Chapitre 19
Dès qu'Ochaco eut sorti sa phrase, Shoto et Katsuki coururent vers le centre-ville, au palais de justice. Ils n'avaient pas eu besoin de signifier à Izuku qu'ils s'occuperaient de tout, et qu'il pouvait rester avec sa femme. Le commandant et son centurion purent entrer dans le palais, mais furent stoppés par des soldats romains qui gardaient la porte avec des airs suffisants. Après avoir attendu un long moment dans le bâtiment, l'un des Consuls vint leur expliquer la situation avec un discours soporifique de bureaucrate. Selon lui, Eri était toujours considérée comme une esclave et dépendait toujours de son maître, celui-ci ayant insisté pour que l'esclave soit soumis à un jugement. Shoto dut stopper son ami de commettre un meurtre lorsque le Consul énonça les lois concernant les esclaves. Eri étant considérée comme une déserteuse, ils apprirent que la désertion était soumise, la majorité du temps, à la peine de mort. Le commandant avait ensuite essayé d'argumenter sur le fait que Toya Todoroki lui-même avait laissé tomber l'affaire de l'enfant, en la laissant avec une famille qui prenait soin d'elle. Le Consul lui répondit que le nouveau titulaire de l'esclave n'avait pas les droits suffisants pour passer à travers les lois instaurées pour les esclaves. Si Eri voulait être libre, elle devait se racheter elle-même. Le Noble n'avait rien ajouté de plus, et avait quitté les deux hommes avec une indifférence forgée par des années de pratiques.
Trop abasourdis par la nouvelle, Shoto et Katsuki mirent un moment avant de se reprendre. Ils ne voulaient pas imaginer l'expression de leur ami ainsi que de celle de sa femme lorsqu'ils leur annonceraient la nouvelle. Mais à contre cœur, ils arrivèrent au castrum où les deux parents attendaient impatiemment leur retour.
-Que se passe-t-il ? Qu'ont-ils dit ? Le visage d'Izuku n'exprimait que l'inquiétude, et son agitation trahissait son impatience.
Et malgré toute leur volonté, aucun mot ne sortit de leur bouche. Ochaco comprit avant son mari car elle éclata en sanglot, ce qui attira l'attention d'Izuku qui l'enlaça avec force. L'air vide, il ne réalisait toujours pas qu'on venait de lui retirer sa fille, sans qu'il ne puisse faire quoi que ce soit.
Furieux. Shoto était furieux. Il ne voulait pas s'avouer vaincu. Pas maintenant, alors que son ami venait à peine de fonder une famille. Le commandant savait que la nouvelle avait certainement déjà couru les rues, mais se dirigea tout de même vers le commerce Les frères. Il remarqua plus tard que Katsuki l'avait suivi avec la même démarche impétueuse. Les deux arrivèrent devant les marches du bâtiment, mais au même moment les commerçants déboulèrent dans l'escalier.
-Que s'est-il passé !? Cria presque Eijiro.
-C'est Eri, les soldats de l'Héritier l'ont prise ! Elle risque la peine de mort !
-Quoi !? Mais sous quel motif !? S'indigna à son tour Denki.
-Ils disent qu'elle a déserté son travail, et ils jugent Izuku non légitime à effacer le statut d'Eri. Katsuki paraissait calme, mais ce n'était qu'une apparence.
Comme le blond, Eijiro avait repris son sang-froid :
-Que pouvons-nous faire ?
-Il faut que nous fassions pression sur le palais de justice. Si nous restons là-bas, ils finiront bien par nous entendre.
Les quatre acquiescèrent et se dirigèrent vers le palais de justice où ils firent un maximum de bruit pour avoir ne serait-ce qu'idée de comment avançait les choses.
Ils faisaient déjà nuit lorsque Shoto et Katsuki entrèrent dans la maison des Midoriya. Ils n'avaient pu obtenir que l'information que les chances pour qu'Eri soit mise à mort soient très minimes. Mais ils n'avaient rien appris sur comment allait l'enfant, et où elle se trouvait précisément. Shoto évitait un maximum de penser au visage de la petite fille en cet instant. Il avait assez à faire avec le regard vide d'Ochaco et les tremblements d'Izuku. L'impuissance les étreignait tous. Eux qui s'étaient jurés de ne plus jamais voir Eri terrifiée, ne ressentaient plus qu'un dégoût et une amertume coupable. Le silence de mort fut interrompu par des coups à la porte qui laissa apparaître Denki, Eijiro et Mina.
