Chapitre 28

Il l'attendait dans le couloir menant à la sortie du Colisée. Il n'avait pas pu rester une seconde de plus dans la tribune royale qui l'étouffait plus qu'autre chose. Shoto avait fait taire toute la douleur qui émanait de sa poitrine. Il avait gardé sa posture droite de soldat, et son regard lointain donnait l'impression que rien n'importait plus que sa mission. Mais son expression indifférente se fragilisa lorsque Momo Yaoyorozu émergea de la foule. Le commandant percevait distinctement la Dame, qui d'un pas gracieux se dirigeait vers lui. Et il attendit. D'être à sa portée. Un signe. Une parole. N'importe quoi. Mais arrivée à sa hauteur, elle refusait toujours de croiser ses pupilles hétérochromes. Cependant, elle s'arrêta à sa droite, et enfin céda à l'insistance tortueuse de Shoto. Et plus rien n'exista. L'assemblée quittant le Colisée avait disparu, au même titre que la pression étouffante que représentait l'avenir. Aucun d'eux ne sut combien de temps ils restèrent ainsi. Silencieuse et exténuée, Momo poursuivit son chemin fébrilement sans avoir échangé un seul mot avec lui.

*…*

Flash-back : Trois jours plus tôt

Toya Todoroki marchait dans une direction bien précise. Il traversait les longs couloirs du palais avec des parchemins en main. Sa démarche était assurée, et son léger rictus narguait chaque personne traversant son chemin. L'Héritier entra dans le bureau impérial sans toquer, et fut asséné de regard à la fois désobligeant et surpris.

-Toya, que viens-tu faire ici ? Nous sommes en pleine réunion.

La voix de l'Empereur gronda dans le bureau sans faire réagir aucun des hommes présents.

-Veuillez excuser mon entrée, mais je me suis permis d'intervenir pour de très bonnes raisons.

-Et que penses-tu que nous faisons ici ? Nous sommes en pleine négociation du traité entre notre puissance et celle de la Grèce, mais aussi de ton mariage avec la fille de l'ambassadeur…

-Je suis parfaitement conscient de ce que vous faites ici. Et c'est justement pour ces raisons que je me tiens aujourd'hui devant vous. Je crois pouvoir démêler cette histoire, si vous permettez ?

Enji serra la mâchoire pour dissimuler sa colère, et après avoir échangé un regard avec l'ambassadeur et commerçant grec, il dit :

-Bien, nous t'écoutons Toya.

-Merci mes seigneurs. Vous êtes tous deux en désaccord sur ce qu'il adviendra de l'Italie et de la Grèce après ce mariage. De ce fait, il est inlassablement repoussé. Je n'ai pas l'envie particulière de me marier, mais j'aime agir pour le bien de tous. C'est pourquoi, je m'adresse à vous aujourd'hui. Je crois, père, ambassadeur, avoir trouvé un compromis qui satisfera tout le monde. Voyant qu'il ne faisait pas couper, Toya poursuivit : Avec un peu de réflexion, vos désaccords portent majoritairement sur l'économie de vos pays respectifs. Nous savons parfaitement que même avec ce mariage, l'Italie et la Grèce garderont leur indépendance. Et donc, la question est de savoir qui dominera plus que l'autre. Alors, et si nous essayons ceci pour éviter toute domination primaire. Dans mon projet, l'Italie garderait ses gagne-pains les plus lucratif, ainsi l'esclavage et les maisons de passes seraient sauvegardés. Cependant, pour assurer à la Grèce une économie équivalente à celle de son alliée, et qui garantira une harmonie entre les deux puissances, je propose qu'une arène soit construite à Athènes. Encore plus imposante que le Colisée à Rome, et qui accueillera un monde encore plus dense et un spectacle encore plus distrayant. Si jamais ce projet d'arène aboutit, la Grèce deviendra une attraction équivalente à Rome.

-Donc si je comprends bien, l'Italie fonctionnera au commerce, et la Grèce au divertissement ? Mais dans ces conditions, comment assurer que ce commerce dont vous serez responsable n'apparaîtra pas sur le territoire grec ?

-Question pertinente ambassadeur. Toya déposa ses parchemins sur le bureau et continua : Une clause peut s'ajouter sur le traité si jamais cette arène se construit à Athènes. Cette close promouvra cette exclusivité que détient l'Italie d'avoir l'esclavage et les maisons de passes en son sein. Si jamais elle est enfreinte, une forte amende sera versée à la puissance victime.

-Et que promettre à L'Italie qui renonce à garder le titre de meilleure attraction du monde ?

