1991 TA – Ost-Andrast
Ost-Andrast était merveilleux. Le bruit des vagues était la plus douce des musiques à ses oreilles, la lande était si belle sous ce vent chargé de sel. Legolas descendit de sa monture lentement, quelque chose d'étrange étreignait son cœur. Chaque parcelle de son âme sentait que cette terre avait accueilli celle qu'il cherchait depuis tant d'années. Lorsque son pied toucha la terre noire qui recouvrait le sol de cette région, quelque chose résonna en lui, comme si on avait tiré un coup de canon à côté de lui. Elwen était partout. Il regarda la falaise, pensant avec émotion qu'elle avait jadis abrité la petite flamme qui illuminait ses pensées. Il n'avait jamais aussi proche de retrouver Elwen, il le sentait au plus profond de lui. Une pensée tournait en boucle dans son esprit : il avait réussi, il avait peut-être dû aller au bout du monde, mais il touchait enfin du doigt ce qu'il traquait depuis trente ans.
Le ciel était gris, il pleuvait comme le jour où elle était partie. Il ne voulait pas penser à cela, ça lui faisait trop mal. Les jumeaux n'avaient jamais voulu lui expliquer la raison de son départ, mais les bijoux et l'or dans leurs bourses ne mentaient pas. Les non-dits avaient bien fini par les séparer, Legolas était rentré à Mirkwood après des années de voyage, retrouvant une petite sœur éteinte et une mère dévorée par les ombres. Il avait espéré que Thranduil ait changé, en vain. Le roi de glace n'était devenu que plus amer encore, Tarannon était partout, dans chaque soupir et chaque sursaut.
Aldawen avait fui. Il avouait que c'était inattendu, surprenant même. Il n'avait jamais vu qu'en sa sœur une elfe banale, étreinte par l'innocence et la grâce. A vrai dire, il ne lui avait pas vraiment parlé depuis son retour. Il revoyait sa mère effondrée sur le porche, ses longs cheveux d'ébènes s'étalant autour d'elle comme de l'eau. Il revoyait le regard haineux de son père, ses gestes brusques et ses hurlements de fureur. Il ne supportait pas qu'un autre enfant lui échappe. Il avait envoyé la garde aux trousses de sa fille avec pour ordre de la ramener, peu importe le moyen. Ce n'est qu'à cet instant que Legolas avait envisagé s'être trompé. Aldawen n'était pas la sage petite elfe dévouée qu'il avait toujours vue en elle. Ses yeux gris ne mentaient pas et lui disaient une chose qu'il avait refusé d'entendre auparavant. Legolas ne serait pas celui qui monterait sur le trône. Cette pensée était moins amère qu'avant, peut-être parce qu'elle était plus juste. Et puis parce que ces mots n'étaient pas prononcés par Tarannon.
Legolas traversa la forêt au pas, dardant son regard sur tout ce qui pouvait s'apparenter à une chevelure rousse. Il effleura du bout des doigts l'écorce d'un arbre et son souffle se coupa. Elwen s'était tenue à l'endroit exacte où il se tenait aujourd'hui, il pouvait inexplicablement le sentir. Il ne s'était jamais senti aussi heureux qu'à cet instant. Dire qu'il voyageait depuis plus de vingt-cinq ans et qu'il n'avait jamais été si près du but, il pouvait presque sentir la douleur qui lui enserrait le coeur s'adoucir.
Au loin, il distingua enfin une cabane. En s'approchant, il se rendit compte qu'elle était en ruine, les planches étaient en piteux état mais la cour avait été soigneusement nettoyée il y a peu de temps. Quelques fleurs ornaient les volets et un bouquet était accroché à la porte. Legolas ne put s'empêcher de trouver cela étrange. Puis il comprit subitement. Cette maison était un hommage.
Un mouvement à sa gauche le fit sursauter et il se tourna vivement. Un garçon d'une douzaine d'années le regardait fixement depuis le haut d'un arbre. Il avait les cheveux dorés comme les blés et ses grands yeux noirs le scrutaient avec attention. Il avait à la main une des fleurs qui étaient attachées aux planches de la cabane.
- « Que faîtes-vous ici ? Demanda prudemment le jeune garçon. Personne ne doit venir ici. »
Legolas comprenait le Westron mais le parlait très mal, il tenta alors de se souvenir de ses quelques souvenirs de Westron et balbutia une réponse incompréhensible. Le garçon descendit de son arbre et s'approcha avec crainte de lui. L'elfe distingua nettement une petite dague cachée sous sa chemise, mais l'enfant n'était pas une menace.
Legolas observa le nouveau-venu le contourner, détaillant chaque parcelle de ses habits et de son corps. Le garçon était intrigué et ses yeux s'écarquillèrent soudain.
- « Vous êtes un elfe ! Un elfe ! Rit-il.
Legolas acquiesça lentement. L'enfant s'approche de lui avec un main sur le coeur et un sourire ébahi.
