Bonjour à tous ! Je tiens tout d'abord à m'excuser pour cette absence un peu longue … J'ai tellement peu d'avis que ma motivation pour écrire est complétement retombée … mais bon. J'espère que vos vacances ont été bonnes, tout ça, tout ça !

Voici la suite, que j'espère vous commenterez (pleeeeaaase ;)


Italique : Elfique

Normal : Westron

(Je m'excuse d'avance pour les fautes)


CHAPITRE 11

Elwen regardait la mer. Elle était partie sans but, simplement en fuite. La jeune elleth avait laissé derrière elle les seuls êtres pour qui elle éprouvait de l'amour et avec eux, l'unique lueur de sa vie. Sa vie était redevenue sombre, son esprit noir et son être obscur.

Cela faisait trois ans qu'elle avait quitté le sous-bois qui abritait ses seuls amis. Trois ans que, chaque matin, il lui fallait trouver la force de se lever et de continuer sa route. Elwen avait pleuré malgré se l'être interdit. Les paroles de Legolas lui étaient revenues « Il est bon parfois d'être faible, Elwen ... »

Elle s'était accrochée comme elle avait pu à cette voix, à ces mots, et alors, seulement à cet instant, elle s'était permise de pleurer. Au départ cela n'avait été que des larmes silencieuses, gouttes glissant le long de ses joues. Puis, c'était comme si toute sa tristesse, sa colère et sa frustration s'étaient accumulées pour ne former qu'un être de douleur.

Elwen s'était mise à gémir tout en se tordant les mains et puis elle n'avait pu retenir ses cris. Il s'était mis subitement à pleuvoir, le tonnerre grondait à l'unisson avec ses hurlements, la pluie balayait ses joues, mimant ses larmes. Mais le pire, cela avait été le vent. Une tempête avait arraché tout un bois, et elle était là, au milieu des arbres arrachés et de la terre soulevée par les bourrasques.

Ses cheveux volaient autour de son corps, l'auréolant d'écarlate. Elwen, à genoux, avait laissé jaillir tout son accablement, toute sa souffrance. Le vent s'était mis à hurler plus fort autour d'elle, arrachant les buissons et les branches sur son passage.

La tempête en elle sortait enfin pour la première fois.

Elwen ne se calma qu'au bout de nombreuses heures et un grand vide l' emplissant qu'elle sentit bien vite se remplir à nouveau d'amertume et de douleur. Cela était sans fin, une souffrance éternelle.

Quand le vent avait enfin cessé, Elwen était retombée sans force sur le sol, repliée sur elle même, sanglotant encore, faisant le deuil de cette amitié.

Alors elle avait fait ce que son coeur la suppliait de ne pas faire : elle était partie loin de tout. Elle avait suivie les routes sans penser où elle irait. Ses pas l'avaient menée à la mer de l'Est. Une mer chargée de souvenirs.

Elle aimait l'océan parce que chaque fois que les vagues quittaient la rive, elles revenaient toujours.

Elle aimait les voir revenir à l'infini et dans son coeur le même sentiment de joie naissait avec la même intensité. Les vagues revenaient, alors pourquoi pas ceux qu'elle aimait ? Pourquoi la force de vivre de revenait pas comme les vagues, avec force et inéluctabilité ?

Elwen pencha la tête en avant, fermant les yeux. On ne voyait d'elle qu'une minuscule silhouette entourée de flammes, petite femme face la vaste étendue d'eau. Elle était seule, seule avec ses démons.

Elle devait voir la réalité en face : jamais elle n'avait eu tant envie d'entendre les jumeaux se moquer d'elle, de rire avec eux, de parler avec Legolas jusqu'à l'aube et de refaire le monde pour peu qu'ils soient à ses côtés.

Elle n'avait vendu que le collier et les pierres, gardant inexplicablement la clé et l'étrange carnet. Elle ne l'avait pas ouvert, une promesse muette lui intimant de ne le lire que quand elle aurait atteint son but.

À présent, elle se tenait face à la mer, dominant cette étendue d'eau bleutée qui paraissait sans fin. Mais elle ne savait plus. Pourquoi était elle là ? Pourquoi être venue ? Rien ne l'attendait nulle part, elle avait simplement voulu se persuader que si. Le vent souleva du sable et forma un nuage doré à ses pieds.

