Nda : Bonsoir à tous. D'abord, mille pardons pour cette (très) longue attente ! Que dire pour justifier un tel retard ? Débordée, je le suis de plus en plus si bien que je ne sais pas comment m'en sortir avec toutes ces fictions, projets et autres. La deuxième raison et celle qui justifie réellement ce retard, c'est que ce chapitre m'a causé beaucoup de mal. Malgré les idées qui étaient bien là, je n'arrivais plus à écrire. J'étais complètement bloquée et je ne savais pas comment me sortir de cette impasse. J'ai alors écrit, malgré tout, mais les phrases étaient bancales, parfois (souvent) mal tournées et il a fallu arranger tout ça ensuite. Je ne vous promets donc pas un chapitre d'une grande qualité mais j'espère qu'il saurait tout de même vous contenter.
Voici donc le chapitre 5 de Mortelle destinée ! Pour la peine, il sera bien plus long que le précédent, je vous devais au moins ça ;)
Résumé du précédent chapitre : On a des nouvelles de Mirajane et de Lisanna qui sont retenues prisonnières mais séparées l'une de l'autre. Un corps est retrouvé dans la mer, il ne s'agit pas de Lisanna mais l'étau se resserre autour des deux sœurs. Gray apprend à Elfman que les victimes sont violées avant d'être tuées... L'enquête se poursuit. (ça c'est du résumé xD)
Mortelle destinée
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Partie I :
Le cas des Strauss
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-V-
Elfman avait encore du mal à se remettre du coup de massue assené par Gray. Savoir que ses sœurs étaient entre les mains d'un meurtrier sanguinaire doublé d'un violeur ne faisait qu'ajouter un peu plus de poids à son angoisse dévorante. Il n'en voulait pourtant plus à son ami de lui avoir caché la vérité, comprenant la décision que Gray avait préféré prendre pour le bien de l'enquête mais aussi pour le préserver, lui son ami. Aurait-il fait différemment si les rôles avaient été inversés ? Elfman se demandait encore comment son meilleur ami réussissait à le supporter. Le policier était conscient de son caractère irascible, et le premier à en faire les frais était aussi la personne qui lui était le plus proche et sans qui, il ne pourrait sans doute pas tenir le coup…
Après leur conversation, les deux policiers avaient rejoint le commissariat pour retrouver l'équipe chargée de l'enquête sur la disparition des deux sœurs Strauss. Tout en consultant avec attention les documents sur le tueur aux bas rouges, Gray gardait régulièrement un œil sur son ami qui conservait le silence depuis leur départ de l'appartement du colosse. Elfman semblait lui aussi concentré sur sa tâche mais son inquiétude était palpable. Il était anxieux et ses émotions à fleur de peau transpiraient de ses pores. Pourtant, il était évident qu'il prenait sur lui pour ne pas les laisser déborder au risque de compromettre l'enquête en cours. Gray pouvait le comprendre parfaitement et le jeune homme, inquiet pour son coéquipier, se promit d'être là pour lui en cas de rechute. Voilà pourquoi il fallait à tout prix se joindre à l'enquête pour coincer ce salopard ! Et surtout, retrouver Lisanna et Mirajane, saines et sauves…
Après un bref entretien avec Luxus, les deux hommes avaient pris la direction de l'unité de profilage, avec cette fois, un seul objectif : absolument tout connaître des détails de l'affaire. Peu importait ce qu'ils apprendraient, Gray et Elfman avaient promis à Luxus de mettre de côté leurs émotions pour se concentrer uniquement sur l'enquête. Bien sûr, les deux amis n'étaient ni criminologues ni profileurs pour pouvoir établir le profil psychologique du tueur, mais ils faisaient tous deux partie des meilleurs enquêteurs de la brigade et étaient persuadés qu'avec leur aide, l'enquête avancerait plus vite. C'était en tout cas ce qu'ils voulaient croire.
Ils occupaient la salle de réunion pour étudier attentivement l'épais dossier du tueur aux bas rouge constitué depuis la découverte du premier cadavre, huit ans plus tôt. Fried, Bixlow et Evergreen étaient également présents, tout aussi concentrés, si ce n'est que la jeune femme regardait de temps à autre son ex-compagnon, d'un œil inquiet.