- « J-je être Nàrion. Bienvenue chez Ost-Andrast, bafouilla-t-il maladroitement en elfique.
Nàrion, le fils de la flamme en elfique. Legolas demeura un instant pensif à l'entente de ce nom, Elwen avait bien laissé sa trace sur cette terre, plus qu'il n'aurait pu l'imaginer.
- Je connais un peu elfique, quelqu'un apprendre moi il y a longtemps, continua Nàrion, toujours euphorique. Il faut que vous rencontriez Elorna ! Venez ! »
Legolas hésita avant de suivre cet étrange garçon. Il n'aurait jamais pensé pouvoir tomber sur quelqu'un connaissant les rudiments de l'elfique dans ce genre de région. Le royaume elfique le plus proche était à des centaines de kilomètres. Nàrion s'engagea sur un petit sentier couvert de feuilles mortes et courut vers un plus large chemin. Legolas jeta un regard à la cabane qu'ils laissaient derrière eux avant de le suivre. Il rejoignit au pas de course son guide et ils débouchèrent une dizaine de minutes plus tard sur une maisonnette faite de bois et de pierres.
Une femme d'une cinquantaine d'années rentrait des champs, quelques épis de blés accrochés à ses trois tresses rousses, zébrées de cheveux argentés. Elle était très petite mais ses épaules étaient anormalement larges pour une paysanne.
- « Mama ! S'écria Nàrion en se précipitant vers elle. Regarde qui j'ai rencontré sur le chemin !
Elorna se retourna vivement, le regard plein d'espoir et d'euphorie, ses lourdes tresses fouettant l'air. Quand ses yeux tombèrent sur Legolas, son visage se referma et quelque chose se réveilla derrière ses pupilles. Elle demeura un instant muette, détaillant avec attention cet elfe qui ne pouvait être que synonyme de troubles, puis fit signe à son fils de rentrer dans la maison. Ses sourcils étaient froncés, elle croisa les bras et se plaça devant la porte. Legolas se sentit sourire, aucun doute, Elwen était passée par là.
- « Je vous fais rire, étranger ?
- Pas le moins du monde, madame. C'est juste que vous me faîtes tellement penser à elle … murmura-t-il avec un triste sourire.
- Elwen est partie il y a des années, vous ne la trouverez pas ici. Il ne reste d'elle que des souvenirs et des larmes. »
Legolas sentit son sourire fondre. La femme dû le voir tressaillir à la mention du nom de l'elleth car ses sourcils se froncèrent davantage. Elle décala son bras pour saisir la hache qui était plantée sur une des bûches et son regard se fit encore plus menaçant.
- « Je ne vous dirai rien, même si je dois subir les pires tortures pour cela. Les sœurs d'armes ne connaissent pas la trahison, elles sont plus fortes que leurs frères et les liens qui les unissent sont indestructibles. Elwen est partie là où nul n'en connaît le nom, je suis la gardienne de son secret et je mourrais avec ce nom sur les lèvres s'il le faut »
Legolas écarquilla les yeux de stupeur et fit un pas en avant, comprenant la méprise de la femme. Elorna leva sa hache avec un vitesse qui le stoppa aussitôt. Nàrion hurla à l'intérieur de la maison et se rua sur la porte qui demeura fermée.
- « Je ne suis pas là pour faire du mal à Elwen ! Cela fait des décennies que je suis à sa recherche, je suis venu en ami et mes intentions sont les plus louables qui soient, s'écria l'elfe en reculant à nouveau.
Elorna baissa légèrement sa hache mais ses yeux le fusillaient toujours.
- Qui vous envoie ?
- Personne. J'ai croisé la route d'une certaine Halda il y a quelques mois, c'est elle qui m'a confié avoir vu Elwen sur la côte pour la dernière fois. Je suis parti immédiatement, sans même prendre le temps de m'expliquer auprès de mon escorte. Je cherche Elwen depuis vingt-neuf ans et chacune de ces années n'ont pas estompé ma détermination. Je veux la revoir, je veux la sentir auprès de moi. »
Elorna avait laissé retomber la hache contre ses jambes et regardait désormais Legolas avec un air stupéfait. Sa peau était blême, ses doigts étaient parcourus de tremblements mais tout son corps semblait tendu d'une douce espérance. Legolas écarquilla les yeux en la voyant tomber à genoux par terre pour s'accroupir, le visage caché entre ses mains, un doux sourire étirant ses lèvres malgré ses paupières fermées. La fière guerrière fondait, la sœur au grand coeur naissait.
- « Elle nous manque tant … souffla Elorna, le menton tremblant pitoyablement. Mais rien ne la fera revenir, nous en avons très bien conscience. L'espoir ne nous fait pas vivre pourtant sa présence est partout, indélébile. L'oublier est impossible, alors tout ce que nous pouvons faire est lui rendre hommage, murmurer son nom en souriant aux souvenirs qu'elle nous a laissés. Avez-vous vu le sanctuaire que nous avons battis dans la forêt ?
