Chapitre 14

Shoto s'était levé immédiatement à cette annonce. Il se doutait de qui cela pouvait bien être, c'est pourquoi il n'adressa aucun regard à ses amis et traversa le rideau pour l'étage. Le bicolore se dirigea instinctivement vers le balcon où les rideaux avaient été tirés. Il aperçut alors une silhouette recouverte d'une cape. Mais même sans cela, il l'aurait reconnu entre mille.

-Bonsoir Fuyumi.

L'unique fille de la fratrie Todoroki se retourna lentement pour lui faire enfin face. Le frère et la sœur se regardèrent de longues secondes sans bouger, jusqu'à ce que la femme le prenne dans ses bras. Shoto lui rendit son étreinte avec un sourire. Après s'être défaite de lui, Fuyumi le regarda de bas en haut, puis lui ébouriffa les cheveux.

-Regarde toi. Mon petit frère est devenu un homme. Comment vas-tu ? Comment était ton voyage ?

-Je vais très bien. J'avais hâte de rentrer pour vous voir, toi et Natsuo.

-Je n'arrive pas à croire que tu sois devenu centurion, particulièrement à ton âge. Trois ans. Tu m'as vraiment manqué.

-Tu m'as aussi beaucoup manqué Fuyumi. Mais dis-moi, comment vas-tu ? Comment va Natsuo ?

L'air soucieux de Shoto fit sourire sa sœur. Elle qui voulait profiter d'un moment de tranquillité, elle comprenait bien qu'avec ses frères cela n'était jamais possible.

-Nous allons bien tous les deux.

Le sourire forcé de sa sœur laissa perplexe Shoto qui la bouscula :

-Fuyumi, sois honnête avec moi.

Elle soupira :

-Disons simplement que nos situations commencent à se compliquer. Shoto ne l'interrompit pas, alors elle continua : Tu as dû entendre parler de Stain. Son ascension est effrénée et cela a commencé à déstabiliser père. Il ne le montre pas, mais ses agissements parlent pour lui. Père resserre toutes les étreintes qu'il a en sa possession. La nôtre d'autant plus. A contrario, Toya a le plein pouvoir. Depuis sa nomination, il installe peu à peu sa propre justice. Et père à l'air de s'en accommoder.

-Pourquoi s'intéresse-t-il à vous aujourd'hui ?

Fuyumi hésita. Elle avait détourné les yeux, et Shoto était sûr d'avoir vu de la gêne.

-Père veut nous contrôler entièrement, c'est pourquoi, lorsqu'il a entendu dire que ses enfants fréquentaient des personnes qu'il ne connaissait pas, il a agi comme il sait si bien le faire.

-Fréquenter ?

Shoto avait un sourire moqueur, et Fuyumi détourna une seconde fois le regard :

-Natsuo et moi rêvons depuis toujours de quitter une bonne fois pour toute ce monde créé par père. Il était inévitable pour nous de rencontrer les personnes avec qui nous aimerions partager nos vies. Que devrions nous faire Shoto ? Se battre contre lui ? Ou se résigner ?

Le bicolore fut peiné de voir l'indécision de sa sœur. Une partie de lui regrettait de l'avoir laissée si longtemps. Mais il sourit en se rendant compte qu'elle avait été tout sauf seule.

-Keigo est un homme bon, humble, et aimé du peuple. Je pense que même l'obsession du contrôle de père ne pourra s'opposer à cette union. Père est certes fier, mais il n'est pas simple d'esprit. Il saura reconnaître ce qu'il y a de mieux pour lui. Pour ce qui est de Natsuo… Quelle est sa situation ?

