Chapitre 35

Ils étaient tous réunis au centre du commerce Les frères. Assis un peu partout dans la pièce, il ne restait debout que Katsuki en retrait Shoto au centre et Yagi, appuyé sur le dossier de son siège. Tous attendaient que l'ancien gladiateur se mette à parler. Et au bout de longues seconde, il commença :

-Pour vous conter toute l'histoire, il faut que je remonte à plus de trente ans en arrière. Je viens de la bourgeoisie florentine. À mes vingt ans, des soldats de l'armée romaine sont venus enrôler de jeunes recrues. Je voulais me porter volontaire bien avant leur arrivée, alors j'ai directement accepté de les suivre à Rome. J'étais émerveillé dès les débuts par l'atmosphère de cette ville. Les gens festoyaient, les cultures se mélangeaient, comme si Rome était le centre du monde. Puis, à cette époque, la vraie renommée se trouvait dans les ordres. Plus on montait en grade, plus notre influence était grande. Mais, en plus de vouloir me faire un nom dans l'armée, je voulais rassasier la curiosité qui brûlait en moi. Et elle concernait le Colisée. C'était une attraction nouvelle. Le peuple se faisait à peine à cette violence, et y prenait étrangement goût. Je vous rassure, ce n'est pas le sang qui m'attirait, mais plutôt, le potentiel à développer en tant que gladiateur. Yagi lança un regard furtif vers Katsuki qui l'intercepta. Je m'y suis alors rendu, dans l'arène, et j'ai révolutionné ce que tous pensaient connaître.

Aizawa prit le relais lorsqu'il vit que Yagi s'était arrêté.

-L'Empereur d'antan était un vieil homme qui se battait corps et âme pour sauvegarder l'économie de l'Empire. Il avait tout misé sur le Colisée, en espérant que ça convaincrait le peuple. Et il ne fallut même pas deux mois pour que le monument conquiert le monde. Comme quoi, la violence a toujours été une valeur sûre. Ainsi, quand Yagi est arrivé dans l'arène, il n'a pas tout de suite été apprécié. Mais à force de victoire, et de rivalité, le public a simplement eu un faible pour cette volonté de ne pas tuer. Les commerçants étrangers ont commencé à en parler dans leurs contrées, et ce fut ainsi que le Colisée fut nommé « La plus grande attraction du monde ».

Aizawa tourna la tête vers son ami, et celui-ci hocha de la tête pour lui signifier qu'il continuerait.

-Grâce à ma nouvelle réputation, j'ai pu accéder à la garde impériale en à peine un an de service. J'agissais avec le grade de centurions, où j'avais la responsabilité de quatre-vingt hommes. Et, mon supérieur hiérarchique, le général de la garde impériale, était un jeune homme de cinq ans mon cadet. C'était Enji Todoroki. Brillant dès sa naissance, il avait été remarqué par les hautes instances très tôt, et a monté les échelons avec génie. Sa réputation était excellente, d'autant plus car il s'était aussi fait connaître dans l'arène. Son nom, Endeavor, n'avait été surpassé par personne. Il était même le favori de l'Empereur, qui n'avait pas d'héritier et qui devait donc nommer son successeur. J'étais jeune et arrogant, ces choses-là ne m'intéressaient pas. Tout ce que je voulais, c'était entendre mon nom crié par le public. Mais je ne m'attendais pas à ce que mon influence prenne autant d'ampleur. Deux ans plus tard, j'avais été élu meilleur gladiateur de toute l'histoire, ombrageant même le respecté Endeavor. Et même au sein de notre armée, plusieurs légionnaires remettaient en cause sa position. Selon eux, j'avais l'âge et l'expérience suffisante pour commander à sa place, si bien que l'armée impériale se scinda en deux. Ceux soutenant le commandant, et ceux me soutenant moi. Il soupira. J'ai tout de suite essayé de calmer le jeu. Je ne cherchais pas le titre de commandant, c'était pour moi illusoire. Mais… Mais Enji ne voyait pas les choses de cet œil. C'est pourquoi, pour nous départager, et faire en sorte que l'armée se reconstruise, il me défia en duel, au Colisée.

-Ne me dites pas que le premier duel de l'histoire, c'était vous contre l'Empereur !? Cria presque Eijiro.

