Hallucinations
Chapitre II : Souvenirs
Auteur : Lojie
Disclaimer : Aucun des personnages ne m'appartient (malheureusement) et étant donné que j'ai toujours pas commencé à construire de start-up, ils sont pas prêts de m'appartenir un jour… Par contre Joaquim ainsi que tous les autres membres de la famille Del Amico qui interviennent m'appartiennent d'abord ! Et puis aussi Lola Malucci même si ça m'étonnerait qu'elle ait un rôle dans cette fic ;o)
En ce qui concerne la zikmu, c'est " Vivre " chantée par Noa dont les droits appartiennent au *camarade* Jean-Marie Messier ;o)
Note de l'Auteur : Et me voici tel Super Menteur volant à la rescousse de tous les politiciens magouilleurs en cette période d'élections troublées, en Super Ecrivain qui a réussit à écrire son deuxième chapitre en moins d'une heure tellement j'étais prise dans l'histoire de ma fic (et puis aussi parce que j'avais pas beaucoup de temps…)
Bonne Lecture
²²² ²²² ²²²
Libre
De choisir sa vie
Sans un anathème
Sans un interdit
²²²
" _Laissez-moi tranquille ! " Protesta violemment Anna toujours allongée au fond de son lit.
Ses yeux noirs auraient pu lancer des éclairs s'ils en avaient eu le don, et la couverture qu'elle remontait jusqu'à son nez ne faisait qu'augmenter cette impression. Joaquim, Leon et leurs femmes respectives Sandy et Julia eurent un mouvement de recul. Les deux frères avaient voulu rendre visite à leur sœur mais celle-ci les avait accueilli avec violence et froideur.
" _Je crois que l'on ferait mieux de rentrer, " proposa à regret Leon en voyant sa sœur qui continuait de les fusiller du regard. Julia approuva ses dires d'un hochement de la tête.
" _Tu es sûre que tu ne veux pas que l'on reste un peu avec toi pour bavarder ? " Demanda Joaquim en désespoir de cause, mais Anna ne répondit rien et l'ignora de plus belle.
Elle les observa avec soulagement quitter la pièce. Quand la porte fut refermée, elle se glissa hors des draps pour se coller à la vitre de sa fenêtre. Les grattes-ciels d'Atlanta étaient toujours aussi froids et hauts, mais elle restait fascinée à les regarder pendant des heures faute d'occupation plus intéressante. Cela faisait à présent presque un mois qu'elle était en cure ici et elle ne s'était jamais sentie aussi mal de sa vie.
En proie à un subite accès de rage dû au manque, elle frappa du poing la vitre qui ne céda pas. Anna continua à la marteler jusqu'à que ses articulations commencent à saigner. Mais la vitre avait été conçue pour résister et avait été faite avec du verre incassable. Lasse de se battre, elle s'effondra une nouvelle fois en larmes et se laissa glisser jusqu'au sol. Anna avait l'impression de devenir folle à force de rester enfermer ici. Elle avait besoin d'air, de sentir la pluie sur sa peau, de pouvoir aller où elle voulait, et surtout elle avait simplement besoin d'un ou deux petits comprimés. Cela n'a jamais tué personne d'en prendre de temps en temps, pensa-t-elle complètement obsédée.
Mais justement elle n'était plus sûre de rien, était-elle vraiment accro ? Etait-elle véritablement devenue folle ? Anna avait l'impression de voir sa vie se détruire en miettes sous ses yeux sans avoir aucun moyen de recoller les morceaux. Depuis une semaine elle commençait sérieusement à songer au suicide ne voyant pas d'autre échappatoire à son calvaire. Soudainement ses yeux se fixèrent sur une ombre au mur. Son corps se mit aussitôt à trembler sans qu'elle ne puisse le contrôler, ses dents claquaient et ses mains se crispaient sur ses genoux qu'elle ramena contre elle. Un brusque sentiment de terreur et d'horreur qui lui était familier s'était à nouveau emparé d'elle.
" _Ce n'est qu'une hallucination… Ce n'est qu'une hallucination… " Répétait-elle pour se convaincre mais l'ombre menaçante continuait d'avancer vers elle. " CE N'EST QU'UNE HALLUCINATION ! " Se mit-elle à hurler à pleins poumons.
Alertées par les cris, deux infirmières entrèrent dans la chambre et cherchèrent en vain la cause de sa peur. Mais elles ne virent rien d'autre que la jeune femme qui continuait sa crise d'hystérie.
" _IL ARRIVE ! " Hurlait Anna en commençant à s'arracher des mèches de cheveux sur les tempes. " IL VA ME FAIRE MAL ! EMPECHEZ-LE JE VOUS EN SUPPLIE ! "
" _Calmez-vous mademoiselle Del Amico, " dit l'une des deux infirmières en s'approchant de la jeune femme pétrifiée qui continuait de hurler. " Amène les sangles ! Vite ! " Ordonna-t-elle à la seconde.
Quelques minutes plus tard et avec l'aide d'un infirmier supplémentaire, Anna se débattait sanglée sur son lit.
" _NON ! PAS CA ! ARRETEZ ! ARRETEZ ! NOOOOOOONNNNNN ! ! ! ! ! ! ! ! ! " S'époumonait-elle en proie à ses hallucinations. Il lui fut administré quelques calmants et rapidement Anna s'endormit. Néanmoins son sommeil était hanté par des cauchemars et des souvenirs.
²²²
" _Ecoute ! Je sais quand quelque chose ne va pas, et là quelque chose ne va pas ! Je commence à te connaître John ! " Se vanta Dave en jouant avec le petit parapluie rose de son cocktail.
Carter lui lança un regard désabusé. Depuis un mois, il avait continuellement son portable sur lui dans l'espoir qu'Anna appelle. Mais il commençait à croire qu'elle l'avait définitivement banni de sa vie. En attendant il comblait du mieux qu'il pouvait ses soirées car son esprit restait obsédé par Anna. S'en sortait-elle ? Ou était-elle dans un état pire qu'au début ?
