Chapitre 3 : Le chat et la sourie

Avec une arme pointée sur moi, je ne réfléchis même pas et je fais se qu'il me demande.

-Je... ne... ne tirez pas ! Je me rends, je me rends !

-Déposez toutes vos armes sur le sol !

-Mais... je-

-TOUT DE SUITE !

-Je n'ai rien d'autre que mes vêtements ! Je le jure ! Alors ne tirez pas, par pitié !

Je le regarde complètement déboussoler par ce comportement quelque peu extrême. Le soldat en face semble légèrement se calmer, mais ce n'est pas pour autant qu'il a l'air de vouloir changer la direction de son fusil.

-Mettez les mains en l'air et avancer doucement dans ma direction.

J'exécute silencieusement ces ordres et avance vers lui d'une marche lente. Il reste concentré sur moi, toujours son arme dans les mains. J'arrive alors sur la route.

-Stop, arrêtez-vous.

Je m'exécute.

-Maintenant, vous allez passer devant et je vais vous amener jusqu'à la base. Vous serez entendu là-bas pour crime de piraterie !

En prononçant le dernier mot, le soldat se tend d'un seul coup. Refaisant monter la pression d'un cran.

-Allez, pirate ! Passe devant et garde les mains en l'air ! Pas d'entourloupe, sinon je tire ! C'est compris ?!

D'un rapide mouvement, il me donne la direction à prendre avec son arme.

-Marche !

-Ou...oui, pardon !

Je commence à marcher dans la direction indiquée avec les mains en l'air de chaque côté de ma tête. Le Marine se place alors derrière moi, toujours autant précautionneux.

Je sens le bout de son fusil dans mon dos. Non mais sérieux, ce n'est pas possible. Mais quelle galère... on a dû me jeter une malédiction pour que les choses prennent une si mauvaise tournure aussi rapidement. Parce que là, je ne pense pas que je pouvais faire une entrée en scène dans ce monde plus mauvaise.

Je suis quand même sans défense avec un soldat qui a son arme pointée sur moi ! Son truc me donne des frissons partout dans le dos, je n'arrive même pas à décrire mon niveau de trouille actuel.

On marche pendant quelques minutes, seuls les bruits venant de l'océan et de nos pas résonnent dans la rue où nous sommes. Mon cœur bat à un rythme effréné, mes mains sont moites et quelques gouttes de sueurs perlent sur mon visage.

Je pense avec anxiété à se qui risque de m'attendre une fois que le Marine m'aura conduit à notre destination... Dans tous les cas, il y a de fortes chances que, même si je démens le fait d'être pirate, ils vont me punir car, comme ce soldat, ils risquent de ne pas me croire.

Après tout c'est bien le genre de chose qu'un certain nombre de pirates doit dire pour tenter de passer outre la "Justice" de ce monde.

Au bout d'un certain temps de marche, j'entends que l'homme derrière moi semble chercher quelque chose dans ses affaires. Je constate qu'il baisse le canon de son fusil, se qui montre qu'il relâche enfin un peu son attention.

Pulu-pulu-pulu...

-Qu'est-ce qu'il y a, soldat, heeeiiinnn? Pourquoi me déranger-vous, heeeiiinnn?

-Toutes mes excuses de vous déranger Sergent, mais je viens de mettre aux arrêts un individu pour piraterie.

-Pirate... ? Aaahhh... tu dois parler de cet individu qui prenait une douche en pleine nuit, non ? Heeeiiinnn ?

-Oui Sergent.

-Pffrraa ha ha ! Comme si un pirate oserait venir ici alors que le grand MOI est présent ! Allons soldat, si vous recommencez à me déranger pour des âneries, je vous ferais mettre au trou pendant deux semaines ! Je suis avec une... très jolie... jeune femme. Alors tâchez d'en prendre note et ne vous avisez plus de me faire des blagues à l'avenir ! Heeeiiinnn ?!

-Veuillez m'excuser Sergent, mais. . .

Catchac.

-Aaahh je n'y crois pas ! Mais pourquoi il est plus haut gradé que moi ! C'est vraiment injuste !

Le soldat perd son calme et commence à s'agiter, déplaçant le viseur de son arme vers le ciel.

