Voilà le troisième chapitre.

Disclaimer : le Seigneur des Anneaux ne m'appartient pas.

Bonne lecture.


Italique : Elfique

Normal : Westron

Gras : Langage noir


Chapitre 3

Les préparations du bal durèrent une journée entière, cela permit à Elwen d'avoir une journée de répit. Toutes ses poursuites l'avaient épuisée et elle avait failli se faire prendre comme une débutante. Sa technique pour échapper à ses poursuivants était toujours la même : passer par au dessus. Personne ne pensait à surveiller ses « dessus » !

Voler les pains et la couverture avait été simple mais son bras la faisait à présent horriblement souffrir. Elle était en cet instant dehors, dans les jardins, cachée au sommet d'un arbre. Elle descendit prudemment et marcha silencieusement vers une fenêtre entrouverte. Elle s'y glissa et découvrit une table chargée de vivres. Elle saisit deux pommes et un pain. Au moment où elle allait se servir un verre d'eau, Elwen sentit une présence derrière la porte. Elle eut juste le temps de se cacher sous l'épaisse nappe de la table que déjà trois jeunes elfes entraient, bavardant tranquillement.

Si ce que Manthan disait était vrai, ils parviendraient à la trouver rapidement.

En faisant le moins de bruit possible, elle bloqua sa respiration et commença lentement à glisser vers la fenêtre. À peine eut elle fait un mouvement qu'un lourd silence s'abattit sur la salle. Elwen s'arrêta net et analysa le plus calmement la situation. D 'après leur précédente conversation, ils étaient près du buffet, seules quelques tables les séparaient.

Alors le plus silencieusement possible, elle continua sa progression. Lorsqu'elle sortit de sous la nappe elle tomba nez à nez avec le groupe d'elfes qui eu aussi peur qu'elle. L 'elfe dont elle avait emprunté la chambre se trouvait parmi eux. Celle ci poussa un cri strident et plaqua ses mains sur son visage.

- « Mais sait-elle faire autre chose que me marteler les tympans chaque fois que je la croise ! » Cria l'elleth rousse.

Elle eut juste le temps de se baisser qu'un poing fusait vers elle pour venir s'écraser sur la table derrière elle. L 'elfe qui avait tenté de la frapper n'était autre que le blond des jardins.

Elle eut moins de chance la deuxième fois. À peine s'était elle relevée qu'une gifle fonçait vers sa joue. Elle la reçut à pleine puissance et, sous l'impact, trébucha sur le carrelage. Elwen jeta un regard rageur à son assaillant qui se rapprochait à nouveau d'elle. Derrière lui, l'elfe blond faisait de même. Elle se releva avec rapidité et couru vers la fenêtre en attrapant au passage les petits pains et les fruits. Les deux elfes la poursuivirent, envieux de faire leurs preuves devant leur amie.

Une racine la fit trébucher et elle se retrouva en très mauvaise posture face à ses poursuivants qui n'étaient plus qu'à quelques enjambées d'elle. Regardant rapidement autour d'elle, Elwen s'élança vers une immense pin qui parsemaient le somptueux jardin elfique.

Les cris stridents de la jeune femme elfe eurent bien vite fait de rameter les gardes mais on ne voyait déjà plus qu'une petite silhouette de flamme dansant parmi les fines feuilles des arbres.

La nuit était à présent illuminée par des milliers de délicates lanternes. La fête avait commencé depuis quelques heures et de nombreux rires résonnaient dans la petite clairière où se dressait la salle couverte qui abritait le bal. La musique était légère et les mets recherchés. Un grand nombre d'elfes tourbillonnaient parmi les convives. Le parquet ciré luisait sous la lumière et la famille royale venait de faire son entrée.