Les rivages étaient déserts, vides. Cela l'avait rassuré au début, mais à présent, elle aurait tout donné pour voir un visage humain. Ces trois années étaient passées lentement, elle ne vivait que grâce à ses mensonges et à ses tromperies, volant des armes et des vivres. Elwen était redevenue le sombre être qu'elle avait été et qu'elle s'était promis de ne jamais faire renaître.

Mais comme n'importe laquelle de ses promesses, elle ne l'avait pas tenue. Elwen quitta les rivages blancs, ceux d'un monde vierge, encore à construire.


Elle était partie.

Legolas regarda par la fenêtre de la promenade couverte. Dehors, une légère brise faisait bruisser les branches des arbres. Cela faisait plus de cinq ans qu'il avait quitté ce village où il avait été homme à tout faire dans une ferme. Cinq ans que l'elleth rousse qui habitait, encore à cet instant, ses pensées était partie sans un mot.

Lorsqu'il était revenu sous le couvert des arbres pour y retrouver les jumeaux et leur amie, elle était partie. À partir de ce jour, plus jamais ils n'avaient parlé d'elle. Ils étaient partis du village, emportant leurs affaires et laissant derrière eux celle qui leur était si chère.

Durant les mois qui avaient suivi leur départ, Legolas n'avait cessé de tenter de glisser un mot sur ce mystérieux argent qui était apparu et sur Elwen, mais seul le silence lui répondait. Son nom ne fut plus jamais prononcé mais Legolas ne pouvait s'empêcher de sentir que quelque chose d'obscur entourait sa mention.

Le silence des jumeaux parlait pour eux, murmurant à l'oreille de l'elfe que quelque chose de grave s'était passé.

Elwen n'était pas partie, elle avait fuit.

Malgré son insistance, jamais ils ne reparlèrent de ce soir là et leur silence commença à peser de plus en plus sur eux. Legolas réalisa alors qu'il ne connaissait rien de l'elleth qu'il avait prise pour une amie. Elle avait tant de noms, elle portait en elle une histoire qu'il ignorait et des secrets si lourds qu'il avait l'impression de la voir encore ployer sous eux.

Elwen était une inconnue.

Mais à mesure que les années passaient, la vision de cette elfe ne s'effaçait pas, elle semblait au contraire devenir de plus en plus nette. Où était elle à cet instant ? Était elle seulement encore en vie ?

Au fond de lui, le désir de la revoir grandissait et l'effrayait. Legolas avait suivi les jumeaux jusqu'à Imladris mais était vite reparti pour son propre royaume. Quelque chose s'était brisé entre eux trois, un vide qui était bien trop net et explicite les séparait désormais.

Legolas n'avait même pas été attristé de les quitter. Il avait appris il y a longtemps que les au revoir les plus douloureux étaient ceux où on ne savait pas si on aurait l'occasion de se dire bonjour à nouveau.

Mais c'était ainsi, Elwen était partie et Legolas ne savait s'il pourrait un jour la revoir. Il s'accouda à la fenêtre et soupira, le visage d'une elleth aux cheveux de feu dansant devant ses yeux. Devant lui, des elfes s'activaient. Ce soir, une grande fête avait lieu, une de celles auxquelles il aimait se rendre. Sa mère aimait par dessus tout entendre les rires et la musique se mêler, rendant les fêtes si fréquentes.


Elenya, fille de Aldaron et épouse de Thranduil, regardait son fils depuis les étages supérieurs. Il était rentré depuis déjà plus de cinq ans mais elle avait l'impression constante qu'il n'était pas vraiment là, son fils n'était plus le même, celui qu'elle connaissait avait disparu.

Elenya entendit des pas derrière elle et devina rapidement qui était la personne qui venait la chercher. Aldawen vint se placer silencieusement aux côtés de sa mère. Ses longues mèches d'un blond froid se balancèrent un instant dans le vent avant que la jeune elfe se tourne vers sa mère.

