Chapitre 24
-Quel être humain à Rome n'est pas présent dans cette arène !? Alors que l'événement de l'histoire va avoir lieu aujourd'hui dans le plus grand monument du monde !? Nous assisterons au deuxième duel de l'histoire, qui contrairement au tout premier ne fera pas office de légende ! Ce soir, au Colisée, deux grands gladiateurs vont s'affronter dans un duel sanglant ! Deux hommes que tout oppose, et qui pourtant se retrouvent face à face dans l'arène ! Défi ! Vengeance ! Ou bien rivalité ! Les raisons importent peu car d'ici quelques instants, leurs glaives pourfendront l'adversaire ! Seul le plus valeureux, le plus malin, le plus fort, sortira vainqueur de ce combat mémorable ! Le premier s'est fondé une réputation impitoyable à travers tout l'Empire ! Il est celui qui a bouleversé l'arène ! La terreur cauchemardesque de nos rues ! Le magnifique STAIN ! Le public se déchaîna avec une ardeur jamais vue. Le second… Le second va vous plaire ! Il a commencé en bas de l'échelle ! Simple gladiateur, il est le seul recommandé d'All Might, le plus grand gladiateur de tous les temps ! Son ascension graduelle lui a permis d'attendre le rend de Tribunus Cohortis grec ! Il est le premier romain à avoir dirigé une armée grecque ! !
Tomura Shigaraki, le maître de cérémonie du Colisée, galvanisait les foules avec une clameur portée par une expérience solide. Il annonçait l'entrée des deux duellistes qui allaient s'affronter dans l'arène. Le soir était tombé depuis un moment, ainsi des torches avaient été allumées tout autour des tribunes et des murs séparant l'arène du public. Jamais encore un tel combat ne s'était tenu la nuit. Mais malgré l'heure tardive, tout Rome était présent. Personne ne pouvait manquer l'un des plus grands évènements de l'attraction préféré du monde. Tous avaient été prévenus du duel dès l'instant où Stain accepta le défi de Shoto. Les deux n'avaient pas conversé directement, mais s'étaient tout de même mis d'accord sur les conditions du combat. Par mort ou par abandon, aucune objection n'avait été émise.
Les adversaires d'un soir s'approchaient en parfaite synchronisation du centre du Colisée. Ils avaient emprunté des entrées différentes, à l'opposées l'une de l'autre. Shoto avait tout juste eu le temps de saluer ses amis d'enfance, et de leur laisser un testament, si les choses devaient mal finir. Le bicolore avait préféré ne pas dire au revoir à Momo. C'était mieux ainsi. Et c'est en ayant en tête l'approbation de la Dame, qu'il s'avançait de plus en plus vers son adversaire.
-Enfin nous nous rencontrons. J'ai regretté de ne pas voir en chair et en os celui qui a eu le courage nécessaire de m'affronter en duel, commença Stain, assez fort pour camoufler l'excitation du maître de cérémonie.
-Les codes du duel se font ainsi, même si je préfère les confrontations en personne.
-Votre courage est indéniable, c'est si rare. Je comprends enfin qui est l'homme qui a recommandé Yosetsu Awase.
Shoto fronça les sourcils, mais pas de colère, d'étonnement.
-Vous avez retenu son nom !?
-Oui. Tout Rome me voit comme une bête assoiffée de sang. Ils n'ont pas tort. Cependant, je suis un homme de conviction, tout comme mon ancien adversaire du nom de Yosetsu Awase. Quel dommage qu'il n'ait pas su comment bien défendre les siennes.
-Il n'a pas eu le temps de le faire, vous lui avez ôté la vie avant. L'étonnement laissa sa place à une colère froide. Shoto resserra le manche de son glaive.
-Je vous l'ai dit, il les défendait mal. Sa méthode était pacifique, or dans l'arène, on ne peut se soumettre à ces enfantillages. Les seuls messages qui valent d'être entendus sont transmis par le sang !
