Chapitre 30

-Combien de temps encore allez-vous ruminer ainsi ? Vous avez manqué de discernement concernant la suivante, cela arrive, pas besoin d'en faire une affaire d'état.

-Mais c'est justement une affaire d'état ! Quelle naïveté de ma part de croire que son entourage ne pourrait jamais égaler une intelligence comme la sienne ! J'étais trop focalisé sur la princesse et mon petit frère pour voir autre chose ! Que je hais commettre des erreurs !

Toya hurlait dans son bureau au palais de justice. En compagnie de Tomura Shigaraki, il avait appris la nouvelle du mariage entre le commerçant romain Denki Kaminari et la suivante grecque de la future Impératrice Kyoka Jiro, qui par cette alliance resterait aux côtés de la dirigeante.

-Ce n'est pas si terrible, ce n'est qu'une suivante. Tomura, allongé sur le flanc, mangeait une grappe de raisin l'air indifférent. La colère de l'Héritier contrastait avec l'indolence du maître de cérémonie, qui prenait plus de plaisir qu'autre chose.

-Momo Yaoyorozu devait m'appartenir pleinement. Maintenant, elle passera tout son temps avec cette plébéienne grecque. Les deux ensembles, je redoute déjà mon règne.

-Ce sont des femmes qui vous terrifient autant, Todoroki ? Que c'est risible. Vos ennemis ne doivent absolument pas connaître votre talon d'Achille, ils vous riraient au nez.

Toya s'approcha de son associé et piqua la grappe pour prendre en bouche trois raisins.

-C'est facile de se moquer lorsque l'on ne connaît pas. Tu n'as jamais été confronté à ma future femme Tomura, je pense sincèrement que tu ne ferais pas le poids face à son parlé des plus meurtrier.

-Est-il seulement possible de vous surpasser dans ce domaine ? Vraiment curieux, Tomura s'était relevé.

-Voyons, à ton avis, pourquoi je la veux si désespérément comme épouse ? Elle me surpasse et de loin, aussi difficile que cela soit de l'admettre.

-Alors tout cela n'est pas un simple caprice. Cette femme vous donne une vraie raison d'accomplir toutes ces choses.

-Une raison parmi tant d'autres, mais je pense avoir toujours été clair avec toi Tomura. Tout obstacle visant à freiner mon mariage, et par extension me freiner moi, doit être annihilé.

Le maître de cérémonie se leva, puis s'approcha de Toya. Il récupéra la grappe et termina en mordant le dernier raisin :

-Bien, alors il suffit d'agir.

*…*

Soulagé d'avoir terminé sa réunion avec l'ambassadeur Yaoyorozu, Shoto attendait avec impatience de regagner sa tente pour pouvoir s'étirer disgracieusement. Il avait dorénavant son après-midi de libre, et décida qu'un bon bain lui ferait énormément de bien. Il en profiterait pour prendre sur son chemin ses amis, avec qui il ne s'était pas retrouvé seul depuis une éternité. À la pensée de ses centurions, il entendit leurs voix émaner de sa tente. Et entrant, en plus de les voir, il aperçut Tenya Ilada.

-Commandant, pardon de m'être introduit ici avec tant d'impertinence. Les centurions Midorya et Bakugo m'ont assuré que cela ne vous gênerait pas.

Le soldat milanais s'était brusquement levé en garde-à-vous, et avait parlé avec tant de rapidité que Shoto faillit ne pas le comprendre.

-Je t'en prie mon ami, détends-toi. Je ne m'accommode pas de cette politesse obligatoire dans notre milieu.

Maintenant rassuré, Tenya se détendit et concéda à étreindre son ami.

-Tenya est arrivé il y a quelques heures. Je pensais qu'on pourrait l'accompagner à son logement ensemble, proposa Izuku.

-Tout à fait. Profitons-en pour faire une halte chez Les frères.

Debout sans qu'aucun ne l'ait vue, Katsuki répondit en souriant :

-Là je suis intéressé. Qu'attendons-nous ?

Et ce fut en riant, qu'ils quittèrent le castrum pour le centre-ville. Sur place, ils furent accueillis comme des rois. Principalement par Denki qui affichait constamment un bonheur pur.

