Voici le sixième chapitre. J'ai reçu une très longue review qui m'a beaucoup aidée et qui m'a permie de me poser des questions auxquelles je n'avais pas pensées ou à me montrer que certains points n'étaient pas suffisamment explicites. (Que cette histoire se passe bien avant SdA par exemple ;) Bref tout ça pour vous dire que ces reviews me servent beaucoup ! Donc n'hésitez pas !
Voilà voilà !
Disclaimer : Sda ne m'appartient pas
Italique : Elfique / Flashback
Normal : Westron
CHAPITRE 6
Et il partit avec un étrange regard pour elle. La lueur de ses yeux voulait tout dire.
Elwen se tourna vers ses amis mais détourna le regard rapidement. Elle se dégagea lentement et s'écarta d'eux. L'elleth inspira profondément, son souffle légèrement tremblant, puis se retourna à nouveau vers eux avec un petit sourire triste sur le visage.
- « Ne m'attendez pas cette nuit. »
- « Tu pars ? » murmura Elrohir, les yeux écarquillés.
- « Si c'est ce que vous désirez … Oui »
- « Tu es une idiote Ilestelwen, tu crois vraiment que nous allons t'ordonner de partir ? »
- « Laissez moi juste le temps de respirer un peu et de me remettre les idées en place. »
Elwen commença à partir mais un bras la retint. Elle leva les yeux vers Legolas qui avait été silencieux tout le long de l'échange. Il y avait dans ses yeux bleus une étrange lueur, comme s'il comprenait ce qu'il lui fallait. Comme s'il savait que tout ce qu'elle désirait c'était être avec eux et non seule dehors.
- « Je pense qu'il vaut mieux que tu restes avec nous ce soir. » Dit il lentement en la regardant intensément.
Les jumeaux ne notèrent même pas ce qu'il était en train de dire et allèrent se rasseoir à la table. Legolas s'approcha un peu plus d'elle avec un sourire presque compatissant avant de murmurer afin que seule elle l'entende.
- « Je sais à quel point elles peuvent être noires les pensées des nuits blanches. Surtout quand on est seul avec elles. »
Elwen tenta de chercher un indice dans ses yeux, quelque chose qui lui dirait ce qu'il refusait de lui dire.
- « Il est bon parfois d'accepter d'être faible Elwen … Toi peut être plus que les autres. Il est temps de laisser glisser le masque et de se dévoiler, même si cela signifie être à découvert … »
Elle lui fit un sourire, un sourire sincère qui sembla résonner dans tout son être. La salle fut lentement envahie de musique. Les gens se levèrent pour danser au rythme du violon et des tambours. L'elfe blond lui lâcha le bras, elle le retint.
- « Merci … Merci de tout coeur Legolas. » Elle ne put s'empêcher d'ajouter « Tu es bien le seul à avoir compris ... »
Mais il n'entendit pas la fin de la phrase et alla rejoindre leurs amis en lui souriant. La soirée devint plus joyeuse, la bière coulait à flot, les rires fusaient tandis que les danseurs tournoyaient sur le parquet. Elwen riait aussi, elle se sentait heureuse et ne put s'empêcher de penser à la soirée qu'elle aurait pu vivre si Legolas n'était pas intervenu. Elle serait sûrement seule sur le toit de l'auberge, observant les plaines désertes, comme à son habitude. La musique devenait de plus en plus entraînante, elle semblait l'appeler, la tirer vers elle. Normalement, Elwen n'aimait pas se montrer en public mais les bières et l'euphorie de la soirée eurent raison d'elle. Elle se leva lentement de sa chaise.
- « J'ai envie de danser. » Murmura t-elle en réponse à la question silencieuse d'Elladan.
Elle fendit la foule, sa chevelure de sang virevoltant derrière elle, semblant laisser comme une traînée écarlate dans son sillage.
Elwen se cala sur la musique et trouva un cavalier. Elle n'avait jamais appris à danser mais elle avait été durant des années équilibriste dans un cirque itinérant, bête de foire présentée comme une créature exotique dans les régions de l'Est. Bientôt, danser en couple devint ennuyant alors elle sauta sur une table et passa sur une autre en un saut qu'il la fit se retourner dans les airs. La foule se fit un instant silencieuse avant de s'emballer à nouveau. Les acclamations jaillirent et la musique reprit de plus belle. Les spectateurs tapèrent du pied et des mains pour l'encourager.
