Nda : Bonjour à tous. Tout d'abord, je vous souhaite une très belle année 2019, qu'elle soit teintée de joie, d'amour et d'une santé à toute épreuve !
Je sais que ça fait un moment que je n'ai pas publié et je m'en excuse. Les aléas du quotidien… Voici donc le chapitre XII de Mortelle destinée qui amorce un tournant mais je n'en dis pas plus pour vous laisser la surprise.
J'ai hésité à couper ce chapitre en deux mais finalement, je l'ai laissé tel quel. Il sera donc bien plus long que le précédent, ça me fera peut-être pardonner mon absence ;p
Bonne lecture et à plus bas !
Résumé du précédent chapitre : Après l'analyse de la terre retrouvée sous les pneus du véhicule abandonné de Kleeman, une zone de recherche peut être enfin délimitée. Gray et Elfman se lance donc à la recherche du lieu qui a servi au tueur aux bas rouge à séquestrer puis assassiner ses victimes. Après de longues heures de recherche et une ultime information, les deux hommes découvrent une mine désaffectée pas si abandonnée que cela puisque des traces indiquent aux policiers la présence récente d'un ou d'une détenue. La petite maison accolée à la mine achève de les convaincre qu'ici, le pire s'est déroulé.
Mortelle destinée
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Partie I :
Le cas des Strauss
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- XII -
Il fallut attendre une bonne dizaine de minutes avant que les renforts ne les rejoignent, à quelques pas de l'entrée de l'ancienne mine. Les sanglots d'Elfman s'étaient taris mais depuis, le colossal policier s'était enfermé dans le mutisme. Les rares moments où Gray croisait son regard, un vaste néant l'habitait, faisant rempart aux émotions tapies au fond de son âme. Depuis qu'ils avaient découvert la cellule de l'horreur, l'Elfman qu'il avait toujours connu semblait avoir définitivement disparu. Gray savait qu'aucune parole ne pourrait le consoler ou le rassurer mais il ne le lâchait pas d'une semelle, tenant sa main fermement dans la sienne pour l'ancrer dans la réalité, même si celle-ci était difficile à accepter.
Lorsqu'il aperçut les premiers gyrophares, Gray maintint fermement sa pression sur sa main, souhaitant lui insuffler un peu de son énergie avant de devoir affronter leurs collègues et les questions qui pleuvraient sur eux d'ici peu de temps. Gray doutait que sa présence soit suffisante mais il voulait qu'Elfman sache qu'il n'était pas seul et qu'il ne le laisserait pas tomber.
Le jeune inspecteur reconnut la démarche puissante et volontaire de l'homme qui avançait vers eux. La silhouette massive du commissaire en imposait partout où il allait. Quiconque le connaissait savait que ce n'était pas qu'une façade et que sa sentence pouvait être aussi terrible que son corps musculeux le laissait deviner.
Gray se releva pour l'accueillir, aidant du même coup Elfman à en faire autant. Il fit volontairement un pas en avant pour garder son ami derrière lui, dans une attitude protectrice. Il connaissait suffisamment son supérieur pour savoir qu'il était capable de secouer Elfman en dépit de ses sentiments tourmentés. Gray voulait lui éviter une souffrance inutile, sachant que son collègue se sentait déjà bien assez coupable de ne pas avoir pu protéger ses sœurs et de ne pas les avoir encore retrouvées. Il n'en était pourtant pas le moins du monde responsable mais la culpabilité était naturelle dans ces circonstances. Gray doutait qu'à l'heure actuelle, son ami soit capable d'en subir davantage… Mais l'attitude de leur supérieur ne fut pas agressive, au contraire, Luxus tenait deux grands cafés et les leur tendit aussitôt. Les deux hommes le remercièrent silencieusement, non fâchés de trouver un peu de réconfort dans une boisson chaude et corsée.
— Dites-moi tout, ordonna Luxus après les avoir laissés boire une première gorgée.
Elfman laissa Gray se charger du rapport. Le colosse ne se sentait plus capable de quoi que ce soit, son corps et sa tête vidés de toute substance. Il avait l'impression qu'une partie de son cœur lui avait été arrachée. Toujours choqué par ce qu'il avait découvert, il peinait encore à reprendre pied dans la réalité. Pourtant, sa conscience ne cessait de lui crier encore et encore qu'il était sans doute trop tard et que ses dernières chances de retrouver ses sœurs en vie étaient anéanties.
— C'est ici qu'il les retenait, commença Gray.
La mâchoire de Luxus se contracta mais il laissa l'inspecteur poursuivre son récit.
— Nous avons découvert une première cellule visiblement occupée il y a encore peu de temps. Nous avons poursuivi nos recherches jusqu'à tomber sur une petite maison accolée à la mine, poursuivit Gray en désignant la direction de son doigt. C'est là… c'est dans une pièce à l'écart de la pièce de vie qu'il… retenait ses victimes.
— Sont-elles…, commença Luxus.
— Non. Il n'y avait plus personne quand nous sommes arrivés mais…
— Quoi ? Gray, dis-moi tout ! le pressa Luxus d'une voix impérative qui laissait transparaître une profonde inquiétude.