- Il est parfait. Derrière chaque détail, je revois l'elfe que j'ai eu la chance de connaître. Elwen serait fière. »
Elorna ne pleurait pas, se contentant simplement de fixer l'elfe d'un air pensif. Un étrange sourire illuminait ses traits. Nàrion avait arrêté de se ruer sur la porte pour regarder la scène depuis la petite fenêtre, le haut de sa tête et ses cheveux en épis dépassaient à travers la vitre.
- « Halda m'a raconté qu'elle élevait une fille des Hommes dans ce village, qu'est-elle devenue ? Demanda finalement Legolas.
-Penya ne devrait pas tarder à rentrer, descendez donc avec nous au port en l'attendant. »
Elorna se releva, rangea la hache et ouvrit la porte de la maisonnette. Le vent fit bruisser les arbres autour d'eux et quelques feuilles se détachèrent pour retomber aux pieds de l'elfe. Cet endroit était si paisible, si doux qu'il n'aurait jamais pu deviner ce dont cette terre avait été véritablement témoin. Le visage d'Elorna ne portait plus l'horreur figée qu'elle avait lorsqu'Elwen était partie, rien n'aurait pu laisser croire tous les malheurs qui avaient ébranlé cette famille.
Elorna ressortit de la maison en tenant Nàrion par la main, le garçon avait l'air boudeur. Sans un mot, elle fit signe à Legolas de la suivre et ils marchèrent quelques minutes sur un chemin à peine dessiné. La femme cueillit quelques fleurs et prit silencieusement la direction de la falaise, l'elfe la suivit des yeux avec étonnement.
- « Venez. Elorna n'aime pas être dérangée lorsqu'elle va fleurir l'Ange. » lui souffla Nàrion avant de poursuivre sa route.
Legolas ne comprit pas ce qu'il voulait dire et se fit la réflexion que son Westron devait encore être travaillé s'il voulait survivre seul dans le monde des Hommes.
Elorna les rejoignit quelques minutes plus tard, une douceur apaisait désormais son visage, elle semblait en paix et heureuse. Elle parla tout le long du trajet en Westron, oubliant momentanément que l'elfe qui l'accompagnait n'en comprenait que la moitié.
Le soleil éblouit tout d'abord Legolas, puis les embruns lui chatouillèrent le visage. C'était si tendre, comme un léger baiser que l'on dépose sur le nez, les pommettes et les lèvres. L'elfe ferma les yeux, savourant cette sensation et les rouvrit lorsqu'il entendit le fracas des vagues. L'eau était agitée, comme avant une tempête. Elorna observait attentivement Legolas, guettant chacune de ses réactions.
Lorsque les iris azur de l'elfe tombèrent sur le sol de pierre polie, il s'émerveilla. Lorsqu'il caressa un tas de voiles encore humide, il frissonna. Il n'osait plus cligner des paupières, écarquillant toujours plus les yeux. Elorna émit un petit rire à la vue de l'émotion d'émerveillement qui naissait sur le visage de Legolas. On aurait dit un enfant, une étincelle venait de se rallumer dans ses pupilles et c'était si émouvant qu'Elorna sentit son coeur se serrer. Et dire que c'était son bébé qui avait bâti tout ça. Elle sourit doucement, pleine de fierté, en pensant que si les elfes s'émerveillaient de leur port, le monde entier ne tarderait pas à en connaître bientôt la beauté.
Le port était grand et beau, c'était la fierté de Ost-Andrast depuis quelques années. Et la plus grande fierté d'Elorna était celle qui l'avait construit.
Le bruit d'un cor retentit soudain dans la crique, quelqu'un agita un drapeau rouge du haut de la falaise et embrasa un tas de branches posées sur un promontoire en pierre.
Une clameur résonna dans les rues, une effervescence que Legolas ne comprit pas s'empara de la ville. Ce furent tout d'abord quelques enfants qui arrivèrent en courant vers eux, puis des adolescentes aux cheveux encore nattées par des rubans suivies de jeunes garçons couverts de la poussière des carrières. Une lumière dorée semblait illuminer leurs visages, les sourires éclatants surprirent tant Legolas qu'il demeura pantelant quelques instants.
Un groupe de paysannes, quelques brins de pailles encore piqués dans leurs cheveux, arrivèrent en parlant vivement. Plusieurs saluèrent Elorna à grands signes de bras avant de se placer derrière les adolescents. Lorsque Legolas se retourna pour regarder derrière eux, il en sursauta presque. Si quelques secondes plus tôt ils étaient seuls sur le port, des centaines de personnes s'alignaient désormais sur l'esplanade.
- « La caravane revient aujourd'hui, cela fait des mois qu'ils sont partis, lui souffla Elorna, une étincelle ravie dans les yeux. Tout le monde a tellement hâte ! »
Legolas hocha de la tête, faisant semblant d'avoir compris. « Caravane ? Quelle caravane ? » ne pouvait-il s'empêcher de penser alors que ses sourcils se fronçaient imperceptiblement.