Pourtant, au-delà de la grande salle, les gardes s'agitaient. Elle venait d'être repérée à nouveau et une course effrénée s'était lancée entre eux et elle. Elwen sautait de branche en branche, volant parmi les arbres, sous la voûte étoilée. Elle savait qu'elle ne tiendrait pas longtemps : malgré sa rapidité de guérison, son bras la faisait toujours atrocement souffrir, un élancement de douleur venait la frapper à chaque mouvement. Enfin, elle aperçut les lumières qui perçaient à travers les grandes vitres. Dans un dernier bond elle atteint l'une d'elle. Les gardes ne la trouveraient jamais ici.

Tout en reprenant son souffle, elle laissa son regard glisser vers l'intérieur. Là, sous la lueur des lanternes, des centaines d'êtres bien habillés, propres et naturellement beaux semblaient voler au dessus du plancher. Elwen sortit de sa poche le dernier petit pain aux herbes et mordit dedans sans réel appétit.

Elle observa encore longtemps ces jeunes et belles elfes tournoyant dans leur plus splendide toilette. Elles respiraient la jeunesse et le bonheur.

Elwen vit le jeune elfe qui l'avait frappé plus tôt dans la journée accompagné de l'autre elfe blond. Ils discutaient tranquillement alors qu'une troupe de magnifiques jeunes elfes arrivait vers eux. Peut être par galanterie, peut être par envie, ils en invitèrent deux à danser sous la lente musique. Ils formaient deux couples on ne peut plus ravissants.

Et, comme pour lui rappeler la triste réalité, son regard vint se poser sur le reflet de la vitre. Celle ci lui renvoya l'image d'une pauvre jeune fille en haillons, le visage couvert de terre et un bras ensanglanté. Ses cheveux qui volaient librement dans le vent étaient en réalité crasseux et sales.

Ce reflet était réalité, elle : une voleuse, rien d'autre qu'une voleuse. Sans foi ni loi …

Son regard fit des allers-retours entre les elfes, majestueux et irréels, et son image imprimée sur les carreaux . Et puis, elle ne put retenir plus longtemps ses larmes, elle tenta d'ériger une ultime cloison contre les pleurs mais cela faisait trop longtemps, bien trop longtemps qu'elle tenait cette barrière entre elle et eux.

Les larmes emportèrent avec elles la tristesse accumulée par les adieux, les trop nombreuses chutes et la pression des dernières années. Ce furent plus que des simples pleurs, ce furent des vannes à présent ouvertes, déversant leurs malheurs, leurs misères et leurs douleurs. Elwen sanglotait, la tête sur les genoux, les bras entourant ses jambes, perchée sur le rebord de la fenêtre. Elle essayait de se persuader qu'elle pouvait changer, corriger ses erreurs passées. Mais au fond d'elle, elle savait qu'on ne pouvait changer ce qui avait été fait, ce qu'elle était.

Enfin, au bout de quelques minutes, elle se ressaisit et eut juste le temps de sécher ses larmes qu'un bras l'attrapait pour la faire chuter au sol. Elle cria de surprise et entendit des acclamations dans la salle. Lorsqu' elle releva la tête, elle vit un garde penché sur elle, un sourire menaçant sur le visage. Il susurra entre ses dents un :

- « Tu nous as bien fait courir, hein ? Tu vas le regretter, oh oui, tu vas le regretter ! »

Puis il abattit son poing avec toute sa violence sur le petit corps à ses pieds. Elwen gémit de souffrance et tenta vainement de se protéger de ses bras avant de recevoir un nouveau coup. Elle reçut un coup de pied dans la lèvre qui se mit à saigner abondamment mais le soldat semblait animé par une rage folle et ne s'arrêta pas.

Les coups pleuvaient et toute sensation n'était que douleur qui la traversait de toute part. Elle se mit alors à gémir sous l'intensité des coups, espérant stopper le garde. Enfin elle le sentit s'éloigner brusquement. Un autre garde semblait avoir retenu son compagnon et à présent il murmurait :

- « Laisse la, elle a eu son compte. Maintenant amène la devant le Roi, il te félicitera … »

- « Laisse moi ! » rugit il. « Laisse moi lui faire voir ce qu'il en coûte de s'introduire dans la demeure de sa Majesté ! »

Enfin, après quelques instants Elwen sentit que les deux hommes se calmaient. L' un d'eux la souleva du sol pour lui lier les mains avec une corde rugueuse. Tous deux commencèrent à partir et elle cru qu'ils la laissaient ici jusqu'à ce qu'elle ne sente les liens tirer sur ses poignets.