— Il y avait du sang… partout. Je suis désolé Luxus mais je ne sais pas si elles sont toujours en vie.
Elfman s'était éloigné juste avant que son collègue ne prononce ces dernières paroles.
Malgré toute sa volonté d'éloigner les images qui s'immisçaient dans sa tête, il ne cessait de revivre la scène d'horreur dont il avait été le témoin. Lorsqu'il avait passé le seuil de la porte, Elfman avait eu du mal à voir autre chose que le sang qui maculait le sol et une partie des murs de la pièce. Mais il y avait bien un lit à l'intérieur et une table de chirurgie… Elfman était sorti avant d'en voir davantage et n'avait pu s'empêcher de recracher le maigre déjeuner qu'il avait avalé. Quand Gray était ressorti pour le rejoindre, il l'avait rassuré en lui disant que ses sœurs avaient sans doute été amenées autre part. Oui mais tout ce sang, à qui appartenait-il ? Ce monstre, car le tueur aux bas rouges ne pouvait être qualifié d'être humain à ce stade, avait laissé derrière lui une vraie boucherie. Aucun corps n'y avait été trouvé mais la violence avec laquelle il avait tué ses victimes était d'une évidence criante. Ces pauvres femmes avaient dû vivre le pire des calvaires entre les mains de leur bourreau… qu'en était-il de Mirajane et de Lisanna ? Ses précieuses sœurs… les reverrait-il seulement un jour ?
Gray observa son supérieur dont les traits ne laissaient rien filtrer mais le jeune inspecteur le connaissait depuis assez longtemps pour savoir qu'il prenait sur lui pour se retenir de ne pas exploser.
— Je vais faire ratisser le moindre centimètre carré de cette zone, on va coincer ce fils de pute !
Gray et Elfman restèrent pendant la première partie des recherches. Traces de sang, de divers fluides ou éléments à première vue insignifiants, le moindre détail fut prélevé et soigneusement rangé dans des pochettes scellées. Chaque pièce fut contrôlée scrupuleusement, aucun détail ne fut laissé au hasard, du plus insignifiant au plus évident.
La nuit était tombée et, à part les silhouettes des agents qui s'activaient sur le terrain, aucun bruit ne semblait provenir de la forêt. Le ciel était à nouveau chargé d'eau, bientôt, un torrent de pluie se déverserait sur la montagne.
Dans la voiture, un silence lourd et pesant s'était installé entre les deux coéquipiers. Après les avoir écoutés avec attention et un professionnalisme inhumain, Luxus leur avait demandé de rentrer chez eux pour la nuit et de ne revenir que dans la matinée. Les deux hommes avaient pourtant insisté, au moins pour rester pendant le début des recherches. Mais la fatigue et la nervosité avaient fini par avoir raison d'eux et Luxus ne leur avait alors plus laissé le choix.
Il était plus de minuit lorsqu'ils quittèrent la scène de crime et la nuit était depuis longtemps tombée sur la montagne. Une nuit noire sans lune ni étoile, la brume voilant déjà le paysage qui annonçait une prochaine journée de grisaille.
— Je te ramène avec moi, annonça Gray rompant le silence dans l'habitacle.
Elfman leva un instant la tête, acquiesça mollement avant de la baisser de nouveau. Tout en ne quittant pas des yeux la route, la main de Gray glissa sur la cuisse de son amant, la pressant doucement. La main du colosse se referma sur la sienne, s'y accrochant comme à une bouée de sauvetage. Gray ne dit pas un mot de plus, ne faisant que caresser de son pouce la main puissante et pourtant soudain si fragile de son ami.
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Gray s'imprégna de l'odeur de la peau d'Elfman qui reposait contre son torse. Il sentait bon le savon et ses cheveux encore légèrement humides, le parfum de son propre shampoing. Aussitôt que les deux hommes étaient arrivés dans l'appartement de Gray, celui-ci avait suggéré à son ami de se détendre sous une douche bien chaude. Elfman n'avait pas résisté, se sentant bien trop faible à cet instant. Et puis, force était de reconnaître qu'une douche ne pourrait que lui faire du bien, le lavant de cette souillure qui maculait sa peau et ses vêtements. Il avait l'impression que la moindre parcelle de son corps sentait encore l'odeur du sang.
L'odeur de la mort…
Gray l'avait laissé pendant qu'il préparait le lit, songeant à ses deux amies et à ce qu'elles avaient subi et subiraient encore s'ils ne les retrouvaient pas rapidement. Encore fallait-il qu'elles soient toujours en vie et en un seul morceau… Le jeune homme soupira à cette pensée, s'efforçant à ne pas penser au pire afin de garder les idées claires pour le bien de l'enquête et pour rester le soutien infaillible de son ami. Plus facile à dire qu'à faire…
Elfman était revenu dix minutes plus tard, les cheveux trempés ruisselant le long de ses épaules de taureau, les yeux rougis d'avoir pleuré longuement sous l'eau brûlante. Gray lui avait pris doucement la serviette qui pendait au bout de son bras puis avait essuyé avec tout autant de douceur les cheveux clairs du colosse.
