Un grand immense merci aux deux personnes qui ont commenté le dernier chapitre !
(Réponse à ceux n'ayant pas de compte :
Nenya : Ton commentaire m'a fait tellement plaisir ! Je suis très contente que mon histoire et mon écriture te plaise ! Voici tout de suite le prochain chapitre ;)
Italique : Elfique/Passé
Normal : Westron/Présent
Au bout de quelques minutes, la guérisseuse se releva, le visage impassible. Elle s'essuya les mains sur un torchon. Elwen se tourna silencieusement vers elle, n'osant pas regarder son amie. La guérisseuse posa doucement sa main sur son épaule.
- « C'est fini … »
Elwen n'osait pas se tourner vers son amie, terrifiée à l'idée de ce que signifiaient les mots de la jeune guérisseuse. La main d'Elorna ne bougeait pas dans la sienne. Un poids tomba dans le ventre de l'elfe, une douleur sourde se propagea dans tout son corps, lui donnant la nausée.
Et puis, elle sentit son coeur s'envoler quand elle sentit les doigts d'Elorna se resserrer imperceptiblement contre sa main. Elwen se tourna vers elle vivement, cherchant des yeux une preuve de sa vie. Elle ne voulait pas la voir mourir comme ça. Pas après si peu de temps.
Elorna pleurait. Pas comme elle avait toujours pleuré sur la route jusqu'ici. Elle se vidait d'une tristesse sans fin. Son visage était tordu par des sanglots silencieux. Ses yeux fermés laissaient glisser des larmes qui ne semblaient jamais pouvoir se tarir.
La guérisseuse était au dessus d'une table, dans un coin de la pièce. L'enfant n'avait pas crié, il ne respirait pas. Elle n'avait pas posé la question qui briserait la jeune femme.
Que fait-on de l'enfant ?
Elorna semblait morte. Son corps ne bougeait plus, seules ses lèvres serrées contenant ses sanglots témoignaient d'un signe de vie. Elwen se vit porter sa main à sa tête. Elle lui caressa lentement, délicatement les cheveux. Elle la laissa pleurer.
- « C'est fini … c'est fini. Tour ira bien … » chuchota t-elle.
Elorna ne répondit pas. Ne bougea pas. Les minutes qui passèrent semblèrent durer des heures. Le silence de la pièce fut soudainement interrompu par un cri d'enfant. Les pleurs d'Elorna redoublèrent de violence. Elle se cacha le visage avec ses mains et lâcha la main de son amie.
La jeune guérisseuse s'approcha d'elles lentement, tenant dans les bras un paquet de linge d'où s'échappaient les cris d'un nouveau né. Elle chercha le regard d'Elwen, ne sachant pas quoi faire.
- « Que voulez vous faire de l'enfant ? » souffla la jeune femme.
Personne ne lui répondit, Elwen avait baissé les yeux, peut être par lâcheté, peut être parce qu'elle sentait que c'était ce n'était pas à elle de faire ça.
- « Il existe des solutions … Des orphelinats, des foyers pour ceux qui ne sont pas désirés. » murmura doucement la guérisseuse en s'adressant à Elorna. « Beaucoup de femmes nobles seraient enchantées d'avoir un enfant aussi beau. »
Elorna s'était juré plus jeune de ne jamais faire vivre à son enfant la détresse qu'elle avait vécu dans les orphelinats. Comment pouvait-on être heureux si personne n'avait jamais voulu de vous ?
Pourtant, aujourd'hui, elle hésitait. Serait-elle seulement capable d'élever et d'aimer cet enfant en ne l'associant pas à son père ?
L'avenir était incertain, le passé horrifiant et le présent terrifiant. Elle était encore plus perdue que lors de sa grossesse. La décision qu'elle s'apprêtait à prendre déterminerait les prochaines années de sa vie.
La guérisseuse en face d'elle attendait calmement sans dire un mot. Le paquet de drap dans ses bras ne bougeait pas. Soudain, un minuscule bras sortit du linge et s' agita.
La simple vue de ce bras lui brisa le coeur. Elorna réalisa brusquement que cet minuscule être était là, juste là, à portée de main. Elle avait porté cet enfant pendant un peu plus de huit mois mais jamais elle ne s'en était sentie aussi proche.
Il respirait le même air qu'elle, il possédait un corps semblable au sien. Elorna tendit le bras vers lui.
