Vous ne pouvez pas savoir à quel point je vous remercie pour vos reviews du dernier chapitre ! Encore merci à tous ! Ce chapitre est d'ailleurs dédié à Arryane et Myositice, vraiment merci, merci beaucoup !
Bref … Voici le nouveau chapitre !
Bonne lecture à tous !
Italique : Elfique/Flash back
Normal : Westron/Récit
Discaimers (un peu oublié …) : Seul les personnages inventés m'appartiennent, le reste est à Tolkien !
CHAPITRE 7
La corde ne céda dans un grand bruit.
Ils tombèrent.
Elle avait l'impression de voler.
Le vent fouettait tout leur corps.
L'eau noire se rapprochait à une vitesse folle.
Elle ferma les yeux.
Elle ne voulait pas voir la mort en face.
Surtout pas.
Car elle savait ce qui l'attendait
Elle vit dans le coin de son œil Elrohir tomber, lui aussi. Ses cheveux ondulaient autour de son visage. Elle avait l'impression de tomber au ralenti. De s'envoler vers le sol. Les cris déchirants d'Elladan et Legolas transpercèrent l'air.
L'eau les enveloppa de son manteau glacé. La température lui coupa le souffle tandis qu'elle luttait pour remonter à la surface. Le courant était si violent qu'elle eut juste le temps de reprendre une goulée d'air qu'une vague la ramenait déjà sous l'eau. Elladan avait réussi à s'accrocher plus loin sur un rocher. Elle tenta de le rejoindre quand un remous ne l'entraîna à son tour. Son sac dériva quelques instants sur l'eau avant de sombrer dans les profondeurs des eaux.
Elwen commença à suffoquer. Elle était ballottée de tous cotés, le courant puissant la faisant s'écraser sur le rocher. À chaque fois qu'elle le pouvait, elle attrapait de l'air. Ses bras remuaient dans le vide. Ils allaient à une vitesse folle, la rivière était profonde et le courant ne cessait de les entraîner.
L'eau entrait dans ses poumons, les vagues semblaient lui maintenir la tête sous l'eau. Un rocher lui brisa quelque chose mais ses membres étaient trop anesthésiés par l'eau froide pour ressentir la douleur. Elle ne sentit rien. Elrohir disparu sous l'eau. Elle le perdit de vue.
Elle aussi fut engloutie par un remous qui l'entraîna au fond. Elle lutta pour remonter mais les armes la tiraient en arrière. Elle détacha une épée qui devait être la sienne vu sa lourdeur et battit des pieds violemment pour remonter à la surface. Ses poumons commencèrent à se remplir de liquide, elle allait mourir noyée. Dans un dernier effort, elle se projeta avec ses pieds en prenant appui sur une pierre.
Sa tête ressortit enfin à la surface et elle inspira un grand coup. Elle toussa et recracha le liquide froid et gelé. La rivière n'était pas très docile mais elle parvint à apercevoir son ami accroché à la paroi en pierre de la rive. Il tenait bon.
Il était loin devant elle alors, à mesure qu'elle se rapprochait, elle tentait de se diriger vers lui, nageant comme elle pouvait. Secouée dans tous les sens par le courant fort. L'eau glacée endormait ses jambes et ses bras, rendant difficile sa progression. Mais c'était son unique chance.
Elle se prépara et se jeta contre la roche, aux cotés de son ami. Elle avait réussi. Elle avait réussi.
Au dessus d'eux, des cris retentirent. Legolas et Elladan se tenaient, penchés sur la rive, tentant de les apercevoir. Elwen entendit une prière elfique qui remerciait les Valar de leur bonté. Elrohir commença à grimper alors que son frère et Legolas venaient l'aider. Il avait perdu tous ses sacs mais il était vivant et en un seul morceau. Il mit beaucoup de temps à arriver en haut, une éternité pour Elwen qui était encore en bas, secouée par les vagues glacées. Elle posa son pied sur un renfoncement dans la roche et tenta de se hisser hors de l'eau. Elle entendait les voix de ses amis en haut, leur soulagement. Ils serraient Elrohir dans leurs bras, se disaient leur soulagement de le savoir sain et sauf. Et pendant ce temps, Elwen luttait pour grimper cette paroi raide.
