Nda : Bonjour à tous. Je suis confuse d'avoir mis si longtemps à publier ce chapitre… quelques explications dans ma note à la fin du chapitre.
J'espère qu'il vous plaira quand même, bonne lecture :)
Mortelle destinée
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Partie I :
Le cas des Strauss
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- X -
La jeune femme grelottait mais elle n'avait plus, ni la force de se réchauffer avec ses bras, ni celle de crier. Le froid s'était intensifié depuis quelques jours, son estomac était vide, sa gorge sèche. Elle savait qu'il ne lui restait plus très longtemps avant de mourir. Elle aurait aimé que cette idée la soulage d'un poids mais au contraire, elle ne faisait que la briser un peu plus. Mourir voulait dire abandonner et surtout, laisser derrière elle sa petite sœur à la merci d'un détraqué. Ses yeux la brûlèrent. Il ne fallait pas qu'elle pleure, surtout pas, cela ne ferait que précipiter sa mort.
Un cliquetis lui fit rater un battement… Lui ! Ce monstre dénué de toute humanité qui la retenait prisonnière et qui faisait vivre elle ne savait quels tourments à sa sœur aimée.
Qu'allait-il lui faire ? Etait-il venu pour l'achever ? Cela faisait au moins deux jours qu'il ne lui avait pas rendu visite, au moins deux jours qu'elle n'avait ni mangé, ni bu. Elle se sentait si sale et son corps meurtri n'avait plus la force de se déplacer. Tout ce qu'elle faisait c'était rester prostrée sur le matelas crasseux qui lui servait de lit.
Elle fit un effort pour ouvrir ses paupières douloureuses et vit les chaussures de son ravisseur à quelques centimètres de son visage.
— Li… Lisanna, prononça-t-elle d'une voix rauque et chevrotante. Dites-moi… au moins si elle va bien.
Elle ne reçut aucune réponse. A la place, Mirajane sentit une main se glisser derrière sa nuque et soulever doucement sa tête. Un frisson désagréable lui parcourut le corps, mais même si elle voulait repousser aussi loin que possible son ravisseur, elle n'en avait pas la moindre force. Cette incapacité lui donna la nausée et une intense sensation de culpabilité. Depuis la mort de leurs parents, protéger son frère et sa sœur était devenu sa priorité et si jusqu'à ce fichu accident elle avait réussi tant bien que mal dans sa tâche, elle échouait désormais lamentablement.
— Chut…, murmura-t-il en approchant un verre de ses lèvres.
Elle eut beaucoup de mal à avaler ne serait-ce qu'une gorgée mais quand elle sentit l'eau glisser le long de sa langue gonflée puis de sa gorge, elle aurait pu jurer n'avoir jamais connu pareille sensation de bonheur, en dépit de la douleur que boire lui causait.
Une fois qu'elle eut terminé le verre, il lui caressa tendrement la joue.
— Ça a pris plus de temps que prévu mais… c'est terminé, il ne viendra plus te faire de mal.
La jeune femme mit quelques secondes avant de comprendre qu'il parlait de l'homme qui l'avait brutalement frappée. Que voulait-il dire ? L'avait-il… tué ? Malgré sa curiosité, la seule chose qui intéressait Mirajane c'était Lisanna.
— Est-ce qu'elle va bien ?
Elle savait qu'il comprendrait immédiatement de qui elle voulait parler et espérer que cette fois-ci, il saurait la rassurer.
— Je lui ai fait une promesse.
Mirajane eut juste le temps de voir l'aiguille et de sentir la piqure désagréable dans son bras avant que ses paupières ne s'alourdissent.
— Non… Lisa…
La jeune femme voulut lutter mais il était trop tard, les ténèbres l'avaient déjà envahie.