L'Héritier sourit de toute ses dents au dirigeant pour lui faire savoir qu'il avait aussi une réponse à cela :

-Le Colisée, à défaut d'accueillir tous les combats de gladiateurs, pourra utiliser sa place pour des jeux spéciaux. L'esclavage prédominera, alors pourquoi écarter l'idée de réunir les deux ? Puis, pour certaines occasions, Rome pourra accueillir des fins de sessions au préalable débutées à Athènes.

Inexpressif durant tout le long de l'explication de l'Héritier, l'Empereur et l'ambassadeur se regardèrent de longues secondes pour se mettre d'accord. Et un hochement de tête mit un terme à cette concertation silencieuse.

-Je comprends ici que cette proposition ne vous déplait pas, Majesté.

Enji répondit à l'ambassadeur :

-Étrangement, je trouve ces conditions assez honnêtes et équitables. Je ne vois aucune raison de s'y opposer. Et vous ?

-Ce sont des conditions qui me paraissent ajustées à notre situation. Il faut que j'écrive à mon Empereur pour la décision finale, mais je pense que nous venons de déterminer le parfait compromis qui nous faisait défaut depuis tant d'années.

Le commerçant grec se leva et tendit sa main vers le dirigeant romain qui la serra fermement. Il se tourna ensuite vers le jeune homme et le fixa avec indifférence, pour ensuite quitter la pièce sans le saluer.

Maintenant seuls, le père et le fils se firent face. Toya souriait malicieusement, et méfiant, Enji commença :

-Je n'ai émis aucune objection, mais te rends-tu comptes que tu viens de priver l'Empire romain de l'un de ses investissements les plus fleurissants ?

-Un mince sacrifice comparé à l'or qu'elle gagnera avec les nouveaux jeux spéciaux.

-Explique moi cela.

-L'esclavage étant toléré sur notre territoire par notre allié, nous pourrons alors créer des combats d'esclaves parfaitement légaux. Les jeux d'argents continueront ainsi.

-Yaoyorozu n'est pas idiot, il dissuadera l'autre Empereur d'accepter cette proposition.

-Bien sûr qu'il le fera. Mais je doute que l'Empereur l'écoutera. Cela fait plusieurs années que les négociations durent. Le dirigeant grec n'a pas d'héritier, et se fait de plus en plus vieux. Il doit être éreinté aujourd'hui par ces temps d'incertitude. S'il a l'assurance que la Grèce ne se fera pas économiquement dévorer par l'Italie, il acceptera sans hésiter.

Enji caressa son bouc sans quitter des yeux le parchemin devant lui, et en soupirant dit :

-Cela a été plus facile que je le pensais. Nous débattons depuis plus de quinze ans et il suffit que tu débarques avec une solution cousue je ne sais comment, pour que tout se règle. Vas-tu enfin me dire pourquoi t'être décidé à venir aujourd'hui ?

Toya s'approcha du bureau, et prit le temps de servir deux coupes de vins, l'une qu'il offrit à son père et l'autre qu'il but d'une traite. Il prit place ensuite sur le siège en face du dirigeant.

-Je m'ennuyais terriblement, et Rome manquait de bonnes nouvelles à mon goût. C'est la raison officieuse. Pour vous, ma réponse sera la suivante, la polémique sur Fuyumi prend de l'ampleur, je me suis dit qu'il fallait quelque chose d'assez gros pour minimiser les dégâts.

L'Empereur ravala une énième fois sa colère et répliqua sarcastiquement :

-Un geste altruiste de ta part ?

-Un service qui devra être remboursé par vos soins.

-Évidemment, comment les choses pourraient-elles se dérouler autrement ? Qu'attends-tu de moi ?

-Deux simples choses. La première, je veux que mon mariage avec Momo Yaoyorozu se déroule dans six mois. Et la deuxième, je veux que vous me révéliez tout ce que cache véritablement ce traité entre notre Empire et celui de Grèce.

Les deux se défièrent du regard, attendant que l'un cède à l'autre. Mais aucun d'eux ne se résolut à lâcher prise.

-Tu n'ignoreras pas cette affaire, même si je te le demande ?

-C'est agréable de négocier avec vous, cela m'épargne une argumentation inutile.

L'Empereur expira bruyamment et finit par déclarer :

-Je me contrefous de la Grèce, et de ce stupide traité. Je veux que ce maudit Empire devienne une extension de notre grande puissance, c'est pourquoi j'ai tant gagné de temps. Mon objectif est de créer une opportunité pour que la Grèce commette une erreur. Une erreur me permettant de rentrer en conflit avec elle, et d'exterminer une bonne fois pour toute le visage illisible de ce Yaoyorozu.