Stain s'élança avec véhémence, un grain de folie dans le regard, et une gestuelle bestiale. Shoto comprit instantanément que le niveau de son adversaire n'était pas des moindre. Il resta cependant très calme, et suivit avec monotonie la technique apprise lors de ses débuts. Défense. Le bicolore para toutes les attaques mortelles de Stain dans une souplesse remarquable. Son glaive, normalement utilisé pour blesser, ne lui servait que de soutien dans ses habiles esquives. Observation. Les mouvements de Stain s'implantaient peu à peu dans l'esprit de Shoto qui suivait sa vitesse avec plus de facilité. Son corps s'adaptait naturellement au rythme normalement imposé par son adversaire. Malgré ses quelques égratignures, il se sentait de plus en plus à l'aise pour la dernière étape. Attaque. Le commandant changea la position de défense de son glaive, et chargea avec force pour contrer. Les muscles de ses bras n'hésitèrent plus, et il domina l'échange court en déséquilibrant Stain qui termina au sol.
Déboussolé, celui-ci releva la tête alors que la lame de Shoto lui laissa une fine coupure sur le cou.
-Pourquoi ne pas avoir enseigné cela à Yosetsu Awase, ça lui aurait été utile.
-Pourquoi agir ainsi ? Pourquoi répandre terreur et peine ? Vous parliez de conviction ? Quelles convictions peuvent exhorter une personne à ce genre d'extrémité ?
Stain ricana :
-Alors même un homme aussi fort que vous ? Même un homme ayant vu les vérités de ce monde, ne peut comprendre mes motivations ? C'est absurde. Le glaive entailla un peu plus son cou, il continua alors : Connaissez-vous l'expression « combattre le feu, par le feu » ? Elle m'a inspirée durant tout mon temps dans cette arène. Rome est corrompue. Elle répand un poison lent et destructeur tout en donnant une illusion idéaliste. Le gouvernement romain offre à son peuple des excuses à la cruauté humaine. L'esclavage, le meurtre, l'abus. Ce ne sont aujourd'hui que des sujets triviaux, qui ne réclament plus de compassion ou d'attention. Certains subissent leur pauvreté en payant les plus riches. D'autres enfanteront les générations futures destinées à suivre le même chemin. En vingt-ans rien n'a changé. Même l'intervention pacifique d'All Might n'a eu aucun effet sur les mœurs corrompues des romains.
-Alors vous avez étendu la terreur des plus nécessiteux jusqu'à la noblesse ? Qu'est-ce que cela change ?
-J'ai agi ! Moi ! Stain ! J'ai agi pour mes objectifs ! J'ai mis ma vie en jeu à chaque fois que je traversais cette grille, et j'ai défié Rome de me prouver que j'avais tort ! Mais jusqu'à aujourd'hui, elle n'a jamais réussi !
-Je ne suis pas ici en tant que représentant romain. Mais en tant que représentant grec.
L'instabilité de Stain grimpait en flèche, mais Shoto restait toujours aussi calme.
-Comment !? Alors pourquoi m'affronter aujourd'hui !?
-Pour les mêmes raisons que vous. Je me bats pour mes convictions. Et elles m'ordonnent de mettre fin au chaos que vous êtes. Je resterai à tout jamais convaincu qu'il y a de meilleurs moyens de changer les choses que la terreur. Et quand je vous vois, je me rends compte que vous agissez de la même manière que ceux que vous combattez désespérément.
La rage avait totalement pris possession de l'homme à terre, qui se releva en se dégageant du glaive de son adversaire. Il chercha désespérément son arme, et s'en empara lorsqu'il l'eut trouvée. S'en suivit un échange effréné qui ne laissait aucun répit, ni à l'un ni à l'autre. Le combat se déplaçait de plus en plus vers les remparts de l'arène où Shoto fut bloqué. Il esquiva, en se baissant, le coup horizontal de Stain qui trancha en deux l'une des torches. Il pivota ensuite, et laissa une coupure nette sur son dos. Stain avait gémis de douleur et s'était rattrapé sur le mur. Cet instant de latence permit au bicolore de souffler, mais son instinct lui cria de réagir lorsqu'il vit l'autre combattant se baisser légèrement. Trop tard. Il reçut du sable en plein visage, ce qui l'aveugla totalement en le faisant reculer. Mais alors qu'il toussait tout en s'efforçant d'ouvrir les yeux, il vit Stain l'attraper par l'épaule et lui enfoncer dans l'œil gauche la torche brûlante.
Un cri abominable raisonna dans le Colisée alors que tous retinrent leur respiration. Shoto se tenait l'œil gauche tout en vacillant à cause de la douleur insupportable. Déstabilisé par l'odeur de la chaire brûlé, et par sa blessure dans le dos, Stain se recula aussi, tout en bredouillant des paroles vagues :
-Tu es fort , mais parce que tu comptais trop sur ta force, tu as perdu un œil. Et comme Yosetsu Awase comptait trop sur sa force, il a perdu la vie.
