Nda : Bonsoir à tous, voici enfin le chapitre 9.

J'espère qu'il vous plaira, bonne lecture ;)


Mortelle destinée

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Partie I :

Le cas des Strauss


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-IX-

— Merde, t'es sérieux ? hoqueta le colosse en se frottant les yeux.

Le regard encore ensommeillé, Elfman ne cessait de regarder Gray en clignant des yeux, cherchant désespérément à savoir s'il était encore en plein rêve ou si au contraire, il n'était pas assez réveillé pour comprendre ses paroles. Celui-ci ne prit pas gare à sa réaction ou plutôt, à son absence de réaction, il enfilait déjà son pantalon en sautillant d'une jambe sur l'autre.

— Dépêche-toi Elf, on n'a pas de temps à perdre !

Malgré ses cheveux ébouriffés, Gray semblait parfaitement réveillé, au contraire d'Elfman. En voyant son collègue s'activer, celui-ci comprit enfin qu'il ne s'agissait pas d'un rêve, et en même temps, il prit conscience de l'importance que cette annonce.

Le policier se frotta vigoureusement le visage et les yeux afin de s'éveiller complètement. Il n'était pas du matin et généralement, lorsque quelqu'un le réveillait aussi brutalement, le responsable s'en mordait les doigts. Sauf que cette fois, l'annonce de la mort de Kleeman avait refroidi sa colère habituelle. Ce n'était clairement pas le moment de perdre son sang froid, et encore moins à cause d'un réveil un peu agité. Il se devait d'avoir les idées claires.

Une fois que le policier fut bien réveillé, il se jeta d'un bond du lit pour sauter dans son pantalon. Il eut un peu de mal à retrouver toutes ses affaires, éparpillées dans la chambre et mélangées à celles de Gray. Songeant une fraction de seconde à ce qu'il avait fait une nouvelle fois avec son collègue la veille, le colosse rougit furieusement avant de se secouer la tête. Ce n'était pas le moment pour lui de penser à ce genre d'image alors que l'ordure qui avait sans doute enlevé ses sœurs, était mort ! Réussissant enfin à se concentrer sur ce qui était important, le jeune homme ne mit pas longtemps à se préparer.

Gray l'attendait dans l'entrée avec les clés de sa moto à la main. Elfman leva un sourcil, intrigué.

— Le corps a été retrouvé dans le marais, à l'autre bout de la ville, on ira plus vite en moto, expliqua Gray avant que son ami ne lui pose la question.

— Ok, acquiesça Elfman, néanmoins peu rassuré à l'idée de monter sur un véhicule qu'il jugeait si peu stable.

Il avait toujours admiré les hommes qui roulaient à moto, et particulièrement Gray qu'il trouvait très classe sur sa bécane. Certes, il aimait regarder les motos mais de là à monter dessus, il y avait un monde !

— Tiens, prends ce casque, lui offrit Gray.

Le jeune homme dut remarquer l'inquiétude de son collègue puisqu'il ajouta :

— Ne t'en fais pas, je suis prudent, surtout quand j'ai un passager avec moi.

Elfman haussa des épaules comme si cela ne le concernait pas.

— Pour qui tu me prends ? crut-il bon de rajouter en évitant le regard amusé de son collègue.

Les deux hommes profitèrent du trajet jusqu'au parking sous-terrain où Gray conservait sa précieuse moto, pour discuter des quelques informations que l'agent avait laissé à son collègue. Autant dire pas grand-chose : Jorg Kleeman avait été retrouvé dans un sale état, le corps pour moitié immergé dans la vase en plein milieu du marais d'Herbebrune.

— Et qui l'a trouvé ? s'enquit Elfman suspicieux.

— C'était un appel anonyme. Les gars soupçonnent un braconnier à qui il reste, apparemment, un peu de bonne conscience…

Elfman émit un « mouais » qui s'apparentait plus à un grognement qu'à une réponse humaine.

— Nous y voilà, déclara Gray en arrivant vers sa moto soigneusement garée.

Rutilante, elle ne servait pas souvent au jeune homme qui, n'habitant qu'à quelques rues du poste, préférait faire le trajet à pieds. Pendant ses missions, il utilisait la voiture de service qui leur était allouée par la police. Cependant, il la soignait comme s'il s'agissait de son enfant. La faisant briller pour que ses courbes harmonieuses reflètent la lumière du soleil. Sa moto, c'était son caprice comme Gray aimait à le dire. Il avait économisé plusieurs années avant de pouvoir se la payer, se contentant du minimum pour vivre. Jamais il n'avait mangé autant de pâtes que pendant cette période. Mais bon sang, le plaisir qu'il avait ressenti en la chevauchant pour la première fois, valait tous les sacrifices qu'il avait consentis pour l'obtenir.

