Chapitre 16
Shoto avait été contacté par la garde impériale pour organiser la sécurité chez l'ambassadeur Yaoyorozu. L'Empereur étant l'invité d'honneur, rien ne devait être laissé au hasard, et Shoto eut énormément de travail les cinq jours suivant sa rencontre avec Eri. La petite fille avait été confiée à Izuku et Ochaco qui avaient accepté de s'occuper d'elle. Nullement préparés à devenir parents, le couple, de par leur immense gentillesse, avaient accepté d'office d'accueillir Eri. Même Katsuki avait succombé au sourire timide de la petite fille qui les avait tous remercié un par un.
Il arriva dans la salle du repas des Yaoyorozu plus tôt que les autres invités pour organiser le roulement des soldats chargés de la protection du soir. Au moins deux soldats devaient s'occuper d'un Noble, mais pour ne pas provoquer un sentiment de malaise, seul un soldat par famille pouvait se tenir dans la pièce. Les autres resteraient à l'extérieur. La famille Yaoyorozu ayant ses dix centurions, ainsi que le Tribunus Cohortis à table, aucun soldat de l'armée grecque ne sera chargé de la protection, ce qui laissera amplement la place pour les soldats des invités. L'ambassadeur l'avait félicité pour son organisation qu'il jugeait parfaite. Les autres invités n'avaient émis aucune réserve, signe de leur satisfaction. Ainsi, il ne manquait que l'arrivée des convives. Mais l'attente fut de courte durée, et ce fut un l'ambassadeur gaulois qui arriva le premier. Son fils et Izuku se connaissaient déjà depuis quelques années. Les deux s'étaient rencontrés dans le commerce Les frères, et gardaient le contact depuis. Même lorsqu'il retournait en Gaule, le dénommé Yuga Aoyama, prenait le temps d'envoyer une lettre au centurion. Katsuki et Shoto ne comprendraient jamais comment leur ami faisait pour s'attirer la sympathie de tous ceux qui traversaient sa route.
Il ne fallut pas longtemps pour que la plupart des invités soient présents. Il ne manquait que l'Empereur et ses enfants, qui arrivèrent peu de temps après. L'ambassadeur, après les avoir salués affablement, proposa aux convives de prendre place à table. Shoto s'était tendu dès l'arrivée de la famille impériale. D'abord heureux de voir Fuyumi et Natsuo, la colère prima dès l'instant où l'imposante carrure de son père franchit la porte. Usant de tout le contrôle dont il pouvait faire preuve, le bicolore ne lui jeta pas même un regard et se détourna des invités pour fournir les derniers ordres à ses soldats.
Momo, de son côté, s'était royalement vêtue pour l'occasion, et elle prit place sur son siège habituelle qui l'astreignait à manger à la droite de son fiancé. Celui-ci ne l'ignora pas longtemps et s'adressa à elle :
-Princesse. Cela faisait longtemps que nous ne nous étions pas vus.
De son ton le plus incisif possible, elle rétorqua :
-Je pensais, au contraire, que cela ne faisait pas assez longtemps.
-Oh non, ne me faites pas pleurer. Je suis l'Héritier, il ne faudrait pas que j'humilie notre Empereur avec mon cœur brisé.
-Votre Empereur, Todoroki. Le mien se trouve en Grèce.
Il sourit. De ce sourire qu'elle haïssait :
-Quelle différence cela fait-il ? Après tout, dans peu de temps nous serons officiellement devenus Empereur et Impératrice.
Agacée, elle détourna son regard de lui, qui lâcha un petit rire. Ce qu'elle le méprisait !
-Tout va bien, Dame Yaoyorozu ?
Momo n'avait pas remarqué la personne qui s'était installée à sa droite. C'est pourquoi, elle fut d'autant plus étonnée en voyant avec un regard soucieux. Momo comprit alors qu'elle se trouvait entre son fiancé et son commandant. Décidément, la chance l'avait abandonnée en ce soir de dîner.
-Oui, merci. Et vous ?
-Partagé entre la colère et le malaise. Même après tant d'années ma fureur est restée inchangée. De plus, c'est la première fois que je suis convié à un dîner tel que celui-ci.
