Chapitre 23

Le ciel était couvert en cette matinée. Mais même ce mauvais temps ne pouvait atténuer la ferveur de Rome qui s'impatientait un peu plus chaque seconde. Le maître de cérémonie annonçait l'arrivée de l'Empereur, de ses enfants, et de ses invités. La tribune royale prit place gracieusement alors que les gardes impériaux et le commandant de la cohorte grecque se placèrent à l'arrière. Shoto avait la posture droite, et se mutait dans un silence involontaire. Il était le seul soldat grec à avoir l'autorisation de se tenir dans la tribune royale. Le reste des gradés présents faisaient partie de la garde rapprochée de l'Empereur qui n'adressaient pas un mot au bicolore. Mais en ce jour, une étrange agitation semblait déboussoler les soldats, et ce ne fut que lorsque l'un d'eux s'approcha de Shoto qu'il confirma ses soupçons :

-Commandant Libra, je suis désolé de vous prévenir maintenant, mais l'un de nos soldats va être remplacé par un autre.

-Un autre soldat ? Qui ?

-Moi.

Shoto se tourna vers l'escalier pour voir un ancien camarade à lui. Mais pas celui qu'il préférait.

-Neito Monoma. Je vois que votre place dans la garde impériale vous sied à merveille.

-Oui, personne ne peut le nier. J'ai été sélectionné par l'Empereur même qui me voulait dans cette tribune.

Le bicolore sourit :

-Eh bien Monoma, toutes mes félicitations.

Mais en pensant qu'il s'était débarrassé de sa présence, Shoto entendit dire :

-J'ai vraiment été étonné par votre promotion. Je ne dis pas que vous n'avez pas les qualités pour, au contraire. Mais des soldats de plus grande expérience auraient mieux fait l'affaire.

-Je ne peux nier ce fait. Or, l'ambassadeur Yaoyorozu ne m'a pas laissé palabrer longtemps.

-Oui, j'ai pu l'observer. Mais l'interrogation reste la même, comment un homme tel que lui a-t-il pu négliger un fait si nécessaire que l'expérience ? Si vous voulez mon avis, un facteur extérieur est intervenu, et a été décisif dans toute cette histoire. J'évite de me faire des idées. Après tout, vous avez toujours été un homme avec la capacité étrange de séduire qui traverse votre chemin. Je me demande si cette sorcellerie ne s'est pas produite dans cette histoire.

-Essayez-vous de contester ma place ? Je ne vois ici qu'une jalousie flagrante.

-Jalousie ? Avez-vous vu mon uniforme ? Non, je ne suis pas intéressé par ces querelles puériles.

-Bien, alors je suppose que me dire la raison pour laquelle vous êtes là aujourd'hui ne sera pas un problème pour vous.

L'hésitation légère de Neito fut remarquée par Shoto qui ne laissa rien paraître.

-Ce fait ne me concerne pas uniquement. Cependant, il est clair que ce changement n'est rien comparé à d'autres. Un jour, je vous ai entendu dire que vous vouliez changer Rome. Je vous annonce qu'il est possible que quelqu'un vous devance.

-L'Empereur n'est qu'ambition.

-Qui a parlé de l'Empereur ? Shoto fronça les sourcils ce qui fit sourire son interlocuteur. Conscient que ces révélations aient été surprenantes, il changea de sujet brusquement : J'ai ouï dire que vous représentiez un combattant. Est-il à la hauteur ?

-Vous le verrez bien assez tôt.

Et le commandant avait raison en tout point alors que Tomura Shigaraki annonçait le début de l'événement. Le public tremblait d'excitation à l'instar du maître de cérémonie qui monologuait la grandeur du Colisée et de ses valeureux gladiateurs. La grille s'ouvrit soudainement et ceux que tous attendaient foulèrent le sol de l'arène. Les trente vainqueurs des combats précédents levaient leurs glaives en direction des spectateurs et ainsi animaient d'autant plus les acclamations. Mais ceux-ci se tarirent brusquement lorsque le dernier gladiateur traversa la grille. La tension monta alors qu'une panique intense s'implanta en chacun. La voix du maître de cérémonie n'était plus que lointaine pour Shoto, qui avait instinctivement posé le regard sur son Beneficiarii. Yosetsu n'avait jamais été un bon acteur, c'est pourquoi le bicolore identifia instantanément son anxiété.