— Viens, lui avait-il dit simplement en lui indiquant le lit.
Elfman s'était exécuté tel un automate. Gray lui avait demandé de s'allonger sur le ventre et avait entrepris de lui faire un massage. Ses muscles étaient tellement tendus que le policier avait dû y passer de longues minutes avant de sentir son ami se détendre sous ses doigts. Reconnaissant, Elfman avait déposé un baiser d'une tendresse infinie sur les lèvres de Gray puis s'était lové dans ses bras, tel un enfant recherchant l'affection de sa mère.
— Merci Gray.
Depuis, les deux hommes étaient restés dans les bras l'un de l'autre sans parler. Gray caressait tendrement son amant pendant que ce dernier s'accrochait à lui désespérément.
— Je crois que… je n'ai plus d'espoir, souffla-t-il au bout d'un moment.
Gray poursuivit sa caresse tout en le sondant les sourcils froncés. Elfman était maintenant prêt à lui parler et son ami à le réconforter autant qu'il le pouvait mais Gray ne le laisserait pas perdre espoir, quand bien même la situation semblait désespérée !
— Il est parti précipitamment, il s'est sans doute senti acculé… il a dû faire des erreurs dans sa précipitation, suggéra Gray dans une veine tentative de le rassurer. Je pense que s'il les avait tuées, il aurait laissé les corps sur place…
— Peut-être mais ça veut dire aussi qu'il risque de les tuer plus vite que ce qu'il avait prévu, si ce n'est pas déjà fait.
Elfman avait raison mais Gray voulait croire que le tueur serait retrouvé avant qu'il n'en arrive jusque-là. Mirajane et Lisanna ne pouvaient tout simplement pas mourir. Gray s'y refusait !
— Sa réaction montre qu'il a perdu le contrôle Elf. Ses erreurs vont nous mener droit à sa planque, ne perds pas espoir. On va finir par mettre la main sur cette ordure.
Elfman resserra ses bras autour du corps de Gray mais ne dit plus un mot. Il était épuisé, au bord de la rupture. Au bout de quelques minutes, Gray sentit sa prise se desserrer tandis qu'un souffle lent s'échappait de sa poitrine. Elfman s'était enfin endormi. Certes, le réveil serait douloureux mais au moins se sentirait-il un peu reposé.
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Gray n'avait pas réussi à s'endormir. Le sommeil agité de son compagnon ajouté à ses propres angoisses avaient achevé de le réveiller pour de bon. Après avoir veillé sur son ami jusqu'à ce que son sommeil se fasse plus apaisé, il avait quitté la chambre et rejoint la pièce à vivre. Derrière la bais vitrée, une pluie épaisse se déversait sans discontinuer. Gray soupira. Il espérait que les agents qui ratissaient la zone de crime avaient terminé leurs investigations lorsque la pluie s'était mise à tomber. Les éléments-mêmes semblaient se liguer contre leur volonté de retrouver les deux sœurs Strauss vivantes.
Après s'être préparé un café, le jeune homme s'était installé sur son fauteuil qui faisait face à la fenêtre. Depuis, il était plongé dans les notes qu'il avait prises depuis le début de l'enquête. Il était évident que le tueur aux bas rouges avait quitté précipitamment sa planque. Que s'était-il passé ? Le meurtre de Jorg Kleeman montrait qu'il avait perdu son sang froid, et peut-être pour la première fois depuis son premier meurtre… De plus, la quantité de sang retrouvé laissait penser qu'il avait été pris d'un accès de rage et s'était acharné sur l'une de ses victimes. En espérant qu'il ne s'agisse pas de Lisa ou de Mira… Gray savait que s'il voulait les retrouver en vie, il fallait qu'ils mettent les bouchées doubles !
Finalement, le jeune homme ne se recoucha qu'à trois heures du matin passées. Sa nuit serait courte et le réveil difficile…
La jeune femme tremblait sous le regard impitoyable de son bourreau. Elle croisa brièvement le regard terrorisé de la pauvre créature recroquevillée dans un coin de cette pièce immonde. Pourtant, ce n'était pas elle que l'on avait affublé de ces bas d'un goût douteux, ce n'était pas elle qui allait être sacrifiée sur l'hôtel de la folie de ce psychopathe. Elle le savait, ce soir elle allait mourir. Qui pour la sauver ? Qui pour la pleurer ? Qui pour la regretter ? Personne, sans aucun doute. Sitôt que les mains crochues s'approchèrent de sa gorge, la peur la fit trembler. La mort ne lui faisait pas peur, la douleur si. Le regard de folie intercepta son regard larmoyant. Le dégoût envahit la pupille du fou. La brûlante douleur se répandit dans sa gorge puis dans ses poumons en même temps qu'elle entendit son cri de rage, lui glaçant les sangs. Un autre cri lui succéda. Une voix cristalline aux teintes désespérées et emplie de douleur. Elle croisa une dernière fois le regard bleu qui la fixait avec tant d'effroi et de peine, les larmes dévalant ses joues pâles. Des larmes qui lui étaient destinée, elle, la rebut de la société. Pourtant, malgré la terreur qui inondait ses pupilles, la petite créature ne s'en détourna pas et ce regard si doux, si généreux l'accompagna jusqu'à ce que le noir envahisse son regard et que tout disparaisse. Ironie du sort, elle avait vécu toute sa vie seule mais à l'aube de sa mort, elle ne l'était plus. Seule consolation avant sa fin inéluctable.