-Le grand , ayant triomphé dans l'arène, a peur d'un simple petit dîner. Qui pourrait croire cela ?
-Je n'ai pas peur. Je suis simplement anxieux.
-Disons que cette réponse nous satisfait tous les deux.
Shoto sourit, puis se rendit compte que son « anxiété » avait complètement disparu. Lui qui était déçu d'avoir été séparé de ses camarades, se dit que sa soirée n'allait pas être totalement ennuyeuse.
-Vous lasserez-vous un jour de vous moquer de moi ?
-Tant que j'en aurai l'autorité, jamais.
-Alors quoi, je dois avoir un rang supérieur au votre pour que vous arrêtiez de rire à mes dépends ?
-Je pense que vous savez que cela est impossible. Excepté si votre nouvel objectif est de devenir Empereur.
-Empereur ? Non, je n'en ai pas l'étoffe. Par contre Impératrice…
Elle avait laissé échapper un rire, qu'elle retint instantanément par un raclement de gorge. Quelques regards se tournèrent vers eux, mais ne donnèrent pas suite. Shoto fit comme si de rien n'était et donna toute son attention à son entrée. Mais le repas, qui se déroulait plus que bien, fut interrompu par la voix sournoise de l'Hériter :
-Monsieur l'ambassadeur, puis-je m'adresser à votre commandant ? Je sais que nous sommes réunis entre amis, mais il y a un point que j'aimerais régler avec lui.
L'ambassadeur ne montra absolument rien, mais Momo connaissait par cœur son père : l'affront de Toya ne lui avait pas du tout plu. Mais ne voulant pas se confronter à l'Empereur, il abdiqua avec un sourire :
-Bien évidemment.
Après lui avoir rendu son sourire faussement poli, il parla d'une voix forte :
-Merci, monsieur l'ambassadeur. Pour ne pas troubler trop longtemps cette soirée, je vais aller droit au but. Des soldats sous mon commandant m'ont rapporté qu'un travailleur des champs de coton s'était enfui. Mes soldats l'ont poursuivi jusqu'à tomber sur vous, commandant Libra. Ils m'ont rapporté que vous vous étiez interposé entre eux et le travailleur. J'aimerais avoir une explication de votre part sur pourquoi êtes-vous intervenu, et qu'est-il arrivé ce travailleur ?
-Vos soldats vous ont-ils dit qui était ce travailleur ? Toya ne répondit pas, alors Shoto continua : Une petite fille de sept ans. Elle était terrorisée, et s'est écroulée dans mes bras lorsqu'elle fut assurée que plus personne n'essayerait de l'astreindre à quoi que ce soit. J'ai jugé juste de protéger cette enfant, et lui ai permis de vivre une vie normale. Elle vit aujourd'hui avec l'un de nos centurions et son épouse, qui la traite comme leur enfant.
-Une enfant ? Je comprends enfin pourquoi ma fiancée s'est elle aussi portée garante. Qui s'occupe d'elle ?
-Moi, monsieur. Izuku Midoriya.
Izuku s'était redressé sur sa chaise. Il avait déposé ses couverts et fixait sans ciller l'Héritier. En regardant avec plus d'attention, Toya remarqua que tous les centurions avaient fait de même, et posaient sur lui un regard désobligeant. L'aîné Todoroki ne se démonta cependant pas :
-Vous êtes le gladiateur ayant épousé une affranchie. Avoir dans votre foyer une affranchie et une esclave fait de vous un homme d'exception.
Un bruit de couverts fracassé contre une assiette retentit. L'Empereur avait fait cesser toute conversation, et son regard froid se posa sur son fils :
-Toya, cela suffit.
Celui-ci débuta un combat de regard avec son géniteur, mais sourit subitement. Il rapporta son attention sur son assiette et termina :
-Je crois que pour cette fois-ci je peux fermer les yeux. Après tout, elle n'a que sept ans.