Ses yeux gris acier, rappelant étrangement ceux de son père, se posèrent à nouveau sur son frère aîné. Aldawen avait l'apparence d'une jeune fille de 14 ans mais cet âge sonnait faux. Ses yeux étaient remplis d'une maturité étrange. On aurait dit que l'on regardait à travers l'âme d'une vieille femme, une humaine qui aurait vu et vécu tant de choses que cela n'aurait pas suffit à remplir une vie. Elle ressemblait à une déesse statufiée dont la beauté de ses traits avait quelque chose de glaçant. Aldawen n'avait pas l'espièglerie d'une enfant, son rire n'avait pas résonné depuis bien trop longtemps.

Sa longue robe blanche s'étalait à ses pieds mais si le tissu immaculé avait voulu mimer l'innocence, c'était raté. Aldawen n'en était que plus froide, ses lèvres rosées étaient serrées et aucune étincelle n'illuminait ses pupilles. Pourtant, elle était si douce et si gentille que l'on aurait presque pu croire que son âme était prisonnière d'un corps étranger.

- « Vous ne devriez pas être là, Nana. Cela va faire plusieurs heures qu' Ada vous fait demander. »

- « Il est étrange, tu ne trouves pas ? » souffla sa mère en désignant Legolas du regard.

Les yeux de la jeune elfe allèrent se poser sur son frère. Elle ne cilla pas, gardant intact ce masque d'impassibilité qu'elle avait adopté depuis bien longtemps.

- « Legolas est rentré mais j'ai l'impression qu'il s'est perdu en chemin. » poursuivit sa mère.

- « Je n'aime pas lire les esprits, j'ai l'impression d'être une intruse. »

- « Ce n'est pas malhonnête, juste de l'observation. Il n'y a rien de magique là dedans … »

Aldawen ne répondit rien mais garda son regard fixé sur son frère. C'est vrai qu'elle ne le reconnaissait plus. Après tout, cela faisait des années qu'il était devenu un étranger pour elle. Lorsqu'elle s'était réveillée de son coma, il avait tellement grandi et changé qu'Aldawen n'avait pas voulu voir en cet elfe, son frère. Mais l'avait elle jamais connu ? Il était un être distant et leur 1000 ans de différence ne les avaient pas rapproché. Elle avait l'impression de le connaître tout en restant à ses yeux un étranger. Au fond d'elle, Aldawen pensait que son frère la jugeait faible, lâche et sans intérêt. Il avait toujours été distant, comme s'il ne savait pas se comporter devant elle, comment l'accepter, comment agir avec une sœur.

- « Il porte en lui des regrets … dont il ignore lui même le sens. » murmura Elenya.

- « Nana, il faut que vous veniez, je vous en prie. Ada va finir par perdre patience. »

Mais Elenya ne bougea pas. Elle posa ses mains sur le rebord en pierre de la fenêtre et plongea ses yeux dans ceux de sa fille. Elles étaient si différentes, pensa t-elle. Elle avait donné à Thranduil une fille qui ne lui ressemblait pas. Elenya repoussa sa lourde tresse noire par dessus son épaule. Un instant, les mèches si sombres semblèrent vouloir rejoindre celles, presque blanches, de sa fille. Elle était comme ça, ténébreuse dans une famille aux cheveux d'or. Elenya aimait se dire que c'était ce qui avait tant attiré Thranduil : cette différence.

Elle, comme la nuit, et lui brillant comme l'astre solaire. Ils n'avaient en commun qu'une peau blanche, immaculée, comme si leur traits avaient été tracés dans de la porcelaine. Une peau si blanche qu'elle contrastait avec ses cheveux plus noir que l'encre. Legolas avait ses yeux bleus, étincelants et profonds mais aucun de ses enfants n'avaient hérité de sa chevelure d'un noir de jais. Enfin si, un seul.

La main glacée d'Aldawen saisit doucement les doigts de sa mère et l'attira vers elle. Elenya, fille des étoiles, jeta un dernier regard à son fils et accepta enfin la supplique silencieuse de sa fille qui l'entraîna à l'étage supérieur.


Elwen avait marché pendant des mois, longeant ce rivage sans fin. Puis elle s'était subitement tournée vers l'Ouest et avait repris sa route. Elle avait vécu ainsi pendant deux ans, chassant pour se nourrir et dormant au milieu des bois en priant pour que personne ne la tue pendant son sommeil.