Shoto s'était pourtant renseigné, Stain ne devait pas concourir pour cette session. Le gladiateur avait été disqualifié pour avoir décimé tous ses adversaires. L'un d'eux était le fils d'un commerçant influant anglais, qui avait polémiqué pour que Stain soit écarté du Colisée. Allant à l'encontre des règles de l'arène, Tomura avait accepté de l'éloigner quelque temps pour éviter un conflit puéril entre l'Empire romain et celui d'Angleterre. Mais alors que les gladiateurs avaient eu droit à un peu de répit, le fléau du Colisée était de retour. Et ce fait ne pouvait pas être pire, d'autant que Yosetsu Awase s'y trouvait aussi.

À peine vingt minutes que le combat avait débuté et trois gladiateurs avaient rendu l'âme. Aucun des vingt-six combattants ne pouvait ignorer Stain qui sélectionnait ses victimes au hasard. Lorsque celui-ci retira sa lame du corps de son quatrième mort, il fit le tour de l'arène du regard. Son attention fut portée sur l'un des gladiateurs qui se démenait à retirer les cassis de ses adversaires et à les assommer avec le pommeau de son glaive. Le sourire aux lèvres, il se mit face à lui et pointa son arme en sa direction pour lui signifier que dorénavant il serait son dernier adversaire.

Tel un fauve, Stain chargea avec une rapidité et une force violente. Mais concentré comme jamais, Yosetsu esquiva avec agilité. Leurs glaives s'entrechoquèrent avec fracas. L'aura meurtrière de Stain n'impressionnait plus le porte-étendard qui se mouvait avec adresse. Sa technique pacifique, à l'opposé de celle de son adversaire, rappelait limpidement son représentant. Shoto ne manquait rien du combat endiablé, au même titre que l'arène au complet. Et plus le frêle sous-officier esquivait les attaques mortelles du gladiateur à la réputation terrifiante, plus le public l'encourageait à le vaincre. Son assurance grimpa en flèche proportionnellement à la dextérité de ses mouvements. Et enfin, alors que tous avaient retenu leur respiration, Yosetsu Awase laissa une longue coupure sur le bras gauche de Stain. Celui-ci s'était pétrifié et fixait les yeux grands ouverts sa blessure ensanglantée.

-Tu m'as blessé. Un homme si rachitique que toi m'a blessé.

Ce n'était qu'un murmure, et Yosetsu fut le seul à l'entendre.

-Ce n'est que la conséquence de votre sous-estimation. Le regard dur, le sous-officier n'avait rien perdu de sa concentration.

-Il est clair que c'est le cas. Mais un homme de ta carrure ne peut être traité que comme cela au premier abord. L'erreur est mienne, et j'en assume les conséquences. Toutes traces de folie avaient quitté le regard de Stain. Il planta ses yeux perçant dans ceux concentrés de Yosetsu qui ne cilla pas : Pourquoi concourir au Colisée ?

-Vous voulez connaître mes motivations ? Maintenant ?

-Je ne vois pas meilleur endroit. Nous sommes tous gladiateurs pour des raisons précises. Faisons alors un marché. Tu me dis pourquoi tu combats, et je ferai de même à ta suite.

Avec une légère hésitation, le porte-étendard commença :

-Je veux défendre une cause à laquelle je tiens. En portant les couleurs de la Grèce, je veux montrer qu'il existe des romains qui rejettent la doctrine de l'Empire.

Un rire strident résonna dans le Colisée qui lui glaça le sang. Stain s'esclaffait sans vergogne avec une moquerie non feinte. Le rire, si souvent communicatif, ne provoquait ici que dégoût et terreur.

-Chétif, inconscient et stupide. Comme quoi, il faut un tout pour faire Rome. Ta bêtise n'a d'égale que celle de ton représentant qui a accepté que tu participes à l'horreur de l'arène. Tu pensais vraiment qu'en participant à la plus grande mascarade du monde tu pourrais améliorer quelque chose à cette vie de misère, et à cette injustice constante. Tu dis vouloir montrer que la doctrine romaine est mauvaise, mais enfin, le monde s'en contre fou ! Il veut simplement du sang ! Il veut voir des bêtes de foires se battre pour survivre ! Parce que c'est ce qu'est la vie ! Le Colisée n'est que le reflet de nos propres vies ! Se battre pour survivre ! Qui es-tu pour avoir l'audace de défendre tes idées ici, alors qu'à l'extérieur de ses murs tu n'en es pas capable !? Je comprends enfin pourquoi toi !

