Chapitre 18
Le soleil se couchait à peine alors qu'un petit groupe traversait la ville vers une destination précise. En effet, le couple Midoryia avait invité leurs amis proches pour un petit dîner. Katsuki en informa Denki et Eijiro qui acceptèrent sans hésitation. L'occasion était plus que parfaite car Mina rentrait à peine de voyage et informa son mari qu'elle resterait pour une durée indéterminée. Heureux au possible, le roux dirigeait la marche en maintenant le bras délicat de son épouse.
Bientôt, ils arrivèrent à un carrefour où un nombre important d'habitations s'alignait. De vives lumières s'échappaient des fenêtres et des portes ouvertes où les ombres du peuple de Rome se projetaient sur le sable fin des rues. Ils s'arrêtèrent deux maisons à leur droite, et c'est Katsuki qui toqua à la porte.
-Bienvenu ! Je vous en prie, entrez ! Accueillit Izuku avec un immense sourire. Il ouvrit grand la porte et laissa ses invités entrer.
Lorsque Shoto passa le pas de la porte, il sentit une pression au niveau de ses jambes. Le bicolore sourit instantanément en voyant la chevelure claire d'Eri. Il s'accroupit et lui fit face :
-Bonsoir Eri, comment vas-tu ?
La petite fille gratifia au commandant le sourire le plus mignon qu'il n'ait jamais vu, et celui-ci s'efforça de lui rendre la pareille. Mais bientôt Eri fut kidnappée par Eijiro qui la prit dans ses bras et l'étreignit de toutes ses forces.
-Eri, je te présente ma femme. Elle s'appelle Mina.
La petite main de Eri vint toucher les cheveux crépus de la vigneronne qui sourit devant ce geste. Après qu'elle eut terminé son inspection, Eri dit :
-J'aime vos cheveux.
Rapidement séduite par l'enfant, Mina lui embrassa le front. Ils s'installèrent tous à table après avoir salué Ochaco. Dès le début, Eri était assise sur les genoux d'Eijiro qui se comportait comme un enfant avec elle. Celle-ci semblait très heureuse, et n'avait plus une once de terreur dans le regard. À cet instant, Shoto se sentit rassuré de voir que la confier à son ami d'enfance et à son épouse était la meilleure décision qu'il ait prise.
-En tout cas Ochaco, je vous félicite, c'est vraiment délicieux, félicita Denki et prenant une nouvelle bouchée.
-Je vous remercie, mais ce n'est pas uniquement moi qu'il faut féliciter. Izuku m'a beaucoup aidée, et Eri aussi. L'air taquin et les regards moqueurs de sa femme et de ses amis firent soupirer Izuku qui baissa les yeux sur son assiette.
-Izuku qui cuisine ? Impensable ! Ochaco, quel est votre secret !? En vingt-ans il n'a jamais été possible de lui faire faire cuisiner quoi que ce soit ! Katsuki exagérait sans l'ombre d'un doute, mais cela n'empêcha pas l'esclaffement de l'assemblée qui riait davantage de la moue que faisait leur hôte. Même Eri riait et Izuku s'en sentit réellement offusqué.
Le repas se poursuivit entre moquerie et rire, jusqu'à l'évocation de la vie de camp et l'ambiance générale. Mais Eijiro remarqua que la petite fille commençait à se gratter les yeux et enchaînait les bâillements. C'est pourquoi Izuku se leva et la prit pour l'emmener dormir.
Le reste de la table les suivit du regard avec une pointe d'admiration. Izuku semblait comblé. Emplit d'un bonheur provoqué par la chose fragile à moitié endormi dans ses bras.
-Merci beaucoup Ochaco, il n'a jamais été aussi heureux que maintenant, commença Shoto le regard braqué dans le vide.
-Aussi heureux ? Oui vous avez raison. Mais ce n'est pas de mon fait. L'arrivée d'Eri a été fortuite, je l'admets sans peine, mais cela a certainement été la meilleure chose qui nous soit arrivée. Lorsqu'Izuku rentre, il passe tout son temps à jouer avec elle. Il est doux et attentionné, et Eri le lui rend très bien. Eri et moi sommes nées esclaves, et Izuku nous a montré ce qu'était une famille. Jamais je ne lui serais assez reconnaissante.
