Chapitre 26

Shoto avait la respiration saccadée. Son cœur battait à toute allure, et des gouttes de sueur commençaient à perler doucement sur son front. Il était assis dans son bureau et regardait Recovery Girl sortir son matériel. Le grand jour était enfin arrivé. Le médecin du Colisée allait déterminer si l'œil du commandant guérirait ou non.

-Détends toi, je n'ai pas encore commencé.

-Il faut me comprendre, mon avenir en tant que Tribunus Cohortis dépend de votre verdict.

La femme d'un certain âge s'approcha de lui :

-La volonté ne suffit pas toujours. Si vous devez garder la vue, vous la garderez.

Le bicolore acquiesça et s'agrippa aux accoudoirs de son siège. Et alors que le médecin allait retirer le bandage, quelqu'un s'introduisit dans la tente.

-Eh bien, on peut dire que j'arrive pile à l'heure.

-Mademoiselle Jiro, que faites-vous ici ?

La suivante analysa le bureau d'un regard, puis lorsqu'elle vit ce qu'elle cherchait, s'y approcha. Elle prit place sur l'un des sièges et se mit à ses aises.

-On m'a envoyé m'enquérir de l'état de votre œil, ainsi que d'une affaire que Rome ignore encore.

Shoto se crispa à l'entente de cette affaire officieuse, mais qui, et il ne savait comment, était arrivée jusqu'aux oreilles des Yaoyorozu.

-Je ne pense pas que ce lieu soit approprié pour parler d'une telle chose. Le bicolore lança des coups d'œil en biais en direction de Recovery Girl.

-Ne vous tourmentez pas ainsi, Recovery Girl détient beaucoup plus de secrets que vous ne le pensez. Après tout, en plus d'être le médecin du Colisée, elle est aussi la soignante privée de la maison Yaoyorozu.

L'étonnement se transcrivait sur le visage du commandant ce qui fit sourire les deux femmes.

-Ainsi donc, je peux parler en toute sécurité sans le risque de dénonciation ?

-Croyez-moi Libra, avec tout ce qu'elle sait, la famille Yaoyorozu serait expulsée de Rome depuis plusieurs années.

Shoto releva la tête vers la vieille dame et lui demanda avec un léger sourire :

-Faites-vous partie des révolutionnaires ?

-Je n'ai tout simplement pas de camp. Je suis médecin, mon travail est de soigner, c'est là mon unique objectif. Puis, être gardienne des secrets est un véritable divertissement. Son ton malicieux fit rire le borgne, mais elle le coupa avec une expression plus sérieuse : Maintenant, je vais regarder ta brûlure. Tu peux bien entendu répondre aux attentes de Mademoiselle Jiro ici présente.

Le seul homme de la tente inspira longuement, et laissa le médecin retirer le bandage. Il commença en même temps :

-Pour répondre à votre question première, oui Fuyumi Todoroki et Keigo Takami se sont bel et bien mariés, et ont quitté Rome en sécurité. Jiro ne réagit pas et écoutait attentivement toutes les explications pour bien les retranscrire à sa maîtresse. J'ai tout d'abord organisé un entraînement spécial en dehors de Rome à la centurie de mon ami Katsuki Bakugo. Parmi ses soldats était dissimulé le couple, qui passait inaperçu aux portes de la ville. Le centurion Katsuki les a ensuite guidés jusqu'à un chargement commercial qui traversait le pays. J'ai ainsi confié l'unique héritière au trône ainsi que son époux à une personne de confiance qui les amènera à bon port, dans un endroit spécifique dont je tairai l'emplacement.

Recovery Girl venait à peine de finir de nettoyer la brûlure. Jiro n'avait pas perdu son aplomb et demanda :

-Qui est cette personne de confiance ?

Dans un soupire provoqué par la douleur de la plaie, il répondit :

-Mina Ashido, la vigneronne et femme de notre ami commun, Eijiro Kirishima. Elle devait retourner dans son entreprise au Sud, j'en ai donc profité pour lui demander de l'aide. L'emplacement dont je vous parlais et sur son chemin.

-Ne bouge plus maintenant, ferme ton œil droit et commence à ouvrir l'autre.