La tension grimpa d'un coup, des deux côtés du bureau.

-Alors mon mariage n'a jamais été envisageable ?

-Évidemment qu'il l'est. Toya, dans l'éventualité où je ne parviendrais pas à mes fins, la Grèce t'aura toi comme Empereur. Dans tous les cas, je suis gagnant.

Toya se mit à ricaner, ce qui afficha un sourire sur les lèvres d'Enji. L'Héritier termina :

-Oh père, à chacune des fois où je suis persuadé d'être le mal en personne, vous réussissez à me convaincre que vous êtes bien pire.

Enji leva son verre à sa propre santé et termina son vin d'une traite.

*…*

La veille du match de dernière session.

Le dîner au palais se passait au beau fixe. Tous semblaient passer une bonne soirée, même l'Empereur affichait une humeur agréable, au grand étonnement de Momo. Celle-ci avait eu un mauvais pressentiment dès son arrivée dans le palais impérial. Son père évitait régulièrement son regard, à l'inverse de l'Empereur qui insistait davantage sur leur échange de regard. Mais le plus étrange avait été Toya. Il ne lui avait pas touché un mot de toute la soirée, même lorsqu'ils s'étaient tous installés à table. Momo se sentait un peu seule. Fuyumi étant partie, et Shoto n'ayant pas été invité, elle ne pouvait considérer cette soirée avec légèreté. Même si le silence lui était préférable à bien des choses. Mais alors qu'elle était certaine que la providence lui avait accordé un peu de répit, la voix qu'elle haïssait tant résonna :

-Ce dîner est délicieux père, comme toujours. Mais permettez-moi de l'interrompre afin de vous demander d'annoncer la nouvelle à nos convives, nous sommes là pour cela après tout.

Enji opina du chef, et d'un ton impérieux commença :

-Comme vous le savez tous, l'alliance entre l'Italie et la Grèce stagne depuis très longtemps, sans qu'aucune solution au problème n'apparaisse. Eh bien, j'ai l'honneur de vous annoncer qu'il en existe une aujourd'hui. L'Empereur de Grèce a été mis au courant et a donné sa réponse au plus vite. C'est pourquoi je vous annonce que le traité liant nos deux puissances aura bel et bien lieu, et par extension le mariage de mon fils et héritier avec Dame Yaoyorozu.

Momo avait cessé de respirer, et tout s'était figé autour d'elle. Elle n'entendait ni les acclamations festives, ni les félicitations des convives présents. Son regard s'était naturellement dirigé vers son père, qui avait rassemblé le courage nécessaire pour lui faire face. Et ce fut son expression triste, désolée et soucieuse qui convainquit la Dame que tout cela était vrai.

Elle étouffait. Sa vue était floue et ses sens troubles. Elle se leva précipitamment à la recherche d'air, sans penser une seconde à l'endroit où elle se trouvait. Momo courut presque sur l'une des terrasses et s'appuya sur l'un des piliers en respirant avec force. Une main sur le cœur, elle n'arrivait toujours pas à reprendre son souffle. Les idées s'embrouillaient en elle, et rien ne l'aurait plus tenté que de prendre la fuite. Puis elle pensa à Lui. Le visage de Shoto se dessina dans son esprit, et son cœur rata un battement. Tout le monde qu'elle avait façonné ces derniers mois avec lui venait de s'écrouler violemment. Et indubitablement, la panique laissa place aux larmes.

-Eh bien, moi qui attendais de nombreuses réactions de votre part, je ne suis pas déçu de celle-ci.

-Ce mariage vous réjouit donc.

-Évidemment. Comment pourrait-il en être autrement ?

La satisfaction de Toya s'entendait dans sa voix malicieuse. Momo lui tournait toujours le dos, mais elle sentait qu'il s'approchait dangereusement.

-Ne vous réjouissez pas si vite Todoroki. Nous savons tous les deux que cette union peut encore se briser.

L'Héritier ricana et répliqua :

-Oui, bien sûr. Un mariage sur lequel une alliance entre deux puissances mondiales repose est très simple à briser.

Momo se tourna enfin, et indifférente au ton sarcastique de son interlocuteur elle déclara :

-Simple, non. Mais possible, sans aucun doute. Vous me connaissez bien maintenant Todoroki, vous savez ce que je suis capable de faire ou non. Et croyez-moi lorsque je vous dis que même s'il me faut des années, je briserai ce qui nous lie.