— Ça fait longtemps que tu n'as pas roulé ? s'enquit Elfman en s'avisant de la propreté un peu trop louche du monstre mécanique.

Gray ne put s'empêcher de rire en voyant à quel point son ami se montrait suspicieux et inquiet.

— Je la sors tous les week-ends ! le rassura-t-il. Allez, enfile ton casque et fais-moi un peu confiance.

Sur ses mots, Gray enfila le sien, délogea sa moto de sa place en la faisant vrombir un bon coup devant le regard médusé de son ami. Elfman mit son casque à son tour en s'assurant qu'il était bien attaché, puis, après un long soupir, il enjamba le deux-roues. Le jeune homme sembla hésiter sur la façon de se tenir mais Gray ne lui laissa pas le temps de réfléchir qu'il se saisit de l'un de ses bras pour le placer sur sa hanche.

— Tiens-moi bien ! insista-t-il.

Elfman remercia intérieurement le casque qu'il portait de lui masquer la rougeur qu'il était sûr d'arborer sur ses joues. Une fois en route, le policier oublia très rapidement son embarras puis son appréhension, il dut d'ailleurs admettre qu'il était agréable de rouler à moto. La conduite de Gray était si fluide qu'il ne se rendit pas vraiment compte de la vitesse à laquelle ils progressaient. Pourtant, les silhouettes sombres des arbres en bord de route défilant les unes après les autres lui indiquèrent qu'ils étaient bien au-delà des quatre-vingt-dix kilomètres heure autorisés par le code de la route…

Elfman profita du trajet pour réfléchir à la mort brutale du principal suspect de la disparition de ses sœurs adorées. Ses collègues profileurs soupçonnaient que le tueur aux bas rouges s'aidait d'un complice et quelque chose lui disait que le meurtrier n'était pas du genre à se faire tuer si facilement… D'autre part, Jorg Kleeman ne semblait pas non plus avoir le profil de ce type de tueur manipulateur, mais davantage celui qui se faisait manipuler. Mais alors, qui l'avait supprimé, le tueur au bas rouge lui-même ? Le policier ne put aller plus loin dans ses réflexions, Gray ralentissait, indiquant à Elfman qu'ils arrivaient sur les lieux du crime. A peine vingt minutes avaient suffi pour se rendre à destination contre trente-cinq minutes en voiture. Chaque minute était bonne à prendre dans cette enquête…

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Bien que la pluie eût cessé depuis deux jours, l'humidité automnale se manifestait par une brume épaisse qui pénétrait le corps. Celle-ci rendait la vision compliquée et les deux hommes durent chercher pendant de longues minutes la scène de crime, jusqu'à ce qu'ils détectent les faibles lueurs qui transperçaient le brouillard.

— Il a bien choisi son endroit pour cacher le corps de Kleeman, dit Elfman en resserrant sa veste sur son torse.

— Une bonne idée au départ, dommage pour le meurtrier que quelqu'un soit passé par là ! A moins que l'appel anonyme vienne de lui…

— Hein ? réagit Elfman avec surprise. Pourquoi aurait-il fait une chose pareille ?

Gray haussa des épaules.

— C'est une simple hypothèse, répondit-il évasif.

Une hypothèse, certes, mais qui n'était pas impossible si l'on tenait compte de la psychologie complexe des tueurs en série…

Malgré la pénombre, les deux hommes s'aidèrent des gyrophares des véhicules des agents de police déjà sur place pour se guider vers la scène de crime. Autour, les policiers s'activaient pendant que le légiste examinait le corps.

Une odeur de vase et de putréfaction les prit violemment à la gorge les obligeant à masquer leur nez d'un mouchoir et d'autant plus en s'approchant du cadavre. Tous deux eurent un haut-le-cœur malgré le tissu qu'ils plaquaient sur leur visage.

Le visage du mort était méconnaissable. Gray et Elfman saluèrent brièvement le médecin avant de se recentrer sur le cadavre.

— Je ne comprends pas, commença Gray, comment pouvez-vous affirmer qu'il s'agit bien de Jorg Kleeman au vu de son état ?

— Ce n'est qu'une supposition en effet, mais ses papiers étaient sur lui. L'autopsie nous confirmera son identité ou à défaut, son ADN.