La conversation sur l'escapade du couple interdit fut effacée par l'instant de vérité. Le silence se fit brusquement, et le commandant exécuta l'ordre du médecin. Il s'efforça d'ouvrir sa paupière gauche avec une lenteur calculée. Son œil bleu fut clairement visible au bout de plusieurs secondes et la seule chose que le bicolore percevait était une grosse tâche noire. Mais plus encore, alors qu'il était persuadé que sa vue était condamnée, la lumière se fit soudainement.

-L'obscurité s'est-elle éclairée soudainement ?

-Oui ! C'était une simple lueur, mais je l'ai vu. Shoto ouvrit son œil droit et fixa avec enthousiasme Recovery Girl qui tenait une bougie. Qu'est-ce que cela veut dire ?

Le ton suppliant de l'homme fit céder la vieille dame qui répondit :

-Cela veut dire qu'au vu de la rapidité de ta perception visuelle, tu recouvras la vue totale en quelques jours. Je n'ai jamais rencontré quelqu'un de si chanceux .

La pression des dernières semaines se volatilisa d'un coup, et c'est un rire nerveux qui montra le soulagement du commandant.

-La tâche noire finira-t-elle par s'en aller ?

-Oui, comme je le disais au bout de quelques jours. Continue de te reposer et de soigner la brûlure, à partir d'aujourd'hui tu n'as plus besoin de mes visites.

Shoto se leva brusquement, et les yeux pétillants il s'assura une dernière fois de la vérité de ses propos :

-Donc vous dites que je vais pouvoir garder mes fonctions de commandant ?

-Vous l'avez entendue Libra, votre vue est intacte. Et moi j'ai entendu tout ce que je voulais. Je vais de ce pas transmettre les nouvelles à ma maîtresse. Elle va être très heureuse de les entendre. Jiro s'était levée, et s'était inclinée avant de quitter la tente avec un sourire.

Recovery Girl rangea ses affaires avec une expression satisfaite, et laissa le commandant exulter. Il devait prévenir tous ses proches de sa guérison et se languissait déjà de sa prochaine rencontre avec la Dame Yaoyorozu.

-Shoto !

Le concerné se tourna brusquement pour afficher une expression radieuse en reconnaissant Izuku.

-Izuku ! Je voulais justement t'annoncer la nouvelle, mon œil sera parfaitement guéri sous quelques jours.

Mais aucun ravissement n'avait traversé le visage du centurion qui répondit incertain :

-Oh… Je… Félicitations, je suis content. Mais je ne venais pas pour cela. Il faut que je te dise quelque chose.

-Izuku, que se passe-t-il ?

-C'est Stain. Il a été retrouvé mort ce matin près du port.

*…*

-D'après le dossier d'enquête, Stain serait mort de ses blessures. Selon eux, sa tentative de quitter Rome était trop précoce. Il n'aurait pas eu le repos nécessaire pour guérir correctement. L'affaire est classée. Le fléau du Colisée a bel et bien disparu.

Le ton lourd de Katsuki résonnait dans la demeure d'Aizawa. Les hommes rassemblés avaient la mine sombre et n'osaient pas relever la tête.

-C'est absurde, mon combat contre lui date de plusieurs semaines. Il est évident que ses blessures ont eu largement le temps de guérir. Ce n'est qu'un prétexte que le gouvernement utilise pour camoufler leur crime.

-Mais pourquoi en être arrivé là ? Stain allait quitter Rome, il n'aurait plus été un problème loin d'ici, demanda Izuku.

-J'aurais dû m'en rendre compte avant. Lorsque je suis allé parler avec Stain, des gardes de l'armée romaine étaient postés à sa porte. Ils étaient certainement présents, non pas pour le protéger, mais pour le surveiller. Stain m'a révélé qu'il recevait des directions de Shigaraki. Peut-être que celui-ci a eu peur des informations que Stain détenait sur lui ?

-Peut-être qu'il a eu peur que Stain t'en ai dit trop ?

Yagi avait coupé son élève sèchement. Mais bien au-delà de sa constante désapprobation, Shoto sut que son mentor essayait de démêler cette affaire tout autant que lui.