- « Aller, avance ! »

Elle suivit le mouvement la tête basse, ses cheveux formant comme un rideaux autour de son visage. À chaque pas, la douleur fusait dans ses membres et lui tiraillait la peau. Elle entendit des chuchotis sur son passage, des insultes mais cela elle y était habituée …

Pourtant elle ne put s'empêcher de ressentir une étrange honte, celle qui lui montrait à quel point elle était misérable au milieu de ces êtres parfaits.

Alors qu'elle relevait la tête, son regard se posa sur le petit groupe d'elfes qui dansait i peine une demi heure sous ses yeux remplis d'envie. Leur visage était marqué par le dégoût et la peur. Une des elfe était accrochée au bras de l'un d'eux. Aucuns ne la lâchaient des yeux, la suivant de leur regard bleuté, typique de ce royaume, tout en la jugeant sans aucune pitié.

Elle baissa la tête et sentit les cordages tirer plus fortement sur ses poignets déjà à vifs. Le garde qui se trouvait derrière elle la frappa une nouvelle fois, la faisant trébucher. Ses sens étaient confus si bien qu'elle chuta et s'écrasa sur le sol de marbre blanc. Un coup fusa en direction de sa joue qui bleuie aussitôt après. Elwen se releva avec difficulté en gémissant. Elle se sentit traînée vers une direction inconnue. Enfin, le convoi s'arrêta et on la fit s'agenouiller devant une silhouette dont elle ne pouvait que discerner les contours flous.

- « Elle est mal en point, que lui est il arrivé ? »

- « Elle a chuté d'un arbre, Mon Seigneur. »

À sa voix on sentait qu'il mentait. Elwen leva le regard et se rendit compte que la foule avait disparue. À la place, le Roi et sa femme se tenait devant elle. Ils la regardaient d'un air impérieux, si supérieur qu'elle se sentit encore plus misérable. Ses habits déchirés et couverts de boue semblèrent peser plus lourd et le sang qui s' écoulait de sa lèvre luisait devant ses yeux.

Elle sentait leurs regards, si pesants, si lourds sur elle. Elle entendit quelqu'un arriver précipitamment et sut que c'était leur fils. Cet elfe si présomptueux que d'un coup d'œil il semblait vous juger. Il semblait avoir le même âge qu'elle, pourtant cet âge sonnait faux, Mistrid lui avait appris qu'un elfe grandissait plus lentement, beaucoup plus lentement qu'un humain.

Un silence pesant s'était installé dans la pièce si bien qu'elle leva la tête afin de voir si ils étaient partis. Presque aussitôt elle sentit un violent coup à l'arrière de son cou.

- « Baisse le regard en présence de leurs Majestés ! »

Elwen gémit et se recroquevilla sur elle même. Enfin, après quelques minutes, le Roi annonça sa sentence :

- « Quelques années au cachot le plus profond lui feront le plus grand bien … »

Elle se releva vivement, un air horrifié sur le visage.

- « Vous … vous ne pouvez pas faire ça ! Vous n'avez pas le droit ! Je dois partir ! Je dois aller … »

- « J'ai tous les droits ici … » Il prit soudain un air intéressé.« Mais d'ailleurs, pourrais je connaître la raison de votre passage à Vert Bois Le Grand ? »

- « Je me rends au-delà des Monts de Fer. »

- « Que fuyez vous … » Lui demanda lentement le Roi après un court silence.