Yosetsu eut tout juste le temps de reprendre ses esprits qu'il dû parer un coup de glaive. Le combat prenait un tout autre tournant, alors que le rythme s'accentuait de secondes en secondes. Jamais encore le fléau du Colisée n'avait été si furieux. Et la panique vive du début reprit place dans les cœurs. Seul ce combat attirait l'attention de tous qui ne savaient comment décrire ce spectacle monstrueux. Les mouvements enragés de Stain lui donnaient l'air vésanie et offraient une exécution lente et cruelle. Yosetsu fut d'abord recouvert de coupure. Les jambes, les bras, le visage, des balafres meurtrières faisaient couler son sang abondamment. Il trébucha et finit sur le sol. Trop épuisé pour se protéger des coups de pieds de son adversaire, il ne sentait même plus la douleur lancinante. Seul restait le ciel gris, et les gouttes de pluie mélangées au sang et au sable de l'arène. Sur le dos, Yosetsu Awase rendit son dernier souffle avec un glaive planté en plein cœur, et la pluie en guise de larme.

Momo Yaoyorozu s'était brusquement retournée, les yeux embués de larmes. Mais ses yeux, guidés par son cœur, ne virent pas l'objet de ses désirs et pensées. Il avait disparu.

Les cinq vainqueurs de cette session avaient tous quitté l'arène. Même Stain, qui n'affichait plus qu'un air indifférent, le même qu'à chaque fin de combat. Shoto ne l'avait pas croisé. Il s'était immédiatement dirigé vers le corps refroidissant de son Beneficiarii qui gisait toujours sur le sol mouillé. L'ondé le trempait jusqu'aux os, mais cela n'avait aucune importance pour lui. Sourd et aveugle à tout autre chose que la perte de celui qu'il tenait en haute estime, il ne pouvait même pas être reconnaissant du mutisme du public, qui rendait grâce à ce gladiateur parti trop tôt. Shoto avait tout d'abord retiré le glaive transpercé dans la poitrine de Yosetsu, puis l'avait jeté négligemment. Il s'accroupit ensuite et déchira un morceau de sa chemise pour nettoyer le visage immobile du mort. Le commandant lui ferma les yeux, pour se relever ensuite sans le lâcher du regard. Il tourna légèrement la tête et sut instinctivement que ses deux amis se trouvaient derrière lui. Sans échanger un mot, les trois se placèrent de part et d'autre du sous-officier et le portèrent avec respect. La tête haute, la marche synchronisée, le commandant et ses centurions honorèrent l'homme que fut Yosetsu Awase. Un homme d'honneur. Un homme fort. Un homme respecté.

*…*

Le Tribunus Cohortis de l'armée auxiliaire grecque avait demandé à ne pas être dérangé en cette période de trouble. Il n'avait pas quitté sa tente, et organisait frénétiquement les funérailles de son Beneficiarii mort au Colisée. Il s'était arrangé pour transmettre ses condoléances à sa famille, à qui il promit ses services avec insistance. Shoto avait réussi à obtenir de l'ambassadeur l'habilitation nécessaire pour faire de Yosetsu Awase un légionnaire post-mortem. Et l'officialisation n'eut lieu que ce soir-là, trois jours après sa mort.

Shoto rédigeait l'annonce officielle. Celle qui serait transmise au castrum d'abord, puis à l'arène ensuite. Le commandant avait insisté lui-même pour la faire. À vrai dire, chaque tâche qui concernait l'ancien porte-étendard devait impérativement lui être remise. Même Katsuki et Izuku n'avaient rien eu à y redire à ce sujet. Ceux-ci avaient d'ailleurs accepté de lui laisser l'espace qui leur demandait, c'est pourquoi les deux se contentaient de lui apporter ses repas, qu'ils retrouvaient la plupart du temps intactes. Craignant une décadence lente chez leur ami, Izuku avait émis une proposition que Katsuki consentit. Ce fut donc pour cette raison précise que quelqu'un entra sans la permission du commandant.