-Je suis vraiment heureux pour toi Denki, je te souhaite tous mes vœux de bonheur. Toujours aussi polie, Tenya leva sa coupe avec respect.

-Merci mon ami. C'est un vrai plaisir de t'avoir à Rome. Ta venue concerne-t-elle les affaires, ou alors es-tu venu ici en vacances ?

Les sourcils froncés, Tenya arborait maintenant une expression très sérieuse.

-En vérité, c'est pour ces deux raisons. Ce qui m'a vraiment décidé à venir est le besoin urgent que j'avais de m'entretenir avec toi, S. Maintenant curieux, Shoto se releva légèrement pour signifier qu'il détenait sa pleine attention : Cela a commencé il y a quelques mois. Un changement drastique s'est opéré au sein de l'armée à Milan. Du changement de centuries à celui des commandants, la hiérarchie est juste méconnaissable aujourd'hui. Mais j'ai commencé à réellement m'en préoccuper lorsque les centurions de ma cohorte nous donnaient des ordres de plus en plus focalisés sur le combat réel. Comme s'ils nous préparaient à la… à la…

-À la guerre, termina Katsuki, l'air aussi sérieux que les autres.

-Oui. Et je crains le pire, alors que ma raison voit l'Empire romain se confronter à la Grèce.

Un silence lourd s'installa dans le commerce presque vide. Si la supposition de Tenya était vraie, la situation était davantage hors de contrôle.

-Tu es absolument sûr que la Grèce est concernée ? Demanda en guise de dernier espoir Izuku.

-Affirmatif. Ce n'est peut-être pas le cas à Rome, mais dans les armées réparties un peu partout, la Grèce est l'ennemie numéro un. Je suis resté assez surpris alors qu'une alliance se préparait. Mais les commandants de notre Empire endoctrinent leurs soldats. J'exècre l'idée de déroger aux règles. Mais au fond de moi je sais que ma patrie est dans l'erreur, c'est pourquoi je vous en parle aujourd'hui. Ce n'est pas uniquement un avis de soldats grecs que je demande, mais aussi celui de mes amis.

Shoto pensa alors instantanément à ses amis Fumikage et Mezo qui agissaient en vérité sous les ordres de Midnight. La Dame avait eu la délicatesse de lui expliquer l'histoire, et confirma difficilement que les deux lui avaient apporté bons nombres d'informations sur le bicolore. Le commandant expira un coup et s'approcha de son ami venu de Milan. Il posa sa main sur son épaule et déclara :

-Merci mon ami, de t'être confié à nous. Je comprends tes préoccupations, et je suis vraiment satisfait d'être à jour sur la situation. Tes inquiétudes sont honorables, c'est pourquoi je te rassure de ce pas. Même si l'Italie entre en conflit avec la Grèce, notre Empire n'aura pas une longueur d'avance. Crois-moi mon ami, car la Grèce est elle aussi parfaitement préparée.

Étrangement soulagé, Tenya se détendit et offrit un sourire contrit au commandant.

-Je ne comprends pas bien ce qui te rassure tant, mais je te fais confiance S. Si tu m'assures que le conflit ne se transformera pas en guerre, je te crois.

Shoto acquiesça pour marquer davantage sa certitude. Puis se tourna vers le commerçant blond pour qu'il change de sujet. Ce qu'il fit de ce pas.

-Bien, maintenant que le sujet sérieux a été abordé, nous pouvons enfin festoyer. Je me marie dans quelques jours, et vous êtes tous invités !

Eijiro se leva et resservit les coupes de ses clients. Pendant ce temps, Katsuki demanda avec un soupçon de malice :

-Alors Denki raconte nous, comment toi est la Mademoiselle avaient réussi votre coup ?