-Mais n'essayera-t-il pas de s'en prendre à Shoto dorénavant ?

-Il ne pourra pas, même s'il le désire. Shoto est l'une des figures les plus inaccessibles de Rome. D'autant plus aujourd'hui, alors qu'il a gagné le deuxième duel de l'histoire. Aizawa jeta un regard furtif à All Might qui le vit très bien.

-Alors quelle sera la prochaine étape ? Interrogea Katsuki, la tête froide.

-Malheureusement, aucun de nous ne peut le savoir. Nous savons simplement qu'avoir éliminé la seule preuve des inculpations de Shigaraki le réjouira assez longtemps pour que vous ayez la place nécessaire de réfléchir.

-Réfléchir à quoi ?

-À comment affronter cette prochaine étape. Car, que vous le vouliez ou non, elle aura bien lieu, termina Aizawa tout en fixant Shoto qui était le seul véritable visé.

Le bicolore se leva soudainement et commença à arpenter la maison en longueur.

-C'est d'un sournois ! Shigaraki a bien trouvé son moment ! Je veux dire, ne trouvez-vous pas étrange que cet « incident » arrive au même moment que la prochaine annonce de la disparition de l'unique fille de l'Empereur ? La mort de Stain passera inaperçue pour toute personne ayant assez de recul pour se poser les bonnes questions. Fuyumi Todoroki et Keigo Takami seront le sujet de controverse dans tout l'Empire. C'est presque trop parfait.

-Nous parlons de l'homme qui a réussi à manipuler Stain durant plus de deux ans, cela n'est plus si étonnant. Mais s'il y a bien une chose qui persiste et qui ne doit surtout pas être ignorée, c'est que nous serons tous confrontés à l'anarchie. Avec le doute qui s'implantera dans la monarchie, à cause de la fuite de Dame Todoroki, et la perte du contrôle qu'exerçait Stain dans l'arène, il n'y aura plus aucune limite.

-Sur Ares ! Devez-vous toujours être si pessimiste sur l'avenir ? Katsuki s'était levé en grognant. Nous avons traversé tant d'obstacles jusqu'à présent, et au moment où nos situations sont les plus favorables, il faudrait se résigner ? Certes, Rome va subir de nouveaux changements, mais c'est de notre devoir de faire régner l'ordre. Nous savons aujourd'hui de qui nous devons nous méfier en priorité. Eh bien soit ! Neutralisons-le.

-Et comment comptes-tu t'y prendre ? Interrogea Izuku avec un sourire moqueur.

-C'est simple, il faut demander de l'aide. Et pour ce qui s'apprête à arriver… Katsuki marcha doucement en direction du bicolore tout en poursuivant : … il nous faudra quelqu'un de rusé, de méticuleux, et doté d'une intelligence qui dépasse l'entendement.

Izuku comprit alors, et comme son ami blond, fixa son commandant avec un regard explicite. Celui-ci avait, et bien malgré lui, tout de suite identifié la personne dont son centurion faisait mention. Cela ne lui plut pas du tout, mais il était forcé de reconnaître qu'il n'existait nulle part ailleurs pareil être.

-Et quelle aide lui demanderions-nous ? Demanda l'air de rien Shoto.

Un sourire étrange se greffa sur le visage du blond qui lui répondit :

-Tu trouveras sûrement le moment venu. Oh, ne fait pas cette tête , cela te donne une excuse pour aller la voir. Puis, crois-moi, je ne pense pas que ta visite lui sera déplaisante. Il lui tapota l'épaule et jeta un coup d'œil à ses mentors et à Izuku qui sourirent.

Les deux anciens gladiateurs se doutaient depuis un moment déjà que quelque chose était arrivé au commandant, mais avaient préféré ne rien savoir. Et c'est en échangeant des regards éloquents que les cinq hommes se quittèrent.

*…*

Shoto se dirigeait vers la demeure Yaoyorozu pour parler à la Dame. Un sourire sur le visage, il imaginait déjà son échange avec elle qui serait certainement enflammé. Il grimpa les marches deux par deux, trop impatient pour s'en cacher, puis intercepta l'un des servants qui passait.