Attablés au bar d'une boîte de nuit branchée de Chicago, Dave l'avait traîné là pour lui changer les idées. Même si le jeune médecin n'exerçait plus au Cook County, John et lui avaient gardé contact et se revoyaient dès que l'occasion se présentait. Ils étaient même devenus plus proches qu'avant. Carter avait fait connaissance de Lola la fille de Dave un adorable bout de chou d'à peine deux ans, et John avait trouvé en lui un confident inattendu et sur lequel il pouvait compter. Mais pour le moment, Malucci commençait à saturer de voir son ami dans un tel état et surtout de ne pas savoir pourquoi !
" _Est-ce que tu vas enfin me dire ce qu'il se passe ? ! ? " S'exclama Dave en haussant le ton de la voix. " C'est depuis que tu es revenu d'Atlanta que tu es comme ça. Et ne cherche même pas à me raconter des bobards, je le devinerais ! "
" _Tu veux vraiment savoir ? " Demanda John avec un petit air pensif. Dave lui répondit avec un regard désespéré, depuis tout à l'heure il cherchait à lui tirer les vers du nez et c'était seulement maintenant que Carter réagissait…
" _Non, je te harcèle depuis tout à l'heure juste pour le fun ! " Rétorqua-t-il avec ironie. Mais John ne sembla même pas avoir remarquer le ton moqueur de Dave et conservait son sérieux.
" _Et bien à Atlanta j'ai revu une vieille connaissance… "
" _Et quelles sont ses mensurations ? " Le coupa Malucci en prenant un air très intéressé.
" _C'est sérieux Dave, " rétorqua John un peu agressif ce qui surprit son ami. " Elle s'appelle Anna Del Amico et elle… "
" _Une italienne en plus, " le coupa une nouvelle fois Dave encore plus intéressé.
" _Bon tu veux vraiment savoir ou pas ? ! ? " S'énerva Carter, Malucci qui avait simplement voulu le taquiner, décida de ne plus l'interrompre. Il était décidément trop susceptible ce soir… " C'est une ancienne du Cook County, Anna est partie quand Lucy est arrivée… " Le ton de John se fit subitement en peu plus grave en prononçant Lucy. "Je t'ai déjà parlé de Chase, et bien c'est elle la fameuse fille qui m'a aidé. "
" _Oh je vois… " Répondit Dave se rappelant d'un soir où John lui avait parlé de son cousin. " Mais qu'est-ce qui s'est passé à Atlanta ? Vos retrouvailles se sont mal passées ? "
" _Plutôt oui… Je sortais de ma consultation et c'est là que je suis tombé sur elle et son frère. Il l'amenait pour qu'elle rentre en cure de désintox. Anna m'a rejeté, elle n'a pas voulu de mon aide mais je lui ai laissé mon numéro au cas où elle voudrait m'appeler. C'est pour ça que je n'oublie plus mon portable depuis un mois… elle ne m'a toujours pas appelé. "
" _Mais… mais tu es resté toutes ces années sans la voir et tu ne t'en ai jamais plaint, et là je ne vois pas pourquoi soudainement tu te réintéresses à elle alors qu'elle ne veut plus te voir ? " Demanda Dave un peu interloqué.
" _Je n'ai jamais cessé de penser à elle, mais je m'étais fait une raison en me disant que son bonheur me suffisait, peut importe si elle était heureuse dans les bras d'un autre… " Répondit John le regard toujours perdu dans le vague. " Mais maintenant que je sais qu'elle va mal, très mal, je ne peux pas cesser de m'inquiéter et j'aimerais tant qu'elle accepte mon aide… "
" _En résumé, c'est le grand amour, " conclut Dave soucieux. " Je te conseille d'attendre encore un peu, peut-être qu'elle va appeler. Sinon lance-toi ! Retourne à Atlanta ! Et montre-lui que tu es un homme ! Un vrai ! " S'exclama Dave en frappant du poing sur la table. John éclata de rire face aux pitreries de Malucci. Puis ce dernier reprit un air plus sérieux : " Je plaisante à moitié, si jamais elle ne téléphone vraiment pas, n'hésite pas à retourner à Atlanta sinon tu auras des remords toute ta vie, et tu auras l'impression d'être passé à côté de quelque chose d'important. "
" _Merci Dave, " répondit simplement John.
" _De rien maestro ! " Rétorqua-t-il avant de lancer un bref coup d'œil à sa droite. " Hé ! Deux superbes sirènes en vue à trois heures ! "
²²²
" _Anna ! Ecoutes-moi ! " La supplia Joaquim assis sur son lit. " Réponds ! Dis quelque chose ! "
Anna restait le regard fixe droit devant elle. Même si elle n'était plus sanglée à son lit, elle ne le quittait pas et il était impossible de la faire réagir. Elle s'était enfermée dans une coquille dont elle ne voulait pas sortir et dont personne ne pouvait la déloger. Joaquim se retourna vers Maria sa mère, Leon, Michael, Al et Serge ses quatre frères tous présents dans la pièce. La famille Del Amico était là au grand complet pour soutenir Anna. Mais la jeune femme faisait comme si elle ne les voyait pas.
" _Mon bébé, " s'écria Maria les yeux embuées de larmes en s'asseyant elle aussi sur le lit. " Si tu ne te décides pas à réagir, ils vont te mettre dans un hôpital pour les fous ! " Dit-elle avec un fort accent italien. " Je ne veux pas perdre ma seule fille ! "
Anna n'avait même pas cillé. Tous les Del Amico se jetèrent des regards désemparés. Cela faisait à peu près une heure qu'ils tentaient de la ramener coûte que coûte à la vie réelle, qu'ils tentaient de la sortir de son cauchemar éveillé mais rien n'y faisait. Une infirmière ouvrit la porte et s'adressa à eux sur un ton neutre :
" _Les visites sont terminées. "
Ils quittèrent la pièce à regret laissant seule Anna sur son lit. Elle jeta de nouveau un regard aux grattes-ciels gris. Seul le tic-tac de son réveil et les fines gouttes de pluie s'écrasant contre la vitre, brisaient le silence dans lequel Anna s'était murée. Elle savait qu'il fallait qu'elle réagisse, elle savait qu'elle n'était pas folle, du moins pas encore complètement. Mais sa famille ne pouvait pas l'aider, malgré toute leur bonne volonté ils ne pouvaient pas comprendre. Mais qui pouvait alors la comprendre ?