Elwen évitait les villages, se cachant des yeux du monde et disparaissant dans l'oubli. La simple pensée des moqueries de jumeaux sur ses talents de cuisinière arriva à lui arracher un ultime sourire dont seules les étoiles furent témoins. Et puis un jour, elle stoppa son voyage. Devant elle s'étendait une ville d'où s'échappaient des bruits qui lui étaient désormais étrangers, le bruit de la vie. Le rire d'une femme publique, le trot d'un cheval et des éclats de voix résonnèrent à ses oreilles comme une étrange musique. Cela lui semblait si lointain, comme si elle ne faisait plus partie de ce monde, comme si on la punissait de l'avoir fui pendant trop longtemps …

Elwen trouva un métier simple, elle devint plongeuse dans une auberge. Elle avait longuement hésité à prendre le poste de serveuse mais elle avait finalement renoncé. Elle sentait qu'elle n'aurait pas la force de sourire aux clients, de leur répondre aimablement ou de leur dire « à bientôt ! » d'un ton enjoué. Non, il lui fallait un travail qui lui permettrait de vivre, de remplir ses journées mais surtout de penser.

Si Elwen n'avait pas quitté la route pendant ces cinq ans, c'était bien pour s'empêcher de penser. Elle ne voulait plus entendre cette petite voix de son esprit qui lui soufflait « Si je n'étais pas partie, peut être que je serais autour d'un bon feu, en train de mordre à pleine dent dans un lapin rôti préparé par Legolas. » Si certains contemplaient l'échec monumental de leur vie au fond d'un verre, Elwen le trouvait au fond des marmites sales et des écuelles en bois.

Au fil des mois, Elwen vit ses mains changer, l'eau savonneuse abîmant sa peau et la desséchant. Elle passait ses journées dans une arrière cour à moitié couverte, derrière l'auberge. La ruelle sur laquelle donnait les fenêtres aux verres brisés laissaient échapper une forte odeur d'urine et déchets si bien qu' Elwen se retrouva de nombreuses fois sans coéquipière. Cela l'arrangeait, faire la conversation n'avait jamais été son fort et si elle avait le malheur de ne pas répondre, on lui collait l'étiquette de « condescendante » ou «hautaine ».

L'aubergiste n'avait rien à redire sur cette étrange jeune fille, jamais elle ne venait se plaindre ou demander une augmentation. Elle était toujours à son poste, même l'hiver alors qu'il neigeait jusque dans l'appentis. Elle ne prononçait un mot que si on lui soutirait à grand recours de questions enthousiastes. Une chose était sûre, cette petite avait vécu trop de chose pour qu'on puisse la juger.

Elle n'était qu'une ombre, elle aurait presque pu être absente qu'on ne s'en serait même pas aperçu.

Et puis un jour comme les autres, Elwen, qui lavait une énième casserole, arrêta ses gestes. Ses mains retombèrent dans l'eau savonneuse où flottaient des tâches de graisse. La jeune fille baissa la tête et se mordit la lèvre. Non ! Elle n'allait pas pleurer maintenant ! Il fallait faire taire cette voix. L'elleth releva la tête et ferma les yeux, un soupir de désespoir sortit d'entre ses lèvres.

La nuit dernière, Mahtan était venu. Il ne lui avait pas parlé, il l'avait simplement regardée fixement, détaillant la jeune femme qui devait désormais être une inconnue pour lui. Il avait donné sa vie pour une fillette et voici qu'il retrouvait une femme à sa place.

Mahtan n'avait pas dit un mot même sous les suppliques de celle qu'il avait élevée. Cela avait été une torture insurmontable pour elle. Elwen se revoyait recroquevillée à ses pieds, le suppliant de lui répondre. Ce n'est que quand elle avait senti le rêve décroître qu'il avait ouvert la bouche.

- « C'est vraiment ce que tu veux, Elwen ? Regarde toi. Tu es misérable … Je ne veux pas être méchant, je suis juste honnête puisque tu ne l'es pas avec toi même. »

Elle avait relevé la tête et avait voulu répondre mais déjà, il s'éloignait pour se fondre dans la foule silencieuse.

- « Il n'y a que toi qui puisses choisir. Bien sûr, les autres veulent te faire du mal, mais toi, Elwen, le veux tu ? »

À présent, ces mots repassaient sans interruption dans son esprit. Elwen ouvrit les yeux sur les carreaux de verres brisés et couverts de givre.