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L'équipe de profileurs venaient de prendre place dans la salle de réunion. Face à eux, Luxus, Gray et Elfman, tous la mine assombrie, des cernes marquant des visages soucieux aux traits tirés.
— L'équipe de recherche a dû s'interrompre à cause de la pluie mais elle a eu le temps de relever les traces de pneus et de prélever les indices qui se trouvaient dans la mine. Les échantillons sont au laboratoire pour analyse. Les recherches reprendront demain, espérons que cette foutue pluie cesse d'ici-là !
— Quand aurons-nous les résultats ? s'enquit Gray.
— Pas avant demain pour la plupart mais nous aurons les résultats aujourd'hui pour les traces de sang.
Gray vit Elfman respirer profondément. Luxus quant à lui, cachait encore une fois merveilleusement bien ses sentiments si l'on omettait les profonds cernes qui soulignaient ses yeux.
— Qu'avez-vous de votre côté ? reprit le commissaire en s'adressant aux trois profileurs.
— Nous avons recoupé les traits physiques des complices présumés du tueur aux bas rouge avec les hommes décédés ces quinze dernières années. Même si la première victime a été retrouvée il y a huit ans, il est possible que notre tueur se soit entraîné bien avant sur d'autres victimes.
— Qu'est-ce que vos recherches ont donné ?
— Comme vous vous en doutez, en quinze ans, les décès ont été nombreux d'autant qu'on n'a pas voulu s'arrêter à la seule ville de Magnolia. Nous avons englobé les villages environnants.
— Histoire de nous compliquer un peu plus les choses, le taux de criminalité en constante hausse ces dix dernières années ne nous a pas aidés dans nos recherches, ajouta Bixlow. D'autant que ce sont souvent des jeunes hommes qui en sont les victimes.
— Les règlements de compte entre bandes rivales sont courants, appuya Evergreen le regard sombre.
La jeune femme, ex-compagne d'Elfman, ne manquait pas de jeter de temps à autres des regards inquiets vers lui. Malgré leur séparation, son affection pour lui était toujours bien présente et le voir dans un tel état d'inquiétude pour ses sœurs lui serrait le cœur.
— Toujours est-il que nous avons quand même réussi à isoler vingt et un hommes correspondant au profil de Jorg Kleeman, acheva Fried en se saisissant de la télécommande de l'écran géant qui trônait dans la salle de réunion.
— Rien que ça ? rétorqua Luxus sarcastique.
Fried fit défiler les portraits des hommes qui correspondaient au physique de Jorg Kleeman, tous étaient semblables physiquement et dans la même tranche d'âge au moment de leur décès. Accidents, assassinats, maladies ou encore suicides. Les causes de la mort étaient aussi diverses que le nombre de victimes.
— Nous avons conservé les hommes décédés de longues maladies mais nous pensons que celui que nous recherchons est mort brutalement, ce qui aurait déclenché la folie de notre tueur.
— Le mieux c'est qu'on se répartisse les tâches pour étudier ces dossiers. Allons-y.
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Les sonneries intempestives, les éclats de voix, le mouvement incessant des allées et venues des policiers accompagnés ou non de suspects interpellés avaient été un calvaire lors de ses premiers pas dans la police. Mais Gray ne les entendait plus depuis longtemps, habitué désormais à enfermer son esprit dans une bulle de concentration.
Les trois dossiers dont il avait hérité étaient tous aussi différents les uns que les autres. Le premier homme était mort dans un accident de moto mais d'après le dossier, cet accident semblait plus criminel qu'accidentel. Toutefois, aucune preuve n'avait été probante et l'affaire avait fini par être classée sans suite. Le deuxième avait succombé pendant une partie de chasse par un tir de fusil, perdu ou non. Celui-ci ne semblait pas criminel à première vue mais Gray songea qu'une partie de chasse était idéale pour masquer un crime. Dans tous les cas, cette mort était suffisamment brutale pour qu'un membre de la famille bascule du côté du crime… Le troisième cas s'avérait être un suicide. Le jeune homme de 31 ans avait été retrouvé pendu dans son garage. Tous les trois avaient au moins un frère et une enfance qualifiée de difficile. Autrement dit, toutes les combinaisons réunies pour qu'un membre de leur fratrie ait basculé après la mort de l'aîné ou du cadet.
Le policier choisit la victime tuée pendant la partie de chasse et commença ses recherches sur sa famille proche. De temps en temps, il jetait un œil inquiet à son collègue face à lui. Mais à son grand soulagement, Elfman était lui aussi plongé dans ses propres recherches si bien qu'il semblait avoir réussi, pendant un temps au moins, à ne pas penser à ce que ses sœurs subissaient entre les mains du tueur au bas rouges.