-Il ne manquerait plus que je me prenne une sanction totalement injustifiée !

Il recompose un numéro et retombe de nouveau sur "Monsieur-hein". C'est alors que, bien évidemment, il se fait passer un savon par son supérieur et il commence à totalement m'ignorer.

Je pense que ça va bien m'arranger...

Je m'écarte légèrement sur le côté, me positionnant sur la droite du soldat. Puis, doucement, je ralenti le rythme de mes pas. Assez rapidement, j'arrête de marcher, laissant le soldat continuer sa route seul, juste accompagné des jérémiades d'un supérieur bien colérique.

Aaah, bingo ! Je me suis sortie d'un premier mauvais pas !

Bon, il vaudrait mieux pour moi que je ne perde pas de temps ici, sinon je ne vais pas faire de vieux os !

Sur cette dernière pensée, j'entends alors hurler :

-HEEEIIINNN ?! UNE PIRATE ?! ELLE N'A PAS FROIDS AU YEUX ! COMMENT PEUT-ELLE OSER EXISTER ALORS QUE JE SUIS LA ! Dépêchez-vous... de... et... HEEEIIINNN !

J'ai eu beau tendre l'oreille, je n'ai pas bien entendu se qu'ils disaient. Par contre, je ferais mieux de me trouver une cachette en vitesse !

Un peu paniquée, je me mets alors à courir dans les rues de la ville à la recherche d'une bonne cachette.

Après avoir cherché un moment en vain, je me dirige vers une petite ruelle.

Là, je vois alors des volets entrebâilles. Avec un peu de chance, peut-être même beaucoup, le propriétaire a oublié de fermer la fenêtre.

-Yes !

Je ne perds pas une seconde de plus, car j'entends qu'il commence à y avoir de l'agitation non loin de ma position.

Je rentre alors dans la maison et sans tarder, je referme les volets en prenant soin de laisser la fenêtre ouverte, de manière à pouvoir entendre les mouvements à l'extérieur.

J'entends une personne se déplacer en courant et s'arrêter juste à côté de moi, seul le mur nous sépare.

Je place ma main sur ma bouche pour me forcer à rester silencieuse, seul les battements de mon cœur tambourinent bruyamment à mes oreilles.

L'homme semble rester statique, comme s'il cherchait quelque chose du regard.

Je ne bouge pas...

-Non, il n'y a personne ici, j'ai dû me tromper... Bon sang, mais où est-elle passée ?!

-Pulu pulu...

-Alors, vous l'avez retrouvé hein ?

-Non, Monsieur.

-Mais elle n'a pas pu disparaitre tout de même ! Je vais envoyer d'autres soldats vous aider. Il faut absolument la trouver ! Même s'il faut y passer la nuit ! Heeeiiinnn ?!

-Oui, Monsieur !

Catchac

Aussi rapidement qu'il était arrivé, l'homme repart.

Je laisse un soupir m'échapper et je m'allonge à même le sol, juste au pied de la fenêtre.

Malgré toute l'émotion ressentie, je ne mets pas si longtemps que ça à m'endormir. Certainement à cause de l'épuisement.

Le lendemain matin, je suis réveillée par un rayon matinal qui traverse les volets de la petite cuisine où je me trouve.

Dehors, ça a l'air assez calme mais mon petit doigt me dit qu'il ne vaut mieux pas que je me fie à cette impression. Ça m'étonnerait qu'ils m'aient oublié dans la nuit, ou alors ils ont une mémoire digne d'un poisson rouge.

Bon, autant profiter de la pièce où je suis pour manger un peu. Après tout, je meurs de faim, je n'ai rien mangé hier et la journée a été riche en émotion et surtout très longue. Je n'aime pas trop l'idée de me servir chez ces gens, mais après tout, ils n'avaient qu'à pas laisser la fenêtre de leur cuisine ouverte. Franchement, ils auraient pu mettre un panneau juste devant avec marquer dessus : " Venez et servez-vous ! " ça serai revenu au même. Ou presque.

Sur cette pensée, je profite donc de l'absence de mes hôtes pour prendre un bon petit déjeuné bien garni : Une tasse de lait, un verre de jus de fruit et de la brioche. J'ai dévoré la brioche, mais j'ai tout de même fait attention à en laisser un peu...