- « Est ce que je pourrais le voir ? »
Sa voix était cassée, comme si tous les efforts de la journée l'avait brisée. La guérisseuse s'approcha d'elle et abaissa ses bras vers elle. Le nourrisson possédait un touffe de cheveux roux flamboyant et ses yeux étaient encore fermés.
- « C'est une petite fille … » murmura la jeune femme en mettant l'enfant dans les bras de sa mère.
Le bébé était minuscule. Sa peau était rose et marquée à certains endroits de marques rouge vif. Elwen se sentait comme un intrus face à cette scène, elle faisait tâche. Ce qu'elle voyait était la première rencontre entre une mère et son enfant. C'était beau, émouvant et triste à la fois.
Secrètement, elle espérait qu'Elorna accepterait ce bébé. Cependant, si Elorna faisait le choix de le garder, il fallait faire en sorte qu'elle ne le fasse pas seulement pour ne pas l'abandonner. Il fallait qu'elle l'aime. Elwen souffrait encore aujourd'hui d'avoir été haïs par un homme qui n'était plus son père.
- « Vous voulez la nommer ? »
Elorna prit un air songeur sans quitter des yeux le bébé blotti contre elle. Elle releva les yeux vers Elwen.
- « C'est une enfant maudite. Elle le sera à jamais. Comment dit-on maudit en elfique ? »
- « Elorna … Tu ne peux pas l'appeler maudite ! Tu veux qu'elle porte avec elle le poids d'un acte dont elle est la preuve ! »
- « Elwen ! Comment dit-on maudit en elfique ! » déclara durement la jeune femme.
Un silence s'étendit entre elles. Elwen ne dit rien, gardant pour elle le nom qu'elle ne prononcerait jamais.
- « J'ai besoin de savoir … » souffla Elorna.
- « Tu n'as pas retenu tes erreurs ? »
- « Bien sûr que si ! Mais je veux que ma fille sache la vérité, même si cette vérité fâche ! »
- « J'ai connu une petite fille que ses parents avaient nommé Souffrance. Comme si on avait voulu lui rappelé toute sa vie que sa venue au monde n'avait pas été désirée, pire, qu'elle avait été haïs avant même qu'elle ne voit le jour. Souffrance a grandi, persuadée qu'elle ne serait jamais aimée, que sa seule présence suffisait à faire souffrir. Tout est devenu réel, personne ne l'aimait, même elle a commencé à se haïr. Et si elle faisait souffrir les autres pourquoi ne se ferait-elle pas souffrir aussi ? Elle morte à l'age de 14 ans, les veines ouvertes, des coupures sur tout le corps. Elle morte, tu entends ? Elle morte à cause de ceux qui n'avaient pas voulu d'elle, qui lui avaient fait croire par son nom elle ne serait jamais aimée ! »
Elwen avait dans la voix une dureté qu'elle ne se connaissait pas. À cet instant, elle se tenait entre Elorna et le monstre qui avait pris sa place. Elle protégeait l'enfant d'un destin qu'elle ne voulait pas voir se réaliser.
- « Je ne ferais pas cette erreur. Me vois tu à ce point mauvaise pour confier à un bébé une destinée que je ne souhaite à personne ? Mais je veux qu'il sache, je veux qu'il ne doute pas un seul instant qu'il est fautif. Je veux qu'il porte en lui la bêtise de son père, les pleurs de sa mère et les siècles de barbaries des Hommes. »
Elwen l'observa longuement. Les yeux de son amie s'étaient fait suppliants. Le nourrisson se mit à gémir. Elwen pensa à lui, à ce que serait sa vie, à ce qu'il penserait de son choix. Elle releva les yeux vers Elorna.
- « Il existe plusieurs mots pour signifier maudit en elfique. Hùtawen signifie femme qui a été maudite par la vie, mais il annonce une vie malheureuse aux personnes qui ne parviendront pas à se défaire de leur malédiction. Penya signifie femme maudite mais suggère qu'elle parviendra à se libérer de sa condition en vivant toute sa vie dans la peine. Et enfin il y a Naïquetwen, femme maudite qui sera écrasée toute sa vie, il y a une connotation de faiblesse et de fatalité. »
Elwen avait déblatéré son discours linguiste sans regarder une seule fois son amie. Le bébé pleurait bruyamment maintenant mais sa mère semblait ne pas y prêter attention. Lorsqu'elle releva la tête, elle avait choisi.