Fuyumi se reprit rapidement et déclara :

-Tu dois te souvenir que père l'a nommé ambassadeur. Même si ses débuts n'étaient pas grandioses, il a su manier son rôle avec une main de maître. La majorité des pays où il s'est rendu n'ont pas tari d'éloges sur lui. Il est très apprécié, considéré comme un digne membre de la famille Todoroki. Sa plus grande réussite s'est faite sur le territoire Perse. Là-bas s'est conclu certainement la plus grande affaire commerciale depuis celle de Grèce. À son retour, Natsuo a été acclamé par la plupart des Consuls et des hauts commerçants. Père lui a offert une demeure pour le récompenser, mais sans aucune parole avec. En tout cas, cela n'a pas, une seule seconde, dérangé Natsuo qui avait déjà à ce moment la tête dans les nuages. En vérité, il l'a depuis son retour de Perse. Elle se nomme Kia. C'est un médecin de Persépolis qui travaillait au palais de l'Empereur. Natsuo l'a rencontrée alors que les négociations débutaient à peine. Les officiers qui l'ont accompagnée m'ont révélé que l'accord avait été signé en deux mois. Natsuo est resté en Perse sept mois.

Les deux se regardèrent avec un sourire, puis Shoto rétorqua :

-La Perse n'est pas la porte à côté. N'était-ce pas une simple amourette ? Avec la distance, la ténacité est souvent mise à l'épreuve.

-Je te rassure, Natsuo n'a pas eu besoin d'user de sa ténacité bien longtemps. Des bateaux commerçant persans sont arrivés peu de temps après son retour. Kia était à bord de l'un d'eux, et elle n'est pas repartie depuis.

-Je comprends. Alors sa relation avec elle a été rendue publique. Cela explique la réaction de père. Shoto plaça ses doigts sur son menton en réfléchissant.

-Cela ne s'est pas exactement passé comme cela. Les ragots courent les rues à Rome, et il a suffi que Natsuo soit en compagnie de Kia une seule fois pour que l'information remonte jusqu'au palais. Pour Keigo et moi, les choses ont été similaires. Nous soupçonnons Toya d'avoir mis son grain de sel dans cette histoire.

Shoto répliqua face au sourire amère de sa sœur :

-Alors, il s'en prend aussi à vous ? Mais quelles sont ses motivations ?

-S'il y a bien un individu que je ne comprendrai jamais, c'est bien notre aîné, Shoto. Mais, je pense qu'une partie de lui est frustrée de ne pas pouvoir se marier. L'influence de Momo Yaoyorozu s'est largement étendue ces dernières années. Toya, à l'instar de notre père, est un maniaque du contrôle, et pour lui le simple fait de ne pas contrôler cette influence le met hors de lui.

Le bicolore serra les poings et se refusa de poursuivre cette conversation qui provoquait chez lui une colère profonde.

-C'est le monde instauré par père qui l'a rendu ainsi. Je te promets Fuyumi, que je changerai ce monde, et Toya avec.

-Changer ce monde ? Et comment comptes-tu t'y prendre exactement ? Tu es un centurion maintenant, et bientôt tu auras le devoir de choisir pour qui tu te battras. Mais en voyant comment les choses se déroulent, il paraît évident que tu finiras par combattre pour père.

-Vraiment ?

Fuyumi fronça les sourcils devant le ton énigmatique de son petit frère.

-Explique toi.

La demande, qui, par l'empressement de la femme, ressemblait plus à un ordre, fit sourire Shoto qui déclara :

