles sont les nouvelles de Rome qui nous font défaut ?

Le sourire solaire des frères s'estompa graduellement, mais s'étant attendu à cette réaction les trois centurions attendirent qu'ils se mettent à parler. Denki décida de se lancer :

-Refaisons tout d'abord un état de ce qu'il s'est passé durant ces cinq dernières années. Je pense que cela sera mieux pour poursuivre avec les nouvelles. Vous devez savoir qu'à votre arrivée, il y a cinq ans maintenant, l'Empereur pouvait compter sur un gouvernement très stable. Même si certaines plaintes concernant l'alliance entre la Grèce et l'Italie troublaient cette paix sereine, rien à part cela pouvait réellement la perturber. Vint, cependant, vous en tant que gladiateur et votre volonté de faire vaciller les fondements du Colisée, plus grande attraction du monde. Même si votre intervention avait quelque peu changé la routine « monotone » de Rome, personne ne se sentait menacé par vous, et certainement pas l'Empereur. Deux ans plus tard, le Colisée avait pris l'habitude de voir les participants survivre à presque toutes les sessions. Le peuple se languissait de voir une réelle technique de combat, mais surtout des naissances de rivalité entre les combattants qui se promettaient revanche sur revanche. Ce système a perduré un moment, même après votre départ de Rome.

-Cependant, le gouvernement que nous connaissions depuis si longtemps et qui satisfaisait le plus grand nombre, fut soudainement démantelé. L'Empereur décida d'organiser de nouvelles « élections » pour déterminer qui serait le plus apte à faire évoluer cette monotonie devenue lassante. Tout sauf rétrograde, Enji Todoroki a certainement provoqué l'accablement du Rome d'aujourd'hui. Ses décisions ont provoqué certaines révoltes en Italie qui ont été instantanément annihilées. Agissement ayant causé la naissance de la terreur dans les rues autrefois si paisible de Rome.

-Que s'est-il passé ? L'inquiétude se voyait clairement sur le visage d'Izuku, à l'instar de ses amis d'enfance.

Eijiro répondit :

-Chizome Akaguro, connu sous le pseudonyme de Stain. Il est devenu gladiateur un an après votre départ, et depuis, l'arène s'est transformée en cauchemar. Cet homme est obnubilé par ses convictions qu'il juge justifiées, et de ce fait, il occis chaque adversaire qui traverse malencontreusement son chemin. Le Colisée, autrefois source de rire et de joie, ne provoque plus que dégoût et cauchemar.

-Il ne fait pas que tuer ses adversaires. Stain fait comprendre barbarement que le sort qu'il impose atteindra tous les compétiteurs. En quelques semaines, le taux de participants a chuté dangereusement. Le gouvernement a été obligé d'augmenter la récompense pour ne pas perdre trop de participants. Par chance pour eux, cela a amplement suffit. Mais la menace trône toujours, car l'influence de Stain se fait de plus en plus oppressante, continua Denki.

-Nous ne pouvons pas dire que les valeurs de Stain sont toutes mauvaises. Par ses agissements, il veut détruire le système en discréditant le gouvernement, installé par l'Empereur. D'une certaine manière, notre volonté rejoint la sienne, mais Stain ne fait plus aucune demi-mesure. Il ne jure que par le sang, et veut faire évoluer les mentalités par la force.

Katsuki s'était peu à peu crispé en entendant ces révélations. Il haïssait le fait d'utiliser l'arène de la mauvaise manière comme moyen d'exprimer ses convictions. Il cria presque :

-Comment les choses ont pu en arriver là !? Qu'a-t-il bien pu arriver pour que ce Stain en arrive à ces extrémités !?

Nullement perturbé par l'agitation du blond, Eijiro répondit calmement :

-Comme nous vous l'avons dit Denki et moi, les décisions de l'Empereur l'y ont mené. Hésitant il continua : Enji Todoroki a nommé un nouveau Préteur (Magistrat égal au consul, ayant les pouvoirs judiciaires, civiles et criminelles) qui n'a pas attendu longtemps pour dérégler tout le système.

-Et alors qu'il était impossible d'abhorrer plus Toya Todoroki, l'Héritier est devenu Préteur. Son génie machiavélique peut pleinement exister dorénavant, et je peux vous dire qu'il ne s'est pas gêné pour l'appliquer. Beaucoup de choses ont été réformées, mais au premier coup d'œil, ces changements apparaissent comme minimes. La vérité est indéniablement différente connaissant l'homme qui l'alimente. Il a mis en place une stratégie qui sur la longue désavantagera la majorité. Mais pour asseoir sa position, l'Héritier a procédé à certains changements concernant les esclaves.