— Je suppose que la cause de la mort ne sera pas trop dure à confirmer, marmonna Elfman en esquissant une grimace de dégoût.

— Il a reçu de nombreux coups au visage, c'est une évidence, mais nous ne pouvons pas encore dire si ce sont ces coups qui l'ont tué. Une chose est sûre, le meurtrier s'est vraiment acharné sur ce pauvre type, soupira le docteur.

Elfman ne répliqua pas mais Gray le sentit se tendre. Il pouvait affirmer que son ami n'éprouvait pas autant de compassion pour Kleeman… Gray quant à lui, le voyait davantage comme une victime qu'un criminel. Mais il préférait taire ses propres pensées pour ne pas froisser son ami.

— A-t-on retrouvé autre chose sur lui ? s'enquit Gray.

— Non, uniquement ses papiers.

Gray songea à la chaîne retrouvée dans le bois à proximité du camping. Ils avaient interrogés les employeurs de Kleeman le jour même. La femme se souvenait de ce bijou que Kleeman portait sur lui comme un précieux souvenir, lui avait-elle dit. Elle l'avait questionné un jour sur sa provenance et, malgré ses réticences à parler de lui, Jorg lui avait confié qu'il s'agissait du seul souvenir de sa mère. Cette affirmation avait été corroborée par la photographie retrouvée dans son logement. Un agrandissement avait en effet pu mettre en évidence la chaîne que sa mère portait autour du cou. Il s'agissait de la même.

— Il n'y a pas de sang autour du corps, il n'a donc pas été tué ici, constata Gray.

— Effectivement, si la victime avait été tuée ici, avec les coups qu'elle a reçus, il devrait y avoir du sang tout autour alors que là, il n'y en a que sur ses vêtements.

— Si nous pouvions retracer le parcours de la voiture, on pourrait sans doute retrouver l'endroit où il a été tué mais je doute que l'on remonte très loin la piste… On va aller questionner les agents. Quand pensez-vous en savoir plus ? s'enquit Gray en se recentrant sur le légiste.

— Je pense qu'en milieu de journée, j'aurais déjà quelques informations à vous donner.

Gray et Elfman le saluèrent puis le laissèrent poursuivre ses investigations. De leur côté, ils se dirigèrent vers les policiers chargés de récolter les indices. Plusieurs équipes se répartissaient les zones autour du cadavre mais ils ne purent aller bien loin à cause des bans de vases, pièges mortels dans des conditions aussi difficiles.

— Foutue vase ! grogna Elfman en secouant la jambe pour éjecter la boue qui maculait sa chaussure.

— C'est sûr qu'il y a mieux comme chemin de randonnée…

— Ne parlons pas des odeurs…, ajouta son collègue en grimaçant.

Les deux policiers s'entretinrent avec l'agent qui les avait prévenus de la mort de Kleeman. Le poste avait reçu un appel peu avant trois heures du matin, les informant d'un cadavre retrouvé dans le marais et de son emplacement exact, puis l'informateur avait raccroché sans avoir laissé ses coordonnées.

— Vous avez son numéro ?

— L'appel venait de la cabine téléphonique, sur le parking du marais.

— Ça existe encore ces antiquités ? s'enquit Elfman en levant un sourcil dubitatif.

— Il en reste quelques-unes, essentiellement dans les endroits isolés comme celui-ci et où le portable capte une fois sur trois, l'informa Gray avant de se recentrer sur l'agent. D'autres indices ont été trouvés sur la scène de crime ?

— C'est en cours mais des empreintes de pas ont déjà été moulées et des traces de pneus découvertes un peu plus haut. On a de la chance qu'il n'ait pas plu depuis…

Les deux hommes examinèrent les indices retrouvés avec attention. Les empreintes de pas étaient en partie effacées mais donnaient un aperçu de la pointure du suspect. Les larges traces de pneu quant à elles montraient que le véhicule qui s'était aventuré si loin dans le marais, était tout sauf une citadine…

— Tu penses comme moi, commença Elfman, que c'est cette pourriture de tueur aux bas rouges qui l'a défoncé ?! Pas que je compatisse pour cette ordure de Kleeman…

— Oui, c'est ce que je pense aussi. Mais ce qui m'intrigue c'est qu'il semble avoir perdu son sang froid. Les indices, l'identité de Kleeman… Qu'est-ce qui lui a pris d'en laisser autant derrière lui ?

Avant que son collègue ne lui réponde, Gray composa un numéro sur son portable.