Réellement fier de lui, Denki bomba le torse et commença son explication :

-J'avais fait, par le passé, plusieurs demandes à Kyoka, qu'elle avait toujours refusé. Loin d'être fugace, je n'ai pas abandonné, et lors de l'une de mes demandes, elle céda enfin et m'expliqua pourquoi elle s'obstinait tant à décliner. Kyoka, malgré les sentiments qu'elle pouvait ressentir pour moi, voulait rester un maximum aux côtés de Dame Yaoyorozu qu'elle devrait quitter au mariage de celle-ci. Étant grecque, les lois l'astreignaient à rentrer en Grèce après le mariage. J'ai alors proposé un compromis qui arrangerait tout le monde. Kyoka et moi ne nous marions uniquement lorsque le mariage impérial serait proclamé. Ainsi, elle pourrait se présenter au titre de suivante de l'Impératrice, tout en devenant mon épouse. Les seules contraintes étaient que nous devions attendre sans savoir quand la situation se débloquerait, et aussi de garder le secret pour nous. L'Héritier ne s'étant rendu compte de rien, notre plan a fonctionné, ainsi nous sommes tous gagnants, excepté lui évidemment.

Les hommes acquiescèrent de la tête, assez admiratifs. Mais le second commerçant fronçait tout de même les sourcils.

-Je suis tout de même étonné. Comment as-tu pu avoir une idée pareille ? Je veux dire, Denki tu n'es pas la plus grande des lumières.

Nullement offensé par cette attaque voulue, Denki garda la même posture et termina en levant sa coupe :

-Pour l'amour mon ami, nous pouvons devenir à la fois le plus maladroit des imbéciles et le plus malin des génies.

Les rires résonnèrent une nouvelle fois dans le commerce et c'est avec entrain que les hommes trinquèrent.

*…*

La réception était simplement sublime. Entre lumières et décorations, jamais encore Katsuki, Shoto et Izuku n'avaient participé à un tel évènement. L'organisation dépassait largement celles faites au palais impérial qui privilégiaient la simplicité. Et loin d'être simple, Denki Kaminari avait usé de ses années d'expérience en tant que commerçant romain pour préparer son mariage. La pauvre Kyoka avait été exempte de toutes organisations, et ignorait tout des préparatifs. Pour l'occasion, Mina était revenue en ville - au grand bonheur d'Eijiro - et les trois acolytes préparèrent tout, de la réception à la cérémonie. Cette dernière s'était tenue en fin d'après-midi, dans les jardins des Yaoyorozu. L'ambassadeur avait insisté auprès du marié, proclamant qu'il considérait la suivante comme sa fille. Reconnaissant au possible, le blond n'avait pas cédé difficilement.

Denki et Jiro s'étaient mis d'accord sur le déroulement de leur union. Le mariage ne devait pas suivre les protocoles d'usage, que ce soit grec ou romain. Ainsi, les deux s'étaient retrouvés sous une arcade de fleurs. Leurs mains droites liées par un ruban blanc et doré, trois témoins privilégiés se tenaient à leurs côtés en ce jour si spécial pendant qu'ils échangeaient leurs vœux.

Unis aux yeux des dieux, le banquet succéda la cérémonie de mariage, et se tint dans le commerce populaire. Tous les étages avaient été soigneusement décorés de tapis persans, de fleurs et de pétales, tout ce qui était attrait à la fête et à la célébration. Ils mangèrent un repas copieux et burent les meilleurs vins qui avaient été produits sur cette terre.

Très pudique à l'accoutumé, Kyoka s'était laissée aller aux rires et à l'expression d'un bonheur pur, habituellement propre à son nouvel époux. Ce mariage semblait véritablement apporter un regain d'énergie que Shoto savourait en observant affectueusement Momo. Celle-ci avait mis toute l'implication possible pour offrir le meilleur mariage à son amie. Le pauvre commerçant blond avait dû batailler à plusieurs reprises avec elle sur ses choix concernant la cérémonie. Ils finirent pourtant par trouver un terrain d'entente lorsque Katsuki – agacé par leur esprit contradictoire – menaça de prévenir Kyoka. Mais malgré ces petits esclandres, rien ne pouvait entacher cette union, et c'est bien la perfection de la réception qui convainquit Shoto sur ce fait.

Le nombre d'invités était aussi très impressionnant. Il témoignait de la popularité des commerçants appréciés par chacun de leurs clients. Nobles, soldats, marchands, pécheurs, tous trinquaient sans se soucier du statut social. Son frère Natsuo avait aussi été convié, et siégeait à la droite de Shoto.