-Excusez-moi, pourriez-vous prévenir Dame Yaoyorozu que le commandant Libra aimerait s'entretenir avec elle ?

-Bien sûr monsieur. Je vous prierai d'attendre dans le grand salon avec son autre visiteur.

Son autre visiteur ? Shoto n'eut pas le temps de poser la question à voix haute que le domestique avait déjà disparu. Le commandant fit ce qu'on lui dit et se dirigea vers le grand salon. Admirant la décoration aussi raffinée que ceux qui l'avaient choisi, il fronça les sourcils en voyant le « visiteur » en question.

Toya était assis sur l'un des sièges de la pièce. Ses jambes étaient croisées sur le côté alors que son buste était droitement installé contre le dossier du siège. L'Héritier n'avait pas relevé la tête, trouvant l'analyse minutieuse de ses ongles plus captivante. Mais le sourire qu'affichait l'homme ne trompait pas le bicolore qui avait deviné qu'il l'ignorait volontairement.

À contre cœur, Shoto le salua le premier :

-Monsieur Todoroki.

Innocemment, Toya leva la tête :

-Oh, . Quelle surprise. Qu'est-ce qui vous amène ?

-Je dois m'entretenir avec Dame Yaoyorozu pour une affaire urgente.

-Oh, je vois. Votre travail doit-être très prenant pour que vous alliez constamment informer vos supérieurs.

-Mon travail est très bien comme il est. L'ambassadeur Yaoyorozu met un point d'honneur à privilégier la communication. Je ne fais que retranscrire les attentes de mon supérieur.

-Quelle droiture. L'ambassadeur doit-être fier de vous avoir. Le ton de l'Héritier faisait clairement comprendre au commandant qu'il se moquait de lui. Mais indifférent à ce jeu, Shoto préféra garder le silence, ce qui ne fut pas le cas de son interlocuteur : Pour ma part , si je suis ici, c'est uniquement car mon père et l'ambassadeur sont en pleine réunion. Celle-ci risque d'être très longue, c'est pourquoi j'ai décidé de faire une petite visite à ma fiancée.

-Vous m'en voyez ravie pour vous. Shoto regretta sa phrase. Il avait répondu trop rapidement pour de l'indifférence.

Toya élargit son sourire et finit par décroiser les jambes. Shoto fronça les sourcils en remarquant son expression. Il ne semblait pas se moquer de lui, mais donnait l'impression qu'il avait comme, gagné la partie.

-Dis-moi Shoto, est-ce que Fuyumi ressemble à notre mère ? Le commandant cessa de respirer, partagé entre la peur et la douleur. Il perdit de sa superbe, et fut totalement à la merci de l'Héritier. J'imagine qu'elle l'est. Ce qui est certain c'est qu'elle a son caractère. Douce, aimante, pure. Fuyumi lui ressemble tellement, qu'elle est allée jusqu'à quitter sa famille pour celui qu'elle a choisi. Exactement comme notre mère.

-Tu ne sais rien du tout. Le bicolore avait réussi à calmer les battements de son cœur. Il avait dorénavant laissé place à la colère.

-Au contraire, je sais tout. Ta mascarade aurait pu très bien fonctionner si tu ne t'étais pas autant approché de Natsuo et Fuyumi. Ce qui t'as trahi ? Rien d'autre que ta volonté qu'elle soit heureuse. Et tes cheveux aussi, ils sont mi-blancs tout même. Comment une Noble telle que notre sœur pouvait quitter Rome sans être aperçue ? Il lui fallait des relations, une assurance qui la mettait en sécurité. Ce qu'elle n'a jamais eu, enfermé au palais. Pauvre petite sœur, qui ne pouvait pas épouser l'homme de son cœur. Mais quel miracle que voici, un commandant organise un entraînement en dehors de la ville. Le même commandant devenu comme par hasard très ami avec le fils cadet de l'Empereur. Tu avais déjà attiré mon attention par le passé, mais jamais de cette manière-là. Récemment beaucoup trop de choses te liait à ma famille, je n'ai eu qu'à me poser les bonnes questions. Et c'est en prenant conscience de cette supercherie que j'ai enfin reconnu l'intelligence fine de notre mère. Libra. Quel nom magnifiquement choisi, tu ne trouves pas ?