-Nous sommes tous esclaves de quelque chose. Alors vous ne devez pas penser comme cela. Lorsque nous étions enfant, Izuku était le moins fort et le moins endurant, pourtant c'est lui qui faisait le plus d'effort. Mais même en s'améliorant, il restait moins bon que S ou moi. Aussi fervent d'aventure que nous, la providence ne l'avait pas gracié de la même force. Et alors qu'il n'était motivé que par son désir de nous surpasser, Izuku s'est détourné de son émulation et nous a vaincu avec une chose encore meilleure que notre ridicule force. De ses mains, il a construit une famille. Le bonheur. Et vous y avez participé Ochaco. En le voyant comme ça, je m'en veux. Je sais que s'il reste avec nous, c'est pour honorer sa promesse. Parce qu'il est comme ça. C'est un homme d'honneur. Cependant, si jamais vous refaites mention de ce que je viens de dire, je vous tu.
La réplique de Katsuki ne les fit que sourire. En vérité, chacun d'eux comprenait parfaitement la nature profonde d'Izuku, et cela aurait été un mensonge de contredire le blond. Mais alors que la conversation semblait finie, Ochaco ajouta :
-Je ne sais pas ce qui vous fait penser qu'Izuku honore simplement sa promesse en restant dans l'armée. Certes, un serment vous lie tous les trois, mais lui a autant que vous le souhait de changer le système. Si la présence d'Eri dans sa vie vous a laissé penser que cette histoire ne le concernait plus, c'est le contraire qui est bien réel. Depuis que nous avons recueilli Eri, Izuku est plus déterminé que jamais à ne plus faire subir l'esclavage à des enfants.
-Ça y est, Eri est couchée. C'est impressionnant comme cette enfant n'est difficile en rien. Le retour du principal sujet de conversation provoqua le silence total de la pièce, ce qui interpela le concerné : Que se passe-t-il ?
Denki tapota son épaule et dit sur un ton amusé :
-Rien, tout va bien. Mais dis-nous plutôt Mina, quelles nouvelles de vos nombreux voyages ?
Crédule, Izuku se concentra sur la réponse de Mina, ce qui provoqua un regard entre Shoto et Katsuki qui sourirent ensuite. Mais, ils écoutèrent rapidement les explications de la femme :
-Il ne se passe pas grand-chose en dehors de Rome. Elle reste l'attraction favorite du peuple. Mais le monde autour ne parle que de ce qui s'y passe. Des nouvelles mesures gouvernementales, à l'apparition de Stain, rien n'échappe aux commerçants de l'Empire qui s'accommodent à répandre leur propre version des faits. Ce n'est dû qu'aux nombreuses lettres d'Eijiro si je connais la véritable histoire des événements de Rome.
-Savez-vous si le sujet Stain influence les autres Empires ? Demanda Katsuki.
-Il est clair qu'il ne leur est pas indifférent. Beaucoup de nations interdisent certains de leurs meilleurs combattants à venir ici au risque de les perdre au Colisée. L'idée même de rivalité entre Empire a été anéantie par Stain. Certains disent même que beaucoup ont essayé de le vaincre en dehors de l'arène. Mais pour une raison que seuls les dieux connaissent, il survit toujours.
Après un silence, Shoto interrogea :
-Avez-vous entendu parler de l'accroissement de l'esclavagisme ? Et de celle de leurs mauvais traitements ?
-Des sujets devenus triviaux, autant ici que sur les routes. Je suis désolée mes amis, de ne pas vous apporter meilleures nouvelles.
-Ne t'en fais pas Mina. De toute façon, nous avons nos propres problèmes ici à Rome. Le reste du monde peut bien attendre. Eijiro tendit le bol de fruits secs à Katsuki qui ne se gêna pas pour en prendre une poignée.
Mais alors qu'un silence reposant s'était installé, Shoto s'adressa à l'épouse de son ami :
-Ochaco, j'ai entendu dire que depuis que vous étiez libre, Shigaraki Tomura vous interdisait d'exercer dans le Colisée. Me suis-je mal informé ?
Elle bassa la tête avec un sourire amère, puis déclara :
-Il n'y a pas si longtemps il n'aurait pas pu me l'interdire, mais depuis son ascension en tant que responsable de l'arène, il n'a de cesse d'imposer son autorité. Maître Shi… Izuku serra les poings : Shigaraki m'a expressément menacée de ne plus jamais fouler le sol du Colisée. Soigner en compagnie de Recovery Girl me manque, mais je suis bien heureuse de ne plus voir le visage répugnant de cet homme.
