Chapitre 32

"Tragédie du coeur"

La foule envahit le terrain en quelques instants. Toute l'équipe de Serdaigle était réunie autour de Cho qui gisait, inconsciente, par terre. Madame Bibine essayait en vain de faire régner l'ordre dans la foule qui se bousculait pour voir si tout allait bien.

Évidemment pas.

Madame Pomfresh arriva sur-le-champ, allongea Cho sur une civière et l'amena derechef au château avant même que Harry ait pu poser son balai sur le sol alors couvert d'élèves paniqués.

- Comment va-t-elle? Est-elle…? demanda Harry en arrivant à l'infirmerie quelques instants plus tard.

- Oh! Ce n'est pas si grave, Potter, lui répondit Madame Pomfresh, cessez de vous faire du souci! Regardez, les autres membres de son équipe sont déjà entrain de la visiter.

- Alors…alors tout va bien? demanda Harry encore une fois. je veux dire, elle pourra revenir à la normale bientôt? Je peux la voir? rajouta-t-il sans même donner le temps à l'infirmière de répondre.

À ce moment, l'équipe de Serdaigle sortit de l'infirmerie en riant- apparemment tout allait bien. Harry en fut tellement soulagé qu'il lança:

- Hé! Beau match! Nous avons vraiment eu du fil à retordre!

Les Serdaigle se turent et jetèrent des regards assassins à Harry. EN d'autres circonstances, il auraient éclaté de rire en les voyant tous se retourner de manièr si synchronisée, comme une sorte de créature à six tête.

- Ne nous parle pas, l'enragé! lui cracha Amely Trent, une des Poursuiveuses. Nous avons tous vu ce qui c'est passé.

- De quoi vous voulez parler…?

- De quoi on parle? s'enragea Scott Thomas. Écoute, Potter, si c'est si important pour toi d'attraper le vif d'or au point tel que de pousser ton adversaire en bas de son balai, ta place serait plutôt en prison!

Les autres acquiescèrent et s'en allèrent sur-le-champ, laissant Harry à ses fantômes et à ses nombreuses questions qui restèrent pour le moment sans réponses.

"De quoi parlent-ils?" se demanda-t-il, abasourdi. En y repensant bien, toutefois, il ne souvenait pas de quelle manière Cho était tombée de son balai, ni de quelle manière il s'était finalement emparé du Vif d'or.

La porte de l'infirmerie s'ouvrit et Madame Pomfresh – qui était entrée dans la pièce durant l'entretien que les Serdaigle et Harry ont eu – lui dit, d'un ton impatient:

- Potter, si vous désirez lui parler, c'est maintenant!

Cela a pris quelques secondes pour lui pour se rappeler qu'elle parlait de Cho et il entra alors dans l'infirmerie, le cœur battant (malgré lui).

Elle était là, allongée dans son lit et feuilletait nonchalamment un exemplaire de Sorcière Hebdo sur lequel une sorcière changeait de coiffure à chaque coup de baguette magique. Voyant qu'elle ne s'était pas aperçue de sa présence, Harry toussota. Elle releva la tête et son visage se contracta en expression de répulsion.

- Que veux-tu? lui demanda-t-elle sur un ton glacial.

- Je...euh….Je…Tout…va..? Ça va bien? parvint à articuler Harry, le cœur qui palpitait encore.

Cho soupira, replongea le regard dans sa revue et répondit:

- Oui, je n'ai que des os de brisés et je pourrai partir demain.

- Ah…euh…c'est génial…

Il resta là quelques instant à attendre une réponse qui n'arriva jamais. Une ombre passa sur son cœur; il savait que Cho était fâchée mais il ne pouvait mettre le doigt dessus. Puis, se rappelant les paroles de l'équipe de Serdaigle, il décida de rompre le silence qui pesait de plus en plus lourd sur sa conscience.

- Alors, euh…C'était un beau match, hein?

Harry fut trop préoccupé à se demander quelle bêtises venaient encore de sortir de sa bouche pour remarquer que son interlocutrice le contemplait d'un regard assassin.

- Sors d'ici, dit elle sur un ton qui se voulait posé mais que trahissait un léger tremblement dans sa voix.

- Que…Quoi? demanda Harry, abasourdi.