-Que veux-tu ? Je te préviens, je ne trahirai jamais Fuyumi et Keigo.

-Ne crains rien, je ne poursuivrai pas notre sœur. Et, je ne dirai rien à père non plus sur ton affaire. Cela n'est pas dans mon intérêt qu'il apprenne ton existence. Je suis d'avis de te laisser agir librement le concernant. Cependant, je trouve que depuis quelque temps, tu te trouves régulièrement sur mon chemin.

-Je fais simplement mon travail. Et comme je te l'ai dit plutôt, mon travail est très bien comme il est.

-Ton travail ? Un rictus mauvais s'afficha sur le visage du roux, qui déclara avec une pointe de malice : J'ai toujours trouvé que nous avions d'excellents goûts, nous les Todoroki. Tu savais que Keigo Takami n'est pas véritablement romain ? Il est né dans un bordel d'Espagne, et a été acheté par un commerçant de Florence. Et après avoir accompli tant d'exploit, Keigo est devenu l'un des plus grands gladiateurs du Colisée. Notre sœur l'a ensuite épousé. Nous pouvons ensuite mentionner notre frère Natsuo, qui s'est entiché d'un médecin perse. Notre père ensuite qui a fait de notre mère, une princesse russe, l'Impératrice d'Italie. Et enfin, moi-même, qui épousera prochainement une représentante grecque. Oui, nous les Todoroki avons toujours eu des goûts… comment dirais-je ? Exotique.

Shoto se braqua instantanément :

-Où veux-tu en venir !? Tu veux t'en prendre à Natsuo maintenant que Fuyumi n'est plus à Rome !?

Ravis de son petit effet, Toya répondit parfaitement calme :

-Oh mon petit Shoto, ne craint rien, Natsuo, comme Fuyumi, ne m'intéressent plus depuis longtemps. À vrai dire, ils ne t'arrivent pas même à la cheville aujourd'hui. Ni à celle de ma charmante fiancée. J'ai remarqué que vous entreteniez une relation plus profonde que celle de Dame et commandant. C'est un luxe que peu de personnes détiennent. Tu sais, c'est très amusant, souvent on répète que Momo Yaoyorozu est convoitée par tous les hommes exceptés par celui qui deviendra son mari. Personne ne s'est jamais autant trompé. Je suis parfaitement conscient de qui est ma fiancée. Par ailleurs, je me délecte de la jalousie des autres hommes. L'exposant au monde comme mienne, je savoure chaque regard sur elle empli d'espoir. Ils sont tellement pathétiques, prêt à se battre pour ne serait-ce qu'un cheveu à elle, alors que tout son être m'appartient. N'est-ce pas étrange, petit frère, que lorsque je te regarde j'éprouve ce même sentiment d'extase ?

Le silence se prolongea alors que les deux frères que tout opposait, se fixaient sans ciller. Pourtant la victoire appartenait bien à l'un deux, et c'est victorieux que Toya donna sa pleine attention au domestique qui entra dans le grand salon.

-Monsieur Todoroki, Dame Yaoyorozu va vous recevoir.

L'Héritier acquiesça et se dirigea vers la sortie, tout en prenant bien soin de frôler l'épaule du commandant. Sa toge trainant au sol, Toya s'arrêta net en entendant derrière son dos :

-Je me demande comment une femme aussi douce et pure que notre mère a pu enfanter un être aussi abject que toi. Je suis heureux qu'elle se soit enfuie, car elle aurait eu le cœur brisé de voir ce que tu es devenu.

Shoto ne voyait que le dos de son aîné, mais avait la certitude que ses paroles l'avaient atteint. Enfin, l'Héritier finit par se retourner, et termina :

-Je vous conseille de retourner à votre poste . Je compte réserver toute l'après-midi de ma fiancée. Il serait dommage que vous attendiez ici inutilement.

Mais bien plus que ces mots, le message était clairement visible pour Shoto : « Todoroki où non, elle reste mienne. »