— Tu appelles qui ?

— J'aimerai savoir s'il y a eu d'autres cadavres retrouvés dans cet état ces dernières années.

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Plusieurs jours s'étaient écoulés depuis que le corps de Jorg Kleeman avait été retrouvé dans le marais d'Herbebrune. A part les traces de pas et de pneu à proximité de la victime, aucun autre indice n'avait été retrouvé sur les lieux. Il y avait de fortes chances pour que les empreintes appartiennent au meurtrier de Kleeman. Ils avaient désormais une indication sur sa pointure. Pour ce qui était de la voiture, il pouvait s'agir de celle du meurtrier comme celle de la victime. D'après Jules et les employeurs de Jorg, ce dernier conduisait un pick-up et pouvait très bien être le véhicule qui avait transporté Kleeman jusqu'au marais. Des recherches avaient été lancées afin de le retrouver.

Les investigations autour et dans la cabine téléphonique n'avait rien donné ; seules quelques traces de pneu sur la route indiquaient la direction prise par le véhicule. Le médecin légiste leur avait confirmé la cause de la mort de Jorg Kleeman. L'un des nombreux coups reçus lui avait fracturé le crâne causant une hémorragie cérébrale. L'arme du crime était un objet contondant, mais n'avait pas été retrouvé sur le lieu du crime.

— On sait donc que le meurtrier chausse du 42, aime rouler dans un gros engin et retient mes sœurs hors de Magnolia. On est bien avancé, grommela Elfman.

— On n'est pas sûr qu'il n'ait pas pris une autre route pour rentrer en ville, l'informa Gray.

— Et rien ne nous dit qu'il s'agisse de son véhicule, ajouta Luxus. Il a peut-être utilisé la voiture de Kleeman puis l'a abandonnée quelque part.

Les trois hommes s'étaient retrouvés dans le bureau du commissaire afin de faire un point sur l'avancée de l'enquête.

Les deux beaux-frères n'avaient pas échangé un seul mot avant la fin de l'entretien. La tension était palpable entre eux et Gray, ne voulant pas ajouté de l'huile sur le feu, n'avait rien dit pour envenimer les choses.

Avant qu'il ressorte du bureau, Luxus lui avait demandé de rester quelques minutes de plus.

— Comment va Elfman ? s'enquit-il le regard inquiet.

— Ça va… il gère mieux ses émotions. Mais peut-être que tu devrais lui parler.

— Je ne pense pas que ça soit une bonne idée. Elfman a envie de me sauter à la gorge, ça se sent à des kilomètres.

— C'est après le commissaire qu'il en a, pas le beau-frère… Vraiment Luxus, je pense que vous devriez parler tous les deux.

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Elfman crispa ses doigts dans sa chevelure. Il avait l'impression de devenir fou à mesure que le temps passait.

— Je sais que les indices sont maigres mais ils sont bien là et ils nous indiquent une nouvelle piste Elf. On est sur la bonne voie, il ne faut pas que tu penses le contraire !

Son collègue soupira longuement. Ses cernes s'élargissaient autour de ses yeux fatigués. Gray se leva un instant puis revint quelques minutes plus tard, déposant un café fumant devant son ami.

— Bois ça, ça te fera du bien.

Elfman acquiesça silencieusement et reprit ses recherches une fois quelques gorgées de café avalées.

Malgré son découragement apparent, la fin tragique du complice présumé du tueur aux bas rouges avait eu le mérite d'ouvrir d'autres pistes susceptibles de mener vers ses deux sœurs. Mais plus le temps passait, plus les chances de les retrouver en vie s'amenuisaient, et Elfman en avait parfaitement conscience…

Comme l'avait soupçonné Gray, des meurtres non élucidés de même nature avaient été relevés ces dernières années dans la région de Magnolia. Lui et Elfman épluchaient les dossiers qui leur avaient été transmis par leurs collègues des autres postes chargés respectivement des affaires. Les deux hommes avaient très vite relevé quelques troublantes similitudes entre les différents cas. Outre le fait que les victimes avaient été tuées avec la même sauvagerie que Kleeman et une arme similaire, toutes étaient issues de milieu modeste et n'avaient ni famille ni proches, susceptibles de signaler leur disparition. Certains corps avaient donc passés des mois à la merci de la nature qui s'était chargée de supprimer les indices. Mais le plus intriguant furent les points communs relevés entre le physique des victimes elles-mêmes. Même corpulence, même couleur de cheveux et même âge.