En milieu de matinée, Gray partit chercher deux cafés et en offrit un à son collègue qui apprécia le geste.
— Où en es-tu ? s'enquit-il en s'asseyant sur le rebord de son bureau.
Elfman soupira.
— Dylan Cage, 28 ans, mort à la suite d'une rixe entre bandes rivales. Il avait six frères… et autant de suspects potentiels. J'ai pu en éliminer deux, l'un est parti vivre à l'étranger et le deuxième vit au nord du pays. Un troisième a une vie bien rangée : il est marié et a deux enfants. Il vit encore à Magnolia mais il est professeur de collège et semble avoir une vie sociale assez riche. Il ne correspond pas au profil de notre tueur.
— Bon, il ne t'en reste plus que trois.
— Oui mais ça s'annonce difficile… L'un d'eux a totalement disparu de la circulation et les deux autres ne semblent pas être des enfants de cœur d'après leur casier judiciaire long comme le bras, déclara-t-il en se frottant vigoureusement le visage. Et toi, qu'est-ce que t'as ?
— J'ai éliminé la mort accidentelle. L'un des deux frères de la victime s'est engagé dans une association de prévention des accidents qui touchent les motards. Et le deuxième est navigateur, il part six mois de l'année en mer. Aucun ne correspond au profil. Je me concentre sur les deux autres. L'accident de chasse et le suicide. Ils ont tous deux un frère dont la vie est assez secrète pour que ça m'intrigue. Je fouille dans la vie du premier, un certain James Cale mais je ne trouve pas grand-chose sur lui. Pour l'instant, je sais juste qu'il a quitté l'université après la mort de son frère puis plus rien. Il semble avoir disparu de la circulation.
— Tu crois qu'il pourrait être notre homme ? s'enquit Elfman avec espoir.
— Je ne peux pas l'affirmer mais sa « disparition » est assez suspecte pour enquêter.
— Dire que ce salopard est sans doute parmi tous ces types ! rugit le policier le poing serré.
— Tu as raison… raison de plus pour qu'on le trouve et vite, déclara Gray en se redressant.
Elfman acquiesça et, après lui avoir pressé l'épaule, Gray regagna son bureau en terminant d'un trait son café noir. Chacun se remit au travail jusqu'à réduire un peu plus la liste de suspects.
A la fin de la matinée, les policiers rendirent leurs observations à l'équipe de profilage. Onze suspects au total étaient maintenant identifiés. Une nouvelle demi-journée de recherches permit d'en supprimer encore cinq, n'en laissant plus que six sur lesquels se concentrer. La tâche ne serait pas aisée puisque deux entre eux avaient complètement disparu des écrans radars. Pour les quatre autres restants, la discrétion serait de rigueur s'ils ne voulaient pas qu'ils leur filent entre les doigts.
Des hommes furent désignés pour surveiller les fais et gestes des quatre suspects. Gray et Elfman quant à eux, se chargèrent de poursuivre leurs investigations sur les deux hommes disparus.
Il était onze heures passées lorsque Gray et Elfman sortirent du bureau pour rentrer chez eux. La mine déconfite de ne pas avoir réussi à retrouver la trace des deux suspects, ils avaient l'impression de brasser de l'air et que rien de ce qu'il faisait ne changeait quoi que ce soit. Au moins étaient-ils soulagés par les premiers résultats du labo. Parmi la quantité de sang retrouvé, aucun échantillon n'appartenait aux sœurs d'Elfman. Il existait donc encore un espoir pour qu'elles soient encore en vie mais l'étau se resserrait inexorablement…
— C'est frustrant d'être obligé de se reposer alors qu'on est si proche du but…
— C'est vrai, acquiesça Gray. Mais nous serons plus à même de le retrouver après quelques heures de sommeil. J'ai la tête en feu après avoir passé mon temps le nez sur l'écran et autant de temps au téléphone… Tu veux rentrer chez toi ce soir ?
— Hein ? Non, enfin, sauf si tu préfères rester seul…, bafouilla Elfman.
Gray ne put s'empêcher d'esquisser un petit sourire en voyant l'embarras de son ami. Ce grand colosse était bien plus sensible qu'il n'y paraissait au premier abord.
— Non, bien sûr que non Elf, tu sais que tu es le bienvenu.
— Merci Gray. Je sais que je ne suis pas… facile en ce moment mais sache que tu m'aides beaucoup. Sans toi… je ne suis pas sûr que j'en serais là aujourd'hui.
Elfman effleura la nuque de Gray puis remit sa main dans sa poche, comme si de rien n'était. Il fallait vraiment que Gray cesse de se faire des idées sur son meilleur ami. C'était simplement un geste de remerciement, rien de plus ! Oui, mais la répétition de ces gestes risquait de lui faire perdre la tête s'il n'y prenait pas garde.
Les deux hommes passèrent par l'appartement d'Elfman avant de regagner celui de Gray. Le policier s'était pour ainsi dire installé chez son ami, lequel lui avait libéré un tiroir de sa commode et fait de la place dans sa penderie. Tout s'était fait naturellement sans que l'un des deux le propose à l'autre.