Et la stupeur se greffa sur son visage. En effet, Shoto ne titubait plus. Il tenait fermement son glaive, et s'efforçait à garder son œil droit ouvert. Il commença à marcher, avec comme moteur une aura de détermination. Tout son corps tremblait de douleur et ses gémissements étaient audibles par tous. Pourtant. Pourtant, s'avançait sans hésitation vers son adversaire, la douleur lancinante, à moitié aveugle, le visage en ignition. Et pour la première fois dans le Colisée, Stain, le fléau, ressentit de la terreur.
-Je ne suis pas fort. Je n'ai jamais rien eu de fort. La preuve même que celui dont j'étais responsable est mort ici même. Sous mes yeux. Je vous comprends Stain. Je comprends votre haine. Mais je comprends aussi que vous avez tort. Et je ne peux plus vous laisser agir plus longtemps.
Il s'approcha encore et encore, faisant reculer sa proie qui se retrouva à son tour bloquée contre le mur de l'arène. Face à sa mort, le gladiateur ferma les yeux en attendant le coup qui l'exécutera. Mais rien ne vint. Il ouvrit les yeux, et vit celui qu'il avait gravement blessé, ranger son glaive.
-Pourquoi !? Pourquoi tu ne me tues pas !?
Le souffle saccadé, Shoto répondit :
-Parce que mes convictions n'impliquent pas la mort.
Bouleversé. Troublé. Perdant. Stain murmura :
-J'abandonne.
Personne dans le public ne l'avait entendu, pourtant ils comprirent tous ses paroles. Volubile, Tomura Shigaraki cria à plein poumon le nom du vainqueur, puis fit son éloge dans un discours pathos. Psalmodiant exagérément, il ne réussit pas à retirer le sentiment d'admiration que le public ressentait envers Shoto. Mais celui-ci ne remarqua rien. Le monde s'assombrissait peu à peu, et il perdit pied pour se pâmer au sol. Son évanouissement ameuta les responsables de l'arène qui cédèrent la place à ses amis proches, ainsi que ses deux mentors, Eraser Head et All Might. Le commandant fut ensuite amené à l'infirmerie, où personne ne sut pendant de longues heures ce qu'il s'y passait.
*…*
Sa première sensation fut la douleur. Des muscles de ses jambes à la brûlure qui l'aveuglait complètement, Shoto essaya d'émettre un gémissement mais sa gorge brûlante le paralysa.
-Tu ne peux pas parler pour l'instant. Tes hurlements ont totalement épuisé ta voix. Ce qui n'est pas si étonnant, tu as subi mon traitement pendant deux heures d'affilée. Voilà une éternité que je n'avais pas eu à soigner une brûlure. Mais tu as eu beaucoup de chance, tu n'es pas complètement défiguré. Shoto s'évertuait à ouvrir son œil valide pour mettre un visage sur cette voix rassurante. Épuisé par les blessures qui recouvraient son corps, il mettait la force qu'il lui restait dans l'écoute des dires de Recovery Girl : Tu excuseras mon initiative à te tutoyer, je pense que ce genre de procédés sont le cadet de nos soucis dans cette situation. Je vais te dire ce que tu veux savoir, mais avant il faut que tu prennes connaissance de ton état de santé. Les coupures que tu as subies cicatriseront rapidement, ce n'est pas une préoccupation. Ce qui m'inquiète réellement c'est ta brûlure à l'œil gauche. Ce qui est certain c'est que ta cicatrice sera proéminente, et qu'elle te fera mal très longtemps. Cependant, ce qui m'inquiète le plus, c'est ton œil. Je ne sais pas si tu seras en capacité de retrouver la vue de cet œil. Il est trop tôt pour se déclarer, c'est pourquoi je vais devoir te suivre pendant plusieurs semaines. Mais d'ici tout cela, tu vas devoir te reposer longtemps. Le médecin changea le tissu présent sur le front du gladiateur, et continua : Pour ce qui est de ton adversaire. Il a perdu beaucoup de sang, mais il récupèrera avant toi. Et enfin, je tiens à te dire que j'ai dû batailler pour ne pas faire entrer tes proches dans cette pièce. Tu as reçu des visites tous les jours depuis six jours. Et certaines étaient pour le moins étonnantes. Tu es un homme apprécié , il serait dommage que tu ne t'en remettes pas.