-Ses décisions sont réellement contre productives. Priver un excellent médecin d'exercer dans l'arène ne lui apportera que des soucis. Et ce n'est pas l'unique erreur qu'il commet. Certains disent que Shigaraki ferait participer des gladiateurs sans qu'ils n'aient de représentants. Mais encore une fois, ayant la protection de l'Héritier, personne ne peut rien faire.
-Denki je t'en prie, tu sais comment finissent nos conversations lorsque tu évoques l'Héritier, tu finis toujours par hurler des absurdités. Eri dort, il serait fâcheux qu'elle se réveille par ta faute, calma Eijiro avec un sourire.
Le concerné fit la moue alors qu'Ochaco se leva pour débarrasser. Plus rapide que les autres, Shoto lui précéda le pas, les bras chargés d'assiettes. Les deux se dirigèrent vers la culina en faisant le moins de bruits possible. Et en chuchotant, le bicolore commença :
-Vous savez Ochaco, si pratiquer la médecine vous manque véritablement, je peux m'arranger pour que vous travailliez dans mon castrum. Vous y serez à votre aise, et le travail n'est pas trop compliqué.
Ochaco fut sincèrement touchée par la proposition du commandant, qui affichait une honnêteté honorable. Elle sourit et répondit :
-Je vous en suis réellement reconnaissante, mais je dois décliner votre proposition. Certes, la médecine me manque beaucoup, mais des choses encore plus importantes emplissent ma vie. Je souhaite me préoccuper pleinement de ma famille, et faire l'impasse sur mon ancienne vocation ne me dérange pas même une seconde. Et cette pensée s'est d'autant plus inscrite en moi lorsqu'Eri m'a pour la première fois sourie.
Shoto s'était attendu à cette réponse. Il lui sourit à son tour et termina :
-En vérité, j'espérais que vous me répondiez cela. Une part de moi craignait qu'Izuku ne fasse plus correctement son travail avec vous dans les alentours.
Ils pouffèrent doucement en évitant de faire trop de bruits, et rejoignirent les autres à table.
Ils avaient quitté le domicile Midoriya peu de temps après. Il n'était pas très tard, mais au vu des obligations de chacun, il valait mieux rentrer tôt. Katsuki et Shoto s'étaient séparés de Denki, d'Eijiro et de Mina, qui prenaient le chemin inverse au leur. Sur le retour, aucun des deux ne parla. Un sentiment de plénitude s'était logé en eux lorsqu'ils virent leur ami au sein de sa famille. Les deux soldats n'eurent pas besoin d'en discuter, comme toujours ils se comprenaient parfaitement.
Ils arrivèrent enfin devant le castrum, et alors que Katsuki baillait à s'en arracher la mâchoire, Shoto le prévint :
-Katsuki, il faut encore faire la ronde du soir. C'est ton jour aujourd'hui.
Jamais encore le blond n'avait eu un regard si implorant, et c'est avec un sourire que Shoto lui fit un geste lui permettant d'aller dormir. Katsuki sécha sa fausse larme et ne se fit pas prier. Le bicolore, après avoir inspiré longuement, commença à faire le tour du castrum. Dans la nuit noire, seuls ses pas dans le gravier et les grillons troublaient le calme reposant de la propriété.
Après son inspection du camp, il monta la petite dune séparant le castrum de la demeure Yaoyorozu. Shoto longea d'abord l'entrée verticalement, puis termina par le côté droit de la maison, celui face au castrum. Il s'arrêta en inspectant les lieux, et alors qu'il allait reprendre le chemin de sa tente, le regard du bicolore fut intercepté par l'un des hauts balcons de la demeure. De sa position, il pouvait voir avec précision la structure du balcon qu'il avait déjà vu de l'intérieur. Aucune erreur possible, alors que Momo Yaoyorozu s'y trouvait. Elle regardait droit devant elle, admirant de sa hauteur le long jardin parsemé de verdure. Shoto ne pouvait voir l'expression de son visage. Seules ses courbes, et la couleur noire de ses cheveux pouvaient lui signifier qui elle était. Une chaleur douce s'installa en lui. Lui, l'unique spectateur de ce tableau qu'il ne se laisserait jamais de voir. Comment un simple regard pouvait-il faire oublier tout ce pourquoi on vivait ? La vengeance n'avait plus qu'un goût insipide et la colère vive qui le faisait avancer n'alimentaient plus aucune partie de son corps. C'était effrayant. Mais, cette frayeur ne le dissuadait pas un seul instant de se tenir à cet endroit. Il rebroussa chemin à contre cœur, lorsqu'il la vit rentrer, avec la certitude qu'il remplacerait plus souvent son ami blond lors de ses rondes.