Gray observait depuis de longues minutes les photos des cadavres mutilés, réussissant malgré son dégoût, à ne pas penser que le responsable de cette boucherie détenait ses deux amies. Les yeux froncés, il passait de l'une à l'autre.
— Quelque chose ne va pas ? s'enquit Fried qui venait de remarquer l'étrange manège de son collègue.
— Il y a une chose qui m'intrigue, commença-t-il. Je ne suis pas profileur mais… j'ai l'impression qu'il y a, soit deux meurtriers ou bien que le tueur a un complice.
— Tu n'es peut-être pas profileur mais tu es un excellent enquêteur doté d'un très bon flair, confirma Fried assez impressionné.
— On pense que les premiers cadavres ont été tués et enterrés par la même personne, lui apprit Evergreen.
La jeune femme utilisa la photo de la première victime retrouvée enterrée dans une forêt pour argumenter son propos.
— Si on observe bien la façon dont le corps a été enterré, on constate que plus d'attention a été donnée à sa disposition. Même si la victime a été découpée comme les plus récentes, la découpe est plus nette, comme s'il y avait eu plus de… respect de la part du criminel, expliqua la jeune femme en marquant une hésitation. De la même façon, les parties du corps semblent avoir été placées précautionneusement, contrairement aux victimes suivantes.
— Vous n'avez pas pensé à deux tueurs différents ? Un premier et un imitateur ? avança Gray.
— Si, bien sûr, répondit Fried. Mais les détails de cette affaire n'ont pas été rendues publics et très peu en connaissent autant. De plus, après avoir étudié tous les indices en notre possession, nous en avons conclu que le meurtrier était le même mais qu'au fil du temps, il s'était aidé de plusieurs complices.
— Plusieurs ? réagit Elfman pour la première fois de la matinée.
— Oui. On suppose qu'il confie les corps à son complice pour qu'il s'en débarrasse. C'est assez rare comme pratique, les tueurs en série s'aident rarement d'un tiers mais dans ce cas précis, il semble que le tueur ait ressenti le besoin, pour une raison ou une autre, de s'aider de quelqu'un.
— Comme si le fait de les démembrer ne faisait pas partie de son processus, ajouta Fried.
— Il l'a sans doute fait au début pour avoir plus de facilité à les transporter, conclue Evergreen. Mais son plaisir, ce n'est pas là qu'il le trouve…
Elfman frémit aux dernières paroles de son ancienne compagne.
— Non, lui il préfère se contenter de les violer puis de les étrangler ! Et pour couronner le tout, un autre cinglé est prêt à aider ce monstre ! eut du mal à digérer le jeune homme.
Le frère des deux disparues bouillait et se contenait tant bien que mal pour ne pas exploser. Depuis qu'ils étaient tous là à décortiquer le dossier, les détails les plus sordides s'accumulaient. Le tueur aux bas rouges les détenait plus ou moins longtemps selon les cas, allant de quelques semaines à près de deux mois pour la captive restée le plus longtemps. Puis lorsqu'il avait fini de s'amuser avec elle, que ce soit en les violant ou en les torturant, il les étranglait ni plus ni moins avant de se débarrasser du corps. Et d'après les médecins légistes qui les avaient examinées, il s'était tant acharné sur elles que leurs trachées étaient complètement broyées. Elfman prenait vraiment sur lui pour ne pas craquer mais cela commençait à être particulièrement difficile pour lui. Pourtant, Luxus s'était montré on ne peut plus clair. Au moindre signe d'un manque de sang-froid de sa part, il serait retiré de l'enquête.
— Une équipe est en ce moment sur le quai pour fouiller tous les bateaux du port, les informa Bixlow. Avec un peu de chance, le témoignage du sans-abri va nous permettre d'identifier ou au moins de dresser un portrait robot de ce complice. C'est peu, mais jusqu'à aujourd'hui, on n'avait aucun indice pouvant nous conduire sur la piste de ce salopard.
Depuis la découverte du premier corps, huit ans plus tôt, aucun enquêteur n'avait réussi à trouver assez d'indices sur les victimes pour, ne serait-ce qu'avoir le plus petit départ d'une piste. Seul un premier profil de criminel avait été dressé sans toutefois réussir à les aider à retrouver ce tueur.