Un bruissement d'enthousiasme et de joie parcourut l'assemblée. Tous se tendirent vers l'océan, étirant les cous, grimpant sur les épaules des uns et s'agrippant aux autres. Elorna se redressa sur la pointe des pieds, essayant d'apercevoir quelque chose par dessus les têtes des personnes qui se tenaient devant eux. Nàrion sautillait lui-aussi. Legolas ne comprenait pas ce qui se passait et se contentait d'observer autour de lui sans dire un mot. Ces Hommes avaient définitivement des agissements bien étranges. Il tourna les yeux vers la mer, s'attendant à voir surgir un monstre marin, une sirène ou même Ulmo lui-même. Legolas avait beau chercher du regard n'importe quoi, il ne trouvait rien. La main ferme d'Elorna lui releva le menton, lui indiquant de regarder plus loin.
Et enfin, il les vit.
Les trois grands et majestueux navires de bois noir aux voiles d'argent. Les plus beaux bateaux qu'il ait jamais vus. Legolas n'avait jamais vu le travail de Cirdan mais à la vue de ces embarcations, il sut que les Hommes détenaient désormais une aptitude égale à celle des elfes.
Le souffle coupé, Legolas ne sentit presque pas le mouvement qui anima la foule en un élan surnaturel. D'un même cri, les habitants d'Ost-Andrast laissèrent éclater leur fierté et leur joie. Nàrion sautait sur place, euphorique, en hurlant d'enthousiasme. Lorsque l'elfe se retourna, il sursauta en surprenant ce mouvement général. Les paysannes auparavant immobiles et détendues étaient rouges de bonheur, hélant un nom qu'il ne comprit pas. Les groupes d'adolescents un instant plus tôt calmes et passifs se jetaient des regards ivres de joie en se prenant dans les bras les uns des autres, sifflant et applaudissant bruyamment.
Legolas se tourna vers Elorna avec un doux sourire, se laissant gagner par l'euphorie générale. Mais au milieu de ce ballet vivant de cris et de rires, une petite femme disparaissait silencieusement, fondant, glissant hors du monde. Figure immobile, sagement debout avec les autres, la fille de la flamme pleurait et l'ombre qui se cachait derrière ses yeux l'engloutissait petit à petit. Ses larmes roulaient le long de ses joues parsemées de tâches de rousseur, brillant à la lumière du soleil couchant.
À la vue de cette femme invisible, tous les cris cessèrent subitement aux oreilles de Legolas. Il se pencha vers elle et posa sa main sur son épaule, délicatement, comme pour lui signifier qu'elle n'était pas tout à fait invisible. Lui, il la voyait encore. Il voyait ses larmes, il voyait son sourire et ses yeux étincelants, il voyait la part d'ombre qu'elle était pourtant persuadée d'avoir enfouie. Il voyait une part d'Elwen, une part de tous les invisibles, de ceux qui se croient absents du monde, prisonniers d'une dimension inatteignable. C'était son don, voir ceux que personne ne voit. Legolas comprit l'émotion étrange qui l'avait pris à la gorge lors de sa rencontre avec cette étrange humaine. Cette différence, cette ombre si spéciale, il ne l'avait croisée qu'une seule fois au cours de son immense vie. Elwen, la fille sans espoir, l'abandonnée des Valar et celle que son coeur appelait depuis tant d'années portait elle aussi ce monstre tapi en elle.
Sans un mot, il prit cette étrange fille des Hommes dans ses bras. Elorna renifla brusquement et enfouie sa tête contre son torse, ses doigts accrochant férocement le tissu alors que ses sanglots se faisaient plus forts. Legolas ne l'interrogea pas et la laissa simplement pleurer. Du coin de l'oeil, elle regardait les trois navires se rapprocher un peu plus à chaque seconde, les clameurs grandissant avec eux. Cette étreinte les coupa du monde et lorsqu'Elorna releva les yeux vers lui, Legolas se sentit saisi d'une tristesse indescriptible.
Le navire de tête portait à son mat une étrange silhouette. Une très jeune femme aux cheveux aussi roux que le soleil derrière elle, vêtue d'une chemise large et d'un pantacourt comme le portent les mousses était agrippée au mat, guettant le village depuis son impressionnant perchoir. Sa tête était ornée d'un tricorne noir, le symbole des capitaines chez les marins. Elle se tenait d'une main accrochée au mat, le reste de son corps suspendu au-dessus du vide. Même à cette distance, les yeux d'elfe de Legolas parvinrent sans difficulté à distinguer le sourire éclatant qu'elle jetait à la foule qui clamait son nom sur le port. « Wingaanel » hurlaient les villageois, « Wingaanel ! ».
Legolas regardait désormais avec attention les autres marins sur le pont, cherchant des yeux qui pouvait donc bien être cette « Penya » dont lui avait parlé Elorna. Les clameurs des villageois l'empêchaient de se concentrer. La petite femme saisit une corde et descendit agilement du mat pour rejoindre ses camarades sur le pont. Elle se plaça devant eux, les bars écartés et le visage illuminé par les acclamations.