Se souvenant brusquement de quelque chose, elle ouvrit son tiroir et en ressortit le petit papier sur lequel figurait le numéro de John. Anna l'observa quelques instants comme une relique magique. Un mois passé dans le tiroir avait jauni le papier mais les chiffres à l'encre bleue étaient toujours lisibles. Elle poussa violemment les couvertures sur le côté de son lit et partit tambouriner à la porte de sa chambre :
" _INFIRMIERE ! INFIRMIERE ! JE VEUX TELEPHONER ! "
²²²
Le portable posé sur la table basse se mit à sonner. Dave avachi sur le sofa haussa un sourcil et observa l'appareil sans faire un geste. Squattant chez John durant son jour de congé alors que Lola était en crèche, il lisait tranquillement une revue déconseillée aux plus jeunes alors que le maître des lieux prenait sa douche. Il hésitait. Il n'allait quand même pas répondre au téléphone de Carter…
Les sonneries se faisaient plus insistantes.
Mais si c'était cette fameuse Anna ? Se demanda Dave pris de doutes. Carter lui en voudrait alors pour le reste de ses jours de ne pas avoir répondu. Celui ci n'en finissait pas de prendre sa douche. Dave attrapa le téléphone et appuya sur la touche pour décrocher :
" _Allô vous êtes bien sur le portable de John Truman Carter troisième du nom mais en ce moment il est à poil sous sa douche, donc en attendant c'est David Malucci premier du nom jusqu'à preuve du contraire squattant actuellement son sofa qui répond ! " S'exclama-t-il sur un ton claironnant.
Il y eut un long silence à l'autre bout du fil.
" _Et John en a pour longtemps ? " Demanda finalement une voix féminine et timide.
" _Ca dépend si c'est urgent ou pas, " rétorqua Dave soupçonnant que c'était Anna qu'il avait à l'autre bout du fil. " Si vous voulez vraiment lui parler, je peux le tirer de force de sous sa douche… "
" _Non, ne le dérangez pas, ce n'était pas important de toute façon, " répondit la jeune femme qui allait raccrocher.
" _Attendez ! " S'exclama Dave. " Restez en ligne ! Vous êtes Anna n'est-ce pas ? "
Il y eut de nouveau un long silence.
" _Oui mais… mais comment le savez-vous ? Nous ne connaissons pas je crois. "
" _John m'a parlé de vous, " répondit Dave en reprenant son sérieux. " Il attend votre coup de fil avec tant d'impatience. Je crois qu'il tient beaucoup à vous, " insinua-t-il.
" _Mais avec qui tu parles ? ! ? " S'exclama John sortant à peine de sa douche avec juste une serviette autour des reins. Il reprit avec fureur son portable des mains de Dave. " Si vous êtes l'une des nombreuses petites copines du docteur Dave, je vous conseille de raccrocher car vous encombrez ma ligne ! " S'écria-t-il.
Dave se prit le visage dans les mains. S'il savait qu'il était en ce moment même en train de parler à Anna…
" _Moi aussi je suis ravie de te reparler enfin, John, " répondit Anna avec une pointe de malice à l'autre bout du fil.
Le sang quitta le visage de John qui devint blanc comme un linge. Il fronça les sourcils en direction de Dave, attrapa un coussin et le lui jeta à la figure comme si c'était sa faute s'il venait d'engueuler Anna sans le savoir. Celui protesta à voix basse que John ne lui avait pas laissé le temps de s'expliquer.
" _Anna… euh … j'attendais ton coup de fil depuis longtemps ! " Bégaya-t-il à cause de la nervosité.
" _Je sais, Dave me l'a dit. " Répondit-elle sur un ton naturel.
" _Ah bon ? Et qu'est-ce qu'il t'as dit d'autre ? " Demanda John en jetant des regards furieux vers Malucci pris d'un fou rire.
" _Pour reprendre ses mots, que tu étais à poil… "John se mit à rougir bêtement et vérifia bien qu'il avait encore sa serviette autour de ses reins. " Ecoute…Je t'appelles car j'ai besoin de ton aide, " reprit-elle avec sérieux. " J'ai vraiment mal commencé ma cure et je suis parfois prise d'accès de folie, même souvent en vérité… Ils veulent me mettre en hôpital psychiatrique ! Je sais que je ne suis pas folle John ! Il faut que tu m'aides ! "
" _Calme-toi Anna ! " La freina-t-il alors que Dave s'était replongé dans la lecture de son magazine. " Qui ça *ils* ? "
" _Les docteurs ! " Répondit-elle sur un ton affolé.
" _Anna je ne les laisserais pas faire ! Tu sais ce qu'on va faire ? Je vais venir les voir et je vais parler avec les docteurs pour que tu restes en centre de désintoxication. En échange, je veux que tu fasses ce qu'ils te disent à la lettre, compris ? "
" _Oui. "
²²²
Quelques mois plus tard
John et Anna sortirent du bureau ensemble. A travers les grandes fenêtres du centre, une éclaircie baignait de soleil toute la longueur du couloir. Durant les cinq derniers mois, Carter n'avait pas arrêté de faire la navette entre Chicago et Atlanta malgré un emploi du temps surchargé. Mais il n'avait pas perdu son temps, Anna venait juste de réussir son entretien final. Elle était de nouveau libre mais John savait qu'elle n'était pas encore guérie. Malgré le fait qu'elle n'était plus dépendante, Anna n'était pas à l'abri d'une rechute et elle était encore sujette aux hallucinations. John avait été terrifié la première fois qu'il l'avait vu hurler contre l'ombre. Mais Joaquim lui aussi présent à ce moment dans la chambre, avait gardé son sang-froid et réussit à calmer sa sœur sous le regard hébété de John tétanisé.
En fait, la seule raison pour laquelle les médecins du centre avaient accepté qu'Anna sorte si tôt, était qu'elle devait impérativement séjourner chez John qui avait l'expérience de la toxicomanie et de la médecine. Joaquim étant au chômage, il viendrait lui aussi à Chicago car il était hors de question de laisser Anna seule quand John serait au travail. De plus, elle devait continuer les thérapies de groupes en se rendant avec Carter aux alcooliques anonymes, ainsi qu'une thérapie individuelle à cause de ses hallucinations dues au traumatisme qu'elle avait subi.
John avait quand même été surpris par la rapidité avec laquelle Anna s'était sortie du cercle vicieux de la drogue. Mais contrairement à lui, sa famille avait très tôt découvert que la jeune femme se droguait et cela avait limité les dégâts. Quand à John, son problème avait été découvert tard grâce aux soupçons d'Abby et la drogue avait eu le temps de le ronger en profondeur.