Est ce que j'aurai voulu pour moi ? Est ce que je souhaite être à jamais si misérable ?

Ses mains glissèrent de la bassine de fonte et allèrent battre sa jupe de laine. Elwen regardait droit devant elle, les bras le longs du corps, le regard fixe et ses pensées se chevauchant. Alors la réponse vint d' elle même.

Non

Non, elle ne voulait pas décrasser des marmites pour l'éternité. Ni récurer les parquets et la vaisselle. Ni servir un quelconque maître, ni devoir s'incliner devant les maîtresses de maison, ni sortir laver le linge d'un de leur horrible mioche.

Comme un pantin, Elwen recula d'un pas raide, les yeux toujours fixé sur la fenêtre. Son regard tomba sur la cuve d'eau savonneuse et elle porta sa main à sa tête, défaisant l'épais chignon écarlate. Il fallait que cela cesse. Elle devait partir d'ici.

Sans un regard de plus pour le taudis qui l'avait abrité pendant des mois, elle sortit dehors, arrachant son tablier et courut presque à sa chambre. Elle enleva sa robe de laine épaisse et passa un pantalon et une tunique au hasard.

Une force nouvelle faisait battre son coeur, la forçant à accélérer le pas pour se rendre au ranch à la sortie du village. Elwen sauta par dessus la barrière, enfourcha un cheval et partit au galop sous les cris du propriétaire.

Le vent acheva de défaire sa coiffure et la sensation de ses cheveux battant dans son dos fut d'une telle force qu'elle accéléra la cadence. Elwen n'avait rien avec elle si ce n'est une sacoche de quelques vêtements et ses armes. Il était temps de voir revivre Siliama et Atheleen.


La fête fut merveilleuse. Elles étaient toujours merveilleuses. Aldawen aimait sentir les rires autour d'elle, même si elle n'y prenait jamais part. De loin, elle avait vu Artanis danser avec Legolas. Il lui avait donné un sourire qui n'atteignit jamais ses yeux. Ses prunelles glacées s'étaient un instant fixées sur sa jeune sœur mais Aldawen avait détourné le regard rapidement.

Du balcon, elle dominait toute la fête, observant cette effusion de vie comme si elle était inaccessible. La froide Aldawen ne participait jamais aux danses et aux chants. Elle demeurait seule dans le palais, à regarder en dessous d'elle des êtres qu'elle enviait tant. La jeune fille s'était construit seule sa prison, s'interdisant les joies et la liberté de vivre. Pourquoi faisait elle cela ? Elle même ne savait pas. Aldawen avait toujours eu au fond d'elle même cette tristesse, cet étrange sentiment qui pesait sur elle. Une amertume familière venait toujours se glisser en elle, rendant froid et distant chacun de ses gestes.

Elle rêvait d'un espace où elle pourrait laisser aller ce masque de cire qu'elle s'était créée, un endroit où seul le néant pourrait juger ses larmes trop nombreuses. Mais ceci était son secret. Jamais personne n'avait vu en elle quelqu'un d'autre que la Fille de Glace.

Elle portait en elle un désespoir qu'il ne fallait surtout pas laisser faire surface. Qui écouterait ses plaintes ? Sa mère trop occupée à soigner ses propres blessures ? Son père, si dur et sévère ? Son frère qui restait pour elle un étranger ?

Elle aimait être seule car elle pouvait alors pleurer sans que personne ne la voit si faible. Souvent, Aldawen se demandait si elle avait toujours été comme ça. Elle savait pertinemment que non. C'était depuis qu'elle était partie.

Son père aussi avait changé, ils avaient tous changé. Même Legolas, sous ses airs de guerrier fort, ressentait cette douleur en son coeur. Il se mit à pleuvoir. Et là bas, à des milliers de kilomètres d'ici, une autre elleth rejoignait Aldawen dans la douleur des rêves.


Elwen se rendit dans une ville, à l'Est du royaume du Rohan, du nom d'Easthold. C'était une des plus grandes villes qu'elle est jamais vue et l'impressionnante tour du château laissait voir une énorme horloge dont le bout des aiguilles représentaient un renard, un serpent et une perdrix. Elwen connaissez bien cette ville, elle y avait une réputation bien trop sombre pour que l'on ne se souviennent pas d'elle, c'est pourquoi elle l'avait jusqu'à présent évitée.