*…*
Le vent s'était levé sur la ville alors qu'une escorte se dirigeait vers le Portus. L'odeur de la mer s'infiltrait dans les narines des pêcheurs et des voyageurs qui foulaient le sol du port de Rome. Shoto appréciait cet endroit qui offrait une vue sublime sur la mer Tyrrhénienne. Et il aurait volontiers admiré le paysage plus longtemps si son devoir ne l'astreignait pas à veiller sur l'ambassadeur, Dame Midnight et Dame Yaoyorozu. En effet, l'homme, ainsi que sa sœur devaient rentrer en Grèce. C'est pourquoi Momo les accompagnait à leur bateau pour leur dire au revoir.
Shoto s'était posté vers l'arrière, pour leur laisser de l'intimité. Il était accompagné de quelques légionnaires, ainsi que de son Beneficiarii, Yosetsu Awase. Il vit l'ambassadeur enlacer sa fille un long moment, mais remarqua que Midnight en avait profité pour s'approcher de lui :
-Eh bien , cela a vraiment été un plaisir d'être escortée par vous. Je suis agréablement surprise de voir que Monsieur Yaoyorozu a fait un excellent choix dans la sélection de son nouveau Tribunus Cohortis. Je suis persuadée qu'il vous suffira d'un peu plus d'expérience pour devenir encore meilleur.
-Alors cela était votre véritable objectif. D'abord dans le commerce Les frères, puis lors de votre dîner avec votre hôte. Vous vouliez que j'acquière de l'expérience en me tenant au courant de certaines choses.
Elle souriait étrangement tout en le fixant sans ciller :
-Vous m'avez donc percé à jour. Je suis impressionnée.
-Je commence à m'habituer à ce genre d'adresse. Quoi qu'il en soit, je vous en suis reconnaissant. Vous avez été bienveillante avec le pauvre commandant que je suis.
-Pauvre ? , à votre avis, pourquoi me suis-je fatiguée à vous dévoiler certaines choses ? Je crois que vous êtes le seul pour qui je n'ai reçu que des échos positifs. Je comprends aujourd'hui pourquoi. Mais, un mystère plane toujours. Aucun homme n'est dépourvu de faiblesse. Et j'ai bien peur que la vôtre vous mène à votre perte. Shoto ne réussit pas à lui répondre. Elle avait comme mis le doigt sur une chose existante, mais qu'il ne connaissait toujours pas. La Dame passa ses doigts fins sur la joue du bicolore, et termina : Décidément, vous êtes vraiment très beau.
Le commandant suivit ses pas qui la menait vers sa nièce. Les deux Dames se prirent dans les bras l'une de l'autre, puis Shoto entendit à sa droite :
-Elle est vraiment magnifique.
Sans vraiment savoir de quoi parlait son Beneficiarii, Shoto suivit tout de même son regard et ses yeux se posèrent sur Momo Yaoyorozu. Le vent qui faisait tournoyer toge et cape, faisait aussi virevolter la chevelure d'ébène de la jeune femme dans une danse hypnotique. Le bicolore se surprit à se dire que s'il avait été plus près, il aurait pu sentir son parfum, où arranger ses cheveux qui menaçaient de dissimuler son visage fin. Mais alors que l'ambassadeur et sa sœur embarquaient à bord du navire, Shoto se rendit compte de ce que venait de dire l'homme à sa droite. Il le regarda et vit une expression d'admiration sur son visage. Shoto sourit en comprenant : Momo Yaoyorozu venait d'envouter un énième homme.
-Awase, reprenez-vous.
L'ordre amusé, fit se redresser Yosetsu qui, honteux de s'être fait démasquer, ne fixait plus que l'horizon où la mer s'étendait.