Elle n'y arriverait pas. Elle le savait, elle connaissait ses limites. Alors, elle se cala contre la roche et ferma les yeux. L'eau froide avait endormi ses membres et son effet se faisait à présent sentir. C'était maintenant à son esprit de s'endormir. Il ne fallait pas. Il ne fallait surtout pas sombrer. Mais le sommeil était tellement tentant ! Elle n'aurait qu'à poser sa tête sur la paroi et à fermer les yeux quelques instants … Mais non ! Il ne fallait pas ! Surtout pas … sombrer … dans … le … sommeil.
Quand Legolas passa sa tête pour voir où Elwen en était dans son ascension, il ne vit qu'une petite tâche rouge sang basculer en arrière, son corps entraîné par les sacs et les armes qu'elle portait dans son dos. Il cria avant de descendre précipitamment la falaise. Quand il arriva en bas, il l'aperçut, retenue par un amas de branche un peu plus loin. Elle y était agrippée mais les sacs étaient entraînés par le courant. Il ne réfléchit même pas et plongea dans l'eau glacée.
Avec suffisamment d'élan, il parvint à l'atteindre. Il enserra sa taille entre ses bras. Elwen leva la tête vers lui.
- « Je suis désolée … Je me suis assoupie quelques instants. » murmura t-elle
- « Lâches les sacs, Elwen … Lâches les. » souffla t-il à bout de souffle.
- « Tu es fou ! Tout notre argent est là dedans ! Comment on va faire si on perd tout ! Comment on dormira ? Comment on mangera ? »
- « Ce ne sont que des pièces de métal et d'argent … Nos vies valent bien plus que quelques bourses. »
Elwen le regarda encore un long moment avant de se tourner vers son bras tendu sous le poids des sacs. Elle les observa longtemps avant de les lâcher. Son regard resta perdu sur eux alors qu'ils s'enfonçaient lourdement sous l'eau. Legolas raffermit sa prise autour de sa taille.
- « Il va falloir nager maintenant. Si tu n'arrives pas à suivre, agrippes toi à mon dos. »
- « D'accord » souffla t-elle
Ils prirent une grande inspiration et plongèrent à nouveau dans l'eau glacée. Bientôt, Elwen sentit la fatigue revenir. Elle eut la soudaine envie de voir ce que cela faisait de se laisser porter par le courant mais les paroles de Legolas lui revinrent en mémoire et elle agrippa ses bras à son dos. Elle posa sa tête entre ses bras et se laissa porter, aidant comme elle pouvait l'elfe.
Ils atteignirent tant bien que mal la paroi et s'y agrippèrent. Legolas la tint hors de l'eau et la fit passer devant lui. Elle se sentait si faible ! Faible comme elle ne l'avait jamais été. L'ascension fut longue et fatigante mais, finalement, les deux elfes parvinrent en haut.
Là, Elwen se laissa tomber à terre. Elle s'écroula sur le sol givré alors que Legolas tombait à ses cotés. Il était sur le dos, respirant lourdement tout en gardant les yeux fermés. Elladan accouru vers eux pour s'empresser d'évaluer leur état. Elwen tremblait de manière presque pittoresque, ses jambes étaient parcourues de frissons et ses mains ne tenaient pas en place. Ses lèvres bleues la faisaient ressembler à un cadavre tandis que son visage était plus blanc que jamais. Elle avait les yeux ouverts, fixant l'invisible.
Elle se mit à tousser fortement, se laissant basculer sur le coté.