- « Elle s'appellera Penya. » souffla t-elle en resserrant ses bras autour de l'enfant.
Aldawen guettait du haut d'un arbre. Le clair de lune diffusait une lumière si faible qu'un humain n'aurait vu que les ténèbres devant lui. Sa vue elfique était un atout qu'elle n'aurait soupçonné. Halda était une semi-elfe et ses sens n'étaient pas aussi aiguisés que ceux de la jeune elfe.
Cela faisait longtemps qu'elle avait perdu le compte des semaines. Halda continuait à la former, durement, sévèrement, mais Aldawen l'en remerciait silencieusement. Jamais elle n'aurait eu la force de continuer si son mentor n'avait pas été aussi fort.
Quand elle s'observait dans le reflet de l'eau, elle avait presque du mal à croire que la petite elfe chétive et effacée lui faisait aujourd'hui face. Sa présence était encore là, bien présente, mais si faible. La froide Aldawen avait fondu.
Mais elle n'était pas encore prête. Pas assez forte. Au fond d'elle, Aldawen savait que si elle revenait à Vert-Bois elle n'aurait jamais la force de partir à nouveau. Et puis, elle voulait leur montrer à tous qu'ils avaient eu tort de la croire faible et insignifiante.
Un jour, Aldawen reviendrait. Ce jour là, elle leur montrerait leur erreur, elle rendrait fière sa mère d'avoir une fille aussi digne, son frère ouvrirait grand les yeux en voyant sa petite soeur devenue si forte. Mais par dessus tout, elle voulait voir dans le regard de son père de la fierté face à celle en qui il n'avait jamais cru.
Un jour, elle reviendrait et ils sauraient à quel point ils s'étaient trompés.
Halda, en bas de l'arbre, siffla un petit coup sec. Aldawen redescendit en silence et lui fit un signe négatif. Personne en vue.
Elles remontèrent en selles et s'avancèrent dans la faible lumière qui éclairait la plaine devant elles. Aucune ne dit un mot. Il se murmurait dans toute la lande que des patrouilles orques avaient réussi à passer les portes du Gondor.
Aldawen ne savait toujours pas où elles allaient, cela la rassurait presque. Elle avait placé une confiance aveugle en son amie, peut être trop. Pourtant quelque chose lui soufflait qu'elle avait raison. Une sorte d'intuition étrange lui murmurait qu'Halda serait la personne la plus importante de sa vie.
Le galop de leurs montures étaient le seul bruit à retentir dans la plaine vide. La puissance des chevaux elfiques étaient remarquables. Leurs sabots touchaient le sol puissamment avant de se propulser en avant. Aldawen s'y était habituée mais la vitesse lui coupait encore parfois le souffle.
Halda, devant elle, était concentrée sur la route. Elle semblait préoccupée par une menace encore invisible mais Aldawen avait appris à ne pas sous-estimer les pressentiments. Quelque chose n'allait pas, elles pouvaient le sentir dans l'air, dans la tension qui régnait dans la lande.
Le silence ne mentait pas.
Là, quelque part dans l'ombre, une menace grandissait. Aux aguets, Halda se tendit soudainement et braqua son regard sur la gauche. La jeune elfe en fit de même. Au loin, dans les ténèbres impénétrables, quelque chose avançait.
Soudain, une énorme bête sortit de l'ombre, chevauchée d'une créature immonde. Aldawen laissa échapper un cri de surprise. Son amie se tourna vers elle, sans comprendre. Halda ne pouvait voir cette menace, seulement en sentir la présence.
- « Des … des cavaliers Wargs ! » cria Aldawen en cédant à la panique.
Halda ne répondit rien mais fit accélérer sa monture, invitant son amie à en faire de même. Le vent sifflait à leurs oreilles, les rendant sourdes au bruit des monstres se rapprochant. Pourquoi allaient-ils aussi vite ?
- « Il faut nous battre ! Ils sont trop rapide ! » hurla Aldawen par dessus le vent.
- « Impossible ! Tu n'es pas assez prête ! » cria Halda en retour. « Je refuse de prendre un tel risque ! Tu te laisserai céder à la panique ! »
- « Non ! Je peux me battre, tu m'as appris ! Je suis prête ! »
- « Il faut des années pour être prêt ! Encore plus pour pouvoir livrer bataille sans trembler. Je n'aurais pas la prétention de dire que je t'ai formé aussi vite ! »
Un sentiment glacé glissa subitement en la jeune elfe. Elle n'était pas prête. Tous ses rêves s'effondraient en un claquement de doigt. Halda dut le sentir car elle se retourna vers elle en souriant faiblement.