Plus rien ne vint troubler la soirée, mais l'ambiance détendue mit un temps considérable à se réinstaller. Shoto ne s'était pas senti offusqué une seule seconde par les manières de Toya, mais avait ressenti un flot de compassion envers la femme assise à ses côtés. Ce qui était certain, c'était que Momo Yaoyorozu jouait très bien la comédie. Elle avait brillamment camouflé son dégoût tout au long du dîner. Mais Shoto n'avait pas manqué les tremblements de la jeune femme lorsque son futur mariage était évoqué. Le bicolore s'était efforcé de garder une conversation avec elle. Et même si celle-ci n'était qu'à moitié impliquée dans leur discussion, Shoto arrivait parfois à lui arracher un sourire. Fuyumi, qui se trouvait en face de lui, lui jetait souvent des regards et lui souriait lorsque leurs yeux se croisaient. Elle semblait lui être reconnaissante de prendre soin de Momo, ce qui le fit détourner le regard de gêne.
La chose qui mettait tout le monde d'accord en ce soir de dîner n'était autre que le repas lui-même. L'ambassadeur avait fait des choix très pointilleux dans la sélection des mets proposés à ses convives. Ils avaient eu droit en entrée à de l'Horiatiki (salade grecque) ainsi qu'à du Dolmadakia (feuilles de vignes farcies), spécialités typiquement grecques et qui avaient été cuisinées avec des produits venant de la Grèce même. Le plat était l'un des plus populaires de Rome, le Saltimbocca alla romana (filets de bœuf coupés finement et enroulés dans du jambon et de la sauge), préparés par le cuisinier le plus influent de la ville. Et enfin, un mille feuilles ainsi qu'un vin rouge, tous deux expédiés de Gaule pour l'occasion.
Un simple repas avait réussi à satisfaire chacun des invités de l'ambassadeur. Shoto admirait la capacité du père Yaoyorozu à accueillir des êtres si différents et à les faire se réunir pour partager une expérience semblable. Les auras si pesantes de l'Empereur et de Toya avaient été effacées par la douceur exquise de chacun des plats si brillamment choisis. Et ce fut comblés que les convives quittèrent la demeure Yaoyorozu.
*…*
Le lendemain, le castrum grec s'était levé aux aurores. Le commandant de la cohorte avait organisé le premier rassemblement depuis qu'il avait pris ses fonctions. L'objectif était de mettre en place les plans de formations rédigés par les dix centurions. Shoto passa alors la matinée à évaluer l'efficacité de ses plans tout en trouvant un moyen de les améliorer. Très rude comme travail, le commandant fut tout de même satisfait d'avoir pu échanger plus personnellement avec ses soldats. Sentiment tout à fait réciproque pour les légionnaires qui voyaient de près les talents d'un prodige.
Toute la cohorte rentra exténuée, mais avec un sourire satisfait sur le visage. Les dix centurions rêvaient d'un bon bain chaud, et cela tentait tout autant le bicolore plus fatigué encore qu'eux. Et alors que Shoto allait regagner sa tente, il entendit quelqu'un crier son nom. Il se tourna et vit le porte-étendard, Yosetsu Awase, s'arrêter devant lui, essoufflé :
-Commandant… Le… Je n'ai pas pu vous prévenir avant… L'Héritier Todoroki est arrivé une heure avant votre retour. La suivante de Dame Yaoyorozu m'a demandé de vous prévenir dès l'instant où vous rentrerez.
À la fois concentré et soucieux, Shoto demanda subitement :
-Que s'est-il passé ?
-Je n'en sais rien. Les domestiques ont reçu l'ordre de ne plus monter à l'étage. Mais Mademoiselle Jiro était très agitée. Depuis que je sers l'armée grecque, c'est la première fois que je la vois comme cela.
Il n'en fallut pas plus à Shoto pour se diriger vers la demeure Yaoyorozu. Le bicolore savait l'ambassadeur de retour dans sa terre natale pour faire un rapport à l'Empereur de Grèce. C'est pourquoi, il était le seul en charge de la maison durant son absence. Il traversa le vestibule, contourna l'impluvium et prit les escaliers à gauche. Le commandant ignora les domestiques présents devant et grimpa deux par deux les marches, puis prit ensuite le couloir adjacent. Mais sa marche effrénée fut coupée par Toya Todoroki.
-Oh, vous voilà enfin. Je commençais à me faire du souci pour la protection de ma fiancée.