-Grands dieux, cet endroit est invivable.

Dès que Shoto entendit le premier mot de Momo Yaoyorozu, il grogna de mécontentement.

-Merci pour cette remarque plaisante, vous pouvez disposer maintenant, j'ai du travail.

-Il est clair que vous en avez. Mais au vu des piles de papiers qui s'entassent dans votre tente, je présume que votre « travail » n'est pas très efficace.

-Que faites-vous ici ? Assis sur son siège, le bicolore n'avait même pas jeté un regard en sa direction. Ce qui agaça la Dame.

-C'est évident, je viens vérifier que mon commandant est bien en vie.

-Lui l'est, mais certains ne le sont pas.

Pour la première fois depuis qu'elle le connaissait, Momo hésita. Elle avait le sentiment que peu importait les mots qu'elle emploierait, rien ne pourrait consoler la douleur qu'elle voyait en lui.

-Je suis désolée pour Awase, c'était un homme bien.

Shoto se leva brusquement en bousculant sa chaise. La Dame pouvait enfin voir ses yeux qu'elle aimait tant, mais ce qu'elle y décerna l'attrista.

-Désolé ? Vous n'avez aucune légitimité pour être désolé pour lui. Vous vous êtes servie de lui, et avez profité de son inclination pour vous. Vous n'aviez aucune estime pour cet homme, alors cessez de dire que vous êtes désolée.

Le ton froid et incisif de Shoto l'aurait fait reculer, si elle avait senti une colère plus vive que la tristesse qui l'accablait. Avec retenue, elle déclara :

-Yosetsu Awase était un homme que je respectais. Sa mort m'a bouleversé, même si je ne pourrais jamais comprendre ce que vous ressentez vous. Cependant, je vous interdis de transformer votre culpabilité et mélancolie en aigreur et colère. C'est injuste de vous en prendre à ceux qui vous veulent le plus de bien, nous savons tous deux que vous valez bien plus que cela.

La mâchoire serrée, il détourna le regard. Le commandant débuta les cents pas en répliquant :

-Ma sœur a déjà tenté de me raisonner, il est inutile de vous fatiguer. Je suis en tout point responsable. Et travailler comme je le fais n'est qu'une mince compensation pour ses loyaux services.

-Mais ne plus vous nourrir n'est pas une condition à remplir pour rembourser ses loyaux services. Vous êtes en vie, ne négligez pas ce fait. Momo observait les nombreux plateaux qui n'avaient pas été touchés, puis reporta son attention sur le bicolore qui marchait toujours avec les mains tremblantes.

-Je fais mon travail de commandant. L'un de mes subordonnés est tombé, je me dois d'honorer sa mémoire. Je n'ai rien de plus à ajouter à ce sujet.

-Et si vous arrêtiez de mentir ? À moi, comme à vous-même ? Le mensonge ne vous va pas du tout. Comme nier les émotions qui à la fois vous bénissent et vous consument. S'il y a bien quelqu'un qui ne vous reprochera pas votre vulnérabilité c'est bien la personne qui la partage.

Shoto s'était arrêté et la fixait sans ciller. La voix de la Dame était comme un phare qui le ramenait toujours sur la rive. Il se sentait flotter à chaque fois, et englobait le courage et la témérité nécessaire pour traverser mer et océan rien qu'à sa demande. Et avec cette sensation atténuant la douleur qui lui broyait les entrailles, il s'exécuta :

-Je savais que c'était une erreur. Je le savais, et pourtant je l'y ai tout de même poussé. Sa mort n'est que le résultat de mon orgueil. J'ai cru que je pouvais le porter même au-delà du Colisée. Quel idiot j'ai été.

-Oui, vous êtes idiot.