- « Tu es très forte mais pas assez pour ce combat. Ce jour viendra, ne l'espère pas trop. Il faut aussi avoir suffisamment de courage pour avouer ses faiblesses et renoncer, peut être plus que pour monter sur un champs de bataille. »
Halda avait le don de trouver les mots qui réchauffent le coeur et qui vous font vous sentir assez fort pour relever la tête sans honte. Aldawen serra les dents, s'avoua vaincu et accéléra encore. Derrière elles, les orcs ralentissaient. Les Wargs n'avaient pas l'endurance des chevaux elfiques.
Elorna dormait depuis une quinzaine d'heures, son enfant endormie à ses côtés dans un berceau de fortune. De temps à autre, la jeune femme se levait pour allaiter sa fille. Son infinie précaution était la chose la plus remarquable qu'Elwen ait jamais vu.
Cette mère n'avait pas désiré ni aimé cet enfant mais elle mettait tout en œuvre pour ne pas lui montrer. Le temps semblait s'arrêter, il n'y avait plus qu'elles.
Penya. Elorna. Elwen.
Elwen. Elorna. Penya.
Comme si tout le monde s'était arrêté de tourner, comme si les rues s'étaient subitement tues pour laisser à cette vie le temps de s'habituer au bruit du monde. Arda était muette devant cette enfant, taisant les crimes et les horreurs quotidiennes.
Mais la réalité revint bien vite à elles lorsque Elwen s'aperçut que leurs vivres diminuaient à vue d'oeil. Le coeur gros, elle porta un dernier regard sur Elorna près du feu en train de bercer délicatement le minuscule être aux cheveux déjà flamboyants.
Elle poussa la porte de l'auberge et inspira profondément l'air chaud de la ville. Une peur nouvelle avait naquis au creux de son ventre, celle d'abandonner son amie pour la prison. Elle exerçait une activité dangereuse dans une ville sans pitié. Elle ne pouvait promettre à Elorna de revenir avant la nuit.
C'était peut être la dernière fois qu'elle posait les yeux sur cette scène alors elle prit tout son temps pour graver chaque détail de leur deux corps l'un contre l'autre.
Le soleil était haut dans le ciel, il tapait fort et les auberges s'étaient remplies rapidement. Elwen marcha quelques minutes, longeant les murs à la recherche d'un peu d'ombre et de l'abri des regards. Elle évita les patrouilles de gardes circulant sur la rue principale.
Cette ville était construite sur la butte naturelle. Une grande rue séparait la cité en deux, partant des grandes portes à la base du dôme et rejoignant le sommet de la colline. Un immense manoir dominait les rues. De loin, on n'aurait vu qu' une grande ville en forme de dôme, une allée la coupant en deux.
Elwen descendit vers la base de la ville, cherchant une auberge suffisamment fréquentée pour y passer inaperçue. De la musique sortait des fenêtres ouvertes d'un établissement bondé. C'était l'endroit parfait. L'endroit où personne ne remarquerait cette femme si étrange à la chevelure flamboyante. Les clients étaient déjà trop imbibés d'alcool pour ne serait-ce que pour noter sa présence.
C'est au milieu de toute cette vie, de toute cette agitation qu'elle ne toucherait que du doigt, qu'elle transperça la foule. Les gens semblaient s'écarter d'eux même, elle faisait peur, elle n'était pas comme les autres, tellement différente.
Le bruit autour d'elle ne l'atteignait pas. Le silence avait pris sa place. Elwen évaluait chaque détail avec un infinie précision, cherchant la cible parfaite.
Ne prends aucun risque.
Tu le regretteras, comme tout le reste.
Cette voix ne la quittait plus, collant à sa peau, s'emmêlant dans ses cheveux. Près du feu, un homme d'une quarantaine d'années dormait profondément, inconscient du bruit autour de lui. Sa tête appuyée sur sa main témoignait de la quantité d'alcool ingérée.
Elwen s'approcha de lui, ses yeux cherchant où il cachait son argent. À ses pieds, un sac de toile semblait contenir tous ses effets personnels. Elle défit avec précaution le cordon qui maintenait le sac fermé. Personne ne l'avait remarqué.