L'enfant du pays était de retour. Et son pays l'accueillait comme la reine qu'elle était. Ils continuaient à chanter ce nom si spécial, même Elorna avait bien fini par se détacher de l'elfe pour hurler son nom, quelques larmes encore accrochées à ses cils. Wingaanel. Quel étrange nom pour une fille des Hommes, pensa Legolas avant de s'arrêter net.
Stupéfait, son regard retourna sur la capitaine de l'équipage. Cette étrange jeune fille avait natté ses cheveux à l'elfique et portait les mêmes chemises qu'Elwen … Sans en croire ses yeux, Legolas se força à penser clairement qu'il était bien en train d'observer la fille d'Elwen.
À peine sortie de l'enfance, la jeune fille guida la dernière manœuvre, nouant les cordes aux anneaux du port. Enivrée par les acclamations de la foule, elle rayonnait véritablement. Legolas était subjugué par cette étrange fille qu'une lumière d'or semblait illuminer, elle avait le même aura qu'une certaine elleth, l'air autour d'elle semblait trembler, comme si elle n'était pas tout à fait de ce monde et qu'une part d'elle atteignait déjà la terre des anges.
Wingaanel, la fille d'Elwen, avait ce quelque chose de fascinant qui plongea Legolas dans une émotion jusqu'alors inconnue. Il prit conscience du gouffre qui s'ouvrait doucement en lui depuis trente ans, une douleur naquit dans son ventre et il crut qu'il allait se mettre à pleurer ici, sur le port rempli de monde, devant tout Ost-Andrast.
Jamais un elfe n'avait ressenti pire douleur. Elwen lui manquait tant, il avait parcouru la Terre du Milieu plusieurs fois sans jamais revoir son visage, murmurant en vain son prénom et son coeur se gonflant de joie à la vision de chaque chevelure rousse. Il avait erré des décennies à sa poursuite, suppliant les Valar de lui redonner espoir, refusant de s'avouer vaincu. Et pourtant, l'elfe restait introuvable, comme engloutie par la Terre qui n'avait jamais voulu d'elle.
Mais aujourd'hui, quelque chose avait changé, Legolas pouvait le sentir au plus profond de lui. Quelque part, Elwen avait fini de fuir et était prête à l'attendre. Il pouvait presque ressentir l'espoir de la fille qui n'en avait plus battre contre ses tempes.
Alors que la fille d'Ilestelwen posait un pied sur le port d'Ost-Andrast, s'apprêtant à bouleverser le pays entier, Legolas se fit la plus importante promesse de sa vie. Il promit de sauver la fille qui n'avait plus d'espoir, peu en importe le prix, même si cela signifiait renoncer à la grâce des Valar.
À des centaines de kilomètres, endormie au pied de l'arbre d'Hélios, Elwen se réveilla en sursaut. Des mots qu'elle n'avait pas pensés résonnant en boucle dans son esprit.
1989 TA - Arnor
Les blés ondulaient doucement sous la brise matinale, Elwen ne parvenait pas à détacher son regard de ce spectacle pourtant si commun, quelque chose dans le reflet doré des épis lui donnait envie de courir sans s'arrêter pour traverser la Terre du Milieu et serrer enfin dans ses bras quelqu'un qui lui manquait tant. Elle se trouva aussitôt niaise et ordonna à sa monture de reprendre sa route d'un petit coup sec.
Il ne manquerait plus que je m'arrête près d'un ruisseau pour contempler la clarté de l'eau et y faire quelques comparaisons d'adolescentes sur ses yeux … Ma pauvre, Ilestelwen, tu es tombée bien bas, pensa-t-elle en se giflant mentalement.
Elle avait quitté Hoarwell plusieurs mois après son arrivée, elle en avait eu besoin, terriblement besoin. Ses nuits avaient été peuplées de larmes et de plaintes, chacune accueillies par Elenwë au regard froid et aux bras ouverts.
Alors que l'arbre disparaissait à l'horizon, Elwen n'avait pas pu s'empêcher de jeter un dernier regard à la statue de son amie, comme pour s'assurer qu'elle était bien là, que ce n'était pas une ruse des Valar. Mais non, bien droite sous le soleil de l'après-midi, une Elenwë figée semblait observer la vallée éternellement. La blancheur de la pierre n'avait pas d'égale, Hélios avait décidément les mains d'un magicien.
Elenwë lui avait longuement parlé, elle lui avait tout raconter, toutes ces années qu'elle n'avait eu le temps de lui transmettre. L'humaine parlait dans un souffle, n'élevant jamais la voix, même pour pleurer. Parfois, elle amenait avec elle la petite Nessa, l'enfant qui n'avait jamais vu le jour. La petite fille ressemblait tant à sa mère qu'Elwen en avait sursauté la première fois qu'elle l'avait vue. Nessa ne parlait pas, Elenwë disait que c'était parce qu'elle n'avait jamais pu respirer l'air du monde des vivants. Ses grands yeux clairs scrutaient Elwen avec attention, sans méchanceté, mais l'elfe ne pouvait s'empêcher de se sentir mal à l'aise devant elle, comme si cette enfant si étrange était capable de voir quelque chose que tous ignoraient, sondant les âmes et disséquant les êtres.