" _A quoi tu penses ? " Lui demanda Anna le tirant de ses songes alors qu'ils se dirigeaient tranquillement vers la sortie.
" _Je pensais à mon propre séjour ici, " répondit John avec un sourire empreint de tristesse.
" _Tu ne m'as jamais dit pourquoi tu avais fait un séjour ici… Enfin si parce que tu étais toxicomane, mais comment l'es-tu devenu ? " Reprit-elle avec un ton concerné.
" _Allons dans le café en face, " proposa-t-il. " Je vais tout t'y raconter. "
A peine cinq minutes plus tard, ils avaient tous les deux retiré leurs manteaux et s'étaient installés près de la vitrine du bar. Anna observait avec mélancolie les voitures qui avançaient pare-chocs contre pare-chocs dans la rue. Elle n'arrivait pas à croire qu'elle était enfin sortie du centre, et tous les détails de la vie quotidienne lui apparaissaient comme des trésors à redécouvrir. Ils avaient chacun commandé un bol de café fumant dont l'arôme envahissait tout l'espace autour d'eux. Les deux vieux amis avaient le temps de parler, ils ne devaient rejoindre Joaquim que dans deux heures à l'aéroport.
" _Alors ? " Reprit Anna en le fixant longuement. John rassembla un instant ses pensées pour savoir par où il devait commencer.
" _Après ton départ, on a confié sous ma garde une petite étudiante Lucy Knight. Elle était parfois gaffeuse mais pleine de bonne volonté. Nos rapports n'ont pas très bien commencé, je crois que je me suis un peu trop pris pour un Benton numéro deux et je l'ai vraiment poussé à bout de nerfs. "
" _Je t'imagines très bien en train de faire comme Benton, " glissa Anna avec malice. " Tu as toujours voulu lui ressembler. "
" _C'est vrai, " confirma John puis il reprit après un moment de silence. " D'autres fois nous étions vraiment complices. Il y a même eu un moment en salle de radiologie où nous avons été plus qu'amis… " Il s'arrêta et observa la réaction d'Anna.
" _Et après ? " Dit-elle impatiente de savoir la suite.
" _Et bien il y a eu ce patient, un certain Paul Sobriki. Il avait été admis pour maux de têtes mais il avait des réactions bizarres. J'ai eu beaucoup de mal à le tenir lorsque Lucy lui a fait une ponction lombaire alors qu'il était sous anesthésie locale. Elle le soupçonnait d'être schizophrène et je ne l'ai pas cru. Lucy avait toujours tendance à prendre tant à cœur son travail et à imaginer toujours le pire… C'était la Saint-Valentin et on avait organisé une petite fête aux Urgences cette nuit-là. Je ne sais plus vraiment pourquoi mais je suis allé dans la chambre d'examens où se trouvait Sobriki. Je crois que je cherchais Lucy et je l'ai trouvé… Sobriki s'est jeté sur moi avec le couteau de cuisine amené pour découper le gâteau de la Saint-Valentin. Il m'a poignardé plusieurs fois dans le bas du dos… "
John arrêta brusquement son récit pour reprendre son souffle. Il avait prononcé les derniers phrases en apnée et les mémoires de cette nuit étaient toujours vivaces. Des flashs de Lucy agonisante passèrent sous ses yeux et Anna vit alors John comme elle ne l'avait jamais vu auparavant. Il était en sueur, le regard terrorisé, les gestes nerveux… Il lui rappelait elle il y a encore peu de temps. Anna prit la main droite de John dans la sienne et il releva le regard vers elle. Il sembla enfin retrouver son calme.
" _Quand je me suis écroulé au sol… J'ai vu Lucy elle aussi poignardée… On a été découvert par Kerry et après tout s'est passé si vite. On est passé des urgences au bloc mais j'ai été le seul à survivre. On m'a prescrit des médicaments pour la douleur à cause de mon dos. J'en ai abusé car je me suis aperçu que ces médicaments apaisaient la douleur physique mais aussi morale. Je suis tombé dans un cercle vicieux et j'ai alors commencé à avaler tout ce qui me passait sous la main… Mes collègues s'en sont aperçus. Ils m'ont proposé un choix : soit j'acceptais d'entrer en cure à Atlanta et je pouvais ensuite revenir au County, soit je m'obstinais et je ne pouvais plus exercer la médecine. "
" _Alors tu as accepté la cure, " en conclut Anna en serrant un peu plus fort la main de John dans la sienne.
" _Pas tout de suite, c'est Benton qui après m'avoir décollé un crochet du droit m'a convaincu ! " S'exclama John en riant nerveusement. " J'ai aussi failli faire une rechute mais je me suis repris à temps. "
Anna sourit simplement. Jusqu'à maintenant elle n'avait pas été sûre que John la comprenne parfaitement. Mais il avait apparemment subi une épreuve tout aussi traumatisante que la sienne. Malgré tout, elle ne sentait pas encore prête à se confier à lui, quelque chose se bloquait en elle dès qu'elle trouvait l'occasion de lui en parler. Pensive, Anna savoura la chaleur d'un rayon de soleil sur sa peau, la liberté lui avait tant manqué.
En face d'elle, John la fixait sans pudeur. Son regard la gêna et elle se mit à gigoter. Devinant qu'elle se sentait mal à l'aise, il détourna les yeux vers la vitrine. La peur ne l'avait pourtant pas quitté. Chaque homme qui la frôlait la faisait frissonner, l'adrénaline prenait si facilement le contrôle de son corps. Elle pouvait lire dans les yeux de John une peur sous-jacente semblable à la sienne. Pourtant même lui l'effrayait. Anna lâcha subitement la main de John et la ramena vers elle rapidement.
C'était encore trop tôt…
²²²
Libre
Sans Dieu ni patrie
Avec pour seul baptême
Celui de l'eau de pluie
²²²
A suivre….