All Might hocha positivement de la tête. Il poursuivit, les laissant tous digérer :

-Mon duel contre lui était le combat le plus difficile que j'ai jamais mené. C'était un fervent combattant, qui n'a pas été privilégié pour atteindre son poste. Sa technique était parfaite, et sa force incomparable. Et alors que notre duel atteignait son paroxysme, j'ai fini par le défaire en le désarmant. Mais à la dernière seconde, j'ai refusé de la tuer, alors j'ai… J'ai abandonné. Yagi ignora les yeux exorbités des gladiateurs et anciens gladiateurs, et continua : Mais alors que j'étais sûr qu'on me laisserait en paix, je fus convoqué par l'Empereur en personne. Il s'arrêta, incapable de poursuivre. Les mots ne voulaient plus sortir, et il dut s'y prendre à plusieurs reprises pour réussir à dire : L'Empereur m'a proposé de prendre sa place lorsqu'il quitterait le trône, et il ne me fallut pas plus de quelques secondes pour décliner sa proposition. Trois jours plus tard, Enji Todoroki fut nommé nouvel Empereur de l'Empire romain, mais les rumeurs sur le premier choix de l'ancien dirigeant avaient déjà fait le tour de la ville. La rancœur d'Enji était pleinement justifiée, c'est pourquoi j'ai accepté sans rechigner ma nouvelle assignation, je passais de centurion à légionnaire de la garde impériale.

-Rancœur, car en plus d'avoir été le premier choix pour la succession, vous avez abandonné dans l'arène, alors que vous étiez vainqueur. Il n'y a pas plus grande humiliation selon moi. Malgré son retrait, Katsuki n'avait pu se taire sur ce fait.

-Je comprends bien tout cela, mais en quoi cela concerne-t-il ma mère ? Demanda Shoto les dents serrées.

Yagi osa enfin lever les yeux, et les posa sur le bicolore. Il avait l'air désolé et sa respiration semblait difficile. Toujours appuyé sur le dossier de son siège, il s'y agrippa davantage et déclara :

-Un an après la nomination de ton père, l'économie se portait assez bien pour que d'autres puissances veulent se lier à l'Empire, et ce fut à cet instant que l'Italie reçut la visite du dirigeant de Russie. Il était accompagné de sa garde personnelle, ainsi que son unique fille, Rei, princesse de Russie. Il n'a été dur pour personne de dire que l'Empereur s'était instantanément épris d'elle. À cette époque, je savais simplement que l'Empereur de Russie avait accepté de faire une alliance avec l'Italie en mariant sa fille à son dirigeant. Jamais encore l'Empire n'avait été si riche et si fort, surtout que l'esclavage et les maisons de passe se popularisaient à peine. Après le mariage impérial, j'ai été assigné à la garde personnelle de l'Impératrice qui était venue s'installer à Rome. Rei était un être d'une pureté immaculée. Elle était douce et attentionnée, et légèrement trop altruiste avec le peuple, au grand damne de ses gardes. All Might sourit légèrement, pour l'effacer immédiatement en poursuivant : La première fois qu'elle fut enceinte, je n'avais jamais vu une telle panique sur son visage. Elle semblait bouleversée, et ressentait comme… comme de la peur. Le couple impérial eut ensuite de l'aîné, deux autres enfants. Déjà à la naissance de Toya, Rei et moi entretenions une relation amicale sincère. Lors de mes nombreuses escortes, elle aimait discuter de tout et de rien, et j'aimais moi aussi entretenir notre entente. Puis un soir, elle me convoqua…

Flashback : vingt-cinq ans avant

-Majesté, vous m'avez fait demander ?

Yagi, dans son uniforme militaire, entrait d'un pas hésitant dans les appartements de l'Impératrice. Il n'entendit aucune réponse, alors il continua d'avancer doucement.

-Approchez All Might, fit une voix féminine.

L'homme s'approcha encore et la vit enfin. Elle était assise sur sa méridienne, et observait la vue sur Rome avec un regard mélancolique. Yagi resta à une distance appropriée et dit :

-Majesté, je vous l'ai déjà dit, je ne suis All Might que quand je foule le sol du Colisée. En dehors, je ne suis que le légionnaire Toshinori Yagi.

-Cédez-moi ce caprice je vous prie, faites-le pour votre Reine.

-Impératrice.

L'homme fut heureux de l'entendre rire. Il se redressa davantage lorsqu'elle se tourna vers lui. Elle… Elle pleurait.

-Merci d'être venu si vite.

-Que vous est-il arrivé !?

-All Might je ne… je ne sais plus quoi faire.

Et elle s'effondra en larmes. Le légionnaire se précipita à ses côtés et elle alla se réfugier dans ses bras. Ils restèrent ainsi un long moment, le temps que la femme se calme complètement. Enfin, il demanda avec douceur :

-Que s'est-il passé ? Racontez-moi, Majesté.