Alors la danse infernale commença.
Elwen savait faire toutes les acrobaties possibles, roues, souplesse, et salto par milliers. Le sol et le ciel ne firent qu'un alors qu'elle avait l'impression de s'envoler vers les cieux.
Elle se sentit revivre, la foule l'acclamait de tous les cotés, on applaudissait, on sifflait et les musiciens accélèrent le rythme qui devint effréné. Elle enchaînait les acrobaties avec une simplicité déconcertante, arrivant à rester sur place malgré tout.
Les trois elfes assis à leur table écarquillèrent les yeux, le souffle coupé. Jamais ils n'avaient soupçonné que sous ses airs de guerrière, Elwen puisse être une grande acrobate. Ils se levèrent lentement de leur siège, tentant d'imprimer sur leur rétine les mouvements de leur amie.
- « C'est … C'est incroyable ! » Souffla Legolas en se tournant vers les jumeaux « Vous le saviez ? »
- « Non … »
Les jumeaux semblaient sous le choc, comme si un cheval venait de les heurter en plein fouet. Ils échangèrent un regard et, soudainement, éclatèrent de rire. Cela dura dix bonnes minutes avant qu'ils ne se calment, replongeant leur regard sur leur amie perchée sur la table, au centre de la pièce.
Ils se mirent alors à applaudir et à crier, se rapprochant encore pour la voir de plus près. Leurs yeux étaient grands ouverts, brillants de surprise et de joie.
L'elleth rousse était le centre du monde. Elle semblait faîte de caoutchouc et une vraie force émanait d'elle. Elle retombait toujours sur ses pieds, tournoyant au milieu des pintes de bières. Le violon faisait résonner un air entraînant dans toute la salle tandis que les tambours et les autres instruments faisaient retentir un rythme qui faisait trembler les coeurs et âmes.
Les applaudissements ne firent plus qu'un et, pendant un cours instant, Elwen se sentit fière de ce qu'elle était. Elle écarta les bras, bascula la tête en arrière, saluant son public, à bout de souffle. Elle descendit de la table et fit une dernière roue avec une seule main tout en souriant avant de revenir vers ses amis.
Elwen se sentait abasourdie de bonheur et de fierté. Les trois elfes la regardèrent, encore abasourdis par ce spectacle insoupçonné. Puis, Elrohir la serra dans ses bras en riant, son frère et Legolas vinrent les rejoindre dans une étreinte fraternelle. Elwen avait les joues rouges et ses cheveux étaient en bataille, elle était belle et pleine de vie.
La soirée se termina autour de bières et de petits pains au fromage cuisinés et offerts par l'aubergiste. Tard dans la nuit, les quatre elfes montèrent les escaliers pour rejoindre leur chambre. Les jumeaux entrèrent dans l'une tandis que Legolas et Elwen se dirigeaient vers la seconde. Ils restèrent un instant devant la porte avant que l'elleth ne la pousse enfin.
Elle observa l'intérieur, Elladan avait eu raison. Un large et unique lit trônait au milieu de la pièce. Elle se dirigea vers la fenêtre qu'elle ouvrit, l'odeur de la chambre était particulièrement dérangeante. Legolas entra à son tour, à la fois réservé et embarrassé.
- « T'en fais pas ! Ça va aller ! C'est seulement pour une nuit … »
Comme il ne répondait toujours pas, elle se tourna vers lui.
- « Je peux dormir sur le sol si ça te dérange tant que ça … Vraiment, c'est comme tu veux. » souffla t-elle
- « Non ! Non, non … Ca va, ça va aller. C'est juste la première fois que je partage ma couche avec une elleth ... » dit il timidement.
- « Oh … Ne t'en fais pas, je ne me classe pas vraiment dans la catégorie des elleths susceptibles de déshonorer un elfe. »
Elle avait dit ça pour rire mais il ne put s'empêcher de noter un petit quelque chose dans sa voix. Du regret ? De la tristesse ? Elle avait la tête baissée sur son sac et ses cheveux cachaient son visage, il aurait presque pu croire qu'elle pleurait … Mais c'était mal la connaître.