Elenwë avait gardé un reproche dans le regard, ses yeux transperçaient parfois l'elfe au milieu d'une phrase. Le silence qui s'étirait alors ne portait qu'un seul nom, celui de la petite fille qui demeurait recroquevillée au pied de l'arbre, éternellement silencieuse. Elenwë lui avait peut-être pardonné la mort d'Hélios, mais celle de Nessa était d'un autre ordre.
Elwen sortit de ses pensées quand le son d'un cor résonna au loin. Elle scruta l'horizon et distingua finalement une troupe de cavaliers. Son sang se figea quand elle aperçut l'étendard tenu par un des fantassins. Elle n'avait pas vu ce blason depuis des siècles et la vision du corbeau écarlate lui donna la nausée. Sans réfléchir, elle lança son cheval au galop, faisant demi-tour aussi vite que possible.
Tu laveras de ton sang la terre de ceux qui sont partis.
Le vent lui soufflait cette phrase comme une quantique, Elwen sentait son coeur s'emballer. Même la présence d'Hélios à ses côtés ne suffisait pas à la calmer. Elle se retourna, persuadée d'être poursuivie par les cavaliers mais ils avaient déjà disparu à l'horizon.
Elwen resta immobile de longues minutes avant d'ordonner à sa monture d'avancer à nouveau. Selon ses souvenirs, elle ne devait pas être loin de Coldfells, une ville du Nord où elle avait séjourné quelques semaines après le mariage d'Elenwë et Eoghan, ruminant de fureur et laissant encore le temps à la jeune fille de la rejoindre si la raison lui revenait subitement. La ville connaissait la légende de la sorcière aux cheveux de sang qui était venue emporter un village entier, mais c'était il y a plus de mille ans … Elwen tentait de se convaincre que ça ne risquait rien, mais une crainte perdurait tout de même en elle.
Le printemps laissait timidement voir ses premières marques sur les landes boisées. Elwen se mit en route, les routes du Nord n'étaient praticables que six mois de l'an et elle devait quitter ces terres le plus vite possible. Elle ne savait pas où aller, sa seule certitude était que l'Arnor représentait une trop grande menace pour elle.
1991 TA – Ost-Andrast
Legolas observait Wingaanel avec cette étrange fascination qu'ont les enfants. Il avait beau se ressaisir par moment, ses yeux revenaient inlassablement sur la jeune fille qui semblait de plus en plus gênée.
- « Ne me regardez pas ainsi … Je n'aime pas quand les hommes me regardent comme ça, lâcha-t-elle au bout d'un moment avec agacement.
- Veuillez m'excuser, mais vous me la rappelez tant … murmura Legolas en détournant le regard. Vous êtes le portrait craché d'Ilestelwen. Vous portez ses manies, son sourire et son regard avec tellement de ressemblances que vous m'effrayez presque.
- Emaël me le dit souvent, Elorna n'ose pas l'avouer mais je vois dans ses yeux qu'elle pense comme vous. Cela n'a rien d'étonnant, Elwen m'a tout appris, elle m'a élevée comme sa fille. »
Wingaanel détourna les yeux pour fixer l'océan. À peine quelques heures à terre et tout en elle lui criait déjà de reprendre la mer. Avec un soupir, elle se concentra à nouveau sur cet étrange elfe qui disait connaître Elwen. Elle le détailla avec curiosité, il était si différent de sa mère, jamais elle n'aurait pu parier qu'ils se fréquentaient. Il était la noblesse et la grâce des elfes incarné, son attitude altière et ses traits fins ne mentaient pas. Elwen, elle, avait beau avoir ce quelque chose d'époustouflant, elle restait terriblement humaine et triviale. Elle n'avait pas cette chose si elfique qui les faisait apparaître comme aérien, hors du temps et de l'espace, au-dessus de tout.
- « Vous dîtes connaître ma mère pourtant elle ne m'a jamais parlé de vous, dois-je me méfier ? Demanda finalement Wingaanel.
- Elwen ne parle jamais beaucoup de ceux qu'elle a connus. On dit qu'elle a vécu mille vies avant de venir à vous, même si rien ne le laisse paraître. Elle est la reine des masques, celle qui est capable de porter mille visages et d'endosser autant de noms. Ne soyez pas étonnée de découvrir toutes ces histoires sur elle.
- Je n'ai jamais eu la prétention de croire que j'étais la seule vie d'Ilestelwen, loin de là. Je sais depuis que je suis enfant que ma mère a joué plus de rôle que je ne peux compter. Ses cicatrices parlent mieux qu'elle ne le fera jamais. Elwen est une énigme que je ne me tenterais pas à résoudre, certains mystères sont faits pour ne jamais être levés.