Il faisait nuit noire et la pluie s'était remise à tomber, inondant les pavés de la ville. Le climat s'était mis au diapason de l'humeur des deux hommes et ne semblait pas vouloir en changer le moins du monde.
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Contrairement à la veille au soir, Elfman rechercha un peu plus qu'une simple étreinte de la part de son amant. A peine eurent-ils passé la porte de l'appartement qu'Elfman s'était jeté sur ses lèvres avec une faim dévorante. Gray avait à peine eu le temps de refermer la porte derrière lui. Sa veste dégoulinante de pluie maculant le sol d'une flaque d'eau qui s'étendait sur le parquet ciré. Mais ni Gray, ni Elfman ne parut s'en soucier.
Cette nuit-là fut différente des nombreuses précédentes. Gray avait senti pour la première fois qu'Elfman lui faisait l'amour. Comme on fait l'amour à un corps aimé et non plus à un corps de substitution. Il n'était plus question de réconfort ou de passer sa frustration dans une partie de jambes en l'air dont l'intérêt est de vider la tête de toute pensée négative. Elfman avait fait passer dans ses nombreuses caresses, dans ses nombreux baisers à la fois doux et sensuels, dans cette tendresse débordante dont il avait abreuvé le corps de son amant, des sentiments pour lesquels Gray ne connaissait pas encore bien la signification.
Mais Elfman avait passé un temps infini à l'embrasser tout en lui caressant tendrement les cheveux et la nuque, son amant avait glissé ses lèvres et sa langue à chaque recoin de son corps, d'une délicatesse qui avait fait frémir Gray jusqu'aux tréfonds de ses entrailles. Jamais il ne s'était senti aussi important dans les bras d'un homme. Même avec Loki, Gray n'avait pas ressenti une telle douceur, un tel souci de son plaisir. Oui, ils avaient bel et bien fait l'amour et cette nuit fut aussi réjouissante pour Gray que perturbante.
Alors qu'Elfman s'était endormi du sommeil du juste peu de temps après que les deux hommes eurent explosé dans le plaisir, cette prise de conscience ne cessait de torturer Gray. Le jeune homme avait peur de se faire des idées quant à ce changement de comportement de la part d'Elfman. Mais c'est vrai qu'en y repensant, cela faisait quelques temps qu'il multipliait les attentions vis-à-vis de lui. Des caresses innocentes, des baisers volés dont la tendresse avait tendance à retourner la tête de Gray. Il n'était pas habitué à tout cela, était-ce cela la vie de couple ? Il n'avait jamais eu la chance de l'expérimenter, attirant bien malgré lui les histoires sans lendemain possible.
Le jeune homme profita que son amant dormait profondément pour s'extraire doucement du lit. Avant de se redresser, il déposa un léger baiser entre les omoplates puissantes d'Elfman. Sa peau portait encore l'odeur musquée de leurs ébats… Le jeune homme ne put s'empêcher de s'en repaître comme un drogué devant sa dose.
Après avoir enfilé son caleçon, il se dirigea vers le salon. Il avait grandement besoin d'une cigarette et de réfléchir longuement à ses nombreuses questions.
En écrasant sa cigarette, il n'était toujours pas décidé à dormir. Il se dirigea vers le buffet et fouilla dans son tiroir. Gray y sortit une photo qu'il caressa du pouce puis la reposa. A côté, un petit téléphone qu'il ouvrit pour y insérer une puce. Il le regarda quelques secondes. Gray savait que ça n'était pas très raisonnable de l'appeler mais… il en ressentait un besoin viscéral. Le policier chercha le numéro qui l'intéressait puis le composa rapidement. La sonnerie retentit quelques secondes avant que la personne à l'autre bout décide de répondre. Le soulagement de Gray fut tel qu'il s'appuya contre le dossier de son fauteuil, un grand sourire aux lèvres.
— Eh, salut.
A ce moment-là, Elfman réveillé par l'absence de son amant dans le lit, entendit sa voix et entreprit de le rejoindre. Il était minuit passé, à qui pouvait-il bien parler ? Il songea un instant qu'il s'agissait de nouvelles concernant ses sœurs mais l'intonation de Gray lui démontra aussitôt le contraire. Il le vit assit profondément dans son fauteuil, les jambes repliées contre son corps et le téléphone portable à l'oreille. De là où il se trouvait, Gray ne pouvait pas le voir mais Elfman voyait parfaitement son profil. Il se figea en observant son visage, comme si Gray s'était débarrassé de son masque, toute sa fragilité à fleur de peau. Un fin sourire flottait sur son visage et il aurait pu parier que ses yeux brillaient d'une étrange lueur.
— Je sais que je t'appelle à une heure tardive mais… j'en avais besoin. Je sais que je ne le devrais pas pourtant, souffla le jeune homme.
Gray écoutait maintenant avec attention la voix de l'autre côté du téléphone. Elle semblait l'apaiser, lui ôter tout le poids qu'il portait sur ses épaules depuis tant d'années et ce, en quelques minutes seulement.