Elwen défit sa ceinture qu'elle rangea dans son sac avant de se déchausser. Legolas fit de même et alla se passer de l'eau sur le visage au seau en bois posé dans un coin de la pièce. Elwen se coucha dans le lit après avoir défait ses cheveux, l'elfe la rejoint et s'installa à ses côtés. Elle souffla la bougie et un silence gênant sembla s'éterniser entre eux.
- « Merci Legolas … Merci pour tout. » murmura t-elle en se tournant vers lui dans l'obscurité.
- « Tu m'as déjà remerciée Elwen. » souffla t-il avec un sourire
- « Merci d'être là … Je ne sais pas trop ce qui se passe avec les jumeaux, ils sont devenus bizarre, ils me parlent moins. »
- « De quoi parles -tu ? »
- « Ce que je veux dire c'est que … j'ai l'impression que maintenant que tu es là, rien ne pourra être plus comme avant. Quelque chose a changé … »
Le silence reprit ses droits, seul la respiration des deux elfes le troublait.
- « Pourquoi cet Homme t'a t-il appelée Nuldawen (femme secrère)? » murmura t-il, il la sentit se figer.
- « C'est … C'est une très longue histoire. J'ai beaucoup voyagé autrefois, plus que n'importe lequel d'entre vous, et à travers la Terre du Milieu, les différents peuples m'ont nommé. Ilestelwen (fille sans espoir) n'est pas un nom que l'on crie sur tout les toits, dans beaucoup de régions il signifie malheur et misère … J'ai rencontré Aedan à la guerre, c'est ses amis qui m'ont appelé Nuldawen (femme secrète). J'étais une guerrière sans nom, il faut les comprendre … » ajouta t-elle avec un sourire.
- « Qu'est ce qu'il s'est passé avec les jumeaux ? » murmura t-il au bout d'un moment. « Comment cela se fait il que tu les aies rencontrés si loin de chez eux ? »
Elwen garda un long instant le silence, inspirant doucement avant de soupirer. Le lit grinça quand elle se tourna un peu plus vers lui.
- « Elladan et Elrohir m'ont sauvé la vie … Eux et personne d'autre. Ils m'ont trouvé à un moment de ma vie où je n'étais plus moi même. J'étais détruite, brisée et ils ont été la main qui m'aide à me relever. À l'époque, je vivais du coté Est des Montagnes Grises. Je ne les passais qu'une fois par an pour me rendre … dans un village fantôme qui portait toute mon histoire. Cette année là, j'avais pris du retard. Je devais y être pour le jour exacte … Le jour précis de leur perte »
- « La perte de qui ? »
- « De tous mes proches … » Elle fit une pause. « Donc, cette année là j'étais en retard. »
Elle ne lui dit pas que ce retard était dû à son emprisonnement. Elle avait été rattrapée après plusieurs vols dans la région. Elwen avait suppliée le gardien de la laisser partir, ne serait-ce que pour quelques semaines, il avait refusé.
- « Elladan et Elrohir étaient eux aussi bloqués de l'autre coté, ils voulaient traverser au plus vite les montagnes. Ils étaient déjà deux elfes voyageant en Terre du Milieu la majeure partie de l'année !Nous étions en plein hiver, la neige tombait durement et aucun guide ne voulait prendre le risque d'être emporté par une avalanche. »
- « Alors tu les as conduis … »
- « Oui … Oui c'est ça. »
Elle tût le fait que pendant des jours entiers, elle avait refusé. Refusé de mettre en danger la vie de deux autres personnes. Mais elle avait fini par accepter, par nécessité.
- « Qu'est ce qui les a poussé à vouloir rentrer le plus vite possible ? »
- « Une elfe. Leur mère venait de mettre au monde leur petite sœur : Arwen. » souffla t-elle avec nostalgie.
Le silence reprit sa place et s'installa partiellement. Elwen sentit la respiration de Legolas devenir de plus en plus lente. Il dormait. Alors, elle ferma aussi les yeux et murmura «Bonne nuit » à l'elfe.