-C'était vraiment délicieux. Je ne comprends toujours pas comment Les frères réussissent à surpasser les banquets de père, commença Natsuo la main sur le ventre et à moitié affalé sur son siège.

-À l'image de notre père, sa cupidité se reflète dans les réceptions qu'il organise. Comme ici, dans ce commerce, où la générosité de ses propriétaires se reflète une énième fois.

-Je regrette simplement que Fuyumi ne soit pas ici. Même si je suppose qu'elle doit être heureuse aujourd'hui.

Shoto se rappela soudainement de quelque chose, et extirpa de son plastron une lettre froissée.

-J'ai failli oublier de te la transmettre. Elle vient de Fuyumi. Natsuo lui arracha presque le morceau de papier et se mit à lire. Mon amie est passée par l'endroit où se trouve Fuyumi et Keigo, et notre sœur l'a chargée de nous la transmettre. Rassure-toi mon frère, ils sont très heureux.

Approchant de la fin de sa lecture, Natsuo expira de soulagement et s'affaissa davantage.

-Elle a toujours su quand faire ses plus belles entrées. Moi qui commençais à m'inquiéter, la pression redescend enfin.

Désireux de ne pas s'attarder sur ce sujet, Shoto demanda :

-Comment se porte Kia ?

La question du bicolore étonna son ainé qui finit par sourire :

-Assez bien. Elle ne se sentait pas très bien et a préféré rester au calme se reposer. Même si je la soupçonne de ne pas vouloir trop attirer l'attention ces derniers temps.

Ignorant la moue soucieuse de Natsuo, le commandant répliqua :

-Preuve que tu es imprudent. Au moins, elle sait quand il faut calmer le jeu.

-Calmer le jeu ? Elle ne s'amuse pas du tout toute seule dans son auberge en ville, loin des fêtes et des célébrations. Je m'en suis voulu de venir ici.

-Oui, et tu l'as aussitôt oublié lorsque le premier plat est arrivé.

-Que les enfers te damnent ! Elle ne quitte pas un seul instant mes pensées. En vérité, plus le temps passe et plus ma volonté de l'avoir comme épouse se renforce.

À cet instant précis, Shoto lança un regard vers la Dame qui avait déjà posé ses yeux sur lui. Il la vit se lever, et comme par enchantement le força à garder son attention sur elle. D'un pas félin, elle traversa le rideau couleur bronze, laissé ouvert pour l'occasion, et la vit monter à l'étage. Il n'en fallut pas plus au bicolore pour comprendre.

-Mon frère, je…

-Vas-y. Le commandant se tourna brusquement vers son aîné les sourcils froncés. Celui-ci continua avec un petit sourire et les yeux pleins de malices : Nous les Todoroki, sommes particulièrement sensibles à ce type de charme. Je comprends ce magnétisme qui te submerge. Kia m'a véritablement esclavagisé. Pourtant, il n'y a rien de déplaisant là-dedans, je me trompe ? Presque honteux, Shoto se reconcentra sur l'escalier et hocha négativement de la tête : Vas-y mon frère, il est l'heure de m'éclipser de toute manière. Je dois passer chez la pharmacopolae (personne fabriquant les remède et médicament) pour Kia.

Les frères de sang s'empoignèrent l'avant-bras pour prendre des directions opposées ensuite. L'un prenant la sortie, et l'autre grimpant les marches.

Shoto savait qu'il devait monter la totalité des escaliers du commerce pour trouver celle qu'il cherchait. Ils s'étaient, déjà par le passé, rejoints au dernier étage de l'immense bâtiment, qui avait été lui aussi décoré malgré l'absence de tout individu. Le commandant reprit sa respiration, essoufflé par son effort et par son impatience de se retrouver seul avec Momo. Et elle était bien là. Dos à lui, la posture droite dans sa robe richement brodée de perles, ses cheveux d'ébènes étaient coiffés en un haut chignon, lui aussi parsemé de perles. Avec comme second plan, de ce tableau si gracieux, la ville éclairée de mille feux, Shoto eut l'impression de tomber amoureux encore une fois.

-La réception vous plait-elle ? Commença-t-elle avec l'assurance qu'il lui avait toujours connue.