Shoto soupira et s'endormit brusquement. Il avait entendu tout ce qu'il voulait entendre. Rassuré, il sombra longtemps dans un sommeil réparateur.
La douleur avait laissé place à une lourdeur épuisante. Seule sa brûlure lui faisait serrer la mâchoire et les poings. Semi-conscient, il fut tiré de son sommeil par la voix de sa mère. Il voulut parler, mais sa voix refusait de lui obéir. C'est pourquoi, il s'efforça d'ouvrir l'œil droit et de tourner la tête en direction de l'agitation de la pièce.
-Shoto tu es réveillé !
Fuyumi avait attrapé la main de son frère avec un regard soucieux. Combattant la fatigue et la douleur, il étira la commissure de ses lèvres pour lui sourire. Mais l'aspect du rictus le faisait plus grimacer que sourire, ce qui fit rire les personnes présentes.
-Je crois que les dieux ont entendu mes prières, je ne supportais plus de marcher à côté de mon ami doté d'une beauté supérieure à la mienne. La voix rauque de Katsuki, laissait transparaître clairement sa moquerie.
-Un… un peu… brutaux… tes dieux. Shoto avait murmuré avec difficulté, mais s'était fait comprendre.
Avec un sourire, le blond répondit :
-Que veux-tu ? Ils sont à mon image. Content de te revoir parmi nous commandant.
L'œil plissé, le bicolore fit le tour de la pièce du regard à la recherche de quelqu'un.
-Natsuo ne peut pas se déplacer en même temps que moi. Nous aurions été suspect si nous étions venus ensemble te voir. Il m'a dit qu'il te rendrait visite demain.
-De même pour Izuku. Nous faisons toujours en sorte de laisser un soldat à ta porte au cas où. Avec les autres centurions nous essayons de te remplacer du mieux que nous le pouvons. En tout cas, remets-toi le plus rapidement possible. Ta cohorte se fait un sang d'encre.
-Me… Merci Ka… Katsuki.
Le centurion inclina la tête, puis quitta la pièce pour laisser le frère et la sœur ensemble.
-Oh Shoto, j'ai tellement eu peur. J'ai vraiment cru que tu allais mourir. Affronter Stain, mais qu'est-ce qui ne tourne pas rond chez toi !? De plus, mon inquiétude te concernant à fait s'interroger Keigo qui ne comprenait pas ma panique. Plus le temps passe et plus il est dur de lui cacher ce que nous sommes si peu à savoir. Et puis, je n'ai pas été la seule indiscrète dans toute cette histoire de duel. Dame Momo ne cache plus très bien ses émotions. Fuyumi sentit une pression dans sa main. En effet, Shoto l'avait serrée par réflexe, ce qui la fit sourire : Elle va bien ne t'en fais pas. Elle était simplement inquiète. Il n'est pas exclu que tu reçoives sa visite. Soudainement détendu, le bicolore sentait son œil droit se fermer tout seul : Je pense que je vais te laisser te reposer. Je reviendrai, d'ici là rétablie toi Shoto.
*…*
Plusieurs jours s'étaient écoulés, et Shoto avait peu à peu repris des forces. Il avait réussi à s'asseoir et avait même essayé à plusieurs reprises de tenir en équilibre debout. Recovery Girl semblait satisfaite des progrès du commandant, qui écoutait à la lettre ses recommandations. Elle avait d'ailleurs commencé à traiter la brûlure avec plusieurs mixtures dont elle seule avait le secret. Le bicolore n'avait toujours pas essayé d'ouvrir son œil gauche, jugé trop fragile pour l'instant. Il se retrouvait déjà avec une cicatrice rouge qui amusait beaucoup Katsuki et Natsuo qui lui avaient trouvé tout un tas de surnoms peu élogieux. Le reste du temps, il portait un bandage sur la brûlure.
Sa priorité absolue était de retrouver son équilibre, c'est pourquoi il s'adonnait à plusieurs exercices de rééducation. Aidé de ses amis, ses progrès étaient fulgurants. Mais cela était principalement dû à son impatience de quitter les murs du Colisée pour reprendre ses fonctions de commandants. Il supportait de moins en moins le silence du soir, et peinait à s'endormir, partagé entre la douleur et la solitude. Shoto s'était laissé aller à la réflexion. Son combat avec Stain avait révélé un enjeu encore plus important qu'il ne l'avait soupçonné. Stain l'avait surpris dans son discours, ce qui l'avait amené à se dire que certaines choses n'allaient pas entre elles. Ses songes furent coupés par un bruit à la porte, qui laissa ensuite apparaître la lumière d'une bougie. La personne qui venait de s'introduire dans la pièce n'était pas visible clairement pour Shoto qui s'adaptait peu à peu à la nouvelle luminosité.