Elwen put lire non pas de la colère mais de la curiosité. Comme elle ne répondait toujours pas, le ton monta et le Roi répéta sa question avec plus de force :

- « Que fuyez vous ! »

- « Je ne fuis rien … »

La colère commençait désormais à se voir sur le beau visage si parfait du monarque, mais sa beauté était froide, glaçante, tout sauf chaleureuse …

- « Que ferait une jeune fille de votre âge seule sur les routes si ce n'est fuir ? »

Il martelait chaque mot avec force et s'approchait lentement.

- « Que fuyez vous à la fin ! »

Peut être était il le souverain de son peuple, le souverain de ce royaume, mais il n'était pas le sien, il ne pouvait lui ordonné quelque chose la concernant directement. Il était rouge de colère et sa bouche se tordait en une affreuse grimace. Dire qu'elle n'avait pas peur en cet instant serait mentir.

D' un geste de la main il repoussa sa femme qui allait poser une main sur son épaule et congédia celle ci et son fils. Ils n'étaient plus que trois dans la grande salle du trône.

Il l'observa encore un instant puis d'une voix glaciale, sans cesser de la fixer il murmura :

- « Emmenez la aux cachots. »

On lui avait tatoué le blason de Vert bois sur l'épaule avant de la conduire dans une cellule glaciale.

La brûlure à son épaule avait longtemps demeurée douloureuse mais à présent, la seul trace qui restait de cet épisode était une mince feuille cerclée avec une minuscule étoile en dessous. Elle aurait pu trouver le motif beau, avec tous ces minutieux détails et ses belles arabesques, si la colère ne lui montait pas à la tête chaque fois qu'elle le voyait, encré dans sa chair.

On lui avait laissé un petit bol de soupe et un quignon de pain. Mais ce n'était ni des rats, ni de l'obscurité dont elle avait peur, c'était de l'oubli. Cela faisait déjà un mois qu'elle était là, du moins c' était ce qu'elle avait calculé, et elle n'avait toujours vu personne. Le pain et la soupe était toujours là lorsqu'elle s'éveillait.

Elwen attendait le jour où on oublierai de la nourrir, le jour où tous l'auraient oublié. Et elle, elle serait là, dans sa petite cellule, seule dans le noir des sous-sols. Elle aurait bien tenté d'amadouer ses gardiens mais seulement il n'y en avait aucun.

Le Roi était venu et à nouveau il lui avait posé LA question. Elle n'avait tout d'abord rien répondu, avec colère, il l'avait empoigné par l'épaule, dévoilant la marque au grand jour et il avait poursuivit avec insistance :

- « Pour la dernière fois que fuyez vous ? »

- « Un passé que je préférais oublier … »

Elle avait parlé dans un souffle mais elle était sûr qu'il l'avait entendue. Mistrid le lui avait dis.

- « Et de quoi est peuplé ce passé ? »

- « De mensonges et tromperies. »

Le Roi avait prit un air choqué, sûrement pensait il qu'un être aussi pur qu'un elfe ne pouvait être mêlé à cela, à cette sauvagerie qui était censée être destinée aux Hommes.

Durant trois ans, Elwen resta enfermée dans le même cachot, mangeant chaque jour la même bouillie, buvant dans le même bol.

Cela faisait si longtemps qu'elle n 'avait pas sentit le soleil sur sa peau, ou encore le vent dans ses cheveux qu'elle avait l'impression qu'elle allait aussi les oublier. Elle avait peur que sa vie reste à jamais cette minuscule cellule humide et sombre.

Depuis le début de l'année nouvelle, elle avait lentement gratté les contours des gonds de la porte, ainsi elle pourrait espérer la défoncer. Elle avait bien essayait de le faire mais cela s'était révélé impossible, le bois elfique était aussi dur que de la pierre. Les jours qui suivirent elle s'attela à la tâche avec une nouvelle ardeur. Elle devait faire une chose qu'elle aurait dû faire depuis bien longtemps : s'évader.