L'homme s'adossa à son bureau face à Momo, et continua sans relever sa remarque :

-J'ai parié sa vie contre le système corrompu de Rome. Je lui ai enseigné comment vaincre sans blesser, mais pas comment survivre face à la mort même. Un commandant ? Qui pourrait croire cela aujourd'hui ? Je me démène pour changer ce que mon père instaure depuis si longtemps. Mais aujourd'hui je me rends compte que mes tentatives vaines de bouleverser les choses n'apportent que malheur et désordre. Au final, ma mère s'est peut-être sacrifiée pour un enfant indubitablement attiré par les traces de son père. Comment puis-je me battre contre cela ? Comment pouvez-vous vous tenir ici en face de moi, sans une once de méfiance, de…

Momo s'était doucement approchée de lui. Il s'était arrêté alors qu'il avait senti les mains douces de la Dame sur ses joues. Plongé dans ses yeux, il expira d'aise en voyant une affection qu'il ne méritait pas. Jamais ils n'avaient été si proches, et la femme décida d'approfondir cette proximité interdite. Une main dans ses cheveux bicolores, et l'autre dans son dos, elle l'enlaça avec douceur. Shoto avait maintenant sa tête contre la poitrine de Momo, et sentait le rythme de sa respiration. Il l'entendit dire dans un murmure :

-Vous êtes accablé par le deuil, cessez de vous en prendre à vous-même. Guérissez , prenez le temps dont vous avez besoin. Vous n'êtes pas seul. Des gens veillent sur vous. Et aucun d'eux ne vous reprochera jamais ce pourquoi vous vous torturez. Aujourd'hui vous avez le droit d'être triste. Mais demain… demain vous devrez agir. Guérissez, et vous pourrez réfléchir.

Les yeux grands ouverts, perturbé par ce rapprochement soudain, il finit par se résigner. Ses yeux se fermèrent, sa tête se posa davantage sur sa poitrine, et son expression lointaine se transforma en une grimace de douleur qui témoignait infidèlement son sentiment vif. Ils restèrent un long moment ainsi. L'un pleurant, et l'autre réconfortant.

*…*

Il les avait réunies dans la demeure d'Aizawa qui avait accepté de recevoir tous les proches de ses anciens élèves. La demande de Shoto avait laissé une interrogation planer, même chez ses amis d'enfance qui n'avaient pu expliquer l'attitude énigmatique de leur commandant. Celui-ci était resté silencieux durant toute la durée du repas, et s'était contenté de sourire dans de rares occasions. Katsuki et Izuku comprirent rapidement que leur ami réfléchissait à comment aborder le sujet qui les rassemblait tous. Loin d'être gêné, il appréhendait tout de même les réactions qui découleraient de sa décision.

Vint le silence reposant qui laissait place au recueillement interne. Shoto sentit que le moment était venu d'exposer ce qu'il avait mûrement réfléchi. Il releva la tête et remarqua que toute l'attention était tournée vers lui. Le bicolore ne put s'empêcher de sourire, et commença :

-Je suis désolé d'avoir fait tant de mystère. Surtout qu'une décision anodine ne nécessite pas de réunir tous mes proches. Je pense que vous vous attendiez tous à ce que je réagisse à la mort de mon Beneficiarii

-Et c'est ce que tu feras ? Coupa agressivement Katsuki.

-Oui. J'ai bien l'intention d'agir en conséquence.

Yagi se leva brusquement de table, et s'emporta :

-Assez mon garçon ! Je ne te regarderai pas prendre le même chemin ! Un jour c'est ta vie que tu perdras.

-Du calme All Might, laisse-le s'exprimer. Alors S, quels sont tes projets ? Que comptes-tu accomplir d'autre ? Aizawa avait un air indifférent ce qui contrastait avec celui inquiet de Yagi.

-Stain a agi avec beaucoup trop de liberté. Il a causé des dommages inquiétants dans l'arène. À cause de lui, l'Empire d'Angleterre a failli entrer en conflit avec le nôtre. Mais personne n'a jamais osé le confronter directement. Même les ruses mesquines n'ont pas raison de lui. Alors je me suis décidé, je l'arrêterai dans les règles.

-Tu veux le provoquer en duel ?

Shoto fixa Katsuki et hocha de la tête positivement. Un silence pesant s'installa ou la crainte fit frissonner la tablée. Izuku avait attrapé la main de sa femme par réflexe. Il se retenait de dire les choses, mais lorsqu'il sentit une pression sur sa main, puis vit le sourire bienveillant d'Ochaco, il se décida :

-S, tu as toujours été quelqu'un de réfléchit. D'autant plus aujourd'hui alors que de grandes responsabilités pèsent sur tes épaules. Et je suis d'accord avec toi, Stain doit être arrêté. Mais la mort d'Awase est si récente, je ne sais pas si tes décisions sont aussi réfléchies que tu le laisses entendre. Ne serait-ce pas mieux de le combattre ensemble ? De participer à une session générale, sans invoquer un duel à mort illégale ?