— Avez-vous essayé de délimiter une zone grâce à l'emplacement des corps retrouvés ? interrogea Gray. Ça pourrait nous aider à trouver l'endroit où les victimes sont séquestrées ?
— Oui on y a déjà pensé mais malheureusement, ça n'a rien donné, lui apprit Fried.
— Il n'y a aucune logique dans le choix du lieu où sont ensevelis les corps. En forêt, dans la mer, dans un marais…
— On a même retrouvé la moitié d'une victime dans une poubelle en plein centre-ville.
— Non seulement il les souille de leur vivant mais il continue après leur mort ! Ce type n'a rien d'humain ! rugit Elfman les poings serrés.
— S'il s'aide effectivement d'un complice, c'est peut-être la raison pour laquelle il n'y a aucune logique, ajouta Gray pour en revenir aux indices. Et qui sait s'il ne s'est pas contenté d'un seul complice mais de plusieurs en huit ans ?
Le jeune homme en profita pour poser discrètement une main sur l'avant-bras de son coéquipier qu'il sentait sur le point de flancher.
— C'est effectivement ce que nous soupçonnons, confirma Evergreen.
— S'il s'est aidé d'autres complices, que sont-ils devenus dans ce cas ? interrogea Elfman.
— C'est une bonne question, songea Fried. Une chose est sûre, il s'agit bien d'un habitant de Magnolia ou en tout cas, des environs de la ville. Aucun autre cas similaire n'a été détecté ailleurs dans le pays.
Les enquêteurs continuèrent d'étudier les indices dont ils disposaient et d'élaborer des théories susceptibles de les aider dans leurs recherches. Les profileurs ne manquèrent pas de partager leurs hypothèses concernant le tueur. D'après eux, il s'agissait d'un homme dont l'âge était compris entre vingt-huit et quarante ans environ. Le tueur aux bas rouges serait un individu se fondant facilement dans son environnement, peut-être même quelqu'un d'avenant au premier abord mais aux tendances asociales. Autrement dit, rien qui puisse les conduire vers un individu précis… La tâche serait longue pour le retrouver mais pas impossible. Le criminel venait de faire sa première erreur et les enquêteurs comptaient bien sur cette dernière pour enfin lui mettre la main dessus.
Avant de quitter la salle de réunion, Evergreen entraîna Elfman un peu à l'écart mais Gray put néanmoins l'entendre lui demander :
— Tu es sûr que c'est une bonne idée que tu participes à l'enquête ?
Gray vit le corps d'Elfman se tendre, signe avant-coureur d'une explosion imminente. Sa mâchoire se contracta avant de répondre à la jeune femme, aussi calmement que possible.
— Est-ce que tu doutes de mon professionnalisme ?
— Bien sûr que non idiot ! Je m'inquiète pour toi, enfin, je veux dire pour l'enquête, se reprit-elle en rougissant.
Ces deux-là n'avaient pas changé de comportement vis-à-vis l'un de l'autre depuis leur rupture. Elle s'inquiétait toujours autant pour lui mais s'évertuait à le nier alors que ses sentiments étaient évidents. Gray trouvait dommage qu'ils n'aient pas réussi à s'entendre malgré leurs différents car il était évident pour lui que les deux jeunes gens éprouvaient toujours de tendres sentiments l'un pour l'autre. Était-ce de l'amour, il n'en savait rien, mais il aurait aimé que leur couple fonctionne. Elfman n'aurait pas été seul alors pour traverser cette épreuve difficile.
— Ne t'inquiète pas Ever, je veux retrouver mes sœurs plus que quiconque alors si pour cela je dois mettre mes sentiments de côté, je le ferais. Et puis si je n'y arrive pas, ne t'en fais pas, il y en a un qui veille, lui dit-il en jetant un regard à Gray.
Rassurée, la jeune femme le laissa partir, non sans un dernier regard inquiet vers lui. Gray lui sourit, lui montrant ainsi qu'Elfman était entre de bonnes mains.