Elle avait l'impression que ses poumons allaient s'arracher de sa cage thoracique. Elle ferma les yeux sous l'intensité de la douleur. Une main vint se placer précipitamment dans son dos, la soulevant du sol. Sa vision était trouble et ses oreilles sifflaient. Elwen entraperçut entre le flou et l'étrange lueur, le visage d'Elladan.
Il avait dans les yeux une lueur inquiète et semblait chercher son regard. Il passa une main sur sa joue et ses lèvres en murmurant quelque chose qu'elle n'entendit pas. Sa tête bascula en arrière sans qu'elle ne puisse la retenir et elle observa, impuissante, le monde se renverser. Quelqu'un cria derrière elle mais elle ne comprit pas les mots qui étaient hurlés. Le monde de clarté devint obscurité.
Elladan commença à paniquer en voyant le corps de son amie se détendre entièrement pour retomber entre ses bras comme une poupée de chiffon. Legolas, dans son dos, lui hurla de la coucher, de lui maintenir la tête et de faire en sorte qu'elle arrive à respirer. Ses mains tremblaient, ses yeux s'agitaient. Il n'arrivait plus à penser.
Tout était de sa faute. C'était lui, et lui seul, qui avait poussé les autres à traverser. Il en aurait pleuré de rage si la situation n'était pas aussi urgente. Il déposa le corps inanimé d'Elwen et écouta sa respiration. Elle était très faible et son corps entier tremblait de froid.
- « Il faut trouver un abri ! » cria t-il durement, sous l'effet de la gravité de l'état de leur amie.
Legolas aida Elrohir à se relever et lui mit une couverture sur les épaules. Elladan se leva et alla chercher un des deux sacs qui leur restait. Seuls quelques habits et un peu de nourriture composaient leur contenu, ils ne tiendraient pas une semaine avec ça …
Il soupira et souleva le lourd paquetage sur ses épaules. Il observa le visage bleuté d'Elwen. Aucun sourire n'éclairait ce masque froid et indifférent. Ses paupières étaient baissées et pas un éclat de gris orageux ne perçait leur barrière. Elle semblait sans vie, triste à mourir et dépourvue de toute chaleur. Elladan soupira et se retourna vers Legolas et son frère. Elrohir avait l'air épuisé et il grelottait dans le vent froid qui soufflait à présent.
- « Qui va la porter ? Il faut que l'un de nous deux le fasse. » dit Legolas en regardant fixement Elladan qui ne répondit pas immédiatement.
- « Je vais le faire. Tout ça est de ma faute … C'est à moi d'en porter la responsabilité. » murmura lentement l'elfe brun.
Il lui tendit le sac qu'il venait de poser sur ses épaules et s'approcha de la jeune elfe. Délicatement, il la saisit sous les jambes et sous les bras, maintenant sa tête contre son torse. Legolas prit le sac et amena l'autre à Elrohir. Il lui avait réservé le moins lourd mais cela n'empêcha pas l'elfe brun de vaciller sous son poids. Elladan se releva, portant Elwen tout contre lui. Elle était légère comme l'était les elfes.
Après avoir vérifié qu'ils n'oubliaient rien, ils partirent sur le champ.
Ce n'est qu'à la nuit tombée qu'ils trouvèrent une grotte, seul abri visible dans la région. Il s'était mis à neiger pendant leur marche et tous étaient trempés, dégoulinant de flocon fondus. Elladan déposa Elwen sur le sol de la caverne, elle s'était réveillée à quelques centaines de mètres de l' abri mais seuls ses yeux bougeaient, ses pensées semblaient avoir été figées par l'eau gelée de la rivière car elle ne réagissait à aucun appel.
Il l'adossa contre une des parois et elle se laissa tomber contre. Ses lèvres bleues n'avaient pas changé de teinte et sa peau était toujours aussi pâle.