- Me traiteriez-vous de fou si je vous disais le contraire ? » Souffla Legolas.
Wingaanel le fixa quelques instants avant que quelque chose derrière ses pupilles ne scintille, comme si elle venait tout juste de comprendre un élément primordial. Elle ne sourit pas, ne détourna pas les yeux et continua de le fixer encore longtemps. Sa voix trembla légèrement quand elle prit finalement la parole.
- « Alors c'est vous son grand absent ? Je n'aurais pas parié sur vous … Personne n'a jamais essayé de percer Elwen à jour, personne n'a jamais essayé de la comprendre. Je me demandais il y a quelques minutes ce qui pouvait bien être différent chez vous, mais la réponse est évidente. »
Legolas l'interrogea du regard, mais Wingaanel se leva pour regarder la mer, sortant son compas d'une de ses poches. Elle contempla l'objet avec minutie.
- « Je ne peux pas vous le dire, je n'ai pas le droit. De toute façon, c'est une réponse que vous portez déjà en vous, vous venez de me la fournir à l'instant. Vous comprendrez au moment où vos yeux se poseront à nouveau sur Ilestelwen, tout deviendra évident.
- Où est-elle ?
- Seuls les Valar le savent … Elwen s'est enfuie il y a quatre ans. Cela faisait des années que quelque chose vivait en elle, lui dictant de reprendre la route et de combattre ses derniers démons, je crois qu'elle a enfin décidé d'écouter cette voix. Elle est partie un soir sans un mot sur sa destination, elle ne voulait pas être retrouvée, elle ne voulait pas que quelqu'un puisse la suivre. »
Legolas s'effondra en silence, Wingaanel lui tournait le dos mais elle devina sans mal son accablement. La tête baissée, les yeux fermés, la fatigue des derniers mois semblaient l'avoir rattrapé. Celle qui fuit était donc bien impossible à retrouver … il s'était lancé dans une quête sans espoir.
Wingaanel inspira longuement, toujours dos à lui, sa voix tremblait plus que jamais. Legolas pouvait presque distinguer les larmes qui faisaient étinceler ses yeux lorsqu'elle se retourna enfin vers lui.
- « Elwen ne parle pas beaucoup, ne se laisse pas deviner, mais quelque chose en elle hurle depuis des années. Quelque chose déchire son âme, chaque silence crie ce nom. Un nom dont j'ignore tout, jusqu'à la signification et l'origine. Dans son sommeil, ses yeux pleurent silencieusement et sa bouche murmure sans relâche ce nom terrible. »
Legolas ne bougeait plus, suspendu aux mots de la jeune fille dont les mains ne s'arrêtaient plus de jouer avec le compas. Elle releva brusquement ses yeux flamboyants vers l'elfe qui sursauta presque.
- Hoarwell. Hoarwell. Encore et encore, Hoarwell. Si vous devez retrouver Elwen, cherchez donc Hoarwell. » assena-t-elle avant de partir en courant.
1989 TA - Arnor
Les portes de Coldfells étaient connues de toute la Terre du Milieu comme celles des plus imposantes. Deux grands guerriers agenouillés devant leur épée encadraient la route, écartant les deux pans de la montagnes pour laisser voir la ville aux lumières étincelantes.
La dernière fois qu'Elwen avait passé ces portes, elle était pourchassée par les hommes du seigneur de Shedùn. Elle ne voulait pas y penser, pas maintenant.
Les températures avaient chuté, anéantissant les efforts du printemps et plongeant à nouveau les paysages sous une épaisse couche de neige. Partout, les paysans criaient à la malédiction devant leur récoltes détruites et imploraient les Valar de les sauver de la famine. Ces terres étaient pauvres, les enfants y étaient squelettiques et les hommes mal en point.
Elwen s'engagea sur la grande route pavée, l'appréhension lui serrant le ventre. Machinalement, elle rabattit sa capuche sur ses cheveux écarlates et cacha ses armes sous sa cape. Le fracas des sabots contre la pierre était assourdissant et l'elfe tenta de se concentrer sur la ville pour y échapper.
Un sifflement retentit dans le vent et quatre silhouettes sautèrent de derrière les rochers pour arrêter sa monture. Ils portaient tous un uniforme de la garde et le foulard sur leur visage ne laissait voir que leurs yeux. Elwen tenta de contrôler sa respiration et de ne rien laisser paraître de sa nervosité, en vain, son cheval réduit tous ses efforts à néant lorsqu'il partit en avant au grand galop.
Les quatre hommes lui hurlèrent de s'arrêter immédiatement avant que l'un d'eux ne lance une corde lestée dans les jambes de l'animal qui s'écroula lourdement. Elwen fut projetée dans le fossé, se protégeant comme elle pouvait de ses bras alors sa chute semblait ne pas avoir de fin.