-Ce ne sera pas illégal. Je compte informer le maître de cérémonie du Colisée que mon duel contre Stain se tiendra dans l'arène même. Rome sera présente, ainsi que ceux qui la dirigent.

-Un spectacle public ? Te crois-tu si intouchable ? Penses-tu vraiment que ta victoire est assurée ? Demanda faiblement Yagi.

-Non, bien sûr que non. J'ignore si je gagnerai.

-Alors pourquoi !? Haussa le ton Denki.

Et se fut Katsuki qui répondit doucement :

-Pour l'exemple. Shoto sourit à son ami qui l'avait compris en tout point. Le blond poursuivit énigmatiquement : Est-Elle en accord avec ta décision ?

Le bicolore le fixa sans ciller. Seules trois personnes présentes dans la pièce savaient ce dont Katsuki faisait mention. Shoto se retint de baisser la tête, et se força à répondre le plus naturellement possible :

-J'ai repris mes esprits, et j'ai demandé conseil à mon supérieur qui a accepté ma requête. Aux premiers abords, combattre Stain peut paraître terrifiant, mais il n'en est rien. Le vaincre apportera une stabilité sur tous les fronts, qu'ils soient romains ou grecs.

-Mais cela reste de simples excuses face à ton désir de venger ton Beneficiarii, intervint Aizawa, je ne comprends pas pourquoi tu continues à nous en faire part si à la fin ta décision est la même.

Shoto sourit devant l'expression lassée de son ancien entraîneur. Il regarda un à un ses amis et termina :

-Même si mes décisions restent inchangées, s'il y a bien une chose qui m'est indubitablement nécessaire, c'est l'avis de ceux que je respecte. Si je n'ai jamais perdu pieds, et que mes réussites paraissent grandioses aux yeux des autres, c'est uniquement dû au soutien de ceux qui m'accompagnent. Je vous dois à chacun quelque chose. Et je n'ai trouvé que l'honnêteté pour rembourser cette dette indélébile. Tout ce que j'espère maintenant, c'est que vous serez tous là lors de mon combat.

-Qui dit qu'il aura lieu ? Demanda Mina.

-Nous parlons de Stain. À vrai dire, cela ne m'étonnerait pas que plusieurs représentants de puissances viennent aussi assister à ce qui devrait être le combat du siècle. Stain, le fléau du Colisée, contre , vainqueur incontesté et Tribunus Cohortis de l'armée auxiliaire grecque. Oui, ce combat fera renaître le Colisée, d'une manière ou d'une autre. Je te soutiens S.

Le bicolore inclina la tête en direction de Katsuki, puis observa Izuku qui finit par soupirer :

-Bien, si c'est ce que tu souhaites. Je te soutiens aussi. Mais j'espère que tu es sûr que Yosetsu Awase aurait été d'accord avec tout cela.

L'air renfrogné du centurion les firent rire. Mais alors que chacun acquiesçait la décision du commandant, il ne manquait que la voix de ses mentors.

-Ça m'est égale. Tu n'es plus un enfant. Et ta décision est loin d'être motivée par ton immaturité émotionnelle. Je serai présent lors de ton combat. Aizawa se couvrit davantage avec sa couverture jaune et ferma les yeux, ce qui donnait l'impression qu'il s'était endormi.

-Je te l'ai dit, je n'accepterai plus jamais que tu risques ta vie au nom de la vengeance. J'ai promis à ta mère de te protéger. Et toi plus que n'importe qui, sait ce que c'est que perdre quelqu'un dont on est responsable.

-Oui je le sais. Je comprends enfin votre sentiment All Might. Et c'est justement pour cette raison que je tiens à le faire. Pour l'honneur de celui que je n'ai pas su protéger.

-Je suis désolé S, je ne peux pas.

L'ancien gladiateur se retourna et sortit de la demeure sans un mot de plus. Shoto le regarda s'en aller en comprenant parfaitement le sentiment de son mentor. Mais comme il l'avait dit plus tôt, sa décision était prise. Dès demain, Rome serait tenue au courant que le second duel jamais organisé au Colisée aura lieu ce mois-ci.