²²²
Le Petit Mot De La Fin : Autant ce second chapitre est mélancolique et lent, que le troisième va bouger ! Et oui petite Anna va provoquer pas mal de frayeurs à ces pauvres John, Joaquim et même Dave, semant la zizanie à tout-va, enfin je ne vous en dis pas plus vous verrez bien ;o)
Chapitre II : Souvenirs
Auteur : Lojie
Disclaimer : Aucun des personnages ne m'appartient (malheureusement) et étant donné que j'ai toujours pas commencé à construire de start-up, ils sont pas prêts de m'appartenir un jour… Par contre Joaquim ainsi que tous les autres membres de la famille Del Amico qui interviennent m'appartiennent d'abord ! Et puis aussi Lola Malucci même si ça m'étonnerait qu'elle ait un rôle dans cette fic ;o)
En ce qui concerne la zikmu, c'est " Vivre " chantée par Noa dont les droits appartiennent au *camarade* Jean-Marie Messier ;o)
Note de l'Auteur : Et me voici tel Super Menteur volant à la rescousse de tous les politiciens magouilleurs en cette période d'élections troublées, en Super Ecrivain qui a réussit à écrire son deuxième chapitre en moins d'une heure tellement j'étais prise dans l'histoire de ma fic (et puis aussi parce que j'avais pas beaucoup de temps…)
Bonne Lecture
²²² ²²² ²²²
Libre
De choisir sa vie
Sans un anathème
Sans un interdit
²²²
" _Laissez-moi tranquille ! " Protesta violemment Anna toujours allongée au fond de son lit.
Ses yeux noirs auraient pu lancer des éclairs s'ils en avaient eu le don, et la couverture qu'elle remontait jusqu'à son nez ne faisait qu'augmenter cette impression. Joaquim, Leon et leurs femmes respectives Sandy et Julia eurent un mouvement de recul. Les deux frères avaient voulu rendre visite à leur sœur mais celle-ci les avait accueilli avec violence et froideur.
" _Je crois que l'on ferait mieux de rentrer, " proposa à regret Leon en voyant sa sœur qui continuait de les fusiller du regard. Julia approuva ses dires d'un hochement de la tête.
" _Tu es sûre que tu ne veux pas que l'on reste un peu avec toi pour bavarder ? " Demanda Joaquim en désespoir de cause, mais Anna ne répondit rien et l'ignora de plus belle.
Elle les observa avec soulagement quitter la pièce. Quand la porte fut refermée, elle se glissa hors des draps pour se coller à la vitre de sa fenêtre. Les grattes-ciels d'Atlanta étaient toujours aussi froids et hauts, mais elle restait fascinée à les regarder pendant des heures faute d'occupation plus intéressante. Cela faisait à présent presque un mois qu'elle était en cure ici et elle ne s'était jamais sentie aussi mal de sa vie.
En proie à un subite accès de rage dû au manque, elle frappa du poing la vitre qui ne céda pas. Anna continua à la marteler jusqu'à que ses articulations commencent à saigner. Mais la vitre avait été conçue pour résister et avait été faite avec du verre incassable. Lasse de se battre, elle s'effondra une nouvelle fois en larmes et se laissa glisser jusqu'au sol. Anna avait l'impression de devenir folle à force de rester enfermer ici. Elle avait besoin d'air, de sentir la pluie sur sa peau, de pouvoir aller où elle voulait, et surtout elle avait simplement besoin d'un ou deux petits comprimés. Cela n'a jamais tué personne d'en prendre de temps en temps, pensa-t-elle complètement obsédée.
Mais justement elle n'était plus sûre de rien, était-elle vraiment accro ? Etait-elle véritablement devenue folle ? Anna avait l'impression de voir sa vie se détruire en miettes sous ses yeux sans avoir aucun moyen de recoller les morceaux. Depuis une semaine elle commençait sérieusement à songer au suicide ne voyant pas d'autre échappatoire à son calvaire. Soudainement ses yeux se fixèrent sur une ombre au mur. Son corps se mit aussitôt à trembler sans qu'elle ne puisse le contrôler, ses dents claquaient et ses mains se crispaient sur ses genoux qu'elle ramena contre elle. Un brusque sentiment de terreur et d'horreur qui lui était familier s'était à nouveau emparé d'elle.
" _Ce n'est qu'une hallucination… Ce n'est qu'une hallucination… " Répétait-elle pour se convaincre mais l'ombre menaçante continuait d'avancer vers elle. " CE N'EST QU'UNE HALLUCINATION ! " Se mit-elle à hurler à pleins poumons.
Alertées par les cris, deux infirmières entrèrent dans la chambre et cherchèrent en vain la cause de sa peur. Mais elles ne virent rien d'autre que la jeune femme qui continuait sa crise d'hystérie.
" _IL ARRIVE ! " Hurlait Anna en commençant à s'arracher des mèches de cheveux sur les tempes. " IL VA ME FAIRE MAL ! EMPECHEZ-LE JE VOUS EN SUPPLIE ! "
" _Calmez-vous mademoiselle Del Amico, " dit l'une des deux infirmières en s'approchant de la jeune femme pétrifiée qui continuait de hurler. " Amène les sangles ! Vite ! " Ordonna-t-elle à la seconde.
Quelques minutes plus tard et avec l'aide d'un infirmier supplémentaire, Anna se débattait sanglée sur son lit.
" _NON ! PAS CA ! ARRETEZ ! ARRETEZ ! NOOOOOOONNNNNN ! ! ! ! ! ! ! ! ! " S'époumonait-elle en proie à ses hallucinations. Il lui fut administré quelques calmants et rapidement Anna s'endormit. Néanmoins son sommeil était hanté par des cauchemars et des souvenirs.
²²²
" _Ecoute ! Je sais quand quelque chose ne va pas, et là quelque chose ne va pas ! Je commence à te connaître John ! " Se vanta Dave en jouant avec le petit parapluie rose de son cocktail.
Carter lui lança un regard désabusé. Depuis un mois, il avait continuellement son portable sur lui dans l'espoir qu'Anna appelle. Mais il commençait à croire qu'elle l'avait définitivement banni de sa vie. En attendant il comblait du mieux qu'il pouvait ses soirées car son esprit restait obsédé par Anna. S'en sortait-elle ? Ou était-elle dans un état pire qu'au début ?
Attablés au bar d'une boîte de nuit branchée de Chicago, Dave l'avait traîné là pour lui changer les idées. Même si le jeune médecin n'exerçait plus au Cook County, John et lui avaient gardé contact et se revoyaient dès que l'occasion se présentait. Ils étaient même devenus plus proches qu'avant. Carter avait fait connaissance de Lola la fille de Dave un adorable bout de chou d'à peine deux ans, et John avait trouvé en lui un confident inattendu et sur lequel il pouvait compter. Mais pour le moment, Malucci commençait à saturer de voir son ami dans un tel état et surtout de ne pas savoir pourquoi !