-Vous avez une mine affreuse.
Cette voix.
-J'ai eu un petit accident. J'ai quelques difficultés à m'en remettre. Suis-je si repoussant ?
-Difficile à dire. Nous en rediscuterons lorsque vous n'aurez plus besoin de ce bandage.
La voix s'approchait doucement alors que le bicolore s'était relevé de son lit. Assis sur le bord, il discernait de mieux en mieux son interlocutrice.
-Vous venez à une heure tardive. Comment avez-vous pu échapper à vos gardes ?
-Ils dorment comme des souches. Jiro attend dehors. J'ai la chance d'avoir comme suivante une femme connaissant les moindres recoins de Rome. Elle m'a guidée ici sans attirer les soupçons.
Shoto se mit à sourire légèrement :
-Eh bien, j'en ai de la chance. Recevoir la visite de Dame Yaoyorozu, je suis comblé.
Momo était arrivée à sa hauteur, et il put clairement voir son visage éclairé par la bougie. Elle effleura de ses doigts le bandage à son œil gauche et demanda :
-Cela vous fait-il encore mal ?
L'inquiétude de la Dame le toucha, mais il s'en voulut de la lui avoir causée.
-La douleur s'atténue de jour en jour, ne vous en faites pas. Je suis désolé de vous avoir préoccupé.
-Préoccupé est un euphémisme. Je n'ai pas dormi le premier soir. Bien heureusement, votre ami Midoriya a eu la délicatesse de m'informer sur les avancés de votre traitement. Qu'en est-il de votre œil ? Retrouverez-vous la vue ?
Shoto hésita quelques secondes, mais finit par déclarer :
-C'est encore incertain. Je me remets à peine de la brûlure, il faut donc un peu de temps avant de tester mon œil.
-Avez-vous peur ?
Décidément, elle savait toujours poser les bonnes questions.
-Je m'étais préparé à perdre plus dans ce combat. Je suis heureux d'être en vie. Ainsi que d'avoir épargné la vie de Stain.
-Je vous ai vu parler dans l'arène. Qu'avez-vous appris ?
-J'ai appris à voir plus large. À prendre du recul sur des choses que je prenais pour acquises. Je n'excuse pas Stain d'avoir tué Awase, mais… Mais d'une certaine manière, je le comprends. Il faudrait que je lui parle.
-À qui !? À Stain !? Cet homme vient de vous brûler l'œil ! Pourquoi vouloir lui parler !?
-Dame Yaoyorozu, mon combat contre Stain s'est terminé il y a plusieurs jours maintenant. Il n'est plus mon adversaire. C'est pourquoi je dois suivre mon instinct maintenant et terminer la conversation que nous avons commencé.
-Et que pensez-vous gagner en faisant cela ?
-Des réponses. Il y a trop d'incohérence dans l'ascension de Stain. Il est le seul à pouvoir m'apporter les solutions.
Le regard ahuri, Momo répliqua :
-Vous vous rendez compte que vous êtes en convalescence !? Votre santé est la priorité numéro une. Shoto se mit à sourire avec un air de moquerie, ce qui ne plut pas à la Dame : Cessez ce petit jeu, je parle très sérieusement.
-Ce n'est pas un jeu. Je suis simplement heureux que vous vous inquiétiez pour moi.
-Dire qu'il a fallu que vous alliez jusqu'à ce genre d'extrémité pour provoquer une émotion chez moi.
-Provoquer une émotion ? N'êtes-vous pas particulièrement sujette aux émotions en ma présence.
-Présomptueux et effronté. Je me demande ce que les femmes vous trouvent.
-Je ne saurais dire. Je pense que vous êtes plus apte à répondre que moi.
-Il est vrai.
Les deux débutèrent un échange de regards à la fois amusés et explicites. Ils s'étaient manqués. Indéniablement.