-C'est la meilleure après celle que votre père a organisé, le soir où nous avons discuté pour la première fois.

-Une bien belle soirée. Je me souviens vous avoir ri au nez.

-Si vous commencez à vous souvenir de toutes les fois où s'est arrivé, vous ne retiendrez plus rien. Souriant malgré lui, Shoto s'approchait très lentement.

-Ne vous en faites pas pour moi, je saurai vous surprendre. Elle ne s'était pas retournée, mais sentait de plus en plus la présence du bicolore. Et plus il s'approchait, plus sa respiration se saccadait.

-Je n'ai aucun doute là-dessus.

Il était dorénavant derrière elle, sa tête surplombant la sienne de plusieurs centimètres. Ils avaient tous deux le regard braqué sur la ville, mais avec la concentration portée sur tout autre chose. Enfin, après des secondes aux allures de longues heures, Momo sentit les doigts du commandant s'entremêler aux siens. La Dame ne réagit pas tout de suite, serrant la mâchoire et relevant la tête pour ne pas perdre de sa superbe. Puis, dans un instinct plus fort qu'elle, elle lui rendit son étreinte par une pression délicate. Et ils restèrent là, silencieux, mais savourant ce moment, où même un touché si superficiel que des doigts entrelacés, pouvait leur provoquer un sentiment si rassurant.

-Dame Momo ?

Les deux tressaillirent à l'entente de la voix de Kyoka qui s'approchait dangereusement. Ils détachèrent leur main, et Shoto recula précipitamment pour se camoufler derrière le pilier. S'assurant négligemment que le commandant n'était pas visible, Momo prévint :

-Je suis ici, Kaminari.

-Par Héra ! Je vous en supplie ne m'appelez pas ainsi. La suivante émergea sur le balcon.

-C'est pourtant ton nom dorénavant.

-Cela ne dérange pas Denki que vous m'appeliez Jiro. Je préfère que nos rapports restent les mêmes, même si je suis mariée aujourd'hui.

Momo vit l'expression soucieuse de son amie, et c'est avec un sourire rassurant qu'elle déclara :

-Bien sûr que ton mariage ne change pas notre relation, Kyoka. Après le temps que tu as passé à attendre de te marier avec celui que tu aimes pour moi… Ma reconnaissance dépasse bien des choses, et mon désir de t'avoir à mes côtés en tant que Dame ou Impératrice, est l'une de mes seules consolations dans cette vie que le destin m'a imposée.

Les deux femmes échangèrent un regard ému. Puis la jeune mariée fit :

-Consolation bien minime lorsqu'on compare votre expression avant et après avoir vu le commandant Libra. Momo ne souriait plus du tout, et s'empêcha de grogner en imaginant l'expression satisfaite de Shoto. Mais la suivante n'en avait pas fini, alors elle continua : Et je ne parle même pas de lui. Vous auriez dû le voir tout à l'heure, lorsqu'il grimpait les escaliers six par six pour vous rejoindre. J'ai même cru le voir trébucher entre le premier et second étage. Ce fut au tour de la Dame de rire, surtout lorsqu'elle vit Shoto sortir de sa cachette de fortune. Votre cape dépassait du pilier. Vous auriez pu être plus discret, elle est rouge tout de même. Honteux, leur regard baissé, on pouvait comparer les deux amants à des enfants pris sur le fait. Kyoka soupira : C'est mon mariage, je devrais dire quelque chose, mais…. Elle soupira encore : Dame Momo descendez avec moi je vous prie, et je vous en supplie ne lui lancez plus de regard pareil, il risque de se faire vraiment mal à force.

Momo posa ses yeux une dernière fois dans ceux hétérochromes de Shoto et quitta le balcon. Tout sourire, l'homme s'excusa d'un hochement de tête auprès de Kyoka qui précéda le pas de sa maîtresse.