Ils firent rapidement un feu à l'entrée de la caverne. Ce fut Legolas qui eut la bonne idée de l'approcher du foyer. Elle avait les lèvres scellées entre elles et son regard vague faisait presque peur. Personne ne parlait, ils mangèrent juste quelques fruits secs. Legolas vint s'asseoir aux côtés d'Elwen et lui fit avaler quelque chose.
- « Elwen … Elwen, s'il te plaît répond moi. Ca va aller, tu te souviens ? Ca va aller ... » murmura t-il en se penchant vers elle
Elle le regarda simplement avant de détourner la tête. Les trois elfes se jetèrent un regard inquiet. Que fallait il faire ? La forcer à parler ou alors considérer que c'était normal, qu'elle était juste en état de choc ? Aucun d'eux n'avait la réponse à cette question.
Elwen s'endormit rapidement, en un battement de cil. Ses amis la suivirent rapidement tant la journée avait été éprouvante. Mais chacun d'eux avait en son coeur une peur qu'aucun n'osait prononcer : Elwen était elle perdue à jamais ?
Legolas se réveilla au milieu de la nuit, entendant un souffle rauque résonner dans la caverne. Il se releva sur ses coudes pour trouver Elwen dans un équilibre précaire sur un de ses bras. Il se leva très vite et s'approcha d'elle. Legolas lui saisit la main et retira ses doigts de sa peau presque automatiquement. Elle était gelée. C'est alors qu'il comprit.
Elwen n'était pas réellement une elfe.
Elle n'en était qu'une semi. Son corps n'avait pas la capacité de se réchauffer seul, don des elfes. Elle était en train de mourir de froid. Il posa sa main sur sa joue plus blanche que la lune. Ses lèvres avaient viré au bleu foncé, lui donnant un visage cadavérique. Elle cligna lentement des paupières tandis que ses lèvres semblaient vouloir remuer mais demeuraient closes.
La main de Legolas se retira vite sa joue et il se leva rapidement. Il se dirigea vers le feu, tenta comme il le pouvait de le raviver. Il ne vit pas l'elleth rousse s'écrouler par terre, sans force. Ses mouvements étaient fébriles, ses mains tremblaient de peur de la voir s'éteindre. Alors qu'il avait enfin réussi à rallumer le feu, il découvrit le corps inanimé de l'elfe et son esprit sut qu'elle ne fallait pas qu'elle ne se rendorme, sous peine de ne jamais se réveiller …
Il la prit entre ses bras, l'approcha du feu et commença à lui parler doucement. Une main se posa sur son épaule et il leva la tête pour croiser le regard des deux frères. Leurs yeux parlaient pour eux, ils ne comprenaient pas cette soudaine panique.
- « Elwen n'est pas une elfe à part entière ! Son corps n'est pas comme le nôtre ! Elle va mourir si elle ne se réchauffe pas vite ! » cria t-il en les voyant.
Si au départ les jumeaux parurent perplexes, ils se tendirent à la seconde suivante. Elrohir alla chercher toutes leurs couvertures et capes pour couvrir le corps gelé de leur amie. Elladan s'approcha d'elle et toucha sa joue. Elwen ouvrit légèrement les yeux sous le touché de l'elfe brun et tenta de lui faire un minuscule sourire qui fut, pour eux tous, une première victoire.
Elrohir revint avec les couvertures et ils s'empressèrent d'entourer le corps de l'ellteh avec.
- « Il lui faut de la chaleur corporelle ! Les Hommes le font quand l'hiver est trop rude. » souffla Elrohir dans un éclair de lucidité.
Legolas se déplaça alors pour venir se placer à coté d'elle, les jumeaux firent de même et bientôt, un petit cocon prit place autour d'elle. Les heures passèrent lentement mais Elwen semblait reprendre très lentement des couleurs. Chaque fois qu'elle ouvrait, même imperceptiblement, les yeux, un de ses amis lui souriait et semblait lui donner de sa force.