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Gray se réveilla, les membres engourdis et une migraine pointant dangereusement le bout de son nez. Le jeune homme tourna la tête doucement vers la source de chaleur qu'il sentait autour de son corps. Elfman dormait encore à poings fermés tout en le tenant étroitement contre son torse. Gray l'observa dans la pénombre. La lumière diffuse de la lune se reflétait sur le visage de son ami. La ridule au milieu de son front ne le quittait plus depuis la disparition de ses sœurs. Gray la caressa délicatement, soucieux de ne pas réveiller Elfman dont les nuits étaient malmenées sans relâche par d'immondes cauchemars. Gray aurait voulu avoir le pouvoir de faire disparaître tous les tracas de son colosse au cœur tendre mais il ne le pouvait pas. La seule chose dont il était humainement capable c'était de lui offrir son soutien et de la tendresse lorsqu'il en avait besoin. Et c'était ce qu'il lui procurait chaque nuit… Gray ne comptait désormais plus le nombre de fois où lui et son meilleur ami et collègue avaient fait l'amour. Il savait d'un côté que c'était une mauvaise idée mais comment refuser quoi que ce soit à un ami au bord du gouffre ? C'était ce qu'il se disait souvent tout en ayant parfaitement conscience de sa mauvaise foi. A vrai dire, était-ce Elfman ou lui qui ressentait le plus ce besoin… ? Il connaissait la réponse mais avait bien du mal à l'accepter. En attendant, ces moments intimes qu'ils partageaient ensemble, permettaient à Elfman d'oublier un instant que ses sœurs demeuraient introuvables et même si ses démons l'assaillaient de nouveau de plein fouet après quelques heures d'amour, ce répit lui était nécessaire.
Le policier observa une dernière fois son ami avant de s'extraire doucement de son étreinte. Il était encore tôt, il pouvait le laisser dormir une heure de plus. Gray rejoignit le salon puis resta un moment dans le noir à observer la ville en contrebas. Il ne pleuvait plus mais une certaine morosité semblait s'être abattue sur la ville depuis quelques temps. Etait-ce son cœur tourmenté qui lui donnait cette impression ? Le jeune homme ouvrit la fenêtre et respira l'air frais à pleins poumons. Le silence de la nuit bercé par le murmure du vent dans les arbres lui fit du bien, apaisant légèrement son cœur alourdi. Il voulait prolonger cet instant de quiétude alors, il se saisit de son paquet de cigarettes. Il fumait peu mais l'un des moments qu'il préférait pour savourer une cigarette, c'était la nuit, avec le silence pour seul compagnon. Ces rares instants lui permettaient de réfléchir intensément sans risquer d'être dérangé par les sons continuels du jour.
Gray profita de sa solitude pour songer une nouvelle fois à cette relation qu'il partageait désormais avec son meilleur ami. S'il poursuivait sur cette voie, il savait exactement où cela le conduirait. Ses sentiments allaient s'accroître avant même qu'il ne s'en rende compte, puis, lorsque Lisa et Mira seraient retrouvées – ce qu'il souhaitait de tout son cœur – tout serait terminé entre lui et Elfman. Alors à quoi bon continuer ? Un jour, Lyon l'avait taxé de masochiste. Gray ne se souvenait plus quel sujet avait amené son frère de cœur à lui faire une telle déclaration mais le fait est qu'il avait sans doute raison…
Son dernier nuage de fumée expulsé, le jeune homme referma la fenêtre. Il était temps de préparer le petit-déjeuner, Elfman ne tarderait plus à se lever et une longue journée les attendait.
Quand ce dernier le rejoignit dans la cuisine, les yeux brumeux de sommeil, il lui déposa machinalement un baiser sur la tempe avant de s'asseoir. Elfman ne sembla pas le moins du monde remarquer le trouble qu'il causa chez Gray. Celui-ci resta figé un instant, décontenancé par ce geste de tendresse qui était habituellement réservé aux couples amoureux. Un long frisson remonta le long de son dos, il ferma les yeux, et se plut à s'imaginer une fraction de seconde dans une vie de couple bien rangée, avec un homme qui lui montrerait son affection d'un simple baiser, chaque matin au réveil…
Mais Gray se reprit très vite et repoussa aussi loin que possible ces pensées qu'il jugea inappropriées et surtout, irréalistes. Lui et Elfman se faisaient du bien mutuellement et cette histoire s'arrêtait là, point final.