Maintenant seul, le bicolore conserva son sourire tout en rêvassant. Chaque instant passé auprès de la femme de son cœur, l'emplissait de joie. Rien ne pouvait tarir la chaleur qu'il ressentait à l'intérieur. Pas même la nouvelle du futur mariage impériale qui n'était plus que lointaine. Tous évitaient d'y penser, et profitaient pleinement de ces instants précieux. Là dans ses réflexions, Shoto fronça les sourcils en sentant une forte odeur de bois brûlé, puis remarqua la tombée de cendres qui commençait à recouvrir Rome doucement. En tournant la tête, il vit un bâtiment en feu. Situé non loin du centre-ville, avec plus d'attention, le bicolore pouvait entendre l'empressement du peuple romain pour éteindre ce feu gigantesque.

Remis de sa surprise, Shoto pressa le pas hors du balcon et sauta les marches pour atteindre le rez-de-chaussée. Dans son empressement, il ne croisa que le regard d'Izuku qui comprit instantanément qu'il y avait un problème. Il se leva, laissant Shoto prendre les devants, et alla prévenir les autres afin de vite le rejoindre.

La dernière fois que le bicolore courut ainsi fut lorsqu'il avait entendu Ochaco arriver précipitamment au castrum pour les prévenir que le gouvernement avait repris Eri. Cette fois-ci, ce fut son instinct qui le poussa à parcourir la ville en quelques minutes. Lorsqu'il arriva, des hommes essayaient déjà d'éteindre le feu à l'aide de seaux. Une chaîne humaine s'était formée pour ne pas perdre une seconde. Shoto reconnut le bâtiment : c'était une auberge assez fréquentée par des étrangers aisés. Shoto chercha du regard quelqu'un susceptible de lui donner des informations, puis s'approcha d'un artisan à l'autre bout de la rue.

-Que s'est-il passé ?

Détournant le regard du spectacle brûlant, il répondit :

-Le feu s'est déclenché on ne sait comment. Il est parti de l'intérieur, à l'étage.

-Tout le monde a pu évacuer ?

-Évacuer ? Uniquement ceux dans les étages inférieurs. Les autres ne crient plus depuis longtemps.

Un frisson d'effroi traversa Shoto qui eut la sensation de ne pas avoir bien entendu.

-Que voulez-vous dire ? Personne n'est entré pour les secourir ?

-Mon bon ami, le feu est impénétrable. Il avait déjà bien rongé les étages du dessus, impossible pour qui que ce soit d'y entrer. La seule chose qui reste à faire c'est d'éteindre ce maudit feu avant qu'il ne se propage.

La brûlure de Shoto le lança, comme si la cicatrice sur son visage entrait en résonance avec la danse endiablée des flammes du bâtiment. Impuissant, le bicolore ne tourna même pas la tête lorsqu'il entendit le cri lointain d'Eijiro. Ses amis étaient eux aussi arrivés trop tard, et observèrent intensément l'auberge se consumer.

-Kia.

C'était un murmure. Un murmure tellement inaudible que Shoto ne l'aurait pas entendu si le nom et la voix de celui qui l'avait prononcé ne lui était pas familier. Natsuo tenait entre ses mains tremblantes un sachet. Sa toge traînait sur le sol et ses yeux confus regardaient alternativement le bâtiment brûlant et la rue inondée de gens.

-Natsuo.

Le bicolore s'approcha doucement de son aîné qui se tourna vers lui, le regard encore plus confus.

-Shoto, que fais-tu ici ? Où est Kia ?

-C'est… C'est son auberge ?

-Oui, bien sûr que c'est son auberge. Elle y vit depuis son arrivée. Que s'est-il passé ? Où est-elle ?

Shoto regarda par réflexe autour de lui, mais ne vit rien :

-Je ne l'ai pas vu. À… À quel étage se trouvait-elle ?

-Kia vit à l'avant dernier étage.

La mâchoire du bicolore se crispa, et plus aucun mot ne voulut sortir. Il jeta un regard triste vers l'une des fenêtres de l'avant dernier étage, puis reporta son attention sur son frère. Et alors Natsuo comprit. Kia avait été retenue à l'intérieur à cause de l'incendie, et plus jamais elle n'en sortirait.

Natsuo lâcha le sachet et se mit à verser des larmes en s'échouant sur le sol de sable. Et alors que les camarades de Shoto aidaient à éteindre le feu, celui-ci s'accroupit et enlaça son aîné tout en sachant que rien ne pourrait le libérer de sa peine.