-Que faites-vous ici ?
Un sourire se voulant mystérieux graver sur son visage, il répondit :
-Rien de bien méchant. En vérité, je suis venu la remercier. Toya fut satisfait de voir le froncement de sourcils de son interlocuteur : Il semblerait que la perte d'un de mes travailleurs m'a donné le pouvoir d'en commander d'autres. J'espère simplement qu'ils ont au minimum dix ans. Cela m'agacerait que quelqu'un me les dérobe eux aussi.
Camouflant au mieux sa colère, il répliqua :
-Je n'aime pas qu'on agisse sans m'en informer. Vous avez profité de l'absence des gardes de Dame Yaoyorozu pour vous infiltrer ici. Plus jamais pareil chose ne doit se produire.
Ce fut au tour de Toya d'être en colère :
-Ma venue ici est une totale coïncidence. J'ignorais que sa garde ne serait pas présente cette matinée. Mais vous qui avez l'air d'avoir une dévotion loyale en ma fiancée, je pense qu'il est de rigueur de vous mettre en garde. Cette femme deviendra mon épouse, et j'ai le pouvoir de la voir lorsque bon me semble. Se regardant en chien de faillance, l'Héritier termina avant de s'en aller : Je crois que nous nous sommes compris.
Dès que Toya passa près de lui, Shoto continua sa route vers la chambre de la Dame. La porte était ouverte, mais il toqua tout de même. Aucune réponse ne vint à lui, alors il s'engouffra dans la chambre sans hésitation. Il inspecta la pièce sans trouver le moindre signe de la femme, mais remarqua une ombre sur le balcon. Le commandant inspira avant de rejoindre Momo qui était dos à lui.
-Dame Yaoyorozu ?
Dans un mouvement précipité elle porta sa main à ses yeux. Nullement dupe, Shoto baissa la tête par respect, pendant que la colère qu'il ressentait envers son frère se multipliait en comprenant que celui-ci avait fait pleurer la femme en face de lui.
-J'ai donné l'ordre de ne pas venir à l'étage jusqu'à mon consentement.
-Votre père est absent, de ce fait j'ai le plein pouvoir ici.
-Ce discours ne vous ressemble pas.
-Comme me tourner le dos ne vous ressemble pas.
Il la vit inspirer, puis se tourner lentement. Si Shoto ne l'avait pas vu essuyer ses yeux, il n'aurait jamais soupçonné qu'elle avait versé des larmes.
-Que voulez-vous ? La question de Momo était froide, et l'aura qui émanait d'elle aurait pu en faire reculer beaucoup. Mais pas Shoto.
-J'ai une envie terrible de me dégourdir les jambes. Je vais vous escorter. Préparez-vous, nous sortons.
Momo leva un sourcil :
-Vous êtes sérieux ?
-Mon travail de commandant est plus que sérieux. Je croyais que vous le saviez.
Ce fut après de longues secondes, que la femme consentit à abdiquer. Shoto descendit le temps qu'elle se prépare, et en profita pour informer la maisonnée que les deux sortaient en ville. Kyoka l'avait remerciée solennellement, et le bicolore se dit que beaucoup trop de personnes le remerciaient de faire son travail. Ce qui était sûr c'était que ce phénomène piquait particulièrement sa curiosité.