La sueur commença à couler sur son front tant sa concentration était intense. Le feu se reflétait doucement dans ses yeux. D'une main, elle ouvrit le sac et fouilla dedans. Ses doigts trouvèrent une bourse pleine. En une seconde, elle s'en saisit et fit demi tour.
L'homme ne s'était même pas réveillé. Elwen se sourit à elle même, elle n'avait pas tant perdu la main finalement ! Mais alors qu'elle s'apprêtait à sortir, elle croisa le regard d'un jeune homme.
Emaël.
Son souffle se coupa soudainement. La peur lui tordit l'estomac et elle sentit un grand poids descendre en elle. Elle vit dans ses yeux qu'il l'avait reconnue et la haine qui faisait briller ses pupilles ne mentait pas.
Lorsqu'elle atteint le bout de la rue, elle commença à courir. Il allait la suivre, elle en était sûre. L'elfe prit son élan et, d'un bond, sauta sur les toits. Mais elle ne s'arrêta pas de courir. Emaël savait comment elle fuyait, il l'avait déjà vue faire , il connaissait ses techniques.
Il était déjà arrivé qu'Elwen rencontre à nouveau ses victimes. Mais c'était différent. Elle avait tué son oncle. Elle avait tué Kerberos, son protecteur. Et par dessus tout, elle l'avait trahis. Il l'avait aimée d'un amour vrai tandis qu'elle s'était servi de lui.
Sous pieds, les tuiles sèches crissaient, supportant son poids. Le soleil était écrasant mais elle n'y fit même pas attention. Sans même avoir besoin de se retourner, elle sentait qu'elle était suivie, guettée. Des yeux la suivaient en silence.
Elwen sauta sur un balcon et grimpa jusqu'au toit, beaucoup plus haut que le précédent. Ses bras étaient crispés. Elle avait peur. Tout avait changé, deux femmes comptaient à présent sur elle. Si elle se faisait attraper, elle ne serait pas la seule à en payer le prix. Tout était différent, Elorna et sa fille l'attendaient à l'auberge, comptaient sur sa protection et sur son retour.
En grimpant, tout contre la façade, Elwen prit conscience du poids qu'elles impliquaient. On n'agit pas pareil si on sait que des personnes que l'on aime sont dans notre dos. L'elfe avait toujours vécu détachée de tout, subissant seule les conséquences de ses actes. Cette nouvelle responsabilité lui briserait les os.
Haletante, elle atteint le haut du toit. À ses pieds, s'étendait la ville. Grande, majestueuse, lumineuse. C'était une si belle cité. Reprenant son souffle comme elle pouvait, Elwen jeta un œil derrière elle, cherchant son poursuivant.
Personne n'était visible, elle devait l'avoir semé. Elle resta encore quelques dizaines de minutes, les bourrasques de vent faisant voler ses cheveux. Elle ferma les yeux, une main accrochée au mat qui faisait voler le drapeau aux écussons du royaume. Elwen savourait ce bref instant de calme et de paix.
Lorsqu'elle rouvrit les yeux, le soleil avait glissé vers le bas du ciel. C'était la fin de l'après midi. Aussitôt, elle s'en voulut d'être partie aussi longtemps. Elle imagina Elorna, essayant de ne pas céder à la panique, assise sur son lit avec le minuscule bébé dans les bras.
Personne ne méritait d'être laissée seule dans de telles conditions. Mère depuis à peine un jour, il lui fallait apprendre à aimer cet enfant qu'elle n'avait pas désiré, pire, le fruit d'un acte qui l'avait brisé.
Elwen glissa sa main dans sa poche pour en tirer la bourse qu'elle avait fauchée. Celle ci était bien remplie et l'elfe s'en étonna, l'homme à qui elle l'avait volée paraissait misérable, pauvre et sans foyer. Avec une telle somme, il aurait pu s'acheter bien plus que quelques bières.
En la redéposant dans sa poche, ses doigts effleurèrent les deux mèches, rousse et blanche, que lui avait remis Norn. Le visage du nain apparut devant ses yeux un instant.
Et puis un autre visage, celui d'une jeune femme à la peau si blanche que l'on voyait ses veines bleutées en dessous, surgit. Les cheveux blancs d'Elenwë s'élevaient dans l'air comme au ralenti. Elle était là, si proche et si loin. La jeune femme regardait l'horizon avec une tristesse qui irradiait l'air autour d'elle.