De retour à la demeure Yaoyorozu, Shoto déposa la Dame devant chez elle puis prit le chemin de sa tente. Il soupira fortement en s'asseyant, puis survola les quelques papiers sur son bureau. Il ne jeta même pas un regard à Awase qui entra et déposa ses chemises propres. Le commandant lui avait à plusieurs reprises dit qu'il pouvait le faire lui-même, mais le Beneficiarii le faisait toujours avant même qu'il n'y songe. À vrai dire, Shoto était infiniment reconnaissant envers son subordonné qui le délivrait de la plupart des besognes tertiaires de son poste. Mais un fait tout particulier frustrait le bicolore. En effet, le porte-étendard semblait vouloir lui demander quelque chose depuis un moment déjà mais ne se décidait toujours pas à lui en faire part. Ne sachant pas trop comment aborder le sujet, Shoto tentait souvent de le faire parler sans succès.
Le commandant soupira une nouvelle fois. Maintenant que Midnight était partie, il avait moins de charges de travail et pouvait même s'octroyer le reste de la journée. N'ayant aucune envie particulière, il s'adressa au sous-officier :
-Awase, cela vous dit de croiser le fer avec moi ?
Son interlocuteur se figea et fit les gros yeux :
-Vous voulez que moi… Croisez le fer avec moi ?
-Izuku est parti avec sa cohorte dans une ville voisine, et Katsuki s'est inscrit au Colisée pour cette session. Si vous n'avez pas d'obligation, j'aimerais m'entraîner avec vous.
À sa grande surprise, Yosetsu expira fortement puis dit :
-Comme je suis soulagé que vous me le proposiez. J'ai essayé de vous le demander toute la semaine.
-C'était donc cela. Pourquoi avoir hésité ?
-Parce que vous aviez du travail, et je ne voulais pas vous rajouter une charge de travail en plus.
-Awase vous savez que je suis moi aussi soldat ? Comme n'importe quels soldats de ce camp, je dois m'exercer. Si en plus vous avez besoin d'entraînement, il est de mon devoir de vous aider.
-Mais ce que je vous demande ce n'est pas de simples exercices. Je veux vraiment évoluer, et des entraînements intensifs et réguliers sont l'unique moyen pour moi de le faire.
Shoto resterait toujours impressionné par la détermination dont faisait preuve Yosetsu. Le travail ne lui faisait pas peur, ce qui démontrait une bravoure qu'il n'avait vu que très rarement. Le commandant sourit, puis se leva et dit :
-Bien Awasa, faisons cela alors.
Et ils le firent. Pendant près de deux heures, le commandant et son Beneficiarii s'entraînèrent au glaive. Yosetsu avait un peu d'expérience dans le maniement du glaive, c'est pourquoi Shoto s'efforça de perfectionner son équilibre et sa défense. Au bout de leur entraînement, Shoto s'essuya le front à l'aide d'un tissu et déclara :
-Nous devrons faire cela régulièrement pour préserver ce que vous acquerrez. N'hésitez pas à me le rappeler si jamais cela me sort de la tête.
-Je m'engage à le faire. Aussi longtemps que vous serez disposé à m'accorder du temps.
Shoto fronça les sourcils. Il connaissait l'air qu'arborait Yosetsu, et comprit que chacune de leur séance se ferait avec intensité. Il proposa alors :
-Voulez-vous poursuivre encore un moment ?
Yosetsu se reprit étrangement, et avec empressement se leva :
-Je voudrais bien, mais j'ai… J'ai quelque chose d'urgent à faire.
-Quelque chose d'urgent ?
Mal à l'aise, il détourna le regard :
-Oui, quelqu'un m'a chargé de faire quelque chose, et je me suis engagé à l'accomplir.
Son malaise fut remplacé par une gêne que Shoto l'avait surpris à ressentir ce matin même. Le Beneficiarii s'éclipsa juste après, et curieux de savoir ce qu'il mijotait, le bicolore le suivit. Il n'eut pas à aller très loin alors que le commandant vit son subordonné se faire une petite toilette, puis prendre les marches de la demeure Yaoyorozu.
-Oh, que vous êtes intelligente, se dit-il à lui-même.
*…*
Shoto s'était arrangé pour confirmer ce qu'il soupçonnait. Et il ne fallut qu'un seul essai pour comprendre que son Beneficiarii était celui qui divulguait des informations à la Dame Yaoyorozu. Ne blâmant pas une seconde son subordonné, il décida d'aller se confronter directement à celle qui l'avait chargé de l'espionner.