Le jeune homme se recentra sur son ami devant lequel il posa une tasse de café accompagnée de deux tartines.
— Tu ne manges pas ? s'enquit Elfman en jetant un œil à son collègue qui sirotait sa boisson silencieusement.
— Je n'aime pas manger le matin.
— C'est pourtant le repas le plus important de la journée.
— Il paraît, répondit Gray avec un léger sourire. Comment te sens-tu ce matin ?
Elfman haussa des épaules alors qu'il croquait sans grand enthousiasme dans un coin de son toast sur lequel il avait étalé une couche de beurre et de miel.
— J'ai le cerveau engourdi. J'ai l'impression de ne plus réussir à réfléchir à quoi que ce soit.
Gray posa une main amicale sur son avant-bras.
— On va les trouver Elf…
Le colosse recouvrit la main de son ami de la sienne, créant une nouvelle fois le trouble chez ce dernier. Mais cette fois, Gray réussit à refouler presque aussitôt ses sentiments et offrit son sourire rassurant à son ami. Seul comptait son bien-être à présent.
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Les deux policiers arrivèrent très tôt au commissariat, bien avant la frénésie qui ne tarderait pas à emplir les locaux de la police criminelle. Gray observa le bureau de Luxus, remarquant que celui-ci était au téléphone. Le jeune homme se demanda si son supérieur était rentré chez lui ou s'il avait passé la nuit au commissariat. Il pouvait imaginer ce qu'il ressentait en ce moment. Même si Luxus n'était pas particulièrement démonstratif, il était évident qu'il aimait Mirajane et peut-être même plus qu'il ne l'imaginait.
Au moment où le commissaire raccrocha, il croisa le regard des deux policiers et vint à leur rencontre.
— Vous arrivez au bon moment, leur déclara-t-il pressant. Prenez vos manteaux, on s'en va !
— Où ? s'enquit Gray en boutonnant sa veste.
— On a retrouvé un pickup abandonné, il semblerait que ce soit celui de Jorg Kleeman.
— Et… tu viens aussi ? s'étonna Elfman.
— J'en ai marre de rester au bureau et d'attendre sans rien faire ! répondit le commissaire abruptement.
Aucun des deux policiers n'osa essayer de l'en dissuader, après tout, Luxus avait tout autant de raisons qu'Elfman de vouloir retrouver les sœurs Strauss, et son poste de commissaire lui permettait de s'impliquer au moment où il le jugeait opportun. Alors pourquoi s'en priverait-il ?
Quand ils arrivèrent sur les lieux, une équipe scientifique était déjà au travail, relevant minutieusement chaque indice. Le véhicule, dissimulé derrière des buissons épais, avait été dissimulé à plus de dix kilomètres du lieu où le corps de Kleeman avait été abandonné. Dans un bois isolé à l'écart de toute civilisation. Mais pas assez pour qu'il ne soit pas retrouvé par la police.
— Des indices dans la voiture ? demanda Luxus à l'un des agents.
— Nous avons relevé toutes les empreintes à l'intérieur de l'habitacle. Des traces de terre et de sang maculent le coffre. Le meurtrier n'a pas jugé utile de nettoyer derrière lui… Les papiers du pickup étaient dans la boîte à gants ; il s'agit bien de la voiture de la victime.
L'agent tandis d'une main gantée le permis de conduire et la carte grise de Jorg Kleeman à Luxus.
— Il a donc bien été tué ailleurs et transporté dans son propre véhicule, releva Gray.
— Autre chose ?
— Oui, une veste reposait sur le siège arrière.
L'agent les conduisit vers le véhicule de la scientifique dans lequel les indices étaient entreposés en attendant de pouvoir être analysés au laboratoire. L'homme souleva un sac en plastique qui renfermait une veste soigneusement rangée et la montra aux trois policiers.
— C'est…
— Une tête de démon, termina Luxus en observant le dessin qui décorait le dos de la veste.