Elle mit plus d'un mois à extraire les gonds de la porte de la pierre. Quand elle sentit que la porte était suffisamment affaiblie, elle prit son élan et percuta en plein fouet la porte qui émit un gémissement. Recommençant, elle sentit les dernières barrières de sa prison céder une à une. D' un coup d'épaule rageur, la porte s'ouvrit enfin. Ce fut comme si l'air parvenait enfin à ses poumons après des années passées sous l'eau. Sans pouvoir s'en empêcher, Elwen se mit à courir aussi vite qu'elle le pouvait. Elle monta les innombrables escaliers et perçut la lumière de la lune par une lucarne. Il faisait nuit …

Les elfes devaient dormir dans leur quartiers. Elle grimpa à une fenêtre et laissa le vent faire onduler ses cheveux crasseux. Enfin, elle sauta à terre et s'allongea contre l'herbe couverte de rosée, des larmes de soulagement et de bonheur coulant sur ses joues. Elle gratta la terre de ses doigts, laissa une fine pluie tomber sur son corps et fixa son regard sur le ciel. Elle se sentait revivre …


Elwen se réveilla à nouveau. Elle s'assit silencieusement et se leva pour aller s'accroupir sur un rocher, près de la rivière. Elle ferma les yeux en pensant à ces trois ans gâchés. Quelques heures après son évasion, les gardes l'avaient rattrapée et conduit au Roi. Elle pouvait encore se souvenir de son regard froid et implacable. Et sans aucun remord il avait proclamé la sentence, sa femme à ses pieds le suppliant encore une fois d'être plus clément.

Devant toute la cour, elle avait été fouetté, humiliée et à nouveau jetée en prison. Elle aurait pu en pleurer de rage si sa haine n'avait pas été aussi grande. Les gardes lui avaient tatoué une seconde étoile, témoignant de son évasion. Elle apprit qu'elle en aurait une troisième quand elle serait libérée.

Elle ne l'avait jamais eu. Sa seconde évasion avait réussi.

Elle regarda pendant des heures l'eau s'écouler, repensant à cette enfance gâchée. Les rêves étaient toujours très flous au réveil, seul les sensations restaient. Les visages, les lieux, tout était voilé. Elle se prit la tête entre les mains et soupira.

Le passé était le passé. Même si on le voulait plus que tout, rien ne pourrait jamais le changer.

Elwen l'avait l'appris un nombre incalculable de fois.

Cela faisait bien longtemps qu'elle ne pleurait plus mais elle eu soudain l'envie incroyable de fondre en larmes. Elle se leva silencieusement et alla se passer de l'eau sur le visage. Son souffle tremblant s'échappa d'entre ses lèvres.

Elwen se gifla avec force murmurant pour elle même :

- « Tu vas pas pleurer … Hein ! T'as pas le droit ! Tu t'étais promis de toujours garder la face ! De porter un sourire même quand tu as l'impression de mourir à l'intérieur … »

Elwen savait ce qu'elle devait faire. Elle l'avait toujours su. Mais elle ne savait si elle aurait la force de le faire éternellement. Car si les elfes étaient immortels, cela signifiait pour elle avoir pour l'éternité ce poids au fond d'elle même.

Quand elle était plus jeune, Elwen avait souhaité avoir quelqu'un pour elle. Quelqu'un qui la comprenne, la console et juste, la prenne dans ses bras pour lui dire que ça allait s'arranger. Elle avait trouvé cette personne, il y a longtemps. C'est comme ça qu'elle avait appris que, ironiquement, la personne qui vous aime le plus et aussi celle qui à le pouvoir de vous achever.

Il avait été sa plus belle mais aussi triste histoire à raconter.

Tout ce qu'elle savait c'était que, par moment, tout roule, la vie est belle, l'avenir vous sourit, et qu'en l'espace d'une seconde, le monde bascule. Le sol semblait se dérober sous vos pieds et alors soit on apprenait à voler ou alors on se laisser juste tomber. Mais Elwen, elle, faisait ce qu'elle avait toujours sut faire, elle fuyait.

Elle pouvait le revoir, souriant, aimant et attentionné.