Aedan était devant elle. Aussi jeune et parfait que la dernière fois qu'elle l'avait vu, le jour de son départ. Il était seul face à elle, les autres défunts n'étaient pas là. Il la fixait avec un regard indéchiffrable. Elwen s'avança vers lui, incertaine et hésitante.
- « Aedan … Je ne savais pas, je suis désolée. » murmura t-elle. « J'ai vu ton arrière petit fils aujourd'hui, il m'a apprit que tu étais mort peu après mon départ … »
- « Je suis mort à cause de toi, Nuldawen. » dit il en penchant la tête sur le coté. « Tu ne te souviens pas ? Je te l'avais pourtant dit … je t'aimais Nuldawen … à en mourir. »
- « Il ne fallait pas. Je n'étais pas la bonne, je ne serai jamais celle de quelqu'un. »
- « Je suis mort pour toi. Avec honneur sur le champs de bataille en tenant près de mon coeur la clé d'or que tu m'avais laissée. » Il la tira de sa chemise et la lui montra. « Tu vois, je l'ai toujours … Je l'ai gardé avec moi. »
Il se tut, laissant le silence occuper l'espace entre eux. Elwen ne savait pas quoi dire. Que devait on dire à un homme mort depuis plus de 100 ans ? Un homme dont la mort était sa faute.
- « Tu avais tout pour toi Aedan. Une femme aimante, un petit garçon formidable … Pourquoi ne pas avoir saisi ce bonheur à portée de main ? »
- « C'était toi que je voulais Nuldawen … Toi seule. Et tu es partie, sans un au revoir, sans rien, comme ça. »
Il y avait dans son regard quelque chose comme des accusations. Elwen était mal à l'aise.
- « Tu devrais venir me rejoindre » susurra t-il
- « Je ne peux pas Aedan. Je ne veux pas de toute façon. »
- « Ah … Et pourquoi ça Nuldawen ? »
- « parce … PARCE QUE TU ES MORT, AEDAN! » hurla t-elle, complètement paniquée alors que l'homme s'approchait d'elle, caressant ses cheveux d'une main. « TU ES MORT ! Et rien ne pourra te faire revenir à présent. »
Il continua à lui toucher les cheveux, caressant les mèches rouges. Ses doigts descendirent dans sa nuque et frôlèrent sa peau blanche. Elwen ne pouvait pas bouger, elle semblait figée sur place.
- « Arrête Aedan … Je t'en prie. Ne m'oblige pas à me battre avec toi. » chuchota t-elle.
- « Tu devrais rester ici, avec nous. » Tous les autres étaient apparus autour d'eux et les regardaient. « Ça ne fait pas mal, Nuldawen. C'est comme s'endormir sauf qu'on ne se réveille jamais … »
- « Je ne veux pas … Je ne veux pas mourir ! » cria t-elle
- « Et aucun de nous ne l'a voulu … » Murmura une voix bien connue, Mistrid s'avançait à présent avec dans ses bras, Hélios aux yeux fermés.
- « Laissez moi partir … Je vous en prie. Laissez moi, tous ! » s'écria Elwen, à bout de force. Elle tomba à genoux, la tête entre les mains.
- « Nous ne partirons que lorsque tu ne seras plus Ilestelwen … C'est ce que tu voulais, n'est ce pas ? Ne jamais nous oublier. C'est un lourd fardeau que tu portes sur tes épaules mais tous ici te diront que tu l'as mérité. »
Elwen se mit à pleurer. Elle ne voulait plus. Elle ne voulait plus voir chaque nuit ces visages, elle voulait oublier, elle voulait que les larmes emportent avec elles ses souvenirs et remords. La comptine d'Hélios s'éleva par dessus ses pleurs. Au départ ce n'était qu'un souffle puis le chuchotements de la foule ne fit plus qu'un et son intensité augmenta. Les larmes ne voulaient plus s'arrêter, elles coulaient librement sur ses joues alors que le corps d'Elwen basculait sur le sol.
Et la chanson résonnait dans tout l'espace. Elwen avait les yeux fermés, les mains sur son visage. Ses cheveux faisaient comme un rideau et ses jambes pliées sous elles la faisaient souffrir. La chanson résonnait encore et encore.