Lentement, elle tourna la tête vers l'elfe qui était restée muette. Ses longs cheveux de neige suivirent le mouvement avant de s'envoler à nouveau au dessus de son dos. On aurait dit qu'elle nageait dans une eau que les mortels ne pouvaient voir.
- « Tu m'as fait une promesse, Elwen. Encore une que tu n'as pas tenue. »
Chaque fois qu'Elenwë apparaissait, c'était pour lui dire au moins cette phrase. Elwen détourna les yeux, serrant les lèvres pour éviter que des soupirs traîtres ne la quittent. La jeune femme se déplaça, chacun de ses pas semblaient aériens, comme si elle flottait. Elle leva les yeux vers l'elfe qui s'évertuait à la fuir.
- « Tu ne pourras pas t'enfuir éternellement, fille sans espoir. Ce jour approche, chacun de nous le sent. Hoarwell approche. Il approche et balayera tout sur son passage. Sans pitié. Comme toi. »
- « J'irai voir Hoarwell. Je verrai de mes yeux ce qui vous a tous détruit. Et si je dois périr, alors j'accueillerai la mort qui me sera donnée sans lutte. »
- « C'est bien trop facile. Hoarwell te détruira comme il nous a tous détruit. Mais ne t'avise pas de mourir. Il te manque encore tant de choses à subir. Je veux voir la vie s'éteindre dans tes yeux, je veux te voir mourir à petit feu, dévorée par ce que tu as fait. »
Elenwë s'approchait lentement d' Elwen, assenant chaque mot durement. La haine dans son regard ne mentait pas. L'elfe reculait, terrifiée par cette femme et ses paroles.
Un silence glaçant prit place entre elles. Elwen n'osait pas parler. Les larmes coulaient abondamment sur les joues de la femme en face d'elle. Mais la détresse se reflétait dans ses yeux si pâle.
- « Tu m'as tout pris, Elwen, tout. Bien plus que la vie. Je t'ai aimée comme une sœur mais à présent, je n'arrive plus à éprouver que de la haine à ton égard. Et ça fait si mal. De voir que celle que j'aimais tant m'a fait si mal. Je voudrais te souhaiter le meilleur, je voudrais te pardonner. Mais c'est impossible. Certaines choses ne s'oublient pas. »
Les larmes coulaient de son menton et étaient emportées par le vent. Des pleurs emportés dans l'oubli. Invisibles et véritables.
- « Tu m'as brisée. Il n'y a pas de mots pour décrire l'horreur que tu m'as fait vivre. Aucune parole ne pourra exprimer le mal que cela fait. Je passe sûrement pour la méchante de ton histoire mais si, au contraire, j'étais la gentille et toi la méchante ? » murmura Elenwë, la voix cassée par les larmes.
- « Tu es la gentille. Je suis le monstre de nos histoires. Rien ne pourra effacer ce que j'ai fait. Je me demande sans cesse comment les Valars peuvent laisser la vie à une ordure pareille. »
- « Parce que tu ne mérites même pas la mort. Tu mérites une vie de souffrance, une éternité de châtiment. Et tous ceux qui croiseront ta route en souffriront. Ils connaîtront tout le mal que tu m'as fait. »
Elwen leva les yeux vers elle. Elle pleurait encore, silencieusement. Son visage était vide, comme si quelque chose avait chassé de son corps tous les sentiments existants.
- « Tu ne seras jamais aimée. Tu ne seras jamais la gentille de l'histoire. Et tu porteras à jamais cette souffrance en toi. Celle de quelqu'un qui cherche à tous prix à se racheter mais dont rien ne sera suffisant pour faire oublier ce qu' il a fait. »
Elenwë disparut, s'évaporant dans les airs. Elwen ferma les yeux et baissa la tête, tentant de garder un semblant contrôle. Ses jambes plièrent sous elle et elle se retrouva accroupie sur le toit, le visage caché dans ses mains.
Elwen inspira fort et laissa échapper un souffle tremblant. Elle tourna la tête vers le bord du toit. Son regard resta fixé sur le vide qui s'étendait là.
Ce serait tellement plus facile. Tellement plus rapide.