À l'aube, seul Elladan était encore réveillé, veillant sans relâche sur Elwen. Celle ci ouvrit les yeux plus largement et ses lèvres, bien que très pâles, n'étaient désormais plus bleues. Elle laissa échapper un souffle tremblant en le voyant.
- « Tu reviens de loin … »
- « Je suis là … Je suis là … » souffla t-elle, la voix tremblante.
Elle ne semblait pas y croire, elle ne voulait pas y croire. Sa mort avait tant de fois été réclamé qu'il était à peine croyable de penser qu'elle était en vie. Elladan la regardait avec soulagement et l'émotion transperçait ses yeux gris. Il la prit contre lui.
- « Je suis tellement désolée … Tout est de ma faute. Nous aurions dû attendre le printemps pour traverser … »
- « Chut … Chut ... » souffla t-elle en fermant les yeux. « Tout va bien maintenant. Nous sommes tous sains et saufs. »
- « Si seulement vous ne m'aviez pas écouté, si vous ne m'aviez pas suivi, tu- »
- « On pourrait refaire le monde avec des Si, Elladan … Si vous ne m'aviez pas trouvée dans cette prison il y des siècles, je serai peut être morte exécutée. Si je n'étais pas partie chasser dans la forêt, peut être n'aurions nous jamais retrouvé Legolas. Si je n'étais pas venue au monde, des centaines de personnes seraient encore en vie. Si ... »
Legolas remua de l'autre coté et elle se tut, il ne devait pas savoir. Elle se sépara de l'elfe brun et se tourna la tête vers lui. Il eu l'air surprit de la voir réveillée mais il le cacha rapidement par un sourire soulagé. Elle lui répondit de la même manière et tenta de tourner sa tête vers l'elfe brun qui dormait encore.
Une vive douleur lui frappa les côtes quand elle tenta de bouger. Elle ne cria pas mais son visage dû exprimer cette souffrance car Elladan s'approcha d'elle, inquiet.
- « Ça ne va pas ? Qu'est ce qu'il y a ? Tu as mal ? »
- « Je dois avoir quelques côtes cassées ... » murmura Elwen, les deux mains plaquées contre son flanc.
Chaque respirations étaient une torture et le moindre mouvement semblait la déchirer de l'intérieur. Elwen se dégagea lentement des couvertures, n'en gardant que deux sur elle. Elle s'approcha du feu, observant les flammes danser dans l'âtre. Elle avait l'impression que jamais ce froid ne la quitterait. C' était comme si il faisait désormais partie d'elle. L'elleth se rendormit sans s'en rendre compte.
Legolas et Elladan firent alors l'inventaire du matériel restant. Tout l'argent leur venait de leur père chez qui ils revenaient une fois par an. Elwen travaillait souvent dans les auberges en tant que serveuse mais cela ne suffisait jamais. À présent, il ne leur restait que six couvertures, leurs habits, des gamelles, des bols en bois avec des couverts et quelques provisions. Ils ne tiendraient pas une semaine …
Il fallait rejoindre un village au plus vite et trouver un moyen de gagner de l'argent. Pour l'instant, Elwen et Elrohir devaient se reposer. Legolas laissa échapper un soupir, il n'avait jamais eu de problème avec l'argent. Lorsque celui ci venait à manquer, il suffisait de chasser pour manger et de dormir dans les arbres pour la nuit.
Mais leurs armes avaient sombré dans l'eau noire et glacée qui avait faillit emporter leurs amis. Et l'état d'Elwen ne leur permettrait pas de dormir à la belle étoile. Le vent se remit à souffler dehors et la pluie se mit rapidement à tomber. C'était une petite pluie fine mais cinglante et glacée. Elladan était à l'entrée de la grotte, regardant piteusement la pluie recouvrir l'horizon.
Il fallut trois jours aux deux elfes pour se reposer suffisamment. Elwen était encore faible mais tous voyaient qu'elle tentait de le leur cacher. Elle détestait se sentir affaiblie et désarmée. C'était se rendre dépendante de la présence de ses amis. Elwen était quelqu'un de libre qui s'était toujours battu pour cette liberté si durement acquise.