-Nous avons parlé avec d'autres commerçants. Ils nous ont assuré qu'ils nous soutiendraient si jamais Eri était mal traitée. Les esclaves ont tendance à se rebeller si jamais ce genre de choses arrivent. Ce n'est dans l'intérêt de personnes qu'Eri soit jugée injustement, expliqua précipitamment Denki.
-Nous avons fait tout notre possible, mais j'ai bien peur qu'il nous faille juste attendre, termina Mina en lançant un regard soucieux en direction d'Ochaco.
Le silence se réinstalla, alors que les trois nouveaux venus prirent place autour de la table, rejoignant les soldats. Ochaco était debout et alla préparer du thé pour tout le monde. Elle revint peu de temps après, puis servit chacun de ses invités sans se départir de son regard vide. Et alors qu'Ochaco alla reposer la théière dans la culina, un autre coup à la porte coupa les réflexions tortueuses des membres présents dans la demeure Midoriya. Ne s'attendant pas à ce que quelqu'un vienne à cette heure, personne ne réagit. Izuku finit par se lever, mais avant qu'il ne contourne la table, la porte s'ouvrit pour laisser apparaître une petite fille de sept ans.
-Eri !
L'enfant courut dans les bras d'Izuku qui la porta et l'étreignit de toutes ses forces. Personne ne réalisait ce qu'il se passait, et il fallut que Denki se lève subitement pour que la tablée remarque l'entrée de Kyoka Jiro. L'ébahissement pétrifia tout le monde, jusqu'à l'apparition d'Ochaco qui ne vit que sa fille qu'on lui avait retirée plutôt dans la matinée. Elle courut dans les bras de son mari et embrassa Eri qui pleurait de joie.
Ayant repris toute sa lucidité, Shoto se tourna vers Kyoka et lui demanda des explications silencieuses :
-Je suis désolée de venir si tard. D'autant plus qu'il faut que je récupère Eri.
La voix fatiguée de Kyoka attira l'attention de tous.
-Qu'est-ce que vous voulez dire ? Demanda Katsuki.
-Eri est dorénavant sous la tutelle de la famille Yaoyorozu. De long pourparlers se sont tenus au palais de justice et le verdict n'est tombé qu'il n'y a quelques heures.
-Pour quelles raisons ont-ils été tenus ? Interrogea Denki en s'approchant d'elle.
-Eri même. Une faille dans le système nous a permis de placer Eri sous notre « pouvoir ». Son âge ne lui permet pas de bénéficier des mêmes traitements que la majorité des esclaves, c'est pourquoi même si nous ne pouvons pas acheter sa liberté, Eri aura un toit sur la tête et des bienfaiteurs. La somme qu'elle amassera en travaillant chez les Yaoyorozu lui permettra d'acheter elle-même sa liberté. Si tout se passe comme prévu, Eri deviendra libre en un an à peine.
Une joie incommensurable s'empara de la petite famille qui rirent à gorge déployée. Les autres se joignirent à eux, oubliant en une fraction de seconde leur douleur passée. Le commandant de l'armée auxiliaire grecque était lui aussi très heureux, mais toujours préoccupé par le déclenchement de l'incident, il demanda à la suivante :
-Comment cela a-t-il pu arriver ? L'Héritier n'aurait jamais permis cela.
La femme le regarda longuement avant de répondre :
-Vous avez raison. C'est pourquoi les négociations ont duré des heures. J'y ai assisté et cela a vraiment été pénible de voir cet échange. Toya Todoroki est un sadique narcissique qui n'a pas une once de compassion en lui.
-Qui a bien pu le convaincre dans ces cas-là ? Qui a bien pu supporter cet échange aussi longtemps, et le gagner d'autant plus ?
Le regard incrédule, elle fit avec évidence :
-Vous connaissez déjà la réponse à ces questions. Croyez-moi quand je vous dis qu'elle hait plus que tout se confronter à lui. Si elle l'a fait, c'est pour des raisons qui dépassent celles de sa haine. En sachant cela, j'espère que vous savez ce qu'il vous reste à faire.