Ce dernier se tourna vers Gray les yeux écarquillés.
— On dirait bien que tu avais raison à propos de ce clochard.
Le soir où la dernière victime du tueur aux bas rouges avait été retrouvée par des pêcheurs, la police avait reçu un témoignage des plus curieux de la part d'un sans domicile fixe. Luxus avait été sceptique lorsque ce dernier avait conté son histoire abracadabrante à Gray. Mais son collègue s'était montré au contraire intéressé par les dires du mendiant et Luxus, connaissant l'instinct de Gray, avait fini par lui faire confiance. Visiblement, il avait bien fait…
— Kleeman était donc bien son complice et l'a aidé à faire disparaître les corps…
— Pourquoi l'avoir tué ? interrogea Elfman. S'il lui était si utile, pourquoi s'en être débarrassé ?
— Peut-être l'avait-il menacé de le dénoncer aux autorités ? avança Luxus.
— Il y a quelque chose qui ne va pas dans son comportement, réfléchit Gray les yeux froncés.
— Sans blague ? répondit Elfman sarcastique.
— Ce que je veux dire c'est qu'il semble qu'il ait tué tous ses complices présumés depuis les premiers meurtres, pourquoi ? Je ne pense pas que ça soit un geste de prudence de sa part. J'ai l'intuition qu'il y a autre chose…
— Peut-être que ça fait partie de son mode opératoire, supposa Elfman.
— Peut-être… mais j'ai quelques doutes, répondit Gray perplexe.
— Je suis d'accord avec toi Gray et je pense que nos profileurs seront à même d'en trouver la cause.
— Si nous connaissons le lien que le tueur aux bas rouges a, ou en tout cas, pense avoir avec ses complices, nous pourrons peut-être retrouver son identité !
Elfman avait suivi avec attention l'échange entre ses deux collègues. Lui qui était si désespéré encore le matin même, grâce aux conclusions de Gray, il avait le sentiment, pour la première fois depuis la disparition de ses sœurs, qu'il existait encore un espoir de les retrouver.
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Les trois hommes rejoignirent l'équipe de profilage en fin de matinée. Les éléments que Luxus, Gray et Elfman leur avaient fournis un peu plus tôt, avaient permis d'étendre les recherches et de les concentrer sur les hommes disparus depuis que le tueur aux bas rouges sévissait. Au total, une dizaine d'hommes avaient été sélectionnés par l'équipe de par leur ressemblance avec Jorg Kleeman. Restait à peaufiner leur profil pour que le lien avec le tueur aux bas rouges apparaisse évident. Mais leur priorité était ailleurs.
— Où vont se concentrer vos recherches maintenant ? s'enquit le commissaire.
— Nous pensons que le tueur cherche à combler un manque par la présence de ce complice à ses côtés, avança Evergreen.
— Un ami, un père ou un frère… quelqu'un qui a, ou qui a eu, suffisamment d'importance pour lui pour qu'il l'inclue dans son mode opératoire, ajouta Bixlow.
— Cette personne doit le rassurer, lui procurer une forme de réconfort, termina Fried.
— Et il les tuerait une fois que ses complices ne correspondraient plus à ce qu'il recherchait chez eux ? demanda Gray.
— C'est ce qu'on pense oui.
— Quelle est la prochaine étape ? s'enquit Luxus.
— En supposant que l'homme à l'origine de son obsession soit mort, nous allons nous concentrer sur tous les hommes décédés, de cause naturelle ou non, ces dix dernières années. Il est possible que la mort de cet homme ait déclenché la folie meurtrière de notre tueur.
— Vous pensez que ça va vous prendre combien de temps ? demanda Elfman pressant.
Les trois agents s'interrogèrent du regard avant de répondre, hésitant.
— Honnêtement, ça peut nous prendre des jours…
— Des jours ?! Mais on n'a pas tout ce temps ! Chaque heure que nous perdons rapproche Lisa et Mira de la mort !
— Elfman, calme-toi ! ordonna Luxus d'un ton ferme. Tout le monde sait que chaque minute compte !