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Lorsque Mirajane se réveilla enfin, le chaos régnait dans sa tête. Entre douleur et confusion, elle était complètement perdue. La jeune femme essaya de se relever mais son corps la faisait souffrir de part en part. En touchant sa tête, elle sentit un liquide poisseux la recouvrir. Etait-ce du sang ? Elle s'efforça d'ouvrir les yeux malgré la souffrance occasionnée. Comme elle le craignait, sa main était recouverte de sang. De ses bras engourdis, elle se redressa doucement et se souvint alors de l'endroit où elle se trouvait. Ou en tout cas, les événements passés la conduisant dans cette cellule sordide. L'accident et leur enlèvement avec Lisanna. Lisanna… Elle avait bien essayé de s'échapper de sa geôle mais son ravisseur s'était rapidement relevé et l'avait violemment frappée, la laissant sur le carreau. La jeune femme avait alors perdu connaissance, mais depuis combien de temps ?
En observant sa cellule, elle vit un bol et un verre posés à terre. Elle savait que ce n'était pas prudent de consommer ce qu'ils contenaient mais avait-elle le choix ? Elle n'avait rien bu ni mangé depuis des heures, peut-être même un ou deux jours… Son estomac se tordait et sa gorge asséchée commençait à la brûler. Mirajane s'humecta les lèvres avant de se saisir du bol. De la soupe, supposa-t-elle en remarquant la consistance, mais cette dernière était froide et peu ragoutante. La jeune femme huma avec méfiance le liquide épais avant de poser les lèvres autour du récipient. Ce n'était pas très goûteux mais au moins était-ce comestible. La jeune femme se saisit du morceau de pain sec et le plongea dedans avant d'en mordre une petite bouchée. Elle but ensuite par petites gorgées le verre d'eau. Ce ne fut pas simple pour elle, l'envie de l'engloutir d'une seule traite étant plus que tentante, mais Dieu seul savait quand elle en aurait un autre la prochaine fois.
Une fois terminé ce repas des plus frugaux mais qui avait malgré tout réussi à la rasséréner quelque peu, Mirajane se força à se lever complètement pour détendre ses muscles contractés et douloureux. Sa jambe l'élança violemment, la forçant à se tenir à l'un des murs humides de la cellule. Elle en profita pour réfléchir à sa situation et ce qui les avait conduites, elle et sa petite sœur, à se faire ainsi enlever et séquestrer. Quel était le mobile de leur ravisseur ? Et quel était son objectif réel ? C'était cette dernière question qui inquiétait plus particulièrement la jeune femme, surtout ne sachant pas pourquoi elle et Lisanna avaient été séparées.
— Lisanna… murmura-t-elle les larmes aux yeux.
Mirajane serra les poings tant elle se sentait inutile. Si au moins elle était sûre que Lisanna allait bien ! Une petite voix dans sa tête lui murmura un nom mais elle refusa de l'entendre, tant celui-ci lui glaçait le sang… Sa petite sœur ne pouvait pas être entre les mains de cette ordure, non ! Des larmes de rage roulèrent sur son visage et la jeune femme prit une profonde respiration avant de hurler le nom de sa sœur. Un cri de rage, de douleur et d'angoisse qui ne fit que la plonger dans un profond désespoir…
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Sur les quais, des policiers s'affairaient dans tous les coins. Des passants curieux s'étaient arrêtés pour observer tout le remue-ménage et déjà des journalistes en allaient de leurs théories sans toutefois qu'elles soient confirmées ou non par la police. Tant que cette dernière n'en savait pas plus, la presse ne devait pas s'en mêler. Moins elle en saurait, mieux ce serait. Gray et Elfman venaient tout juste d'arriver sur les lieux afin de glaner les éventuels indices retrouvés sur place.
Ils apprirent alors que la majorité des bateaux avaient été fouillés, n'en restant plus que quelques-uns à vérifier. Certains des propriétaires étaient interrogés à l'écart des oreilles indiscrètes lorsqu'un agent les héla.
Les deux hommes se précipitèrent vers lui.
— Nous avons retrouvé des traces de sang dans ce petit bateau, les informa-t-il en leur montrant l'embarcation du doigt.