Dans un son peu gracieux, Rei renifla et sécha grossièrement ses larmes. Elle fit douloureusement :

-Savez-vous pourquoi mon père a accepté qu'Enji m'épouse ? Yagi hocha négativement de la tête, alors elle répondit elle-même : Mon père a toujours été indifférent aux alliances, la Russie s'est toujours très bien portée économiquement et militairement, il n'avait donc pas besoin de l'Italie, à une chose près. Mon père n'a pas eu la possibilité d'avoir un fils, c'est pourquoi il avait toujours compté sur moi pour lui procurer un héritier mâle. L'accord de mon père et Enji était le suivant, Enji pouvait me prendre pour épouse uniquement s'il acceptait de donner à mon père l'un de nos garçons. Et Enji a accepté.

-… Réellement estomaqué, l'homme ne put rien dire.

Rei continua :

-Tomber enceinte de Toya fut à la fois le plus beau jour de ma vie et le pire. Je ne pouvais pas abandonner cet enfant ! Alors j'ai convaincu Enji de le garder en lui promettant que le suivant pourrait partir. Puis j'ai accouché de Fuyumi et j'étais si heureuse ! Mais ma troisième grossesse me terrifia autant que la première, et encore une fois, j'ai réussi à convaincre mon mari de garder cet enfant. Cependant, il m'a dit que le prochain garçon que nous aurions, devra partir pour la Russie, comme l'accord entre les deux puissances le stipulait. All Might… je ne sais que faire… Et elle se remit à pleurer, ce qui éclaira le gladiateur.

-Vous êtes de nouveau enceinte ? Ses sanglots se firent plus fort, et Yagi ne put que la serrer encore. Qu'attendez-vous de moi ?

Rei mit un moment à se calmer et à se relever. Yagi savait qu'elle mettait toutes ses forces dans cette action, alors il attendit patiemment.

-All Might, aidez-moi à quitter Rome avec cet enfant.

-Enji avait vendu ses propres enfants à une autre contrée, et Rei ne pouvait rien y faire. Mais il me fallut tout de même plusieurs mois pour me faire à cette idée. J'étais absolument contre, et j'ai tout fait pour la faire changer d'avis. Cependant, Rei avait déjà mûrement réfléchi à cette décision, et même si elle devait abandonner ses autres enfants, elle savait qu'ils seraient en sécurité à Rome. Alors j'ai quitté l'armée et le Colisée, et je l'ai aidé à dissimuler sa mort avec l'aide de madame Midorya. L'Empereur de Russie coupa toutes relations avec l'Italie, et il mourut avant de rendre des comptes à Enji pour sa part du contrat. Aujourd'hui c'est un consul qui a pris le pouvoir.

L'explication de Yagi provoqua un silence que personne ne sut identifier. Tous regardaient dans le vide en essayant désespérément de digérer toute cette histoire. Mais le moins surpris de tous demanda :

-Voilà pourquoi mon père vous hait tant ? Parce que vous étiez le premier que l'ancien Empereur voulait voir comme remplaçant.

Yagi répondit à Natsuo en hochant la tête. Puis Aizawa dit, plus pour les autres que pour lui :

-Et si tu t'en veux, c'est parce qu'en refusant d'être Empereur, tu as laissé Enji le devenir. Ce qui a provoqué tout le reste jusqu'à aujourd'hui. L'ancien gladiateur fixait Shoto sans cligner des yeux, mais ce fut Natsuo qui intervint.

-Pourquoi vous en vouloir ? Vous ne pouviez pas savoir ce qui allait arriver.

-J'ai refusé parce que je voulais conserver ma liberté. Sans cette impudence, je n'aurais pas eu besoin de me racheter auprès de Rei…

Mais Shoto le coupa durement, et s'approcha doucement de son mentor :

-Parce que vous pensez vous être dédommagé d'elle ? Vous pensez sérieusement que la faire quitter ses enfants et sa condition était le meilleur moyen pour vous de rembourser votre dette ? C'est d'un pitoyable All Might. En refusant de devenir Empereur vous avez permis tous les malheurs qui nous accablent aujourd'hui. Le choix de ma mère a provoqué la folie de mon aîné et tout cela pour votre propre confort. Tout ce qu'elle a fait c'était pour protéger l'avenir de ses enfants, et il n'y a pas plus grand gaspillage. Vous auriez dû accepter de devenir l'Empereur, là vous auriez remboursé votre dette.

-Et dans ces conditions, tu ne serais jamais venu au monde !