Ils étaient à un mètre l'un de l'autre, et aucun d'eux ne voulait perdre ce combat de regard. Toya avait troqué son sourire satisfait par une expression agacée. Mais il avait bien d'autres cordes à son arc.

-Shoto Todoroki. Et la réaction qu'il attendait vint plus rapidement qu'il ne l'aurait cru. Les yeux gris de Momo Yaoyorozu n'affichaient plus que vulnérabilité. Cela a été une véritable surprise d'apprendre que mon frère benjamin se trouvait à Rome, mais d'autant plus qu'il était si proche du trône. Mon père ne s'en remettrait sûrement pas. Surtout s'il apprend que la femme qu'il chérissait tant l'a fuie avec son dernier enfant. En tout cas, cette nouvelle m'a beaucoup divertie. Surtout lorsque j'ai appris qu'il s'était épris de vous. Pauvre homme destiné à être le second choix. Même s'il ne l'est absolument pas dans votre cœur, n'est-ce pas princesse ? Quel dommage qu'un obstacle tel que le pouvoir impérial freine vos inclinations respectives.

-Je ne sais pas ce que vous cherchez en me révélant cela, mais jamais je ne mentirai sur mes sentiments concernant Shoto Libra. Pouvoir impérial ou non, il est le seul homme que j'ai choisi.

-Oh vraiment ? Bien, alors je n'ai pas le choix. Si vous faites annuler ce mariage, il mourra.

Momo traversa la distance qui les séparait et d'un ton menaçant cria presque :

-Vous ne lui ferez rien !

Il la repoussa sans ménagement, mais lui répondit très calmement :

-Je n'ai jamais dit que sa mort sera causée de ma main. Mais réfléchissez princesse, lorsque le monde réalisera que ce mariage tant attendu et qui devait maintenir une paix durable n'aura pas lieu, que croyez-vous qu'il fera ? Il cherchera un responsable. Un substitut qui mettra tout le monde d'accord, et qui maintiendra cette alliance instable. Et croyez-moi lorsque je vous dis qu'il sera très plaisant pour moi de désigner comme coupable.

Maintenant plus lucide que jamais, la Dame n'hésita pas :

-Que voulez-vous ?

-Ce que j'aime votre cerveau, il est tellement vif. Quoi qu'il en soit, mon but est limpide. Vous serez ma femme. La mienne. Son regard empli d'envie écœura Momo qui grimaça de haine et de dégoût. Maintenant que nous nous sommes compris l'un l'autre, vous savez ce qu'il nous incombe de faire. Nous sommes dès à présent officiellement fiancés, et de ce fait des devoirs nous astreignent. Je suis contraint de vous couvrir de cadeaux jusqu'à la date butoir de notre union. Mais en échange, qui n'est pas des moindre, vous devez porter cet anneau. Toya retira le petit sac de cuivre de sa toge et en sortit une bague sertie de saphir. Il est le symbole de notre engagement et refroidira toute âme ayant l'audace de convoiter ce qui m'appartient. Ce que vous considériez comme votre salut n'est devenu en vérité que le symbole de votre perte. Vos sentiments vous ont trahis et je suis dorénavant prêt à y mettre fin. disparaîtra de votre esprit, par volonté ou par force, les deux me vont.

Victorieux et fier, Toya passa la bague sur l'annulaire de la Dame qui n'y jeta pas même un regard. Ses yeux meurtris s'étaient dirigés vers l'immensité de Rome, où les bras dans lesquels elle souhaitait se blottir se trouvaient. Mais comment lui faire face aujourd'hui ? Comment croiser l'hétérochromie de ses yeux sans se briser en mille morceaux ? La Dame l'ignorait. Elle était seule. Seule et mourante.

*…*

Shoto n'était pas sorti de sa tente depuis deux jours. Il ne s'était pas arrêté de travailler, et omettait de se reposer. Son allure était pitoyable, et ses cheveux en bataille marquaient davantage ses cernes violettes. Cela lui était déjà arrivé de travailler avec cet acharnement lorsque des évènements importants se préparaient. Or, seule la fuite du désespoir avait contraint le commandant à se terrer dans le travail. Rien n'importait plus que de garder l'esprit occupé.

Il n'avait pas revu la Dame depuis le dernier combat dans l'arène. Elle ne faisait plus appel à lui, et lui se gardait bien de trouver une excuse pour la voir. De plus, Izuku s'était octroyé des vacances en famille, et Katsuki était parti avec sa centurie pour une mission d'entraînement. Le commandant se retrouvait seul dans ses déboires, et à vrai dire, il se sentait mieux ainsi. Son histoire avec Momo Yaoyorozu le concernait uniquement. Il comprenait ses amis de ne pas intervenir, et leur en était même reconnaissant. Mais aujourd'hui, il ne ressentait que de la solitude.