— On dirait bien que le tueur aux bas rouges recherche un profil particulier chez son complice, compris Elfman.

— Il ne prend donc pas le premier venu…, ajouta Gray perplexe. On doit en informer les autres.

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Après avoir parlé au commissaire, les deux policiers avaient informé leurs collègues profileurs de leur découverte.

— Si ces meurtres sont l'œuvre de notre tueur, ces nouveaux éléments permettront d'établir un profil un peu plus précis du tueur aux bas rouges.

— Vous ne pensez pas à une coïncidence, je me trompe ?

— Tu as raison Gray. Le fait que ces hommes aient autant de points communs montrent qu'ils n'étaient pas de simples complices.

— Tu penses qu'il les connaissait ? interrogea Elfman en se tournant vers Fried.

— Non, mais ils leur donnent le rôle de quelqu'un d'important pour lui, éclaira Ever. Quelqu'un faisant partie de son passé et qui est sans doute mort aujourd'hui.

— Peut-être bien qu'on a notre élément déclencheur, se réjouit Bixlow.

— Vous pensez que la mort de cet homme aurait déclenché ses premiers meurtres ?

— C'est probable oui, des recherches nous permettront de vérifier tout ça.

— Nous avons une description physique, un âge et une année approximative pour démarrer les recherches. Ça risque de nous prendre du temps mais nous avons un bon point de départ Elf, le rassura Fried en lui pressant le bras.

Avant de les quitter, Evergreen conduisit Elfman à l'écart pendant que Gray l'attendait dans le couloir.

— Comment vas-tu ? demanda-t-elle sincèrement inquiète.

Elfman baissa un instant la tête avant de replonger son regard sur sa collègue et ex-petite amie.

— Etant donné les circonstances, ça va.

La jeune femme posa une main hésitante sur son bras.

— Est-ce que… tu veux en parler ? Ce soir, tu peux peut-être…

— Merci Ever, la coupa Elfman. Mais… ça serait une mauvaise idée. Tu sais très bien comment ça risque de finir.

— Ça serait si terrible que ça ? s'enquit-elle.

— Vu le mal que l'on s'est fait, oui, je pense que ce serait mal.

Les larmes dans le regard de son ancienne compagne indiquèrent qu'encore une fois, le lourdaud qu'il était avait manqué de tact. Il se rapprocha d'elle et lui caressa la joue avec tendresse.

— Je ne voudrais pas qu'on se remette ensemble pour de mauvaises raisons Ever… tu mérites mieux que ça et moi… moi je ne suis pas capable d'être raisonnable. Pas pour l'instant.

— Pourtant tu l'es en me disant ça…

Dans le couloir, Gray avait observé une partie de la scène qui se déroulait entre Elfman et Evergreen. Mais lorsqu'il avait vu son collègue caresser la joue de la jeune femme, il n'avait pu s'empêcher de détourner le regard.

Le policier s'éloigna pour rejoindre l'ascenseur. Là, il vérifia qu'il n'y avait personne pour le surprendre et se frotta vigoureusement le visage en poussant un profond soupir. Il détestait réagir de cette manière. Pourquoi avait-il eu un pincement au cœur en voyant Elfman si tendre avec Evergreen ? Qu'attendait-il au juste ? Il savait pourtant que lui et son collègue, ce n'était ni plus ni moins une histoire de cul. Pourtant, il ne pouvait nier qu'il appréciait Elfman au-delà de l'amitié, seulement, il ne pouvait espérer quoi que ce soit d'autre avec lui, autant l'accepter maintenant. D'ailleurs, il n'avait qu'à penser à la mort de Loki pour s'en convaincre…

— A quoi tu penses ?

Gray sursauta comme une adolescente surprise en plein émoi intérieur.

— A… à rien Elf.

Elfman le dévisagea un instant puis esquissa un sourire en coin que Gray jura de ne plus avoir vu depuis des semaines.

— C'est rare de te voir aussi embarrassé. C'est plutôt… sexy, murmura-t-il en entrant dans l'ascenseur.

Gray n'avait même pas vu que ce dernier était ouvert. Elfman avait bien dit « sexy » ? C'était sans doute son imagination qui lui faisait défaut !

Lorsqu'il rejoignit son ami, celui-ci avait repris son attitude morose et Gray un comportement plus professionnel.

— Les archives sont fermées à l'heure qu'il est mais dès demain matin, nous pourrons reprendre les recherches.