Les reproches non feints du bicolore fit hausser le ton d'Aizawa. Mais le commandant répliqua instantanément, trop calme :

-Ce qui aurait été préférable à bien d'autres choses.

Le sérieux qu'affichait Shoto fit froncer les sourcils de ses camarades qui n'osèrent cependant pas intervenir. Kyoka finit par tourner son regard vers l'une des fenêtres, et déclara d'une voix fatiguée mais catégorique :

-Le soleil est levé depuis un moment maintenant. Nous avons tous des obligations, et je considère qu'il nous faut du temps à tous pour avaler ce que nous venons d'apprendre. Rentrons chez nous, et retrouvons-nous une autre fois, lorsque nos esprits pourront réfléchir correctement.

-Oui, je suis d'accord avec vous Mademoiselle Jiro. Rentrez tous, en attendant, je vais m'occuper de Toya. Natsuo, je te préviens, Fuyumi et Keigo se sont installés dans la maison où j'ai grandi, dans le village où vivent les familles de mes camarades. Je te le révèle par prudence. Je ne sais pas exactement quelle conséquence j'encours en me rendant au palais impé…

Shoto s'effondra sur le sol, inconscient. Katsuki venait d'assommer le commandant et rangea avec indifférence son glaive – qu'il portait toujours avec lui lorsqu'il sortait – et dit avec plus d'assurance que le début :

-Je n'avais pas le choix de l'arrêter. Eijiro, Denki, vous m'aviez parlé d'une petite chambre qui se situe à l'étage. Cela vous dérange d'y laisser Shoto quelque temps, pour qu'il reprenne ses esprits ? Les deux commerçants hochèrent négativement de la tête, toujours surpris par le geste du centurion blond. Pardonnez le All Might, il est en colère. Il a juste besoin de temps pour se faire à toute cette histoire.

Katsuki commença à porter Shoto avec l'aide d'Izuku, alors que Yagi demanda précipitamment :

-Qu'allez-vous faire ?

Les centurions s'arrêtèrent, et le dos tourné à l'ancien gladiateur, Katsuki répondit simplement :

-Le nécessaire.

*…*

Toya se réveilla avec un mal de tête assommant. Il était déjà midi passé lorsqu'il fit venir un domestique pour l'aider à s'orner de sa toge. Il prit ensuite son déjeuner et ignora sans peine les regards des servants qui s'interrogeaient sur sa coupure à la lèvre. L'Héritier grimaçait souvent en ouvrant la bouche, et souriait au souvenir de la poigne de sa future épouse. Mais ce sourire se fanait tout seul lorsqu'il pensait à ce qu'il devait faire à présent : prévenir son père de la nuit dernière. Cependant, cette crainte ne l'empêcha pas de lever la tête et de se diriger vers le bureau où le dirigeant l'autorisa à entrer.

Et son pressentiment s'était avéré juste lorsque sa vue se troubla après qu'Enji l'eut envoyé un coup de poing à l'œil. Sa fureur dépassait largement les anciennes, et étrangement cela le fit sourire.

-De toutes tes lubies, il a fallu que tu en arrives là ! Je t'ai toujours laissé agir à ta guise, mais là tu as dépassé les limites !

L'Héritier se releva, et dit en secouant la tête pour se reprendre :

-Je pensais que c'était ce que vous vouliez, la guerre.

-Je ne voulais pas que Rome en soit la cause ! Les grecs devaient être ceux qui lancent les hostilités ! Mais maintenant regarde dans quelle situation tu nous as mis ! Tu ne pouvais pas attendre ce fichu mariage !

Enji s'était rassis sur son siège comme pour se camoufler derrière son statut. Mais son anxiété se démontrait par son tic nerveux à la jambe. Voyant qu'il ne risquait plus rien, Toya s'assit sur le siège en face de celui de son géniteur. Sur un ton monotone, il expliqua :

-J'ai simplement pris ce qui était à moi. Je commençais à la soupçonner de papillonner ailleurs. J'ai donc pris les devants.

-Imbécile ! De toutes les femmes qu'i Rome, il a fallu que ton sadisme soit porté sur elle.

-Oh père, je vous en prie, ne ramenez pas constamment mon plus grand vice, alors que le vôtre se révèle si clairement dans votre discours. Et c'est certainement votre cupidité qui créera ce conflit tant recherché.

-Fais attention à qui tu t'adresses Toya. L'air menaçant de l'Empereur fit hausser les épaules du roux.

-Quoi qu'il en soit, ne vous en faites pas pour la fille Yaoyorozu, elle tiendra sa langue. Elle est beaucoup trop intelligente, même pour moi.

