Charlotte
Prologue


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Auteur: Aline

Date de création: février 2001

Droits divers: Si j'étais milliardaire, je m'offrirais très certainement quelques-uns des personnages d'Urgences, à commencer par Carter et Luka (et en admettant qu'ils soient à vendre ;O) Malheureusement je ne suis pas milliardaire (du moins pas à ma connaissance, après tout on sait jamais ;O) et donc en attendant ils continuent d'appartenir à leur créateur Michael Crichton, ainsi que sûrement à tout plein d'autres gens à la WB et ailleurs. En revanche, c'est moi qui ai créé le personnage de Charlotte, ainsi que sa famille

Rating: PG

Spoilers: saison 8 (quelque part entre "I'll Be Home For Christmas" et "Beyond Repair")

Personnages: SL/AL/autre

Catégorie: drame/friendship

Note de l'auteur: Ceci est une réponse au challenge qu'Amyra m'a envoyé d'écrire une fic mettant en scène Susan et Abby. Cette fanfic aurait dû à la base être aussi sur plusieurs autres personnages, mais je me suis vite rendue compte que je m'embrouillais totalement les pinceaux et que mon histoire n'avait pas vraiment de sens logique, donc après l'avoir recommencée trois fois au moins j'ai décidé d'en faire quelque chose de totalement différent de ce que j'avais prévu au départ.
Sinon la fic se passe dans le courant de la saison 8, environ au début du mois de janvier : Abby et Luka sont séparés depuis plusieurs mois, Susan et Carter commencent à sortir ensemble, et ces deux demoiselles ont beaucoup de peine à s'entendre.

***

Une pluie battante tombait sur la ville, fouettant son petit visage inexpressif. Plantée au milieu de la rue, la fillette regarda, impuissante, sa mère faire demi-tour et retourner en courant jusqu'à la voiture où sa petite sœur l'attendait. Elle-même n'avait pas le droit d'aller avec elle, sa mère avait passé des heures à le lui expliquer le matin-même, alors qu'elles étaient toutes les deux assises dans le lit d'une chambre d'hôtel miteuse où elles avaient passé la nuit après une visite de deux semaines chez sa grand-mère. Elle devait rester ici, elle ne rentrerait pas à la maison. Sa place n'était plus avec elles, du moins plus pour l'instant. Peut-être qu'un jour, plus tard, lorsqu'elle serait plus grande… Mais pour l'instant il fallait juste qu'elle accepte, qu'elle soit sage et obéissante et qu'elle fasse ce que sa maman lui disait, même si elle trouvait cela injuste. Là où elle la laissait, il y aurait des gens qui prendrait bien soin d'elle, peut-être qui lui trouveraient une nouvelle famille, de nouveaux parents qui s'occuperaient d'elle bien mieux qu'elle-même n'en serait capable.

"C'est difficile pour moi aussi, ma chérie" lui avait-elle dit. "Mais ce n'est pas toujours nous qui décidons de ce qu'il convient de faire, parfois nous n'avons pas le choix. Si je l'avais, tu sais très bien que je te garderais avec moi, mais ce n'est pas possible… Mais même si je ne suis plus auprès de toi, je continuerai à t'aimer très fort, de tout mon cœur."

Elle avait écouté, patiente, les paroles de sa mère, faisant semblant de la croire même si ce n'était pas le cas. Elle ne croyait pas que sa mère faisait ça pour son bien, et elle ne croyait pas non plus qu'elle l'aimait "de tout son cœur". Mais elle préférait ne rien laisser paraître. De toute façon, les adultes n'avaient toujours fait que lui mentir, même son père. Pour elle, si sa mère l'abandonnait, c'était que justement elle ne l'aimait plus. Que maintenant il y avait le bébé et qu'elle n'avait pas de place dans son cœur pour deux enfants. Elle l'avait aimée, elle aussi, quand elle était petite. Maintenant, c'était au tour de sa petite sœur. Elle suivit des yeux la voiture qui s'en allait lentement le long de la rue, le regard un peu triste. Puis elle se retourna pour faire face au bâtiment qui se trouvait derrière elle, et une peur terrible l'envahit. Sa mère lui avait dit simplement d'aller sonner à la porte, et que des gens très gentils lui ouvriraient et qu'elle serait bien soignée. Oui mais au-dessus de la porte en question se détachaient quelques lettres qui formaient un mot terrifiant : orphelinat. Or, dans toutes les histoires que son père lui lisait autrefois, les orphelinats étaient toujours des endroits sordides où les enfants étaient très malheureux. Les illustrations de ses livres lui revenaient toutes à la mémoire, elle voyait des chambres sales, des lits sans couvertures, des vêtements déchirés, des cheveux coupés, des baguettes qui s'abattent sur des mains tendues…