La suivante appela ensuite la petite fille qui dit au revoir au couple Midoriya avec peine. Seul Shoto savait qui avait résolu cette situation qui apportait tant de bonheur aux membres de cette pièce. Le don de soi de la Dame le toucha, et c'est en se jurant de se dédommager d'elle qu'il serra la main d'Izuku qui arborait un sourire lumineux.
*…*
Dans sa tente militaire, Shoto reçut la visite d'un cursores qui venait du Portus. En effet, la communication étrangère se faisait principalement par lettre envoyée dans des bateaux aux quatre coins du monde. Shoto en avait envoyé une à l'ambassadeur toujours présent en Grèce. Et alors qu'il venait à peine de recevoir sa réponse, il fut heureux de constater que celui pour qui il travaillait avait accepté sa requête. Le commandant devait faire tous les préparatifs adéquats pour l'organisation, mais cette tâche difficile ne lui faisait pas une seconde peur. Au contraire, il était heureux de pouvoir la faire.
Sa séance d'entraînement avec son Beneficiarii s'était tenue dans l'après-midi. Sous un soleil de printemps, Shoto était témoin des progrès fulgurants de son subordonnée, qui mettait toujours un peu plus d'ardeur dans ses mouvements.
-C'est vraiment impressionnant Awase, vous avez assimilé tout ce que je vous ai enseigné en un rien de temps.
-Je ne le dois qu'à vous commandant. Mes anciens instructeurs ne voyaient aucun avenir chez moi. À leurs yeux j'avais été accablé de rachitisme, et ne pouvait ainsi que servir en tant que porte étendards.
-C'est donc par revanche que vous vous acharnez à votre entraînement ?
-Il y a sûrement de cela, mais mon objectif est braqué sur quelque chose de plus précis. Le ton énigmatique de Yosetsu interrogea le bicolore qui attendit qu'il finisse : Je dois à tout prix devenir plus fort pour pouvoir combattre au Colisée. Et j'aimerais que ce soit vous qui me représentiez mon commandant.
Toutes expressions avaient quitté le visage de Shoto qui assimilait les paroles de son subordonné. Celui-ci regardait plein d'espoir son interlocuteur qui ne mit pas longtemps à lui répondre :
-Il en est hors de question. Je ne serai pas la cause de votre mort dans l'arène. C'est périlleux et mortel, vous n'y survivrez pas.
Yosetsu s'était décomposé et balbutia :
-Mais… Mais commandant, vous m'entraînez régulièrement et mes progrès sont évidents. Pourquoi dire que je n'y survivrai pas ?
-Je sais quel genre d'homme foule le sol de l'arène, vous n'avez rien de ces hommes.
-Vos paroles sont injustes. Peut-être qu'aujourd'hui je suis faible, mais ce n'est qu'une question de temps avant que je n'acquière ce dont j'ai besoin pour concourir.
-Une question de temps ? Awase, c'est votre vie que vous risquez.
-Et quelle différence cela fait-il d'être gladiateur ou soldat ? Dans les deux cas, ma vie est mise en danger.
-Mais nous sommes en temps de paix ! Et en tant que soldats d'autres viendront vous secourir. Alors que dans l'arène… Dans l'arène vous êtes seul. Vous combattrez seul, et mourez seul ! Croyez-moi, vous n'êtes pas prêt pour ce monde.
-Alors que vous oui !? Parce qu'on vous a nommé commandant vous vous jugez apte à concourir dans l'arène. Mais un simple Beneficiarii et porte-étendard ne le peux !? Vous êtes alors comme tous les autres instructeurs de ma vie !
-Je ne participerai pas à cette mascarade. Vous voulez entrer dans l'arène, cela sera sans moi. D'ailleurs, nos entraînements sont terminés.
-Bien ! Je demanderai à quelqu'un d'autre ! Quoi qu'il arrive vous me verrez devenir gladiateur !
Mais Shoto était déjà parti. Lui qui n'haussait jamais le ton, n'avait pas pu s'en empêcher avec lui. Sa colère et sa frustration se lisaient sur son visage. Le commandant prit le chemin des termes, en ruminant silencieusement.