Il s'agissait d'un petit bateau de loisir qui disposait d'une simple cabine. Les agents chargés de recueillir les preuves leur montrèrent des traînées de sang comme si un corps avait été tiré à l'intérieur… Impossible pour que ça ne soit qu'une coïncidence, songea Gray.
— C'est du sang humain, confirma l'un des policiers.
— Est-ce qu'on connaît le nom du propriétaire ? s'enquit Gray en s'apprêtant à noter son nom sur un carnet.
L'agent vérifia ses données et révéla aux deux policiers le nom inscrit ainsi que l'adresse.
— Est-ce qu'il est ici ? demanda Elfman les yeux froncés.
— Non, quelqu'un a essayé de le joindre mais personne n'a répondu.
Les deux policiers examinèrent le bateau à leur tour avant de laisser l'équipe scientifique relever l'ensemble des indices. Leur présence se révélant désormais inutile, Gray et Elfman décidèrent d'aller interroger le propriétaire du bateau.
— Elfman, rien ne nous dit qu'ils sont au courant de quoi que ce soit, prévint Gray pour être sûr que son ami ne ferait rien qui puisse compromettre l'enquête.
— J'en suis conscient, répondit le colosse d'une voix blanche.
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Elfman au volant, Gray avait tout le loisir de l'observer discrètement. Depuis qu'ils avaient quitté le port, il avait cette ride entre les yeux qui apparaissait lorsqu'il était soucieux.
— Est-ce que tu tiens le coup ?
Elfman tourna rapidement la tête vers lui avant de se recentrer sur sa route. Il poussa un profond soupir avant de répondre à son collègue.
— Honnêtement, je ne sais pas trop… Tout ce qu'on a appris sur ce type et son mode opératoire me fait dire que les jours sont comptés. J'arrête pas de me poser des questions sur ce qui le motive… Qu'est-ce qui fait qu'il va en garder une plus longtemps qu'une autre ?
Que répondre à cela ? Gray ne pouvait que comprendre les interrogations de son ami, lui aussi se posait les mêmes. Les garderait-il assez longtemps pour qu'ils les retrouvent en vie ? En sachant que d'un autre côté, plus il les garderait longtemps en vie, plus elles risquaient de vivre les pires atrocités.
— On est sur une bonne piste, d'ici peu, on connaitra l'identité du complice du tueur et on lui tirera les vers du nez pour qu'il nous révèle où se trouvent les filles.
— Merci Gray, répondit simplement Elfman.
C'était la seule chose qu'il pouvait répondre aux paroles rassurantes de son ami. Il savait que Gray était tout aussi anxieux que lui mais qu'il ne le montrait pas pour ne pas l'inquiéter davantage. Toutefois, l'angoisse demeurait et ne se disperserait qu'une fois sûr que ses sœurs seraient en sureté.
Le quartier résidentiel dans lequel vivaient les propriétaires du bateau semblait calme, l'endroit parfait pour y vivre avec sa petite famille. Gray doutait qu'ils aient quelque chose à voir avec le tueur aux bas rouges mais il fallait, malgré tout, se montrer prudent et ne pas se fier aux apparences.
Le jeune homme venait tout juste de sonner à la porte lorsqu'une voiture s'arrêta dans l'allée, devant le garage de la maison. Un homme et une femme en sortirent et les regardèrent avec curiosité.
— Bonjour messieurs, en quoi pouvons-nous vous aider ?
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Assis dans le canapé, Gray et Elfman attendirent le retour de la femme avant de commencer.
— Alors comme ça vous revenez tout juste de vacances ? commença Gray en regardant les valises dans l'entrée.
— Oui, nous étions partis chez mes parents à Hargéon, répondit la jeune femme en leur déposant une tasse de café fumant.
— Que se passe-t-il exactement ? s'enquit l'homme visiblement inquiet de la venue impromptue de la police.
— Etes-vous propriétaires d'un petit bateau de tourisme ?
Le couple se regarda un instant, incrédule.
— O…oui, il est amarré dans le port de Magnolia. Pourquoi cette question ?
— La police doit le réquisitionner pour une affaire d'homicide, leur apprit Gray qui ne voulait pas tourner autour du pot.