Ils repartirent le quatrième jour, toutes leurs provisions disparues. Elladan avait tenté de les rationner mais il s'était avéré que Elwen mangeait comme quatre, comblant la perte d'énergie de son corps. Quand les trois elfes avaient le dos tourné, celle ci faisait de nombreux exercices pour renforcer ses muscles désarmés par l'eau gelée et le repos forcé. Ces exercices firent revenir en elle de très sombres souvenirs. Elle se revoyait, petite elfe recroquevillée dans un cachot, tentant de garder espoir en se disant qu'elle aurait besoin de toute sa force si une chance de s'échapper venait à se montrer.
Ses jambes, au départ faibles et tremblantes, redevinrent rapidement aussi solides qu'auparavant. Ses multiples côtes cassées la faisaient encore souffrir mais il semblait à l' ellteh que la douleur diminuait. Elle savait pourtant qu'il n'en était rien, elle s'habituait simplement vite à cette douleur presque constante. C'était quelque chose qu'elle avait appris au fil des années …
La route était encore boueuse et Elwen se cessait de glisser à chaque pas. Ils marchèrent toute la matinée sous cette petite brume qui rendait collant leurs vêtements. Elrohir avait l'air aussi mal en point qu'elle. Ils se souriaient de temps à autre, se soutenant mutuellement dans cette épreuve.
Legolas et Elladan marchaient devant, portant chacun un sac. Elwen soupira, les sacs contenant tout leur argent et leurs armes étaient à sa charge lorsqu'ils avaient traversé cette maudite rivière. Pourquoi lui avoir confié les sacs les plus importants ? Ils savaient pourtant tous à quel point elle était soigneuse …
Un point bien familier vint se coller à son coeur, celui bien connu de la culpabilité et des remords. Depuis le temps, elle aurait dû savoir que ce n'était pas une bonne idée de lui confier ces sacs … Plusieurs millénaires de fautes, délits, impairs et déchéance mais elle était toujours incapable de contredire les autres avant le massacre lorsque ceux ci étaient amenés à lui confier une tâche de haute responsabilité …
Enfin, après des heures de marches, la silhouette d'une ville se dessina à travers la pluie. Elwen poussa un soupir de soulagement en voyant cela et commença à accélérer le pas. Elle rattrapa ses deux amis devant et cria à Elrohir de se dépêcher. Elle l'entendit grommeler mais continua d'avancer.
Ils arrivèrent à la grande porte close. Un éclair illumina le ciel et fit trembler les deux battants en bois. Elladan frappa contre la lucarne et ils attendirent. Un jeune homme passa sa tête par l'ouverture et les observa consciencieusement. Il tiqua sur Elwen mais n'ajouta rien avant d'ouvrir une petite porte pour les faire passer.
Elwen était, comme tous les autres, trempée et ses cheveux étaient tant chargés d'eau qu'ils pesaient une tonne dans son dos. Elle avait rabattu sa capuche large sur sa tête et on ne voyait d'elle que deux yeux gris brillants dans le noirs encadrés par deux mèches de cheveux rouge sombre.
Le bruit de la pluie était assourdissant même ici. Le jeune homme leur indiqua l'auberge d'où s'échappait une lumière chaleureuse. Tous ressentirent au fond d'eux un soulagement inexpliqué. Legolas poussa lentement la porte de l'établissement et une vague de bruit vint les frapper en plein fouet. Cela faisait plus de deux semaines qu'ils n'avaient pas recroisé du monde. C'était comme se prendre une vague de Vie et d'humanité à l'état pur en pleine figure.
Le sourire d'Elwen grandit sur son visage, elle avait beau dire que les Hommes la haïssaient, c'était tout le contraire de son côté. Elle aimait cette agitation, ce bruit, cette vie pure et à l'état brut. Ils pouvaient être rudes, hargneux et porter tous les défauts du monde, elle aimait ces gens à la fois simples et complexes.