Elle approcha un pied du bord. Puis un autre. Le vent fit voler violemment ses cheveux écarlates derrière elle. Ses yeux se baissèrent, jaugeant la hauteur. Mort immédiate. Elle releva lentement la tête et fixa l'horizon. Les orteils dans le vide, le vent faisant claquer ses vêtements, le soleil réchauffant sa peau. Elle était en paix.
Un pas. Un pas et tout s'arrête. Tout.
Elle tenta de ne pas écouter la voix de Mahtan et de Mistrid. Ils hurlaient. Mais elle choisit de ne pas les entendre.
- « Vous seriez prête à vous ôter la vie alors que des centaines d'autres vendraient leur âme pour revenir ne serait-ce qu'une heure sur Arda ? »
Elwen ne se retourna pas. La voix appartenait à une de ses victimes mais elle ne parvenait pas à se souvenir laquelle. Il y en avait tant.
- « Êtes vous à ce point folle ? Vous avez enlevé la vie à des centaines de personnes qui n'en avaient pas demandé autant. Ils donneraient tout pour échanger leur place avec la vôtre. »
Ces paroles étaient en l'air. Aucun mot ne la ferait changer d'avis. Même le visage d'Elorna, seule dans sa chambre, abandonnée et désespérée, avec dans les bras un fardeau qu'elle n'avait pas la force de porter seule.
- « S'ôter la vie. Une fois que c'est fait, ce n'est pas vous qui le subissez. Ce sont les autres. Mais de quel droit enlevez-vous la vie ? Au nom de quoi ? Personne n'a choisi de mourir ici. Mon oncle n'était pas une bonne personne, je vous l'accorde. Mais qui êtes vous pour reprendre la vie ? »
Elwen se retourna brusquement en écarquillant les yeux.
Emaël était là. Juste derrière elle.
Il avait changé. Quelque chose dans ses yeux avait fondu pour se transformer. Son regard était devenu dur. Il la toisait sans pitié, avec colère. Après tout, elle s'était servie de lui, elle l'avait trahie alors que lui avait cru en cette amitié.
- « J'ai entendu d'étranges histoires sur une assassin qui parcourent Arda depuis des siècles. Mirina Sor, la mort rouge, Cara Finda la faucheuse. Mais la plus étrange d'entre elle reste la Guerrière Noire, la dernière ombre. Vous les connaissez ? »
Elwen ne répondit rien. Jaugeant son adversaire discrètement. Il avait vieilli mais il ne devait pas avoir plus de 30 ans. Elle était une elfe, un être immortel, mais elle avait appris à vivre au rythme des Hommes. Il lui semblait que c'était il y a une éternité qu'elle avait quitté le village, adressant un au revoir muet à Legolas.
- « C'est toujours la même histoire. Une voleuse arrive dans une région, puis elle commence à tuer. Sans pitié, sans peur. Toute la lande est alors terrorisée par sa présence, tellement terrifiée qu'ils en viennent à l'immortaliser dans leurs légendes. Elle a bien des noms mais celui qui revient le plus est sans aucun doute la Guerrière Noire. Tu ne le sais donc pas ? »
Le vouvoiement avait laissé sa place à un tutoiement froid et dominateur. Il fit un pas dans sa direction. Acculée sur le rebord du toit, Elwen se sentit bête, prise au piège par sa propre bêtise.
- « Tu es la Guerrière Noire. Celle dont le nom hante encore les esprits. »
Elwen ne connaissait pas celle dont il parlait. Il faisait erreur et il ne s'en était pas rendu compte. Cette guerrière noire n'était pas elle. Tous les autres noms lui revenaient mais pas celui là. Il la prenait pour une autre.
- « Tu sais ce qu'on dira de moi lorsque j'apporterai ta tête à tous les royaumes qui la réclament ? Je serai un héros. On vantera mes mérites dans toute la Terre du Milieu. Je serai immortel dans les mémoires. »
- « Et de quel droit ferais-tu ça ? » demanda Elwen, reprenant ses paroles d'une voix tremblante.
- « Du droit de justice. Je veux me venger et venger mon oncle. »
Il mit sa main sur le pommeau de son épée et la sortit de son fourreau en avançant lentement vers elle. La peur saisit Elwen à la gorge. Aucune issue. Elle l'observa s'approcher, son épée levée, une étincelle de satisfaction brillait dans ses yeux.
Voilà ! Vous pourriez m'écrire un mot s'il vous plait ?
Pitié ! Pour une auteure en manque d'avis ! ;)