Elwen n'avait pas choisi cette ville au hasard. Elle avait pris la décision de s'y rendre pour l'unique présence des souterrains creusés sous la ville. C'était le secret de cette cité, une terre percée de mille galeries dont on ignorait l'utilité. Ces boyaux étaient le repaire des bandits, des voleurs et des escrocs. C'était une ville inversée, une ville pour ceux qui se cachent et fuient celle de la surface.

Et Elwen en faisait malheureusement partie.

Elle trouva une des entrées secrètes et fut bientôt entourée par les ténèbres. L'échelle de fer était rouillée et les murs suintaient d'humidité mais Elwen choisit d'ignorer ces détails. Des voix lui parvinrent et elle put bientôt apercevoir la lueur lointaine d'une lanterne. Un groupe d'hommes buvaient un étrange breuvage noir et stoppèrent leur conversation à son approche. Il n'y avait pas beaucoup de femme ici, ce qui expliqua les regards intrigués, et pervers, qui la suivirent. Elwen, tout en les dépassant, sortit son long couteau en le faisant distinctement tinter. La lumière de la lanterne leur renvoya l'éclat de la lame et ils gardèrent le silence jusqu'à ce qu'elle disparaisse dans les méandres de Dlohtsae, la ville inversée.

Bientôt, Elwen sentit qu'elle approchait du centre des souterrains, de plus en plus de galeries débouchaient sur le tunnel qu'elle avait emprunté. Les clameurs lui parvinrent, le bruits des chopes les unes contre les autres et même des rires. Qu'auraient dit les jumeaux de cette ville de truand ? Qu'aurait pensé Legolas des milliers de galeries enfouies ? Elwen sourit en pensant que son ami n'y serait même pas entré, les elfes des bois détestaient être enfermés et loin de la lumière du jour. Quelques personnes se retournèrent sur son passage mais aucune ne l' interpella.

Elle se rendit vers l'échoppe de ce qui semblait être un apothicaire. Elwen savait pourtant parfaitement que les deux tiers des flacons contenaient de puissants poisons mais elle n'était pas là pour cela, confectionner des poisons était une de ses spécialités depuis son passage ici et elle n'avait sûrement pas besoin d'en acheter.

Un tout petit homme la regardait avec suspicion quand elle tendit la main pou attraper une demi douzaine de flacons en verre.

- « Je t'en donne 4 pièces. »

- « 8. » répondit t-il d'un ton implacable.

- « Tu es fou ! Pour combien tu les as eu ? 3 ? »

- « 6, je ne m'abaisserai pas plus. »

- « Alors tu peux les garder, j'irai voir ailleurs. »

Elwen reposa les flacons vides et se détourna. Quand elle entendit qu'on l'appelait, un sourire naquit sur ses lèvres. Elle savait mieux que personne que tous ici étaient prêts à vendre leur propre enfant pour cinq pièces, tant la vie était dure.

- « Voici tes flacons. À présent, l'argent. » maugréa le petit homme.

Elwen lui tendit les quatre pièces et se saisit des fioles. Elle sentait ses gestes devenir machinal, l'effrayant presque. Elle rabattit sa capuche sur sa tête et marcha d'un pas ferme à travers les nombreuses galeries. Sur son passage, on s'écartait, on dévisageait cette étrange femme aux cheveux bien trop rouges.

Elwen rejoignit la forêt qui se tenait là, à la sortie de la ville. Les grands arbres cachaient le ciel, rendant l'espace sombre et menaçant. Sans attendre le lever du soleil, Elwen s'attela à la tâche.


Lorsque le soleil pointa à l'horizon, la ville était déjà en mouvement depuis quelques heures, préparant le marché quotidien. De partout, on entendait des meuglements de bœufs, des aboiements de chiens ou le cri d'un coq. Une effervescence nouvelle faisait vibrer l'air dans les rues.

Au milieu de cohue, Elwen marchait comme au ralenti, observant toutes les personnes qu'elle croisait, humant les différentes odeurs que portait le vent. Elle s'installa au bout d'une rue passante et étala les petites bouteilles remplies de liquides au nuances diverses, ainsi que de nombreuses baies et différentes herbes arrachées, devant elle.