- Écoute moi bien Harry, car c'est la dernière fois que je te parle! Depuis que je t'ai vu au match de Quidditch quand tu étais en troisième année, j'ai voulu être gentille avec toi. Tu avais l'air très sympathique et de plus, je te prenais en pitié à cause des histoires sur ta famille de Moldus. Cependant, je n'accepterai pas que quelqu'un soit si brutal avec moi pour un simple match de Quidditch! Or, Harry, tu m'a sauvagement poussé en bas de mon balai et ça, vois-tu, c'est quelque chose de très difficile à oublier! Alors sors d'ici et ne me parles plus jamais. Tu as compris? Je ne veux plus avoir affaire avec des fous dangereux dans ton genre.

Estomaqué, Harry resta figé sur place, frappé soudainement de mutisme. Il eut l'impression que ses entrailles n'existaient plus. Voyant qu'il ne partait pas, Cho rajouta, sans lever les yeux de son magasine:

- N'oublie pas de fermer la porte en sortant.

Sans mot dire, il sortit de l'infirmerie avec une démarche de zombi, le regard perdu dans le vide. Il essayait de comprendre, mais il n'y arrivait pas. Il avait beau chercher, il ne se souvenait pas d'avoir poussé Cho de son balai.

Assis dans un fauteuil de la salle Commune des Gryffondor, Harry contemplait obstinément la fenêtre en ignorant les commentaires des autres élèves. Il n'arrivait pas à effacer le souvenir de toute l'école lui lançant des injures sur ce qu'il a fait à Cho. Seuls quelques Gryffondor obsédés par le Quidditch l'avait félicité pour son geste. Harry avait beau essayer d'expliquer la situation mais personne ne voulait l'écouter. Soudain, Hermione se posta devant lui, les mains sur les hanches.

- Qu'est ce qui t'a pris? lui demanda-t-elle sur un ton affolé.

- Qu'est ce qui m'a pris? Mais Hermione, comprend-le! Je ne sait même pas ce qui c'est passé!

- De quoi tu parles, Harry? rétorqua Ron qui venait d'arriver en courant. On a tous vu! Tu as volé vers le Vif d'or, et, quand tu es arrivé à la hauteur de Cho, tu lui as lancé un coup de poing dans les côtes et tu a attrapé le Vif d'or! Tous les élèves de Poudlard en sont témoins! En passant, avec la victoire on vient de passer au premier rang des quatre maisons!

- Même Dumbledore était présent! rajouta Hermione en jetant un regard assassin à Ron pour sa dernière remarque.

- Attendez…Vous voulez dire que…que j'ai fait ça? s'exclama Harry en se levant brusquement sous l'effet du choc de cette révélation.

- Ne vas pas me dire que c'était ton clone ou je ne sais quoi qui a fait ça à ta place! Attend, c'est peut-être une sorte de créature mutante partisane de l'équipe qui a pris possession de ton corps pour que nous gagnions le match!

- Ah oui! C'est sûr, Ron! Quelle déduction! ironisa Hermione, puis en reprenant un ton convenable à la situation, demanda à Harry:

- Explique toi Harry, tu…Tu veux dire que tu n'étais pas toi-même quand c'est arrivé?

Ce dernier sentait qu'il aurait pu embrasser Hermione tant il était content que quelqu'un le comprenne enfin.

- Exactement, Hermione! Je ne sais pas ce qui c'est passé…

La jeune fille fixa le sol et sembla réfléchir ardemment, puis, sans rien expliquer, se rua hors de la salle.

- Laisse moi deviner…dit Ron en la regardant partir, elle va à la bibliothèque?

- Le contraire m'étonnerait…

- Au moins, voyons le beau côté des choses…On a gagné le match. On est passé premier dans le classement, répéta Ron, hésitant.

Harry soupira et lui proposa de jouer une partie d'échec, chose que son ami rouquin ne pouvait refuser même si tous les dragons du monde étaient à leurs trousses.

Ce n'est que plus tard que Harry se rendit compte, dans tout son désespoir, que Cho ne l'avait jamais aimé, mais éprouvait seulement de la sympathie pour lui. "Ça règle le problème que m'aurait posé de lui demander de l'accompagner au bal de Noël" pensa-t-il tristement.

La rage au cœur, il se promit avec plus de fougue que jamais de retrouver l'Anneau de Frigilus. Les recherches, les vraies, commenceraient le lendemain.