-Cela est censé être un secret, mais je crois que je te dois bien ça pour mon absence. Il inspira, puis continua : Quelques mois après le début de nos voyages, un messager grec, logeant à Rome, est venu faire une inspection. Cela arrivait souvent. Beaucoup de représentants venaient évaluer le potentiel des recrues pour sélectionner à l'avance ceux qu'ils voudront pour leur armée. Ainsi, ce messager de Grèce fit son travail. Il inspecta chaque recrue, et inscrivit le nom de tous ceux qui avaient attiré son attention. Mais un jour, alors que Katsuki et moi faisions nos rondes du soir, Izuku fut approché par le messager. Selon lui, tout ce voyage n'était qu'une mascarade organisée par l'Empereur. Celui-ci avait dans son viseur un nombre particulier de nouvelles recrues qu'il voulait voir remplir ses rangs. Il a alors organisé ce voyage coûteux qui nous faisait traverser Empire sur Empire, dans l'optique de nous entraîner exagérément et d'ainsi avoir le potentiel nécessaire pour entrer dans la garde impériale. Notre cohorte n'était remplie que de recrues que père voulait pour lui, et mes deux amis et moi en priorité. Et voilà où intervenait le messager. Celui-ci avait été envoyé par son maître, un commerçant grec partageant notre idéologie sur la liberté des esclaves. Son souhait, nous avoir tous les trois dans son armée privée. Ainsi, dès que le moment sera venu, Katsuki, Izuku et moi travaillerons pour l'armée grecque, et ce sous le nez même de l'Empereur.

Le petite sourire satisfait de Shoto eut pour effet de faire rire Fuyumi qui trouvait cette révélation très amusante. Elle rit d'autant plus en imaginant la tête de son père lorsqu'il apprendrait le choix de ces trois centurions qu'il voulait tant.

-Je n'imagine pas la fureur de père en apprenant cela. Il vous a voulu avant même qu'il sache qu'All Might vous avait pris sous son aile. Et c'est ce fait-là qui est la conséquence de vos trois ans sur les routes. Mais en plus, un autre bénéficiera de votre présence dans ses rangs. Oui c'est indéniable, père sera furieux.

Shoto ignora la grimace de sa sœur, et répliqua instantanément avec une curiosité qui durait depuis beaucoup trop longtemps :

-Tu sais ce qu'il y a bien pu arriver entre All Might et père ?

L'étonnement se lisait limpidement sur le visage de la femme alors qu'elle demanda :

-Ton mentor ne t'en a pas parlé ?

-Il est assez évasif sur le sujet. À vrai dire, c'est certainement le seul tabou qu'il y a entre nous.

-C'est aussi un sujet sensible pour père. Mais cela est compréhensible, après tout, All Might est le seul homme ayant réussi à le vaincre.

-Je peux comprendre que père soit réticent à en parler, mais All Might… Je veux dire, excepté sa victoire contre l'Empereur, il n'a rien à cacher.

-Je ne vois pas pourquoi cela t'importe tant. Ce sont d'anciennes querelles qui n'ont plus lieu d'être aujourd'hui.

Perplexe, Shoto répondit :

-Je n'en suis pas si sûr. Toi-même tu l'as dit, ce qui a encouragé père à dépenser tant de moyens pour nous permettre d'avoir le meilleur entraînement possible, c'est qu'All Might est celui qui nous a initié au combat. Il s'est réellement passé quelque chose entre les deux, et j'ai la sensation que le savoir me permettra d'atteindre mon but.

-De toute manière, je n'ai pas la réponse Shoto, je suis désolée. Le bicolore abandonna son air interrogatif et lui sourit. Elle demanda ensuite : Tes camarades et toi connaissez le commerçant qui vous a approché ?

-Nous ne l'avons jamais rencontré, mais nous avons une entrevue avec lui dans une semaine jour pour jour. Si tout se passe comme prévu, nous porterons les couleurs de la Grèce dans un mois.

La femme ne put s'empêcher de se remettre à rire, et son frère fut très heureux de la voir ainsi.

-Ce qui est sûr, c'est que tu es bien un Todoroki.

Un petit silence s'installa alors qu'ils regardaient la vue depuis le balcon. Soudain, Shoto eut l'envie de lui poser une question. Cette question tournait dans sa tête depuis plusieurs années maintenant, et à chacune des fois où il la posait, on lui donnait une réponse différente. Résoudre ce problème, pourtant si simple, était devenu une obsession pour lui qui avait la certitude que cette réponse résoudrait tous ses soucis. Il se décida enfin à la lui poser :

-Dis-moi, Fuyumi, en un seul mot, qu'est-ce qu'est Rome à tes yeux ?