" _Est-ce que tu vas enfin me dire ce qu'il se passe ? ! ? " S'exclama Dave en haussant le ton de la voix. " C'est depuis que tu es revenu d'Atlanta que tu es comme ça. Et ne cherche même pas à me raconter des bobards, je le devinerais ! "
" _Tu veux vraiment savoir ? " Demanda John avec un petit air pensif. Dave lui répondit avec un regard désespéré, depuis tout à l'heure il cherchait à lui tirer les vers du nez et c'était seulement maintenant que Carter réagissait…
" _Non, je te harcèle depuis tout à l'heure juste pour le fun ! " Rétorqua-t-il avec ironie. Mais John ne sembla même pas avoir remarquer le ton moqueur de Dave et conservait son sérieux.
" _Et bien à Atlanta j'ai revu une vieille connaissance… "
" _Et quelles sont ses mensurations ? " Le coupa Malucci en prenant un air très intéressé.
" _C'est sérieux Dave, " rétorqua John un peu agressif ce qui surprit son ami. " Elle s'appelle Anna Del Amico et elle… "
" _Une italienne en plus, " le coupa une nouvelle fois Dave encore plus intéressé.
" _Bon tu veux vraiment savoir ou pas ? ! ? " S'énerva Carter, Malucci qui avait simplement voulu le taquiner, décida de ne plus l'interrompre. Il était décidément trop susceptible ce soir… " C'est une ancienne du Cook County, Anna est partie quand Lucy est arrivée… " Le ton de John se fit subitement en peu plus grave en prononçant Lucy. "Je t'ai déjà parlé de Chase, et bien c'est elle la fameuse fille qui m'a aidé. "
" _Oh je vois… " Répondit Dave se rappelant d'un soir où John lui avait parlé de son cousin. " Mais qu'est-ce qui s'est passé à Atlanta ? Vos retrouvailles se sont mal passées ? "
" _Plutôt oui… Je sortais de ma consultation et c'est là que je suis tombé sur elle et son frère. Il l'amenait pour qu'elle rentre en cure de désintox. Anna m'a rejeté, elle n'a pas voulu de mon aide mais je lui ai laissé mon numéro au cas où elle voudrait m'appeler. C'est pour ça que je n'oublie plus mon portable depuis un mois… elle ne m'a toujours pas appelé. "
" _Mais… mais tu es resté toutes ces années sans la voir et tu ne t'en ai jamais plaint, et là je ne vois pas pourquoi soudainement tu te réintéresses à elle alors qu'elle ne veut plus te voir ? " Demanda Dave un peu interloqué.
" _Je n'ai jamais cessé de penser à elle, mais je m'étais fait une raison en me disant que son bonheur me suffisait, peut importe si elle était heureuse dans les bras d'un autre… " Répondit John le regard toujours perdu dans le vague. " Mais maintenant que je sais qu'elle va mal, très mal, je ne peux pas cesser de m'inquiéter et j'aimerais tant qu'elle accepte mon aide… "
" _En résumé, c'est le grand amour, " conclut Dave soucieux. " Je te conseille d'attendre encore un peu, peut-être qu'elle va appeler. Sinon lance-toi ! Retourne à Atlanta ! Et montre-lui que tu es un homme ! Un vrai ! " S'exclama Dave en frappant du poing sur la table. John éclata de rire face aux pitreries de Malucci. Puis ce dernier reprit un air plus sérieux : " Je plaisante à moitié, si jamais elle ne téléphone vraiment pas, n'hésite pas à retourner à Atlanta sinon tu auras des remords toute ta vie, et tu auras l'impression d'être passé à côté de quelque chose d'important. "
" _Merci Dave, " répondit simplement John.
" _De rien maestro ! " Rétorqua-t-il avant de lancer un bref coup d'œil à sa droite. " Hé ! Deux superbes sirènes en vue à trois heures ! "
²²²
" _Anna ! Ecoutes-moi ! " La supplia Joaquim assis sur son lit. " Réponds ! Dis quelque chose ! "
Anna restait le regard fixe droit devant elle. Même si elle n'était plus sanglée à son lit, elle ne le quittait pas et il était impossible de la faire réagir. Elle s'était enfermée dans une coquille dont elle ne voulait pas sortir et dont personne ne pouvait la déloger. Joaquim se retourna vers Maria sa mère, Leon, Michael, Al et Serge ses quatre frères tous présents dans la pièce. La famille Del Amico était là au grand complet pour soutenir Anna. Mais la jeune femme faisait comme si elle ne les voyait pas.
" _Mon bébé, " s'écria Maria les yeux embuées de larmes en s'asseyant elle aussi sur le lit. " Si tu ne te décides pas à réagir, ils vont te mettre dans un hôpital pour les fous ! " Dit-elle avec un fort accent italien. " Je ne veux pas perdre ma seule fille ! "
Anna n'avait même pas cillé. Tous les Del Amico se jetèrent des regards désemparés. Cela faisait à peu près une heure qu'ils tentaient de la ramener coûte que coûte à la vie réelle, qu'ils tentaient de la sortir de son cauchemar éveillé mais rien n'y faisait. Une infirmière ouvrit la porte et s'adressa à eux sur un ton neutre :
" _Les visites sont terminées. "
Ils quittèrent la pièce à regret laissant seule Anna sur son lit. Elle jeta de nouveau un regard aux grattes-ciels gris. Seul le tic-tac de son réveil et les fines gouttes de pluie s'écrasant contre la vitre, brisaient le silence dans lequel Anna s'était murée. Elle savait qu'il fallait qu'elle réagisse, elle savait qu'elle n'était pas folle, du moins pas encore complètement. Mais sa famille ne pouvait pas l'aider, malgré toute leur bonne volonté ils ne pouvaient pas comprendre. Mais qui pouvait alors la comprendre ?