Le colosse comprit immédiatement le message. Il savait qu'il n'était pas le seul à s'inquiéter pour ses sœurs mais voir le temps filer à cette vitesse sans que rien ne le rapproche d'elles le faisait bouillir d'impatience et d'inquiétude.
— Nous allons mettre tous les agents disponibles sur le coup. Comme le dit Elfman, chaque minute est précieuse.
— On va se limiter à la région de Magnolia pour commencer. Nous supposons que le tueur est natif du coin au vu de l'emplacement des victimes.
— Nous avons également établi qu'il s'agissait d'un homme entre 25 et 40 ans, solitaire et qui vit probablement seul, précisa Fried. Ça réduit un peu les recherches mais nous risquons d'y passer malgré tout du temps…
— Très bien, dans ce cas, n'en perdons pas plus. Formez des équipes que chacun d'entre vous dirigera, on doit s'y mettre tout de suite et retrouver cet enfoiré ! conclut Luxus en se levant. Bon courage à tous.
Sur ces mots, il sortit de la salle de réunion suivi par les deux inspecteurs.
— Gray, tu vas aller voir le légiste, on te rejoint là-bas avec Elfman.
Le jeune policier jeta un regard à son ami puis à Luxus avant de les laisser. Ils avaient tous deux besoin de faire le point mais il espérait que les deux colosses sauraient garder leur calme parce que dans le cas contraire, il ne donnait pas cher des murs du commissariat…
Elfman suivit son supérieur dans le couloir sans rien dire. Il savait qu'il allait se prendre une soufflante et connaissant son beau-frère, il risquait d'en prendre pour son grade. Généralement, les agents travaillant pour Luxus Dreyar évitaient autant que possible de lui déplaire. Ses coups de sang étaient légendaires et aucun ne souhaitait s'y risquer, même pas le colossal Elfman Strauss…
Lorsque les deux hommes pénétrèrent dans le bureau du commissaire, ce dernier se dirigea directement vers la baie vitrée qui donnait sur l'une des places de la cité, où les habitants aimaient passer des heures sur les terrasses des cafés à la belle saison. Symboles de la cité fleurie, des magnolias étaient plantés tout autour d'un parterre de pavés rendant cette petite place chaleureuse et conviviale. Mais ces temps-ci, elle était vidée de la frénésie qui l'habitait au printemps et en été. Et depuis la disparition des sœurs Strauss, elle paraissait aussi triste que la pierre.
— Ferme la porte et assieds-toi, offrit l'homme d'une voix morne.
Elfman s'exécuta non sans une certaine appréhension.
— Comment tu te sens ? s'enquit Luxus en se retournant vers lui.
Surpris, le colosse écarquilla les yeux avant d'observer son beau-frère avec suspicion.
— Ça dépend, c'est le commissaire qui le demande ?
Luxus poussa un profond soupir avant de glisser ses doigts dans ses cheveux. Quand il releva la tête vers Elfman, son regard reflétait la lassitude et une profonde douleur.
— Non, c'est le beau-frère qui te le demande.
Elfman se sentit gêné et en observant le fiancé de sa sœur, il perçut brutalement les sentiments qui le tiraillaient lui aussi. Elfman se sentait égoïste de ne pas avoir pensé davantage à la souffrance qu'il éprouvait. Il décida donc d'être totalement honnête avec lui, il lui devait bien ça…
— Je ne sais pas très bien…, commença-t-il avec hésitation. Parfois, j'ai l'impression que mon cœur est sur le point d'exploser. Cette douleur est insupportable Luxus.
Le jeune homme serra les poings avec force, ses traits transfigurés par la rage et la peur.
— Je veux qu'on les retrouve en vie et que ce salaud paye pour ses crimes ! acheva-t-il avec colère.
— Moi aussi Elf…
Elfman se figea devant son beau-frère. C'était bien la première fois qu'il exposait ainsi ses sentiments les plus intimes. Il semblait si infaillible habituellement ! Le voir ainsi vulnérable poussa Elfman à se radoucir.