Au bout d'un moment, Elwen se leva lentement. Un jambe après l'autre, redressant son corps doucement. Tout son être sembla être heurté par quelque chose, une onde à la fois violente et réconfortante. Alors, Elwen trouva la force. La force de leur faire face. La comptine devint un doux murmure pour se stopper progressivement et peu à peu, tous disparurent.
Et Elwen ouvrit les yeux.
Legolas avait son visage au dessus du sien. Il lui tenait le bras et ses yeux semblaient affolés. Elwen se releva vivement, s'attendant à trouver un danger quelconque dans la chambre mais … rien.
- « Que se passe t-il ? » dit elle, tendue.
- « J'ai cru que tu étais morte … » souffla t-il en reprenant son souffle tout en l'observant attentivement.
- « Quoi ?! » répondit elle immédiatement avec surprise.
- « Tes yeux étaient fermés et tu ne réagissais pas à mes appels … »
Elwen le regarda avec les yeux écarquillés, puis elle éclata de rire.
- « Je ne dors pas de la même manière que vous ! Je suis une demi-elfe, mon sommeil est humain. » dit elle une fois qu'elle fut calmée.
Legolas resta silencieux, continuant à l'observer minutieusement. Elwen se sentit mal à l'aise devant son regard.
- « C'est vraiment étrange … J'ai vraiment cru que tu étais morte. Les elfes sentent ce genre de chose normalement. »
Il avait l'air suspicieux, ne cessant de la regarder sous tous les angles. Elle lui attrapa le bras et l'attira vers elle.
- « Legolas ! Écoutes moi ! Je vais bien, d'accord ? Je suis là, je suis en vie ! » l'implora t-elle.
Elle lui prit les mains et fixa son regard sur lui. Il se calma un peu mais ses yeux disaient tout. Elwen regarda par la fenêtre, le soleil n'était pas encore levé.
- « On va aller se préparer, d'accord ? » Son regard sur elle était encore inquiet si bien qu'elle ajouta « Je vais bien Legolas, je t'assure. »
Elwen se leva du lit et alla chercher une nouvelle tunique. Elle enleva celle qu'elle portait et entendit l'elfe se détourner, gêné. Elle sourit avant de passer l'autre tunique. Elle attacha sa ceinture en se retournant vers lui. Il regardait pensivement par la fenêtre.
- « La nuit fut bonne sinon ? » murmura t-elle en s'asseyant sur le lit à ses cotés.
- « Mmmm … Je n'ai pas très bien dormi. » souffla t-il en se tournant vers elle avec un sourire. « Tu as les pieds gelés … »
- « Oh ! Je suis désolée ! Je ne me rends pas compte que je bouge pendant la nuit. » dit elle avec embarras.
- « Oh, si seulement tu ne faisais que bouger … »
- « Quoi ? J'ai pris toute la couette ? Je t'ai pris ta place ? »
- « Un peu … » murmura t-il en riant.
- « Estimes toi heureux ! J'aurais pu te jeter hors du lit ! » ajouta t-elle avant de se lever et d'ouvrir la porte de leur chambre.
Elle attrapa son sac et sortit, laissant l'elfe seul avec ses pensées. Elwen descendit l'escalier pour se rendre dans la salle principale de l'auberge. Les jumeaux arrivèrent peu de temps après, sans Legolas. Elladan partit acheter d'autres provisions avant leur départ et ce n'est que lorsqu'il revint que l'elfe blond fit son apparition.
Il avait un visage neutre, seule Elwen savait que quelque chose le tracassait. Elle le regarda avec méfiance, s'attendant à tout moment à ce qu'il parle de leur réveil. Il n'en fit rien et resta silencieux. Ils n'échangèrent qu'un regard avant que Elladan ne leur indique de sortir et d'aller chercher les chevaux à l'écurie.
Les deux elfes se dirigèrent vers l'arrière du bâtiment, marchant silencieusement sur la terre givrée. Elwen prit son cheval ainsi que celui d'Elrohir avec elle tandis que son compagnon se chargeait des deux autres. Alors qu'elle allait sortir dehors, elle s'arrêta sur le pas de la porte, sans pour autant se retourner.