— Non ça va je t'assure, reprit le policier d'une voix douce. J'avais juste envie d'entendre ta voix. Tu vas bien ?
Gray s'interrompit une nouvelle fois, un sourire flottant sur son visage aux traits pourtant fatigués. A qui était réservé ce sourire qu'Elfman était sûr de ne jamais avoir vu jusqu'à maintenant ?
— C'est tout ce que je voulais entendre. Très bien, on se parle plus tard… Moi aussi. A bientôt, déclara-t-il avant de raccrocher. Tu me manques…
Gray resta un instant sans bouger, les yeux fixés sur son téléphone, puis se leva, le rangea dans le tiroir après avoir soigneusement extrait la puce à l'intérieur. Il finit par rejoindre sa chambre d'un pas léger pour ne pas réveiller Elfman. Mais en arrivant sur le seuil, il fut surpris de le voir assis dans le lit, parfaitement réveillé. Les bras croisés sur son torse large, accentuant la musculature impressionnante du colosse, le regard froncé dirigé vers lui, montrait qu'il était réveillé depuis un certain.
— Tu ne dors pas ? s'enquit Gray surpris par sa posture.
— Tout comme toi, répondit son collègue un peu froidement.
Gray le sonda un instant avant de le rejoindre sous la couverture.
— Excuse-moi si je t'ai réveillé, j'avais besoin de fumer une cigarette.
— Gray, est-ce que tu vois quelqu'un ?
— Hein ? Comment ça ? Tu veux dire voir quelqu'un à part toi ?
— Oui.
— Non, bien sûr que non. Enfin Elfman, il me semblait que je te l'avais déjà dit pourtant.
Gray fixa son ami, partagé entre l'inquiétude et la perplexité de son étrange comportement.
— Il me semblait aussi mais on dirait que je me suis trompé, acheva Elfman les dents serrés.
Gray écarquilla les yeux, pensant un instant qu'il avait mal compris mais au vu du visage fermé de son ami, il semblait que non.
— Qu… je ne vois pas de quoi tu parles.
— Pourquoi tu me mens Gray ? J'ai entendu ta conversation. Au téléphone.
— Attends, tu croyais que je parlais avec un amant ? comprit Gray abasourdi. C'était Lyon, mon frère !
— Ton frère… Tu parles de celui que je n'ai jamais vu ? Dont tu ne parles jamais ? Tu veux dire que la personne à qui tu as dit « tu me manques » est ce même frère ?
Gray s'empourpra de colère, à la fois blessé par les insinuations de son ami et par le fait qu'il ait écouté une conversation qui ne le regardait absolument pas.
— A quoi tu joues Elf ?! Tu écoutes aux portes puis tu me fais une scène ? Tu ferais mieux d'arrêter maintenant avant de tout gâcher, lui ordonna-t-il au bord de l'explosion. Sur ce je dors.
Le jeune homme n'attendit pas la réponse de son amant et éteignit immédiatement la lumière pour éviter que la confrontation avec lui ne dégénère. Et malheureusement, cette dispute ne l'aida pas à passer une nuit paisible. Son cœur tambourinait à une cadence infernale et son esprit ne cessait de vouloir comprendre la réaction disproportionnée d'Elfman.
De son côté, Elfman tourna le dos à Gray et essaya d'oublier son coup de sang et cette boule qui ne cessait de grandir lorsqu'il pensait à son amant.
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Lorsque le réveil sonna, Elfman crut qu'il allait le jeter par la fenêtre et encore plus lorsqu'il comprit que personne ne viendrait l'éteindre s'il ne le faisait pas lui-même. Habituellement, c'était Gray qui s'en chargeait, le réveil se trouvant de son côté. Peut-être avait-il oublié ? songea-t-il. Gray était bien plus matinal que lui et il arrivait souvent qu'il se lève une heure avant voire plus.
Quand Elfman rejoignit la pièce à vivre, il comprit très vite que Gray était sorti. Sans doute était-il parti courir, pensa Elfman. Il lui arrivait souvent de se lever à l'aube pour courir quelques kilomètres. Lorsqu'il revenait, il était trempé de sueur mais semblait plus serein. Elfman n'avait jamais compris cet attrait pour la course à pieds. Rien n'était meilleur que soulever de la fonte de son point de vue.
Dans la cuisine, une douce odeur de café éveilla ses sens. Sur la table, il découvrit un papier sur lequel était inscrit un message d'une belle écriture déliée. Elfman sourit en reconnaissant l'écriture de Gray. Il effleura doucement le message avant d'en lire le contenu.
« Salut, il y a du café chaud
et tout ce qu'il faut sur la table
pour le petit-déjeuner.
Je suis à la salle de sport,
on se retrouve au poste.
Gray »
Elfman soupira. Il y avait une certaine froideur dans les quelques mots que lui avait laissés son ami. Pas besoin d'être devin pour comprendre qu'il lui en voulait. Et il ne pouvait pas le lui reprocher.