— Je… comment tu te sens toi ?
Luxus étendit un léger sourire triste.
— Elle… Mira me manque. Cette femme me rend dingue mais je l'ai dans la peau. C'est difficile de penser à elle sans l'imaginer entre les mains de ce malade. Crois-moi Elfman, j'ai autant envie que toi de la retrouver.
Luxus n'était pas du genre à se confier et surtout pas à son beau-frère, ce qui surprit particulièrement Elfman. Ce constat révélait à quel point il vivait dans l'angoisse. Comment aurait-il réagi s'il s'était agi d'Evergreen ou même… de Gray ? Un pincement douloureux au cœur lui en donna un léger aperçu.
— Je sais Luxus. Je suis désolé de ne pas avoir pensé à ce que tu ressentais. J'aurais dû penser un peu plus à ce que tu vivais au lieu de m'apitoyer sur mon sort, s'affligea Elfman en baissant la tête, contrit.
— Ce n'est pas pour ça que je voulais qu'on parle toi et moi. J'avais simplement besoin d'en parler à quelqu'un… quelqu'un qui pouvait comprendre ma souffrance. Qui d'autre que toi l'aurait pu ?
Elfman et Luxus n'avaient jamais été très proches. Bien sûr, le cadet des Strauss appréciait son beau-frère, principalement parce que sa sœur l'aimait et qu'elle semblait heureuse à ses côtés. Mais Luxus n'étant pas l'homme le plus démonstratif qu'il connaisse, sa présence l'avait toujours intimidé. Elfman s'était donc fait un devoir de rester à bonne distance de lui. Le voir aussi vulnérable à cet instant était d'autant plus déstabilisant pour Elfman mais en même temps, il se sentit touché de la confiance que son beau-frère lui accordait dans un moment aussi douloureux.
— Merci… Je te promets que je ne ferai rien qui compromettrait nos chances de les retrouver.
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Luxus et Elfman rejoignirent Gray à l'institut médico-légal du commissariat. L'inspecteur était en grande discussion avec le médecin légiste chargé des dernières victimes. Le jeune homme leur jeta rapide un coup d'œil, rapidement soulagé de les voir relativement calmes et en un seul morceau. Il n'avait aucune idée de ce que les deux hommes s'étaient dit mais il lui semblait que cette discussion leur avait fait le plus grand bien, c'était tout ce qui comptait.
— Du nouveau ? s'enquit le commissaire qui avait remis son masque d'impassibilité.
— Comme je le disais à Gray, je n'ai rien trouvé de concluant sur la victime, répondit le légiste en désignant le corps découvert sur la table d'autopsie. Mais ce qui est étrange c'est qu'avant de se faire poignarder, Kleeman a pris un certain nombre de coups à main nue.
— En quoi est-ce étrange ? interrogea Elfman.
— La victime n'est pas ce qu'on pourrait appeler un gringalet, pourtant, il ne semble pas s'être défendu.
— En êtes-vous sûr ?
— Regardez plutôt.
Le légiste souleva l'avant bras de Jorg Kleeman pour révéler de nombreuses traces violacées.
— Ces marques laissent à penser que la victime a placé ses avant-bras devant son visage pour se protéger mais ses poings ne montrent absolument aucune trace, révéla le légiste en mimant les gestes défensifs supposés de la victime. Ses os sont intacts, aucune fracture ni même écorchure.
— Vous voulez dire qu'il s'est laissé tabasser sans chercher à rendre les coups ?! comprit Gray surpris.
— Oui.
— Qu'est-ce qui lui a pris ? s'interrogea Luxus.
— À moins que son meurtrier ait été bien plus costaud que lui, mais j'en doute. Les coups ont été nombreux avant que la victime n'y succombe… ajouta le médecin. De plus, l'inclinaison des contours des blessures laissées par l'arme, montre que le meurtrier était plus petit que sa victime.
— Jorg Kleeman était simple d'esprit d'après ses employeurs, précisa Elfman.