La surprise passée, Gray et Elfman leur demandèrent où ils se trouvaient précisément le jour où le corps avait été prétendument jeté à la mer. Chez les parents de la femme, ils avaient ce soir-là participé à un repas de famille où une dizaine de convives pouvaient témoigner de leur présence.
— Quelqu'un aurait pu avoir accès à votre bateau ?
— Non, affirma la jeune femme. Nous avons laissé les clés à la maison pendant notre absence…
Le mari fronça des sourcils brusquement, semblant vouloir dire le contraire.
— Est-ce que vous savez quelque chose qui pourrait nous être utile ? demanda Gray qui avait remarqué le changement dans son attitude.
— C'est possible… répondit l'homme en regardant sa femme. Nous avons un homme à tout faire qui vient quelques jours par semaine. Nous lui avons laissé les clés de la maison pour qu'il vienne aussi pendant notre absence.
— Tu n'y penses pas, Jorg ne ferait pas de mal à une mouche !
— On n'en sait rien, après tout, on ne sait pas grand-chose de lui.
— Donnez-nous son nom, exigea Elfman d'un ton un peu brusque.
Gray pressa une fois de plus son bras pour le forcer au calme. Son agressivité commençait à inquiéter le couple et risquait de les fermer à toute coopération éventuelle.
— Tout ce que vous pourrez nous dire sur lui pourra nous aider et s'il s'avère qu'il n'a aucun lien avec notre affaire, nous le laisserons tranquille, les rassura Gray.
Jorg Kleeman vivait dans un mobil-home loué dans un camping à la périphérie de la ville. Il était homme à tout faire du couple depuis un peu plus d'un an et d'après eux, n'avait jamais eu de problème avec eux. Ce dernier, âgé de trente-huit ans, était un marginal qui n'avait pas eu beaucoup de chance dans la vie. Accusé à tord d'agression dans son entreprise, il avait été mis à la porte et depuis, peinait à retrouver une situation stable. Cadre dans la même entreprise, la jeune femme avait alors décidé de l'employer le temps qu'il trouve un emploi à temps plein.
— Il est un peu… sauvage et particulièrement craintif alors s'il vous plaît, allez-y doucement avec lui, les prévint la jeune femme. Sans quoi, il s'enfuira.
Gray et Elfman prirent le conseil avec sérieux avant de quitter le jeune couple.
Sur des charbons ardents depuis l'entrevue avec le couple, Gray avait décidé de prendre le volant en dépit de son désamour de la voiture, lui préférant largement la moto.
— Elf, encore une fois…
— Oui oui, le coupa Elfman d'un ton impatient. Je sais, je vais me tenir à carreau.
Le camping se trouvait isolé de la ville, en bordure de forêt. Hors saison, il était quasiment vide, seuls quelques touristes friands de la saison automnales et des mouvements migratoires de quelques espèces d'oiseaux rares, semblaient y être installés.
A l'entrée, le gardien, visiblement content de recevoir de la visite, les conduisit vers le mobil-home situé au fond du camping, éloigné des infrastructures touristiques. Il en profita pour les abreuver d'anecdotes sur les résidents, actuels et ceux de la saison estivale passée.
— Nous ce qui nous intéresse c'est ce que vous savez sur ce Jorg Kleeman, grogna Elfman.
Impressionné par la stature du policier, le gardien ne se fit pas prier et leur raconta tout ce qu'il savait sur l'homme à tout faire. Autrement dit, pas grand-chose. Solitaire, il ne se mêlait pas aux autres et préférait rester dans son coin. Mais à la connaissance du gardien, rien de fâcheux ne s'était produit avec lui si ce n'était qu'une fois, il s'était disputé avec un autre campeur avec lequel tout avait vite dégénéré. Mais selon le gardien, l'autre l'avait provoqué et n'avait pas volé sa raclée.
— Il paraît inoffensif comme ça mais il ne faut pas l'énerver le bougre ! plaisanta le gardien, mais au vu de l'indifférence de ses visiteurs, il préféra s'abstenir de renchérir.
Arrivés devant la petite habitation, Gray et Elfman remarquèrent assez vite que le locataire ne s'y trouvait pas. Tout était fermé et aucun véhicule n'était garé devant.