Les trois elfes parurent en même temps perplexes et joyeusement surpris. Elwen se mit à rire en les voyant. C'était un rire de délivrance après toutes ces catastrophes, il semblait lui déchirer la poitrine mais elle n'en avait rien à faire : tout ce qui comptait était l'instant présent et là, elle était heureuse de pouvoir encore mesurer sa chance d'être aux côtés de si talentueux, merveilleux et incroyables amis.
Legolas sourit en réponse à son rire et entra dans la salle bondée. Il faisait chaud et la pièce sentait la bière et la sueur mais c'était tellement réconfortant de se sentir enfin à l'abri. Le gérant les reçut, posant sur eux un regard intrigué mais étrangement menaçant. Legolas laissa leur amie passer devant lui pour négocier avec cet aubergiste peu avenant.
- « Nous avons perdu tout notre argent lors de notre péripl- »
- « Pas d'argent, pas de chambre. » la coupa t-il net, sans lui laisser le temps de finir.
- « Cela je m'en doute bien … Nous pouvons en échange vous offrir nos services, monsieur ... »
- « Monsieur Romuald. Je cherche une serveuse et une bonniche qui sache faire le ménage, préparer à manger, servir en salle et faire les corvées. »
- « Je suis preneuse. Combien par semaine ? »
- « Deux pièces d'argent la journée. La chambre est comprise dans l'emploi, elle est à vous pour la durée de votre service avec moi ... » souffla t-il avec un étrange sourire sur le visage.
- « Donnez moi quelques minutes s'il vous plaît ... » murmura t-elle avant de se détourner légèrement.
Elle regarda ses trois amis qui observaient autour d'eux l'agitation. Elle leur devait bien ça … Après tout, elle l'avait déjà fait. Mais elle ne savait pas si elle avait encore le courage d'affronter les durs emplois de sa jeunesse. Trop de mauvais souvenirs revenaient la hanter dans son sommeil et ses songes … mais elle n'avait pas le choix. Elle se tourna à nouveau vers l'aubergiste qui l'observait attentivement, sans aucune gêne.
- « J'accepte votre offre. Mais je vous demande de laisser mes amis obtenir une chambre pour eux tous, juste pour cette nuit, après je vous réglerai la somme convenue. »
L'homme sembla réfléchir, ses petits yeux porcins se tournaient dans tous les sens et il se passa une main dans ses cheveux inexistants. Enfin, après avoir regardé son autre serveuse, disgracieuse et maladroite, il se tourna vers elle pour la regarder bien en face.
- « Marché conclu ! Mais tu auras plus de travail que convenu … pour le même salaire, tes amis peuvent garder la chambre tant que tu restes à mon service. » déclara t-il en montrant ses dents jaunes, peut être dans une tentative de sourire «éclatant».
Elwen soupira et se tourna enfin vers ses amis qui, désormais, l'observait discuter avec l'aubergiste. Elle leur résuma la situation à voix basse et leur indiqua l'étage de leur chambre. Ils lui jetèrent un regard inquiet avant de la laisser devant le bar et de monter vers leur chambre.
- « Tu commences ce soir ! Passes de ce côté ! » lui ordonna Monsieur Romuald de derrière son comptoir.
Il la conduisit vers l'arrière de la pièce, à l'abri du bruit et de l'agitation. Il fouilla quelques instants avant de dénicher une robe brune et un tablier blanc taché. Il lui commanda de revêtir les vêtements et de le suivre vers le cellier. C'est sous le regard bestial de cet homme que Elwen passa la robe au dessus de sa tête après avoir ôté sa tunique.
Elle haïssait les robes pour une chose, être couvert de ces choses lui faisait comme si le monde entier avait vue sur son corps. Comme si tous les hommes étaient désormais en droit de la toucher et de voir ce corps auparavant caché.