— Un simple d'esprit dans un corps de guerrier, ça expliquerait qu'il ne se soit pas défendu…
— Et qu'en est-il de la dernière victime retrouvée dans l'océan ? demanda Luxus.
— Je n'ai rien trouvé qui puisse nous aider à identifier le tueur. Rien sous ses ongles ni sur sa peau. L'eau a supprimé toutes les traces que le tueur aurait pu laisser. Elle était en état de malnutrition avancée, ce qui laisse supposer que cette jeune femme était très peu nourrie depuis des jours.
Elfman serra des poings mais ne fit aucune remarque. Le jeune homme ne put s'empêcher de songer que ses sœurs subissaient sans doute un traitement semblable à celui de cette pauvre femme, morte dans l'indifférence la plus totale.
— Les traces sur son cou sont similaires à celles des autres femmes retrouvées précédemment et la largeur des mains concordent, termina le légiste.
— Ça laisse peu de doutes sur l'identité du coupable… le tueur aux bas rouges est le seul assassin possible dans cette affaire. Les détails n'ont jamais été révélés publiquement, on peut donc écarter un éventuel imitateur. Que sait-on de l'identité de la victime ?
— Ses empreintes ont été prélevées mais elles ne sont pas répertoriées dans le fichier. Reste plus qu'à chercher du côté du fichier dentaire. Les analyses sont en cours.
— Très bien, merci pour ces informations. C'est du bon travail.
Le médecin fit un signe de tête à son supérieur et retourna à ses analyses sans s'attarder davantage.
— Allons voir ce que la scientifique a pour nous, invita Luxus en poussant la porte.
Les trois policiers se dirigèrent vers la sortie, chacun plongé dans ses pensées. Pour le moment, rien de ce qu'ils avaient appris ne faisait vraiment avancer l'enquête mais les trois hommes espéraient que les analyses des indices retrouvés dans la voiture et dans le bois où elle avait été retrouvée seraient davantage concluant…
Les trois hommes descendirent de plusieurs niveaux pour rejoindre l'équipe chargée de récolter les indices sur le bateau et dans la voiture de Kleeman. Les agents disposaient d'une bonne partie des sous-sols du commissariat afin de pouvoir étudier des véhicules de toute taille.
Ils n'apprirent pas grand-chose du côté du bateau de tourisme. Les traces de sang retrouvées appartenaient bien à la victime, comme ils le soupçonnaient. Autrement dit, l'embarcation n'avait servi qu'une seule fois.
Des échantillons de terre avaient également été recueillis dans la voiture de Kleeman et soigneusement analysés. C'était sur le résultat de ces derniers que les trois policiers fondaient leurs plus grands espoirs.
— Le plus intéressant c'est ce que cette terre nous révèle…, commença le scientifique en les conduisant vers son ordinateur. Nous venons tout juste d'avoir les résultats et écoutez un peu ça. La composition de cette terre est particulière…
— Je vous préviens, je ne veux pas savoir si tel insecte ou tel ver se trouvait dans cette terre et pourquoi, l'arrêta aussitôt Luxus. Dites-moi simplement en quoi les résultats vont nous aider à retrouver ce salopard !
Impressionné par la dureté du regard de son supérieur, le scientifique mit quelques secondes avant de se reprendre. Pourtant, au vu de son sourire de satisfaction, il oublia visiblement aussitôt la mise en garde du commissaire. Ce dernier montra rapidement des signes d'agacement que Gray souhaita fugaces, sinon, il ne donnait pas cher de la peau du pauvre scientifique si fier de sa trouvaille.
— Il se trouve que ce type de sol ne se trouve que dans une partie spécifique autour de la ville ! dit-il enfin un sourire jusqu'aux oreilles.
— Et c'est seulement maintenant que vous nous le dites ? explosa Elfman, les yeux exorbités.
— Elfman ! le reprit sévèrement Luxus avant de se tourner vers le scientifique. Au lieu de tourner autour du pot, allez à l'essentiel bon sang !
Le jeune homme se replia légèrement sur lui-même.