La mine des commerçants s'assombrit d'autant plus, alors que le sujet qu'ils redoutaient venait d'être évoqué. Izuki, qui était incontestablement concerné par le sort des esclaves, se vit assailli par les regards des frères.

-Izuku, nous pouvons aisément dire que tu as fait preuve d'une grande sagacité en voulant affranchir au plus vite ton épouse. Si tu ne l'avais pas fait, il t'aurait été impossible de la secourir aujourd'hui.

Denki se leva d'un bon, il ne tenait plus en place et son agitation se fit contagieuse :

-L'Héritier a fait passer une nouvelle loi, interdisant à quiconque de libérer un esclave. L'esclave doit se libérer par ses propres moyens, avec « l'argent » qu'il aura lui-même récolté. En résumé, plus personne ne peut acheter un esclave si celui-ci a déjà un maître. Et en plus de tout cela, le prix de libération a augmenté. C'est pourquoi, la seule manière pour un esclave de devenir un affranchi est de passer par le Colisée.

Le roux prit la suite de son ami :

-Et voilà d'où vient le génie machiavélique de cet homme. Les trois règles de l'arène freinent considérablement les esclaves au préalable désavantagés. Et même dans la mesure où l'un d'eux trouverait quelqu'un pour le représenter, s'il ne se fait pas tuer avant, il devra combattre incessamment pour récolter la somme suffisante. Toya a figé la situation des esclaves avec une seule et unique loi. Et ce seront les générations futures qui en payeront le prix.

Ce fut au tour de Katsuki de se lever brusquement, la colère défigurant son visage :

-Quel argument a-t-il pu donner pour que la loi passe !?

Denki, qui se tenait en face de lui, lui répondit avec dégoût :

-Simple et efficace. Les esclaves affranchis ont tendance à tuer leurs anciens maîtres. Pour amoindrir les meurtres de Nobles, il fallait faire une sélection d'esclaves ayant le droit d'être libres. Selon leur logique, seuls les esclaves honnêtes et pacifiques ont de quoi payer pour leur liberté. Une mascarade que tout le monde s'accommode à tolérer. De nombreux témoignages ont soutenu cette idée absurde, dont un qui a fait toute la différence.

-Nous vous avons parlé de Stain, puis de Toya Todoroki. Je pense donc qu'il ne reste qu'à mentionner celui qui n'est pas si éloigné de ce dernier. Tomura Shigaraki. L'Héritier et lui partagent de nombreux points communs. Eijiro vit le dégoût sur le visage d'Izuku et rétorqua : Je suis bien d'accord avec toi Izuku, j'ai eu exactement la même réaction. Shigaraki n'est qu'un arriviste qui fricote docilement avec l'Héritier dans tout ce que Rome fait de mauvais. Il s'occupe de toutes les tâches ingrates et en échange, Shigaraki est passé de maître de cérémonie du Colisée, à responsable de l'arène. Une promotion qui fait de lui l'une des plus grandes figures de Rome.

Un grognement s'échappa de Katsuki qui s'appuya sur son siège. Izuku avait les coudes sur ses jambes et regardait le sol, une expression troublée sur le visage. Shoto essaya alors d'alléger l'atmosphère :

-Avez-vous au moins une bonne nouvelle à nous annoncer ? Je veux dire, si nous avions su, nous ne serions pas rentrés.

Eijiro et Denki ricanèrent, puis celui-ci retourna s'asseoir. Il expliqua en se frottant la nuque :

-Une seule et unique bonne nouvelle oui. L'Empereur et l'ambassadeur de Grèce n'ont toujours pas consenti à se mettre d'accord sur l'alliance, de ce fait, Toya Todoroki et Dame Yaoyorozu ne sont toujours pas mariés.

Cette révélation eut pour effet de détendre les centurions qui prirent cette nouvelle comme une lueur d'espoir. Particulièrement Shoto qui refusait de voir une nouvelle vie détruite à cause d'un membre de sa famille. Même si une partie de lui était sincèrement heureuse de voir que cette chose si particulière à Rome n'avait pas changée.

Tous perdus dans leurs pensées, une employée des frères traversa le rideau couleur bronze et s'approcha du bicolore.

-Monsieur Libra, quelqu'un vous demande à l'étage.