Sa cape rouge le poursuivant, il grimpa les marches deux à deux, et traversa la maison jusqu'à la chambre de celle qu'il recherchait. Il toqua à la porte, et entendit une lointaine autorisation. Shoto traversa la chambre et s'arrêta en voyant Momo assise devant sa coiffeuse alors que sa suivante Jiro la coiffait avec précision. Toutes deux dos à lui, il se racla la gorge pour signifier sa présence. Mais elles ne réagirent pas, c'est pourquoi il commença :
-Je ne dérange pas ?
-Tant que vous ne parlez pas à Jiro, non. Elle déteste être distraite lorsqu'elle s'occupe de mes cheveux.
Shoto ne voyait pas son visage, mais il savait qu'elle souriait :
-Je peux donc vous parler à vous.
-Cela dépend, est-ce quelque chose qui pourra me divertir ?
-Ne prétendez pas qu'à chacun de nos échanges vous ne prenez pas de plaisirs certains à me rabaisser.
-Il serait si triste que cela se termine. Mais je vous en prie, quelles nouvelles m'apportez-vous ?
-Yosetsu Awase.
Et comme un peu plus tôt, il sut qu'elle ne souriait plus :
-Qui ?
-Ne faites pas l'ignorante. Yosetsu Awase est le porte-étendard de l'armée auxiliaire grecque, ainsi que le Beneficiarii de son Tribunus Cohortis. Mais nous savons tous les deux qu'il tient aussi le rôle d'espion, pour nul autre que vous.
Un petit silence s'installa. Jiro s'occupait toujours des cheveux de sa maîtresse avec une discrétion qui laissait penser qu'elle n'était pas véritablement là. Momo dit alors :
-Vous en avez mis du temps à comprendre qui était mon informateur.
-Et pour quelle raison vous être accommodée d'un espion ?
-Me tenir informée de ce qu'il se passe autour de moi est très important. Vous n'êtes pas le genre à délivrer des informations facilement, je me suis donc procurée quelqu'un à l'intérieur disposé à me faire savoir ce que j'ignore.
-Alors par simple curiosité, vous avez soudoyé mon subordonné pour savoir ce qu'il se passe sous mon commandement ?
-Je n'ai soudoyé personne. C'était une requête et il a accepté.
-C'était déloyal. De plus, nous savons tous deux que vos « requêtes » sont une autre appellation pour soudoiement. Et d'après sa docilité, je le crois épris de vous.
Et alors qu'elle se mit à rire, Shoto vit un petit sourire apparaître sur le visage de Jiro.
-Pauvre homme. Je le plains sincèrement.
Le bicolore leva les yeux au ciel :
-Il n'est pas le seul dans son cas. Beaucoup d'hommes se retrouvent dans le même désarroi.
-Mais jamais celui que l'on désire.
Ce n'était qu'un chuchotement que l'homme n'entendit pas. Cependant, Kyoka, elle, l'entendit, et se figea un léger instant. Ne laissant rien paraître aux yeux du commandant, elle reprit sa tâche, alors qu'il continua :
-Quoi qu'il en soit, j'ose espérer que cette mascarade n'existera plus. Si vous voulez savoir ce qu'il se passe dans mon camp, il suffit de vous adresser à moi.
-Bien, je vais délivrer votre Beneficiarii de son obligation envers moi. Rassurez-vous, cela ne se reproduira plus.
-Je vous en remercie.
Au même instant, Kyoka termina sa besogne et se recula. La Dame se leva enfin et se tourna vers le commandant. Elle semblait lui demander si sa coiffure lui allait bien, et il hocha la tête en détournant le regard.
Mais alors qu'il allait prendre congé, il entendit un cri étouffé. Shoto reconnut la voix et courut brusquement en dehors de la chambre. Il sauta les marches, et arriva très rapidement à l'entrée. De loin, il aperçut la silhouette d'Ochaco, l'épouse de son ami. Quelque chose n'allait pas, il le sentit au plus profond de ses entrailles. Le bicolore descendit de la dune et vit arrivé Katsuki et Izuku qui furent alarmés par la voix implorante de la femme. Izuku rattrapa Ochaco avant qu'elle ne tombe. Elle pleurait abondamment et jamais encore une telle panique n'avait étreint les trois amis d'enfance. Tellement qu'aucun d'eux ne put demander ce qu'il s'était passé. Mais la femme, meurtrie par la douleur, réussit à dire :
-Izuku ils l'ont prise… Ils ont pris Eri !