— Désolé… Ce type de terre ne se trouve que sur une partie du mont Hakobe. Je viens d'envoyer les résultats à l'équipe informatique pour qu'ils puissent commencer les recherches.
— Autre chose ?
— Non rien d'autre, bredouilla le scientifique conscient désormais de la gravité de la situation.
— Très bien, c'est du bon travail mais la prochaine fois, soyez synthétique dans vos explications ! lui déclara Luxus avant de sortir précipitamment du laboratoire, talonné de près par Elfman et Gray.
Les trois hommes se sentaient fébriles rien qu'à l'idée qu'enfin ils avaient une piste solide sur laquelle se centrer.
— Bon sang, grogna Elfman. Je sais que je ne devrais pas m'emballer mais… on va peut-être enfin les retrouver !
Gray lui pressa l'épaule, comprenant parfaitement son sentiment, pendant que Luxus décrochait son téléphone portable.
— Je veux qu'une carte du mont Hakobe soit diffusée sur l'écran de la salle de réunion. Maintenant !
Luxus raccrocha précipitamment avant de composer un nouveau numéro.
— Avez-vous reçu les résultats du labo ? Très bien, je veux une cartographie précise de tous les bâtiments, maisons, entrepôts ou ateliers de cette région.
Gray et Elfman conservèrent le silence, attendant patiemment que Luxus en ait fini de donner des ordres à tout va. Les deux hommes n'en étaient pas moins dans le même état, particulièrement Elfman dont les poings se serraient compulsivement sur le tissu de son blouson.
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Lorsqu'ils atteignirent la salle de réunion, celle-ci était prête, l'écran allumé sur une carte de la région et des hommes attendaient patiemment l'arrivée de leur chef pour commencer.
— Je vous écoute, les invita Luxus sans préambule.
Le sérieux de l'affaire poussa les agents présents à aller à l'essentiel. Leurs recherches avaient été brèves étant donné que la zone était peu habitée. Le premier point positif depuis le début de cette enquête. Seul un village d'artisans proche de la ville avait été relevé dans cette zone difficile d'accès. Le reste des bâtiments disséminés étaient essentiellement constitués d'ateliers, de fermes et de granges.
— Je veux des équipes sur place. Au moins six hommes pour interroger les artisans du village et d'autres pour fouiller les bâtiments.
Les équipes furent rapidement réparties avant de prendre chacune la direction de leur mission. Gray et Elfman restèrent encore un instant avec Luxus pour faire un dernier point. Les deux hommes avaient pris pour cible les bâtiments les plus isolés du village et de la ville. Une ferme et deux ateliers situés dans la même zone.
Avant de les laisser partir, il les prit par les épaules en les regardant gravement.
— J'ai confiance en vous deux alors s'il vous plaît, mettez la main sur cette ordure et ramenez Mira et Lisanna auprès de nous !
Gray posa une main ferme sur celle de son supérieur et Elfman en fit de même. Aucun d'eux ne prononça un mot mais la détermination dans leur regard suffit à rassurer Luxus.
Il les laissa partir et pria de toutes ses forces pour qu'il puisse enfin tenir dans ses bras la femme qu'il aimait.
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Nda : Nous voilà au cœur de l'action, c'est d'ailleurs en grande partie à cause de ça que j'ai eu tant de mal avec ce chapitre. Il a beau être terminé depuis longtemps, les passages au commissariat ne me convenaient pas. J'ai essayé de rendre le tout, tout sauf ennuyeux mais je ne suis pas sûre d'y être arrivée… J'espère en tout cas que cet amoncellement de détails restent cohérents et pas trop fouillis. Je vous laisse seuls juges.
Bref, j'ai une bonne nouvelle suite à ce chapitre. Le chapitre XI est terminé, ne reste plus que quelques détails pour pouvoir le publier. Je le ferai donc sans doute à la fin du mois.
En attendant, n'hésitez pas à laisser un petit mot, même si je mets du temps à vous répondre, je le fais quand même et de bon cœur.
A bientôt :)