Sa capuche ne laissait voir que le bas de son visage et une lourde et longue tresse rousse. Elle attendit là, appuyée sur le mur derrière elle. Un homme passa plusieurs fois devant elle, avec tout d'abord rien de plus qu'un discret regard intrigué mais cela suffit à Elwen pour comprendre qu'il viendrait avant la fin de la matinée.

En effet, après de nombreux passages, l'homme s'arrêta devant elle en prenant garde que personne ne l'ait vu.

- « Vous connaissez les différentes herbes ? » souffla t-il.

- « Je connais celles qui guérissent … mais aussi celles qui tuent. » murmura t-elle avec un sourire carnassier.

- « Très bien … très bien, je … Enfin. Je viens de la part de quelqu'un qui voudrait un poison. » dit-il en baissant la tête.

- « Quel âge a t-elle ? »

- « Je … je vous demande pardon ? »

- « La femme que vous désirez voir mourir. »

L'homme la regarda bien en face et son visage se figea subitement. Il bafouilla quelque chose mais aucun mot ne sortit de sa bouche.

- « Je ne souhaite pas sa mort mais celle de l'enfant qu'elle porte depuis maintenant 8 mois. »

Cette fois ci, ce fut Elwen qui demeura sans voix. Tuer des personnes dont elle ne savait rien ne l'avait jamais dérangé, elle l'avait fait toute sa vie, mais mettre fin à une vie qui n'avait jamais vu le jour lui semblait atroce. Elle avait vu Mistrid pratiquer en cachette une de ces opérations qui consistaient à extraire un enfant qui n'était pas encore né mais son amie lui avait expliqué qu'avant trois mois, l'enfant n'en était pas un. Il n'était qu'un amas de cellules.

Pourtant, là, la substance qu'elle s'apprêtait à vendre assassinerait bien un enfant qui n'avait pas encore vu le jour.

- « Qui êtes vous pour elle ? » souffla Elwen en abaissant sa capuche.

- « En quoi cela vous importe ? » chuchota t-il, sur la défensive.

- « J'ai besoin de savoir. Est elle seulement d'accord pour cela ? »

- « Non. Non évidemment. Ma nièce n'en sait rien, elle l'apprendra en même temps que l'homme qui l'a engrossée. »

Elwen tendit la main vers la fiole en verre qui contenait le liquide qui tuerait l'enfant à naître. Son bras tremblait, ses pensées s'affolèrent et elle ferma un instant les yeux.

Elenwë apparut devant elle, ses longs cheveux blancs volant autour de sa tête. Ce n'était pas le néant d'une blancheur immaculé qui l'entourait mais un noir profond. Elle gifla Elwen si fort que celle ci en tomba à la renverse.

- « Tu ne crois pas que tu as tué assez d'enfants déjà ! Pense à cet enfant qui ne grandira jamais ! Pense à la douleur de sa mère ! On ne donne pas la vie pour recevoir la mort, Elwen ! »

L'elleth ne dit rien et baissa simplement la tête. Devant ses yeux, elle vit grandir en accéléré l'enfant. Il ne mesurait pas plus d'une vingtaine de centimètres mais en sa poitrine battait un coeur. Sous ses yeux, il grandit. Ses rires résonnaient à l'oreille d'Elwen. Elle le voyait courir à perdre haleine dans les champs, une petite fille à ses côtés. L'enfant semblait ne pas la voir, elle, la bouche légèrement entrouverte, droite malgré son âme se fissurant. Elwen le vit devenir guérisseur. Il rendait fière sa mère. Son sourire s'emplissait de vie à mesure qu'il grandissait. Un instants, il donnait un enfant à une femme aux cheveux d'encre. À un autre, il parcourait le monde, tenant la main blanche de sa femme et celle, minuscule, de sa fille.

Voilà ce qu'elle s'apprêtait à faire, à détruire, à supprimer comme si cela n'avait jamais existé. Juste en donnant cette fiole à cet homme. Encore une fois, Elenwë lui faisait voir les conséquences de ses actes, à elle, pauvre aveugle.

- « Excusez moi. » murmura t-elle en serrant le flacon au creux de sa main.