Elfman repensa à sa réaction en entendant Gray parler à cette personne au téléphone. Pourquoi avoir réagi aussi violemment ? Gray lui avait affirmé qu'il s'agissait de Lyon, son frère. Il n'avait aucune raison de remettre sa parole en doute ! Pourtant, quand il songeait à la façon dont il lui avait parlé, son expression, la douceur dans sa voix… cela ne faisait qu'attiser la jalousie qu'il ressentait pour ce frère dont il ne connaissait rien. Elfman savait que ce sentiment était ridicule mais il ne pouvait pas l'empêcher d'affluer dans son cœur tel un raz-de-marée.
Elfman se servit du café et rejoignit le salon. Il n'avait pas d'appétit ce matin. Il regarda machinalement le meuble bas sur lequel il se souvenait avoir vu une photo de Gray enfant avec sa famille d'adoption. C'était la seule photo qu'il connaissait de son passé. La seule qui représentait son frère, Lyon.
En regardant le meuble, il ne la vit nulle part. Le policier inspira très fort. Il savait que ce qu'il s'apprêtait à faire était mal mais il avait besoin de voir cette photo. Il la trouva dans le tiroir juste au-dessous. Il se demanda un instant pourquoi Gray l'avait ainsi rangée au lieu de la laisser en évidence sur le meuble comme toute famille le faisait. Peut-être était-ce trop douloureux pour lui ? Il observa longuement le visage de Gray enfant. Il avait environ cinq ou six ans et une bouille adorable, songea Elfman un léger sourire aux lèvres. Mais son grand regard bleu océan était si triste… Sa mère adoptive au contraire semblait heureuse entourée de ses deux garçons qu'elle enveloppait avec affection contre elle. De l'autre côté, ce fameux Lyon dont Elfman ne savait rien. Un gamin au regard espiègle et aux cheveux aussi clairs que les siens. Gray semblait attaché à lui et pourtant, il n'en parlait jamais et surtout, il ne l'avait jamais rencontré. Il se souvint qu'à la remise des diplômes, il n'était pas venu à la cérémonie. Quel frère manquait la remise des diplômes de son jeune frère surtout s'il est proche de lui ? Lui-même n'aurait manqué pour rien au monde celui de ses sœurs… Son cœur manqua un battement en pensant à elles. Il s'efforça d'effacer les images violentes qui voulaient une nouvelle fois surgir dans son esprit malmené et se concentra à nouveau sur la photo.
Elfman la retourna machinalement et crut voir un petit morceau de papier coincé entre le cadre et le verre. Il tira dessus et une feuille soigneusement pliée s'en délogea difficilement, comme si elle avait été cachée intentionnellement à l'intérieur du cadre. Piqué par la curiosité, il ouvrit le cadre pour découvrir une feuille légèrement jaunie et pliée en quatre. Elfman la déplia délicatement et se figea devant l'image représentée. Il semblait s'agir d'un dessin qui avait été manifestement réalisé par un enfant.
— Bon sang, souffla Elfman bouleversé.
Le policier dut s'asseoir un instant, le regard figé sur l'abomination qui ressortait de ces quelques gribouillis d'enfant. Mais quel enfant était capable d'une telle œuvre si ce n'est un enfant qui avait connu l'horreur de la violence, voire de la mort ?
Tout était rouge, les traits coloriés violemment comme voulant blesser le papier d'un blanc immaculé. Et au milieu de tout ce rouge, deux silhouettes humaines qui semblaient allongées. Un homme et une femme. Leurs habits colorés étaient en grande partie souillés par le rouge omniprésent tout autour. Et au-dessus, en noir cette fois-ci, un regard menaçant occupait toute la largeur de la feuille.
— Qu'est-ce que ça veut dire… ?
En y songeant, que savait-il de Gray et de son passé ? Elfman savait qu'il était orphelin et qu'il avait été recueilli par cette femme. Celle-ci était morte mais Elfman n'en savait pas plus. Gray n'en parlait jamais et son ami n'avait jamais osé lui poser de questions à ce sujet, pensant qu'il parlerait le moment venu, lorsqu'il se sentirait prêt. Le policier replia le dessin et le replaça comme il était.
Perplexe, il finit son café et se prépara rapidement. Il voulait rejoindre Gray à la salle de sport et s'excuser pour sa réaction exagérée de la veille. Puis il parlerait à Luxus, il avait d'importantes choses à lui demander. Elfman s'était trop longtemps appesanti sur son propre malheur mais il n'était pas le seul à devoir vivre avec ses démons. Gray avait peut-être autant besoin d'Elfman que lui avait besoin de Gray.
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Nda : Voilà pour ce long chapitre ! Alors, qu'en avez-vous pensé ? Il se passe pas mal de choses, déjà sur l'enquête en question, puis en ce qui concerne la relation qu'entretiennent Gray et Elfman et enfin, sur Gray et le mystère qui entoure son passé.
Je suis curieuse de connaître vos hypothèses sur la suite de l'histoire. Va-t-on retrouver Mirajane et Lisanna ? Que cache le passé de Gray ? Et lui et Elfman vont-ils vivre une véritable vie de couple ? Bien sûr, vous saurez tout dans les chapitres à venir, en attendant, j'attends avec impatience vos avis !
A bientôt