-Je suis vraiment désolé Dame Yaoyorozu, mais je crains que vous inquiétez arrivera plus souvent que vous ne le pensez. Je sais que les temps sont différents. Que je suis différent. Mais, l'objectif que je cultive depuis tant d'années ne s'est pas tari. Je suis d'autant plus déterminé à changer les choses. Car aujourd'hui, plus qu'avant, j'ai des choses à perdre.
Après l'avoir observé longuement, Momo sourit légèrement. Elle s'approcha de lui et lui embrassa le front, pour terminer :
-Voilà ce qu'elles vous trouvent, .
*…*
Shoto traversait le long couloir en boitant. Avec le temps, il s'était adapté à la marche et pouvait se déplacer presque normalement. Cette évolution graduelle l'avait peu à peu convaincue de confronter Stain, à la recherche de réponses. Lorsque le bicolore arriva, il vit deux gardes postés à la porte. Ignorant les légionnaires portant l'uniforme romain, il toqua, puis lorsqu'il reçut une approbation, entra.
-Oh vraiment ? , le vainqueur, vient voir son adversaire perdant.
-Notre duel est fini, de ce fait je ne vous considère plus comme mon adversaire.
-De belles paroles que voici. J'espère que vous tiendrez le même discours si jamais vous ne pouvez plus utiliser votre œil gauche.
-Comme je l'ai dit à quelqu'un qui m'est cher, je m'attendais à perdre plus lors de ce duel.
Stain détourna le regard avec colère. Il dit sur un ton à la fois haineux et curieux :
-Pourquoi ne pas m'avoir tué ? J'étais à votre merci.
-Et je crois vous avoir répondu. La mort ne fait pas partie de mes convictions.
-Fadaises.
-Peut-être bien, mais elles restent les seules convictions qui vous ont vaincu.
Stain grogna, mais répliqua sur un ton plus tempéré :
-Qu'attendez-vous de moi ?
-Des réponses.
Un ricanement s'échappa du perdant qui déclara :
-Je ne sais rien qui pourrait vous intéresser. D'ailleurs, quelles informations pensez-vous que je détienne ?
Shoto s'approcha, et prit place sur l'un des sièges présents dans la pièce. Stain ne l'avait pas quitté des yeux, et attendit patiemment que le bicolore réponde.
-Il y a beaucoup trop d'incohérence autour de vous. Que cela soit votre présence lors de la session à laquelle mon Beneficiarii participait les nombreuses tentatives d'assassinats à votre encontre qui ont toujours été avortées, alors que vous n'êtes qu'un seul homme et le simple fait que vous êtes le seul gladiateur de cette génération à ne pas avoir de représentant dans l'arène. Ne trouvez-vous pas cela étrange que personne ne s'est jamais posé de questions sur votre présence au Colisée ? Votre ruse a très bien fonctionné. Semer la peur dans le cœur des gens est une stratégie gagnante pour détourner l'attention. Personne ne se soit jamais demandé pourquoi vous étiez là, mais plutôt, quels méfaits ferez-vous la prochaine fois. Vous m'avez dit vouloir bouleverser le monde, le combattre avec ses propres armes. Mais aucun homme seul peut prétendre, et encore moins réussir, à le faire. Alors voilà ma question Stain, qui vous a aidé ?
Le visage de Stain s'était peu à peu décomposé au fur et à mesure des explications du commandant. Shoto avait mûrement réfléchi à ses suppositions qui lui paraissaient de plus en plus justes au fil du temps. Son interlocuteur semblait hésiter sur ce qu'il pouvait dire où non, puis se décida :
-Je ne sais pas comment vous avez réussi à deviner toutes ces choses, mais ce qui est certain que je ne connais que très peu d'hommes de votre statut. Très bien, je vais vous dire ce que je sais. Mais d'abord, j'ai une question. Shoto acquiesça, alors il demanda : Que ferez-vous des informations que je vous donnerai ?
Sans hésitation, le bicolore répondit :
-Le nécessaire.