Horrifiée à l'idée de se retrouver dans un pareil endroit, elle se mit à courir désespérément dans la direction où la voiture de sa mère avait disparu quelques instants plus tôt, persuadée que, si elle était assez rapide, elle parviendrait à la rattraper. Avec un peu de chance, peut-être qu'elle serait arrêtée à feu rouge quelques mètres plus loin à peine, ou qu'il y aurait un embouteillage. Peut-être même que sa mère aurait changé d'avis à la dernière minute et qu'elle était déjà en train de faire demi-tour pour revenir la chercher. La fillette courut pendant de nombreuses minutes, faisant défiler derrière elle des mètres et des mètres de trottoir gris et sale tandis que la pluie glacée s'infiltrait lentement sous son anorak et dans ses tennis. Mais elle ne la rattrapa pas… La douleur fulgurante que sa course effrénée fit bientôt naître dans ses petites jambes la força finalement à s'arrêter. Elle s'assit un instant sur le sol humide, tentant de reprendre son souffle. Elle de devait pas s'arrêter, il fallait qu'elle continue… Mais les muscles de ses jambes étaient tellement douloureux que ce fut à peine si elle parvint à se remettre debout. Elle croisa les bras sur sa poitrine, tentant de se réchauffer un peu. Chacun de ses membres était glacé, et son corps tout entier était parcourut de long frissons, comme lorsqu'elle avait de la fièvre.

Ce fut à ce moment-là qu'elle prit conscience que sa maman ne reviendrait pas la chercher, qu'elle devait déjà être loin à présent, qu'elle ne pensait sans doute déjà même plus à elle. Réalisant alors qu'elle était totalement abandonnée, ses réflexes d'enfants reprirent le dessus. Elle avait beau s'être toujours montrée très forte, bien plus que les autres enfants de son âge, et avoir toujours su surmonter les épreuves que la vie lui avait déjà infligées, elle n'en restait pas moins une petite fille fragile et totalement livrée à elle-même. Les larmes jaillirent violemment de ses paupières fatiguées, se mélangeant sur son visage à l'eau de pluie. Elle se recroquevilla à nouveau sur le sol, serrant ses jambes contre elle, et demeura ainsi durant un temps qui lui parut durer des heures. Mais soudain, un bruit attira son attention, une sirène comme celle d'une voiture de police. Sauf que le véhicule qui passa devant elle à grande vitesse était blanc et ressemblait plutôt à une sorte de camionnette, surmontée toutefois d'un gyrophare. Sans vraiment savoir pourquoi, mais sûrement un peu par curiosité, elle se leva et suivit le long du trottoir le bruit de la sirène qui s'éloignait toujours plus. Elle arriva finalement sur une vaste place où le véhicule était arrêté. Plusieurs personnes s'affairaient à l'arrière et en s'approchant un peu la fillette remarqua qu'ils en sortait quelqu'un d'autre, étendu lui sur une sorte de lit, comme ceux qu'on voyait dans cette série télé que sa mère regardait toutes les semaines sur le câble. C'est à cet instant que la petite fille comprit qu'elle se trouvait devant un hôpital, et que ces gens vêtus de longs manteaux blancs étaient des médecins. Un étrange sentiment de réconfort se répandit alors en elle. Si les gens de l'orphelinat ne pouvaient en aucun cas être gentils avec elle, elle savait que des médecins le seraient, parce que c'était un peu leur métier. Elle fit quelques pas timides dans la direction de la grande porte en verre par laquelle ils venaient d'entrer en poussant leur malade. L'ambulance était déjà repartie, sirène hurlante, et personne ne fit attention à cette petite fille seule lorsqu'elle pénétra dans l'hôpital.

***

A suivre...