Pour une raison que Shoto ne pouvait expliquer, mais qu'il comprenait aisément, Fuyumi lui répondit instantanément :

-Froide.

Le bicolore lui sourit tristement et elle le lui rendit. Aucun d'eux ne parla, et ils restèrent dans un long silence un moment, avant que Fuyumi n'eut à quitter le commerce.

*…*

La semaine passa alors que le jour tant attendu par les trois amis arriva. Ils avaient été guidés par un centurion grec qui était venu jusqu'à leur camp pour les escorter. En tête de file, le soldat les guida à travers la ville jusqu'à l'une des hauteurs de Rome. Shoto reconnut rapidement le chemin emprunté, et plus ils avançaient, plus le bicolore comprenait où ils se rendaient. Le groupe de quatre suivit un chemin de gravier, puis descendirent une petite dune. Ce fut à cet instant qu'ils aperçurent un castrum, rempli d'un nombre de soldats semblable à une cohorte entière. Les amis furent étonnés de voir un nombre si important de soldats pour un commerçant grec, mais retinrent toutes remarques. Arrivant devant une tente des plus élégantes, ils baissèrent la tête pour y entrer.

-Vous voilà enfin ! J'attendais votre retour depuis un moment déjà ! Quel plaisir d'enfin pouvoir converser avec vous proprement !

Shoto, Katsuki et Izuku retinrent leur respiration en voyant celui qui avait pris l'initiative de les approcher durant leur voyage. Jamais ils n'auraient pu se douter que l'ambassadeur Yaoyorozu, le plus influent commerçant de Grèce, puisse solliciter leur force pour le défendre. Sentant une immense pression sur leur épaule, d'une part dû au fort charisme de l'homme en face d'eux, et d'une autre par leur incompréhension de la situation, aucun mot ne put sortir de leur bouche. Mais alors que le silence se prolongea, Shoto observa l'ambassadeur avec un œil pointilleux. Celui-ci se tenait face à eux, la carrure droite, les bras croisés, et un léger air espiègle qu'il ne connaissait que trop bien. En ressentant une aura familière, le bicolore se détendit et déclara :

-Monsieur Yaoyorozu. Si je comprends bien, vous êtes celui qui nous propose de se joindre à votre armée. Nous sommes honorés, en plus d'être flattés. Mais, nous aimerions avoir un peu plus d'éclaircissement sur ce que vous attendez de nous.

L'ambassadeur sembla satisfait par l'entrain de Shoto, et lui répondit avec un sourire :

-J'aime votre aplomb, . Ce sont des raisons similaires à ce trait de caractère qui m'ont convaincu de vous solliciter. Mais je crois que vous avez raison, je vous dois des explications. Mes informateurs m'ont révélé que l'Empereur avait organisé un voyage visant à entraîner efficacement ceux qu'il voulait voir remplir ses rangs. Je n'ai pas été réellement alarmé par cette décision de l'Empereur qui avait tous les droits ici. Cependant, lorsque j'appris que certain en particulier en faisait partie, cela a commencé à me… comment dire ? Me titiller. En effet, parmi la cohorte envoyée en voyage, il existait des recrues que j'avais moi-même sélectionnées de mon côté. Je ne pouvais raisonnablement pas accepter de les laisser, sans rien essayer, à l'Empereur. Voilà pourquoi messieurs, vous vous trouvez aujourd'hui face à moi. Vous êtes les trois recrues que je voulais à mes côtés, et je vous ai de ce fait, fait une proposition, que vous êtes libre d'accepter ou non.

Avoir les explications qu'ils attendaient tant, rassura les amis qui avaient troqué leur posture stricte pour une posture plus détendue. Katsuki demanda soudainement :

-Quels devoirs nous incomberons si jamais nous acceptons votre proposition ?