À cet instant, elle voulait juste le faire revenir de là où il était allé sans jamais revenir. Elle voulait le serrer une dernière fois dans ses bras, lui dire combien il comptait pour elle, entendre à nouveau sa voix. Juste pour pouvoir avoir la chance de lui dire au revoir. Une autre chance.

Il avait été le seul à lui apprendre. Apprendre que, dans le monde, il n'y a pas d'un coté le bien et de l'autre le mal. Qu'il n'y a pas méchants et gentils. Que chacun avait un peu des deux cotés en lui.

Mais surtout, il avait été le premier à ne pas la juger. Il disait que personne ne le devrait sans connaître ce que la personne avait vécu. Il avait accepté son passé. Il lui avait donné de l'espoir pour son avenir sans savoir s'il en ferait partie. Mais surtout, il l'avait suivie là où personne ne l'avait jamais voulu.

Il avait été la main qui vous aide à vous relever. Celui qui vous fait sourire même quand cela ne va pas. Celui qui essuyait les larmes et qui l'aidait à surmonter les épreuves. Il avait été sa raison de vivre, de survivre.

Mais comme toute personne croisant sa route, il était mort. Et c'était de sa faute.

Elwen se souvenait de son corps étalé dans le sable, une rivière écarlate coulant à ses cotés. Les dunes qu'il avait toujours aimées l'entouraient pour ses derniers instants. Elle se revoyait courir vers lui en hurlant, son épée brandie vers les Mercenaires qui étaient, depuis aussi longtemps qu'elle puisse s'en souvenir, à ses trousses.

Elle l'avait vu tomber au ralenti, le sable se soulevant sous lui, virevoltant autour de son crâne. Elle se souvenait l'avoir trouvé même beau dans la mort, son visage éternellement figé dans une jeunesse morbide.

Cela avait été tellement dur … De rester alors qu'elle aurait voulu partir. De rire alors qu'elle n'avait envie que de pleurer. Mais surtout de faire une croix sur la personne qu'elle avait tant aimée. Elle avait appris que l'on mesure la magie d'une présence à ce qui disparaît avec elle.

Ce jour là, elle avait compris qu'il était tout son monde. Mais aussi qu'il l'aimait à en mourir. Elle s'était promis de ne jamais prononcer son nom, de ne jamais en parler. Comme pour garder son souvenir enfermé au fond d'elle même. Prisonnier mais intact.

Il n'avait pas été le dernier à mourir par sa faute. Tant d'autres avaient suivi. Mais sa simple mort sur la conscience avait suffit à lui ouvrir les yeux, peut être pas vers le bon chemin …

Durant des années, elle avait poursuivit ces monstres. Les tuant systématiquement, qu'il soit guerrier, femme ou enfant. Leur peuple devait payer pour avoir tuer son amour. Elwen était devenue une bête sans coeur ni pitié, n'ayant à l'esprit que ce fils des Hommes qui l'avait rendu si heureuse.

Il avait les yeux bleu.

Bleu comme la mer, bleu comme le ciel étoilé. Il avait été celui qui lui avait ouvert le coeur mais aussi celui qui lui avait brisé, déchiqueté, écrasé, accablé d'une douleur sourde. Une douleur qu'elle connaissait bien, le manque, la culpabilité, le désespoir.

Elle avait passé dix ans de plus dans le désert du Nord, dans le Forodwaith, pourchassant le peuple de mercenaires. Jusqu'à ce qu'elle soit rappeler par Elenwë. Elle ne voulait même pas se souvenir de la suite. Elle avait enfin commencé à guérir quand quelque chose d'horrible était arriver.

Les mercenaires l'avaient suivie.


Elwen était plongée dans ses souvenirs quand l'elfe blond vint s'asseoir à coté d'elle sur le rocher. Ils ne parlèrent pas tout de suite, contemplant les étoiles et les plaines désertes. Le vent se leva doucement, faisant bruisser les arbres autour d'eux.