Il était plus de minuit et les deux collègues avaient passé la journée à recueillir les informations du labo, à passer des coups de fil aux différents témoins et éplucher les affaires ressemblant de près au meurtre de Kleeman. Tous deux étaient épuisés et avaient besoin de repos. Ils avaient rendez-vous avec Luxus et le reste de l'équipe à huit heures dès le lendemain pour faire un point avant de se départager les tâches. En attendant, tous avaient été congédiés pour se reposer mais Elfman ne pouvait s'empêcher de se sentir coupable de perdre du temps à dormir pendant que ses sœurs étaient entre les mains d'un psychopathe.

Gray sentit l'angoisse de son ami.

— Ça nous fera du bien de dormir quelques heures Elf… tomber d'épuisement n'aidera en aucun cas Lisanna et Mirajane.

— Je sais Gray mais… je ne peux pas m'empêcher de penser à ce qu'elles subissent pendant que nous on dort tranquillement dans notre plumard. Mais d'un autre côté, si je ne dors pas, je pense que je vais devenir fou !

Les deux hommes profitèrent de la fraîcheur automnale pour s'emplir les poumons de l'air vivifiant. Une fine buée sortait des lèvres rougies des deux policiers, annonçant l'arrivée prochaine des premières gelées.

— On se prend un burger avant d'aller chez toi ? s'enquit Elfman.

— Je croyais que tu allais chez…, s'interrompit Gray brutalement.

— Ever ? Non. J'ai décliné son invitation.

— Pourquoi ?

— Parce que… c'est trop compliqué et puis, c'est avec toi que je veux être. Je me sens plus à l'aise pour parler… j'aurai honte de lui montrer mes faiblesses.

— Tu ne devrais pas Elf, je suis certain qu'elle ne te juge pas.

— Peut-être… Et ce burger ? changea-t-il de sujet.

Depuis qu'ils avaient appris la mort de Jorg Kleeman, Elfman avait pris l'habitude de venir chaque soir chez Gray. Ce dernier l'avait laissé faire, constatant qu'il en avait besoin. Après avoir mangé un morceau, Elfman lui parlait pendant des heures et Gray l'écoutait avec attention. Son ami ne s'était jamais autant confié à lui depuis qu'ils se connaissaient, évoquant les souvenirs d'enfance – des plus douloureux, lorsqu'il avait perdu ses parents par les mains d'un tueur qui n'avait jamais été retrouvé, jusqu'aux plus tendres en compagnie de ses sœurs.

— Elles me manquent tellement. Je ne peux pas imaginer qu'elles ne fassent plus partie de ma vie, c'est juste… impossible.

Les deux hommes étaient assis l'un en face de l'autre, une bière à la main. Quand Elfman avait la main trop lourde sur l'alcool, Gray l'arrêtait immédiatement et quand il se montrait un peu trop entreprenant avec lui, il réfrénait ses ardeurs en lui expliquant les inconvénients d'une pratique anale un peu trop fréquente.

Mais ce soir-là, il ne le repoussa pas. Gray n'avait pu s'empêcher de repenser à plusieurs reprises à l'échange entre Elfman et Evergreen et malgré tout ses efforts, il en avait conclu qu'il était indubitablement jaloux. C'était stupide mais le cœur était stupide.

Les jambes enroulées autour de ses hanches, les mains palpant son dos noueux et musclé tel un taureau, Gray laissa Elfman mener la danse du début à la fin. Jamais encore il ne s'était montré aussi passif avec un amant. Il se laissa juste porter par les émotions qui traversaient son corps de part en part, ne retenant pas les gémissements lancinants qui filaient de ses lèvres gonflées. Lui et Elfman s'étaient longuement embrassés avant que son amant colossal le prenne profondément. Depuis combien de temps glissait-il en lui, touchant à plusieurs reprises ce point si sensible et vibrant ?

Le temps s'égrenait dans ses bras et c'était bien ainsi.

Les deux hommes s'endormirent dans les bras l'un de l'autre, les membres enchevêtrés comme si de cette manière, rien ne pouvait plus les atteindre.

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Nda : L'enquête avance et bizarrement, je me suis senti un peu plus à l'aise en écrivant celui-ci que le précédent. Lire des romans policiers doit aider un peu… ;p

Je suis curieuse de savoir si vous avez des hypothèses suite à ce chapitre alors n'hésitez pas à laisser un petit commentaire.

Sur ce je ne vous donne pas de pronostics pour le prochain chapitre, simplement qu'il est déjà commencé.

A bientôt :)