Après m'être bien remplis l'estomac, il faut que je réfléchisse à se que je dois prendre comme décision. Si je sors, il y a des chances que je croise un soldat. Et franchement, je n'en ai pas envie même si ça m'a l'air plutôt calme dehors.

Si je reste ici, je prends le risque de me faire peut-être agressée par les habitants de cette maison qui risque de paniquer en me voyant. Et puisqu'il y a des armureries dans cette ville, rien ne m'assure que ces gens n'ont pas une ou des armes cachées chez eux.

Je n'ai pas vraiment envie de me retrouver encore une fois avec une arme pointe sur moi. Rien que l'expérience d'hier m'a laissé un très mauvais goût, alors je ne pense pas du tout avoir envie de la réitérer.

Je vais donc opter pour la seconde possibilité, c'est à dire : sortir de cette cachette. En plus, je n'entends pas de bruit inquiétant.

Doucement, j'ouvre les volets et les mets en espagnolette. J'en profite pour regarder discrètement à travers l'interstice entre les volets et le mur.

Droite : pas de Marine en vue, OK.

Gauche : pas de Marine en vue, OK.

Je continue sur ma lancée et ouvre en grand les volets.

En fasse : pas de...

...

NAAaannn !

Non mais et puis zut, pourquoi je n'ai pas commencé par-là ?! Cylia imbécile !

-Ici ! Je vois une personne qui correspond à la description de l'individu recherchée ! Madame vous êtes en état d'arrestation ! Rendez-vous !

-Non mais et puis quoi encore ?!

À cause d'hier, je n'aime plus les Marines ! Alors en bonne adolescente, je lui tire la langue, saute par la fenêtre et pars en courant sans demander mon reste.

Bien sur, les soldats se mettent tout de suite à me courir après, malgré le fait qu'il leur faut un court temps de réaction pour se mettre à ma poursuite.

Je ne pensais pas qu'être une bonne marathonienne me servirait un jour. Il faut croire que les séances de course à pied que je m'obligeais tout les matins vont bien me rendre service aujourd'hui...

Non, parce que franchement, l'idée de courir pour tenter d'échapper à des soldats dans une ville qui de plus est une île, je pense que ça risque d'être hard pour ne pas me faire attraper. Mais je n'ai pas franchement envie de finir sur un navire de la Marine comme prisonnière.

Du coup, je cours avec pour le moment quelques soldats derrière-moi.

Bien que l'on soit le matin, il y a déjà du mouvement dans la ville. Mais je n'ai pas vraiment le temps de regarder calmement les gens, ni se qu'ils font, puisque j'ai des Marines qui n'arrêtent pas de me crier :

-AU NOM DE LA LOI, ARRÊTEZ-VOUS !

Pour arriver à tenir une distance pas trop mauvaise, je préfère me diriger vers des rues plus petites. J'espère de cette manière arriver à les distancer un petit peu.

-Mademoiselle, arrêtez-vous ! C'est un ordre !

Ils commencent à m'énerver avec leurs ordres...

-NAN ! Faites-vous cuire un œuf !

Notre course-poursuite fait beaucoup de remous, les soldats derrières moi hurlent, les objets sur notre chemin sont renversés. On est en train de réveiller prématurément ceux qui dormaient encore en ce début de journée.

Après un bon moment de cavale, je suis complètement à bout de souffle. J'ai beau avoir une très bonne endurance, je ne suis pas surhumaine. Je m'arrête et me retourne précipitamment. Je m'aperçois qu'il n'y a plus de Marine derrière moi.

J'en profite donc pour m'affaler par terre dos au mur, toujours à l'ombre d'une petite ruelle. Grâce à cette pause de quelques minutes, j'arrive à reprendre mon souffle et me calmer un peu par la même occasion.

Je n'ai pas envie de bouger, mais je commence à entendre du bruit venant de la droite de ma position. Il vaut mieux que je parte. C'est donc sans perdre de temps que je me lève et me dirige vers ma gauche.