Se souvenant brusquement de quelque chose, elle ouvrit son tiroir et en ressortit le petit papier sur lequel figurait le numéro de John. Anna l'observa quelques instants comme une relique magique. Un mois passé dans le tiroir avait jauni le papier mais les chiffres à l'encre bleue étaient toujours lisibles. Elle poussa violemment les couvertures sur le côté de son lit et partit tambouriner à la porte de sa chambre :
" _INFIRMIERE ! INFIRMIERE ! JE VEUX TELEPHONER ! "
²²²
Le portable posé sur la table basse se mit à sonner. Dave avachi sur le sofa haussa un sourcil et observa l'appareil sans faire un geste. Squattant chez John durant son jour de congé alors que Lola était en crèche, il lisait tranquillement une revue déconseillée aux plus jeunes alors que le maître des lieux prenait sa douche. Il hésitait. Il n'allait quand même pas répondre au téléphone de Carter…
Les sonneries se faisaient plus insistantes.
Mais si c'était cette fameuse Anna ? Se demanda Dave pris de doutes. Carter lui en voudrait alors pour le reste de ses jours de ne pas avoir répondu. Celui ci n'en finissait pas de prendre sa douche. Dave attrapa le téléphone et appuya sur la touche pour décrocher :
" _Allô vous êtes bien sur le portable de John Truman Carter troisième du nom mais en ce moment il est à poil sous sa douche, donc en attendant c'est David Malucci premier du nom jusqu'à preuve du contraire squattant actuellement son sofa qui répond ! " S'exclama-t-il sur un ton claironnant.
Il y eut un long silence à l'autre bout du fil.
" _Et John en a pour longtemps ? " Demanda finalement une voix féminine et timide.
" _Ca dépend si c'est urgent ou pas, " rétorqua Dave soupçonnant que c'était Anna qu'il avait à l'autre bout du fil. " Si vous voulez vraiment lui parler, je peux le tirer de force de sous sa douche… "
" _Non, ne le dérangez pas, ce n'était pas important de toute façon, " répondit la jeune femme qui allait raccrocher.
" _Attendez ! " S'exclama Dave. " Restez en ligne ! Vous êtes Anna n'est-ce pas ? "
Il y eut de nouveau un long silence.
" _Oui mais… mais comment le savez-vous ? Nous ne connaissons pas je crois. "
" _John m'a parlé de vous, " répondit Dave en reprenant son sérieux. " Il attend votre coup de fil avec tant d'impatience. Je crois qu'il tient beaucoup à vous, " insinua-t-il.
" _Mais avec qui tu parles ? ! ? " S'exclama John sortant à peine de sa douche avec juste une serviette autour des reins. Il reprit avec fureur son portable des mains de Dave. " Si vous êtes l'une des nombreuses petites copines du docteur Dave, je vous conseille de raccrocher car vous encombrez ma ligne ! " S'écria-t-il.
Dave se prit le visage dans les mains. S'il savait qu'il était en ce moment même en train de parler à Anna…
" _Moi aussi je suis ravie de te reparler enfin, John, " répondit Anna avec une pointe de malice à l'autre bout du fil.
Le sang quitta le visage de John qui devint blanc comme un linge. Il fronça les sourcils en direction de Dave, attrapa un coussin et le lui jeta à la figure comme si c'était sa faute s'il venait d'engueuler Anna sans le savoir. Celui protesta à voix basse que John ne lui avait pas laissé le temps de s'expliquer.
" _Anna… euh … j'attendais ton coup de fil depuis longtemps ! " Bégaya-t-il à cause de la nervosité.
" _Je sais, Dave me l'a dit. " Répondit-elle sur un ton naturel.
" _Ah bon ? Et qu'est-ce qu'il t'as dit d'autre ? " Demanda John en jetant des regards furieux vers Malucci pris d'un fou rire.
" _Pour reprendre ses mots, que tu étais à poil… "John se mit à rougir bêtement et vérifia bien qu'il avait encore sa serviette autour de ses reins. " Ecoute…Je t'appelles car j'ai besoin de ton aide, " reprit-elle avec sérieux. " J'ai vraiment mal commencé ma cure et je suis parfois prise d'accès de folie, même souvent en vérité… Ils veulent me mettre en hôpital psychiatrique ! Je sais que je ne suis pas folle John ! Il faut que tu m'aides ! "
" _Calme-toi Anna ! " La freina-t-il alors que Dave s'était replongé dans la lecture de son magazine. " Qui ça *ils* ? "
" _Les docteurs ! " Répondit-elle sur un ton affolé.
" _Anna je ne les laisserais pas faire ! Tu sais ce qu'on va faire ? Je vais venir les voir et je vais parler avec les docteurs pour que tu restes en centre de désintoxication. En échange, je veux que tu fasses ce qu'ils te disent à la lettre, compris ? "
" _Oui. "
²²²
Quelques mois plus tard
John et Anna sortirent du bureau ensemble. A travers les grandes fenêtres du centre, une éclaircie baignait de soleil toute la longueur du couloir. Durant les cinq derniers mois, Carter n'avait pas arrêté de faire la navette entre Chicago et Atlanta malgré un emploi du temps surchargé. Mais il n'avait pas perdu son temps, Anna venait juste de réussir son entretien final. Elle était de nouveau libre mais John savait qu'elle n'était pas encore guérie. Malgré le fait qu'elle n'était plus dépendante, Anna n'était pas à l'abri d'une rechute et elle était encore sujette aux hallucinations. John avait été terrifié la première fois qu'il l'avait vu hurler contre l'ombre. Mais Joaquim lui aussi présent à ce moment dans la chambre, avait gardé son sang-froid et réussit à calmer sa sœur sous le regard hébété de John tétanisé.
En fait, la seule raison pour laquelle les médecins du centre avaient accepté qu'Anna sorte si tôt, était qu'elle devait impérativement séjourner chez John qui avait l'expérience de la toxicomanie et de la médecine. Joaquim étant au chômage, il viendrait lui aussi à Chicago car il était hors de question de laisser Anna seule quand John serait au travail. De plus, elle devait continuer les thérapies de groupes en se rendant avec Carter aux alcooliques anonymes, ainsi qu'une thérapie individuelle à cause de ses hallucinations dues au traumatisme qu'elle avait subi.
John avait quand même été surpris par la rapidité avec laquelle Anna s'était sortie du cercle vicieux de la drogue. Mais contrairement à lui, sa famille avait très tôt découvert que la jeune femme se droguait et cela avait limité les dégâts. Quand à John, son problème avait été découvert tard grâce aux soupçons d'Abby et la drogue avait eu le temps de le ronger en profondeur.