Enji ricana :

-C'est donc cela ? Tu la savais supérieur à toi sur de nombreux domaines, tu n'as donc pas pu t'empêcher de lui montrer qui était l'alpha.

Tout en se touchant la lèvre, les yeux dans le vide, Toya lâcha :

-J'ai eu un excellent professeur.

Les poings serrés, il demanda :

-Que veux-tu dire ?

-Je n'ai jamais eu honte de l'homme que je suis aujourd'hui. Mais je sais que sans vous, j'aurais été bien différent.

-Et comment aurais-tu pu l'être ?

-Si mère n'avait pas choisi la mort.

Jamais encore Endeavor ne s'était autant retenu. Tout le poussait à se jeter sur son fils et lui faire regretter son insolence. Mais un poids au fond de son cœur le cloua sur son siège.

-Nous… Nous ne pouvons pas laisser cette situation perdurer. Si nous ne faisons rien, Rome finira par être accusée responsable de la tension qui existe déjà. Je ne peux pas le permettre.

-Comment les déstabiliser à ce stade ?

-Je l'ignore.

Dans un soupire, Toya fit mollement :

-Père, je vous pensais plus prévoyant. Honnêtement, je me sens déçu.

-Qu'as-tu préparé ? Ses poings se desserrèrent, et il se redressa, particulièrement intéressé.

-Notre victoire.

Et ce fut avec fierté que Toya quitta le bureau, mais avec toujours ce mal de tête.

-Enfermé ? Vous êtes sûr que c'est la meilleure des solutions ? Natsuo marchait aux côtés d'Izuku et Katsuki.

-L'unique solution. Shoto n'est pas impulsif, mais avec tout ce qui s'est passé il est juste à bout. Il a besoin de temps, répondit le centurion blond.

-Je reste tout de même perplexe en l'imaginant seul dans une pièce enfermée, avec un peu de nourriture et beaucoup, beaucoup de vin.

Izuku déclara alors qu'ils traversaient tous les trois les portes du palais impérial :

-Cela ne sera l'histoire que de quelques jours. Il a besoin de temps. D'ici là, assurons-nous qu'aucune rumeur ne se soit répandue.

Les proches du commandant grec s'étaient rendus au palais pour s'assurer que « l'incident » n'avait pas été divulgué. Kyoka avait pris les choses en main, et avait transmis la volonté de Momo de taire ce qu'il s'était passé. C'est pourquoi, les centurions avaient accompagné Natsuo, dans l'objectif de s'en assurer. Mais à leur grand étonnement, ils virent de loin l'instigateur de toute cette histoire, et c'est en exprimant une colère vive qu'ils lui firent face. Katsuki profita de la distance pour dire doucement :

-Surtout ne réagissez pas, il faut à tout prix éviter d'attirer l'attention. Et je le crois capable d'utiliser n'importe quoi contre nous.

Même de loin, Toya semblait se délecter de leurs regards haineux et demanda tout en connaissant parfaitement la réponse :

-Eh bien, eh bien, quelle tête faites-vous là ?

Agressivement, mais certainement avec la plus grande retenue, Katsuki répliqua :

-C'est plutôt à nous de vous poser la question. Que vous est-il arrivé ? Le blond montra d'un mouvement de tête les ecchymoses sur le visage de l'Héritier.

-Oh cela ? J'ai commis une petite erreur que mon père n'a pas apprécié, le coup est parti tout seul, dit-il en montrant son œil virant peu à peu au violet.

-Et votre lèvre ?

Tel un tic inconscient, Toya toucha sa lèvre inférieure. Il souriait, comme s'il se remémorait un souvenir agréable. Il répondit enfin :

-Disons qu'il arrive à ces Dames d'être capricieuses.

Et sans que personne ne comprenne, Katsuki donna un coup de poing en plein dans le nez parfaitement droit de l'Héritier, qui tomba au sol, en sang.

Une latence s'installa, où chacun essayait de comprendre ce qui venait de se produire. Mais plus calme qu'il y a quelques minutes, Katsuki rétorqua :

-Vous n'avez pas besoin de justifier celui-ci.

Il finit par détacher son regard et poursuivit son chemin, rapidement suivi de son ami et de l'ambassadeur romain.

Toya ne ressentait aucune douleur. Encore une fois, il se releva comme si rien n'était arrivé. Mais contrairement aux autres fois, il eut un frisson de peur en plongeant son regard dans celui du centurion. Son instinct, lui criait que les choses ne se finiraient pas ainsi.