- « Ecoutes Legolas … Je ne sais vraiment pas ce qu'il s'est passé ce matin mais … je pense qu'il vaut mieux ne pas en reparler. Tes sens ont peut être été trompés ou je ne sais quoi encore ! Il serait vraiment absurde de penser que j'étais réellement morte avant que tu ne me réveilles ! »
- « C'est vrai … C'est vrai, tu as raison. Essayons d'oublier cet incident. » murmura t-il.
Son visage était étrange, comme s'il ne croyait pas à ce qu'il disait. Comme s'il venait de découvrir quelque chose qu'elle même ignorait. Il la dépassa et s'arrêta quelques centimètres plus loin qu'elle. Alors, il se retourna et elle put voir un sourire sincère éclairer son visage jusqu'alors froid. Elle y répondit, le coeur plus léger qu'auparavant et guida lentement les montures vers les jumeaux qui les attendaient.
Le sol gelé était glissant et instable pour les sabots des chevaux. Elladan leur indiqua la route menant au fleuve pour qu'il le traverse.
Ils arrivèrent devant un pan de terre qui semblait surélevé par rapport à l'eau qui s'écoulait plus bas dans le précipice. À leurs pieds, une falaise descendait à pic. On pouvait voir le fleuve tout en bas. Il y avait bien 10 mètres entre eux et l'eau.
La rive d'en face était bien plus basse, comme si elle s'était enfoncée avec l'eau. Elwen n'avait jamais rien vu de pareil, et les Valars savaient combien de siècles elle avait parcourue cette Terre !
Ils étaient tous penchés au dessus du vide, tentant d'évaluer quel dégât qu' une chute de cette hauteur leur causerait. Il était impossible de traverser à la nage et descendre la falaise était bien trop périlleux. La distance entre les deux rives n'était pas très grande, au plus, 10 mètres.
Elladan eut alors un éclair de génie. Il saisit une corde dans son sac et l'attacha à son épée. Son frère sembla comprendre son plan car il se redressa et le regarda avec inquiétude.
- « Tu n'y penses pas, mon frère ? »
- « C'est le seul moyen Elrohir … Nous avons pris suffisament de retard, si nous n'arrivons pas à temps, qui sait où les Rôdeurs iront. Il se pourrait que nous ne les retrouvions jamais … »
- « Quelques années contre toute une vie … Tu es sûr de ton choix ? » murmura Elwen qui s'était approchée.
- « C'est sans risque. Nous l'avons déjà fait ! » leur assura Elladan.
- « Oui, nous l'avons déjà fait. Mais en été et au dessus du rivière dont le courant n'était pas aussi fort que celui ci ! » s'écria son frère et leur pointant du doigt le précipice.
- « Elladan, les neiges ont fondues. Le courant est trop fort ! » souffla Elwen en le regardant avec les sourcils froncés.
Personne n'ajouta quoique ce soit. Ils étaient tous les trois en train de surplomber la falaise quand la voix de Legolas se fit entendre.
- « Elladan a raison, c'est le seul moyen de traverser ! Le pont qui était autrefois à cet emplacement n'est plus depuis des années ! »
En effet, en se penchant assez on pouvait apercevoir les débris du pont, échoués sur une rocher d'une taille titanesque. Elwen soupira avant de braquer son regard sur l'elfe brun.
- « Je passerai le premier » dit il doucement. « Tout ira bien, je vous le promets. »
Ils répartirent les sacs entre eux et libérèrent les chevaux qu'ils regardèrent s'éloigner. Elwen pesta en pensant au prix que lui avait coûté ce cheval tandis que ses trois compagnons murmuraient une prière pour leurs amis à quatre pattes.
Les sacs furent répartis en quatre. Elladan portait les vêtements et les couvertures, Elrohir et Legolas, la nourriture. Elwen se retrouva avec à sa charge l'argent et les armes de ses compagnons. Dire qu'elle était sereine et rassurée aurait été mentir mais le vide ne lui faisait pas peur.
Quand tout fut prêt, Elladan fit un pas en arrière et lança son épée de toutes ses forces pour qu'elle aille entourer un arbre avant de se ficher solidement dans le bois. Il testa la résistance de la corde et y grimpa. Elwen lui fit un sourire encourageant et il s'avança sur la corde.