-Il est évident que vous serez nommés d'office centurions. Vous ferez partie des dix centurions chargés d'une centaine de soldats. Vous assurerez les mêmes fonctions dans mon armée que celle que vous assurez aujourd'hui. La différence, c'est que vous n'interviendrez pas dans les affaires de Rome. Si jamais vous acceptez, vous serez tous trois considérés comme des soldats grecs, peu importe l'endroit où vous êtes nés. Mais bien sûr, en tant que centurions attitrés, vous avez des droits semblables à ceux de l'armée romaine. Après tout, ce n'est qu'une question de temps avant que l'Italie et la Grèce deviennent un seul et même Empire.

Katsuki frissonna en se rendant compte que l'ambassadeur était impossible à déchiffrer. Il ne laissait rien transparaître, excepté un léger sourire, qui en disait tellement, et en même temps si peu. C'était une chose qui à la fois effrayait et intriguait les hommes.

-Ainsi donc, nous aurons le titre de centurions. Comment cela est-il possible ? Je veux dire, vous devez savoir que mes camarades et moi sommes nés dans l'Empire romain. Le titre de centurion est un trop grand poste pour ce que nous représentons. Shoto fronçait légèrement les sourcils.

-N'êtes-vous pas d'honnêtes hommes ?

-Comment auriez-vous l'assurance que nos paroles le sont ?

-Cette même réponse.

-Je ne comprends pas monsieur. Nous devons vous prouver notre valeur avant de prétendre être vos centurions.

L'ambassadeur se mit à sourire au grand étonnement du bicolore :

-Je crois , que je me suis mal exprimé. En vérité, les postes de centurions, je les propose à vos camarades, et . Devant le scepticisme des trois hommes, l'ambassadeur expliqua : Le Tribunus Cohortis (commandant d'une cohorte de troupe auxiliaire) de mon armée se fait vieux et m'a humblement demandé s'il pouvait finir ses jours dans notre terre natale. Je n'ai pas pu le lui refuser après tant d'années de loyaux services. Le problème auquel je me suis confronté à cet instant était que je n'avais tout simplement plus de commandant. Et il m'est évidemment impossible de retourner en Grèce pour en choisir un nouveau. Voilà donc les raisons pour lesquelles vous vous trouvez ici aujourd'hui . Je me suis particulièrement renseigné sur vos actifs militaires et j'ai été impressionné par les retours de vos supérieurs. Ils vous estiment. Et selon moi, il n'y a pas plus grande reconnaissance lorsque l'on sert dans l'armée. Je voudrais donc vous proposer la place de commandant dans l'armée auxiliaire grecque.

Bouche bée, Katsuki et Izuku fixaient leur ami qui s'était pétrifié un peu plus tout au long du discours de l'ambassadeur. Shoto dû user de tout son savoir-faire pour rétorquer :

-À moi !? Mais monsieur, je suis loin d'être qualifié. Je n'ai aucune expérience en combat militaire. Des dizaines d'hommes à Rome sont plus aptes que moi à prendre ce poste.

Le commerçant ne mit que quelques secondes à argumenter :

-Il est limpide pour moi que votre expérience est minime comparée à d'autres. Mais aucun, n'a été si jeune reconnu comme prodige. Vous êtes un stratège hors pair. Votre sang froid donne envie de vous suivre. Mais surtout, vous n'avez jamais perdu un combat dans l'arène.

-À l'instar de mes camarades.

-Parfaitement, mais mon choix s'est porté sur vous. Car plus que quiconque, ils vous font confiance. Un commandant doit savoir instaurer la confiance chez ses subordonnés. Libra, je vous en prie. Vos amis et vous-même, avez été recommandés par beaucoup. Dont une personne très chère à mon cœur. Ma fille n'est pas aisée dans la sélection de son entourage. C'est une femme avare de compliments et ceux qu'elle n'estime pas, elle les ignore. Je ne sais par quel miracle, mais vous avez détenu son estime. Cela m'a intrigué. Plus encore, j'ai appris que l'un de vous avait affranchi une esclave et l'avait épousé. Lequel d'entre vous est cet homme ?