- « Tu vas sûrement trouver cela étrange, mais j'ai l'impression de t'avoir déjà vue quelque part ... »

Elwen se figea à ses paroles. Legolas l'avait il reconnue ? Elle aussi avait ce curieux sentiment de déjà vu sans savoir son origine. Elle était à présent sûre de l'avoir déjà rencontré.

- « Cela m'étonnerait … Je ne suis pas de la région de Mirkwood et je l'évite depuis très longtemps » murmura t-elle prudemment.

- « Pourquoi l'éviter ? Mirkwood n'est pas très sûr mais c'est sûrement la plus belle forêt elfique de toute la Terre du Milieu. »

- « J'ai … J'ai perdu un être très cher alors que je me rendais là bas. Alors … Je ne sais pas. Je n'ai jamais eu envie d'y retourner. » Souffla t-elle

Elwen ne mentait. Elle omettait juste de dire une partie de la vérité, elle cachait l'aspect le plus délicat de la situation dans laquelle elle s'était retrouvée. Après tout, si cet elfe était depuis toujours dans l'armée, il avait sûrement eu vent de cette histoire …

- « Raconte moi. » demanda t-elle au bout d'un instant.

- « Quoi ? »

- « Je sais pas … Mirkwood, toi ... »

- « Oh … Je vis depuis toujours là bas. Autrefois on l'appelait Vert-Bois-le-Grand mais à présent ce n'est plus qu'un royaume déchu … Les arbres se meurent, les fleurs ne s'épanouissent plus et les oiseaux ne chantent plus. Ma sœur en est tombée gravement malade il y a une vingtaine d'années. »

- « Tu as une sœur ! » Dit Elwen en se redressant sur ses coudes

- « Oui, de cinq cents ans ma cadette. Elle s'appelle Aldawen {Fille des arbres}.

- « Elle porte bien son nom … »

- « Chaque elfe porte son nom bien car il lui est propre. » Murmura Legolas avec un petit sourire qui se figea quand il vit l'expression de Elwen.

- « Dois je vraiment te rappeler la signification du prénom que m'a donné mon aimable géniteur ? Ilestelwen, fille sans espoir … »

- « Ce n'est pas ce que je voulais dire, je m'excuse de ma maladresse, vraiment … »

Elwen lui fit un petit sourire réconfortant avant de poursuivre.

- « C'est pas grave. On apprend à vivre avec, c'est juste un peu dur de penser à quel point cet homme qui était mon père a pu me haïr … » Elle vit son regard interrogateur dans le coin de son œil et lui sourit. « Ma mère est morte en me mettant au monde … et j'en suis responsable d'après lui. »

- « Aucun enfant n'est responsable de sa venue au monde … Ne crois pas ce qu'il t'a dit. » Murmura t-il le regard fixé sur l'horizon.

Elwen ne répondit pas, fixant elle aussi les plaines noires et givrées.

Ce qu'elle ne lui disait pas c'était que sa mère aurait survécu si son corps n'avait pas été lacéré par le même peuple qu'elle avait plus tard pourchassé dans le désert. Le peuple de son père.

Elle ne lui disait pas que sa naissance était entourée de sombres rumeurs.

Ils parlèrent jusqu'à tard, de tout et de rien, du temps et de leurs amis endormis. Elwen était très curieuse mais elle tenta de garder des limites, ne voulant pas harceler leur visiteur. Elle était à la fois soulagée et alarmée de cet elfe. Il était sympathique mais le simple fait de ressentir une sorte de déjà-vu en étant près de lui, lui procurait comme une sorte d'avertissement, un rappel à l'ordre.

Elle ne pouvait s'empêcher de voir en lui tellement de personnes, cherchant à laquelle il correspondait.

Mais ses yeux bleu ne lui rappelait qu'une seule et même personne.


Ça serait vraiment sympa de me donner votre avis …

(Vous avez été plus de 350 à lire le dernier chapitre mais … aucun review, zéro, rien.

Autant vous dire que je commence à perdre espoir moi aussi.)