— Ça fait quelques jours que je ne l'ai pas vu mais comme je ne suis là que la journée, je ne me suis pas posé plus de questions, les informa le gardien.
— Vous ne pouviez pas nous le dire avant ?! rugit Elfman agacé par cet homme qui les avait abreuvés de paroles inutiles au lieu d'aller directement à l'essentiel.
— La porte est légèrement ouverte, remarqua Gray en se dirigeant vers cette dernière.
Le jeune homme sortit son arme et se posta sur le côté de la porte en indiquant à Elfman de se préparer. Ce dernier, arme au poing, se positionna à quelques mètres de l'autre côté. Le gardien quant à lui, fut éjecté abruptement par le colosse. Quand tous furent prêts, Gray ouvrit à la volée la porte puis pointa son arme vers l'ouverture. Mais personne n'en sortit. Le brun pénétra prudemment dans le mobil-home et vit rapidement que Jorg ne s'y trouvait pas.
— On dirait qu'il est parti précipitamment, releva Gray en observant le petit intérieur.
Ce dernier était plutôt bien rangé malgré le peu de place dont il disposait. Sur la gauche, le coin cuisine avec une banquette et une petite table. A droite, le coin couchage. Vivre dans un si petit lieu le temps des vacances, pourquoi pas ? Mais Gray songea qu'y vivre toute l'année devait se révéler difficile…
— Il est parti en plein repas, constata Elfman en remarquant l'assiette à moitié vide sur la table et un verre de vin quasiment plein.
Gray sortit son portable et demanda à une équipe de se rendre sur les lieux. Puis, avec Elfman ils fouillèrent du regard à la recherche d'un détail qui puisse les aider. Des coupures de presse ou des notes par exemple, mais à première vue, rien de probant si ce n'était une photo encadrée montrant un couple avec un enfant. Ses parents, pensa immédiatement Gray.
Les deux hommes attendirent l'équipe scientifique avant de sortir du mobile home. Elfman avait précédé Gray depuis un moment et s'était appuyé à un arbre quelques mètres plus loin.
Son coéquipier s'approcha de lui et pressa son épaule pour lui donner un peu de sa force.
— Ça va aller ? s'enquit-il inquiet.
— Je n'en sais rien… Si on ne retrouve pas ce type, comment on va retrouver Mira et Lisa ? Et si on ne les trouvait pas…
— On va retrouver cet homme Elf…
— J'aimerais avoir ton optimisme mais… ça fait plus d'une semaine qu'elles ont disparu et on n'a toujours rien. Et alors qu'on n'aurait pu mettre la main sur le complice de cette ordure, il nous file entre les doigts !
— Grâce au gardien, on va pouvoir dresser son portrait robot.
— Il aura au moins servi à quelque chose ce type insupportable !
— Elf, on va le retrouver, tu m'entends ?
Elfman se retourna vers son ami, les yeux humides, il retenait difficilement ses larmes.
Quand les deux hommes quittèrent le commissariat à une heure avancée, Jorg Kleeman n'avait toujours pas été retrouvé. Aucun d'eux ne réussit à dormir cette nuit-là et le lendemain, l'impression que l'enquête faisait du surplace ne fit que s'accentuer.
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Après que Luxus leur ait ordonné de rentrer chez eux sous la menace d'être retirés de l'enquête s'ils leur venaient à l'idée de passer la nuit au poste, les deux coéquipiers avaient finalement cédé. Gray avait raccompagné Elfman chez lui et après une longue marche dans la nuit brumeuse, le jeune homme avait enfin regagné son appartement. Toutefois, il était bien difficile pour lui de penser à autre chose qu'à l'enquête. Il avait alors passé un certain temps derrière son bureau, à étudier les indices dont ils disposaient jusqu'à présent. Mais épuisé, Gray avait des difficultés à se concentrer et il décida enfin d'aller rejoindre sa chambre. La nuit portait conseil disait-on…
Le jeune homme grilla sa dernière cigarette de la journée tout en observant la ville en contrebas. Ses amies étaient sans doute là quelque part, à quelques pâtés de maisons et lui était incapable de les retrouver…
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Le sommeil le boudant royalement, le jeune homme avait décidé de lire un peu en attendant que Morphée daigne enfin l'accueillir pour quelques heures. Assis dans son lit, Gray était concentré sur sa lecture lorsque la sonnette retentit. Pensant tout d'abord à une farce d'adolescents en mal de sensation forte, Gray ne prit pas la peine de se lever et reprit la lecture de son livre. Mais l'insistance de l'impertinent énerva rapidement le policier en manque de sommeil, lequel bondit de son lit agacé.