Izuku se redressa. Il fit un pas en avant et dit :

-C'est moi monsieur. .

L'ambassadeur perdit son sourire et arbora une expression d'un sérieux extrême. Il s'approcha de l'homme marié, se posta en face de lui et déclara :

-Vous êtes un homme courageux. Vos actions, égoïste ou non, ont forcé mon respect. Si j'ai débuté une compétition si puérile avec l'Empereur, c'est parce que pour la première fois depuis très longtemps, j'ai eu la chance de voir des hommes prêts à risquer tout ce qu'ils avaient pour leurs convictions, sans pour autant sacrifier leur humanité. Je ne peux vous forcer à accepter ma proposition. C'est pourquoi, c'est une demande que je vous fais aujourd'hui, , , , acceptez de devenir soldat de l'armée grecque. Acceptez de défendre le représentant d'un Empire qui partage vos valeurs et qui serait prêt à vous soutenir dans vos agissements pour la liberté.

La déférence de l'ambassadeur, ainsi que son éloquence sincère touchèrent les trois centurions, qui après ce discours n'eurent plus aucun doute sur le choix qu'ils devaient faire. Les amis tendirent leurs mains vers l'homme en face d'eux, signant ainsi leur nouvelle allégeance.

*…*

Lorsque Toya entra dans la salle du trône, une aura noire le traversa entièrement. Mais nullement troublé par l'immense colère de son père, l'Héritier exultait déjà en imaginant le visage de l'Empereur lorsqu'il exacerbera ce qui le rendait si furieux.

-Eh bien, eh bien, le grand Enji Todoroki réduit à cet état de colère. Je me demande ce qui a pu vous mettre dans un tel état.

-Et je crois au contraire que si tu es ici, c'est justement car tu le sais.

-Il est vrai que j'en ai pris connaissance. Cela doit être difficile à digérer je présume.

Enji, qui était assis sur son trône, se leva d'un bond, la fureur défigurant son visage :

-Ce fourbe ! Comment a-t-il osé !?

-Je suppose qu'il a simplement été plus rapide que vous. Si vous aviez été clair dans vos intentions, les choses ne seraient peut-être pas passées ainsi. Toya s'amusait énormément.

-Je t'interdis de te moquer de moi !

-Et pourtant il y a toutes les raisons de le faire. Vous avez créé de véritables combattants, leur réservant des entraînements de haute qualité ainsi que la possibilité de se familiariser avec de nombreux Empires, pour que les meilleurs d'entre eux se retrouvent chez votre concurrent. Vous avez créé des armes pour votre adversaire, père. Attention, nous pourrions croire que vous avez la capacité de commettre des erreurs.

-Comment cela a-t-il pu m'échapper !? Qu'est-ce que Yaoyorozu a bien pu leur promettre pour que ces trois-là le rejoignent !?

-Cela est pourtant simple, vous n'avez tout simplement pas compris la nature profonde de ces gladiateurs. Ce sont des hommes aveuglés par des valeurs enfantines. Ils combattent pour une idéologie bien loin des désirs futiles de notre monde. C'est pourquoi votre échec était assuré dès le début. Et c'est aussi pourquoi aujourd'hui, ils représentent plus une menace pour vous qu'une potentielle force.

-J'ai fermé les yeux lorsque j'ai appris qu'ils étaient affiliés à Toshinori Yagi, mais ça… Ces trois-là vont amèrement regretter leur choix. Toya, s'ils ne me servent pas, ils ne doivent servir personne. Agit comme bon te semble avec eux, je ne réponds plus de leur sécurité dorénavant.

Et c'est satisfait que Toya quitta la salle du trône, un sourire démoniaque sur le visage.