Lorsque tout arrêta de tourner autour d'elle, elle se releva prudemment. Un des gardes tenait sa monture par le licol et avançait vers elle. Elwen chassa la neige qui s'était glissée sous sa cape et s'approcha de lui. Ses compagnons l'encerclaient déjà, armes sorties.
- « Je suis désolée, mon cheval est nerveux, des loups rôdent non loin, il est comme ça depuis ce matin, s'écria Elwen avec un sourire qui se voulait assuré.
- Aucun loup n'est dans les parages, nous les avons décimés il y a plusieurs jours, répondit froidement un des gardes. Que venez-vous faire à Coldfells ?
- Je souhaite y faire halte avant de reprendre ma route. Les températures m'ont surprise, je ne pensais pas devoir subir la neige si tard dans l'année. »
Un des gardes la dévisageait avec méfiance. Elwen était mal à l'aise.
- « Vous avez emprunté la route d'Hoarwell, personne n'y passe depuis des décennies, c'est une voie maudite …
- Je me suis perdue, la neige a recouvert les traces que je suivais. » tenta de se justifier l'elfe en triturant sa cape.
Le vent s'engouffra dans la brèche entre les falaises, soulevant les manteaux des gardes et la capuche d'Elwen. Avec horreur, elle vit les gardes se figer et écarquiller les yeux. À peine eut-elle le temps de comprendre ce qu'il se passât, que l'un d'eux la fit tomber à terre d'un coup derrière les genoux. Sa tête heurta violemment le sol verglacé et elle gémit de douleur.
- « C'est elle ! Hurla un garde d'une voix blanche. Elle est revenue, elle est revenue ! Va sonner l'alarme ! »
Son collègue trébucha dans la neige et se releva précipitamment avant de se ruer vers la falaise alors que les autres se jetaient sur l'elfe désormais terrorisée. Incapable de bouger, plaquée au sol, Elwen tenta de se débattre, en vain. La panique s'insinua en elle comme un poison, brouillant sa vue et lui donnant la nausée. Elle avait beau lutter de toutes ses forces pour se dégager, la prise des gardes étaient trop fortes sur ses membres.
Un cor retentit dans la vallée, un son qu'elle avait prié de ne plus jamais entendre. Un silence glacial suivit l'alerte, comme si le bruissement de la ville s'était soudainement arrêté pour écouter en suspend la venue de cette nouvelle menace. Mêmes les gardes au-dessus de l'elfe s'étaient figés, Elwen croisa le regard de l'un d'eux et le supplia silencieusement.
- « Je vous en prie, je n'ai rien fait de mal … Laissez-moi, gémit-elle.
- Tu es Athelleen, la guerrière des flammes, celle qui nous a anéanti il y a mille ans. Les anciens nous avaient prévenu de ton retour.
- J-Je ne sais pas de qui vous parlez ! Je- Je ne comprends pas !
- Tu ne nous berneras pas une fois de plus, sorcière. » lui cracha l'homme avant de lui assener un coup de pied.
A travers le sang qui ruisselait comme des larmes sur son visage, Elwen leva les yeux vers le ciel immaculé. Au loin, un vacarme avait remplacé le silence oppressant et les cris de centaines d'hommes semblaient s'approcher toujours plus près d'elle.
Elwen comprit à cet instant que tout était perdu, que personne ne viendrait la sauver cette fois encore.
1991 TA - Enedwaith
Jamais Legolas n'avait chevauché aussi vite, une urgence coulait dans ses veines, guidant ses gestes et ses pensées. Les sourcils froncés, l'air déterminé, il filait à travers l'Enedwaith plus vite que le vent. Il avait quitté Ost-Andrast quelques heures après y être arrivé, faisant rapidement ses adieux à Elorna et Wingaanel avant de repartir. En tournant le dos à la ville, il avait eu l'étrange sensation de retrouver sa place, comme s'il avait fait irruption dans une partie de la vie d'Elwen qui ne lui était pas destiné et qu'il n'aurait pas du voir.
- «Promets-moi que tu ne lui feras rien … Elwen ne mérite plus de souffrir. Retrouve-la seulement si c'est pour la rendre heureuse. » lui avait ordonné Wingaanel dans un murmure alors qu'il l'étreignait pour la dernière fois.
Il le lui aurait promis mille fois si elle l'avait demandé. Il avait jeté un dernier regard à cette étrange fille des Hommes aux manières trop elfiques pour être banale avant d'adresser un ultime signe de tête à Elorna qui observait leur échange à quelques mètres d'eux. La femme aux trois tresses ne lui avait rien dit, seuls ses yeux parlaient pour elle, lui dictant de saluer Elwen pour elle.
Le paysage défilait autour de lui, le fracas du galop l'enivrait mais seule l'image d'une elfe flamboyante hantait ses pensées. Legolas se pencha en avant, accélérant encore. À cette allure, il devrait arriver à Hoarwell dans quelques semaines tout au plus.
Reviews ? :)
Promis la prochaine fois je ferai plus vite pour poster le chap suivant.