— Il va comprendre sa douleur de venir sonner à cette heure-ci ce connard ! ronchonna-t-il en arrivant dans l'entrée.
Là, il ouvrit en grand la porte mais se figea devant son visiteur.
— Désolé de venir si tard Gray mais… je n'arrivais pas à dormir.
Devant lui, Elfman affichait de gros cernes sous les yeux et des traits tirés démontrant de la plus criante des manières, son état de fatigue et son inquiétude. Il faisait peine à voir.
Le brun cligna plusieurs fois des yeux avant d'ouvrir enfin la bouche.
— Entre, l'invita-t-il bouleversé de voir son ami aussi anéanti.
Il lui libéra le passage et tous deux se dirigèrent vers le salon. Gray le laissa un instant afin d'enfiler un pantalon. Ce n'était pas qu'il était pudique mais vue l'état de son ami, il trouvait peu approprié de rester en caleçon pendant qu'Elfman s'épancherait sur son épaule.
En revenant dans le salon, son ami tournait en rond.
— Si tu t'asseyais pour commencer ? Tu vas user le parquet avec tes allers-retours…
Le colosse s'exécuta sans broncher et s'assit lourdement sur le canapé.
Gray partit chercher deux bières et en offrit une à son ami, toujours silencieux.
— Elf, tu sais que tu peux tout me dire, alors vas-y n'hésite pas, d'accord ? lui offrit le jeune homme inquiet par son silence.
Elfman s'éclaircit enfin la voix et à cet instant, son visage prit une teinte légèrement rosée. Gray était intrigué par ce comportement étrange mais préféra attendre qu'il prenne enfin la parole.
— Tu te souviens de ce que tu m'as dit la dernière fois ? demanda le colosse incertain. Tu sais, quand tu m'as repoussé…
Gray fit mine de ne pas comprendre. Après tout, il n'était pas sûr que son pote pense à la même chose que lui, il était possible que certains éléments de leur conversation lui ait échappé depuis !
— Je ne vois pas de quoi tu parles Elf…
Se sentant subitement embarrassé, Gray détourna le regard de son ami. Il toussa nerveusement avant d'avaler sa bière d'une traite. De quoi lui parlait-il bordel ? Avec tout ce qu'il s'était passé ces deux derniers jours, c'était certain, son ami était complètement paumé et manquait cruellement de sommeil, tout comme lui.
Mais Elfman le détrompa immédiatement.
— Cette fois, je n'ai pas bu ou pas encore assez pour ne pas savoir ce que je fais, reprit néanmoins ce dernier avant d'attendre quelques instants pour continuer sur sa lancée. Je veux toujours coucher avec toi Gray.
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Nda : Chapitre 5 terminé ! Alors, vos impressions ? Des hypothèses pour la suite ? ;)
Comme vous le savez, j'aime vous raconter mes petits aléas en matière d'écriture. xD Concernant ce chapitre, mon principal problème a été de jongler entre l'enquête policière et le côté "romance" bien que ça n'en soit pas une à proprement dit. Je ne savais pas trop si je devais être précise dans les détails sur l'enquête policière, comme dans une vraie fiction policière, ou bien si je devais simplement l'évoquer en fond. Du coup, peut-être que cette indécision s'est ressentie dans ce chapitre et si c'est le cas, n'hésitez pas à me le dire. Comme c'est ma toute première fanfic de ce genre, j'avoue que je tâtonne pas mal et j'ai beaucoup de doutes... Bref, j'espère vraiment m'améliorer là-dessus et vous offrir une fiction assez riche en intrigue.
Maintenant, je sais que vous êtes très peu à suivre cette fiction mais si je pouvais avoir quelques retours, ça serait vraiment super :)