" _A quoi tu penses ? " Lui demanda Anna le tirant de ses songes alors qu'ils se dirigeaient tranquillement vers la sortie.
" _Je pensais à mon propre séjour ici, " répondit John avec un sourire empreint de tristesse.
" _Tu ne m'as jamais dit pourquoi tu avais fait un séjour ici… Enfin si parce que tu étais toxicomane, mais comment l'es-tu devenu ? " Reprit-elle avec un ton concerné.
" _Allons dans le café en face, " proposa-t-il. " Je vais tout t'y raconter. "
A peine cinq minutes plus tard, ils avaient tous les deux retiré leurs manteaux et s'étaient installés près de la vitrine du bar. Anna observait avec mélancolie les voitures qui avançaient pare-chocs contre pare-chocs dans la rue. Elle n'arrivait pas à croire qu'elle était enfin sortie du centre, et tous les détails de la vie quotidienne lui apparaissaient comme des trésors à redécouvrir. Ils avaient chacun commandé un bol de café fumant dont l'arôme envahissait tout l'espace autour d'eux. Les deux vieux amis avaient le temps de parler, ils ne devaient rejoindre Joaquim que dans deux heures à l'aéroport.
" _Alors ? " Reprit Anna en le fixant longuement. John rassembla un instant ses pensées pour savoir par où il devait commencer.
" _Après ton départ, on a confié sous ma garde une petite étudiante Lucy Knight. Elle était parfois gaffeuse mais pleine de bonne volonté. Nos rapports n'ont pas très bien commencé, je crois que je me suis un peu trop pris pour un Benton numéro deux et je l'ai vraiment poussé à bout de nerfs. "
" _Je t'imagines très bien en train de faire comme Benton, " glissa Anna avec malice. " Tu as toujours voulu lui ressembler. "
" _C'est vrai, " confirma John puis il reprit après un moment de silence. " D'autres fois nous étions vraiment complices. Il y a même eu un moment en salle de radiologie où nous avons été plus qu'amis… " Il s'arrêta et observa la réaction d'Anna.
" _Et après ? " Dit-elle impatiente de savoir la suite.
" _Et bien il y a eu ce patient, un certain Paul Sobriki. Il avait été admis pour maux de têtes mais il avait des réactions bizarres. J'ai eu beaucoup de mal à le tenir lorsque Lucy lui a fait une ponction lombaire alors qu'il était sous anesthésie locale. Elle le soupçonnait d'être schizophrène et je ne l'ai pas cru. Lucy avait toujours tendance à prendre tant à cœur son travail et à imaginer toujours le pire… C'était la Saint-Valentin et on avait organisé une petite fête aux Urgences cette nuit-là. Je ne sais plus vraiment pourquoi mais je suis allé dans la chambre d'examens où se trouvait Sobriki. Je crois que je cherchais Lucy et je l'ai trouvé… Sobriki s'est jeté sur moi avec le couteau de cuisine amené pour découper le gâteau de la Saint-Valentin. Il m'a poignardé plusieurs fois dans le bas du dos… "
John arrêta brusquement son récit pour reprendre son souffle. Il avait prononcé les derniers phrases en apnée et les mémoires de cette nuit étaient toujours vivaces. Des flashs de Lucy agonisante passèrent sous ses yeux et Anna vit alors John comme elle ne l'avait jamais vu auparavant. Il était en sueur, le regard terrorisé, les gestes nerveux… Il lui rappelait elle il y a encore peu de temps. Anna prit la main droite de John dans la sienne et il releva le regard vers elle. Il sembla enfin retrouver son calme.
" _Quand je me suis écroulé au sol… J'ai vu Lucy elle aussi poignardée… On a été découvert par Kerry et après tout s'est passé si vite. On est passé des urgences au bloc mais j'ai été le seul à survivre. On m'a prescrit des médicaments pour la douleur à cause de mon dos. J'en ai abusé car je me suis aperçu que ces médicaments apaisaient la douleur physique mais aussi morale. Je suis tombé dans un cercle vicieux et j'ai alors commencé à avaler tout ce qui me passait sous la main… Mes collègues s'en sont aperçus. Ils m'ont proposé un choix : soit j'acceptais d'entrer en cure à Atlanta et je pouvais ensuite revenir au County, soit je m'obstinais et je ne pouvais plus exercer la médecine. "
" _Alors tu as accepté la cure, " en conclut Anna en serrant un peu plus fort la main de John dans la sienne.
" _Pas tout de suite, c'est Benton qui après m'avoir décollé un crochet du droit m'a convaincu ! " S'exclama John en riant nerveusement. " J'ai aussi failli faire une rechute mais je me suis repris à temps. "
Anna sourit simplement. Jusqu'à maintenant elle n'avait pas été sûre que John la comprenne parfaitement. Mais il avait apparemment subi une épreuve tout aussi traumatisante que la sienne. Malgré tout, elle ne sentait pas encore prête à se confier à lui, quelque chose se bloquait en elle dès qu'elle trouvait l'occasion de lui en parler. Pensive, Anna savoura la chaleur d'un rayon de soleil sur sa peau, la liberté lui avait tant manqué.
En face d'elle, John la fixait sans pudeur. Son regard la gêna et elle se mit à gigoter. Devinant qu'elle se sentait mal à l'aise, il détourna les yeux vers la vitrine. La peur ne l'avait pourtant pas quitté. Chaque homme qui la frôlait la faisait frissonner, l'adrénaline prenait si facilement le contrôle de son corps. Elle pouvait lire dans les yeux de John une peur sous-jacente semblable à la sienne. Pourtant même lui l'effrayait. Anna lâcha subitement la main de John et la ramena vers elle rapidement.
C'était encore trop tôt…
²²²
Libre
Sans Dieu ni patrie
Avec pour seul baptême
Celui de l'eau de pluie
²²²
A suivre….
²²²
Le Petit Mot De La Fin : Autant ce second chapitre est mélancolique et lent, que le troisième va bouger ! Et oui petite Anna va provoquer pas mal de frayeurs à ces pauvres John, Joaquim et même Dave, semant la zizanie à tout-va, enfin je ne vous en dis pas plus vous verrez bien ;o)