-Eh bien petit frère, en voilà un état pitoyable. La présence de Toya n'avait même pas fait réagir le bicolore qui poursuivait sa lecture. Réaction inattendue, t'es-tu déjà laissé aller à la résignation ?

-Ce n'est pas un jeu, ni une compétition. Les choses sont ainsi, et je n'ai aucune incidence dans le déroulement des choses. La voix presque enrouée, il ne laissait entendre que de la lassitude.

-Ne sois pas si dur avec toi-même petit frère, tu as beaucoup plus d'influence que tu ne le penses. Tu es même un outil assez utile pour contraindre notre chère princesse.

La réaction fut immédiate, et en trois enjambées, Shoto se retrouvait face à son aîné :

-Contraindre !? Que lui as-tu fait !?

-Rien, pour l'instant. Ce que je sais cependant, c'est que ma future femme t'a envouté, et que l'inverse s'est aussi produit chez elle. Je ne suis pas en colère rassure toi, seulement un peu déçu. Je crois t'avoir surestimé. Je te pensais plus fort, et un tantinet plus déterminé. Mais il a fallu que tu succombes. Toya soupira en ignorant le regard menaçant du commandant : J'imagine bien que l'annonce de notre futur mariage a dû te titiller. Mais tout de même Shoto, c'était quelque chose de prévu depuis sa naissance. Il n'y avait aucune surprise. Cependant je te comprends, Momo Yaoyorozu est si… est si… stimulante. Et pour un éternel insatisfait comme moi, c'est la femme parfaite.

-Tu es écœurant. N'as-tu donc aucun respect pour ceux qui t'entourent ? Elle deviendra ton épouse, ne peux-tu donc pas lui octroyer ce qu'elle mérite ?

-Respecter Momo Yaoyorozu ? Mais je la respecte déjà Shoto. D'autant plus aujourd'hui alors que son destin est scellé. À la toute fin, elle n'aura que moi.

Les sourcils d'autant plus froncés, il demanda :

-Elle ne sera jamais seule, Mademoiselle Jiro sera toujours à ses côtés.

Réellement surpris, Toya ne put refréner davantage son sourire :

-Alors tu n'es pas au courant. Maintenant que Dame Yaoyorozu est sur le point de devenir romaine, elle ne peut plus avoir comme suivante une native grecque. Elle a alors le devoir de choisir sa future suivante parmi celles que propose Rome.

-Elle va devoir se séparer de Mademoiselle Jiro ? Shoto ne pouvait y croire. Lui qui pensait souffrir d'un mal incurable, il comprit que sa douleur était moindre comparé à celle de Momo.

-J'ai bien peur que oui. Tout commence à changer à Rome, il faut que nous nous y fassions tous.

-Tu es celui qui s'en sort le mieux.

-Il en faut toujours un. Certes, je ne suis pas le plus à plaindre, mais plus que d'autre, il me reste beaucoup à faire.

Toya s'apprêtait à quitter la tente, mais Shoto intervint une dernière fois :

-Je ne te laisserai pas faire. Quoi que tu entreprennes, quoi que tes machinations causent, je serai là pour t'arrêter.

-Bonne chance, petit frère.

Toya finit par le quitter, mais le centurion de la première centurie entra à la suite de l'Héritier.

-Commandant, un messager est arrivé du port. Selon lui, un voyageur de Croatie vous attendrait pour une escorte.

-Une escorte ? Je n'ai été prévenu de rien. Qui me demande ?

-Une certaine Midnight.

Il fallut peu de temps à Shoto pour se vêtir de sa cape, et quitter le camp à cheval. Il arriva au Portus en un temps record, et ne mit pas longtemps à apercevoir celle qu'il cherchait. Recouverte d'une cape noire, elle semblait perdue dans ses songes. En regardant attentivement, Shoto eut l'impression de se voir en elle. Comme si une ombre de mélancolie l'avait ravagée. Il arriva enfin à sa hauteur, et elle lui offrit un léger sourire en guise de salut.

-J'aurais aimé vous revoir dans de meilleures conditions, Dame Midnight.

-Oui, moi aussi. Vous avez une sale mine.

-Les temps sont difficiles, vous n'arrivez pas à la meilleure période.

-Je sais. Et si nous nous réfugions dans un endroit plus calme ?

Shoto acquiesça, et tous deux prirent le chemin de la ville.