Le commandant et la Dame avaient emprunté le même chemin qu'il y a six jours. Ils passèrent par le commerce des épices et des parfums. Puis dans celui des bijoutiers, où Momo s'attarda plus que la dernière fois. Et ce fut à cet instant que Shoto décela ce que représentait réellement Momo Yaoyorozu. Comment s'était-il retrouvé à se poser une telle question ? Il n'en savait rien. Indéniablement, le bicolore avait toujours fait son devoir : la protéger. Mais étrangement, il en retirait un intérêt certain. Durant ces cinq ans, il n'avait vu Momo Yaoyorozu que dans de furtifs moments, et à la plupart d'entre eux, ils s'adonnaient à des joutes verbales amusantes. Cependant, aujourd'hui Shoto la voyait avec précision et attention. Sa manière de voir le monde et les gens qui l'entouraient n'avait plus aucun secret pour lui. Il était comme devenu un témoin privilégié de l'œuvre d'art qu'était Dame Yaoyorozu. En cet instant, il n'arrivait pas à la voir autrement. Elle était comme un tableau peint d'innombrables couleurs par ceux qui avaient traversé sa vie. Chacun d'eux ayant laissé une marque qui se transcrivait dans chacun de ses mouvements. Shoto voyait en elle une résignation triste, comme si durant toute sa vie elle avait dû porter à bout de bras une fatalité cruelle. Momo Yaoyorozu vivait chaque instant avec attention, se refusant à la négligence, elle s'efforçait de respirer aussi spontanément que n'importe qui le ferait. Shoto avait déjà vu cela par le passé. Durant son temps à travers contrée sur contrée, il avait pu observer de près des êtres comme elle, agir avec une volonté engendrée par la fatalité. . Shoto Todoroki fut obligé d'admettre à lui-même que Momo Yaoyorozu vivait telle une condamnée à mort. Attendant patiemment son exécution, elle graciait le monde autour d'elle de ses derniers grains de vie.
-Libra ? Vous pleurez ?
Shoto ne s'était pas rendu compte qu'il s'était arrêté. Et encore moins qu'une larme s'était échappée de son œil bleu. Il l'essuya aussi rapidement qu'elle un peu plus tôt et répliqua :
-Décidément, je ne me ferai jamais à l'odeur du gingembre.
Ce mensonge, maladroitement improvisé, sembla la convaincre. Elle continua alors son chemin pour arriver dans l'allée des primeurs, et un sourire s'afficha sur son visage. Comment un sourire pouvait-il faire aussi mal ? Il le savait parfaitement. Conscient que son comportement étrange finirait par le trahir, il se reprit et décida de l'aider dans le choix des fruits et légumes à acheter. Mais ne s'y connaissant absolument pas dans ce domaine, la Dame passa plus de temps à se moquer de ses tentatives à identifier le concombre de la courgette, qu'à choisir les produits qu'elle voulait emporter avec elle. La seule consolation qu'eut Shoto en ce jour d'automne, était que ses soldats commençaient à le voir d'un meilleur œil, et qu'il avait réussi à consoler Momo Yaoyorozu.
*…*
Toya Todoroki avait fait irruption dans le bureau de l'Empereur s'en même toquer. L'ancien gladiateur Endeavor était en plein entretien avec un Consul romain, mais voyant le regard de son fils, il le congédia. Attendant d'être seuls, l'Empereur demanda :
-Il y avait longtemps que je ne t'avais pas vu si remonté. Que s'est-il passé ?
-Un simple d'esprit ayant eu l'audace de recourir à une autorité puérile contre moi. Ce commet de plus en plus d'erreurs. Je crois que l'ambassadeur Yaoyorozu devra bientôt se procurer un nouveau Tribunus Cohortis.
-Je t'ai donné carte blanche le concernant. Mais ne soit pas imprudent. Il ne faut pas qu'on te soupçonne.
Toya posa enfin un regard sur son géniteur, et sans se départir de sa froideur demanda :
-Est-ce pour cette raison que vous êtes intervenu au dîner ?
-Tu insultais les centurions de notre hôte. Hôte qui exècre l'esclavagisme plus que tout. C'est ce que j'appelle de l'imprudence. Il ne faut absolument pas que Rome soit la raison du conflit entre l'Empire romain et celui de Grèce.
-Un discours qui vous arrange.
-Espèce d'ingrat ! À qui reviendra l'Empire Toya !? À qui !? Si c'est à un gamin pleurnichard comme toi, nous courrons tous à notre perte ! Je ne sais pas ce qui a bien pu te mettre dans un tel état, mais je te conseil de vite le régler.
L'Héritier se mit alors à rire. D'un rire long et inexplicable. Ce fut avec ses années d'expériences que Enji ne réagit pas violemment à ce spectacle insultant. Toya réussit à se calmer après de longues minutes, et dit :
-Ce qui me met dans cet état ? Je vous l'ai pourtant dit. L'auriez-vous oublié ? Père, de mes deux parents, c'est à vous que je ressemble le plus.