- « Je vous demande pardon ? »

- « Je ne peux pas vous aider. Personne ne peut faire cela. »

- « Vous vous moquez de moi ? Je l'ai déjà f- »

Mais la fin de sa phrase ne vint jamais. Il se stoppa à temps et lança un regard derrière lui. Il se gratta nerveusement le crâne avant de se détourner.

- « Je croyais que les gens comme vous n'avez aucun honneur, aucune pitié, à peine une âme. »

- « Alors peut être que vous avez tort. Peut être que ces gens là ont eux aussi un cœur. Il y a longtemps, je vous aurais vendu ce poison en profitant même pour en tirer un bon prix, mais une vieille amie tente de me faire voir ce que signifie ces gestes. » Elle se tut un instant, observant son interlocuteur qui s'était figé. « Vous n'avez jamais pensé à ce que cet enfant aurait pu être et devenir ? Vous lui volez son futur, vous anéantissez l'avenir. »

- « Qui croyez vous être pour parler ainsi ? Vous êtes une marchande de mort ! Vous pensez peut être être le héros qui raisonne le méchant oncle ? La vie n'est pas un conte de fée. »

- « Oh mais je le sais bien. Je ne suis pas la courageuse jeune fille qui empêche les meurtres, je serais même plus celle qui les commet, celle que les gentils pourchassent. Mais nous ne sommes pas dans un roman, vous n'êtes pas l'implacable meurtrier d'enfants et je ne suis pas l'intelligente, la belle, l'équitable héroïne. Je suis juste … moi. »

Une grande mélancolie l'envahit d'un coup et Elwen ferma les yeux. Elle porta sa main à son visage, soudainement épuisée. Un soupir tremblant lui échappa.

- « C'est étrange, n'est ce pas ? Je ne vous connais pas et vous devez me mépriser autant que je vous méprise moi mais … on est quand même là, à discuter de ce que nous envions tous deux et qui, malheureusement, reste hors d'atteinte. Vous êtes un monstre comme je le suis moi même. » dit elle en gardant la tête baissée.

L' homme la regarda un instant puis se détourna d'elle lentement. Avant qu'il ne se soit trop éloigné, elle lui glissa dans la main une fiole. Sous son regard interrogateur et suspicieux, elle lui répondit.

- « Si jamais vous changez d'avis, c'est un fortifiant pour nourrisson. » dit -elle tristement.

- « Vous pouvez le garder, je ne compte pas changer d'avis là dessus. »

Et il disparut à l'angle de la rue marchande. Si Elwen avait été l' héroïne qu'elle aurait voulu être, elle aurait couru après cet homme qui s'apprêtait à tuer un enfant à naître. Mais la vie n'était pas ce conte de fée comme elle l'avait cru à tort il y a des années.

Alors, au lieu de faire tout son possible pour empêcher ce meurtre, elle rangea minutieusement ses flacons. Après tout, personne ne l'avait jamais empêché de faire ce qu'elle avait fait. Qui était-elle pour se permettre de raisonner cet homme ? Elle qui avait pris tant de vies.

Au fond de son sac, elle trouva la clef d'or qu'elle avait volée au village où elle avait laissé ses amis. Dans sa main, le minuscule objet semblait lui susurrer des paroles, lui rappelant le nom de tous ceux qui avaient péris sous sa main. Ses doigts caressèrent la couverture de cuir du carnet qui venait du même endroit que la clef.

Elwen s'était promis de ne l'ouvrir que quand elle aurait atteint ce qui serait pour elle, son but. En cet instant, elle savait que ce n'était pas le cas mais elle avait attendu trop de temps. Elwen savait qu'il renfermait des choses effroyables.


Voilà ! J'espère que cela vous aura plu. J'ai essayé de développer d'autres personnages, je ne sais pas si cela est réussi ou non … mais bon.

J'avais déjà mentionné Aldawen et j'avais envie de développer son perso pour en même temps qu'on puisse en apprendre plus sur Legolas grâce à elle.

Dans tout les cas j'aimerais vraiment que vous me laissiez un message, ne serait ce que pour dire quelques mots et me donner votre ressenti. Je sais bien que je me répète mais vous ne savez à quel point ça compte pour les auteurs de fanfiction ! Alors, s'il vous plaît, prenez juste deux minutes pour m'écrire un mot ;)