La vapeur d'eau camouflait la majorité de l'immense bain qui était presque vide. Le commandant de l'armée auxiliaire grecque avait réservé un terme pour ne croiser personne. Il ne voulait pas être interrompu dans les méandres de ses pensées, qui peinaient de plus en plus à le convaincre qu'il avait eu raison d'agir comme il l'avait fait. Il détestait user de son statut pour démêler une situation, mais connaissant la détermination de son Beneficiarii, il n'avait vu aucun autre moyen. Shoto soupira, s'il avait remarqué plus tôt les motivations de Yosetsu peut-être qu'il aurait pu lui faire abandonner son objectif. Mais on ne refaisait pas le monde avec des si. Et alors qu'il espérait pouvoir se détendre seul un moment, il entendit la voix agressive de Katsuki et celle tempérée d'Izuku.
-Alors monsieur est commandant et il se permet de réserver un bain aussi grand. Pourquoi ? Pour faire entrer tes chevilles ou bien ta tête ?
-Katsuki tu n'es absolument pas légitime, tu oublies que tu as fait la même chose il y a quelques jours, sous le nom de Shoto d'autant plus.
Le blond fit les gros yeux à son ami, alors qu'ils arrivèrent à hauteur du bicolore. Les deux n'avaient qu'une serviette autour de leur taille, et au vu de leur engueulade, il savait qu'il n'aurait plus de tranquillité. Il profita alors de leur rassemblement :
-Izuku, Ochaco a pu voir Eri ?
Le concerné se détourna de Katsuki et répondit avec le sourire :
-Oh, oui. Mademoiselle Jiro a autorisé Ochaco à rester une heure avec Eri dans les jardins. Eri semble heureuse. Elle ne fait que répéter que Dame Yaoyorozu et Mademoiselle Jiro prennent bien soin d'elle. Et en parlant de ça Shoto… Tu es au courant n'est-ce pas ?
Shoto fit comme si de rien n'était alors Katsuki rétorqua :
-Ne fais pas l'ignorant. Nous savons que Dame Yaoyorozu s'est battue pour obtenir ce compromis pour la petite. Ce n'est d'ailleurs pas pour cette raison que tu as débuté cette organisation monstrueuse au sein du castrum ? Nos centuries en parlent déjà, quand allais-tu nous en faire part ?
-Aujourd'hui même, j'ai à peine reçu l'approbation de l'ambassadeur. Mais j'ai dû m'entraîner avec Awase, et ce qu'il m'a dit m'a fait oublier tout le reste.
-Oui, nous l'avons croisé sur le chemin pour venir ici. Que se passe-t-il ? Demanda Izuku.
Renfrogné au possible, Shoto vit le blond et son ami s'échanger un regard en souriant. Puis ils prirent place dans le bain en silence en attendant que leur commandant se décide à parler. Celui-ci soupira et expliqua :
-Si Awase m'a demandé de l'entraîner c'est pour avoir la force nécessaire de se présenter au Colisée. L'air révolté de Shoto laissa indifférent ses amis d'enfance.
-Et ?
-Et !? Vous avez vu comment est Awase !? Il se fera tuer dans l'arène !
-Izuku, c'est moi ou Shoto devient encore plus papa poule avec son armée que toi avec Eri ?
-Je crois que c'est vraiment arrivé. Alors quoi ? Par peur de le voir tué, tu ne l'entraîneras plus ?
-Je me refuse à/de participer à sa mort.
Un sourire s'afficha sur le visage de Katsuki :
-Et qui dit qu'il va mourir ? Je veux dire, s'il a eu le courage de te demander de l'aide, c'est qu'il s'est lui-même mis dans les meilleures conditions. Il sait que tu fais partie des plus forts du Colisée, je le trouve assez brave de s'être adressé à toi.
-La bravoure ne suffit pas pour gagner.
-Mais sa détermination oui. Connaissant ton Beneficiarii, je sais qu'il n'a pas pris cette décision à la légère. Ce n'est pas comme nous, avec une insouciance stupide, qui nous proclamions assez fort pour vaincre ceux obstruant notre route. Certes, nous avions All Might de notre côté, mais nous étions encore inconscients de la vérité du monde. Awase, lui, sait ce qui l'attend, et il s'est justement adressé à toi pour s'armée un maximum.
Izuku prit la relève :
-Je me demande Shoto, lui as-tu demandé pourquoi il voulait devenir gladiateur ?
Non. Il ne l'avait pas fait. Shoto baissa la tête en serrant la mâchoire. Katsuki termina alors :
-De quel droit lui coupes-tu les ailes, alors que personne n'a jamais osé le faire avec toi ?