Et ce fut convaincu que Stain divulgua tout :
-J'ai été approché par un Noble il y a deux ans. Il a tout de suite su quoi me dire, comme s'il connaissait ma nature profonde. Je n'étais connu que dans ma paroisse où j'humiliais les Nobles de passage. À cette époque, je ne savais pas comment combattre la suprématie impériale. Les gens vivaient tels des pantins, avec comme divertissement un abattoir humain. J'exécrais ce monde, au même titre que mon impuissance. Et ce Noble l'avait très clairement vu en moi. Il m'a alors donné une opportunité, imposer mes convictions par la force et la peur, sans jamais devoir rendre des comptes. En échange de ma liberté, je devais lui offrir un véritable spectacle. Et jusqu'à notre combat, il n'a jamais été déçu. Au début, je ne comprenais pas sa volonté. Il semblait d'accord avec mes idées, alors je ne me suis pas posé plus de questions. Cependant, j'ai toujours vu en lui une noirceur plus profonde que la mienne. J'aime le goût du sang uniquement parce que je sais qu'il décore mes ambitions, mais cet homme… Si cet homme aime autant le sang ce n'est que par pur plaisir. Je ne me suis jamais leurré, il se contrefout de la révolution. Je ne lui serre que d'excuse.
-Pour quelles raisons ?
-Chaos. Terreur. Contrôle. Vous l'avez dit vous-même, la peur est une stratégie gagnante pour détourner l'attention. Alors pendant que je combats dans l'arène, sous le regard du monde, d'autres se délectent de la liberté d'agir dans l'ombre. Ma liberté contre la leur. Ainsi, cet homme m'a fait entrer ici. Il m'a protégé contre mes détracteurs. Et s'est assuré que jamais la pseudo justice romaine ne viendrait m'encombrer. Je devais simplement me soumettre à son souhait, et prendre pour cible ceux qu'il m'indiquait.
-Vous parliez de pantin un peu plus tôt, n'en êtes-vous pas un vous-même ?
Stain ricana une seconde fois :
-Il y a une vérité que seuls les gladiateurs connaissent entre eux, « nous sommes tous esclaves de quelque chose ». J'ai simplement choisi mon maître dans mon propre intérêt.
-Et qui est ce maître ? Qui est celui qui agit dans l'ombre ?
-N'est-ce pas évident, commandant Libra ? Quel homme ayant le pouvoir nécessaire de me faire entrer dans le Colisée sans attirer l'attention, a pu élaborer ce spectacle mondial ? L'unique propriétaire du Colisée, le maître de cérémonie, Tomura Shigaraki.
Les pièces du puzzle s'assemblaient enfin, alors que Shoto réalisait peu à peu cette vérité dissimulée.
-Alors Shigaraki vous a fait entrer au Colisée, et vous a donné carte blanche dans l'arène. Pendant ce temps, il agissait à sa guise, en minimisant ses actes dans l'ombre de votre sombre renommée.
-Il est vicieux et perfide, et se délecte du chaos imposé par les autres. Vous pensiez que j'étais ce que Rome faisait de pire ? Vous n'êtes alors pas apte à lui faire face.
Les sourcils froncés, Shoto demanda :
-Je n'arrive toujours pas à comprendre, pourquoi vous utiliser vous ? Pourquoi se cache-t'il derrière vous ?
-Je l'ignore, il n'est pas très causant. Il se contente de me donner des ordres et de me féliciter lorsque son plan a réussi grâce à moi. Je ne suis qu'un instrument . Ou du moins, je l'étais.
-Que voulez-vous dire ?
-Je m'étais promis de ne jamais perdre. Car ma défaite signifiait que mes motivations n'étaient pas assez fortes. Je n'ai plus aucune légitimité à combattre dans l'arène, c'est pourquoi je ne participerai plus aux sessions organisées.
L'étonnement s'affichait limpidement sur le visage du commandant, ce qui fit sourire Stain. Shoto demanda :
-Vous pensez vraiment que simplement arrêter effacera tout ce que vous avez fait ? Comment pouvez-vous songer à reprendre une vie normale ?
-Je n'y songe pas justement. Je n'ai plus rien à faire à Rome. Et je crois que celle-ci sera heureuse de se débarrasser de moi. Le bicolore n'avait plus rien à ajouter, au même titre que son interlocuteur. Le silence se prolongea sans que cela ne les dérange, jusqu'à ce que Shoto prenne le chemin de la porte et l'ouvrit : Ne gâchez pas cette force que vous avez. Ma méthode était peut-être mauvaise, mais si vous n'utilisez pas la vôtre à bon escient, à la fin je serai le seul à avoir eu raison.
Shoto hocha la tête et sortit enfin de la pièce. Il salua les gardes à la porte, puis reprit le chemin de sa chambre où Recovery Girl l'attendait. Et c'est avec un soupir, qu'elle l'autorisa enfin à quitter la Colisée.