Je cours pour ne pas perdre de temps et essayer de prendre un peu de distance avec mes poursuivants. Toutefois, au détour d'un carrefour, je tombe sur un autre groupe de Marine. En me voyant, ils s'arrêtent de parler. Un échange de regard s'ensuit.

Je leur fais un sourire, peut-être ne m'ont-ils pas reconnue...

-La criminelle est ici ! ATTRAPEZ-LA !

Quoi ?! Criminelle ?

Ils... ils sortent leurs armes !

-Aaaahh !

Je repars en avant sans perdre une seconde de plus.

Et c'est comme ça pratiquement toute la matinée, quand j'arrive enfin à les semer, un autre groupe me repère au travers d'un carrefour seulement quelques minutes après.

À midi, je me retrouve vraiment à bout de souffle et avec un nombre impressionnant de Marines à mes trousses. Franchement, ils ne doivent pas manquer de personnel pour envoyer autant de monde contre une petite chose comme moi !

Il faut vraiment que je trouve une solution, sinon ils vont forcément finir par m'attraper.

Je commence alors à me diriger vers les rues les plus animées de la ville. Il doit bien être midi ou aux environs et je compte miser sur les étalages des commerçants et les civiles présents pour m'aider à ralentir mes poursuivants.

D'autant plus que la stratégie des petites ruelles fonctionnait bien quand ils étaient peu nombreux, à présent ça se retourne de plus en plus contre moi. Aussitôt dit, aussitôt fait. Je suis à présent dans un des axes principaux de la ville et je me fraye un chemin au travers la foule tout en renversant des petits étalages, un peu à contre cœur toutefois, pour essayer de retenir le groupe impressionnant de Marine.

Quelques Marines maladroits chutent après avoir trébuché sur les articles des étalages étendus sur le sol ou encore à cause d'un civil mal placé. Et les premiers font tomber ceux de derrière et ainsi de suite.

Ça marche super bien ! Beaucoup mieux que je n'aurais pu l'espérer ! Et le résultat se fait bien voir : il ne reste plus qu'un petit groupe derrière moi : Les irréductibles Gaul- Marines !

Au même moment, non loin de la source de l'agitation qu'il y a en ville, dans une taverne à l'allure rustique, un groupe de pirate bois en l'hommage de l'ancien Roi des Océans Gol D Roger. Le groupe relève la grande agitation qu'il y a en ville et cela fait sourciller l'un des hommes qui est adossé au bar. Il a une cape noire et une chemise blanche entrouverte qui laisse apparaître une musculature impressionnante. Un seul bras est visible et celui-ci sert à tenir une chope de bois à l'ancienne.

Il regarde vers l'extérieur se demandant d'où vient toute l'agitation à l'extérieur. N'y a-t-il même plus moyen pour un pirate de boire tranquillement dans les eaux d'East Blue ?

Il se lève sous les regards scrutateurs des autres hommes qui s'arrêtent de boire. Il sort du bar et se poste juste à l'entrée de celui-ci.

Quelle n'est pas sa surprise lorsqu'un Marine lui rentre dedans et se retourne en s'excusant brièvement et repart avec autant de précipitation.

Il a été ignoré ! Lui ! Ignoré !

Son regard choqué fait rire aux éclats les autres pirates qui ont vu la scène depuis leur place.

Il sourit et suis du regard le Marine qui s'arrête au côté d'un autre groupe de soldat non loin de lui.

L'un d'entre eux, avec une cape sur le dos déclare à voix haute :

-Ils ont demandé des renforts ! Ils n'arrivent pas à interpeller le criminel ! Il se serait montré très violent ! Restez sur vos gardes !

-Oui, Lieutenant !"

Toujours silencieux, l'homme à la cape noir semble réfléchir. Un autre pirate, un cigare à la bouche lui demande alors :

-On fait quoi Capitaine ?

-Hum... Inutile de rester là plus longtemps. Ils font trop de bruit, je n'arrive même pas à profiter de l'alcool ! On s'en va !

Le groupe de pirate sort alors de la taverne et se dirige vers leur navire, caché un peu plus loin.

Un des Marine présent sur les lieux se retourne et les observe, il commence alors à faire de gros yeux effrayés par le groupe qu'il vient de voir passer.

-Akagami no Shanks !

À suivre…