Le bicolore allait parler, mais en assimilant les dires de ses amis, il s'arrêta subitement. Ils avaient raison en tout point, et il se rendit compte qu'il agissait comme ceux qu'il haïssait le plus.
-Très bien je l'admets, j'ai peut-être un peu trop couvé Awase, mais c'est uniquement car il est sous ma responsabilité. Surtout si je deviens son représentant dans l'arène.
-Le connaissant, il ira chercher un autre représentant. Tu n'auras alors aucune certitude quant à savoir s'il est bien entraîné ou non. Supervise-le, apprends-lui tout ce que tu peux, et il n'y a aucune raison pour qu'il perde.
Shoto coupa Izuku :
-Mais ce n'est pas qu'une question de victoire ou de défaite. Si jamais Awase se retrouvait devant Stain ? S'il mourrait lors de son premier combat ?
-Tu n'en sais rien. Et puis, regarde-moi. Depuis notre retour j'ai déjà fait trois sessions, et je ne suis jamais tombé sur Stain. Ses apparitions sont imprévisibles, au même titre que ceux qu'il vise lorsqu'il combat. Tes craintes ne se réaliseront que dans une probabilité faible.
Aucun d'eux n'ajouta plus rien après Katsuki. Shoto devait encore y réfléchir pour savoir quelle était la meilleure décision à prendre. À son grand soulagement, Izuku changea de sujet et les trois se lancèrent dans une conversation concernant le nouveau projet du commandant.
*…*
Il fallut plusieurs jours à Shoto pour se confronter à son Beneficiarii. Les deux n'avaient échangé que quelques mots, trop honteux de leurs dires passés. Le commandant avait délaissé ses papiers et avait regardé droit dans les yeux son subordonné.
-Je sais que devenir gladiateur vous tient à cœur. Et je suis réellement flatté que vous ayez eu envie de m'avoir comme représentant au Colisée. Mais, je ne sais pas si je suis apte à avoir votre vie entre mes mains. Et encore moins que vous ferez partie des vainqueurs de l'arène. C'est pourquoi je vous le demande. Pourquoi vouloir devenir gladiateur ?
Shoto eut l'impression que Yosetsu attendait qu'il lui pose la question depuis le début. Le commandant vit pour la première fois une réelle fragilité chez lui, et son impression se confirma lorsqu'il déclara la voix tremblante :
-Mon père est devenu esclave en perdant une très grande somme d'argent dans le Colisée. Même si mon père n'a jamais eu une vie glorieuse, je me suis juré de montrer mon soutien à ceux qui exécraient l'idée même de l'esclave. Je crois que porter l'étendard d'une puissance prônant cette valeur est un grand honneur. Mais comme je vous l'ai révélé, je me sens impuissant. Je suis romain de naissance, et pour moi, me présenter dans l'arène avec les couleurs de la Grèce est l'unique moyen d'agir pour ce en quoi je crois. Je veux démontrer au monde que la fierté puérile romaine ne m'a pas aveuglé stupidement. Au contraire, en réalisant ce qu'elle était vraiment, je me suis détourné de l'Italie en choisissant sa plus grande rivale, la Grèce.
Et comme toujours, Yosetsu impressionnait Shoto par sa détermination. Il n'avait jamais vu un homme ayant une foi si vive en ses convictions. Il ne perdait à aucun instant son objectif, et se laissait le temps nécessaire à l'accomplissement de ses motivations. Que dire devant un discours si honnête ? Shoto ne le savait pas. Pourtant, il lui devait une réponse. Il lui devait la même honnêteté dont il avait fait preuve.
-Acceptez-vous de me laisser du temps ? Vous devez savoir que je pars en voyage pour une petite durée. Je pense que d'ici mon retour, vous aurez une réponse des plus sincères.
Awase se mit en garde-à-vous, et pour la première fois, Shoto fit de même. Ils restèrent quelques secondes ainsi, jusqu'à ce que le Beneficiarii retourne à ses tâches. Shoto se rassit à son bureau en soupirant. Il avait une chose en plus à penser. Et c'est en apposant le sceau de la cohorte qu'il dirigeait sur un parchemin, qu'il sourit. Avant toutes choses, cette affaire-ci.