Le col était rond et large, laissant entrapercevoir son décolleté. La taille était fine et le jupon bouffant. Elwen soupira face à cette montagne de tissu. Elle n'était vraiment pas dans son élément. Elle noua le tablier blanc autour de sa tailler et se tourna vers l'homme qui l'observait toujours.
Il s'approcha d'elle et avança sa main vers son cou. Il caressa sa peau avant de saisir le lin de cuir de ses cheveux et de le tirer. Une cascade de mèches écarlates se déversa dans son dos. Elwen releva la tête et remonta ses manches avant de sortir du cellier au plus vite.
L'agitation de la foule la frappa en plein fouet. Monsieur Romuald lui attrapa le bras avant de l'amener derrière le bar. L'autre serveuse, à l'air exténué, était en train de servir en salle.
- « Tu vas servir au bar pour la première heure, ensuite tu iras en salle pour servir les commandes. j'ai hâte de voir comment tu te débrouilles face aux hommes … Agnès n'est vraiment pas faîte pour ce travail. » souffla t-il alors que la jeune fille revenait derrière le comptoir.
Elwen ne revit pas ses amis ce soir là. La première heure de travail passa difficilement, c'était toujours dur de se réhabituer après tant de temps. Monsieur Romuald, le visage rougeaud, résultat de quelques bières de trop qu'il s'était autorisé, lui ordonna d'aller prendre un plateau et de passer de l'autre côté du comptoir afin de servir les clients.
Elwen s'exécuta sans rien dire mais se prit les pieds dans son ample robe et manqua de s'étaler par terre. Elle camoufla sa chute en un petit saut qui fit rire les rares personnes qui lui portaient attention. Elle lissa son tablier qu'elle renoua à sa taille et suivit l'aubergiste. Celui ci lui tendit un plateau en bois et lui fit signe de rejoindre au plus vite la salle.
Elwen commença alors à se diriger vers les tables bondées, son plateau sur une main. Elle avait l'habitude et cela se ressentait dans sa posture. Elle s'approcha d'une table où quatre hommes jouaient aux cartes. Ils étaient relativement silencieux, par rapport au reste de la salle, tant ils étaient concentrés sur le jeu.
- « Bonjour messieurs, qu'est ce que je vous sers ? » entama t-elle
- « Quatre plats chauds, deux verres de vin et deux chope de bière. » répondit l'un d'eux.
- « Bière brune ou blonde ? »
- « Une de chaque, merci. »
Ils avaient l'air fermé, comme si cette petite serveuse de pacotille était trop insignifiante pour que le temps d'échange ne s'éternise. Elwen repartit avec un sourire et revint quelques minutes plus tard, son plateau calé contre sa hanche. Elle servit les commandes et repartit. La soirée se déroula ainsi, à déambuler à travers la pièce, portant bols et chopes, sans un regard, sans un merci, rien.
Ses trois amis ne descendirent que tard dans la soirée mais l'agitation était à son comble et Elwen ne put les voir que quelques secondes avant que Monsieur Romuald ne la rappelle. Ce fut Agnès la jeune serveuse, qui les servit. Quel ironie … Elwen avait servi tout le monde depuis des heures et il fallait que cet aubergiste envoie sa collègue servir ses amis !
Elle avait l'impression que Ilestelwen avait fondu pour ne laisser qu'une simple servante au coeur de glace, indifférente au bruit et sourde aux moqueries. Elle avait espéré que ses amis fassent rejaillir en elle cette part qui, désormais, lui manquait tant. Elle se rendit compte qu'elle besoin de sentir cette Ilestelwen pleine d'histoire et de souvenirs.
Ni Legolas, ni Elladan, ni Elrohir ne virent qu'une ombre du passé avait pris possession d'elle. Hecilwen, l' abandonnée, servante du Rohan, une fantôme revenait à la vie dans chacun de ses mouvements.
Alors ? Qu'en pensez vous ?