Tout au long de la traversée, elle retint son souffle. Ce n'est que lorsqu'il posa un pied sur l'herbe qu'il leur fit signe de passer à sa suite. Legolas s'engagea et quand il eut atteint le milieu, ce fut au tour d' Elrohir. Il contracta sa mâchoire et s'avança vers la corde.
- « Ca va aller, Elrohir … Ca va aller … On se retrouve là bas. » murmura Elwen en lui prenant le bras.
Il lui fit un sourire qui se voulait rassurant mais qui ressemblait plus à une grimace. Il passa sa jambe de l'autre coté de la corde et commença à progresser dessus en cochon-pendu. Si on avait un jour dit à Elwen qu'elle verrait cet elfe respectable dans cette position, elle lui aurait sûrement rit au nez.
Il était au premier quart quand il s'arrêta. Il n'avançait plus, il s'était figé. Elwen lui cria de continuer et l'encouragea comme elle put. Alors il avança à nouveau, plus rapidement. Tout allait bien ! Jusqu'à ce qu'elle comprenne dans la seconde précédant son mouvement que, non ça n'allait pas aller.
Elle vit sa jambe basculer et son corps suivre le mouvement.
Elwen hurla à Elrohir de remonter sur la corde, de se stabiliser. Mais l'elfe n'y parvient pas, les sacs entraînant son corps vers le vide. Alors, sans vraiment prendre le temps de réfléchir, Elwen grimpa rapidement sur la corde et alla le rejoindre. Elle ne mit que quelques minutes pour parvenir jusqu'à son ami.
L'eau en dessous d'elle faisait un vacarme assourdissant mais les cris d'Elladan parvenait tout de même à percer le bruit ambiant. Il lui hurlait que la corde ne tiendrait jamais sous leur poids, qu'il fallait qu' Elrohir se débrouille tout seul, qu'il allait y parvenir.
Mais Elwen ne voyait que son ami. Et son ami avait besoin de son aide.
Ses pieds étaient brûlants de douleur à cause du frottement de la corde mais elle parvint à le rejoindre. D'un bras, elle tenta de retourner son ami, essayant de faire basculer son poids de l'autre coté pour équilibrer son corps. Après de longue minutes qui lui parurent des heures, elle y arriva enfin. Elrohir était blanc, il tremblait. Elle passa sa main sur son visage tout en essayant de le calmer.
- « Elrohir ! Elrohir ! C'est moi, c'est Elwen ! » cria t-elle. « Répond moi ! Je t'en supplie, répond moi ! »
Il ouvrit les yeux et parut comprendre tout de suite la précarité de leur position car il se tendit. Il lui attrapa la main, se stabilisant ainsi. Puis le vent se mit à souffler. Ils étaient tout les deux allongés sur le ventre, la corde entre les jambes. Ils se tenaient la main tandis que la deuxième agrippait la corde aussi fort qu'elle le pouvait. Elrohir tenta de lui faire un petit sourire.
- « Tout ira bien ? Hein ? » murmura t-il en regardant le vide sous yeux alors que le vent faisait osciller la corde
- « Ca va aller… Ca va aller ... » souffla Elwen, autant pour se calmer que pour calmer son ami.
Le vent était fort, il faisait à présent tourner la corde sur elle même. Les deux elfes cachèrent leur visage dans leur coude. Elladan continuait de crier depuis la rive, son ton était complètement paniqué.
Son frère était une partie de lui. Il ne voulait pas la laisser mourir. Il ne pouvait pas.
Cela parut durer une éternité. Quelqu'un qui passerait par là aurait sûrement trouvé cela beau. C'était comme un ballet aérien de deux elfes. À la fois rendu gracieux par les mouvements du vent et vif par la raideur de leur corps. C'était un ballet avec la mort. Elwen eut juste le temps de voir les yeux gris de son ami avant que.
La corde ne cède dans un grand bruit.
Ils tombèrent.
Elle avait l'impression de voler.
Le vent fouettait tout leur corps.
L'eau noire se rapprochait à une vitesse folle.
Elle ferma les yeux.
Elle ne voulait pas voir la mort en face.
Surtout pas.
Car elle savait ce qui l'attendait.
Review ?
S'il vous plaaaaaîîîîîîîîtttttt !
:/
Ça serait tellement gentil de votre part …
